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Bref Examen critique

de la nouvelle messe

 

L’association Noël Pinot, fondée en 1972 par le père Michel André (spiritain) pour la défense de la Tradition et notamment de la messe traditionnelle, a eu la bonne idée de rééditer le Bref examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci.

Ces deux éminents cardinaux (le premier étant, comme on le sait, ancien Préfet du Saint-Office), adressèrent cette étude d’une trentaine de pages précédée d’une lettre-préface au pape Paul VI en la Fête-Dieu 1969, quelques mois avant la promulgation du nouveau rite.

Dans ce texte ils examinent la plupart des faiblesses du texte de la nouvelle messe en latin. Leur jugement est sévère :

 

Le nouvel Ordo Missæ, si l’on considère les éléments nouveaux, susceptibles d’appréciations fort di­verses, qui y paraissent sous-entendus ou impliqués, s’éloigne de façon im­pressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte messe, telle qu’elle a eté formulée à la XXe ses­sion du concile de Trente, lequel, en fixant définitivement les « canons » du rite, éleva une barrière infranchissable contre toute hérésie qui pourrait por­ter atteinte à l’intégrité du mystère (p. 2 et 3).

 

Telles qu’elles figurent dans le nouvel Ordo Missæ, les paroles de la consécration peuvent être valides en vertu de l’intention du prêtre ; mais elles peuvent aussi ne l’être pas : elles ne le sont plus par la force même des paroles, ou plus précisé­ment : elles ne le sont plus en vertu de leur signification propre (du mo­dus significandi) qu’elles ont dans le canon romain du Missel de saint Pie V. – Les prêtres qui, dans un proche avenir, n’auront pas reçu la formation traditionnelle, et qui se fie­ront au nouvel Ordo Missæ et à son Institutio generalis pour « faire ce que fait l’Église », consacreront-ils valide­ment ? Il est légitime d’en douter (note 1, p. 23).

 

Il est évident que le nouvel Ordo Missæ renonce en fait à être l’expres­sion de la doctrine que le Concile de Trente a définie comme étant de foi divine et catholique. Et cependant la conscience catholique demeure à ja­mais liée à cette doctrine. Il en résulte que la promulgation du nouvel Ordo Missæ met chaque catholique dans la tragique nécessité de choisir (p. 33).

 

Après une introduction exposant l’état de la question, les auteurs analysent successivement la définition de la messe donnée par l’Institutio generalis [1] qui pré­sente le nouveau missel, les finalités de la messe, son essence, l’accomplissement du sacrifice (le rôle des fidèles, du prêtre et de l’Église), puis ils terminent par quelques considérations sur les dangers évalués du nouveau rite.

Les auteurs ont bien perçu et exprimé en moins de quarante pages le caractère néfaste de la nouvelle messe. Si bien que les études qui viendront après ne feront guère que développer et approfondir ce qui est ici écrit. Rendons honneur à la perspicacité et au courage de ceux qui ont participé à la rédaction de ce Bref Examen.

C’est ici le lieu de rappeler que Mgr Lefebvre a eu un rôle décisif dans l’élabo­ration de ce document. Se trouvant à Rome au moment de la promulgation de la constitution Missale Romanum, il fut sollicité par un petit groupe de théolo­giens (dont le père Guérard des Lauriers O.P. était l’un des plus actifs) pour prési­der un groupe d’étude sur la nouvelle messe. C’est dans ces réunions qu’a été élaboré le Bref Examen.

Il fut présenté ensuite aux cardinaux. On espérait un grand nombre de signa­tures. Mais une indiscrétion journalistique fit reculer la plupart. Seuls les deux cardi­naux Ottaviani et Bacci eurent le courage de prendre la responsabilité de cette étude, et de la présenter au pape.

 

Fr. P.-M.

 

 

Bref Examen critique de la nouvelle messe, présenté à Paul VI par les cardinaux Ottaviani et Bacci, Supplément spécial à Introïbo nº 95 (Association Noël Pinot, 54 rue Delaâge, 49100 Angers).

 


[1] — On sait que l’Institutio generalis fut légèrement modifiée l’année suivante, pour essayer d’apaiser l’indignation suscitée dans les milieux catholiques. Mais le Missel lui-même ne fut pas modifié. L’Insti­tutio generalis première version donne l’intention de ceux qui ont promulgué le Missel. Les considéra­tions du Bref Examen n’ont donc rien perdu de leur actualité.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 23

p. 206-207

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