+ Tatiana Goritcheva
Tatiana Goritcheva, écrivain russe dissident bien connu, a publié divers ouvrages en français, allemand et russe, entre autres : Nous, convertis d’Union Soviétique, et Parler de Dieu est dangereux. Elle met en garde les fidèles orthodoxes contre l’œcuménisme dans un fascicule édité à Saint-Petersburg, qui a pour titre Renouveau, œcuménisme et « politisation » des fidèles. Nous ne pouvons suivre Tatiana Goritcheva dans son rejet de l’Église romaine ni prétendre envisager ce qui serait un « œcuménisme traditionaliste ». Néanmoins, il est d’un grand intérêt de corroborer et compléter nos jugements par son témoignage. Voici quelques éléments de ce fascicule [1].
Nature et illusion de l’œcuménisme
« Depuis longtemps l’œcuménisme a cessé d’être une affaire d’Église ; depuis longtemps il a perdu son caractère religieux. C’est purement une idée de conjoncture politique ; depuis longtemps il va de pair avec d’autres poncifs du genre “maison commune européenne”, “monde sans guerres ni violence”, “sociétés d’égalité des libertés et des chances” ou encore “valeurs humaines universelles” » (page 12).
A propos de la diversité de l’œcuménisme selon les pays, Tatiana Goritcheva note que « la France est un des pays européens les plus sécularisés, et l’apostasie de la foi s’y renforce chaque année » (page 14). « Tout le dialogue œcuménique en Allemagne se ramène à la protestantisation des catholiques » (page 16).
« Mystique et aspect mystérieux de la liturgie ont disparu. Les prêtres se sont mis à célébrer face au peuple et dos à l’autel, conformément aux réunions protestantes, en opposition à la liturgie » (page 17).
« Fraterniser avec les catholiques après le concile Vatican II, si paradoxal que cela paraisse, est devenu plus difficile qu’au temps où ils rejetaient l’orthodoxie et nous considéraient comme hérétiques » (page 19).
« La communion dans le Christ ne s’obtiendra pas arbitrairement, mais par le Saint-Esprit. A cela n’aideront ni les conciles, ni les conférences, ni les colloques » (page 23).
Plutôt qu’à une réconciliation œcuménique irréelle (comme si nous avions de la haine entre orthodoxes et catholiques vivant éloignés les uns des autres) il serait plus judicieux de veiller à se réconcilier « avec ses parents et ses voisins, avec ses associés et ses collègues. (…) Pour le chrétien, la condamnation du prochain est d’abord un problème spirituel et intérieur et non un problème politique et extérieur » (pages 24-25).
« Les critères de vie intérieure sont perdus et il n’y a plus de véritable direction spirituelle. Aucune des confessions religieuses n’a gardé jusqu’à aujourd’hui d’expérience pratique semblable à la paternité spirituelle orthodoxe. En quoi donc s’unir ? Dans les péchés communs ? » (Page 26.)
Comment réagir
Tatiana Goritcheva met en garde contre une propagande anti-œcuméniste de style politique ou mondain. « Il n’est pas recommandé au fidèle de lire la presse mondaine (c’est dangereux pour la vie spirituelle) ; or que dire si la presse ecclésiastique excite les passions un peu comme un quelconque Moskovskiï komsomolets [2] ? » (Page 33.)
Il importe de bien saisir la nature de cet œcuménisme. « Le réformisme libéral actuel n’est pas une hérésie classique du temps de conciles œcuméniques ni même du protestantisme occidental, comme il arrive parfois qu’on le définisse. Ce sera une très grave erreur si, de par une ressemblance extérieure, nous expliquons le courant moderniste actuel dans l’orthodoxie comme un cas particulier de secte protestante, si nous nous mettons à le combattre avec des moyens semblables à ceux avec lesquels on combat le protestantisme. (…) Le modernisme est d’une autre essence, il est un phénomène d’un genre absolument étranger à toute tradition chrétienne » (page 34).
Le plus dangereux, ce ne sont pas les expérimentations extravagantes, mais « le progressif appauvrissement de la foi parmi les simples fidèles, le règne des points de vue mondains, d’un esprit mondain, dans le cœur des gens » (page 35). Le libéralisme introduit et renforce le péché chez les fidèles. Une propagande anti-œcuméniste qui prendrait un visage mondain, en se complaisant à étaler les scandales, serait semblable à une propagande contre la pornographie qui en présenterait les œuvres. Ceci, sans vouloir nier la nécessité d’un combat contre l’œcuménisme. Mais ce combat doit être profond et spirituel. Ce n’est pas de manière extérieure qu’il faut défendre la Tradition : « Il faut apprendre à en vivre » (page 37). Autrement dit, la vraie réponse est la sainteté. Et Tatiana Goritcheva de noter qu’en Occident il y a des gens qui « s’adressent assez fréquemment à l’expérience de l’orthodoxie, de nombreux catholiques dans la consternation de ce qui est arrivé avec l’Église catholique. Ils manquaient manifestement d’une profonde vie spirituelle ; ils n’ont plus confiance dans leurs prêtres » (page 42). « Il ne nous est pas possible de ne pas témoigner » (page 43).
Postface
En guise de postface, le fascicule donne de larges extraits d’un article intitulé « Fidèles à leur foi » de notre ami Dmitri Putchkin, catholique de Moscou, présentant l’œuvre de Mgr Lefebvre et mettant en garde les orthodoxes contre l’œcuménisme. En conclusion Dmitri Putchkin se distance de l’église orthodoxe et affirme son attachement à la sainte Église romaine et à ses dogmes, mais note que « le modernisme est le mal le pire, synthèse de toutes les hérésies ».
Ainsi donc ce fascicule est conclu par une voix catholique. Espérons que cela aidera les orthodoxes fidèles à comprendre que, précisément, malgré la trahison de ses membres les plus élevés, c’est l’Église catholique qui détient l’intégrité de la Tradition et les moyens les plus forts contre l’œcuménisme.
J.-M. Rulleau
Goritcheva Tatiana, Renouveau, œcuménisme et « politisation » des fidèles, Saint-Petersburg, 1997, 48 pages.
[1] — Le texte ne comporte pas de division. Nous nous permettons d’en distinguer deux parties.
[2] — Journal communiste particulièrement agressif.
Informations
L'auteur
L'abbé Jean-Marc Rulleau a été ordonné prêtre dans la Fraternité sacerdotale Saint Pie X et professeur de théologie au séminaire d'Écône, avant d'embrasser la vie monastique.
Le numéro

p. 180-182
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