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Le vrai visage de l'Église (I), L'Église en elle-même

Fr. Pierre-Marie DE KERGORLAY O.P.

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Le Mystère de l'Église : Ecclésiologie et Tradition Catholique

Le Sel de la terre n° 23

Le numéro

Hiver 1997-1998

p. 33-59

L'auteur

Fr. Pierre-Marie DE KERGORLAY O.P.

Fr. Pierre-Marie  DE KERGORLAY O.P.

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

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Le vrai visage de l’Église (I)

Le premier schéma préparatoire

du concile Vatican I

 

 

 

par le frère Pierre-Marie O.P.

 

 

 

Face aux erreurs conciliaires, nous voulons donner ici le vrai visage de l’Église. Nous nous servirons pour cela des textes les plus officiels et les plus sûrs que l’on puisse trouver sur ce sujet.

Nous commencerons cette série d’articles avec le texte du schéma préparatoire du concile Vatican I (1870). Ce concile voulait donner une vue d’ensemble de la théologie de l’Église. Contraint de s’ajourner prématurément, il se limita à la définition de la primauté du pape et de son infaillibilité.

Rédigé sur l’ordre de Pie IX pour servir de point de départ aux délibérations du concile, ce schéma représente l’état de la doctrine à cette époque. N’étant pas un acte conciliaire, mais un simple travail préparatoire, il n’a pas d’autorité dogmatique ; il offre pourtant un intérêt particulier au point de vue historique et théologique, car on y trouve, non l’opinion d’un auteur isolé, mais la pensée unanime de théologiens éminents, exposant la doctrine commune de l’Église [1].

Quelques fragments, révélés le 10 février 1870 par la Gazette d’Augsbourg, soulevèrent alors, dans un monde qui avait perdu le sens du Christ, une violente tempête contre l’Église. Quelques mois plus tard, la Révolution envahissait Rome, interrompant le concile et l’empêchant de publier cette vérité salvifique.

Le diable savait que si le concile avait pu publier solennellement la véritable doctrine de l’Église, son dessein de promouvoir, pour détruire l’Église, l’œcuménisme et la nouvelle religion universelle, aurait eu beaucoup plus de mal à se réaliser.

A l’inverse, pour lutter contre le faux œcuménisme actuel, il est d’un grand prix de faire connaître cette magnifique doctrine. Il est remarquable d’ailleurs que Mgr Lefebvre aimait beaucoup citer ce schéma dans ses conférences sur l’Église.

Nous donnons ici le texte français du schéma accompagné d’un bref commentaire pour lequel nous nous sommes inspiré souvent des annotations qui l’accompagnaient [2]. Nous donnons le texte latin en note pour les canons et quelques passages plus importants. Ceux qui désireraient le texte latin complet pourraient s’adresser à la revue [3].

Le Sel de la terre.

 

 

*

  

 

Introduction

 

LA charge apostolique de pasteur suprême dans laquelle Nous ont placé la Providence et la miséricorde ineffables de Dieu ne cesse de Nous presser instamment de ne rien négliger pour que la voie qui mène à la vie et au salut éternel soit ouverte à tous les hommes, et pour que « ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort » (Is 9, 1 ; 42, 7) parviennent à la lumière et à « la connaissance de la vérité » (Si 24, 32).

 

Comme souvent en pareil cas, sont indiqués successivement : la cause impellens (cause motrice) : le souci du ministère apostolique. – La cause finale ultime : le salut des âmes. – La cause finale prochaine : la déclaration de la vérité salvifique.

 

Notre Dieu et Sauveur ayant placé dans son Église, comme le ferait un homme riche en son trésor, la vérité de toute la doctrine du salut et les richesses que sont les moyens de salut, pour que tous y puisent le breuvage de vie [4], c’est l’Église elle-même qu’il faut montrer à ceux qui errent et recommander plus instamment aux fidèles, pour que les uns soient amenés à la voie du salut, pour que les autres s’y affermissent et y progressent.

 

Si la connaissance du mystère de l’Église est de tout temps très utile au salut, cela l’est encore plus aujourd’hui à cause de la crise actuelle, occasion de professer beaucoup d’erreurs à son sujet.

 

C’est pourquoi Nous avons jugé de Notre devoir d’exposer les points les plus importants de la véritable doctrine catholique sur la nature, les propriétés et le pouvoir de l’Église, et de condamner les erreurs de sens contraire, par l’adjonction de canons.

 

Est annoncé le plan du schéma :

• Nature de l’Église : Corps mystique (ch. 1) et société (ch. 2).

• Propriétés de l’Église (ch. 3 à 9) : société vraie, parfaite, suprême (ch. 3) ; visible (ch. 4) ; une (ch. 5) ; nécessaire (ch. 6 et 7) ; indéfectible (ch. 8) ; infaillible (ch. 9).

• Pouvoirs de l’Église (ch. 10 à 15) : en général (ch. 10) ; le pape : pouvoir spirituel (ch. 11 qui est devenu la constitution Pastor Æternus sur l’infaillibilité du pape) et temporel (ch. 12) ; pouvoirs relatifs à la société civile : concorde nécessaire (ch. 13) ; doctrine sur le pouvoir civil (ch. 14) ; certains droits de l’Église (ch. 15).

• Condamnation des erreurs. (L’affirmation de la vérité ne va pas sans la condamnation de l’erreur, sauf pour le libéralisme. Vatican II n’a pas voulu condamner les erreurs, mais n’a pas non plus engagé l’infaillibilité de l’Église. De même il n’y a pas de loi possible sans une certaine coercition contre les violateurs de la loi.)

 

Ch. 1 : L’Église est le Corps mystique du Christ

 

Le Fils unique de Dieu, « qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jn 1, 9) et qui n’a jamais manqué en aucun temps de secourir les malheureux fils d’Adam « s’est fait semblable à l’homme » (Ph 2, 7), dans la plénitude des temps qui avait été fixée par un dessein éternel [5]. Il apparut visible, ayant pris notre forme corporelle, pour que les hommes terrestres et charnels, en revêtant « l’homme nouveau qui a été créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité » (Ep 4, 24), formassent un Corps mystique dont lui-même serait la tête.

 

Cette expression « Corps mystique du Christ » est fréquemment utilisée par les Saintes Écritures. Ce n’est pas une définition au sens strict, mais une métaphore. Elle en a les avantages : elle laisse la place au mystère ; mais aussi les inconvénients : une certaine imprécision, qui la fera abandonner dans le schéma révisé.

Pour les néo-modernistes elle est encore trop précise, car soit on est membre d’un corps, soit on n’en est pas membre, il n’y a pas d’intermédiaire. Cela gêne l’œcuménisme. L’Église conciliaire préfère pour cela utiliser l’expression d’Église « peuple de Dieu ». Voir à ce sujet Le Sel de la terre 1, p. 30 et 31.

Rappelons que Pie XII a écrit une belle encyclique sur ce thème : Mystici Corporis, 29 juin 1943.

 

Pour réaliser cette union du Corps mystique, le Christ Notre Seigneur a institué le bain sacré de la régénération et de la rénovation.

 

Pour entrer dans le corps visible de l’Église, le baptême est le moyen nécessaire (« celui qui ne renaît pas dans l’eau et dans le Saint-Esprit ne peut pas entrer dans le Royaume de Dieu », Jn 3, 5) et suffisant (« vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ », Ga 3, 27-28), à moins d’un obex (empêchement) causé par l’excommunication majeure (cette excommunication a été supprimée par le nouveau code de droit canon), le schisme ou l’hérésie. Tout cela est bien exprimé par Pie XII dans Mystici Corporis :

« Mais seuls sont réellement à compter comme membres de l’Église ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi, qui d’autre part ne se sont pas pour leur malheur séparés de l’ensemble du Corps, ou n’en ont pas été retranchés pour des fautes très graves par l’autorité légitime. » (EPS-Eccl 1022.)

Sans le baptême, on peut appartenir à l’âme de l’Église (c’est-à-dire recevoir la vie surnaturelle et être sauvé), mais à condition d’en avoir le désir au moins implicite. Voir dans Le Sel de la terre 11 et 12 les articles de l’abbé Laisney sur le baptême de désir.

 

Par lui, les fils des hommes, divisés sous tant de rapports et surtout désagrégés par leurs péchés, pourraient, une fois purifiés de toutes les souillures de leurs fautes, être membres les uns des autres [6] et, unis à leur divin Chef par la foi, l’espérance et la charité, être tous vivifiés par son unique Esprit et recevoir en abondance les dons des grâces célestes et les charismes.

 

Le schéma décrit ici l’état normal du chrétien qui doit appartenir non seulement au corps de l’Église par un baptême valide, mais encore à son âme par la vie surnaturelle.

 

C’est la splendide beauté de l’Église, dont on ne pourra jamais assez recommander aux fidèles qu’ils la considèrent en leur cœur pour l’y fixer profondément, l’Église dont la tête est le Christ [7], « de qui tout le corps assemblé et lié par toutes sortes de jointures qui l’actionnent selon la capacité de chaque membre opère lui-même sa croissance et se construit lui-même dans la charité » (Ep 4, 16).

 

Ch. 2 : La religion chrétienne ne peut être pratiquée

que dans l’Église et par l’Église fondée par le Christ

 

Cette Église, qu’il a acquise par son sang et qu’il a aimée éternellement comme l’unique Épouse qu’il s’est choisie, Jésus lui-même, « l’auteur et le consommateur de notre foi » (He 12, 2), l’a fondée et instituée.

 

Le Christ historique a fondé l’Église par lui-même, c’est de foi. Ainsi le Serment anti-moderniste dit : « Troisièmement, je crois aussi fermement que l’Église, gardienne et maîtresse de la parole révélée, a été instituée immédiatement et directement par le Christ en personne, vrai et historique, lorsqu’il vivait parmi nous, et qu’elle a été bâtie sur Pierre, chef de la hiérarchie apostolique, et sur ses successeurs au cours des âges » (FC 128).

Les modernistes pensent en effet que le Christ n’a pas fondé l’Église : « Le Christ a prêché le royaume et c’est l’Église qui est venue », disait Loisy. L’Église, pensent-ils, aurait été fondée par les premiers chrétiens quand ils ont constaté que le Christ ne revenait pas et qu’il fallait s’organiser en attendant son retour.

« Le Christ a été loin de penser à constituer une Église comme une société destinée à durer au cours d’une longue suite de siècles. Bien plus, dans la pensée du Christ le Royaume des cieux devait arriver bientôt avec la fin du monde. » (Proposition moderniste condamnée sous saint Pie X dans le décret Lamentabili, 3 juillet 1907, FC 488).

« Les dogmes, les sacrements, la hiérarchie, pour ce qui touche soit à leur notion, soit à leur réalité ne sont que des interprétations et des développements de la pensée chrétienne, dont les accroissements ont enrichi et perfectionné le germe minime caché dans l’Évangile. » (Proposition moderniste condamnée sous saint Pie X dans le décret Lamentabili, 3 juillet 1907, FC 490).

« L’Église est née d’un double besoin : du besoin qu’éprouve tout fidèle, surtout s’il a eu quelque expérience originale, de communiquer sa foi ; ensuite, quand la foi est devenue commune, ou, comme on dit, collective, du besoin de s’organiser en société, pour conserver, accroître, propager le trésor commun. Alors, qu’est-ce donc que l’Église ? Le fruit de la conscience collective, autrement dit de la collection des consciences individuelles : consciences qui, en vertu de la permanence vitale, dérivent d’un premier croyant – pour les catholiques, de Jésus-Christ. » (Pensée des modernistes expliquée par saint Pie X dans Pascendi, 8 septembre 1907, Dz 2091).

Pie XII dans Mystici Corporis explique que Notre Seigneur commença de fonder son Église par sa prédication, il acheva sa fondation en mourant sur la croix (l’Église est sortie de son côté transpercé, comme Ève a été formée du côté d’Adam), et la promulgua à la Pentecôte.

 

Il a ordonné que les Apôtres et leurs successeurs, continuellement et jusqu’à la consommation des siècles dans le monde entier, y rassemblent [dans l’Église] toute créature, l’enseignent, la guident, pour qu’elle soit une unique race sainte, « un peuple agréable à Dieu, qui accomplisse de bonnes œuvres » (Tt 2, 14). Car la nature de la Loi de l’Évangile n’est pas que les vrais adorateurs adorent chacun séparément le Père en esprit et en vérité, sans aucun lien social, mais notre Rédempteur a voulu que sa religion fût si intimement unie à la société qu’il instituait qu’elle demeurerait complètement mêlée et, pour ainsi dire, prise en elle et qu’il n’y aurait aucune religion du Christ hors d’elle.

 

La désignation de l’Église comme Corps mystique ne suffit pas. Notre Seigneur n’a pas voulu que ses disciples lui soient reliés sans que cela ne forme des liens profonds entre eux au point qu’ils forment une société nouvelle.

Cette doctrine est la condamnation des protestants qui disent que le Christ a enseigné mais qu’il n’a pas légiféré (Boehmer), ou qu’il a fait une religion mais pas une société. Le protestantisme laisse l’âme seule face à Dieu, éliminant tous les intermédiaires, et en particulier la hiérarchie ecclésiastique, fondement de l’Église-société (« tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église »).

Remarquons aussi les conséquences spirituelles de cette doctrine : si Notre Seigneur a voulu qu’on pratique sa religion à l’intérieur d’une société religieuse, on ne saurait avoir une piété purement individuelle : d’où l’importance de la prière liturgique.

 

Canon 1 : Si quelqu’un dit : la religion du Christ n’est existante et manifestée dans aucune société particulière fondée par le Christ, mais elle peut convenablement être observée et pratiquée par chacun individuellement, sans égard à aucune société qui soit la vraie Église du Christ, qu’il soit anathème [8].

 

Par ce canon sont condamnés ceux que le rapporteur appelle les « indépendants », c’est-à-dire ceux qui pensent qu’on peut pratiquer la religion fondée par le Christ indépendamment de l’Église-société qu’il a fondée.

 

Ch. 3 : L’Église est une société vraie,

parfaite, spirituelle et surnaturelle

 

Nous enseignons et Nous déclarons que toutes les qualités d’une société se trouvent dans l’Église. Cette société n’a pas été laissée par le Christ sans détermination ni sans forme, mais, comme elle tient de lui-même son existence, elle a aussi reçu, par sa volonté et sa loi, sa forme d’existence et sa constitution [9].

 

Ici le schéma affirme que l’Église est une société légale, c’est-à-dire qu’elle a reçu de son fondateur et législateur, le Christ, une forme déterminée. Cette constitution de l’Église sera précisée dans la suite lorsqu’on parlera du pouvoir dans l’Église. On expliquera alors que Notre Seigneur a voulu que son Église soit une société à la fois hiérarchique (avec trois degrés : évêques, prêtres et ministres) et monarchique (avec un chef suprême, le pape en tant que vicaire du Christ).

Par cette affirmation, sont condamnés les protestants, les modernistes et tous ceux qui disent que la constitution actuelle de l’Église a été établie par les chrétiens, mais non par le Christ. Certains par exemple pensent que l’Église au début ne se distinguait pas de la Synagogue, et que c’est saint Paul le premier qui eut l’idée de l’en séparer.

 

Elle n’est membre ni partie d’aucune autre société et on ne peut la confondre ni la mêler à aucune autre. Mais elle est en elle-même si parfaite que, tout en se distinguant de toutes les autres sociétés humaines, elle est cependant élevée très au-dessus d’elles [10].

 

Ici le schéma donne deux autres qualités de l’Église en tant que société. Elle est une société parfaite, c’est-à-dire qu’elle possède en elle-même tout ce dont elle a besoin pour atteindre sa fin. Elle ne fait partie d’aucune autre société et ne reçoit d’aucune autre un élément qui lui soit essentiel.

Par ailleurs elle est la société suprême, c’est-à-dire qu’elle a le premier rang parmi les sociétés humaines, car elle vise le bien le plus haut de l’homme : son salut éternel. Par là sont condamnés tous ceux qui d’une manière ou d’une autre veulent soumettre l’Église à l’État.

Saint Robert Bellarmin développa beaucoup cette doctrine de la suprématie de l’Église face aux régalistes protestants qui la voulaient la soumettre au pouvoir du roi. Encore aujourd’hui la reine d’Angleterre a le pouvoir suprême sur l’Église anglicane.

Mais la notion de société parfaite n’a pas été inventée par saint Robert Bellarmin. Elle est dans la Tradition de l’Église. Ainsi saint Thomas d’Aquin dit de l’Église « qu’elle a par elle-même tout ce qui lui suffit. Dans un village on ne trouve pas tout ce qui est nécessaire à la vie humaine pour ceux qui sont en bonne santé et pour les malades ; mais dans une ville on doit trouver tout ce qui est nécessaire à la vie. Et cette suffisance est dans l’Église : car on trouve en elle tout ce qui est nécessaire à la vie spirituelle, selon cette parole : “Nous sommes rassasiés des biens de ta maison” (Ps 64, 5) [11]. »

 

Descendue de la source inépuisable qu’est Dieu le Père, fondée par le ministère et le travail du Verbe incarné lui-même, elle est établie dans l’Esprit-Saint. Déversé d’abord à profusion sur les Apôtres, il [l’Esprit-Saint] continue encore de se répandre abondamment sur les fils d’adoption, pour qu’éclairés par sa lumière, ayant une unique foi dans leurs cœurs, ils s’attachent à Dieu et soient unis les uns aux autres, pour que, portant dans leur cœur le gage de l’héritage, ils arrachent les désirs charnels de la concupiscence corrompue qui est dans le monde et que, fortifiés par une bienheureuse et commune espérance, ils discernent la gloire éternelle promise par Dieu et « qu’ils affermissent leur vocation et leur élection par les bonnes œuvres » (2 P 1, 10). Puisque ces biens et ces richesses font croître les hommes dans l’Église et que les liens du Saint-Esprit les forment en un tout dans l’unité, l’Église est une société spirituelle, d’un ordre absolument surnaturel.

 

Ici le schéma insiste sur le caractère suprême de l’Église. Elle est au-dessus des autres sociétés, et en particulier de la société civile, parce qu’elle est une société spirituelle, d’un ordre surnaturel, tandis que les autres sociétés sont d’ordre naturel et visent le bien temporel.

Et il prouve cela en parlant du principe d’où elle provient (Dieu le Père, le Verbe incarné), du principe par lequel elle est conservée et qui lui donne la vie (le Saint-Esprit) et de la fin qu’elle poursuit (la sanctification et le salut des âmes).

 

Canon 2 : Si quelqu’un dit : l’Église n’a reçu du Christ Seigneur aucune forme de constitution déterminée et immuable, mais elle a été soumise ou elle peut être soumise, tout de même que les autres sociétés humaines, aux vicissitudes et aux transformations qui répondent à la diversité des temps, qu’il soit anathème [12].

 

Ch. 4 : L’Église est une société visible

 

Que personne cependant n’aille croire que les membres de l’Église sont seulement unis par des liens intérieurs et non apparents, qui en feraient une société cachée et tout à fait invisible. Dieu, dans sa sagesse et sa force éternelles, a voulu qu’aux liens spirituels et invisibles qui, par l’Esprit-Saint, unissent les fidèles, correspondissent aussi des liens extérieurs et visibles, pour que cette société spirituelle et surnaturelle apparût au dehors et fût visible à tous les regards.

 

Dans le chapitre précédent nous avons vu que l’Église est une société d’un caractère particulier puisqu’elle est spirituelle et surnaturelle. Il ne faudrait pas en conclure qu’elle est invisible. De même que l’homme possède un corps visible et une âme invisible, ainsi en est-il de l’Église. Son corps est l’ensemble des éléments que tous peuvent voir (la profession externe de la foi, l’administration des sacrements, la célébration du culte, le gouvernement par la hiérarchie ecclésiastique, etc.) ; son âme comprend tous les éléments spirituels et surnaturels qui ne sont pas de soi visibles, même dont on peut voir les effets, comme la grâce, les vertus théologales, les dons du Saint-Esprit, les vertus morales infuses, etc.

« La beauté de l’Église, dit saint Thomas d’Aquin, consiste principalement dans ses biens intérieurs [et cachés] ; mais ses actes extérieurs contribuent aussi à cette beauté, en tant qu’ils proviennent de ces richesses intérieures et contribuent à les conserver [13]. »

 

D’où ce magistère visible qui propose publiquement la foi que l’on doit croire intérieurement et professer extérieurement [14]. D’où aussi ce sacerdoce visible, dont la fonction publique est de régler et veiller sur les mystères visibles de Dieu, par lesquels sont réalisés la sanctification intérieure pour les hommes et le culte dû à Dieu. D’où, ce gouvernement visible, qui ordonne la communion des membres entre eux, qui règle et dirige toute la vie extérieure et publique des fidèles dans l’Église.

 

Ce qui est particulièrement visible dans l’Église c’est son triple pouvoir (dont on traitera au chapitre 10) : magistère [pouvoir d’enseigner], ordre [pouvoir de sanctifier par les sacrements] et juridiction [pouvoir de commander]) et la réponse à ce triple pouvoir.

 

D’où, enfin, tout ce corps visible, auquel n’appartiennent pas seulement les justes et les prédestinés, mais aussi les pécheurs qui lui sont encore reliés par la profession et la communion d’une même foi.

 

John Wyclif et Jean Hus prétendaient que l’Église ne contient que les prédestinés. Calvin disait que l’Église est l’assemblée des prédestinés qui ont reçu le premier effet de la prédestination, à savoir la foi. Luther disait que l’Église ne comprend que les justes. Tous ces hérétiques rétrécissaient exagérément les frontières de l’Église, car celle-ci comprend aussi ceux qui ne sont pas prédestinés et les pécheurs, du moment qu’ils professent la vraie foi et reçoivent un baptême valide.

 

Ce qui fait que l’Église du Christ sur terre n’est ni invisible ni cachée, mais qu’elle est placée en évidence [15], comme une ville élevée et lumineuse sur une montagne, que l’on ne saurait cacher [16], et que, comme la lampe sur le lampadaire [17], éclairée par le soleil de justice, elle éclaire le monde entier à la lumière de sa vérité.

 

Canon 3 : Si quelqu’un dit : l’Église des divines promesses n’est pas une société extérieure et visible, mais tout intérieure et invisible, qu’il soit anathème [18].

 

Ch. 5 : L’unité visible de l’Église

 

La véritable Église du Christ étant telle, Nous déclarons que cette société visible à tous les regards est cette Église des promesses et des miséricordes divines, que le Christ a voulu distinguer et parer de tant de prérogatives et de privilèges. Elle est si nettement déterminée dans sa constitution qu’aucune société séparée de l’unité de la foi ou de l’unité de son corps ne peut nullement être appelée partie ou membre de l’Église. Elle n’est ni dispersée ni répandue à travers les divers groupements de dénomination chrétienne, mais rassemblée totalement en elle-même et, formant un véritable tout, elle présente, dans sa remarquable unité, le corps indivisé et indivisible qui est le Corps mystique même du Christ [19]. C’est de lui que l’Apôtre dit : « Il n’y a qu’un corps, qu’un esprit, qu’une espérance selon l’appel que vous avez reçu, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous qui est au-dessus de tous, par tous et en tous » (Ep 4, 4).

 

Après avoir exposé que l’Église est une société visible, notamment par son triple pouvoir, le schéma insiste sur la visibilité de la note d’unité. L’Église possède quatre notes qui sont énumérées dans le Credo : elle est une, sainte, catholique et apostolique. Ces quatre notes sont des propriétés visibles de l’Église, propriétés que le Christ avait promises pour son Église et qui permettent ainsi de distinguer la véritable Église du Christ de celles qui se prétendent telle sans l’être réellement.

Parmi ces quatre notes il convient particulièrement de défendre la note d’unité. Trois sortes d’hérésies ont attaqué cette unité de l’Église.

• Les protestants du XVIe siècle, reprenant l’ancienne erreur des fraticelli, prétendaient distinguer deux Églises : une Église invisible, congrégation des saints, qui serait héritière des promesses du Christ, et une Église visible qui ne serait Église que de nom. Cette erreur fut condamnée dès 1317 par Jean XXII (Sancta Romana contre les fraticelli, 30 décembre 1317).

• Les anciens anglicans disaient que l’Église est répandue en de mutiples branches : Églises, grecque, arménienne, moscovite, égyptienne, etc. Au siècle dernier les puséistes (anglicans disciple de Pusey) imaginèrent que l’Église du Christ comprend trois branches : l’Église catholique, l’Église anglicane et l’Église orthodoxe, où se conserve la forme de la hiérarchie ecclésiastique. L’union de ces trois branches est désirable, non nécessaire. Cette théorie a été condamnée sous Pie IX par les instructions du Saint-Office du 16 septembre 1864 (le fondement de cette doctrine renverse de fond en comble la constitution divine de l’Église) [20], et du 8 novembre 1865 (l’Église du Christ est reconnaissable par ses notes, et spécialement par son unité indéfectible), rappelées par les décrets du Saint-Office du 4 juillet 1919 et du 8 juillet 1927 [21].

• Un protestant français, Pierre Jurieu (1637-1713, anglican puis calviniste), propagea le troisième type d’erreur contre l’unité de l’Église : le latitudinarisme (attitude qui exagère les limites de l’Église, la rend trop « large » [en latin : latitudo = largeur]). « Il est vrai, disait-il, qu’il y a toujours dans le monde une Église visible : mais il est faux que cette Église soit une communion distincte de toutes les autres communions. L’Église est demeurée visible dans tous les siècles dans toutes les communions qui, malgré leur séparation et les anathèmes qu’elles ont mutuellement prononcées les unes contre les autres, ont toujours conservé les vérités principales [22]. »

Cette erreur est maintenant bien répandue avec le faux œcuménisme qui prétend que l’Église du Christ ou l’Église de Dieu subsiste dans l’Église catholique [23], mais ne lui est pas identique. Les autres religions chrétiennes (en particulier les Églises orthodoxes) seraient des Églises sœurs, héritières, comme l’Église catholique (même si c’est à un degré moindre), de l’Église du Christ. Pour faire resplendir l’unité de l’Église il faudrait travailler à réunir ces diverses religions de dénomination chrétienne.

Ce faux œcuménisme a été condamné par Pie XI dans Mortalium Animos (6 janvier 1928). Donnons un bref résumé de cette encyclique. Le pape commence par constater que certains nourrissent l’espoir d’unir les divers peuples, malgré leurs diversités religieuses, pensant à tort que toutes les religions sont plus ou moins bonnes et louables, car elles traduiraient toutes le sentiment religieux naturel aux hommes, qui les porte vers Dieu. Parmi ces personnes, le pape vise spécialement les panchrétiens (nous dirions aujourd’hui les œcuménistes) qui veulent réunir tous les chrétiens en se fondant sur de telles illusions. En réalité Dieu a institué une société visible et indéfectible qui possède déjà la note d’unité :

« C’est le moment d’exposer et de réfuter une erreur qui est à la base de toute cette question et d’où procèdent l’activité et les multiples efforts des acatholiques pour confédérer, comme Nous l’avons dit, les églises chrétiennes. Les auteurs de ce projet ont en effet pris l’habitude de citer à tout propos cette parole du Christ : “Que tous soient un... Il n’y aura qu’un seul bercail et qu’un seul pasteur” (Jn 17, 21), comme si, à leur avis, la prière et le vœu du Christ Jésus étaient demeurés jusqu’ici lettre morte. Ils soutiennent, en effet, que l’unité de foi et de gouvernement – qui est le caractère de l’unique et véritable Église – n’a jusqu’ici presque jamais existé et qu’elle n’existe pas davantage aujourd’hui ; qu’on peut, à vrai dire, la souhaiter et la réaliser quelquefois par une commune entente des volontés, mais qu’il la faut néanmoins considérer comme une sorte d’utopie. Ils ajoutent que l’Église en soi, de par sa nature, est divisée, c’est-à-dire constituée de très nombreuses églises ou communautés particulières, encore divisées, ayant bien quelques points communs de doctrine, mais différant les unes des autres pour tout le reste ; chaque Église, d’après eux, jouit des mêmes droits, et c’est tout au plus si, de l’époque apostolique aux premiers Conciles œcuméniques, l’Église fut une et unique [24]. »

Contre ces erreurs il faut maintenir que l’unité de l’Église existe bien et que cette unité comprend l’unité de foi (lien primordial unissant les disciples du Christ), et l’unité de gouvernement (le pape possède une véritable autorité sur toute l’Église). Le pape insiste spécialement sur l’unité de foi, expliquant que vouloir faire l’union sans cette unité de foi procède d’une fausse charité et conduit à l’indifférentisme, et réfutant le faux argument qui consiste à distinguer entre les dogmes fondamentaux (qui nécessiteraient l’unité), et les dogmes non fondamentaux (qu’on serait libre d’accepter ou non).

 

Canon 4 : Si quelqu’un dit : la véritable Église n’est pas un corps un en lui-même, mais elle se compose des diverses sociétés séparées de nom chrétien, et elle est diffuse en elles toutes ; ou bien : des sociétés diverses en désaccord entre elles quant à la profession de foi, et désunies quant à la communion, constituent, à titre de membres ou de partie, l’Église du Christ une et universelle, qu’il soit anathème [25].

 

Ce canon condamne dans sa première partie les latititudinaristes qui pensent que tous ceux qui croient aux dogmes « fondamentaux » appartiennent à l’Église, et dans sa deuxième partie les anglicans récents qui défendent la théorie des « trois-branches ».

 

Ch. 6 : L’Église est une société

absolument nécessaire pour obtenir le salut

 

Par là, tous peuvent comprendre que l’Église du Christ est la société nécessaire pour obtenir le salut. Sa nécessité est aussi forte que celle de la participation et de l’union au Christ et à son Corps mystique. Il n’a nourri aucune communauté et il n’a pris soin d’aucune comme de son Église, qu’il a aimée seule, « pour qui il s’est livré, afin de la sanctifier, la purifiant dans le bain de la régénération par la parole de vie. Il a voulu se la présenter à lui-même, toute resplendissante, sans tache ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5, 25-27). C’est pourquoi nous enseignons que l’Église n’est pas une société facultative, comme s’il était indifférent pour le salut de la connaître ou de l’ignorer, d’y entrer ou de la quitter. Elle est absolument nécessaire, et non pas seulement en vertu du précepte du Seigneur ordonnant à toutes les nations d’entrer en elle, mais nécessaire aussi comme un moyen puisque, dans l’ordre du salut voulu par la Providence, la communication du Saint-Esprit, la participation à la vérité et à la vie ne s’obtiennent que dans l’Église et par l’Église dont la tête est le Christ [26].

 

Nous avons parlé dans le chapitre précédent du latitudinarisme des panchrétiens (ou œcuménistes) qui reculent démesurément les limites de l’Église en y voulant y intégrer toutes les dénominations chrétiennes. Les modernistes, se fondant sur le même principe (la religion est l’expression d’un sentiment religieux naturel à l’homme), vont encore plus loin en disant que tous ceux qui ont un sentiment religieux pratiquent la vraie religion : « Ce que Nous voulons observer ici, c’est que la doctrine de l’expérience jointe à l’autre du symbolisme consacre comme vraie toute religion, sans en excepter la religon païenne. Est-ce qu’on ne rencontre pas, dans toutes les religions, des expériences de ce genre ? Beaucoup le disent. Or, de quel droit les modernistes dénieraient-ils la vérité aux expériences religieuses qui se font, par exemple, dans la religion mahométane ? Et en vertu de quel principe attribueraient-ils aux seuls catholiques le monopole des expériences vraies ? Ils s’en gardent bien : les uns d’une façon voilée, les autres ouvertement, ils tiennent pour vraies toutes les religions [27]. »

Le concile Vatican II déclare que l’Église est en quelque sorte « le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen gentium 1). Selon le cardinal Wojtyla « tous les hommes sont englobés dans ce sacrement de l’unité [28] ». Tous les hommes font partie de l’Église du Dieu vivant [29]. Devenu le pape Jean-Paul II, il semble avoir conservé la même pensée. Le nouvel Avent (la préparation de l’an 2000) consiste à se préparer à découvrir cette Église universelle. Le but du pontificat de Jean-Paul II est l’unité de toute l’humanité, dont l’unité de l’Église est le point de départ. A partir de l’unité de l’Église, il faut travailler à l’unité de tous les chrétiens, d’où l’importance de l’œcuménisme, seul moyen d’être fidèle au Christ. De là on passe à l’unité de toutes les religions par le dialogue interreligieux. La fermeté de croyance de ces religions est un effet de l’Esprit-Saint (Redemptor Hominis 6, 3). Jean-Paul II formule dès sa première encyclique l’objectif de « la prière en commun [30] » avec les autres religions.

C’est surtout lors de la réunion d’Assise que s’est manifestée cette unité fondamentale du genre humain. Lisons ce qu’en dit le pape Jean-Paul II lui-même : « En cette journée, en effet, et dans la prière qui en était le motif et l’unique contenu, semblait s’exprimer pour un instant, même de manière visible, l’unité cachée mais radicale que le Verbe divin, “dans lequel tout a été créé et dans lequel tout subsiste” (Col 1,16 ; Jn 1, 3), a établie entre les hommes et les femmes de ce monde (…). Le fait d’être réunis à Assise pour prier, jeûner et cheminer en silence (…) a été comme un signe clair de l’unité profonde de ceux qui cherchent dans la religion des valeurs spirituelles et transcendantes en réponse aux grandes interrogations du cœur humain, malgré les divisions concrètes (voir Nostra aetate, 1) [31]. »

Cette unité provient de ce que tous les hommes sont créés par Dieu, appelés à une même fin, et rachetés par Jésus-Christ. « L’unité universelle fondée sur l’événement de la création et de la rédemption ne peut pas ne pas laisser une trace dans la vie réelle des hommes, même de ceux qui appartiennent à des religions différentes. C’est pourquoi, le Concile a invité l’Église à respecter les semences du Verbe présentes dans ces religions (Ad gentes, 11) et il affirme que tous ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile sont “ordonnés” à l’unité suprême de l’unique Peuple de Dieu à laquelle appartiennent déjà par la grâce de Dieu et par le don de la foi et du baptême tous les chrétiens avec qui les catholiques “qui conservent l’unité de la communion sous le successeur de Pierre » savent qu’ils « sont unis pour de multiples raisons” (voir Lumen gentium, 15). C’est précisément la valeur réelle et objective de cette “ordination” à l’unité de l’unique Peuple de Dieu, souvent cachée à nos yeux, qui a pu être reconnue dans la journée d’Assise ; et dans la prière avec les représentants chrétiens, c’est la profonde communion qui existe déjà entre nous dans le Christ et dans l’Esprit, vivante et agissante, même si elle est encore incomplète, qui a eu l’une de ses manifestations particulières. » Ainsi Assise a été « une illustration visible, une leçon de choses, une catéchèse intelligible à tous » de ce que signifient l’œcuménisme et le dialogue interreligieux.

La prière est aussi une « manifestation admirable de cette unité qui nous lie au-delà des différences et des divisions de toutes sortes. Toute prière authentique se trouve sous l’influence de l’Esprit “qui intercède avec insistance pour nous car nous ne savons que demander pour prier comme il faut”, mais Lui prie en nous “avec des gémissements inexprimables et Celui qui scrute les cœurs sait quels sont les désirs de l’Esprit” (Rm 8, 26-27). Nous pouvons en effet retenir que toute prière authentique est suscitée par l’Esprit-Saint qui est mystérieusement présent dans le cœur de tout homme. C’est ce que l’on a également vu à Assise : l’unité qui provient du fait que tout homme et toute femme sont capables de prier, c’est-à-dire de se soumettre totalement à Dieu et de se reconnaître pauvre devant lui. La prière est un des moyens pour réaliser le dessein de Dieu parmi les hommes (voir Ad gentes, 3). »

La conséquence de ce latitudinarisme (des panchrétiens ou des modernistes) est l’indifférentisme. Puisque toutes les religions chrétiennes sont plus ou moins héritières de l’Église du Christ et en font partie, puisque toutes les religions sont plus ou moins vraies, on peut se sauver dans toutes les religions et il n’est plus nécessaire de se convertir. Pour condamner ces erreurs, le concile avait prévu de bien préciser que l’appartenance à l’Église catholique est nécessaire au salut, d’une part parce que Notre Seigneur l’a commandé, mais aussi d’autre part parce que « la communication du Saint-Esprit, la participation à la vérité et à la vie ne s’obtiennent que dans l’Église et par l’Église dont la tête est le Christ ». Ainsi se trouvait condamnée à l’avance la proposition du concile Vatican II : « En conséquence, ces Églises et communautés séparées, bien que nous les croyions souffrir de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique [32]. » Cette erreur a été répétée par le récent texte de la Commission théologique internationale (DC 2157 du 6 avril 1997, p. 312-331 ; texte analysé dans ce numéro par l’abbé Marcille dans son article « L’œcuménisme “conservateur” de la Commission théologique internationale »).

Ce latitudinarisme est condamné par toute la Tradition de l’Église. Nous allons y revenir avec le chapitre suivant.

 

Canon 5 : Si quelqu’un dit : l’Église du Christ n’est pas une société absolument nécessaire pour obtenir le salut éternel ; ou : les hommes peuvent être sauvés par le culte de n’importe quelle religion, qu’il soit anathème [33].

 

Ch. 7 : Hors de l’Église, personne ne peut être sauvé

 

De plus, c’est un dogme de foi qu’en dehors de l’Église personne ne peut être sauvé [34].

 

Le concile voulait insister sur la nécessité d’appartenir à l’Église pour être sauvé. Il précise que cette doctrine n’est pas une opinion libre ou plus ou moins probable, mais que c’est un dogme de foi, c’est-à-dire que l’on ne peut prétendre être catholique et rejeter cet enseignement.

Cet enseignement se trouve déjà dans l’Écriture sainte. Avant l’incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ il n’était pas nécessaire d’appartenir au peuple juif pour être sauvé (par exemple Job n’était pas Juif), mais ceux qui refusaient d’écouter les prophètes sont considérés comme perdus (voir par exemple Coré et sa bande, Nb 16), et il est prophétisé que les ennemis du Christ seront condamnés (voir par exemple Ps 68, 23-29 : « Qu’ils soient rayés du livre de vie »).

Dans le Nouveau Testament par contre on voit bien qu’il est nécessaire d’être relié au Christ Jésus par la foi vive pour avoir la vie éternelle [35]. Mais pour être reliés ainsi à Notre Seigneur il faut suivre ses apôtres ou leurs successeurs, donc appartenir à l’Église [36].

D’ailleurs Notre Seigneur dit explicitement que si une cité ne reçoit pas ses apôtres, son sort sera pire que celui de Sodome et Gomorrhe au jour du jugement (Mt 10, 14-15).

Mais c’est surtout le témoignage de la Tradition qui est clair et unanime à ce sujet. La formule apparaît avec saint Cyprien : « Salus extra Ecclesiam non est » (Epître 73 ad Jubaianum, 25). Elle fera fortune. Elle est adoptée par le magistère, qui proclame par exemple dans le concile Latran IV en 1215 : « Una vero est fidelium universalis Ecclesia, extra quam nullus omnino salvatur – Il y a une seule Église universelle des fidèles, en dehors de laquelle absolument personne n’est sauvé » (Dz 430, DS 802, FC 31).

Pour bien préciser le sens de ce dogme, le concile Vatican I voulait d’abord expliquer qu’on peut se sauver sans une communion visible et externe avec l’Église : c’est le cas de ceux qui appartiennent à l’âme de l’Église sans appartenir à son corps. Mais pour cela il faut que l’absence de communion visible ne soit pas coupable, ce qui peut provenir soit de l’impuissance (c’est le cas de celui qui connaît la vraie Église et veut y entrer, mais ne peut le faire en raison des circonstances, par exemple parce qu’il meurt avant de pouvoir recevoir le baptême), soit de l’ignorance incoupable, appelée ignorance invincible. Lisons le schéma :

 

Ceux qui sont victimes d’une ignorance invincible à propos du Christ ne sont pas, de ce chef, voués aux peines éternelles de la damnation. Ils ne se sont pas rendus coupables de cette faute aux yeux du Seigneur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, qui ne refuse pas à celui qui fait ce qui est en son pouvoir la grâce permettant d’obtenir la justification et la vie éternelle. Mais personne n’obtient cette vie s’il meurt coupable de s’être séparé de l’unité et de la communion de l’Église. Qui ne se trouve pas dans cette arche périra au temps du déluge [37].

 

Vu l’importance de la question aujourd’hui, citons comme commentaire de ce passage un assez long extrait d’une allocution de Pie IX qui résume la pensée de l’Église :

« Nous avons appris avec douleur qu’une autre erreur non moins funeste s’était répandue dans quelques parties du monde catholique, et qu’elle s’était emparée des esprits d’un grand nombre de catholiques qui s’imaginent qu’on peut espérer le salut éternel de ceux qui ne font point partie de la vraie Église du Christ. De là vient qu’ils posent fréquemment la question de savoir quels seront, après la mort, le sort et la condition de ceux qui n’ont été nullement attachés à la foi catholique, et, après avoir produit les raisons les plus vaines, ils attendent une réponse qui favorise cette opinion erronée. Loin de Nous, Vénérables Frères, que Nous osions mettre des limites à la miséricorde divine, qui est infinie ; loin de Nous que Nous voulions approfondir les conseils et les jugements cachés de Dieu, abîme immense où la pensée de l’homme ne peut pénétrer. Mais, selon le devoir de Notre charge Apostolique, Nous voulons exciter votre sollicitude et votre vigilance épiscopale, afin que, dans toute l’étendue de vos forces, vous chassiez de l’esprit des hommes cette opinion impie et funeste que le chemin du salut éternel peut se trouver dans toutes les religions. Démontrez, avec cette habileté et cette science par lesquelles vous excellez, aux peuples qui sont confiés à vos soins, que les dogmes de la foi catholique ne sont nullement contraires à la miséricorde et à la justice de Dieu. Il faut en effet admettre de foi que, hors de l’Église Apostolique Romaine personne ne peut être sauvé, qu’elle est l’unique arche du salut, que, celui qui n’y serait point entré périra par le déluge : cependant il faut aussi connaître d’autre part avec certitude que ceux qui sont à l’égard de la vraie religion dans une ignorance invincible n’en portent point la faute aux yeux du Seigneur. Maintenant, à la vérité, qui ira, dans sa présomption, jusqu’à marquer les limites de cette ignorance, suivant le caractère et la diversité des peuples, des pays, des esprits et de tant d’autres choses ? Oui sans doute, lorsque, affranchis de ces entraves corporelles, nous verrons Dieu tel qu’il est, nous comprendrons quel lien étroit et beau unit en Dieu la miséricorde et la justice ; mais tant que nous sommes dans ce séjour terrestre, affaissés sous ce fardeau mortel qui écrase l’âme, croyons fermement, d’après la doctrine catholique, qu’il est un Dieu, une foi, un baptême ; aller plus loin dans ses recherches n’est plus licite. Au reste, suivant que la charité le demande, faisons des prières fréquentes pour que toutes les nations, quelles que soient les régions qu’elles habitent, se convertissent au Christ, et dévouons-nous de toutes nos forces au salut commun des hommes, car le bras du Seigneur n’est point raccourci, et les dons de la grâce céleste ne sauraient nullement faire défaut à ceux qui désirent et demandent sincèrement à être réjouis de cette lumière. » (Pie IX, Allocution Singulari Quadam, 9 décembre 1854).

Ensuite le concile voulait réprouver un certain nombre d’erreurs sur cette question.

D’abord ceux qui prônent la religion de l’honnête homme : il suffirait pour être sauvé de mener une vie honnête. Le christianisme est ainsi ramené à une morale, en oubliant la nécessité de la foi. C’est le cas de Kant selon lequel « dire que l’homme peut plaire à Dieu par autre chose que par une honnête forme de vie est une folie religieuse et un faux culte [38] », Baur (1792-1860, fondateur de l’école de Tübingen) disait aussi : « La doctrine de Jésus ne renferme rien qui n’ait une tendance purement morale, et qui ne vise à rappeler l’homme à sa propre conscience religieuse et morale [39]. »

Aujourd’hui on entend souvent cette erreur : « Peu importe le dogme, ce qui compte c’est l’honnêteté de vie qui peut être procurée, plus ou moins, par toutes les religions. » Le schéma déclare abhorrer cette doctrine :

 

C’est pourquoi Nous réprouvons et abhorrons la doctrine, aussi impie que contraire à la raison, de la valeur indifférente des religions, par laquelle les fils de ce siècle, en éliminant la distinction entre la vérité et l’erreur, disent que le havre de la vie éternelle est ouvert à tous, de quelque religion qu’ils viennent ; ou qui prétendent qu’on ne peut avoir sur la vérité de la religion que des opinions plus ou moins probables, mais aucune certitude. Nous réprouvons aussi l’impiété de ceux qui ferment aux hommes le Royaume des cieux en affirmant, sous de faux prétextes, qu’il est inconvenant ou encore aucunement nécessaire au salut d’abandonner la religion, même fausse, dans laquelle on est né, on a été élevé et formé ; qui font grief à l’Église elle-même de déclarer qu’elle est l’unique et la véritable religion, de proscrire et de condamner les religions et les sectes séparées de sa communion. Comme s’il pouvait jamais y avoir une communauté entre la justice et l’injustice, une union entre la lumière et les ténèbres, un accord entre le Christ et Bélial [40] !

 

Le schéma réprouve aussi la doctrine moderniste du sentiment religieux selon laquelle le sentiment fondamental est identique en toute forme de culte ; les divers cultes n’en sont que des formes d’expression qui peuvent varier avec le temps.

Il condamne aussi ceux qui prétendent qu’on ne peut avoir sur la religion que des opinions : par conséquent une religion qui fixerait et imposerait un Credo est nocive.

Enfin il condamne la doctrine de la liberté religieuse : chacun doit être laissé absolument libre de pratiquer la religion de son choix, sans qu’on cherche à l’en détourner. Ainsi Renan (1823-1892) disait : « La croyance n’a de valeur que si elle est produite par la réflexion personnelle (…), l’acte n’est méritoire que s’il est spontané (…). La religion qui s’accorde le mieux avec cette liberté est le protestantisme (…). Maintenant il arrive à son terme, l’ordonnance libre de la religion, l’union de tous les chrétiens, non pas dans la lettre morte des symboles (le Credo), mais dans la pure idée religieuse [41]. »

Nous pouvons citer ici en appui de ces condamnations un autre texte de Pie IX :

« Il y a peu de différence entre cette forme hideuse de l’indifférence et le système sorti du sein des ténèbres de l’indifférence entre les diverses religions, système en vertu duquel des hommes qui se sont éloignés de la vérité, qui sont ennemis de la vraie foi et oublieux de leur propre salut, qui enseignent des croyances contradictoires et qui n’ont jamais eu de doctrine stable, ne font aucune différence entre les diverses professions de foi, s’en vont pactisant avec tout le monde, et soutiennent que le port de salut éternel est ouvert aux sectateurs de toutes les religions, quelles qu’elles soient. Peu leur importe la diversité de leurs doctrines, pourvu qu’ils s’accordent tous à combattre celle qui seule est la vérité. Vous voyez, Fils bien-aimés et Vénérables Frères, quelle vigilance est nécessaire pour que la contagion de ce mal terrible n’infecte pas et ne fasse pas malheureusement périr vos ouailles. Ne cessez donc point de défendre attentivement vos peuples contre ces pernicieuses erreurs ; livrez-leur avec une abondance de plus en plus grande et attentive la doctrine de la vérité catholique ; enseignez-leur que, de même qu’il n’y a qu’un seul Dieu, un seul Christ, un seul Esprit-Saint, de même il n’y a qu’une seule vérité divinement révélée, une seule foi divine, principe du salut de l’homme et fondement de toute justification, la foi dont le juste vit et sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu et de parvenir à la société des enfants de Dieu ; une seule véritable et sainte Église, l’Église catholique apostolique romaine ; qu’une seule Chaire, fondée sur Pierre par la parole du Seigneur, Chaire hors de laquelle on ne peut trouver ni la vraie foi, ni l’éternel salut ; car celui qui n’a pas l’Église pour Mère ne peut avoir Dieu pour Père, et l’on se flatte en vain d’être dans l’Église quand on a abandonné la Chaire de Pierre, sur laquelle l’Église est fondée » (Pie IX, Lettre Singulari Quidem, 17 mars 1856).

 

Canon 6 : Si quelqu’un dit : cette intolérance par laquelle l’Église catholique proscrit et condamne toutes les sectes religieuses séparées de sa communion n’est pas commandée par le droit divin ; ou bien : sur la vérité de la religion on ne peut avoir de certitude, mais seulement des opinions, et par suite toutes les sectes religieuses doivent être tolérées par l’Église, qu’il soit anathème [42].

 

Ce canon s’élève dans sa première partie contre ceux qui condamnent « l’intolérance » de l’Église catholique, et dans sa seconde partie contre les incrédules « tolérants ».

 

Ch. 8 : L’indéfectibilité de l’Église

 

Nous déclarons encore que l’Église du Christ, considérée dans son existence ou sa constitution, est une société éternelle et indéfectible, et qu’après elle il ne faut pas attendre en ce monde une économie de salut plus plénière et plus parfaite. En effet, comme tous les hommes engagés dans le pèlerinage de cette terre jusqu’à la fin du monde doivent être sauvés par le Christ, l’Église du Christ, qui est la seule communauté de salut, demeurera immuable et inébranlable en sa constitution jusqu’à la fin du monde.

 

Trois choses sont ici enseignées :

• l’Église fondée par Jésus-Christ ne peut cesser d’exister, contre les affirmations des sociniens ;

• la constitution de l’Église est indéfectible, et en particulier son caractère visible, avec sa hiérarchie, contre ceux qui n’admettent que la permanence d’une Église invisible ;

• l’Église possède l’économie pleine et parfaite du salut, et il ne faut pas en attendre une nouvelle. Par là sont condamnées les diverses sectes protestantes qui ont prétendu réformer l’Église, en disant suivre quelque inspiration divine : anabaptistes, quakers, swedenborgiens, mormons, etc. Ils ne faisaient d’ailleurs que renouveler d’anciennes hérésies : montanistes (IIe siècle), manichéens (qui parlaient d’un troisième testament, celui du Saint-Esprit), Joachim de Flore (qui parle aussi de trois ères : celle du Père, celle du Fils et celle du Saint-Esprit à partir de 1260). On retrouve cette erreur chez les modernistes (qui veulent adapter le dogme à la philosophie moderne) et les pentecôtistes.

Que l’Église ne puisse changer quant à ses traits essentiels, cela est clairement dit par la Sainte Écriture : « Dieu nous a parlé dans ces derniers temps par son Fils » (He 1, 2) ; « Je m’étonne que si vite vous vous laissiez détourner de celui qui vous a appelés en la grâce de Jesus-Christ, pour passer à un autre Évangile : non certes qu’il y en ait un autre, seulement il y a des gens qui vous troublent et qui veulent changer l’Évangile du Christ. Mais quand nous-même, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure, si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 6-9) ; « Cet Évangile sera prêché dans le monde entier (…) et alors viendra la fin » (Mt 24, 4). Notre Seigneur avait promis à ses apôtres de leur envoyer son Esprit à la Pentecôte, qui leur enseignerait toute vérité (Jn 14, 26).

On comprend d’ailleurs que Notre Seigneur, étant Dieu, devait nécessairement fonder une société très parfaite, qu’aucun homme, aussi saint qu’il soit, ne puisse perfectionner.

Le concile Vatican I a condamné ceux qui disent que les dogmes peuvent recevoir un nouveau sens sous le prétexte d’une meilleure intelligence ou du progrès des sciences (Dz 1800 et 1801).

 

Bien que l’Église grandisse et – plaise à Dieu qu’elle s’accroisse constamment dans la foi et la charité, pour que se construise le corps du Christ ! – bien qu’elle se développe diversement, selon la variété des temps et des circonstances au milieu desquels sa vie militante se déroule, elle demeure cependant immuable en elle-même et dans la constitution qu’elle a reçue du Christ. C’est pourquoi l’Église du Christ ne peut jamais perdre ses propriétés et ses qualités, son saint magistère, son office sacerdotal et son gouvernement. Ainsi le Christ est perpétuellement, par son corps visible, la voie, la vérité et la vie pour tous les hommes.

 

Ici le schéma distingue deux sortes de progrès : un progrès subjectif (croissance du corps mystique) possible, et un progrès objectif (modification de l’institution du Christ) impossible. Dans l’Église ne peuvent changer : sa nature (et donc ses propriétés essentielles qui en découlent, en particulier ses quatre notes : unité, sainteté, apostolicité, catholicité), sa divine constitution (et en particulier son triple pouvoir) et toutes les prérogatives nécessaires à sa conservation.

Le schéma va traiter de façon plus précise de l’indéfectibilité de la foi dans le chapitre suivant.

 

Canon 7 : Si quelqu’un dit : l’Église du Christ peut être obscurcie par les ténèbres ou souillée par le mal, jusqu’au point de s’écarter de la vérité salutaire de la foi et des mœurs, de dévier de son institution originelle, ou de périr à la fin, après s’être laissée dépraver et corrompre, qu’il soit anathème [43].

 

Déjà le pape Pie VI avait été qualifiée d’hérétique cette proposition des jansénistes du concile de Pistoie : « Dans ces derniers siècles un obscurcissement général a été répandu sur des vérités de grande importance relatives à la religion et qui sont la base de la foi et de la doctrine morale de Jésus Christ » (DS 2601).

 

Canon 8 : Si quelqu’un dit : la présente Église du Christ n’est pas le dernier et suprême ordre de choses disposé pour conduire au salut, mais il faut en attendre un autre, par une nouvelle et plus abondante effusion de l’Esprit divin, qu’il soit anathème [44].

 

Un tel canon serait bien utile aujourd’hui pour clarifier les idées de beaucoup de charismatiques.

 

Ch. 9 : L’infaillibilité de l’Église

 

L’Église du Christ perdrait son immutabilité et sa dignité et elle cesserait d’être la communauté de vie et le moyen nécessaire du salut si elle pouvait s’écarter de la vérité salutaire de la foi et des mœurs et si, en la prêchant et en l’exposant, elle pouvait se tromper et tromper. Mais elle est « la colonne et le support de la vérité » (1 Tm 3, 15) et, de ce fait, est exempte et indemne de tout danger d’erreur et de fausseté.

 

L’infaillibilité de l’Église est déjà contenue dans son indéfectibilité : l’Église aurait défailli si elle cessait d’enseigner la vérité. Toutefois le schéma prévoyait ce chapitre particulier pour bien préciser le sens et le contenu de cette infaillibilité.

L’expression « colonne et support de la vérité » est de saint Paul (columna et firmamentum veritatis, 1 Tm 3, 15), et s’applique à l’Église, comme le disait déjà le concile de Trente (DS 1637).

L’Église ne peut ni se tromper (elle est exempte d’erreur) ni nous tromper (elle est exempte de fausseté).

 

Avec l’approbation du saint Concile universel, Nous enseignons et déclarons que le don de l’infaillibilité, révélé comme une prérogative perpétuelle de l’Église du Christ, qu’on ne doit pas confondre avec le charisme de l’inspiration et qui ne vise pas à enrichir l’Église de nouvelles révélations, a été conféré pour que la parole de Dieu, écrite ou transmise, soit affirmée et gardée entière dans l’universelle Église du Christ et exempte des corruptions de la nouveauté ou du changement, selon ce commandement de l’Apôtre [45] : « O Timothée, garde le dépôt. Évite les discours creux et impies, les objections d’une pseudo-science. Pour l’avoir professée, certains se sont écartés de la foi » (1 Tm 6, 20-21). Ce que le même Apôtre inculque encore, lorsqu’il écrit : « Prends pour règle les saines paroles que tu as entendues de moi, dans la foi et dans l’amour du Christ Jésus. Garde le bon dépôt, avec l’aide de l’Esprit-Saint qui habite en nous » (2 Tm 1, 13-14).

 

Après avoir affirmé l’existence de l’infaillibilité, le concile voulait expliquer le sens de cette expression.

Dans sa nature, l’infaillibilité est différente de l’inspiration. Cette dernière a été donnée aux prophètes et aux apôtres pour mettre par écrit une partie de la révélation publique donnée par Dieu à son Église. L’écrivain sacré sous l’influence de l’inspiration devient un instrument (tout en restant doué d’intelligence, donc de conscience, et de liberté) de Dieu qui prend la responsabilité de ce qui est écrit : la Bible a réellement Dieu pour auteur, elle est le livre de Dieu. Tandis que dans le cas de l’infaillibilité, l’homme reste responsable de ce qu’il dit ou fait, Dieu ne faisant que garantir l’absence d’erreur, sans devenir l’auteur de ce qui est énoncé. Ainsi les définitions des conciles sont infaillibles, mais elles ne deviennent pas pour autant la parole de Dieu au sens propre.

Dans son effet, l’infaillibilité n’a pas pour objet de nouvelles révélations, mais l’affirmation et la garde de la parole de Dieu déjà révélée. Notons en particulier que l’Église doit veiller à ce que ce dépôt soit gardé pur des corruptions de la nouveauté et du changement.

 

Nous enseignons donc que l’objet de cette infaillibilité s’étend aussi loin que le dépôt de la foi et que le devoir de la garder le demande. Ainsi, la prérogative de l’infaillibilité, que possède l’Église du Christ, renferme en son domaine et la parole de Dieu universellement révélée et tout ce qui, bien que non révélé, est nécessaire pour qu’elle puisse être conservée avec sécurité, proposée à croire et expliquée avec certitude et précision, ou pour qu’elle puisse être affirmée et défendue avec force contre les erreurs des hommes et les objections d’une pseudo-science.

 

Ici le schéma précise l’objet de l’infaillibilité. Il est double. L’objet premier et immédiat c’est la parole de Dieu (la révélation écrite ou transmise). L’objet second et médiat est tout ce qui est nécessaire à la garde de ce dépôt, c’est-à-dire à la sécurité de sa conservation, à sa proposition et à son explication (de manière assez certaine pour terminer toute discussion), et à sa défense contre toute sorte d’erreurs.

 

Cette infaillibilité, qui a pour fin la vérité sans tache de la doctrine sur la foi et les mœurs dans la société des fidèles, réside dans le magistère que le Christ a institué perpétuel en son Église, lorsqu’il a dit à ses Apôtres : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20). Le Christ leur a aussi promis l’Esprit de sa vérité, qui demeurerait éternellement avec eux, qui serait en eux et leur enseignerait toute vérité (Jn 14, 16-17).

 

Après avoir donné incidemment la finalité de cette infaillibilité (conserver la vérité de la doctrine de la foi et des mœurs), le schéma termine en donnant son sujet propre : le magistère. Ici le concile ne voulait pas préciser, mais on sait que ce magistère est l’enseignement du pape et des évêques. Dans la constitution sur la foi, le concile (Vatican I) allait préciser que ce magistère infaillible peut s’exprimer soit par des jugements solennels (du pape seul, ou d’un concile œcuménique), soit par le magistère ordinaire universel (c’est-à-dire du pape et des évêques dispersés) [46].

 

Canon 9 : Si quelqu’un dit : l’infaillibilité de l’Église est restreinte uniquement à ce qui se trouve formellement contenu dans la révélation divine, et elle ne s’étend pas aux autres vérités qui sont nécessairement requises pour que le dépôt de la révélation soit gardé dans son intégrité, qu’il soit anathème [47].

 

Ch. 10 : Le pouvoir de l’Église

 

L’Église du Christ n’est pas une société d’égaux, dans laquelle tous les fidèles jouiraient des mêmes droits. Mais elle est une société hiérarchisée, et cela non seulement parce que, parmi les fidèles, les uns sont clercs et les autres laïcs, mais surtout parce qu’il y a dans l’Église un pouvoir institué par Dieu, pour sanctifier, enseigner et gouverner, qu’ont reçu certains et que n’ont pas les autres.

 

Le schéma affirme que tous les membres de l’Église n’ont pas les mêmes droits et les mêmes pouvoirs, contre l’enseignement des protestants selon lesquels l’Église est un collège d’égaux, ou du moins que le pouvoir est délégué par le peuple chrétien aux ministres.

Par exemple Boehmer prétendait que le droit de prêcher et d’administrer les sacrements appartient à tous les chrétiens jusqu’à ce que l’Église en élise quelques-uns pour exercer ce droit au nom de tous. A partir de cette élection, il y a une certaine inégalité entre le docteur et l’auditeur.

Déjà le concile de Trente avait affirmé : « Si quelqu’un dit que tous les chrétiens ont pouvoir sur la parole et sur l’administration des sacrements, qu’il soit anathème » (FC 672). « Si quelqu’un affirme que tous les chrétiens, sans distinction, sont prêtres du Nouveau Testament, ou que tous possèdent un même pouvoir spirituel, il ne fait rien d’autre, semble-t-il, que d’anéantir la hiérarchie ecclésiastique, qui est comme “une armée rangée en bataille” [Ct 6, 3] ; comme si, à l’encontre de la doctrine de saint Paul, tous étaient apôtres, tous prophètes, tous évêques, tous prêtres, tous docteurs. Aussi le saint Concile déclare, qu’outre les autres ordres de l’Église, les évêques, qui succédèrent aux Apôtres, appartiennent, à titre principal, à cet ordre hiérarchique ; qu’ils ont été “placés (comme le dit le même Apôtre) par l’Esprit-Saint pour gouverner l’Église de Dieu” [Ac 20, 28] ; qu’ils sont supérieurs aux prêtres ; qu’ils confèrent le sacrement de confirmation ; qu’ils ordonnent les ministres de l’Église et qu’ils peuvent accomplir plusieurs autres actes et fonctions pour lesquels les autres [ministres] d’un ordre inférieur n’ont aucun pouvoir » (FC 896). « Si quelqu’un dit qu’il n’y a pas, dans l’Église catholique, une hiérarchie instituée par une disposition divine, composée d’évêques, de prêtres et de ministres, qu’il soit anathème » (FC 904) [48].

Ici le schéma affirmait d’abord l’existence de l’inégalité dans l’Église, ensuite la cause de cette inégalité : la distinction entre laïcs et clercs d’abord, puis l’existence dans l’Église d’un réel pouvoir d’origine divine.

Le rapporteur précisait que ce pouvoir a un triple caractère :

• Il est d’abord suprême, c’est-à-dire qu’il n’est pas soumis à un autre pouvoir (à la puissance séculière notamment), selon Mt 28, 18 : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre : Allez (…) ». Ainsi sont condamnées les théories du droit d’inspection ou de l’appel comme d’abus réclamés par certains États.

• Le pouvoir ecclésiastique est ensuite universel : il recouvre tout l’ordre du salut, y compris le domaine externe, en accord avec Mt 18, 18 : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans les cieux. » Ainsi sont condamnées les thèses protestantes disant que le domaine extérieur appartient en premier au magistrat civil, et les thèses régalistes demandant un placet royal ou un exequatur avant de publier ou d’exécuter les actes du pouvoir religieux.

• Ce pouvoir est enfin nécessaire, c’est-à-dire qu’il s’impose à tous les sujets de l’Église (à tous les baptisés, même les hérétiques).

 

Comme le pouvoir de l’Église est divers, l’un étant celui d’ordre et l’autre celui de juridiction, Nous donnerons un enseignement spécial sur ce dernier. Il ne regarde pas seulement le for interne et sacramentel, mais aussi le for externe et public.

 

Le pouvoir dans l’Église est double : pouvoir d’ordre et pouvoir de juridiction (au sens large).

Le pouvoir d’ordre est un pouvoir spirituel actif, quasi physique, instrumental, d’infuser la grâce en vertu du caractère du sacrement de l’ordre. On le qualifie de quasi physique car il produit son effet ex opere operato, de façon nécessaire, et non pas de manière morale en agissant sur la volonté. On le qualifie d’instrumental, car Dieu seul est la cause principale de la grâce.

Le pouvoir de juridiction est un pouvoir spirituel actif, moral, vicaire, de diriger les actes des subordonnés vers la fin surnaturelle. On le qualifie de moral parce qu’il produit son effet en agissant sur la volonté. Il est vicaire parce qu’il s’exerce au nom de quelqu’un d’autre (Notre Seigneur), mais celui qui l’exerce est une vraie cause (cause seconde certes, mais pas un simple instrument comme dans le pouvoir d’ordre), qui est responsable de ses actes.

Le pouvoir de juridiction (au sens large) se distingue en pouvoir de magistère (pouvoir d’enseigner la révélation et ce qui lui est connexe, avec autorité) et le pouvoir de gouvernement, ou pouvoir de juridiction au sens strict.

Le pouvoir d’ordre a déjà été traité assez en détail par le concile de Trente dans sa session XXIII (FC 892-906). Le schéma passe donc directement au pouvoir de juridiction (au sens strict, car il a déjà parlé du pouvoir de magistère au chapitre précédent) ou pouvoir de gouvernement.

Ce pouvoir s’exerce au for interne et au for externe. Les protestants n’acceptent pour le for interne qu’un pouvoir de conseil, qui n’est pas un vrai pouvoir. Il faut bien affirmer l’existence d’un vrai pouvoir au for interne, par exemple le pouvoir de remettre les péchés et les censures par un acte judiciaire (selon l’enseignement du concile de Trente : FC 829 et 844).

Mais le concile voulait surtout insister sur le pouvoir au for externe, celui qui est le plus attaqué.

 

Il est absolu et plénier. Il est législatif, judiciaire et pénal. Le sujet de ce pouvoir, ce sont les pasteurs et les docteurs donnés par le Christ, qui l’exercent librement et indépendamment de toute domination civile.

 

Les protestants disent qu’un pouvoir de juridiction au for externe n’est concevable que s’il reçoit sa force du consentement des subordonnés (qui se seraient liés par une sorte de pacte) ou lorsqu’il est confirmé par l’autorité civile. Contre ces erreurs le concile voulait affirmer que ce pouvoir est absolu (ne dépendant ni des subordonnés, ni du pouvoir civil). Le schéma précise que ce pouvoir est plénier, c’est-à-dire qu’il comprend tout ce qui appartient normalement à un pouvoir dans une société souveraine : le législatif, le judiciaire et l’exécutif (y compris l’application des peines). On retrouve cet enseignement dans la condamnation de Marsile de Padoue qui faisait reposer le pouvoir coactif sur une concession de l’empereur (Dz 499), dans la condamnation du synode de Pistoie (Dz 1504 sq.) et dans l’encyclique Immortale Dei exposant que l’Église est une société parfaite (EPS-Eccl 469).

Le sujet de ce pouvoir, ce sont les évêques et le pape, et non pas le gouvernement civil ni le peuple. Cet enseignement est conforme à celui résultant de la condamnation du synode de Pistoie (Dz 1502, 1509 sq.) et le concile Vatican I allait bientôt l’exposer en ce qui concerne le pape dans la constitution Pastor Aeternus (FC 471-476).

Le schéma précise que les évêques et le pape exercent leur pouvoir librement, ce qui rappelle le caractère suprême et absolu de ce pouvoir.

 

Ainsi, ils gouvernent l’Église de Dieu avec pleine autorité [49], soit par des lois qui obligent et qui lient également en conscience, soit par des décrets judiciaires, soit enfin par des peines salutaires contre les coupables, même s’ils ne veulent pas s’y soumettre volontairement, non seulement en ce qui concerne la foi et les mœurs, le culte et la sanctification, mais aussi en ce qui touche à la discipline et à l’administration extérieures de l’Église. Par là, nous devons croire que l’Église est une société parfaite. Cette véritable et si heureuse Église du Christ n’est autre que l’Église romaine, une, sainte, catholique et apostolique [50].

 

Ici le schéma expose l’effet de ce pouvoir de juridiction. Selon les protestants, « les chrétiens sont obligés par les lois du Christ à la manière du Christ, c’est-à-dire par amour et non pas sous forme de commandement (imperio[51] » ; ou encore « les évêques n’ont pas un vrai pouvoir, mais un ministère [52] ».

Le schéma rappelle la doctrine du concile de Trente affirmant contre les protestants : « Si quelqu’un dit que les baptisés sont libres à l’égard de tous les préceptes de la sainte Église, écrits ou transmis, et qu’ils ne sont tenus de les observer que s’ils ont voulu spontanément s’y soumettre, qu’il soit anathème » (FC 699).

De même dans la condamnation du concile de Pistoie, le pape Pie VI condamnait les erreurs jansénistes suivantes :

• L’Église ne doit pas exiger de force ce qui relève de la persuasion (Dz 1504).

• L’Église n’a pas le droit de commander par des lois, et de forcer les délinquants et les pertinaces par des peines salutaires et un jugement extérieur (Dz 1505).

Le pape Pie IX dans Quanta Cura avait lui-même condamné les erreurs suivantes : « lls affirment, en effet, sans la moindre honte, “que les lois de l’Église n’obligent pas en conscience, à moins qu’elles n’aient été promulguées par la société civile. Les actes et décrets du Pontife romain, touchant la religion et l’Église, ont besoin de la sanction et de l’approbation, à tout le moins du consentement, du pouvoir civil. Les constitutions apostoliques qui condamnent les sociétés secrètes, qu’on y exige ou non le serment de garder le secret, et qui frappent d’anathème leurs membres ou leurs responsables, n’ont aucune force dans les pays où des associations de ce genre sont tolérées par le gouvernement civil. L’excommunication portée par le concile de Trente et les Pontifes romains contre ceux qui attaquent et usurpent les droits et les possessions de l’Église repose sur une confusion de l’ordre spirituel et de l’ordre civil et politique dans la poursuite d’un bien purement humain. L’Église ne doit rien décréter qui puisse lier la conscience des fidèles en matière d’usage des biens temporels. L’Église n’a pas le droit de punir de peines temporelles ceux qui violent ses lois. Il est conforme à la théologie sacrée et aux principes du droit public que la propriété des biens que possèdent les églises, les familles religieuses et les lieux saints soit réclamée et revendiquée par le gouvernement civil” » (FC 446 [53]).

Ensuite le schéma détaillait l’objet de ce pouvoir de juridiction. Contrairement à la pensée des protestants, des régalistes et d’autres, l’État n’a pas la monopole de l’administration des choses extérieures. Pie VI avait déjà condamné le concile de Pistoie affirmant que l’Église ne doit pas exercer son autorité au-delà des limites de la doctrine et des mœurs, pour l’étendre aux choses extérieures (Dz 1504). Le concile Vatican I enseigne en ce qui concerne l’obéissance due au pape : « Les pasteurs de tout rang et de tout rite et les fidèles, chacun séparément ou tous ensemble, sont tenus au devoir de subordination hiérarchique et de vraie obéissance, non seulement dans les questions qui concernent la foi et les mœurs, mais aussi dans celles qui touchent à la discipline et au gouvernement de l’Église répandue dans le monde entier » (FC 472).

Ce chapitre 10 s’achève par une affirmation claire et solennelle, qui sera reprise dans le canon 13, de l’identité de l’Église du Christ et de l’Église catholique romaine.

Remarquons en terminant que bien des erreurs de l’Église conciliaire sont ici condamnées. Par exemple celles disant que l’autorité est seulement un service ; que l’Église est une communion et doit être gouvernée collégialement (excluant ou neutralisant la hiérarchie) ; que tous les membres de l’Église participent au triple pouvoir prophétique, sacerdotal et royal de Notre Seigneur ; que l’Église du Christ subsiste dans l’Église catholique, etc [54].

 

Canon 10 : Si quelqu’un dit : l’Église n’est pas une société parfaite, mais une simple association ; ou bien : elle se trouve dans la société civile ou dans l’État de telle manière qu’elle est soumise au pouvoir séculier, qu’il soit anathème [55].

Canon 11 : Si quelqu’un dit : l’Église a été instituée divinement comme une société d’égaux ; les évêques ont à vrai dire une fonction et un ministère, mais non pas un pouvoir propre de gouvernement qui leur appartienne en vertu de l’ordre voulu par Dieu, et qui doive être exercé par eux librement, qu’il soit anathème [56].

Canon 12 : Si quelqu’un dit : le Christ Seigneur et Sauveur n’a conféré à son Église que le pouvoir de diriger par mode de conseils et d’exhortations, mais non pas en plus le pouvoir de commander par des lois, et d’exercer la coercition et la contrainte sur les égarés et les contumaces, en jugeant au for externe et en appliquant des peines salutaires, qu’il soit anathème [57].

 

Le philosophe Grotius (1583-1645) a été le grand adversaire du pouvoir législatif de l’Église sous le fallacieux prétexte qu’il ne saurait y avoir deux pouvoirs suprêmes égaux. Il faut donc, dit-il, que l’Église reçoive de l’État son pouvoir de faire les lois.

 

Canon 13 : Si quelqu’un dit : la vraie Église du Christ, hors de laquelle personne ne peut être sauvé, est autre que l’Église romaine, une, sainte, catholique et apostolique, qu’il soit anathème [58].

 

(à suivre)


 

Jérusalem, figure de l’Église

 

 

 


[1] — On pourrait comparer le chapitre XI du schéma et le texte de la Constitution Pastor Æternus, auquel ont abouti les délibérations. – Plusieurs des points de doctrine qu'il contient, et qui n'avaient pu être discutés au Concile, ont été repris par Léon XIII, Pie XI et Pie XII dans quelques-unes de leurs encycliques.

[2] — Pour les dix premiers chapitres, la traduction (avec quelque correction) est tirée de FC, pour les autres chapitres, et pour les canons, du Père Clérissac.

[3] — On trouve le texte de ce schéma publié dans Mansi, Sacrorum Conciliorum… amplissima collectio, 51, col. 539-553 (suivi d’annotations, ibid., col. 553-636), dans Acta et Decreta... Concilii Vaticani, coll. Lacensis, VII, col. 567-571, et dans Clérissac O.P., Le Mystère de l’Église, Paris, Téqui, 1923, p. 239-349 (avec une traduction française). La traduction des dix premiers chapitres a été publiée dans FC (Dumeige, La Foi catholique, Paris, L’Orante, 1961 (2e éd.), nº 454-465.) ; celle des douze premiers chapitres par Solesmes en annexe de EPS-Eccl (Moines de Solesmes, Les Enseignements Pontificaux – L’Église, Desclée, 1959).

[4] — Voir Irenée, Adv. Haer. 3, 4 (PG 7, 855).

[5] — Saint Ambroise, De Fide ad B. Hieron. presbyt., ap. Mai, VV. Scriptt. t. 7, par. 1, p. 159 (PL 17, 1159).

[6] — Voir Ep 4, 4-25 ; 1 Co 12, 12-14.

[7] — Voir Col 1, 18.

[8] — Si quis dixerit, Christi religionem in nulla peculiari societate ab ipso Christo fundata exstantem et expressam esse, sed a singulis seorsum, non habita ratione ad ullam societatem, quæ vera ipsius Ecclesia sit, rite observari et excoli posse, anathema sit.

[9] — Docemus autem ac declaramus, Ecclesiæ inesse omnes veræ societatis qualitates. Neque societas hæc indefinita vel informis a Christo relicta est ; sed quemadmodum ab ipso suam exsistentiam habet : ita ejusdem voluntate ac lege suam exsistendi formam suamque constitutionem accepit.

[10]Neque eadem membrum est sive pars alterius cujuslibet societatis, nec cum alia quavis confusa aut commiscenda ; sed adeo in semetipsa perfecta, ut dum ab omnibus humanis societatibus distinguitur, supra eas tamen quam maxime evehatur.

[11] — Saint Thomas d’Aquin, Commentaire sur Ps 45, 5 (Fluminis impetus laetificat civitatem Dei).

[12]Si quis dixerit, Ecclesiam a Christo Domino nullam certam ac immutabilem constitutionis formam accepisse, sed æque ac reliquas hominum societates, pro temporum diversitate vicissitudinibus et transformationibus subjectam fuisse, aut subjici posse, anathema sit.

[13] — IV Sent., D. 15, q. 3, a. 1, q.la 4, ad 1.

[14] — Voir Rm 10, 10.

[15] — Saint Augustin, in Ps 18, 2, 6 ; De Unit. Eccl., c. 16, n. 40 ; Contra Crescon. Donastit., l. 21, c. 365, n. 456 ; Contra litt. Petil., l. 2, c. 32, n. 74 ; c. 104, n. 239 (PL 36, 160 ; 43, 422 ; 43, 284 et 343).

[16] — Saint Cyrill. Alex., Com. in Is. 3, 25, 4 (PG 70, 562).

[17] — Voir Mt 5, 15.

[18]Si quis dixerit, divinarum promissionum Ecclesiam non esse societatem externam ac conspicuam, sed totam internam ac invisibilem, anathema sit.

[19]Cum ejusmodi sit vera Christi Ecclesia, declaramus, hanc visibilem conspicuamque societatem esse illam ipsam divinarum promissionum ac misericordiarum Ecclesiam, quam Christus tot prærogativis ac privilegiis distinguere et exornare voluit ; eamdemque ita plane in sua constitutione esse determinatam, ut quæcumque societates a fidei unitate vel a communione hujus corporis sejunctæ nullo modo pars ejus aut membrum dici possint ; neque per varias christiani nominis consociationes dispersam atque diffusam, sed totam in se collectam penitusque cohærentem, in sua conspicua unitate indivisum ac indivisibile corpus praeferre ; quod est ipsum corpus mysticum Christi.

[20] — DS 2885-2888, qui omet pourtant la condamnation formelle donnée en Dz 1687.

[21] — Dz 2199, omis dans DS.

[22] — Pierre Jurieu, Le Vrai Mystère de l’Église, p. 226, cité dans Mansi, t. 51, col. 565. Toutes les citations de Jurieu que nous donnons sont tirées du texte du rapporteur publié dans Mansi.

[23] — L’expression « Subsistit in » est employée dans Lumen Gentium, nº 8 ; Dignitatis Humanae, prologue ; NCDC 204, § 2. Voir le commentaire du cardinal Willebrands dans DC 1953 (3 novembre 1988), p. 35 sq.

[24] — EPS-Eccl 863.

[25]Si quis dixerit ,veram Ecclesiam non esse unum in se corpus, sed ex variis dissitisque christiani nominis societatibus constare, per easque diffusam esse ; aut varias societates ab invicem fidei professione dissidentes atque communione sejunctas, tanquam membra vel partes unam et universalem constituere Christi Ecclesiam, anathema sit.

[26]Tantæ nimirum necessitatis, quantæ consortium et conjunctio est cum Christo capite et mystico ejus corpore, præter quod nullam aliam communionem ipse nutrit et fovet tanquam Ecclesiam suam, quam solam dilexit et seipsum tradidit pro ea, ut illam sanctificaret, mundans lavacro aquæ in verbo vitæ : ut exhiberet ipse sibi gloriosam Ecclesiam, non habentem maculam, aut rugam, aut aliquid hujusmodi, sed ut sit sancta et immaculata. Idcirco docemus, Ecclesiam non liberam societatem esse, quasi indifferens sit ad salutem, eam sive nosse sive ignorare, sive ingredi sive relinquere ; sed esse omnino necessariam, et quidem necessitate non tantum præcepti dominici, quo Salvator omnibus gentibus eam ingrediendam præscripsit ; verum etiam medii, quia in instituto salutaris providentiæ ordine communicatio sancti Spiritus, participatio veritatis et vitæ non obtinetur, nisi in Ecclesia et per Ecclesiam, cujus caput est Christus.

[27] — Saint Pie X, Pascendi Dominici Gregis, 8 septembre 1907, dans Documents pontificaux de sa sainteté saint Pie X, Publications du Courrier de Rome, 1993, p. 439.

[28] — Wojtyla, Cardinal Karol, Le Signe de contradiction, Fayard, « Communio », 1979, p. 43.

[29] — « L’Église du Dieu vivant réunit justement en elle ces gens qui de quelque manière participent à cette transcendance à la fois admirable et fondamentale de l’esprit humain » (Wojtyla, Cardinal Karol, Le Signe de contradiction, p. 32). Parmi « ces gens », le cardinal avait nommé, dans les pages précédentes, le bédouin du désert, le moine bouddhiste, et même les athées qui ont des expériences intérieures.

[30] — Le pape parle bien de « prière en commun » et non pas d’être ensemble pour prier.

[31] — DC 1933, 1er février 1987, Discours aux cardinaux et à la Curie du 22 décembre 1986. Les citations suivantes sont tirées du même discours.

[32]Unitatis redintegratio, nº 3 : « Iis enim Spiritus Christi uti non renuit tamquam salutis mediis. »

[33]Si quis dixerit, Ecclesiam Christi non esse societatem ad æternam salutem consequendam omnino necessariam ; aut homines per cujusvis religionis cultum salvari posse, anathema sit.

[34]Porro dogma fidei est, extra Ecclesiam salvari neminem posse.

[35] — Voir par exemple Mt 10, 32 ; Jn 3, 18 ; Jn 8, 24 ; Jn 12, 48 ; Ac 4, 12 ; 1 P 2, 5-8 ; 1 Tm 2, 5.

[36] — Voir par exemple Lc 10, 16 ; Jn 17, 18 ; Jn 20, 21.

[37]Neque tamen, qui circa Christum ejusque Ecclesiam invincibili ignorantia laborant, propter hanc ignorantiam pœnis æternis damnandi sunt, cum nulla obstringantur hujusce rei culpa ante oculos Domini, qui vult omnes homines salvos fieri et ad agnitionem veritatis venire, quique facienti quod in se est non denegat gratiam, ut justificationem et vitam æternam consequi possit : sed hanc nullus consequitur, qui a fidei unitate vel ab Ecclesia communione culpabiliter sejunctus ex hac vita decedit. Si quis in hac arca non fuerit, peribit regnante diluvio.

[38] — Strauss, Christianae fidei doctrina, t. 1, p. 280 sq., cité par le rapporteur en Mansi, t. 51, col. 571.

[39] — Baur, Christianismus et ecclesia christiana prioribus tribus saeculis, p. 32 sq., cité par le rapporteur en Mansi, t. 51, col. 572.

[40]Quare reprobamus et destetamur impiam æque ac ipsi rationi repugnantem de religionum indifferentia doctrinam, qua filii huius sæculi, veritatis et erroris sublato discrimine, dicunt, omnibus æternæ vitæ portum ex qualibet religione patere ; aut contendunt, de veritate religionis opiniones tantum plus minusve probabiles, non autem certitudinem haberi posse. Pariterque reprobamus impietatem illorum, qui claudunt regnum cælorum ante homines, falsis prætextibus affirmantes, indecorum vel ad salutem minime necessarium esse, deserere religionem, etsi falsam, in qua quis natus vel educatus ac institutus est ; nec non Ecclesiam ipsam, quæ se religionem esse unice veram profitetur, omnes autem religiones et sectas a sua communione separatas proscribit et damnat, criminantur, perinde ac si ulla unquam esse posset participatio justitiæ cum iniquitate, aut societas lucis ad tenebras, et conventio Christi ad Belial.

[41] — Renan, L’Avenir religieux des sociétés modernes, p. 374 sq., cité par le rapporteur en Mansi, t. 51, col. 573 (nous retraduisons depuis l’italien, le rapporteur se référant à un texte paru dans la Civilt. catt. ser. VII, vol. 3, quad. 439, p. 56).

[42]Si quis dixerit, intolerantiam illam, qua Ecclesia catholica omnes religiosas sectas a sua communione separatas proscribit et damnat, divino jure non præcipi ; aut de veritate religionis opiniones tantum non autem certitudinem haberi posse ; ideoque omnes sectas religiosas ab Ecclesia tolerandas esse, anathema sit.

[43]Si quis dixerit, eamdem Christi Ecclesiam posse offundi tenebris, aut infici malis, quibus a salutari fidei morumque veritate aberret, ab originali sua institutione deviat, aut depravata et corrupta tandem desinat esse, anathema sit.

[44]Si quis dixerit, præsentem Christi Ecclesiam non esse ultimam ac supremam consequendæ salutis œconomiam, sed exspectandam esse aliam, per novam vel pleniorem divini Spiritus effusionem, anathema sit.

[45]Sacro autem et universali approbante Concilio docemus atque declaramus, dotem infallibilitatis, quæ tanquam perpetua Ecclesiæ Christi prærogativa revelata est, quæque nec cum inspirationis charismate confundi debet, neque eo spectat, ut Ecclesia novis revelationibus ditescat, collatam ad hoc esse, ut verbum Dei, sive id scriptum sive traditum sit, in universali Christi Ecclesia integrum, et a quavis novitatis immutationisque corruptela immune asseratur et custodiatur, secundum illud Apostoli mandatum (…).

[46] — DS 3011.

[47]Si quis dixerit, Ecclesiæ infallibilitatem ad ea tantum restringi, quæ divina revelatione continentur, nec ad alias etiam veritates extendi, quæ necessario requiruntur, ut revelationis depositum integrum custodiatur, anathema sit. 

[48] — Voir aussi CIC nº 107 et nº 108, § 3.

[49] — Voir Tt 2, 15 ; 1 Co 7, 6.

[50]Unde Ecclesia Christi perfecta societas credenda est. Hæc autem vera et tam felix Christi Ecclesia alia non est, præter unam, sanctam, catholicam, et apostolicam Romanam.

[51] — Boehmer, Iure ecclesiastico protestantium, l. 1, tit. 33, § 16.

[52] — Iannonius, cité dans Bianchi, Della potesta et della polizia della Chiesa, l. 1, c. 5.

[53] — Dz 1697, omis dans DS, de même que le passage de Quanta Cura relatif à la liberté religieuse.

[54] — Sur ces diverses erreurs, dont plusieurs sont enseignées par le pape Jean-Paul II dans la constitution promulgant le nouveau code de droit canon, voir Le Sel de la terre 1, p. 29 sq. On lit par exemple dans cette constitution : « Parmi les éléments qui caractérisent l'image réelle et authentique de l'Église, il nous faut mettre en relief surtout les suivants : la doctrine selon laquelle l'Église se présente comme le Peuple de Dieu (voir Const. Lumen gentium, 2) et l'autorité hiérarchique comme service (voir ibid., 3) ; la doctrine qui montre l'Église comme une communion et qui, par conséquent, indique quelles sortes de relations doivent exister entre les Églises particulières et l'Église universelle, et entre la collégialité et la primauté ; la doctrine selon laquelle tous les membres du Peuple de Dieu, chacun selon sa modalité, participent à la triple fonction du Christ : les fonctions sacerdotale, prophétique et royale. » (C’est nous qui soulignons.)

La Commission mixte catholique-luthérienne à l'occasion du 500e anniversaire de la naissance de Luther déclara : « Parmi les idées du Concile Vatican II, où l'on peut voir un accueil des requêtes de Luther, se trouvent par exemple : – La description de l'Église comme "Peuple de Dieu." – La compréhension des ministères ecclésiastiques comme services. – L'accent mis sur le sacerdoce de tous les baptisés » (DC 3 juillet 1983, p. 694).

[55]Si quis dixerit, Ecclesiam non esse societatem perfectam, sed collegium ; aut ita in civili societate seu in statu esse, ut sæculari dominationi subjiciatur, anathema sit.

[56]Si quis dixerit, Ecclesiam institutam divinitus esse tanquam societatem æqualium ; ab episcopis vero haberi quidem officium et ministerium, non autem propriam regiminis potestatem, quæ ipsis divina ordinatione competat, quæque ab iisdem sit libere exercenda, anathema sit.

[57]Si quis dixerit, a Christo Domino et Salvatore nostro Ecclesiae suæ collatam tantum fuisse potestatem dirigendi per consilia et suasiones, non vero etiam jubendi per leges, ac devios contumacesque exteriori judicio ac salubribus pœnis coercendi atque cogendi, anathema sit.

[58]Si quis dixerit, veram Christi Ecclesiam, extra quam nemo salvus esse potest, aliam esse præter unam, sanctam, catholicam, et apostolicam Romanam, anathema sit.

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