+ Le célibat sacerdotal
C’est une véritable campagne que mènent les ennemis de l’Église contre le sacerdoce catholique. Depuis quelques années, nous assistons à un déluge de déclarations, d’articles de revues, de débats télévisés ou de films qui tentent de souiller la sainteté du prêtre et, en particulier, son célibat.
Yvan Gobry répond à ces assauts de l’erreur par une étude sérieuse et richement documentée. En fils de l’Église, il se dresse contre ses ennemis pour la défendre et il fournit à son lecteur un utile instrument de travail.
La compétence de l’historien apparaît dès le chapitre 2 qui nous livre une étude serrée du célibat sacerdotal dans les cinq ou six premiers siècles de l’Église. Il répond ainsi aux modernistes qui s’appuient sur l’exemple des premiers apôtres et sur les lois des Églises d’Orient pour légitimer le mariage des prêtres. Les documents historiques sont unanimes. Les prêtres ou évêques qui avaient été mariés étaient tenus de quitter leur épouse. D’autre part, loin d’être traditionnelle, « la concession d’un clergé marié a été décidée par les orientaux (…) en 692, au concile grec de Quinisexte ; cette décision était si peu conforme à la Tradition apostolique que les deux papes contemporains, saint Serge Ier et Jean VII, refusèrent de la ratifier. Cette coupure avec l’Église constituait le premier élément du schisme qui se consomma entre Rome et l’Orient au Xe siècle » (page 26).
L’auteur a beau jeu, également, de réfuter les arguments de ceux qui voient dans l’ordination d’hommes mariés le remède à la pénurie de prêtres (chapitre 3) ou qui en attendent une plus grande efficacité pastorale (chapitre 4).
Mais, si la réponse à de telles objections ne présente aucune difficulté, elle conduit progressivement le lecteur au cœur même du sujet. Après avoir comparé la vie conjugale et la vocation sacerdotale et avoir montré leur incompatibilité (chapitre 5), l’auteur inaugure une réflexion profonde sur la nature même du sacerdoce (chapitre 6). Car « le motif du célibat sacerdotal n’est pas d’ordre pastoral ou spirituel : il est d’essence dogmatique. Si le prêtre doit être tout entier à Jésus-Christ et à son Église, ce qui exclut l’état de mariage et la famille naturelle, ce n’est ni pour être libre de son temps, ni pour obtenir une plus grande confiance des fidèles (…) c’est pour participer au sacerdoce du Christ » (page 77).
En s’appuyant sur l’Écriture sainte et la Tradition, l’auteur montre en quoi le Christ est prêtre et comment le sacerdoce ministériel participe à l’agir sacerdotal de Notre-Seigneur. La virginité du prêtre est en dépendance de celle du Christ-prêtre.
Ivan Gobry s’excuse de donner une « suite de citations » un peu « longue » (page 79). Cette anthologie de textes peut paraître, en effet, un peu fastidieuse. Elle nous permet cependant de découvrir des auteurs peu connus, en particulier ceux de l’« école française de spiritualité », qui développent cette doctrine avec profondeur.
Cette partie doctrinale de l’ouvrage, centrale et décisive, aurait gagné, nous semble-t-il, à définir davantage les notions-clés qui en sont la charpente : la grâce d’union en Notre-Seigneur, le caractère sacramentel en général, le caractère du sacrement de l’Ordre en particulier.
A la fin de son livre, l’auteur cite le magistère récent de l’Église. Mais, après la bonne réfutation qu’il avait faite du texte de Vatican II sur le diaconat (page 63), on attendait une étude plus rigoureuse des derniers papes. Certes, la citation de Paul VI est bonne [1], mais n’aurait-il pas fallu expliquer pourquoi le gouvernement pratique de ce pape a pu être en radicale contradiction avec la doctrine de son encyclique ?
D’autre part, les longues citations de la Lettre à tous les prêtres de l’Église écrite le jeudi Saint 1979 par le pape Jean-Paul II, présentent des faiblesses qui appellent des commentaires. Il est dit par exemple : « En recevant l’Ordre, (les prêtres) ont été consacrés à Dieu d’une manière nouvelle pour être les instruments vivants du Christ prêtre éternel, habilités à poursuivre continûment l’action admirable par laquelle, dans sa puissance souveraine, il a instauré la communauté humaine tout entière » (page 132). Comment concilier cette doctrine avec celle du Concile de Trente rappelée fort à propos par l’auteur (page 93) ? Et vaut-il vraiment la peine d’être prêtre et de garder le célibat pour « instaurer la communauté humaine » ?
Ces réserves étant faites, cet ouvrage nous semble apporter une contribution précieuse et opportune au combat actuel pour la défense de l’Église. Il ne prétend pas, d’ailleurs, être le point final de l’apologie catholique en cette matière. Une étude théologique aurait tout à fait sa place ici, qui montrerait les liens entre la sainte Vierge Marie et le sacerdoce, entre sa virginité perpétuelle et parfaite et le célibat sacerdotal, entre la fécondité de sa virginité et le ministère du prêtre auprès des âmes.
Gobry Ivan, Le Célibat sacerdotal, Bulle, Tradiffusion, 1997, 21 x 14,5, 138 pages.
[1] — Sacerdotalis cœlibatus, 24 juin 1967.

