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Le vrai visage de l’Église (IV)

le second schéma préparatoire

du concile Vatican I

 

 

 

par le frère Pierre-Marie O.P.

 

 

 

Pour réfuter les erreurs conciliaires, nous continuons à étudier le vrai visage de l’Église. Nous avons déjà commenté dans Le Sel de la terre 23 à 25 le premier schéma préparatoire du concile Vatican I (1870).

Les Pères conciliaires ayant fait un certain nombre d’observations sur ce schéma, il fut révisé par le R.P. Joseph Kleutgen S.J., l’un des théologiens les plus illustres du XIXe siècle [1]. Bien que la Députation pour les choses de la foi n’y ait pas mis la dernière main, ce schéma réformé peut cependant se réclamer de son autorité, comme le remarque Mansi. C’est le texte de ce schéma révisé – le « second schéma » – que nous donnons ici.

Ce texte, à notre connaissance, n’a jamais été publié en français. Nous traduisons à partir de l’édition de Mansi [2], en nous servant pour le commenter des annotations faites par le père Kleutgen lui-même.

Le Sel de la terre.

 

 

*

  

 

Voici le plan du schéma :

 

Introduction............................................................................................................................ 33

Ch. 1 : L’institution divine de l’Église.................................................................................. 34

Ch. 2 : L’Église fondée par le Christ est une société de fidèles......................................... 36

Ch. 3 : Il y a dans l’Église un pouvoir ordonné par Dieu................................................... 37

Ch. 4 : La hiérarchie ecclésiastique........................................................................................ 38

Ch. 5 : Les membres de l’Église............................................................................................ 40

Ch. 6 : Il y a une seule vraie Église, en dehors de laquelle on ne peut espérer le salut... 42

Ch. 7 : Le magistère ecclésiastique......................................................................................... 46

Ch. 8 : La juridiction ecclésiastique........................................................................................ 49

Ch. 9 : L’Église est un vrai royaume, divin, immuable et éternel....................................... 51

Ch. 10 : Il n’y a pas d’autre vraie Église du Christ que l’Église romaine.......................... 53

 

 

Introduction

 

D

IEU a constitué l’Église visible à tous les peuples, Église qu’il a édifiée pour être une arche certaine de salut pour nous, au milieu du déluge de ce siècle. Cependant on en voit beaucoup, surtout à notre époque, qui ne prêtent pas attention à l’œuvre de la divine Miséricorde, et même qui, enflammés d’une haine injuste, la combattent et s’efforcent de la faire mépriser. C’est pourquoi ils ne craignent pas, soit de diffamer son action salutaire par des calomnies et de salir son honneur, soit de rabaisser les droits sur lesquels elle est constituée et le pouvoir qu’elle a reçu du ciel, soit enfin de soumettre à la volonté humaine ce qui, en elle, est sanctionné par Dieu. Nous pensons qu’il convient à la sollicitude de notre charge de nous occuper de ces efforts pervers que nous considérons avec tristesse. Après avoir récemment exposé et défini [3] ce qui concerne la tête de l’Église, le pontife romain, et que nous avons reçu par la Révélation divine, nous décidons de mettre en lumière et de sanctionner, avec l’approbation du saint Concile, la doctrine de la foi catholique concernant le reste du corps de l’Église, sa constitution et ses propriétés.

 

Le premier schéma sur l’Église, que nous avons commenté dans les numéros précédents de la revue, fut présenté aux Pères concilaires le 21 janvier 1870, lors de la 13e congrégation, en vue de recueillir les observations que chacun avait le droit de faire par écrit.

Nous avons expliqué comment le chapitre 11 de ce schéma fut détaché en vue de définir la primauté du souverain pontife et servit de base à la constitution Pastor Aeternus, promulguée le 18 juillet 1870, la veille de la déclaration de la guerre franco-prussienne.

L’enseignement contenu dans les autres chapitres fut révisé par le père Kleutgen [4], en tenant compte des remarques faites par les Pères conciliaires, ce qui donna le second schéma que nous exposons et commentons ici.

Plusieurs Pères avaient réclamé des ajouts sur l’origine de l’Église, sur sa constitution (la hiérarchie, les évêques et les conciles), sur la démonstration que l’Église romaine est la seule vraie. Pour ces raisons on a ajouté dans ce deuxième schéma plusieurs chapitres (1, 3 et 10) tandis que certains passages ont été allongés.

Toutefois, remarque le père Kleutgen, il est impossible de faire tout un traité sur l’Église. Les conciles ont plutôt pour coutume de faire des professions de foi assez brèves et de développer certains points de doctrine, notamment là où règnent des erreurs. Sinon les décrets seraient très longs et il serait très difficile de les discuter et de procéder aux définitions. De plus, en faisant de longs exposés on serait obligé de prendre parti pour telle ou telle opinon sur des questions libres, ce que les conciles évitent de faire sauf lorsque cela est nécessaire pour repousser des doctrines hétérodoxes.

Certains Pères voulaient qu’on donne une définition de l’Église, par exemple celle bien connue de saint Robert Bellarmin : « Assemblée (cœtus) des hommes viateurs (c’est-à-dire : qui sont sur la terre) unis par la profession de la même foi chrétienne et des mêmes sacrements, sous le gouvernement des pasteurs légitimes et en particulier du seul vicaire du Christ sur terre, le pontife romain [5]. » Mais cette définition suppose que les hérétiques occultes font partie de l’Église et que les schismatiques non hérétiques n’en font plus partie. Or plusieurs théologiens ne sont pas d’accord sur le premier ou le deuxième point, ou même sur les deux, par exemple Suarez. Et il ne semblait pas nécessaire de trancher ces questions.

C’est pour une raison analogue que le schéma n’a pas de chapitre sur la question des notes de l’Église. Car, si tous admettent que les notes de l’Église sont celles indiquées par le Credo (une, sainte, catholique et apostolique), les opinions divergent quand il s’agit de les définir ou de dire en quoi elles consistent précisément.

Quant à la manière d’exposer, certains Pères se sont plaints que l’on utilisait trop les concepts de la philosophie et du droit concernant la société pour décrire l’Église. Toutefois il convient d’en parler, car plusieurs erreurs actuelles concernent ce point, et les auteurs catholiques s’accordent à décrire l’Église comme une vraie société, et une société parfaite. Saint Augustin déjà employait ce terme pour parler de l’Église (De Civitate Dei, l. 12, c. 1 et l. 19, c. 17).

 

Par rapport au premier schéma, le schéma réformé se distingue surtout par un regroupement de certains chapitres et l’emploi d’un style moins scolastique.

 

 

Ch. 1 : L’institution divine de l’Église

 

Après avoir rappelé que l’institution divine de l’Église est un dogme de foi, le schéma expose la Providence de Dieu dans les trois âges du monde (la loi de nature depuis Adam jusqu’à Abraham, l’Ancien Testament depuis Abraham jusqu’à Notre-Seigneur, puis le Nouveau Testament) afin de mieux mettre en lumière la nature et la fin (le but) de l’Église. Pour cela on a choisi les prophéties qui manifestent que l’Église est « le royaume établi par Dieu sur la terre dans lequel tous les peuples, rachetés par le sang de Jésus-Christ, peuvent obtenir le salut par le culte du vrai Dieu et une sainteté qui n’est pas seulement légale mais qui est spirituelle » (K [6]).

 

Tout d’abord, enseignés par les saintes Écritures et la Tradition divine, nous professons que cette Église, une, sainte, catholique et apostolique a été fondée et dotée d’une loi et d’une constitution déterminées par le Fils de Dieu lui-même, lorsqu’il a vécu au milieu des hommes après avoir assumé la nature humaine.

En effet, Dieu a pourvu au salut des hommes en tout temps, mais avec des moyens et des mesures diverses. Dans les premiers temps, il a résolu que les descendants d’Adam puissent obtenir la rémission de leurs péchés et mener une vie digne de la béatitude éternelle par la foi et l’espérance de la rédemption future. Puis, afin de préparer cette œuvre de la rédemption qu’il avait promise, il choisit Abraham, le juste, pour bénir dans sa descendance toutes les nations de la terre et, par une alliance, il fit de ses descendants son peuple particulier. A ce peuple il confia les paroles divines et il lui fixa une loi par l’intermédiaire des anges ; ainsi, cette nation chérie figurait de diverses manières le royaume des cieux qu’elle espérait. Mais, quand vint la plénitude des temps, lorsque les ombres devaient s’évanouir devant la lumière qui apparaissait, le Fils unique de Dieu fait homme, le Christ Jésus, se livrant lui-même en rédemption pour beaucoup, posa les fondements de la cité céleste sur la terre afin que, par elle, une fois que fut achevé et accompli ce qu’avait décidé le dessein éternel de la bonté divine, tous les peuples régénérés par la grâce du Saint-Esprit obtiennent plus abondamment le salut de Dieu [7].

C’est de ce royaume de Jésus-Christ qui est l’Église que s’entendent ces paroles des prophètes : « Dans les derniers jours, la montagne de la maison du Seigneur sera préparée au sommet des montagnes, et elle sera élevée au-dessus des collines, et tous les peuples viendront à elle [8]. » Dieu lui-même a signifié ce royaume qui est le sien par la bouche du prophète lorqu’il disait : « Depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, mon nom sera grand parmi les nations, et en tout lieu on sacrifiera et on offrira une oblation pure. » Et encore : « Je mettrai ma loi dans leur chair, et je l’écrirai dans leur cœur, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple [9]. » C’est enfin à propos de ce royaume qu’est chanté ce cantique nouveau devant l’Agneau qui a été tué : « Vous nous avez rachetés pour Dieu dans votre sang, venant de toute tribu et de toute langue, de tout peuple et de toute nation, et vous avez fait de nous pour notre Dieu un royaume et des prêtres, et nous régnerons sur la terre [10]. »

 

 

Ch. 2 : L’Église fondée par le Christ

est une société de fidèles

 

Dans ce chapitre, le schéma précise la nature et la constitution de l’Église en montrant que la volonté du Christ a été d’unir tous ses fidèles pour former un seul corps. L’Église est donc une assemblée (cœtus) et une société (multitude d’hommes unis en vue d’une certaine fin par des liens moraux – des droits et des lois). Cet aspect « société » de l’Église ne l’empêche nullement d’être de nature divine, car son origine, sa fin et ses moyens sont surnaturels.

Plusieurs Pères avaient demandé qu’on évite de donner une définition métaphorique de l’Église comme corps du Christ. Nous avons noté en commentant le ch. 1 du premier schéma les avantages et inconvénients d’une telle définition, à la fois riche et imprécise. Le deuxième schéma, tout en citant cette expression traditionnelle, définit l’Église comme une société.

 

En effet, Jésus, l’auteur et le consommateur de la foi, n’a pas disposé que chaque fidèle adorerait isolément, comme certains le pensent à tort ; mais il a réglé la nature même de la loi évangélique en sorte que ceux qui la professent soient liés entre eux par des liens étroits. C’est pourquoi l’Écriture affirme qu’il est mort afin de réunir les fils de Dieu qui étaient dispersés [11] ; non seulement elle appelle l’Église un royaume, mais encore elle l’assimile à une demeure spirituelle, à un temple saint et à une bergerie ; et surtout elle enseigne qu’elle est un corps, dont la tête est le Christ et les membres, les fidèles. C’est pourquoi il faut que les fidèles du Christ soient liés et unis entre eux comme les membres d’un corps vivant, au témoignage de l’Apôtre : « De même que le corps est un et qu’il a plusieurs membres, et de même que les membres du corps, quoique nombreux, forment un seul corps, ainsi en est-il du Christ. En effet, tous, nous avons été baptisés en un seul Esprit pour former un même corps [12]. »

L’Église est donc l’assemblée (cœtus) des fidèles du Christ et une vraie société, quoique bien plus auguste que toute autre société humaine ; elle est donc appelée avec raison la cité de Dieu et le royaume des cieux. En effet, fondée par la puissance divine au-dessus de tout l’ordre de la nature, elle dispose ses membres pour le bien suprême et éternel, la fruition de Dieu lui-même, non pas à l’aide de la sagesse humaine, mais par une discipline céleste et les dons de la grâce spirituelle ; et elle les dirige pour qu’ils tendent ensemble, par la foi, l’espérance et la charité, vers l’héritage conservé dans les cieux, mus par l’Esprit du Christ dans le corps duquel ils sont insérés en qualité de membres.

 

A ce texte était joint un canon où l’on condamnait l’erreur des protestants en se servant de leurs propres formules :

 

Canon 1 : Si quelqu’un dit qu’une religion a été fondée par le Christ, mais pas vraiment une Église ou société dans laquelle les fidèles professeraient en commun la religion chrétienne, et que cette religion peut être pratiquée et gardée par chacun séparément, qu’il soit anathème [13].

 

 

Ch. 3 : Il y a dans l’Église un pouvoir

ordonné par Dieu

 

Après avoir expliqué que le Christ a voulu réunir les fidèles dans une société pour professer la religion, on précise que cette assemblée n’est pas un collège d’égaux. Les responsables de l’Église reçoivent de Dieu un pouvoir que les autres n’ont pas.

On montre d’abord par le témoignage des saintes Écritures l’existence de ce pouvoir concédé aux apôtres. Puis, en s’appuyant sur la nature de ce pouvoir et sur la pérennité de l’Église, on montre que ce pouvoir a été transmis par les apôtres aux évêques ; ce qui est confirmé par le témoignage de saint Paul.

Ici on parle de ce pouvoir en général. On reviendra dans les chapitres suivants sur la nature de la hiérarchie (ch. 4), sur les pouvoirs de magistère (ch. 7) et de juridiction (ch. 8). On ne reviendra pas sur le pouvoir d’ordre, déjà bien exposé par le concile de Trente (session 23).

 

Le Fils de Dieu, qui a opéré notre salut par son autorité et sa vertu propre, est et demeure la tête même de ce corps mystique ou de l’Église, en même temps que le grand prêtre, le pasteur et l’évêque de nos âmes ; cependant, avant de quitter ce monde, il a établi des disciples choisis pour être vicaires de son œuvre, en sorte que par eux les fruits de la rédemption s’écoulent sur tous ceux qui croiront. La veille de sa passion, en leur donnant le pouvoir de consacrer son corps et son sang, il les a faits prêtres ; après sa résurrection, leur ayant communiqué le Saint-Esprit, il les a constitués juges avec le pouvoir de remettre et de retenir les péchés ; enfin, sur le point de monter au ciel, il les a constitués docteurs et gouverneurs (rectores) de toute la terre en disant : « Allez, enseignez toutes les nations ; baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ; apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé [14]. »

Or ce pouvoir spirituel a été donné pour une construction, à savoir pour que les fidèles, s’approchant de la pierre vivante choisie par Dieu, forment sur elle un édifice en qualité de pierres vivantes ; il est donc nécessaire que ce pouvoir se transmette à d’autres qui succèdent aux apôtres et aux disciples. A ce sujet nous lisons dans l’Apôtre : « Lui-même a constitué certains apôtres, d’autres prophètes, d’autres évangélistes, d’autres pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints, pour l’œuvre du ministère, pour l’édification du corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme parfait, à la mesure de l’âge de la plénitude du Christ [15]. »

Il faut donc tenir comme un dogme de la foi catholique que, par une ordination divine, certains ont été dotés dans l’Église d’un pouvoir de sanctifier, d’enseigner et de gouverner, que les autres ne possèdent pas ; et qu’il n’est pas vrai de dire que l’Église est une société d’égaux [16].

 

A ce chapitre correspondait le canon suivant :

 

Canon 2 : Si quelqu’un dit que tous dans l’Église sont égaux entre eux, et que nul n’est doté divinement d’un pouvoir que les autres ne possèdent pas, qu’il soit anathème [17].

 

 

Ch. 4 : La hiérarchie ecclésiastique

 

Ici le schéma commence à mieux mettre en lumière la constitution de l’Église. Le pouvoir donné par le Christ n’est pas donné de manière égale à tous ceux qui sont chargés d’un office dans l’Église. Ce pouvoir est distribué en divers ordres.

Le concile de Trente avait déjà parlé de la hiérarchie, mais à propos du pouvoir d’ordre. Ici on veut parler du pouvoir de juridiction pour mettre en lumière la constitution de l’Église.

Dans une première partie, le schéma distingue trois degrés dans la hiérarchie : les évêques, les prêtres et les autres ministres. Par rapport au concile de Trente, le schéma précise ici que le pouvoir de l’évêque est supérieur à celui du prêtre, tant du point de vue de l’ordre que de celui de la juridiction, et il expose aussi le pouvoir de l’évêque sur son diocèse. En revanche, il ne veut pas trancher la question de savoir si la juridiction de l’évêque lui vient immédiatement de Dieu au moment de sa consécration ou par l’intermédiaire du pape. Ce qui est certain, c’est que l’épiscopat a été institué divinement et que la constitution de l’Église veut qu’il y ait toujours des évêques qui gouvernent des diocèses avec un pouvoir propre et ordinaire :

 

Cependant, tous ceux qui sont pris pour l’œuvre du ministère ne sont pas dotés d’un pouvoir égal entre eux. En effet, il est assuré par la tradition apostolique et par le consentement des Pères que seuls les prêtres ont le pouvoir de réaliser le sacrement du corps et du sang du Seigneur et d’absoudre les fidèles des liens des péchés, ce qui les place au-dessus des autres ministres ; de plus, parmi les prêtres eux-mêmes, les évêques, que le Saint-Esprit a constitués pour gouverner l’Église de Dieu, sont supérieurs aux prêtres par l’ordre comme par la juridiction, selon une institution divine. En effet, ce n’est pas aux prêtres, mais aux évêques seulement, qu’il revient d’ordonner les prêtres et les autres ministres, et de gouverner par un pouvoir propre et ordinaire les églises qui leur sont confiées. Ainsi, chacun dans son église, ou réunis en synode, ils décident ce qui regarde la doctrine et la discipline, ils portent des lois, ils exercent la justice. Et il n’est pas permis aux prêtres ou aux autres clercs, dans leur ordre et dans leur charge, de faire quelque chose sans l’autorité de l’évêque : en sorte que l’Église est constituée sur les évêques et que tout acte de l’Église est dirigé par ces mêmes intendants [18].

 

Ensuite le schéma expose comment les évêques unis au pape et sous le pape participent au pouvoir suprême lorsqu’ils sont réunis en concile. Lorsqu’ils sont séparés par toute la terre, ils ne peuvent errer dans leur majorité sur les questions de foi, de mœurs et de gouvernement, comme nous le reverrons dans le chapitre 7.

 

De plus, les évêques ont aussi part au pouvoir suprême d’enseigner et de gouverner l’Église universelle. Ce pouvoir de lier et de délier, qui a été donné au seul Pierre, est clairement attribué aussi au collège des apôtres, dans la mesure où il est conjoint à sa tête, par ces paroles du Seigneur : « En vérité je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans les cieux [19]. » C’est pourquoi, dès les débuts de l’Église, les décrets et les ordonnances des conciles œcuméniques, à bon droit, ont été reçus par les fidèles avec une vénération et un respect suprêmes comme des sentences de Dieu et des volontés (placita) du Saint-Esprit.

 

La question du pouvoir du pape a été traitée dans la constitution Pastor Æternus. Ici le schéma ajoutait quelques précisions sur le pouvoir du pape par rapport à celui des évêques :

 

Mais, comme le primat a été donné à Pierre afin qu’une seule Église du Christ et une seule chaire (cathedra) apparaissent, les autres prélats sont soumis au pontife romain, soit chacun séparément dans l’administration de son église, soit tous ensemble lorsqu’ils gèrent les affaires communes de l’Église. Il appartient en effet à la hiérarchie suprême d’instituer de nouvelles églises, de modifier les limites des églises déjà instituées ou de les supprimer complètement, de choisir pour chacune son propre pasteur ou de confirmer celui qui a été choisi, d’élargir ou de restreindre leur pouvoir même ordinaire, de juger les actes de chaque évêque comme ceux des synodes, et aussi de déposer les prélats eux-mêmes, s’il y a lieu. Et ceux-ci ne peuvent rien disposer ou décider au sujet de l’Église universelle s’ils n’ont été appelés par le pontife régnant à partager sa sollicitude ; et bien que, réunis par lui, ils établissent les décrets de la foi et les lois de la discipline en qualité de vrais juges, cependant il revient au pontife romain non seulement de convoquer et de dissoudre leurs conciles généraux, mais encore de les diriger et de les confirmer.

 

Canon 3 : Si quelqu’un nie que la hiérarchie est ainsi constituée dans l’Église par une ordination divine d’évêques, de prêtres et d’autres ministres, en sorte que les évêques sont supérieurs aux prêtres comme aux autres ministres par le pouvoir d’ordre et de juridiction, et que tous sont soumis au gouvernement de l’unique pasteur suprême, c’est à dire le pontife romain, qu’il soit anathème [20].

 

 

Ch. 5 : Les membres de l’Église

 

Ce chapitre correspond au chapitre 4 du premier schéma « l’Église est une société visible », mais le titre en est changé. En effet, puisqu’il est parti de la hiérarchie de l’Église, il est normal que le schéma, après avoir parlé des chefs de l’Église, traite ensuite de tout le corps, c’est-à-dire de ses membres.

Dans ce paragraphe, le schéma expose que l’Église n’est pas une société spirituelle de justes, mais une société externe de fidèles. Sont membres de l’Église tous ceux qui « sont liés entre eux par la communion de la même foi et des mêmes sacrements, et qui sont soumis à la même tête suprême, c’est-à-dire au pontife romain ». C’est à dessein que le schéma parle de la communion de la foi, et non pas de la profession de la foi. Car certains théologiens pensaient qu’un hérétique n’est plus membre de l’Église dès qu’il a perdu la foi, même s’il continue de la professer extérieurement.

Par ailleurs, le père Kleutgen précise que le schéma laisse ouverte la question de savoir si les schismatiques font partie ou non de l’Église. Il décrit seulement ceux qui sont sûrement membres (ceux qui sont soumis à la même tête suprême, c’est à dire au pontife romain) sans trancher la question de savoir si les autres le sont ou non.

Le pape Pie XII tranchera ces questions en enseignant dans l’encyclique Mystici Corporis (29 juin 1943) que « seuls sont réellement à compter comme membres de l’Église ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi, qui d’autre part ne se sont pas pour leur malheur séparés de l’ensemble du Corps, ou n’en ont pas été retranchés pour des fautes très graves par l’autorité légitime. » (EPS-Eccl 1022.) Cet enseignement sera repris et très légèrement affiné dans le schéma de Vatican II que nous verrons plus tard.

 

Par ce qui a été dit de la hiérarchie et du pouvoir ecclésiastique, on peut aussi connaître combien s’éloignent de la foi droite ceux qui prétendent que l’Église n’est pas une assemblée externe de fidèles, mais une société invisible de justes et de prédestinés. En effet un [pouvoir de] magistère a été divinement institué dans l’Église, par lequel est proposé aux peuples ce qui est à croire de cœur et à confesser de bouche ; de même un [pouvoir de] ministère par lequel, au moyen de rites sacrés, un culte est rendu à Dieu et les mystères divins sont dispensés au peuple ; enfin un [pouvoir de] gouvernement grâce auquel les fidèles sont maintenus dans une discipline salutaire ; par conséquent, il est nécessaire que l’Église soit un corps visible qui renferme à la vérité tous ceux qui sont liés entre eux par la communion de la même foi et des mêmes sacrements, et qui sont soumis à la même tête suprême, c’est-à-dire au pontife romain, même si certains d’entre eux ne sont ni justes ni prédestinés, mais pécheurs et réprouvés [21]. En effet il est manifeste par la doctrine de l’Évangile que non seulement les bons, mais aussi les mauvais, sont dans l’Église du Christ : ainsi est-il rapporté qu’elle est semblable à dix vierges, les unes sages et les autres folles ; ou encore à un filet jeté dans la mer et ramenant toutes sortes de poissons ; ou enfin à un champ dans lequel l’ivraie pousse au milieu du blé.

 

Le schéma enseigne ensuite que les justes forment entre eux une société liée par des liens internes (la communion des saints) :

 

Cependant il ne faut pas penser que ceux qui sont dans l’Église sont liés entre eux uniquement par des liens externes. En effet, conjoints au Christ Jésus et entre eux par les sacrements comme par des liens sacrés, ils sont associés par une communion de biens spirituels et un commerce de piété. De là vient aussi que les sacrifices et les supplications sont offerts à Dieu pour le salut de tous conjointement, et que ce qui est reçu saintement par chacun se rapporte d’une certaine manière à tous. Par ailleurs ce sont surtout les justes qui profitent de cette communication des dons et des biens divins, c’est-à-dire ceux qui sont très étroitement attachés entre eux et au Christ, la tête invisible de l’Église, par la grâce du Saint-Esprit et la charité qui est le lien de la perfection. Pour cette raison aussi, ils sont dits appartenir à l’Église (esse de Ecclesia) d’une manière plus parfaite, parce que non seulement ils inhèrent à son corps en qualité de membres, mais encore ils sont animés par son esprit.

 

Toutefois il faudrait se garder de penser que cette société soit l’Église :

 

Mais cependant, même si ceux-ci, au sujet desquels on peut lire : « Dieu connaît ceux qui sont les siens [22] », forment la meilleure partie du royaume de Jésus-Christ et sont distingués des mauvais par le jugement divin comme le froment de la paille sur une même aire et comme les membres vivants des membres morts dans un même corps, toutefois il ne faut pas penser que cette société spirituelle des chrétiens pieux soit nommée Église par l’Écriture lorsqu’elle ordonne aux fidèles d’écouter l’Église et aux pasteurs de la gouverner ; en effet il convient que les brebis soient connues des pasteurs qui les paissent, et les pasteurs des brebis qui les suivent. Ainsi tout le corps externe et visible des fidèles est cette Église à qui a été promise l’assistance du Saint-Esprit et une durée perpétuelle, et à qui beaucoup de bienfaits éminents ont été divinement donnés par lesquels elle est rendue déjà non seulement visible, mais éclatante et remarquable (illustris et conspicua) comme une cité située sur une montagne ou une lumière posée sur un chandelier par laquelle le soleil de la divine justice diffuse ses rayons salutaires par toute la terre.

 

Ainsi le schéma précise que l’Église dont parle l’Écriture est la société des fidèles, qu’ils soient justes ou non. Il termine en précisant que la visibilité de l’Église est éclatante.

L’enseignement de ce chapitre est résumé dans ce canon, qui reprend le canon 3 du premier schéma, en y ajoutant trois mots (soli Deo cognita, connue de Dieu seul) pour préciser encore la pensée des hérétiques, notamment de Calvin [23] :

 

Canon 4 : Si quelqu’un dit que l’Église, à qui ont été faites les promesses divines, n’est pas une société (cœtus) externe et visible de fidèles, mais une société spirituelle de prédestinés ou de justes connue de Dieu seul, qu’il soit anathème [24].

 

 

Ch. 6 : Il y a une seule vraie Église, en dehors de laquelle on ne peut espérer le salut

 

Ce chapitre résume les enseignements des chapitres 5, 6 et 7 du précédent schéma sur l’unité de l’Église, la nécessité d’en faire partie, et le dogme « hors de l’Église pas de salut » contre l’indifférentisme.

Le premier paragraphe affirme l’unité de l’Église, puis la prouve par la parole de saint Paul. Enfin il condamne deux erreurs à ce sujet (les sectes font parties de l’Église ; l’Église est composée de divers groupements) dont il a été question dans le chapitre 5 du premier schéma :

 

Ainsi donc, comme l’Église est constituée divinement par cette loi qui fait que les fidèles du Christ se groupent (coalescant) en elle par la communion de la même doctrine et des mêmes sacrements, comme des membres d’un corps sous une seule tête visible, la foi catholique a constamment tenu et professé qu’il y a une seule vraie Église. C’est ce qu’a enseigné l’Apôtre par ces paroles : « un seul corps et un seul Esprit (…), un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême [25]. » C’est pourquoi toute secte séparée de la communion de ce corps ne peut être partie ou membre de la vraie Église du Christ. En effet, de même que le Christ n’est pas divisé, ainsi son Église non plus ; c’est pourquoi il a voulu qu’elle soit préfigurée par « une tunique d’une seule pièce ». Et il ne faut pas penser qu’elle est dispersée et diffusée dans les multiples groupements qui s’honorent du nom du Christ, embrassant dans chacun ceux qui retiennent les principaux articles de la foi chrétienne ; mais elle est toute groupée en elle-même, ne reconnaissant pour siens que ceux qui se lient par une communion pleine et externe [26].

 

Ensuite le schéma parle de la nécessité d’appartenir à l’Église, sans reprendre la distinction entre nécessité de précepte et nécessité de moyen qui avait paru trop savante et pouvait engendrer des confusions si elle était mal comprise. Il enseigne la nécessité de moyen d’entrer dans l’Église :

 

En conséquence tous comprennent combien il est nécessaire, pour atteindre le salut, de s’incorporer (aggregari) à la vraie Église qui est unique. « Il y a en effet un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus homme, et il n’y a pas d’autre nom donné aux hommes sous le ciel, dans lequel nous puissions être sauvés [27]. » Mais la religion salutaire du Christ ne peut en aucune façon se trouver hors de l’Église. Comme il l’a aimée, se livrant pour elle, pour la sanctifier et se la présenter à lui-même glorieuse, n’ayant ni tache ni ride, il lui a confié à elle seule les fruits de la rédemption à dispenser, et par elle seule, son épouse choisie tout particulièrement, la seule qu’il choie, il engendre et nourrit les fils de Dieu ; en sorte que celui qui n’a pas l’Église pour mère ne peut avoir Dieu pour père [28].

 

A l’affirmation selon laquelle « par elle seule (l’Église), (le Christ) engendre et nourrit les fils de Dieu », on pourrait objecter que les hérétiques, par exemple les protestants, peuvent donner validement le baptême et donc engendrer des fils de Dieu.

A cela nous répondons que non seulement les protestants, mais même un infidèle ou un juif peut baptiser, mais à condition de « vouloir faire ce que fait l’Église ». Par conséquent il peut être considéré, dans l’acte du baptême, comme un ministre de l’Église : c’est elle qui baptise par lui.

Puis le schéma résume l’enseignement donné par le premier schéma (et ses annotations) sur l’indifférentisme, donné dans ses chapitres 6 et 7 (voir Le Sel de la terre 23, en particulier p. 49 sq.) :

 

Il faut donc fuir comme la peste l’opinion répandue partout par la fraude des impies, à savoir que celui qui aura réglé ses mœurs selon la norme du droit et de la justice peut obtenir le salut éternel par n’importe quelle confession de foi ; ou encore que les diverses sectes des hérétiques, séparées de l’Église catholique, et aussi cette Église, ne sont que les formes diverses de l’unique vraie religion ; ou encore qu’on ne peut constater de manière certaine (certo constare non posse) quelle est la vraie profession de la foi chrétienne ; et enfin que chacun doit persister dans la communion dans laquelle il est né et a été éduqué, même s’il connaît qu’elle est fausse ou s’en doute. Ceux qui suivent ces doctrines perverses ont coutume de reprocher à l’Église elle-même de proscrire et condamner toutes les sectes séparées de sa communion, ne comprenant pas ce qui est enseigné par l’Apôtre, « qu’il n’y a aucune participation de la justice avec l’iniquité, ni aucune association entre la lumière et les ténèbres, ni aucun accord du Christ avec Bélial [29] ».

 

Enfin est donnée la définition du dogme : « Hors de l’Église, pas de salut ». Cette définition est faite de manière plus solennelle, pour répondre au désir de plusieurs Pères conciliaires. Il s’agit en effet d’une question très grave, à propos de laquelle Grégoire XVI disait : « Nous gémissons de voir l’Église affligée en ce moment de cette cause de très nombreux maux [30]. » Cette erreur, note le père Kleutgen, plaît au monde, mais c’est une raison de plus pour la condamner, car elle menace les catholiques :

 

Nous par contre, appuyés sur la doctrine apostolique et la tradition manifeste des pères, adhérant aux décrets de nos prédécesseurs et des conciles, nous définissons que c’est un dogme de la foi catholique qu’en dehors de l’unique Église du Christ on ne peut espérer aucun salut. Et nous déclarons que le sens du dogme est le suivant : tous ceux qui meurent hors de l’Église, soit qu’ils l’ignorent par leur faute, soit que, l’ayant connue, ils n’y soient point entrés, soit enfin qu’y étant entrés ils n’y aient pas persévéré, n’échapperont pas à la perte éternelle. Mais ceux qui ignorent l’Église sans aucune faute de leur part, non seulement ne seront pas soumis à des peines par le juste Dieu à cause de cette ignorance, mais encore si, avec l’aide de Dieu, ils observent la loi écrite dans leur cœur et s’ils sont prêts à lui (Dieu) obéir en tout, la vertu de la grâce divine opérant, ils peuvent obtenir la justification et la vie éternelle par les mérites de Jésus-Christ. Et, si cela arrive, ceux-ci ne sont pas sauvés hors de l’Église, car ils lui appartiennent par l’esprit ; et ils peuvent ainsi lui appartenir par l’esprit, parce qu’ils sont empêchés d’être dans sa communion externe indépendamment (praeter) de leur volonté.

 

Il n’est pas nécessaire de prouver davantage le dogme « hors de l’Église, pas de salut », note le père Kleutgen, car il découle de ce qui est dit plus haut sur l’unité de l’Église et la nécessité de lui appartenir. Nous renvoyons aussi aux commentaires du premier schéma donné dans Le Sel de la terre 23, en particulier p. 46 sq.

Il est fait mention ici de l’ignorance coupable (« soit qu’ils l’ignorent par leur faute »), car certains Pères avaient fait remarquer qu’il ne faut pas taire le grave devoir de chercher la vérité chez ceux qui ont reçu quelque connaissance sur l’Église, ou qui ont commencé à douter de leur secte.

 

Canon 5 : Si quelqu’un dit que toutes les sectes, ou quelques-unes, qui sont séparées de l’Église romaine, composent avec elle l’Église universelle du Christ, qu’il soit anathème [31].

Canon 6 : Si quelqu’un nie qu’il soit nécessaire pour obtenir le salut éternel, après avoir quitté tout autre culte religieux, d’entrer dans la vraie Église du Christ, et d’y persévérer fidèlement, qu’il soit anathème [32].

Canon 7 : Si quelqu’un dit qu’au sujet de la vraie Église on ne peut établir quelque chose de certain pour l’homme, qu’il soit anathème [33].

Canon 8 : Si quelqu’un dit que l’Église n’agit pas en vertu d’un précepte divin mais d’une intolérance inique quand elle proscrit et condamne les sectes séparées de sa communion, qu’il soit anathème [34].

 

Ces quatre canons reprennent les enseignements des canons 4, 5 et 6 du précédent schéma. L’ancien canon 6 a été divisé en deux, de façon à condamner le scepticisme en lui-même (nouveau canon 7) et pas seulement parce qu’il est un prétexte à la tolérance.

Avec ce chapitre et ce canon, on mesure bien combien la doctrine de Vatican II sur l’œcuménisme est à l’opposé de la doctrine traditionnelle contenue dans ce schéma.

 

 

Ch. 7 : Le magistère ecclésiastique

 

Ce chapitre comprend trois parties. Dans une première partie, le schéma prouve l’infaillibilité de l’Église par les témoignages de l’Écriture, puis il définit ce qu’est cette infaillibilité :

 

De même que le Fils de Dieu en personne est venu en ce monde pour rendre témoignage à la vérité, ainsi il a voulu et il a fait que, dans son Église, le témoignage, la connaissance et la confession de la vérité ne défaillent jamais. C’est pourquoi, au moment de transmettre aux apôtres et à leurs successeurs ce magistère perpétuel sur toutes les nations, il dit : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde [35] » ; et, lorsqu’il fut assis à la droite du Père dans les hauteurs, il envoya depuis les cieux le Saint-Esprit qui avait été promis, « l’Esprit de vérité, pour qu’il demeure toujours avec eux, leur suggérant tout » ce qu’il avait dit, et leur « enseignant toute la vérité [36] ». C’est pourquoi l’Apôtre atteste que des pasteurs et des docteurs ont été donnés, « afin que nous ne soyons plus des enfants ballottés et que nous ne soyons plus emportés à tout vent de doctrine par la malice des hommes, par les artifices séduisants de l’erreur [37]. »

Dès lors nous définissons que ce don très élevé, par lequel « l’Église du Dieu vivant est la colonne et le fondement de la vérité [38] », lui est donné en sorte que ni l’ensemble des fidèles en croyant, ni ceux qui sont dotés du pouvoir d’enseigner l’Église entière, lorsqu’ils exercent cette charge, ne peuvent tomber dans l’erreur. Par conséquent, tout ce qui est tenu ou enseigné (traduntur) comme étant indubitable (indubitata) en matière de foi ou de mœurs en tout lieu de la terre soumis aux évêques attachés au siège apostolique, et ce qui, soit par les mêmes évêques, après confirmation du pontife romain, soit par le pontife romain lui-même parlant ex cathedra, est défini comme devant être tenu ou enseigné par tous, doit être reçu comme infailliblement vrai [39].

 

Le schéma fait ici les distinctions classiques :

• dans le sujet de l’infaillibilité, entre l’Église enseignée (« l’ensemble des fidèles ») infaillible dans sa foi (in credendo) et l’Église enseignante (« ceux qui sont dotés du pouvoir d’enseigner ») infaillible dans son enseignement (in docendo),

• dans le mode d’enseignement, entre :

— le magistère ordinaire universel : « tout ce qui est tenu ou enseigné (traduntur) comme étant indubitable (indubitata) en matière de foi ou de mœurs en tout lieu de la terre soumis aux évêques attachés au siège apostolique »,

— et les jugements solennels (des conciles ou du pape parlant ex cathedra) : « ce qui, soit par les mêmes évêques, après confirmation du pontife romain, soit par le pontife romain lui-même parlant ex cathedra, est défini comme devant être tenu ou enseigné par tous ».

Cette définition du magistère ordinaire universel est intéressante. Certains disent que le magistère ordinaire de l’Église, pour être universel, doit être universel non seulement dans l’espace (représenter l’ensemble des évêques) mais aussi dans le temps (représenter l’ensemble des siècles de l’Église) [40]. Ici le schéma ne mentionne que l’universalité dans l’espace.

 

Dans une deuxième partie, ce chapitre traite du devoir pour les fidèles d’écouter l’Église. Il convient spécialement à notre époque de rappeler ce devoir d’obéissance, et plus particulièrement de l’obéissance de l’intelligence. Ce paragraphe est aussi l’occasion de donner d’autres témoignages de l’Écriture en faveur de l’infaillibilité de l’Église :

 

Dès lors Dieu, qui a fait l’Église maîtresse très sûre de vérité, lui a donné aussi un pouvoir (imperium) sur les esprits, commandant que tous lui accordent foi comme à lui-même. Il dit en effet aux disciples qu’il envoya comme premiers messagers de son règne à travers la Judée : « Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise, me méprise [41]. » En commandant aux apôtres d’enseigner toutes les nations, il ajouta : « Celui qui ne croira pas sera condamné [42]. » C’est pourquoi le grand docteur des gentils se glorifie dans le Seigneur en disant : « Nos armes de guerre ne sont point charnelles, mais puissantes en Dieu, pour renverser les forteresses, pour détruire les raisonnements, et toute hauteur qui s’élève contre la science de Dieu, et pour réduire toute intelligence en servitude, sous l’obéissance du Christ [43]. » Et l’Église, sachant ce qui lui a été donné par Dieu, a séparé en tout temps du corps de son unité celui qui ne l’écoute pas quand elle propose le vrai ou quand elle condamne le faux, en sorte qu’il soit pour tous comme un païen ou un publicain.

 

Dans une troisième partie, on précise l’étendue et l’objet de l’infaillibilité. Pour cela on commence par rappeler la fin (le but) de l’infaillibilité, ce qui permet de bien distinguer l’infaillibilité de l’inspiration [44]. D’après sa fin même, on comprend que l’infaillibilité de l’Église s’étende au-delà de ce qui est formellement révélé. Ainsi l’objet du magistère est double : l’objet premier est la parole de Dieu écrite ou transmise (c’est-à-dire ce qui est formellement révélé), l’objet second est tout ce qui est nécessaire pour assurer la garde du dépôt (par exemple l’Église peut juger les conclusions de la philosophie ou d’autres disciplines humaines [45]) :

 

Cependant ce don très élevé de l’infaillibilité, qui est donné à l’Église par l’assistance du Saint-Esprit, et qui doit être distingué du charisme de l’inspiration, vise tout entier à ce que l’Église, selon l’avertissement de l’Apôtre, « garde le bon dépôt [46] », c’est-à-dire la doctrine de la foi et des mœurs divinement transmise, qu’il les protège de toute « nouveauté profane [47] » et de la corruption, que selon l’opportunité il les déclare de façon plus précise et plus riche (accuratius uberiusque), et qu’enfin il les défende contre les oppositions sous le faux nom de science. Par conséquent, bien que le magistère ecclésiastique s’occupe proprement et surtout de la parole même de Dieu écrite ou transmise, cependant il est nécessaire qu’il s’étende à tous les domaines où une sentence doit être portée pour que cette garde du divin dépôt puisse s’exercer. Et, aussi loin que s’étend le suprême devoir d’enseigner de l’Église, aussi loin s’étend le don divin qui ne laisse pas se tromper celui qui enseigne. C’est pourquoi il faut condamner l’opinion de ceux qui affirment qu’on ne doit pas l’assentiment de l’esprit à plusieurs définitions de l’Église, parce qu’elles statuent sur des choses qui par elles-mêmes ne sont pas contenues dans le dépôt de la Révélation, ou parce qu’elles disent avec autorité que la sentence doit être tenue, sans toutefois déclarer que c’est un dogme divinement révélé [48].

 

Ainsi même les définitions de l’Église concernant l’objet secondaire du magistère doivent être tenues avec un assentiment intérieur de l’esprit. Il ne s’agit pas de la foi divine, puisque leur objet n’est pas formellement révélé. C’est une obéissance de l’esprit au magistère infaillible de l’Église qu’on peut appeler « foi » dans un sens large.

On peut résumer cet enseignement de l’Église sur le double objet et le double mode d’enseigner infailliblement par le tableau suivant (en caractère droit on a marqué le degré d’assentiment réclamé, en italique la qualification de l’erreur opposée) :

 

 

Jugement solennel

Magistère ordinaire universel

Objet primaire

 

de foi divine définie

Hérétique formaliter et solemniter

de foi divine et catholique

Hérétique formaliter

Objet secondaire

 

de foi définie

Erreur dans la foi définie [49]

de foi catholique

Erreur dans la foi catholique [50]

 

L’enseignement de ce chapitre était complété par les canons suivants :

 

Canon 9 : Si quelqu’un dit que l’Église du Christ, soit en croyant, soit en enseignant, peut se séparer (deficere) de la vraie foi, ou en tout cas qu’elle n’est exempte d’erreur en aucun autre point que dans ce qui est contenu par soi dans la parole de Dieu, qu’il soit anathème [51].

Canon 10 : Si quelqu’un dit qu’il est licite d’enseigner ou de penser, au sujet d’une opinion proscrite par l’Église, contre ce qui a été décidé par l’Église, qu’il soit anathème. – Ou encore, si quelqu’un dit que l’Église peut se tromper quand elle condamne des opinions défectueuses par une censure inférieure à l’hérésie ou par aucune note définie, qu’il soit anathème [52].

 

 

Ch. 8 : La juridiction ecclésiastique

 

Dans ce chapitre, le schéma enseigne trois choses principales :

• Le pouvoir dans l’Église n’est pas un pouvoir ministériel (transmis par le peuple à ses représentants), mais un vrai pouvoir de juridiction (de commander) donné par Dieu.

• Ce pouvoir est suprême (n’a pas de supérieur) et universel.

• Ce pouvoir est plénier.

 

Notre-Seigneur Jésus-Christ, maître et exemple d’humilité, pour ramener les siens du désir de dominer à la modestie, a commandé que celui qui est à la tête des autres se fasse comme leur serviteur (ministrator). C’est pourquoi les apôtres ont pris l’habitude de nommer ministère la charge qu’ils ont assumée eux-mêmes ainsi que leurs successeurs ; par cela ils signifiaient que toute l’autorité qui leur était confiée l’était pour le bien des fidèles. Cependant ils se trompent complètement et ils corrompent l’Écriture pour leur propre perte, ceux qui en infèrent que les supérieurs de l’Église n’ont aucun pouvoir au sens vrai, ou bien que celui-ci dérive du peuple vers eux comme vers des ministres [53]. Qu’il y ait un vrai pouvoir de juridiction, auquel répond chez les fidèles un devoir d’obéir, d’une part le nom même de pasteur le signifie, d’autre part les paroles du Christ le déclarent manifestement, par lesquelles est attesté que tout ce que les chefs (antistites) de l’Église auront lié ou délié sur la terre sera lié ou délié dans le ciel. Voilà pourquoi les apôtres se sont souvent attribué ce pouvoir, ils l’ont exercé de multiples façons et ils ont inculqué aux fidèles d’obéir à leurs prélats. Il est non seulement tenu par la Tradition constante des Pères, mais aussi ouvertement affirmé par les divines Écritures elles-mêmes, que la hiérarchie ecclésiastique a été constituée non par la communauté des fidèles ou les princes de ce siècle, mais par Dieu lui-même, Créateur et Seigneur de toutes choses, et qu’est conféré non seulement un pouvoir de sanctifier et d’enseigner, mais encore  ce pouvoir de gouverner. En effet le Rédempteur divin, en déclarant aux disciples choisis le nom par lequel il les a appelés, leur dit : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie [54]. » C’est pourquoi les apôtres disent aussi « exercer les fonctions d’ambassadeurs pour le Christ [55] », et déclarent que les prélats qu’ils ont ordonnés « ont été établis évêques par l’Esprit-Saint pour gouverner l’Église de Dieu [56] ». Et même l’Apôtre des gentils affirme en paroles claires que le pouvoir qu’il utilisait en commandant et en châtiant au sein des fidèles lui avait été « donné par le Seigneur [57] ».

Et nous définissons que, tout comme le pouvoir d’ordre, ce pouvoir de juridiction est aussi suprême, en fait redevable à celui-là seul qui a dit en le donnant : « tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre [58] » ; et qu’il n’est pas circonscrit par d’autres limites sinon celles posées par la nature et la fin de l’ordre même du salut (ipsius salutaris ordinis ratio et finis) ; et qu’enfin y sont soumis tous ceux qui sont entrés dans l’Église par la porte du baptême [59].

Enfin, contre la doctrine perverse de certains novateurs, nous déterminons et nous déclarons que, par une ordination divine, le gouvernement ecclésiastique n’est pas seulement au for interne et sacramentel, mais aussi au for externe et public, et qu’il a été donné par Dieu un plein pouvoir, non seulement de diriger par des conseils, mais aussi d’ordonner par des lois, et d’exercer une coercition et une contrainte sur les égarés et les obstinés par un jugement externe et des peines salutaires [60]. On constate que les apôtres eux-mêmes et les prélats qui leur ont succédé ont usé de ce pouvoir en tout temps, soit en définissant ce qui regarde la foi et les mœurs, le culte divin et la sanctification des fidèles, soit en constituant et prescrivant la discipline extérieure.

 

Canon 11 : Si quelqu’un dit qu’il appartient aux évêques d’avoir seulement un ministère et une charge, mais pas un vrai pouvoir de gouvernement, propre à eux, de par l’ordination du Christ, et libre du bon plaisir des sujets et de la domination du pouvoir civil, qu’il soit anathème [61].

Canon 12 : Si quelqu’un dit que ce pouvoir est seulement directif, mais pas législatif, judiciaire et coercitif, qu’il soit anathème [62].

 

 

Ch. 9 : L’Église est un vrai royaume,

divin, immuable et éternel

 

Après avoir suffisamment déclaré la constitution de l’Église et ses principaux droits, il reste au schéma à conclure :

• en expliquant que l’Église est un vrai royaume et une société parfaite,

• en exposant l’immutabilité de l’Église

• et sa perpétuité

 

Après avoir bien considéré toutes ces choses, on ne peut douter que l’Église ne soit le vrai royaume de Jésus-Christ sur la terre [63]. Elle est en effet la multitude liée ensemble par des liens étroits et sacrés, qui est gouvernée par le Seigneur Sauveur lui-même à travers son vicaire sur la terre et les autres pasteurs, et est dirigée vers une fin précise, à savoir la promotion de la gloire divine et du salut des hommes.

C’est pourquoi l’Église est dite aussi à bon droit une société parfaite, c’est-à-dire une société qui, tendant vers une fin propre par des voies et des moyens (rationibus) propres, est distincte de toute autre société humaine, et est en soi absolue et complète de telle sorte que, se suffisant pour obtenir sa fin, elle n’est ni soumise, ni jointe comme partie, ni mêlée et mélangée à aucune autre société dans tout ce qui concerne cette fin [64].

Et plus ce royaume est divin, moins le Fils de Dieu ne l’a laissé sans forme, comme devant être ordonné par la prudence humaine ; mais il l’a constitué par lui-même et lui a donné des droits. En effet il a fait cela en transmettant une norme de croyance et de vie, en instituant un sacrifice et des sacrements, en disposant une charge pastorale et un pouvoir hiérarchique pour lequel, s’il lui a laissé beaucoup de choses à régler selon la variété des choses humaines, il en a sanctionné lui-même d’autres par une loi immuable.

En effet, bien que l’Église accommode les règles de sa discipline aux conditions de temps et de lieux, et se serve de moyens divers pour atteindre ses fins, elle demeure cependant inchangée et la même en elle-même et dans sa constitution reçue du Christ ; et, bien que nous devions tous souhaiter et nous efforcer qu’elle progresse chaque jour relativement à l’achèvement des saints, pour l’édification du corps du Christ, il ne faut cependant attendre aucune autre économie du salut plus pleine et plus parfaite, mais il faut tenir avec une foi ferme que cette même Église, telle qu’elle a été fondée par le Christ au moyen des apôtres, et telle que nous l’avons décrite ici selon la divine Tradition, durera jusqu’à la fin des siècles [65]. En effet les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur cette Église qu’il a fondée sur Pierre ; et le Fils de Dieu a promis d’être avec celle qu’il a propagée par les apôtres jusqu’à la consommation du monde, afin qu’il règne lui-même sur la terre par elle, et que s’accomplisse l’Écriture : « Et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, et il régnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura pas de fin [66]. »

 

Canon 13 : Si quelqu’un dit que l’Église n’est pas comme une société parfaite sui juris, mais qu’elle est soumise au pouvoir civil, qu’il soit anathème [67].

Canon 14 : Si quelqu’un dit que l’Église n’a pas été constituée par le Christ lui-même dans une loi déterminée et une forme immuable ; ou qu’elle peut être dépravée au point de cesser un jour d’exister, ou en tout cas de dégénérer de sa première constitution, qu’il soit anathème [68].

Canon 15 : Si quelqu’un dit que cette Église du Christ n’est pas l’ultime économie du salut, mais qu’il faut en attendre une autre par une effusion plus pleine du Saint-Esprit, qu’il soit anathème [69].

 

Ce dernier canon est la condamnation de la prétention du dernier concile à avoir été une nouvelle Pentecôte, grâce à laquelle l’Église a été amenée à redéfinir son essence d’une façon plus large [70].

 

 

Ch. 10 : Il n’y a pas d’autre vraie Église

du Christ que l’Église romaine

 

On peut considérer ce chapitre comme une sorte d’appendice. Il est particulièrement utile aujourd’hui où le concile Vatican II a faussement distingué entre l’Église du Christ et l’Église catholique.

 

Ainsi ce royaume que le Dieu du ciel a suscité sur la terre pour le salut du genre humain, l’Église du Christ unique et choisie, que la foi chrétienne a professée en tout temps, nous tenons avec la fermeté de la même foi que c’est celle-là même qui est appelée romaine, du nom de son siège principal auquel elle est tout entière agrégée et soumise. En effet aucune autre, sinon elle seule, ne brille de ces privilèges par lesquels Dieu a voulu distinguer la vraie Église des fausses [71]. Elle seule, édifiée sur la pierre que Dieu a choisie, principe et fondement de l’unité sacerdotale, tient la multitude des croyants liée et unie par la communion de la même foi et des mêmes choses sacrées. Elle est la seule dispensatrice nourrissante des mystères de Dieu ; elle seule enseigne la loi immaculée de Dieu qui convertit les âmes, en sorte que, demeurant toujours vierge et toujours mère féconde, elle engendre chaque jour à son céleste époux une nouvelle descendance parmi les nations qui ne connaissent pas Dieu, et elle se réjouit de ses enfants, dont la sainteté éminente est prouvée par des signes et des prodiges divins. Enfin elle est la seule que nous voyons, fondée par le Christ et propagée par les apôtres par une suite incontestable de successions jusqu’à cette époque, s’être répandue par toute la terre, en sorte que par elle, du lever du soleil jusqu’à son coucher, le nom du seul vrai Dieu est magnifié parmi les nations, et qu’en tous lieux une oblation pure est sacrifiée et offerte à son nom.

Ainsi donc, nous prions avec une ferme espérance, appuyés sur la divine promesse, pour que le Dieu très-haut ne cesse pas de protéger, de garder, de régir et de gouverner cette Église une, sainte, catholique et apostolique, bien que, actuellement, contre elle, les nations frémissent beaucoup et que les princes conspirent.

 

Canon 16 : Si quelqu’un nie que la seule Église romaine est la vraie Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique, qu’il soit anathème [72].

 

*

 

Afin que les fidèles puissent plus sûrement tenir la doctrine sur l’Église qui vient d’être exposée et que nous avons reçue des apôtres, et fuir les erreurs opposées, il nous a paru bon, avec l’approbation du saint concile, d’y adjoindre les canons suivants, qui devront être gardés inviolablement [73].

 


[1] — 1811-1883. Professeur d’éloquence sacrée à Rome où il s’acquit une immense réputation pour sa doctrine. Il fut salué en Allemagne comme le restaurateur de la théologie scolastique. Il exerça aussi une influence profonde en France et en Italie. Il participa au concile Vatican I : ce fut lui qui, avec Franzelin, rédigea la définition de l’infaillibilité pontificale. C’est aussi lui qui fut l’auteur du schéma sur la foi qui donna la constitution Dei Filius (DTC, « Vatican », col. 2556).

[2] — Mansi, Sacrorum Conciliorum… amplissima collectio, t. 53, col. 308-317 (suivi d’annotations : ibid., col. 317-332). On peut se procurer le texte latin complet du schéma contre la somme de 15 F. (en timbres par exemple) en s’adressant à la revue.

[3] — Dans la constitution Pastor Æternus promulguée le 18 juillet 1870. Voir Le Sel de la terre 24, p. 33-45.

[4] — Sans doute pas avant le mois de mars, car il fut occupé en janvier et février à rédiger le schéma sur la foi (DTC, « Vatican », col. 2556).

[5] — Coetus hominum viatorum eiusdem fidei christianae professione et eorumdem sacramentorum communione collegatus, sub regimine legitimorum pastorum ac praecipue unius Christi in terris vicarii, romani pontificis. L. III de Eccl., c. 2.

[6] — Nous désignerons par ce sigle les citations du rapport Kleutgen qui se trouve en Mansi, Sacrorum Conciliorum… amplissima collectio, t. 53, col. 317-332.

[7] — Ubi autem venit plenitudo temporis, in qua affulgente luce umbræ transituræ erant, Unigenitus Dei Filius homo Christus Jesus, semetipsum tradens redemptionem pro multis, cælestis in terra civitatis fundamenta posuit, per quam, perfectis iam et completis, quæ æterno pietatis consilio statuta erant, universi populi Spiritus Sancti gratia regenerati salutare Dei abundantius consequentur. Nous sommes loin de la rédemption universelle prônée par l’Église conciliaire.

[8] — Is 2, 2 ; Mi 4, 1-3.

[9] — Ml 1, 11 ; Jr 31, 33.

[10] — Ap 5, 9-10.

[11] — Jn 11, 52.

[12] — 1 Co 12, 12-13.

[13]Si quis dixerit, a Christo institutam quidem esse religionem, non vero ecclesiam seu societatem, in qua fideles christianam religionem communiter profiterentur, sed hanc a singulis seorsum rite coli et servari posse ; anathema sit.

[14] — Mt 28, 19-20.

[15] — Ep 4, 11-13.

[16]Hoc igitur tanquam fidei catholicæ dogma tenendum est, divina ordinatione nonnullos in ecclesia potestate sanctificandi, docendi et regendi donatos esse, qua cæteri careant ; neque recte ecclesiam dici cœtum æqualium.

[17]Si quis dixerit, omnes, qui sunt de ecclesia, inter se pares, nullosque potestate divinitus præditos esse, qua cæteri careant ; anathema sit.

[18] — Saint Cyprien.

[19] — Mt 18, 18.

[20]Si quis negaverit, in ecclesia divina ordinatione hierarchiam ex episcopis, presbyteris aliisque ministris ita constitutam esse, ut episcopi tam presbyteris quam reliquis ministris potestate ordinis et iurisdictionis superiores sint, omnes autem unius summi pastoris, hoc est romani pontificis regimini subiaceant ; anathema sit.

[21]Ipsum ecclesiæ corpus visibile sit necesse est ; quippe quod eos omnes complectatur, qui eiusdem fidei eorumdemque sacrorum commmunione inter se coniuncti atque eidem summo capiti, id est romano pontifici, subjecti sunt ; etiamsi aliqui eorum nec iusti nec prædestinati, sed peccatores et reprobi fuerint.

[22] — 2 Tm 2, 19.

[23] — « Il est nécessaire de croire que l’Église est invisible pour nous, visible aux seuls yeux de Dieu » Inst., l. 4, c. 4

[24]Si quis dixerit ecclesiam, cui factæ sunt promissiones divinæ, non esse cœtum fidelium externum et visibilem, sed spiritualem societatem prædestinatorum vel iustorum soli Deo cognitam ; anathema sit.

[25] — Ep 4, 4-5.

[26]Cum igitur hac lege ecclesia sit divinitus constituta, ut in ea Christi fideles eiusdem doctrinæ eorumdemque sacramentorum communione tanquam corporis membra sub uno capite visibili coalescant ; unam esse veram ecclesiam, fides catholica constanter tenuit et professa est. Quod quidem tradit Apostolus his verbis : “Unum corpus et unus spiritus (...) unus Dominus, una fides, unum baptisma”. Idcirco quæcumque secta ab huius corporis communione seiuncta est, veræ ecclesiæ Christi pars aut membrum esse non potest. Ut enim Christus divisus non est, ita neque ecclesia eius, quam ideo “inconsutili tunica” præfigurari voluit. At neque per multiplices cœtus, qui Christi nomine gloriantur, dispersa et diffusa putanda est, e singulis nimirum eos, qui præcipuos doctrinæ christianæ articulos retineant, complectens ; sed tota in se collecta est, non alios agnoscens ut suos, nisi qui externa quoque et plena communione ipsi cohærent.

[27] — 1 Tm 2, 5 ; Ac 4, 12.

[28] — Cyprien saint, de Unit. eccl.

Hinc enimvero omnes intelligant, quam sit ad salutem consequendam necessarium, veræ ecclesiæ, quæ una est, aggregari. Unus enim mediator Dei et hominum homo Christus Jesus, nec aliud nomen est sub cælo datum hominibus, in quo oporteat nos salvos fieri. Christi autem salutaris religio extra ecclesiam haudquaquam reperitur. Hanc scilicet cum dilexisset, tradens seipsum pro ea, ut illam sanctificaret et exhiberet sibi gloriosam, non habentem maculam aut rugam : eidem soli redemptionis fructus dispensandos credidit, per eam solam, unice electam sponsam, præter quam aliam non fovet, Dei filios gignit et nutrit ; ut habere iam non possit Deum patrem, qui ecclesiam non habet matrem.

[29] — 2 Co 6, 14-15.

Tanquam error igitur pestiferus fugienda est opinio, quæ longe lateque impiorum fraude vagatur : dummodo quis mores suos ad recti iustique normam composuerit, qualibet fidei confessione æternam posse salutem comparari ; aut varias hæreticorum sectas, ab ecclesia catholica disiunctas, necnon hanc ipsam diversas tantum esse unius veræ religionis formas ; vel certo constare non posse, quænam ex omnibus genuina sit christianæ fidei professio ; denique cuilibet in ea communione, in qua natus et educatus sit, persistendum esse, etsi eam falsam esse noverit aut dubitet. Quas perversas sententias qui sequuntur, ecclesiam ipsam reprehendere consueverunt, propterea quod omnes a sua communione separatas sectas proscribat et damnet ; haud intelligentes quod docet Apostolus, nullam esse participationem iustitiæ cum iniquitate, aut societatem lucis ad tenebras, nec conventionem Christi ad Belial.

[30]Mirari Vos contre Lamennais, 15 août 1832.

[31]Si quis dixerit, sectas omnes vel aliquot, quæ a romana ecclesia dissident, una cum hac Christi ecclesiam universalem componere ; anathema sit.

[32]Si quis negaverit, ad salutem æternam consequendam necessarium esse, relicto quovis alio religionis cultu, veram Christi ecclesiam ingredi, in eaque fideliter perseverare ; anathema sit.

[33]Si quis dixerit, de vera ecclesia homini certo constare non posse ; anathema sit.

[34]Si quis dixerit, ecclesiam non agere ex præcepto divino, sed ex iniqua intolerantia, cum sectas a sua communione disiunctas proscribat et damnet ; anathema sit.

[35] — Mt 28, 20.

[36] — Voir Jn 14, 16-17 et 26 ; 16, 13.

[37] — Ep 4, 14.

[38] — 1 Tm 3, 15.

[39]Iam vero præcelsum hoc donum, quo ecclesia Dei vivi columna et firmamentum veritatis est, in eo positum esse definimus, ut neque fideles universi  credendo, nec ii, qui potestate docendi totam ecclesiam præditi sunt, cum hoc munere funguntur, in errorem labi possint. Quæcumque igitur in rebus fidei et morum ubique locorum sub episcopis apostolicæ sedi adhærentibus tanquam indubitata tenentur vel traduntur, necnon quæ sive ab iisdem episcopis, accedente romani pontificis confirmatione, sive ab ipso romano pontifice ex cathedra loquente ab omnibus tenenda et tradenda definiuntur, ea pro infallibiliter veris habenda sunt.

[40] — René-Marie père, « L’Infaillibilité du magistère ordinaire de l’Église », Una Voce Helvetica (Chalet des neiges, CH 1634 La Roche), janvier 1981.

[41] — Lc 10, 16.

[42] — Mc 16, 16.

[43] — 2 Co 10, 4-5. Cette phrase est rappelée en deuxième page de couverture de tous les numéros du Sel de la terre.

[44] — Voir le commentaire du premier schéma, Le Sel de la terre 23, p. 53.

[45] — Dz 1817.

[46] — 2 Tm 1, 13.

[47] — Voir 1 Tm 6, 20.

[48]Porro eximia infallibilitatis dos, quæ ecclesiæ divini Spiritus assistentia tribuitur, et ab inspirationis charismate distinguenda est, tota eo spectat, ut ecclesia secundum apostoli monitum bonum depositum custodiat, fidei scilicet et morum doctrinam divinitus traditam, a profana omni novitate et corruptela tueatur, pro opportunitate accuratius uberiusque declaret, necnon adversus oppositiones falsi nominis scientiæ defendat. Licet  igitur ecclesiasticum magisterium proprie et maxime in ipso verbo Dei scripto et tradito versetur ; nihilominus ad ea quoque omnia porrigatur necesse est, de quibus nisi sententia feratur, illa divini depositi custodia exerceri non potest. Quam late autem patet ecclesiæ munus docendi supremum, tam late extenditur divinum donum, quod docentem fallere non sinit. Quamobrem damnanda est eorum opinio, qui nonnullis ecclesiæ definitionibus mentis assensum non deberi affirmant, propterea quod de rebus statuant, quæ per se ipsa in revelationis deposito non continentur, aut sententiam tenendam quidem pro auctoritate edicant, non tamen divinitus revelatum dogma esse declarent.

[49] — Dans un sens large on pourra parler d’hérésie. Mais au sens technique et précis, l’hérésie signifie le refus de la foi divine, c’est-à-dire du contenu de la Révélation. Par exemple quelqu’un qui refuserait de croire que l’âme est la forme du corps per se et essentialiter, contrairement à l’enseignement du concile de Vienne (DS 902), est hérétique au sens large ; au sens précis il fait une erreur dans la foi définie (qui peut être un péché très grave contre la foi).

[50] — Les erreurs de Vatican II sur la liberté religieuse sont à proprement parler des « erreurs dans la foi catholique ».

[51]Si quis dixerit, Christi ecclesiam sive credendo sive docendo a vera fide deficere posse, aut certe in aliis nullis, quam in iis, quæ per se ipsa in verbo Dei continentur, ab errore immunem esse ; anathema sit.

[52]Si quis dixerit, licitum esse de opinione ulla ab ecclesia proscripta docere vel sentire, contra quam ab ecclesia statutum sit ; anathema sit.— Vel : Si quis dixerit, ecclesiam falli posse, cum pravas opiniones censura hæresis minore aut nulla definita nota proscribit ; anathema sit.

[53] — « Parmi les idées du Concile Vatican II, où l’on peut voir un accueil des requêtes de Luther, se trouvent par exemple : (…) La compréhension des ministères ecclésiastiques comme services. » (Déclaration de la Commission mixte catholique-luthérienne à l’occasion du 500e anniversaire de la naissance de Luther, DC 3 juillet 1983, p. 694 sq.)

[54] — Jn 20, 21.

[55] — 2 Co 5, 20 ; Ep 6, 20.

[56] — Ac 20, 28.

[57] — 2 Co 13, 10.

[58] — Mt 28, 18.

[59]Neque solum ordinis, sed quoque iurisdictionis potestatem definimus supremam esse, illi nimirum soli obnoxiam, qui eam tribuens : Data est mihi, ait, omnis potestas in cælo et in terra ; neque aliis eam limitibus circumscribi, nisi quos divina lex, atque ipsius salutaris ordinis ratio et finis ponunt ; ei denique omnes, qui per baptismi ianuam ecclesiam ingressi sunt, subiacere.

[60] — Benoît XIV Ad Assiduas, an. 1754 ; voir bulle Auctorem fidei, prop. 5 (DS 2605).

Postremo adversus quorundam novatorum perversam doctrinam statuimus et declaramus, ecclesiasticum regimen divina ordinatione non esse fori tantum interni et sacramentalis, sed externi quoque et publici, plenamque ecclesiæ a Deo collatam esse potestatem, non solum dirigendi per consilia et suasiones sed etiam iubendi per leges, ac devios contumacesque exteriori iudicio ac salutaribus pœnis coercendi atque cogendi.

[61]Si quis dixerit, episcopis competere solummodo ministerium et officium, non autem veram regiminis potestatem, Christi ordinatione ipsis propriam, et a subditorum beneplacito, atque civilis magistratus dominatione liberam ; anathema sit.

[62]Si quis dixerit, hanc potestatem esse tantum directivam, non vero legislativam, iudiciariam et coercitivam ; anathema sit.

[63]Quibus omnibus perpensis dubitari non potest, quin ecclesia verum sit Jesu Christi regnum in terris.

[64]Qua de causa ecclesia etiam iure merito societas perfecta dicta est : quippe quæ ad finem proprium propriis viis et rationibus tendens, a quovis alio hominum cœtu distincta, atque ita in se absoluta et completa est, ut sibi ad finem consequendum sufficiens, in iis quæ eo pertinent, nulli alii societati sive subiecta sive tanquam pars innexa sive permixta et confusa sit.

[65]Licet igitur ecclesia et disciplinæ suæ rationes temporum et locorum conditioni accommodet, et aliis subsidiis ad fines suos consequendos utatur ; eadem tamen in se suaque a Christo accepta constitutione immutata perseverat : et licet optandum omnibus nobis et contendendum sit, ut in dies crescat ad consummationem sanctorum in ædificationem corporis Christi ; nulla tamen alia plenior et perfectior salutis œconomia exspectanda, sed firma fide tenendum est, hanc ipsam ecclesiam, qualis a Christo Jesu per apostolos fundata, et hic a nobis secundum divinam traditionem descripta est, usque in finem sæculorum duraturam esse.

[66] — Lc 1, 32-33.

[67] Si quis dixerit, ecclesiam non esse tanquam perfectam societatem sui iuris, sed civili potestati subiectam ; anathema sit.

[68]Si quis dixerit, ecclesiam nulla certa lege et immutabili forma ab ipso Christo Domino constitutam esse ; aut eam depravari posse, ita ut aliquando esse desinat, vel certe a prima sua constitutione degeneret  ; anathema sit.

[69]Si quis dixerit, hanc Christi ecclesiam non esse ultimam salutis œconomiam, sed aliam per pleniorem divini Spiritus effusionem exspectandam esse ; anathema sit.

[70] — Voir Le Sel de la terre 16, p. 188.

[71]Hoc igitur regnum, quod ad gentis humanæ salutem Deus cæli suscitavit in terris, Christi ecclesiam unicam et electam, quam omni tempore fides christiana professa est, eiusdem fidei firmitate tenemus, eam ipsam esse, quæ a principali sede, cui tota aggregata et subiecta est, romana nuncupatur. Neque enim alia ulla, sed sola hæc iis refulget insignibus, quibus veram ecclesiam a spuriis Deus dignosci voluit.

[72]Si quis negaverit solam ecclesiam romanam veram esse Christi ecclesiam, unam, sanctam, catholicam et apostolicam ; anathema sit.

[73] — Ces canons ont été placés, dans cette traduction, à la fin de chaque chapitre, pour en rendre la lecture plus facile.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 26

p. 32-54

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