L’œuvre pastorale
du père Emmanuel
par Dom Bernard Maréchaux
Nous publions ici un texte tiré de La Vie spirituelle (t. XII – 1925 – p. 67 à 79 et p. 456 à 471) qui retrace l’œuvre accomplie par le père Emmanuel du Mesnil-Saint-Loup dont nous donnons souvent des textes dans la revue.
Le Sel de la terre.
Introduction *
DOM BERNARD MARÉCHAUX, fils spirituel le plus intime et disciple sans doute le plus aimé du père Emmanuel, a écrit une magnifique vie de l’apôtre de Notre-Dame de la Sainte-Espérance [1].
Si le père Emmanuel est relativement peu connu de nos jours, Dom Maréchaux l’est encore moins. Qui était ce bénédictin qui devint un confident de saint Pie X lors de son séjour à Rome [2] ?
*
Étienne, Marie, René Maréchaux naquit à Chaource près de Troyes, dans l’Aube, le 17 avril 1849 (huit mois plus tard, à vingt-trois ans, le père Emmanuel était ordonné prêtre à Troyes). Licencié en droit, il se mit à dix-neuf ans au service de Pie IX, pendant un an, comme zouave pontifical (novembre 1868-novembre 1869).
En 1871, il entra au monastère Notre-Dame de la Sainte-Espérance au Mesnil-Saint-Loup, à l’ouest de Troyes, où il commença son postulat à vingt-deux ans sous la forte et paternelle discipline du père Emmanuel.
Il fit sa théologie en étudiant la Somme de saint Thomas d’Aquin. Il étudia aussi à fond saint Augustin qu’il lira deux fois en entier durant sa vie. Il fut ordonné prêtre en 1876 et nommé en 1888 père abbé et curé de Notre-Dame de Soulac, près de Bordeaux. Il rentra au Mesnil auprès du père Emmanuel en 1899 et l’assista dans ses dernières années jusqu’à sa mort, le 31 mars 1903.
En 1905, il fut nommé à Rome à l’une des fonctions les plus importantes de son ordre : abbé du monastère de Sainte-Marie-La-Neuve au Forum – là où repose le corps de sainte Françoise Romaine – et procureur général de la congrégation des bénédictins olivétains. Il choisit comme devise abbatiale : « In spe fortitudo mea – ma force réside dans l’espérance. » Il resta à Rome jusqu’à ce qu’il obtînt de revenir en 1914 à son cher monastère du Mesnil mis en liquidation.
Au cours de ces neuf années passées au cœur de la chrétienté, sa science théologique et sa haute vertu le firent apprécier de plusieurs grands serviteurs de l’Église avec lesquels il se lia d’amitié : les cardinaux Merry del Val, Luçon, Schuster (abbé de Saint-Paul-Hors-Les-Murs), Respighi et Vivès, mais aussi le père Le Floch qu’il allait voir au séminaire français de Rome, le père Lémius, le père Lepidi et, plus tard, le père Garrigou-Lagrange et Dom Gréa.
*
Mais c’est surtout saint Pie X lui-même qui le tint en haute estime. Il le recevait volontiers en audience privée, lui faisant part de ses pensées les plus secrètes, de ses joies et de ses peines, car il le considérait comme un saint. C’est ainsi que leur amitié devint de plus en plus profonde.
Au cours de ces entretiens, Dom Maréchaux expliqua notamment à saint Pie X ce que le père Emmanuel avait fait pour la modestie chrétienne au Mesnil. Le pape en ressentit une immense joie. Mais ces contacts n’étaient pas du goût des ennemis de l’Église qui, apprenant, on ne sait comment, que le pape voulait lutter contre l’immodestie, firent dénoncer par un journal toscan « le noir complot » monté à Rome « par le pape et Dom Maréchaux ».
Saint Pie X lisait avec attention les ouvrages que publiait Dom Maréchaux et lui demandait de lui expliquer les passages en français qu’il ne comprenait pas bien. Recevant ses Élévations sur saint Joseph, le pape lui dit : « Ne me remettez pas un bel exemplaire relié, donnez-m’en plutôt un qui soit simplement broché, sinon il finira exposé dans quelque vitrine et je ne pourrai pas le lire. » Dom Maréchaux lui apporta alors son propre exemplaire un peu défraîchi tout en s’excusant. Et saint Pie X de lui répondre : « C’est très bien ! C’est votre exemplaire ? C’est encore mieux ! »
Le 11 avril 1909, après la béatification de sainte Jeanne d’Arc, le pape remontait la nef de la basilique Saint-Pierre porté sur la sedia gestatoria. C’est alors qu’il aperçoit Dom Maréchaux perdu dans la foule des assistants. Voulant l’honorer publiquement, il lui fait signe de rejoindre le cortège pontifical. Mais lui qui était « un douzième degré de l’humilité ambulant » refuse énergiquement en faisant « non » de la tête. Cependant le pape insiste. Il l’envoie chercher et fait placer le père abbé, mort de confusion, tout près de lui dans le cortège. (Henri Charlier, qui le connut de longues années au Mesnil, racontait cet épisode les larmes aux yeux).
*
De retour au monastère du Mesnil Saint-Loup en 1914, en pleine persécution maçonnique contre les religieux, il reçoit le titre ad honorem d’abbé de Notre-Dame de la Sainte-Espérance.
Dans la communauté, il était « la prière incarnée », restant parfois une semaine sans mot dire dans un état d’oraison habituelle. Il vivait dans un grand silence tout en restant accueillant, entrant souvent en oraison de l’heure des vêpres jusqu’au lendemain matin. Notre-Seigneur lui avait accordé le don des larmes et il prenait quelquefois son repas au réfectoire en pleurant, mouillant son pain de ses larmes selon le verset du psaume : « Potum meum cum fletu miscebam – Je mêlais ma boisson de mes larmes » (Ps 101, 10).
Sa démarche était toute recueillie, la tête un peu penchée. Ses yeux bleus très clairs s’illuminaient parfois et devenaient très vifs. Par tout son extérieur il inspirait la paix, le recueillement.
Il était chanoine de Troyes. A l’occasion de cérémonies solennelles à la cathédrale, on le voyait au milieu d’évêques, avec son habit blanc d’olivétain, plongé dans la prière, tout à la fois présent dans la liturgie et absent.
Sa toute petite voix très douce pouvait faire illusion. Mais il sut se montrer véritablement homme apostolique, combattant, à Rome comme en France, le modernisme et le libéralisme ambiants, en vrai fils du père Emmanuel. Il ne céda pas aux âmes pieuses qui souhaitaient qu’il présentât « une sainte Françoise sans sévérité pour la mode, sans vision ni enfer [3] ».
Le samedi 24 décembre 1927, au monastère du Mesnil, vers trois heures du matin, il rendit sa belle âme à Dieu. Il repose au cimetière paroissial où son cercueil a été placé directement en terre près de la tombe du père Emmanuel.
Abbé Philippe François
*
La paroisse de Mesnil-Saint-Loup *
L’état actuel de la paroisse
L |
E NOM du père Emmanuel jouit d’une certaine notoriété. Il la doit en partie à la Grande Guerre. Durant cette période, d’assez nombreux trains sanitaires stationnaient, comme en attente, dans la petite ligne qui rattache Troyes à Sens. Il y en avait habituellement à la station d’Estissac, qui est à une bonne lieue de Mesnil-Saint-Loup. Les prêtres soldats qui abondaient en ces trains entendaient dire qu’il y avait là, tout à côté, une paroisse modèle. Beaucoup voulurent la voir de leurs propres yeux, être témoins de la manière dont s’y passait le dimanche. Ils en revinrent émerveillés. Ils avaient vu tous les offices, grand’messe, vêpres, prière du soir, fréquentés par tous les paroissiens, hommes, femmes, jeunesse des deux sexes, dans une attitude irréprochable ; constatant le caractère foncièrement irréligieux de la contrée circonvoisine, ils n’en revenaient pas de la surprise que leur causait pareil phénomène.
Et quand on leur disait : « Il y a soixante-cinq ans (maintenant soixante-quinze) que cela dure dans ce petit pays, sans faire mine de diminuer », leur étonnement allait jusqu’à la stupéfaction.
C’est en effet la note caractéristique de la vitalité chrétienne à Mesnil-Saint-Loup : excitée et épanouie depuis trois quarts de siècle par les soins pastoraux du père Emmanuel, elle se maintient intacte, elle ne fléchit pas.
Depuis ces trois quarts de siècle, on a vu, hélas ! un fléchissement se produire dans la religion, dans la plupart des contrées de notre France, douloureux, lamentable et comme incoercible. Auparavant, il y avait une structure de paroisse, un dimanche organisé, une vie paroissiale manifestée par des offices plus ou moins suivis, par une certaine pratique des sacrements au moins à Pâques et à Noël. Tout cela a décliné, s’est affaissé, est tombé comme en poussière. Les hommes ont déserté l’Église, les femmes n’y sont plus venues que par exception, les sacrements ont été à peu près abandonnés, la persévérance n’a pas suivi les premières communions, l’apostasie a passé à l’ordre du jour ; les vieilles personnes encore un peu chrétiennes disparaissent et ne sont pas remplacées. Tel est le très attristant spectacle que présentent nos populations. De temps en temps une cérémonie extraordinaire, une première communion, semblent secouer l’apathie générale ; mais il n’y a pas de lendemain, tout retombe à un niveau qui est comme d’un champ des morts.
Or, au milieu de ce champ des morts, la paroisse de Mesnil-Saint-Loup est debout, elle est vivante et bien vivante ; elle n’a pas l’air de se ressentir des influences d’incrédulité et d’impiété qui sont régnantes partout ailleurs : Dieu y est honoré et servi, les âmes semblent bien être en voie de salut puisqu’elles persévèrent dans le Christ avec un magnifique ensemble.
Il y a là un problème qui se pose, et qui est d’un intérêt tel qu’on ne saurait le concevoir plus palpitant : comment un résultat semblable a-t-il été obtenu ? Dites-nous le secret de l’ouvrier extraordinaire qui a construit une pareille chrétienté, et qui l’a comme immunisée contre les causes ambiantes de dissolution et de décadence.
Mais ici nous entendons une voix s’élever, celle du père Emmanuel, qui est l’auteur de l’œuvre que nous préconisons, le constructeur de la paroisse que nous admirons. Et cette voix formule une protestation : « Que parlez-vous de chose extraordinaire ? Il n’y a rien d’extraordinaire dans mon œuvre. Je n’ai fait que mettre en action les moyens que Notre-Seigneur a remis à tous les prêtres pour faire le bien et un bien durable, à savoir la prière, la prédication, l’administration des sacrements. Je n’ai rien employé autre chose. »
Cette protestation, nous l’avons entendue plusieurs fois sortir de la bouche du père Emmanuel ; mais elle ne fait pas disparaître le problème, elle le rend plus captivant.
Eh quoi ! voilà le père Emmanuel qui nous affirme qu’il est au pouvoir de tout prêtre de créer une paroisse chrétienne comme celle du Mesnil et de lui communiquer une telle vitalité qu’elle persiste dans sa ferveur un nombre indéfini d’années et résiste aux influences dissolvantes. Or, il est loin d’en être ainsi : où est donc le fait certainement anormal qui empêche le développement normal de la vie chrétienne de se produire, individuellement et collectivement ?
L’analyse de l’œuvre pastorale du père Emmanuel devra nous révéler ce fait anormal. C’est là ce qui donne à notre étude une portée qui nous fait trembler nous-même.
Le père Emmanuel
Le père Emmanuel ne voulut travailler qu’avec les moyens à la portée de tout le monde ; mais cela ne veut pas dire qu’il fut ce qu’est tout le monde. Il était doué des qualités les plus rares ; et nous n’hésitons pas à le dire, dans le cadre très modeste où s’écoula sa vie, ce fut un géant.
Il naquit à Bagneux-la-Fosse, village vinicole de l’Aube, sur les confins de la Bourgogne, le 17 octobre 1826. Son nom de famille était André ; on le nomma Ernest au baptême. Son père exerçait la profession de charpentier ; et en même temps sa mère tenait un moulin.
Ce que l’on sait de sa première enfance, c’est que, sa mère le portant à l’église, il en suivait toutes les cérémonies avec une attention au-dessus de son âge.
Jamais on ne le surprit à mentir. Il avait un cœur d’or, et un tempérament à ne rien craindre. Ses parents, changeant de pays, quittant Bagneux pour Les Riceys, le laissèrent pour quelque temps aux soins d’une tante qui habitait Bagneux. L’enfant souffrait d’être éloigné de ses parents : un matin il prit son petit panier comme s’il allait à l’école, enfila la route des Riceys, fit six kilomètres, et se présenta à l’improviste au logis paternel. Il avait de six à sept ans. Ce trait est caractéristique. Ses parents le gardèrent.
Parvenu en âge d’apprendre, il fit paraître une vivacité d’esprit extraordinaire. Il demanda et obtint qu’on le mît au séminaire. Là il se joua dans ses études ; il faisait ses devoirs en un clin d’œil, et d’une façon parfaite : le temps qui lui restait, il le consacrait à étudier la liturgie, et même il s’absorbait dans le Pontifical Romain. D’où l’apostrophe naïve d’un de ses camarades : « André, tu veux donc être pontife ? »
Au grand séminaire, il se passionna pour le retour à la liturgie romaine ; et, simple élève, il composa le premier Ordo romain du diocèse.
Ayant entendu de lèvres imprudentes cette parole malheureuse que saint Augustin est janséniste, il en fut outré de douleur ; il se jeta à plein cœur dans l’étude du saint docteur, il se plongea dans ces fleuves de doctrine qui, comme le dit saint Prosper, arrosent l’Église, et que boivent avec délices les doux et les humbles ; il y trouva la vérité sur la grâce, il s’en désaltéra si bien que désormais il fut augustinien convaincu et n’acccepta jamais d’autre titre. Bossuet fut son initiateur en cette étude. Plus tard il lut et approfondit saint Thomas, et une des grandes joies de sa vie fut de retrouver saint Augustin dans le Docteur angélique.
Il faisait son grand séminaire, étudiant et priant. Or, un jour, il était en classe de théologie morale, le professeur discutait un cas de conscience, il lui arriva de conclure sa dissertation par ces mots : « Enfin, messieurs, il faut sauver les apparences ! » André fut blessé au vif : il se leva, et s’écria d’une voix vibrante : « Monsieur, il faut sauver les âmes ! » Toute la classe tressaillit. Le père Emmanuel est tout entier dans ce cri. Et peut-être peut-on voir dans sa protestation le motif de l’inefficacité du ministère : on se préoccupe trop de sauver les apparences, on oublie trop que l’essentiel est de sauver les âmes.
Qu’on ne croie pas que, pour avoir jeté ce cri, André ait eu en quoi que ce soit les allures d’un indiscipliné. Pour la piété, pour le travail, pour la soumission aussi, c’était un séminariste irréprochable. Il avait horreur de toute pose : il se montrait, pour ses condisciples, bon camarade, franc, plein d’entrain et de gaieté, toujours prêt à rendre service.
Il fut remarqué par M. Martin, vicaire général, et par Mgr Debelay, év êque de Troyes. Celui-ci le prit comme secrétaire en plusieurs affaires délicates ; il eût voulu l’attacher à sa personne. Mais André déclina avec fermeté ces avances honorables.
Cependant Mgr Debelay fut transféré au siège d’Avignon ; Mgr Cœur fut nommé évêque de Troyes. L’orientation des idées changea. Ce ne fut plus le souffle romain qui prédomina dans le diocèse, mais plutôt le vent qui provenait de la vieille Sorbonne.
André, qui approchait du moment de recevoir les saints Ordres, fut mis en suspicion. On forma à son sujet des pronostics défavorables. Son directeur lui conseilla de lire saint François de Sales, pour corriger la naturelle âpreté de son caractère. Il s’adonna à la lecture de saint François de Sales.
Il n’y avait aucun motif pour refuser à André les saints Ordres. Il reçut la prêtrise le 22 décembre 1849. Il voulut dire sa première messe à la Visitation ; et les religieuses eurent la délicatesse de lui prêter une chasuble qui avait appartenu à saint François de Sales.
N’est-il pas touchant de voir ce jeune prêtre, mis en suspicion et souffrant de l’être, couvrir la belle intégrité et les grands désirs de son âme sacerdotale, sous la chasuble de saint François de Sales ?
Les débuts du ministère
Le jour même de son ordination, l’abbé Ernest André, âgé de vingt-trois ans, fut nommé curé de Mesnil-Saint-Loup, avec commission de s’y installer pour Noël et de chanter la messe de minuit dans sa nouvelle paroisse.
Mesnil-Saint-Loup était un poste qu’on eût pu dire de rebut. Petit village de 325 à 350 âmes, il est jeté par derrière la ligne de collines qui bordent au nord la vallée de la Vanne, à l’ouest de Troyes. Vous montez la côte ; et par delà une dépression de terrain, vous voyez le pays s’étendre sur un petit plateau. Il est à la lisière de la vaste plaine qu’on nomme Champagne pouilleuse, et qui, de culture plutôt faible, entrecoupée de landes et de sapinières, s’étend jusqu’à Vitry-le-François ; elle donne l’impression d’une solitude mélancolique.
Au point de vue religieux, Mesnil-Saint-Loup échappa à la pénétration du protestantisme, qui fit des ravages dans ce que l’on nomme la contrée d’Othe, et aussi du jansénisme ; on attribue cette préservation aux missions que donnaient les pères lazaristes à l’archiprêtré de Villemaur et aux alentours. Durant la période révolutionnaire, un saint prêtre soutint la foi au Mesnil.
Malgré ces influences qui furent providentielles, la paroisse était bien déchue au moment où y entra l’abbé André. Elle avait été mise en binage, gouvernée par un curé scrupuleux, et même pendant un temps scandalisée. On y assistait encore aux offices et même à vêpres : mais au fond, ce n’était qu’une façade religieuse, étayée sur des restes d’habitudes chrétiennes, communions à Pâques et Noël pour les femmes, d’où la foi était généralement absente. Seul un groupe de cinq femmes âgées, communiant tous les dimanches, représentait la foi vivante dans ce désert d’âmes. La jeunesse, la première communion faite, ne persévérait pas.
Un prêtre éminent, Mgr Ecalle, qui connut la paroisse du Mesnil, quand y arriva le père Emmanuel, a rendu d’elle ce témoignage, « qu’elle ne passait pas le niveau des paroisses voisines, qu’elle était même inférieure à plusieurs ». Ce témoignage est à retenir. Tout était à faire pour le jeune curé.
Celui-ci apportait au service de ses paroissiens, avec un grand esprit de foi, des trésors de bonne volonté et d’énergie. Il était gai, très gai, d’une gaieté bourguignonne, qui contrastait avec le flegme champenois. Il se rendit compte de l’état de la paroisse, d’un coup d’œil averti, sans optimisme, mais sans découragement. Il y avait été envoyé pour y faire l’œuvre de Dieu ; en dépit des difficultés, il y ferait l’œuvre de Dieu.
Il commença résolument. Il porta ses premiers efforts sur la jeunesse. Il s’appliqua à maintenir les enfants de la première communion qu’il avait fait faire et qui menaçaient déjà de se débander. Il en rallia plusieurs des premières communions antérieures. Il s’attaqua même à trois garçons plus âgés qui n’avaient jamais communié ; il les amena à la table sainte, mais ils ne persévérèrent pas. Malgré cet échec, il se trouva à la tête d’un groupe d’enfants sur lesquels il pouvait à peu près compter. Pour les occuper dans la soirée du dimanche et les préserver des divertissements suspects, il institua pour eux une prière du soir. « Ce sera notre prière », leur dit-il. Mais en fait, beaucoup de monde y vint. La paroisse semblait s’éveiller à une vie meilleure. Le jeune curé était plein d’un tel entrain : comment lui résister ? Les plus réfractaires étaient ébranlés ; ils sentaient qu’ils avaient affaire à un prêtre.
Ces débuts étaient encourageants. Et néanmoins, les jugeant plus tard dans une lumière plus haute, le père Emmanuel faisait de graves réserves. « Que voulez-vous ? disait-il. J’allais à l’aventure, je ne savais pas m’y prendre. Un entraînement (comme pour les grands jeunes gens) qui aboutit à une communion de rencontre : cela ne peut suffire à faire un chrétien. Il faut un tout autre travail pour greffer la vie surnaturelle sur le tronc du vieil Adam. Non, répétait-il, en ce temps-là, je ne savais pas. »
Le travail du jeune curé aurait-il donc été inutile ? Nous ne le croyons pas. Une sève si chaude, une conviction si ardente, un entrain si communicatif, n’auraient pas laissé les âmes inertes. Mais, et nous croyons traduire la pensée du père Emmanuel, de cette commotion encore que salutaire, il ne serait sorti qu’un bien relatif ; il n’en aurait pas résulté le bien, le bien absolu, qui du premier coup s’annonce durable.
Saint Thomas d’Aquin répète souvent l’axiome : bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu. Le bien résulte d’une cause intègre ; le mal provient d’une défectuosité quelconque. Ah ! Il est difficile, étant données les conditions humaines, de réaliser l’intégrité dans la cause, qui suppose la notion adéquate du bien à faire ; la décision dans le but à poursuivre, le choix judicieux des moyens à prendre, la constance dans leur application, la patience dans l’attente du résultat. S’il s’agit d’un bien surnaturel à effectuer, l’agent humain doit se surnaturaliser pour agir efficacement. C’est à sa docilité aux lumières et aux motions du Saint-Esprit qu’il doit de devenir une cause intègre, opératrice d’un vrai bien dans l’ordre du salut des âmes.
Un facteur surnaturel
Le jeune curé de Mesnil-Saint-Loup en était donc là, faisant de vigoureux efforts pour remuer le petit pays qui lui avait été confié dans la froide Champagne, mais ne parvenant pas encore à le saisir pour le retourner, quand un facteur surnaturel intervint qui changea la face des choses.
Durant la troisième année de son pastorat, il se décida, avec la permission de son évêque, à partir pour Rome. Il était profondément romain. Il voulait implorer une bénédiction du Souverain Pontife sur son ministère. Il se met en route.
Tout à coup, au début même de son voyage, une lumière très vive se fait dans son esprit. Il se sent formellement invité à demander au Pape, qui était alors Pie IX, non pas une simple bénédiction, mais le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance pour la Vierge honorée dans son église. L’autorité de l’intimation d’en haut excluait toute hésitation. L’abbé André n’hésita pas ; il s’arma d’une foi, d’une confiance intrépide. Il se présenta devant Pie IX, il lui exposa son humble et filiale requête, et contre toute vraisemblance, par-dessus toutes les règles établies, il obtint tout ce que comportait cette requête : tout, le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, une fête en son honneur pour la paroisse de Mesnil-Saint-Loup, et une indulgence plénière pour la fête. C’était complet.
Il revint en sa paroisse que la sainte Vierge lui rendait si chère. Il avait reçu le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance le 5 juillet 1852 ; il attendit au 15 août pour divulguer son précieux trésor, pour annoncer le don fait à la paroisse du nom et du patronage béni de Notre-Dame de la Sainte-Espérance. En quels termes fit-il cette communication ? Son cœur débordait tellement, que son auditoire fondit en larmes et en sanglots. Puis on pria, on invoqua Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Les invocations furent multiples : mais il en est une qui se dégagea des autres, qui jaillit par-dessus toutes les autres, qui fut adoptée par tous les cœurs. Cette invocation fut la suivante : Notre-Dame de la Sainte-Espérance, convertissez-nous.
Désormais toute la vie du jeune curé fut suspendue à ce titre, à cette invocation, qui produisit des merveilles de grâce. Il se fit des conversions admirables : véritables transformations d’âmes, retournements de bas en haut, de tout en tout. Elles ne firent pas la majorité dans la paroisse ; toutefois il y en eut tout d’abord un bon nombre, et ce nombre s’accrut. C’était une vie nouvelle, qui partait du fond des cœurs, qui s’exprimait par une humble contrition et d’ardentes prières, qui se déclarait prête à tout faire de ce qui plairait à Dieu.
Le jeune pasteur était confondu à ce spectacle qui le ravissait. Voilà donc l’œuvre de Dieu marquée au coin de la vérité. Ce n’était plus un retour superficiel ; c’était une vraie conversion qui rompt les attaches du péché et qui gravite en s’élevant toujours dans l’amour de Dieu. C’était bien évidemment le salut pour les âmes.
Il était fixé : désormais il travaillerait purement dans le sens de la sainte espérance. Le facteur surnaturel qui l’inspire, qui le dirige, qui lui apprend ce qui plaît à Dieu, qui lui donne de le réaliser, c’est Marie elle-même sous le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Ce nom est un programme : toujours les visées de l’éternité ! L’âme n’est acquise à Dieu que si elle le prend pour sa fin dernière, si elle met le monde de côté, si elle s’étudie par-dessus tout à lui plaire. Tant que l’âme n’en est pas là, rien n’est encore fait.
Ah ! ne diminuons pas la capitale importance que revendique Marie, Mère de la sainte espérance dans la formation pastorale du père Emmanuel. Il nous crie avec force : « Sans elle, je n’étais rien, je ne voyais pas, je ne pouvais pas. Si j’ai fait quelque chose, c’est par elle que je l’ai fait. Elle m’a donné de comprendre ce que c’est qu’un chrétien, de travailler dans le sens du baptême, de mettre en valeur les richesses qu’il contient. Ayant eu des chrétiens, j’ai eu une chrétienté. Auparavant, j’avais à façonner une matière amorphe, des hommes faisant quelques œuvres chrétiennes mais païens d’âme. Dieu a fait surgir de ce fond obscur et troublé une terre ferme et consistante, apte à fructifier pour la vie éternelle. »
La dévotion à Notre-Dame de la Sainte-Espérance fit éclore une confrérie, qui ne tarda pas à être érigée en archiconfrérie. Elle fut dénommée : De la prière perpétuelle à Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Elle se composait de séries de douze associés chacune, auxquels on assignait les douze heures du jour et même de la nuit, et qui prenaient l’engagement de dire chacun à son heure la prière : Notre-Dame de la Sainte-Espérance, convertissez-nous, avant et après un Ave Maria. Il arrivait que par le roulement des heures la prière ne cessait pas, qu’elle était vraiment perpétuelle, les associés la disant alternativement les uns pour les autres. Elle réalisait pour Marie une Laus perennis [4] qui rappelait la Laus perennis des anciens moines.
Cette archiconfrérie devint l’instrument d’innombrables grâces de conversions et de retours à la mort, son développement fut d’autant plus merveilleux, qu’il se fit sans réclame et sans bruit. C’était comme un parfum céleste qui se répandait d’âme en âme. On était profondément touché, on priait, on pleurait, dans un sentiment de contrition sans doute, mais aussi par l’infusion d’une joie inconnue à la terre. Le père Emmanuel appelait l’invocation : La petite prière que l’on pleure. C’était une prise de contact avec le Cœur immaculé et tout aimant de Marie.
L’extension rapide de l’archiconfrérie fut pour le jeune curé l’occasion d’un travail énorme, mais combien joyeux ! Certaines semaines, il n’enregistra guère moins de cent séries : c’était un millier de noms à inscrire avec indication de leur provenance, un millier de billets à rédiger et à distribuer, toute une correspondance à tenir. L’intrépide serviteur de Marie faisait face à tout d’une manière qui tenait du prodige.
Les fragments de correspondance qui restent de cette époque, qu’on pourrait appeler le printemps de la Sainte Espérance, nous révèlent dans l’abbé André un état d’âme remarquable. On eût été porté à lui prêter une certaine âpreté de caractère. Or dans ces fragments trop rares, il nous apparaît comme détrempé de douceur et de tendresse, débordant de joie sainte. Oh ! rien qui sente la fadeur ; c’est de la force que sort cette douceur, de forti egressa est dulcedo [5]. Et précisément une telle douceur, s’épanouissant dans un homme que l’on sent très fort, donne à ses épanchements toujours sur un ton de gaieté un charme inexprimable. On peut dire, en lisant ces lignes : la sainte Vierge y a mis son cachet.
Les soins donnés à l’archiconfrérie n’ôtaient rien à l’activité pastorale de l’abbé André. Tout au contraire, il se sentit obligé par l’intervention de Marie à redoubler d’effort auprès de ses chers paroissiens, afin que le mouvement de conversion créé par elle s’étendît à des âmes toujours plus nombreuses. Il voulut, comme saint Paul, se dépenser et toujours plus, pour ce groupe des convertis de la Sainte Espérance dans lequel il voyait le noyau d’une paroisse.
Nous allons le suivre sur le terrain de cette paroisse qui est restée, bravant les efforts de l’esprit mauvais et du temps destructeur, ce qu’il l’a faite. Comment l’instruisit-il, comment la forma-t-il, comment la prémunit-il ? Autant de questions d’un intérêt qui surpasse tout intérêt.
Les principes directeurs du ministère
Les trois grandes fonctions du ministère
Le père Emmanuel a écrit un traité du ministère ecclésiastique ; il y a consigné les principes qui dirigèrent sa propre conduite. Il les a résumés dans une synthèse extrêmement puissante, qu’il est indispensable de méditer.
Jésus, durant sa vie mortelle et après sa résurrection, réunit tous les éléments, desquels dérive le ministère dans ses apôtres. Il leur livre toute vérité ; il leur remet le dépôt des sacrements ; il leur donne le Saint-Esprit ; avec les pouvoirs, il leur confère toutes les vertus. Saint Paul dit : « Il a fait de nous des ministres idoines du Nouveau Testament » (2 Co, 3, 6).
Si l’on sait distinguer, on reconnaît trois fonctions essentielles dans leur ministère : la prière, la prédication, l’administration des sacrements.
Or, il est dit que les apôtres revendiquent pour leur part propre dans cette trilogie : la prière et la prédication. « Nous autres, disent-ils, nous nous tiendrons appliqués à la prière et au ministère du Verbe » (Ac 6, 4). L’administration des sacrements, comme chose pour ainsi dire matérielle, est laissée par eux aux ministres inférieurs. Saint Paul déclare que « le Christ ne l’a pas envoyé baptiser, mais évangéliser » (1 Co, 1, 17).
Ceci, dit le père Emmanuel, est d’une extrême importance. Car aujourd’hui les idées sont tout à rebours de celles des apôtres : les évêques et les prêtres, ayant administré les sacrements, croient volontiers qu’ils ont rempli leur ministère ; ils en ont rempli la partie matérielle, mais l’essentiel n’est pas là.
Dans le ministère, il faut, comme dans l’Église, distinguer le corps et l’âme ; de même que, dans les composés, on distingue la matière et la forme.
Le corps du ministère, c’est la partie extérieure, rituelle ; c’est l’administration des sacrements.
L’âme du ministère, c’est certainement la prière, l’union intérieure à Notre-Seigneur, union qui doit nous faire puiser en Dieu l’esprit intérieur seul capable de féconder les œuvres extérieures.
La prédication appartient en partie au corps et en partie à l’âme du ministère : car, si on la considère comme une fonction extérieure, elle est bien du corps du ministère ; mais si on la considère comme devant s’inspirer, se vivifier, s’animer dans la prière, et puiser là sa vertu et son efficacité, elle appartient à l’âme du ministère.
Tout est renfermé dans la parole apostolique : « Nous nous tiendrons appliqués à la prière et au ministère du Verbe. »
Trois grandes fonctions dans le ministère : mais, comme dignité et comme importance, la prière vient la première ; la prédication suit : l’administration des sacrements est une sorte de résultante.
Il faut d’abord entrer en société avec Dieu, c’est là le point capital : il faut capter sa grâce, devenir familier avec elle, comme dit saint Grégoire, ensuite l’attirer sur les âmes auprès desquelles on aura à exercer le ministère.
Après avoir prié, il faut prêcher, il faut instruire ; et la prédication, rendue puissante par la prière qui l’a précédée, amène les âmes à désirer, à demander, puis à recevoir les sacrements.
Ainsi se conclut normalement le cycle des grandes fonctions du ministère. Que chacune garde sa place et son importance respective, et l’œuvre de la rédemption s’effectuera au cours des siècles.
Le père Emmanuel, homme de prière
Le père Emmanuel, parlant de la prière comme fonction du ministère, entendait, non la prière individuelle, mais la prière liturgique et canonique, en un mot la prière officielle de l’Église, qui a pour inspirateur le Saint-Esprit lui-même. Elle est divisée en prière du jour et prière de la nuit : celle-ci offre une variété de psaumes et de lectures d’une composition harmonieuse ; celle-là est distribuée en sept heures qui enveloppent toutes les phases du jour d’un tissu de cantiques et de prières.
Cette liturgie date des origines de l’Église. Nous voyons par les récits des Actes que les apôtres et les premiers chrétiens étaient fidèles à ces heures de prière. Et par là ils ne cessaient de prier : car, suivant la parole d’or de saint Bède, celui-là prie toujours, qui n’omet aucun des intervalles consacrés par la prière.
Mais il est clair que l’intention de l’Église est que les heures de l’office soient dites aux temps marqués pour les dire ; car elles sont autant de rappels à la prière. Si vous les ramassez ensemble pour les dire à la suite les unes des autres, vous frustrez cette intention. Et il résulte de là que l’esprit de prière est interrompu, se relâche et se perd.
Le père Emmanuel proteste contre cette manière de traiter les heures canoniques.
On doit le déclarer lui-même homme de prière, parce que, dès les débuts de sa vie cléricale, il fut inébranlablement fidèle à la prière liturgique et aux intervalles canoniques de cette prière. On ne saurait dire jusqu’à quel point il goûtait son bréviaire. Il s’était fixé comme au centre de cette merveilleuse et compréhensive prière de l’Église, qui rayonne du ciel sur la terre, qui fait ressortir les plus profonds mystères, qui convient à toutes les âmes et se spécialise pour chaque âme, qui constitue une initiation à la louange de l’éternité.
Une âme venait-elle à lui, il s’étudiait à lui inspirer l’amour de la liturgie. C’est ainsi qu’il plaça dans nos mains le livre De la divine Psalmodie du cardinal Bona.
Mais, faisons cette remarque importante : quand on entrait en relation avec le père Emmanuel, on l’eût pris pour un homme d’étude plutôt que pour un homme de prière.
Qu’on ne s’y trompe pas, il fut homme de prière avant tout ; car tout son effort d’étude, singulièrement puissant, convergeait vers la prière.
Quand, au début de son ministère, il s’attaqua avec une intrépidité si rare à l’étude de l’hébreu, quand il força le sens des psaumes à se découvrir [6], il se proposait, non de faire une œuvre d’érudition biblique – qui fût remarquable –, mais d’arriver à chanter et d’apprendre aux autres à chanter les psaumes avec intelligence. Il ne pouvait supporter l’immixtion des ténèbres dans l’expression de la louange divine. Pour l’expansion de sa piété, il lui fallait la pleine lumière. Alors il jubilait.
Le saint Curé d’Ars fut certainement, dans l’ordre du ministère des âmes, l’homme par excellence de la prière ; il exprime en lui, dans toute sa force, cette fonction essentielle et primordiale du sacerdoce. La prière le consumait jour et nuit pour les âmes, trempée de larmes, soutenue par une âpre pénitence. Le père Emmanuel, dans sa tension d’esprit vers la prière liturgique dont il absorbait et s’appropriait les ruisseaux, ne fut pas beaucoup au-dessous de lui comme homme de prière sacerdotale.
Verrait-on des inconvénients à présenter à l’imitation des prêtres, comme deux types de cette prière : le type mystique, exprimé par la chaude et perpétuelle méditation baignée de prière qui est l’état du saint Curé d’Ars ; et le type liturgique, représenté par le père Emmanuel ?
En tout cas, nous renfermons dans la prière du prêtre tout le cortège de ces belles dévotions catholiques, qui germent sur le tronc de la liturgie, qui prolongent leurs rameaux odorants dans toutes les complexités de la vie chrétienne, qui sont des ressources toujours prêtes de confiance et d’énergie.
Mais le père Emmanuel n’était pas un simple homme de prière ; c’était un contemplatif. Il avait une vie intérieure très intense et très profonde.
Il était très humble, et puisait dans son humilité une force particulière de se cacher même à ses intimes. On ne soupçonnait pas facilement les trésors de grâce et de lumière qui brillaient dans son âme.
Il ne laissa paraître quelque chose des intimités qu’il avait avec Dieu et Notre-Seigneur que dans certaines circonstances douloureuses où il sentait le besoin de remonter le courage des siens, afin qu’ils sussent qu’ils n’étaient pas des abandonnés, et que, si le présent semblait leur échapper, l’avenir n’était pas fermé pour eux [7].
C’est ainsi que nous sûmes que Notre-Seigneur avait pour ce vénéré père de tendres familiarités : « Ne crains rien, lui disait-il, tu es à moi, et moi je suis à toi. »
Nous avons des raisons de croire que l’adorable Sauveur, par lui-même, ou par les lèvres de la très sainte Vierge, lui donna l’assurance de son salut éternel. Il disait parfois : « Je serai en purgatoire jusqu’à la fin du monde. » Il parlait ainsi par une sincère humilité. Mais il ne mit jamais son salut en doute.
Une nuit, après avoir subi une très dure épreuve, il jouit d’une apparition consolatrice de la sainte Vierge, escortée de saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin.
Il eut avec plusieurs saints des relations intimes. Et ces saints n’étaient pas les moindres du royaume des cieux. Citons saint Romuald et saint Grégoire de Nazianze. « Je vis, nous dit-il, celui-ci dans sa grotte, celui-là dans son ermitage, abîmés en contemplation. Je les reconnaîtrais parmi tous les habitants du royaume céleste. »
Pourquoi nous laissons-nous aller à raconter ces choses merveilleuses ? C’est que le père Emmanuel, qui nous les a confiées, était l’homme véridique par excellence et le moins accessible à l’illusion ; c’est que nous l’avons vu parfois, malgré le succès de son œuvre pastorale, traité avec dédain et mépris. Il importe qu’un rayon de justice se fasse jour à son sujet, et qu’on sache que Dieu le tenait pour son serviteur et son ami.
Oui, ce fut un homme de grande prière ; il était entré dans les secrets de Dieu et Dieu lui accordait beaucoup, n’en doutons pas.
Comment n’eût-il pas été homme d’insigne prière, lui qui avait tant approfondi le mystère de la grâce et de sa nécessité vis-à-vis de la nature déchue, dans les pages immortelles de saint Augustin ?
Le père Emmanuel, prédicateur
Écoutons le père Emmanuel nous dire ce que doit être le prédicateur de la parole de Dieu :
La prédication de la parole de Dieu n’est pas une œuvre humaine. La science tant grande soit-elle, l’éloquence tant puissante soit-elle, ne sont point la prédication de la parole de Dieu.
La science peut être utile, l’éloquence peut être utile : mais il y a dans la prédication de la parole de Dieu plus que la science et mieux que l’éloquence.
Remarquez bien ce mot : la parole de Dieu. Pour parler cette parole, il faut l’avoir reçue ; et s’il est vrai qu’on la reçoit, il n’est pas moins vrai qu’elle devient parole de vie, grâce à l’Esprit de Dieu infusé en nous dans la prière.
La parole que nous avons à prêcher doit donc venir de Dieu, et il faut de plus qu’elle soit annoncée par l’Esprit de Dieu. Les apôtres n’ont prêché qu’à la Pentecôte pour la première fois. « Ils furent remplis du Saint-Esprit et ils commencèrent à parler » (Ac 2, 4).
Il y a donc une distance infinie entre notre enseignement et les enseignements humains. Les hommes annoncent la parole de l’homme, nous la parole de Dieu ; les hommes parlent avec leur esprit, nous avons l’Esprit de Dieu ; les hommes veulent faire naître la science dans leurs auditeurs, et nous la foi. Quelle différence !
Or, comme pour produire la science, il faut posséder la science, de même pour engendrer le vie dans les âmes, il faut être soi-même pénétré de la foi. La parole que nous annonçons doit être, dit saint Paul, « la parole même de la foi, verbum fidei. »
Nous ne sommes pas des professeurs de religion ; nous sommes les organes de Dieu pour faire pénétrer la foi dans les âmes : « Comme si Dieu exhortait par nous », dit saint Paul (2 Co 5, 20).
Il nous faut donc demander à Dieu par la prière que notre parole soit vraiment sa parole, non seulement être remplis de l’Esprit de Dieu pour annoncer cette divine parole, mais encore, sachant bien que dans cette redoutable fonction nous faisons une œuvre toute divine, il nous faut être humbles, priants, suppliants, dépouillés de nous-mêmes et en quelque sorte de toute notre humanité, afin que notre œuvre soit vraiment l’œuvre de Dieu, et qu’elle fasse naître la foi dans nos auditeurs. « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez » (Jn 6, 29).
En traçant cette page, le père Emmanuel s’est peint lui-même : c’est dans l’humilité, dans une instante supplication, dans une désappropriation absolue de lui-même, avec un tremblement secret mais aussi avec une magnifique confiance, qu’il prêchait la parole de Dieu.
Et cette parole avait en lui toute son autorité et toute sa vertu ; elle s’imposait. Elle était acceptée par les uns, rejetée par d’autres ; ainsi le veut l’humaine liberté. Mais elle n’était pas discutée.
Parfois, quand le sujet le demandait, elle tombait de si haut qu’elle réalisait le mot des prophètes : Onus verbi Dei [8]. Elle courbait les esprits, elle pliait les résistances.
Et puis, le fait est là, elle engendrait les âmes à la vie de la foi. Le père Emmanuel pouvait dire de ses chrétiens ce que disait saint Paul, et non sans une apostolique fierté : « Je vous ai engendrés par l’Évangile » (1 Co 4, 15). Ces chrétiens, qu’il avait engendrés, ils étaient là, robustes dans la foi, lui rendant témoignage ; la semence avait été bonne. Est-il de nos jours beaucoup de prédicateurs qui puissent s’approprier le mot de saint Paul ? S’il en est, mettez-vous à genoux devant eux ; ce sont des hommes de Dieu.
Durant plus de cinquante ans, le père Emmanuel jeta la semence : heureuse terre ! On peut se rendre compte par les fruits de ce que fut ce labeur.
On pourrait distinguer plusieurs périodes dans cette évangélisation assidue.
Dans les premiers temps de conversion, le père Emmanuel ne se lassait pas d’annoncer le mystère du Christ. S’aidant d’un pieux ami, il parlait de Jésus-Christ avec un enthousiasme, un charme inexprimable. Après cinquante ans, ces prédications chaudes d’amour n’étaient pas oubliées.
Plus tard, il se forma dans le sein de la paroisse un mouvement d’opposition violente au père Emmanuel, de la part de ceux qui restaient obstinément réfractaires à son œuvre de conversion. Ils l’attaquèrent avec perfidie sur le terrain de la jeunesse et des premières communions. Mais le père leur tint tête ; il stigmatisa les nouveaux Hérodes : il poussa un certain jour, dans la chaire, des rugissements de lion. Le parti adverse ne prévalut pas; mais la lutte fut longue et âpre.
En dehors de cet épisode, le caractère de la prédication du père Emmanuel fut d’être doctrinale. Il prêchait le dogme, avec une clarté suprême : et il avait le don de le mettre à la portée des plus humbles intelligences. Il ne souffrait dans les esprits aucune obscurité sur les points vitaux, ni même aucun flottement d’opinion. Il mettait en relief puissant la notion de la très Sainte Trinité ; il faisait connaître le Saint-Esprit dans ses opérations, créant Marie Mère de Dieu et l’Église mère des âmes. Quand il avait rempli de vérité par la foi l’esprit de ses fidèles, il croyait avoir accompli le principal de sa tâche. La morale chrétienne vient facilement d’elle-même par voie de déduction.
Nous croyons cette méthode excellente, et la plus conforme aux traditions des saints Pères. Nous avons constaté maintes fois combien les chrétiens de nos jours sont dans le vague vis-à-vis des notions les plus essentielles de la foi. Rien de fixé et d’arrêté chez eux ; à cette mobilité d’esprit correspond, hélas ! souvent une conduite en désaccord avec la morale chrétienne.
Tout se tient dans l’homme. L’esprit, informé de lumineux principes, a pour mission de régler et de diriger l’être moral. Affermi lui-même, il rend tout stable dans le logis intérieur bien ordonné.
Tel est l’effet de la foi intégralement enseignée. Or il faut des soins assidus pour qu’elle devienne le fond de l’âme. « La foi, on la suppose, disait-on un jour au père Emmanuel. — Non, répondit-il, on la pose. » Et il la posait, comme une assise qui ne bougeait plus.
Le père Emmanuel, directeur de conscience
Le père Emmanuel appréciait comme il convient le rôle du confesseur, et il eût répété volontiers la parole de saint Alphonse : « Donnez-moi de bons confesseurs, et je vous garantis une entière réforme du peuple chrétien. »
Toutefois il tenait comme un principe indiscutable que l’administration des sacrements ne vient qu’en troisième ligne, en dépendance de la prière, première fonction du ministère, et de la prédication qui en est la seconde. Un prêtre qui croit avoir tout fait en donnant les sacrements, alors qu’il a négligé la prière et qu’il n’a pas donné tous ses soins au ministère de la prédication, est en dehors de l’ordre vrai qu’il doit garder.
Le père Emmanuel n’admettait pas que l’administration des sacrements pût être rabaissée au niveau d’un rite purement matériel. Il y a la question des dispositions, qui est essentielle et vitale. Le sacrement que l’on reçoit ne donne pas les dispositions avec lesquelles il faut le recevoir pour qu’il fructifie. Elles viennent d’ailleurs, et précisément, de la prière qui se fait dans l’Église pour que la grâce de Dieu touche les âmes, et de la prédication qui donne une si forte impulsion à la conversion par la foi qu’elle éveille. Grâce à ces dispositions, la réception des sacrements devient un acte spirituel et qui justifie.
Le prêtre a le devoir de s’assurer que ces dispositions existent et de s’employer à les exciter si elles ne ressortent pas. Sont-elles constatables et suffisantes, il donne le sacrement ; mais il ne doit pas admettre pratiquement cette théorie, trop courante de nos jours, d’après laquelle la simple volonté de recevoir un sacrement est une disposition suffisante pour le recevoir. Car alors l’office du juge est supprimé ; l’absolution devient un geste automatique ; le sacrement, dépouillé de son revêtement spirituel, est matérialisé.
Le père n’admettait pas non plus la théorie de la bonne foi qui laisse croupir les âmes dans des habitudes en soi peccamineuses et tenues pour inguérissables ; bonne foi, hélas ! qui recouvre une attache au péché, qu’on ne peut qualifier uniquement de matérielle [9]. Il ne voulait pas croire que les âmes fussent vouées à un état qui laisse en grand péril leur salut éternel.
Avec un zèle tout pastoral et très éclairé, il s’appliquait à guérir ces âmes malades ; il ne les brusquait pas, il agissait vis-à-vis d’elles avec beaucoup de patience ; il s’employait à les instruire. Il cherchait à convaincre ces âmes que le tout pour être sauvées était d’entrer en conformité avec la volonté de Dieu. Puis il les avertissait qu’il y avait en toute situation une volonté de Dieu à accomplir. Par exemple, dans le mariage. Alors on demandait : et quelle est cette volonté ? Le père s’expliquait brièvement, mais clairement, en exhortant à prier. Ainsi proposée, la lumière était acceptée. Et l’âme se sentait soulagée d’être tirée d’une bonne foi, qui la laissait dans l’inquiétude sur son salut.
C’est ainsi que se passaient les choses entre le père Emmanuel et les âmes. Nous ne croyons pas qu’aucune soit allée sincèrement à lui sans se sentir retirée du danger et établie dans un état de sécurité et de paix. Il nous dit un jour, avec un grand sentiment d’action de grâces : « Je ne crois pas que, parmi mes chrétiens, mes vrais chrétiens, il en soit un seul qui commette le péché mortel. » Un jour il fut interrogé par un directeur de patronage : « Mon père, comment faites-vous avec vos jeunes gens ? — Que voulez-vous dire par là, reprit le père ? — Comment les admettez-vous aux sacrements, avec des habitudes vicieuses ? — Mes jeunes gens, déclara vivement le père, n’ont pas d’habitudes vicieuses. » Il nous attesta que les jeunes gens de la paroisse, formés par lui à la piété, rentraient de la caserne indemnes dans les mœurs comme dans la foi. Et ce rare et beau phénomène se vérifie encore aujourd’hui : chacun en est témoin, et personne n’élève un doute sur la réalité du fait.
De telles préservations sont l’œuvre de la grâce : si la grâce les opère ici, c’est qu’il y a dans la paroisse un grand foyer de prière ; mais ce foyer de prière, allumé d’en haut par Marie, a été entretenu par de très pressantes instructions du père Emmmanuel sur la nécessité de la grâce et sa vertu toute-puissante.
Augustinien convaincu et profond, le père considérait la méconnaissance de la grâce comme le grand fléau de notre époque. Le chrétien ne connaît plus le don céleste qui fait de lui un chrétien ; il en arrive à tout ignorer de la grâce, son origine divine, sa gratuité essentielle, son caractère réparateur et médicinal, sa décisive efficacité ; elle reste inopérante dans sa vie ; bien plus, il va rejoindre le pélagianisme, en déclarant que la nature est bonne, que la concupiscence est louable, que la satisfaction des passions est licite ; asservi à des péchés impurs, il pactise avec eux, et s’il s’en confesse, c’est par pure formalité, sans contrition et sans ferme propos. Ce tableau n’est pas fictif, c’est une triste réalité. Avec quel zèle le vénéré père s’est employé à combattre des erreurs aussi pernicieuses et à faire valoir la toute-puissance de la grâce dans la réforme intérieure !
Il nous reste à montrer comment le pasteur du Mesnil, donnant ses soins à toutes les âmes, cultiva avec une assiduité toute dévouée certaines plantes privilégiées du jardin de l’Époux céleste. Il savait qu’une âme très fervente rend plus de gloire à Dieu que cent âmes ordinaires ; il voulait assurer à Dieu cette gloire.
Dieu lui fit trouver dans la paroisse une bonne proportion d’âmes susceptibles d’une culture plus complète et plus délicate. Il y fit fleurir de belles vertus d’humilité et de simplicité, de douceur et de vraie tendresse pour Jésus.
II s’adonnait à les instruire ; il leur consacrait certains après-midi : il voulait trouver en elles la soif de la vérité ; et cette soif, il la contentait délicieusement par l’explication de pages d’Évangile ou de fragments de la sainte Écriture. Il obtint ainsi des âmes vraiment belles parce que nourries de lumière, vraiment abstraites des choses de ce monde, auxquelles le recueillement était facile et la méditation habituelle.
Parmi les déboires parfois bien crucifiants dont le labeur pastoral est abreuvé, le père Emmanuel trouva, dans les relations avec les âmes d’élite dont nous parlons, une douce consolation et un grand réconfort. Elles étaient la fleur de son ministère, la parure de sa paroisse, la preuve sensible que Dieu bénissait son travail. Il donna, dans son Bulletin de la Sainte-Espérance, deux courtes biographies sur deux paroissiennes, l’une sur une jeune fille et l’autre sur une femme mariée. Ces pages, écrites sans apprêt, exhalent un parfum exquis et vraiment rare : c’est la vision d’âmes baptismales, qui vont à Dieu avec une candeur ravissante et, chose remarquable, qui ont le sens de la beauté. Il fut donné au père de les suivre au-delà des horizons de cette vie, dans le sein de l’éternelle félicité.
Plusieurs de ses filles arrivèrent à une intelligence surprenante de la sainte Écriture. L’une d’elles était éprise de saint Paul, elle avait pénétré jusqu’au fond de l’Épître aux Romains, et le mystère de la prédestination qu’elle y avait rencontré la portait à glorifier Dieu magnifiquement.
Le père Emmanuel composa, pour les âmes qui avaient besoin de la vie mystique, un commentaire sur le Cantique des cantiques qui est très savoureux, très enlevant. Le publierons-nous un jour [10] ?
Observons, en terminant, que le père maintint toujours un parfait accord entre le confessionnal et la chaire. Ce qu’il expliquait en chaire, il l’appliquait, il le faisait passer dans la pratique au confessionnal. Il n’eut jamais qu’une parole ; il ne se démentait pas lui-même. De là vient que sa discipline paroissiale fut admirable, excluant tout travail le dimanche, comportant l’assistance à tous les offices. Il avait parlé, personne n’aurait osé contredire ; et la paroisse allait d’un bloc à ce qui était voulu de Dieu.
La cause intègre
Il nous semble que le père Emmanuel, en accomplissant les fonctions saintes du sacerdoce d’après l’ordre qu’il a marqué et qui est basé sur un texte apostolique, a réalisé la cause intègre dont parle saint Thomas quand il dit : bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu.
Le bien provient d’une cause intègre ; le mal d’un défaut quelconque.
Il a mis en première ligne la prière, celle-ci ayant un caractère officiel et liturgique, embrassant le jour et la nuit, évoluant comme le soleil lui-même, n’admettant pas d’interruption, attirant et absorbant l’esprit et le cœur en Jésus-Christ.
Il s’est adonné en second lieu à une prédication de pure foi, qui a pour propre d’engendrer les âmes à la foi.
En troisième lieu, il a traité avec rectitude le sacrement de la réconciliation, ne souffrant pas qu’il se matérialisât, mais lui faisant porter son fruit pour la sanation et la purification des âmes.
Il a parcouru les orbes sacrés qui font descendre le prêtre des régions de la pure lumière jusqu’au pécheur qu’il s’agit, par une ascension progressive, de réconcilier à Dieu lui-même.
Il a consommé l’œuvre que Dieu lui avait donnée à faire.
Notre-Seigneur a dit à ses apôtres : « Je vous ai placés pour que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure » (Jn 15, 16). Le prêtre part en mission : il faut qu’il porte du fruit, et que ce fruit demeure. C’est déjà beau de porter du fruit ; mais il est requis que ce fruit demeure, autrement que reste-t-il du labeur apostolique ?
Le signe du bon travail, c’est la permanence du fruit.
Or ce signe existe pour l’humble paroisse du Mesnil-Saint-Loup. Depuis trois quarts de siècle, le bien fait par le père Emmanuel subsiste, et il est très vivace [11].
Sans rien exagérer, il est bon de glorifier la cause intègre qui a porté, si durable, un tel fruit.
L’intégrité de la cause, étant mise en relief, fait ressortir les déficiences des causes qui ne sont pas intègres.
Le père Emmanuel déclare que le ministère serait dénaturé :
1° si le prêtre regardait la prière comme une œuvre personnelle et non pas comme une fonction, et la plus importante, du sacerdoce ;
2° si, au lieu de prêcher la parole de Dieu toute pure, il prêchait des conceptions humaines, dans lesquelles saint Paul voit une prostitution de la parole de Dieu, adulterantes verbum Dei (2 Co 2, 17) ;
3° si, par insouciance ou timidité, il laissait tomber le sacrement de pénitence à n’être plus qu’une formalité sans influence vitale et régénératrice.
Dans un ministère, qui ne s’assujettirait pas à l’ordre normal des fonctions, il pourrait se produire une certaine activité qui se traduirait par des résultats.
Mais il s’agirait de constater si ces résultats sont durables. La durée est la pierre de touche de ce qui se fait par l’Esprit de Jésus-Christ. Ut fructus vester maneat – afin que votre fruit demeure.
Nous avons vu le père Emmanuel dans ses rapports avec les âmes : nous allons le montrer formant sa paroisse.
(à suivre)
* — Par M. l’abbé Philippe François, de la Fraternité Saint-Pie X.
[1] — Cette vie intitulée Le Père Emmanuel fut rééditée pour la dernière fois en 1935. Elle est malheureusement épuisée. A l’occasion d’une réimpression, bien des fidèles se réjouiraient de pouvoir découvrir celui que Mgr Lefebvre lui-même appelait « sans doute le meilleur auteur spirituel du siècle dernier » (Lettre de remerciement du 27 octobre 1987 aux Éditions Dismas pour la réédition des Méditations pour tous les jours de l’année liturgique du père Emmanuel, épuisées elles aussi entre temps ; leur réédition est attendue par de nombreux fidèles).
[2] — Sources : pour l’essentiel, Bulletin de Notre-Dame de la Sainte-Espérance janvier-février 1928 et la brochure Les Vieux saints : le père Emmanuel et les premiers moines de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, anonyme, supplément au Bulletin nº 3, mars 1972.
[3] — Allusion à la vision de 1414 dans laquelle Dieu montra à sainte Françoise Romaine les dames de la société romaine précipitées en enfer à cause de leurs désirs coupables, de leurs mauvaises modes et de leurs danses indécentes. Cette vision fut à l’origine de son apostolat pour la modestie chrétienne.
* — Article écrit en 1925.
[4] — Louange perpétuelle.
[5] — « Du fort est sorti de la douceur » : énigme de Samson (Jg 14, 14).
[6] — Le père Emmanuel publia en l’an 1869 un Essai sur les Psaumes, traduction d’après l’h ébreu, qui attira l’attention des érudits.
[7] — Nous faisons allusion aux difficultés auxquelles se heurta le père Emmanuel, quand il chercha à procurer l’investiture canonique à la petite communauté monastique qu’il fonda du consentement de son évêque. Ces péripéties pénibles sont racontées dans sa Vie (ch. 16).
[8] — « La charge de la parole de Dieu » (Ma 1,1 ; Za 9, 1).
[9] — Il disait : « Ce n’est pas la bonne foi qui sauve, mais la foi. » Il comparait la bonne foi à des béquilles, quand on s’est cassé la jambe ; cela ne remet pas la jambe.
[10] — Ce commentaire du Cantique des Cantiques est encore inédit à ce jour. (NDLR.)
[11] — Ces lignes datent d’avant la révolution conciliaire qui n’a pas épargné la paroisse. (NDLR.)
Informations
L'auteur
Dom Bernard Maréchaux (1849-1927) fut l'adjoint, puis le successeur du père Emmanuel André en son abbaye bénédictine de Mesnil-Saint-Loup.
Le numéro

p. 114-134
Les thèmes
trouver des articles connexes
Télécharger le Pdf ici :
.
