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Courrier des lecteurs

 

 

 


Nous avons reçu plusieurs lettres concernant la question de l’in­faillibilité du magistère ordinaire de l’Église.

Un lecteur du Sud-Ouest nous écrit en nous transmettant un texte de Mgr Bertone [1] d’où il conclut :

 

Il y a donc ici une contradiction évidente avec notre position puisque notre Fraternité [Saint-Pie X] (…) af­firme que seul le magistère extraordi­naire est infaillible ! Ce qui est, ne nous en déplaise, inexact.

Je vous laisse tirer objectivement les réflexions qui s’imposent de cette opposition (qui remet en cause notre position adoctrinale dans le combat de la foi…).

Ne pouvant pas, pour des raisons de foi, accepter le concile Vatican II re­connu par le pape, à qui nous sommes pourtant tenus d’obéir ; ne pouvant pas verser dans le « sédévacantisme » car, jusqu’à preuve du contraire, aux yeux des hommes le Pape a été validement élu par un conclave et venant de prendre conscience de la déformation de la doctrine faite par notre Fraternité Saint-Pie X, je vous demande, avec humilité, d’essayer de me répondre en avançant une proposition qui soit conforme à la doctrine de l’Église et qui nous permette d’expliquer objectivement les déraillements du magistère ordinaire infaillible actuel.

 

Il y a dans le texte de Mgr Ber­tone bien des affirmations exactes. En particulier lorsqu’il expose que l’Église n’est pas seulement infaillible dans les jugements solennels (définitions ex cathedra, dogmes dé­finis dans les conciles), mais aussi dans son magistère ordinaire et uni­versel (= MOU). Nous avons rappelé cette doctrine enseignée par le concile Vatican I déjà à plusieurs re­prises dans notre revue, par exemple dans le numéro 24, p. 45 et dans le numéro 23, p. 21 en note et p. 54.

Cette doctrine est bien entendu aussi celle de la Fraternité Saint-Pie X.

Par contre il est tout à fait faux de dire que les nouveautés du concile Vatican II (ou de l’après concile) nous sont proposées par le MOU. Nous avons exposé au deuxième congrès de Si Si No No [2] que ces nouveautés ne peuvent se prévaloir ni du MOU, ni même du magistère authentique de l’Église ca­tholique. Et il n’est pas besoin de professer le sédévacantisme pour dire cela. Il suffit de constater que cet en­seignement est présenté comme un enseignement nouveau, et qu’il n’est pas affirmé que sa réception est né­cessaire au salut. Il y a donc un dé­faut du côté de la cause matérielle (l’enseignement doit être traditionnel) et du côté de la cause formelle (il doit être présenté avec une certaine autorité, comme nécessaire au salut).

Le texte de Mgr Bertone aborde aussi une autre question, celle d’un magistère ordinaire du pape (= MOP) qui serait infaillible.

Le concile Vatican I a donné quatre conditions pour que le pape soit infaillible dans ses définitions ex cathedra. Tout le monde convient que l’on ne doit pas restreindre l’obéissance au pape aux questions définies ex cathedra. Mais comment savoir si le pape est infaillible dans son enseignement ordinaire ?

Une première condition est certainement la conformité de l’enseignement pontifical avec l’enseignement de la Tradition selon la parole de saint Paul : « Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème ! Nous l'avons dit précédemment, et je le répète à cette heure, si quelqu'un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu qu'il soit anathème ! » (Gal 1, 8-9).

Dom Paul Nau a étudié cette question du magistère ordinaire du pape, et il dit que pour qu’il y ait infaillibilité, il faut continuité et cohérence de l’enseignement pontifical [3]. Par conséquent le magistère ordinaire pontifical doit se répéter pendant un certain temps pour être infaillible [4].

 

Un autre lecteur du Sud-Ouest, après avoir rappelé que l’Église dis­pose d’un double mode d’infaillibilité (jugements solennels, MOU), nous écrit :

 

La soumission et la communion avec le Souverain Pontife est une condition nécessaire de l’orthodoxie (enseignement et praxis) et du salut éternel (Boniface VIII, Unam sanctam, 18 novembre 1302, Dz 469, etc.). Comment expliquez-vous la situation actuelle ?

 

Il est bien clair que nous n’avons pas de « solution toute faite » pour expliquer la situation actuelle. Lorque nous refusons d’obéir aux ré­formes et de souscrire aux enseigne­ments post-conciliaires, c’est parce que ces réformes et ces enseigne­ments sont condamnés par le magis­tère infaillible antérieur. Lorsque Mgr Lefebvre s’est trouvé devant le pape Paul VI en 1976, il lui a expliqué le cas de conscience devant lequel il se trouvait : devait-il obéir aux nouvelles orientations ou bien s’en tenir à l’en­seignement traditionnel de l’Église ? Paul VI a éludé la question.

C’est bien ce qui se passe de­puis 30 ans. Les traditionalistes font remarquer la non cohérence du ma­gistère actuel avec le magistère passé, et on leur répond : « obéissez », ce qui ne résout pas le problème.

Dans cette situation, la solution catholique est de s’en tenir au magis­tère qui a le plus d’autorité, à savoir le magistère passé qui a engagé son infaillibilité.

Quant à juger des productions du magistère actuel, seuls les membres de l’Église enseignante (c’est-à-dire le pape et les évêques) pourront le faire avec autorité [5]. Mais pour cela il faut attendre qu’ils re­viennent à la Tradition, afin que leur magistère soit un magistère authen­tique (au sens théologique du mot, c’est-à-dire un magistère qui ait une autorité sur les consciences). Actuel­lement l’Église suit Notre-Seigneur au tombeau et c’est le grand silence du Samedi Saint. Le communisme, dit-on, a été vaincu. Mais c’est l’Église tout entière qui est devenue l’Église du silence.

Pas tout entière absolument. L’Église étant indéfectible, il était né­cessaire que quelques représentants de l’Église enseignante continuent de transmettre l’enseignement du magis­tère traditionnel. D’où la nécessité des sacres d’évêques réalisés par Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer le 30 juillet 1988, et dont nous fêtons le dixième anniversaire. Ces sacres assu­rent la pérennité de l’Église en atten­dant la résurrection du dimanche de Pâques.

 

 


 

 


[1] — Mgr Tarcisio Bertone est secrétaire de la Congrégation de la Doctrine de la Foi et le texte en question est l’article « A propos de la réception des documents du magistère et du désaccord public » paru dans la DC 2153, 1997, p. 108-112.

[2] — Église et Contre-Église au concile Vatican II, Actes du IIe congrès théologique de SìSì NoNo, janvier 1996, Versailles, Publications du Courrier de Rome, 1996, p. 287 et suivant. A noter qu’à la page 312 il faut lire « cause formelle » là où est écrit « cause matérielle ».

[3] — Dom Nau P., « Le magistère pontifical ordinaire, lieu théologique », Revue Thomiste, juillet-septembre 1956, p. 406 sq.

[4] — La raison nous semble être la suivante : par suite de la primauté du siège de Pierre, si le pape répète pendant un certain temps la même doctrine, sans qu’il y aient de protestations dans l’épiscopat, il y a nécessairement acceptation par l’ensemble de l’épiscopat et on se retrouve dans le cas de l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel. L’acceptation par l’ensemble de l’épiscopat est un signe de l’infaillibilité du magistère pontifical, elle n’en est pas la cause, cette cause étant une assistance particulière de l’Église de Rome.

[5] — Chaque fidèle peut juger les erreurs actuelles à la lumière de la Tradition et de la raison. Mais son jugement n’a pas d’autorité, il ne peut l’imposer aux autres. Seuls les repré­sentants de l’Eglise enseignante pourront condamner les erreurs actuelles avec autorité.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 25

p. 195-197

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