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Jésus-Christ et son Église

 

 

Une étude comparée des livres publiés tous les ans dans les milieux catholiques montrerait quels sont les principaux centres d’intérêt des lecteurs. Les livres d’histoire et de spiritualité se trouveraient sans doute en bonne place, puis les ro­mans et les livres pour enfants. Mais, dans cette liste, les ouvrages de philosophie chrétienne et d’apologétique feraient fi­gure de parents pauvres.

La raison en est que, non seulement ces livres sont plus difficiles à lire et à écrire, mais encore, que les esprits contemporains sont influencés par le di­vorce de la raison et de la foi introduit dans l’Église par le modernisme. Pour pouvoir faire de la foi un sentiment reli­gieux subjectif, il faut commencer par in­terdire l’accès des réalités surnaturelles à  l’intelligence humaine. Celle-ci ne doit pas se mêler de défendre ou de servir le monde de la révélation.

Les travaux d’apologétique ont donc un rôle privilégié à jouer aujourd’hui afin de redresser les esprits, leur donner des bases solides et les armer pour la défense de l’Église.

C’est pourquoi nous voudrions souli­gner la réédition, par l’abbaye Saint-Jo­seph de Flavigny, du livre de l’abbé Fer­berck : Jésus-Christ et son Église (édition originale : Liège, Dessain, 1913).

 

La première partie de l’ouvrage traite de Dieu : son existence (chapitre 1), sa nature (chapitre 2) et ses rapports avec l’homme (chapitre 3). Avouons que cette étude de nature philosophique nous paraît souffrir de plusieurs lacunes. Nous ne pouvons les relever toutes ici, mais la dé­monstration de l’existence de Dieu, par exemple, exigerait plus de rigueur. Il nous paraît dangereux, surtout aujourd’hui, de commencer l’énoncé des preuves par le témoignage de la croyance universelle (page 16) et de la conscience individuelle (page 20). Ces arguments seraient mieux à leur place à la fin, à titre de confirmation.

D’autre part, la preuve qui part de l’existence du monde (page 21) nous semble insuffisante. Pour prouver ration­nellement l’existence de Dieu, saint Tho­mas dégage cinq voies qui procèdent de cinq réalités que nous observons dans le monde sensible [1]. La force du raisonne­ment tient principalement dans l’analyse précise du réel, dans le regard métaphy­sique et réaliste que nous posons sur lui. C’est cet aspect a posteriori de la démons­tration qui n’est pas suffisamment mis en lumière ici.

En revanche, l’auteur est beaucoup plus heureux lorsqu’il aborde la question de la religion révélée (2e partie) et du christianisme (3e partie). Il conduit son lecteur par des arguments solides à des conclusions certaines, à savoir :

« Nous devons,

« a) avoir une religion, parce que Dieu est notre créateur ;

« b) être chrétiens, parce que Jésus-Christ, l’auteur du christianisme, est vraiment l’envoyé de Dieu et son Fils unique ;

« c) être catholiques, parce que l’Église catholique romaine est la seule dé­positaire de la religion enseignée par le Christ, en d’autres termes, la seule vraie Église » (page 11).

Les preuves et les références apparais­sent clairement, grâce à une présentation aérée, et l’ensemble forme un manuel ac­cessible à tous.

Au début de l’ouvrage, l’éditeur a pris le soin de nous avertir que « quelques lé­gères modifications ont été apportées pour tenir compte des documents plus récents du Magistère de l’Église » (page 6). Le livre de l’abbé Ferberck y gagne-t-il ? Nous ne le croyons pas. La greffe se révèle malheureuse pour l’arbre ancien.

Par exemple, pour corroborer le fait que tout homme doit rechercher s’il existe une religion révélée (page 37), l’actuelle édition ajoute en note une longue citation du concile Vatican II. Hélas, non seule­ment ce passage de la constitution Digni­tatis humanae ne n’ajoute rien de probant à la démonstration, mais il introduit deux thèses essentielles du concile et certaine­ment fort étrangères à la pensée de l’abbé Ferberck : La première dit que « l’unique vraie religion, nous croyons qu’elle sub­siste dans (subsistit in) l’Église catho­lique [2] ». La deuxième dit que si les hommes doivent chercher la vérité (ce qui est juste) c’est « en vertu de leur dignité, parce qu’ils sont des personnes ». Tandis qu’à cet endroit, précisément, l’auteur écrit : « Il est évident que l’obéissance due à Dieu nous oblige à rechercher s’il existe une religion surnaturelle. » La dignité de la personne humaine, d’un côté, l’obéis­sance due à Dieu, de l’autre, voilà deux principes de morale fort différents.

De même, les nouveaux éditeurs pu­blient en annexe deux pages du Catéchisme de l’Église catholique (page 140) au sujet de l’adage « Hors de l’Église pas de salut ». Il nous est dit que « cette affirmation ne vise pas ceux qui, sans qu’il y aille de leur faute, ignorent le Christ et son Église » ce qui est faux. Tout homme qui se sauve, se sauve par l’Église catholique, même s’il ne la connaît pas.

Malgré ces lacunes, ce livre apportera à son lecteur un argumentaire intéressant qui consolidera les bases de sa foi. Puisse-t-il aussi susciter de nouveaux travaux d’apologétique qui mettront au service de la foi de toujours les découvertes de la science contemporaine.

 

 

 

Ferberck G., Jésus-Christ et son Église, Flavigny-sur-Ozerain, Éd. Tra­ditions Monastiques, 1997, 15 x 22,8, 140 pages, 69 F.


 


[1] — I, q. 2, a. 3.

[2] — Aux dires de ceux-là mêmes qui ont composé ce schéma conciliaire, le mot « subsiste » a été choisi délibérément pour suggérer que l’Église catholique n’est qu’une partie de la vraie religion, celle où l’Église du Christ réside avec le plus de plénitude.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 25

p. 178-180

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