+ Comment aurait-on pu éviter une guerre civile ?
A l’occasion du cinquantenaire de la mort du père Vallet (1884-1947), le Révérend Père Marziac nous propose une réflexion nouvelle sur l’œuvre du jésuite catalan : la dimension politique de son œuvre de conversion par les retraites. Les deux tiers du livre dressent un tableau historique, depuis le péché originel jusqu’à nos jours, qui illustre la phrase de Benoît XV citée dans la préface : « C’est l’athéisme érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang » (p. 1). C’est le péché, c’est le refus de Dieu, c’est le naturalisme qui font naître les guerres.
Le père Vallet l’a bien compris. Dans la situation troublée de l’Espagne des années vingt, face aux révoltes qui soulèvent les diverses régions du pays et qui menacent de le faire sombrer dans le chaos communiste, il lance l’œuvre des retraites paroissiales. De 1923 à 1927, plus de 12 000 hommes passent par les exercices de saint Ignace. Leur persévérance est soigneusement entretenue. Une véritable épidémie de conversion et d’enthousiasme gagne la Catalogne. Mais ce succès étonnant ne manque pas de susciter la jalousie envers l’ardent apôtre. En 1929 ses supérieurs lui ordonnent d’abandonner son œuvre et de quitter l’Espagne. Pure coïncidence ? En 1931, des élections municipales amènent la victoire de la gauche. En 1936, la Catalogne est le premier foyer de la guerre civile. D’où la question du père Marziac : « Ne peut-on dire que, si le père Vallet était resté en Espagne, cet affrontement n’aurait pas eu lieu ? » (p. 71.)
L’auteur ne prétend pas donner une réponse péremptoire. On pourrait, en effet, épiloguer longuement sur des « si ». D’autant plus que les causes du soulèvement communiste dans l’Espagne de 1936 dépassent largement le territoire catalan et même la péninsule. Il faut les chercher dans l’alliance communiste internationale, dirigée depuis Moscou et relayée par le Front populaire de Paris. Quoiqu’il en soit, le père Vallet a joué un rôle providentiel. Il a donné à la véritable Espagne des soldats catholiques, des martyrs, des artisans de sa reconstruction.
A travers cet exemple concret, se dégagent des principes d’action en temps de lutte antichrétienne, qui valent pour toutes les époques et pour toutes les spiritualités. Nous en avons retenu trois :
— « La meilleure défense, c’est l’attaque ». Le père Vallet ne se meut pas dans l’atmosphère sécurisante des salons où l’on refait le monde autour d’une tasse de thé. Il descend dans la rue, il va chez l’ennemi. Il veut la conversion des païens, des francs-maçons, des communistes. Il vole au démon ses meilleurs ouvriers.
— « Viser la tête. » Puisque « c’est tout un monde qu’il faut refaire depuis ses fondations », comme le dira plus tard Pie XII, il faut s’intéresser principalement aux chevilles ouvrières de la société. C’est pourquoi le père Vallet se consacre uniquement et volontairement aux hommes. Ce sont eux les chefs de familles, les chefs d’entreprise, les artisans, les notables, les militaires. La recension des catégories de retraitants (p. 75) est impressionnante à cet égard. Lorsqu’une réunion rassemblera 15 000 anciens retraitants à Barcelone (p. 3), ce seront 15 000 messieurs, ayant parfois de hautes fonctions dans la cité.
— La croisade. Selon la doctrine développée par le pape saint Pie X dans son encyclique Il fermo proposito (1905), la première vocation des laïcs est la construction (ou la restauration) de l’ordre politique chrétien. Or, si Dieu leur donne cette haute mission, il leur en donne aussi l’aptitude, le goût et la facilité. C’est là qu’il les veut, chacun selon ses compétences. C’est là que les attendent sa lumière et sa force.
Et, en effet, en prenant les hommes tels qu’ils sont, en les plaçant devant leurs responsabilités, en les jetant dans le combat pour la chrétienté, le père Vallet va inaugurer un courant de sainteté et d’héroïsme parmi les laïcs. Sa prédication est digne d’un Pierre L’Ermite. Il prêche la croisade.
L’ouvrage du Révérend Père Marziac aidera le lecteur à saisir la portée de ces principes, et l’urgence de les mettre en pratique. Les horreurs de la révolution communiste dans l’Espagne de 1936, présentées dans la préface (13 évêques massacrés, 6 832 prêtres, 263 religieuses, ainsi que des milliers de laïcs catholiques, p. 2), nous menacent. Il est grand temps de prendre au sérieux le message du père Vallet : conversion personnelle, militantisme basé sur les vertus surnaturelles.
Fr. J.-D.
Père Jean-Jacques Marziac, Comment aurait-on pu éviter une guerre civile ? DPF, Chiré, 1997, 21 x 14,7, 106 p., 86 F.

