Éditorial
Pape de la révolution
CETTE année est le dixième anniversaire de la parution du livre de l’abbé Daniel Le Roux : Pierre m’aimes-tu ? qui portait comme sous-titre : Jean-Paul II, pape de Tradition ou pape de la révolution ? [1]. Les textes mêmes du pape ont largement répondu à cette question : Jean-Paul II est bien un pape de la révolution.
Une confirmation récente parmi d’autres : l’homélie que le pape a prononcée le 25 janvier de cette année à La Havane, en présence du dictateur communiste Fidel Castro. Voici le contexte : nous sommes à Cuba, sur la place de la Révolution, devant la sculpture géante de Che Guévara [2], en présence du Lider Maximo, dans un pays communiste. Au cours de cette homélie, le pape a dit :
Un État moderne ne peut pas faire de l’athéisme ou de la religion un de ses fondements politiques. L’État, loin de tout fanatisme ou sécularisme extrémiste, doit promouvoir un climat social serein et une législation appropriée qui permette à chaque personne et à chaque confession religieuse de vivre librement sa foi, de l’exprimer dans les domaines de la vie publique et de compter sur des moyens et des lieux suffisants pour apporter les richesses spirituelles, morales et civiles à la vie du pays [3].
C’est en prononçant des phrases de ce genre que le pape propage la révolution.
En effet qu’est-ce que la révolution ?
Je ne suis pas ce que l’on croit. Beaucoup parlent de moi et bien peu me connaissent. Je ne suis ni le carbonarisme [4]… ni l’émeute… ni le changement de la monarchie en république, ni la substitution d’une dynastie à une autre, ni le trouble momentané de l’ordre public. Je ne suis ni les hurlements des jacobins, ni les fureurs de la Montagne, ni le combat des barricades, ni le pillage, ni l’incendie, ni la loi agraire, ni la guillotine, ni les noyades. Je ne suis ni Marat, ni Robespierre, ni Babœuf, ni Massini, ni Kossuth, [ni Lénine, ni Staline, ni Hitler, ni Mao]. Ces hommes sont mes fils, ils ne sont pas moi. Ces choses sont mes œuvres, elles ne sont pas moi. Ces hommes et ces choses sont des faits passagers, et moi, je suis un état permanent.
Je suis la haine de tout ordre que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et Dieu tout ensemble. Je suis la proclamation des droits de l’homme sans souci des droits de Dieu. Je suis la fondation de l’état religieux et social sur la volonté de l’homme au lieu de la volonté de Dieu. Je suis Dieu détrôné et l’homme à sa place (l’homme devenant à lui-même sa fin). Voilà pourquoi je m’appelle révolution, c’est-à-dire renversement [5].
La révolution, c’est le renversement de l’ordre voulu par Dieu.
Mais quel est cet ordre voulu par Dieu ? C’est « omnia instaurare in Christo, tout fonder sur le Christ » (Ep 1, 10). Cette fameuse formule de saint Paul, choisie par le pape saint Pie X comme devise de son pontificat, exprime parfaitement l’ordre chrétien : Jésus-Christ doit être la pierre d’angle, la pierre fondamentale de tout l’édifice social. Il est à la fois la pierre de fondation sur laquellle tout repose et la clef de voûte qui donne cohérence et solidité à toute la société.
Nous devons tous nous soumettre à Notre-Seigneur, vrai roi des individus comme des sociétés. Cette soumission se manifeste par notre foi, notre prière, notre obéissance amoureuse.
• Nous devons croire en lui : il est le roi des intelligences
• Nous devons espérer en lui : il est le roi des cœurs
• Nous devons lui obéir par amour : il est le roi des volontés
En face de cet ordre voulu par Dieu, il y a la révolte de Satan, commencée à l’origine des temps. La révolution n’est que la continuation de cette révolte :
Il y a dans la révolution un mystère, un mystère d’iniquité que les révolutionnaires ne peuvent pas comprendre, parce que la foi seule peut en donner la clef et qu’ils n’ont pas la foi. Pour comprendre la révolution, il faut remonter jusqu’au père de toutes les révoltes, qui le premier a osé dire, et ose répéter jusqu’à la fin des siècles : Non serviam, je n’obéirai pas. Oui, Satan est le père de la révolution. La révolution est son œuvre, commencée dans le ciel et se perpétuant d’âge en âge [6].
Or Satan se sert pour réaliser ses plans de certains moyens humains, parmi lesquels il faut ranger les fausses religions, le communisme et les sociétés secrètes comme la Franc-Maçonnerie. Le pape Pie IX, au siècle dernier, a fait publier les plans secrets d’une de ces sociétés secrètes lucifériennes, la Haute-Vente des Carbonari [7].
Voici ce qu’on lit dans les instructions de 1820 :
Ce que nous devons demander, ce que nous devons chercher et attendre comme les Juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins.
Vous voulez établir (…) que le clergé marche sous vos étendards en croyant marcher sous les bannières apostoliques. (…) Vous aurez prêché une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière, une révolution qui n’aura besoin que d’être un tout petit peu aiguillonnée pour mettre le feu aux quatre coins du monde.
Voici encore un extrait d’une lettre de « Nubius » à « Volpe », du 3 avril 1824 :
On a chargé nos épaules d’un lourd fardeau, cher Volpe. Nous devons faire l’éducation immorale de l’Église, et arriver, par de petits moyens bien gradués, quoique assez mal définis, au triomphe de l’idée révolutionnaire par un pape. Dans ce projet, qui m’a toujours semblé d’un calcul surhumain, nous marchons encore en tâtonnant (...)
Le triomphe de l’idée révolutionnaire par un pape, c’est vraiment l’attentat suprême comme le dit Mgr Lefebvre en citant ces passages dans son livre Ils l’ont découronné. Voici le commentaire qu’il en donne :
« Calcul surhumain », dit Nubius, il veut dire calcul diabolique ! Car c’est calculer la subversion de l’Église par son chef lui-même, ce que Mgr Delassus [8] appelle l’attentat suprême, parce qu’on ne peut imaginer rien de plus subversif pour l’Église qu’un pape gagné aux idées libérales, qu’un pape utilisant le pouvoir des clefs de saint Pierre au service de la Contre-Église ! Or n’est-ce pas ce que nous vivons actuellement, depuis Vatican II, depuis le nouveau droit canon ? Avec ce faux œcuménisme et cette fausse liberté religieuse promulgués à Vatican II et appliqués par les papes avec une froide persévérance malgré toutes les ruines que cela provoque depuis plus de vingt ans [9] !
*
N’est-ce pas noircir la situation ? Le pape n’est-il pas conservateur, contre-révolutionnaire sur bien des points ?
Nous ne pensons pas exagérer la réalité des choses. En disant que « l’État moderne ne peut pas faire de la religion un de ses fondements politiques », en disant qu’il faut permettre « à chaque confession religieuse de vivre librement sa foi, de l’exprimer dans les domaines de la vie publique et de compter sur des moyens et des lieux suffisants pour apporter les richesses spirituelles, morales et civiles à la vie du pays », le pape rend Notre-Seigneur facultatif. En prononçant ces paroles, le pape déclare que l’homme moderne n’a plus le devoir de se soumettre à Notre-Seigneur, et donc que ce dernier n’est pas Dieu.
D’ailleurs ces déclarations sur la liberté religieuse sont en parfait accord avec ce que le pape dit à propos de l’œcuménisme [10] ou sur la rédemption universelle de tous les hommes [11] : il n’est plus nécessaire de se soumettre à Notre-Seigneur, celui-ci n’est plus roi, « ils l’ont découronné ».
*
Une confirmation du fait que nous n’exagérons pas se trouve dans l’accueil réservé par Fidel Castro à Jean-Paul II.
Il suffit de lire quelques extraits du discours de bienvenue prononcé à l’aéroport « José Marti » de La Havane par Fidel Castro le 21 janvier 1998 :
Tout d’abord la légende noire sur la colonisation espagnole (et catholique) :
On estime que la conquête et la colonisation de tout l’hémisphère ont coûté la vie à 70 millions d’Indios et conduit à l’esclavage de 12 millions d’Africains. Beaucoup de sang a été versé et de nombreuses injustices ont été commises, dont la plupart, à côté d’autres formes de domination et d’exploitation. Cuba a réussi à constituer une nation en dépit des conditions extrêmement difficiles dans lesquelles elle s’est trouvée, luttant seule avec un héroïsme inébranlable pour son indépendance. Pour cela, elle endura, il y a exactement cent ans, un véritable holocauste dans les camps de concentration où périt une grande partie de la population, en particulier des femmes, des personnes âgées et des enfants : un crime commis par les colonisateurs, qui n’en reste pas moins monstrueux par le fait qu’il a été oublié par la conscience de l’humanité. Vous, fils de la Pologne et témoin d’Oswiecim [Auschwitz], pouvez comprendre mieux que quiconque.
Ensuite l’amalgame mensonger entre les mesures américaines contre Cuba et la persécution de l’Église primitive
Aujourd’hui, Votre Sainteté, un nouveau génocide est tenté, en prétendant soumettre à la faim, à la maladie et à l’asphyxie économique totale un peuple qui refuse de se soumettre aux préceptes et aux ordres de la plus grande puissance économique, politique et militaire de l’histoire. Beaucoup plus puissante que l’antique Rome qui, pendant des siècles, fit dévorer par les fauves ceux qui refusaient de renier leur foi ; comme les chrétiens férocement calomniés pour justifier les crimes, nous aussi, calomniés comme eux, nous choisirions mille fois la mort plutôt que de renoncer à nos convictions. Comme l’Église, la révolution compte elle aussi de nombreux martyrs.
Puis le Lider Maximo expose les points sur lesquels il partage les vues du pape. Il s’agit d’abord de la dénonciation des « injustices » :
Votre Sainteté, nous partageons votre point de vue sur de nombreuses questions importantes du monde actuel, et cela est pour nous un motif de grande satisfaction. Sur d’autres questions, nos opinions divergent, même si nous demeurons profondément respectueux de la conviction profonde avec laquelle Vous défendez vos idées. Au cours de vos nombreux pèlerinages à travers le monde, vous avez pu voir de vos yeux de nombreuses injustices, des inégalités, la pauvreté, des champs abandonnés et des paysans sans nourriture et sans terre. Le chômage, la faim, la maladie, des vies que l’on pourrait sauver et que l’on perd pour quelques centimes. L’analphabétisme, la prostitution infantile, des enfants qui commencent à travailler à l’âge de six ans, ou qui mendient pour survivre, des quartiers marginalisés où vivent des centaines de millions de personnes dans des conditions inhumaines, des discriminations raciales ou sexuelles, des ethnies entières expulsées de leur terre et abandonnées à leur sort, la xénophobie, le mépris pour les autres peuples, des cultures détruites ou en voie de destruction, le sous-développement, des prêts à des taux suicidaires, des dettes inexigibles ou impossibles à payer, des échanges inégaux, des spéculations financières monstrueuses et improductives, un environnement détruit sans pitié et souvent irrémédiablement.
Un commerce d’armes sans scrupules à des fins mercantiles répugnantes, des guerres, des violences, des massacres, la corruption généralisée, la drogue, le vice et une consommation aliénante qui s’impose comme modèle idyllique à tous les peuples. L’humanité, uniquement au cours du siècle écoulé, a presque quadruplé. Un nombre immense de personnes souffre de la faim et de la soif de justice. La liste des catastrophes économiques et sociales de l’homme est interminable : je sais qu’un grand nombre d’entre elles constituent un motif de préoccupation constant et croissant pour Votre Sainteté.
Mais il y a un autre point important où le dictateur communiste est en accord avec le pape. Il s’agit de l’attitude à prendre envers les diverses religions :
J’ai moi-même vécu des expériences personnelles qui me permettent d’apprécier d’autres aspects de votre pensée. J’ai étudié dans des écoles catholiques jusqu’à la fin de mes études supérieures. A l’époque, on m’enseignait qu’être protestant, juif, musulman, hindou, bouddhiste, animiste ou adhérer à d’autres croyances religieuses représentait une faute terrible, méritant une punition sévère et implacable. Plus d’une fois, même dans l’une de ces écoles pour enfants riches et privilégiés dans lesquelles je me trouvais, il m’est arrivé de demander pour quelle raison il n’y avait pas d’enfants noirs, et je n’ai jamais oublié les réponses en aucune manière convaincantes que je reçus. Plusieurs années après, le Concile Vatican II, convoqué par le Pape Jean XXIII, souleva plusieurs de ces questions délicates.
Nous connaissons les efforts de Votre Sainteté pour prêcher et mettre en pratique les sentiments de respect que vous nourrissez envers les croyants des autres religions importantes et influentes qui se sont diffusées dans le monde. Le respect envers les croyants comme les non-croyants constitue le principe fondamental que nous, révolutionnaires cubains, inculquons à nos compatriotes. Ces principes ont été définis et sont garantis dans notre constitution et par nos lois. Si des difficultés sont parfois apparues, cela n’a jamais été la faute de la révolution.
Ces paroles de Fidel Castro sont le plus cruel démenti donné à ceux qui prétendent que la liberté religieuse réclamée par le concile et par Jean-Paul II est une arme contre le communisme. En effet le communisme lui-même – et on peut croire en la matière un expert comme Fidel Castro – est tout à fait d’accord sur ce principe. S’il lui arrive de poursuivre des chrétiens, ce ne sera jamais pour leur foi, mais pour leurs activités contre-révolutionnaires [12].
Continuons de lire le discours d’accueil du Lider Maximo. Nous en arrivons au passage où le dictateur communiste félicite le pape pour ses mea culpa. Ce passage est bien révélateur :
Sainteté, j’admire sincèrement vos courageuses déclarations sur ce qui s’est produit avec Galilée, les errements bien connus de l’inquisition, les épisodes sanguinaires des croisades, les crimes commis au cours de la découverte de l’Amérique, ou sur des découvertes scientifiques que personne ne met plus en doute aujourd’hui, mais qui, à l’époque, ont fait l’objet de tant de préjugés et d’anathèmes. L’immense autorité que vous avez acquise dans votre Église était nécessaire.
Enfin le dictateur fait une description louangeuse du paradis communiste cubain, redisant sa similitude de pensée avec celle du pape :
Que pouvons-nous vous offrir à Cuba, Votre Sainteté ? Un peuple avec moins d’inégalités, moins de citoyens sans toit, moins d’enfants sans école, moins de malades sans hôpital, plus d’enseignants et plus de médecins pour chaque habitant qu’aucun pays que vous ayez visité. Un peuple instruit auquel Vous pouvez parler en toute liberté et avec la certitude qu’il possède des talents, une haute culture politique, des convictions profondes, une pleine confiance dans ses idées et toute la conscience et le respect du monde pour Vous écouter. Aucun pays ne sera mieux préparé pour comprendre vos idées comme nous les comprenons, vu qu’elles sont si semblables à celles que nous prêchons, selon lesquelles l’égale distribution des richesses et la solidarité entre les hommes et entre les peuples doivent être globalisées.
Bienvenue à Cuba [13] !
*
Ainsi Fidel Castro reconnaît lui-même qu’il « partage le point de vue du pape sur de nombreuses questions importantes du monde actuel », « il admire sincèrement ses courageuses déclarations », il affirme que les idées du pape « sont si semblables à celles que nous prêchons ». N’est-ce pas une confirmation que Jean-Paul II est un pape de la révolution ?
Dans un entretien en 1994 avec Jean-Luc Mano, journaliste de Paris-Match, Fidel Castro a fait cette confidence :
Vous savez, j’irai en enfer et je sais que la chaleur y sera insupportable, mais ce sera moins douloureux que d’avoir tant espéré de ce ciel qui n’a jamais tenu ses promesses... Et puis, en arrivant, j’y retrouverai Marx, Engels, Lénine... Et puis, je vous y retrouverai vous aussi, car, vous savez, les capitalistes aussi vont en enfer. Surtout quand ils aiment jouir de la vie [14] !
Fidel Castro blasphème en prétendant que le ciel ne tient pas ses promesses. Comme tout vrai révolutionnaire marxiste, il cherche le paradis ici-bas et est incapable de comprendre les promesses surnaturelles de l’Évangile [15].
Il semble avoir un pressentiment de ce qui l’attend dans l’au-delà, s’il ne se convertit pas avant sa mort. Toutefois cela ne l’impressionne guère. Peut-être partage-t-il là aussi les idées « révolutionnaires » de Jean-Paul II sur l’enfer [16] ?
« Un révolutionnaire ne part jamais à la retraite », confie le Lider Maximo au même journaliste. On peut admirer l’énergie et la conviction de ces hommes qui dépensent toutes leurs forces pour leur idéal, hélas ! faux.
Et on peut surtout souhaiter, priant et faisant pénitence à cette intention, que Dieu nous donne un pape de Tradition aussi convaincu de tout restaurer dans le Christ que les révolutionnaires le sont de détruire l’ordre chrétien.
[1] — Le Roux Daniel, Pierre m’aimes-tu ? Jean-Paul II Pape de Tradition ou Pape de la révolution, Escurolles, Fideliter, 1988.
[2] — Ernesto Guevara, dit Che, 1928-1967, était un révolutionnaire militant. En 1958 il gagna la bataille de Santa Clara à Cuba et en 1958 il entra à La Havane avec Castro. Il fut directeur de la Banque Nationale, puis Ministre de l’Industrie, avant sa mise à l’écart en 1963. Il participa ensuite aux guérillas du Congo (Zaïre) puis de Bolivie où il trouva la mort.
[3] — Homélie à La Havane, le 25 janvier 1998. DC 2177 du 1er mars 1998, p. 230-231.
[4] — Le carbonarisme était une société secrète ayant pour but particulier de réaliser la révolution au cœur de l’Église, dans la papauté.
[5] — Gaume Mgr, La Révolution, Recherches historiques, Lille, 1877, t. I, p. 18.
[6] — de Ségur Mgr, La Révolution, Saint-Cénéré, Éd. Saint Michel, p. 14.
[7] — Voir la note ci-dessus sur le carbonarisme.
[8] — Delassus Mgr Henri, Le Problème de l’heure présente – Antagonisme de deux civilisations, Lille-Paris, DDB, 1904, t. I. p. 195. « Le suprême attentat » constitue le chapitre 32e du livre.
[9] — Lefebvre Mgr Marcel, Ils l’ont découronné, 2e édition, Escurolles, Fideliter, 1987, p. 148.
[10] — A paraître bientôt les actes du congrès de Si Si No No 1998 sur l’œcuménisme.
[11] — Voir les recensions des ouvrages de Dörmann dans les nº 5 et 16 de la revue.
[12] — « Les prisonniers politiques ? — Il n’y en a pas à Cuba. C’est une question de philosophie. Un contre-révolutionnaire en prison, ce n’est pas un prisonnier politique. » Entretien avec Jean-Luc Mano, Paris-Match, 27 octobre 1994, p. 93. On y lit aussi : « — L’échec économique ? — On ne peut juger ainsi Cuba. La révolution a des acquits formidables. — Le parti unique ? — C’est l’héritage révolutionnaire. Pas question d’en changer. » Et encore : « Le vin français lui plaît. “— C’est Marchais, dit-il, qui me l’a fait apprécier quand il venait ici en vacances, il m’en apportait avec du foie gras et du fromage de chèvre... Hélas ! Ça fait longtemps qu’il ne le fait plus !” » Dans le même entretien, il explique comment, « depuis la crise des balseros, il a renoncé à utiliser l’une de ses trois Mercedes blindées » et il parle « de la dispersion qu’il vient d’ordonner des 17 000 cadeaux qu’il a reçus en trente-cinq ans ».
[13] — OR Langue française 2504, 27 janvier 1998, p. 2 et 7. DC 2177, 1er mars 1998, p. 212-214.
Jean-Paul II a répondu à ce discours de Fidel Castro par une allocution dans laquelle il ne défend en rien la doctrine catholique contre les attaques du vieux révolutionnaire bolchévique. Au contraire, le pape déclare par exemple : « Je suis heureux de saluer tout d’abord Monsieur le président Fidel Castro Ruz qui a fait le geste de venir personnellement m’accueillir et à qui je désire manifester toute ma gratitude pour ses paroles de bienvenue. (…) Dans l’accomplissement de mon ministère, je n’ai pas cessé d’annoncer la vérité sur Jésus-Christ, qui nous a révélé la vérité sur l’homme, sa mission dans le monde, la grandeur de son destin et sa dignité inviolable. A ce sujet, le service de l’homme est le chemin de l’Église. Je viens aujourd’hui partager avec vous [les Cubains] la profonde conviction que le message de l’Évangile conduit à l’amour, au don de soi, au sacrifice et au pardon, de sorte qu’un peuple qui emprunte ce chemin est un peuple animé par l’espérance d’un avenir meilleur. (…) C’est la raison pour laquelle j’accompagne par la prière mes meilleurs voeux pour que cette terre apporte à tous un climat de liberté, de confiance réciproque, de justice sociale et de paix durable. Que Cuba s’ouvre au monde avec toutes ses extraordinaires capacités et que le monde s’ouvre à Cuba pour que ce peuple, qui cherche la vérité – comme le font tout homme et tout pays – qui travaille pour aller de l’avant, et qui aspire à la concorde et à la paix, puisse regarder l’avenir avec espérance. »
[14] — Entretien avec Jean-Luc Mano, Paris-Match, 27 octobre 1994, p. 93. Il parle également du Pape : « Un homme courageux, mais un fondamentaliste. » Il parle encore de Mère Teresa « à qui, précise-t-il, j’envoie des nonnes cubaines. Mère Teresa, c’est une sainte, ajoute-t-il en sortant de la poche de son uniforme un mouchoir blanc que la religieuse de Calcutta lui a offert et qui ne le quitte jamais. » Ses auteurs préférés sont Pablo Neruda, Gabriel Garcia Marquez, qui « m’envoie ses livres avant parution », Jean-Jacques Rousseau, Victor Hugo, dont « la description de la bataille de Waterloo est un monument », et Hemingway qui fut son ami.
[15] — On pourrait remarquer ici une autre ressemblance avec le pape actuel. Ce dernier parle souvent des réalités d’ici-bas et bien peu des biens éternels.
[16] — Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, Paris, Plon-Mame, 1994, p. 263 sq. Le pape n’ose pas affirmer qu’il y a quelqu’un en enfer. Par exemple à la page 272 : « Si Dieu désire que tous les hommes soient sauvés, si Dieu, pour cette raison, offre son Fils qui, à son tour, agit dans l’Église par l’opération de l’Esprit-Saint, l’homme peut-il être damné, peut-il être rejeté par Dieu ? De tout temps, la question de l’enfer a préoccupé les grands penseurs de l’Église, depuis Origène jusqu’à Mikhael Boulgakov et Hans Urs von Balthasar. Les premiers conciles ont rejeté la théorie dite de l’apocatastase finale, selon laquelle le monde après sa destruction serait renouvelé et toute créature serait sauvée, théorie qui abolissait implicitement l’enfer. Cependant la question continue de se poser. Dieu, qui a tant aimé l’homme, peut-il accepter que celui-ci le rejette et pour ce motif soit condamné à des tourments sans fin ? Pourtant, les paroles du Christ sont sans équivoque. Chez Matthieu, il parle clairement de ceux qui connaîtront des peines éternelles (Mt 25, 46). Qui seront-ils ? L’Église n’a jamais voulu prendre position. Il y a là un mystère impénétrable, entre la sainteté de Dieu et la conscience humaine. Le silence de l’Église est donc la seule attitude convenable. Même si le Christ dit, à propos de Judas qui vient de le trahir : “Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né !” (Mt 26, 24), cette phrase ne doit pas être comprise comme la damnation pour l’éternité. »
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