+ Trois livres sur l’évolution
• L’Évolution… ou l’homme créé à l’image du singe
Le nº 62 de la revue Savoir et Servir est consacré à l’évolution. On trouve dans ce petit livre de 94 pages un bon résumé de cette question mis à la portée du public – autant que faire se peut. Les auteurs suivent la méthode de saint Thomas qui commence ses « questions » en se posant les principales objections, puis donne un ou plusieurs arguments d’autorité [1] avant de résoudre le problème et de répondre aux objections les unes après les autres.
Après avoir brossé rapidement l’histoire de l’évolutionnisme et exposé les principales théories évolutionnistes, les auteurs s’interrogent : « Un catholique peut-il être évolutionniste ? » et analysent à cette occasion les principaux arguments d’autorité (Écriture sainte, Magistère) contre l’évolutionnisme.
Puis un article étudie « l’évolutionnisme face à la philosophie », passant en revue les principales notions philosophiques impliquées dans la théorie de l’évolution : la matière et la forme (au sens philosophique), l’espèce, le hasard. On peut regretter que l’auteur n’ait pas consacré un paragraphe à l’étude de l’axiome philosophique « le “plus” ne sort pas du “moins” » et qu’il n’ait pas étudié plus en détail la notion d’espèce pour distinguer les variations accidentelles (qui se vérifient dans la micro-évolution) et les variations essentielles.
Georges Salet examine ensuite quelques difficultés posées à l’évolutionnisme par la biologie moléculaire : la dissymétrie moléculaire et le passage aux êtres unicellulaires à partir d’une « machine à monter les molécules plus simple ».
Un article intéressant mais assez complexe étudie la valeur des théories évolutionnistes et la faiblesse de leurs arguments. Les théories évolutionnistes se heurtent à un certain nombre de difficultés « insurmontables » dans le domaine de l’embryologie (la genèse des embryons se réalise parfois de manière très différente pour des espèces ressemblantes), de la paléontologie (la question des « chaînons manquants » ou de l’absence de fossiles intermédiaires), du calcul statistique [2] et des méthodes de datation [3].
Un article sur « l’évolution face à la science » étudie de façon assez détaillée la question de la biologie moléculaire des cellules et du calcul des probabilités pour l’apparition d’un organe nouveau par mutation-sélection ou pour l’apparition de la vie à partir de la matière inorganique. Cet article – assez technique – est néanmoins clair, malgré la difficulté du sujet, et intéressera tous ceux qui veulent approfondir cette question.
Enfin la conclusion de cette étude rappelle avec à propos que si l’évolution est aujourd’hui la pensée dominante et quasi unique, c’est parce qu’elle est une arme contre le christianisme (existence de Dieu, morale fixe), qui est la religion que l’on veut détruire.
En résumé, un petit livre très utile pour tous ceux qui veulent défendre la vérité et combattre cette erreur si répandue de l’évolutionnisme.
Savoir et Servir 62, « L’Évolution… ou l’homme créé à l’image du singe », MJCF, 28 rue Pernetty, 75014 Paris, 1998, 30 F.
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• L’Évolution, hypothèses ou certitudes
Le nº 3 des « Cahiers d’Edifa », publication « Famille chrétienne », analyse à son tour en 96 pages la théorie de l’évolution.
Thierry Boutet, dans son éditorial, explique son intention de dénoncer le tabou de l’évolutionnisme car il est « inutile et dangereux de remettre en cause les certitudes de la foi au nom des théories changeantes de la science ». Il s’agit donc de montrer « au risque d’être traité de fondamentaliste, d’intégriste et, pourquoi pas, d’obscurantiste » que l’évolution n’est pas un fait, et que « la théorie de l’évolution, qui a certes sa cohérence et sa beauté formelle, n’a jamais été vraiment prouvée ».
Une première partie, composée de quatre articles, expose comment la science ne peut pas conclure.
Un long article du père André Boulet, marianiste, et d’Elizabeth Voinier examine les arguments des évolutionnistes : biogéographie, anatomie comparée, embryologie comparée, paléontologie et biochimie. Puis ils y répondent en donnant les arguments classiques contre l’évolutionnisme, présentés d’une manière agréable à lire, quoique moins systématique que dans le numéro de Savoir et Servir recensé ci-dessus.
Suit un article intéressant de Marie-Claire van Oosterwyck-Gastuche, connue de nos lecteurs pour ses études sur le saint Suaire [4]. Ses découvertes en minéralogie, liées aux autres découvertes récentes sur la géophysique, remettent sérieusement en cause les principes de l’échelle stratigraphique et la signification chronologique des mesures isotopiques.
Puis Guy Berthault expose les découvertes récentes de la sédimentologie, pour l’essentiel déjà connues de nos lecteurs (voir Le Sel de la terre 16).
Dans une deuxième partie, sept articles sont censés nous donner la réponse de la foi. Cette partie est plus faible. En effet, les auteurs s’appuient exclusivement sur le magistère depuis Vatican II (Gaudium et Spes, Credo de Paul VI, Catéchisme de l’Église catholique).
Ainsi le père André Boulet, après avoir exposé un certain nombre d’hérésies du père Gustave Marthelet S.J., se contente-t-il de dire : « Ces positions, pour le moins marginales par rapport au magistère, peuvent s’expliquer par l’approche anthropologique de ces théologiens. » Il nous semble qu’on pourrait dire plus simplement : « Ces positions sont opposées au magistère infaillible de l’Église et, par conséquent, manifestent l’hérésie de ces théologiens. »
Les auteurs se sentent obligés de donner l’essentiel du message de Jean-Paul II du 29 novembre1996 qui revient sur l’enseignement si clair et si juste de Pie XII [5], pour déclarer que désormais « de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse ». Thierry Boutet, gêné, écrit :
Le pape, dans le respect de l’objet de la science et dans la reconnaissance de sa légitime autonomie par rapport à la théologie, a pris acte d’une affirmation largement enseignée par de nombreux savants. Cela ne signifie pas qu’il a voulu assumer cette opinion comme une vérité certaine, moins encore comme une position théologique. Il est tout à fait possible que, dans l’avenir, nos connaissances progressant, la communauté scientifique en vienne à changer d’avis. Il serait étonnant que seules les théories de 1’évolution n’évoluent pas. Il reviendra alors au pape de cette époque d’en prendre acte à son tour !
Nous ne partageons pas ce point de vue. Il revient au pape de dénoncer les erreurs de la science quand elles viennent contredire des vérités révélées [6]. C’est le rôle du pasteur de mettre en garde les brebis contre les pâturages empoisonnés. Pie XII a fait son devoir en rappelant les dogmes du péché orginel et de la création de l’âme humaine par Dieu, et, par le fait même, en mettant une barrière salutaire à la liberté de recherche de la science. Ici le pape Jean-Paul II, en ne rappelant plus ces dogmes de notre foi, et en présentant faussement la théorie de l’évolution comme « plus qu’une hypothèse », ouvre aux catholiques un chemin qui conduit à la perte de la foi [7].
La faiblesse de cette étude fondée sur la doctrine conciliaire apparaît nettement dans l’article du père Dominique Barthélemy. Celui-ci est censé défendre l’inerrance de la Bible. Mais il distingue bien imprudemment entre « les jugements portés formellement » qui sont sans erreur et « certaines connaissances annexes qui forment en quelque sorte le cadre du texte » lesquelles peuvent contenir des erreurs. Cet enseignement est opposé à celui de Benoît XV : « De plus notre prédécesseur [Léon XIII dans Providentissimus Deus], après avoir écarté toute distinction entre ce qu’on appelle un élément principal et un élément secondaire et supprimé toute équivoque, a montré clairement à quel point est éloignée de la vérité l’opinion de ceux qui estiment que “lorsqu’il s’agit de la vérité des énoncés, il ne faut pas tant rechercher ce que Dieu a dit, qu’examiner la raison pour laquelle il l’a dit” [DS 3291] ; et le même enseigne que l’inspiration divine s’étend à toutes les parties des écrits bibliques, sans exception ni distinction, et qu’aucune erreur ne peut s’être introduite dans les textes inspirés : “Il serait absolument funeste, soit de restreindre l’inspiration uniquement à certaines parties de la sainte Écriture, soit d’accorder que l’auteur s’est trompé” [DS 3291] [8]. » Le même père Barthélemy admet qu’on range les chapitres 2 et 3 de la Genèse dans le genre mythe, alors que son contenu historique a été souvent rappelé par le magistère [9].
Les deux articles suivants du pasteur Pierre Berthoud et du rabbin Daniel Dahan sont-ils une concession à la vogue œcuménique ? Toujours est-il que leurs propos sont plus catholiques que ceux du père Dominique Barthélemy. Le pasteur ne fait pas de difficulté à reconnaître l’origine mosaïque du Pentateuque et affirme clairement que la Genèse n’est pas un mythe. Quant au rabbin il reconnaît l’historicité du récit de la création et de la chute d’Adam et Ève ; il donne même la date de cette création : 5758 ans (!).
Même si le pasteur et le rabbin sont ici plus catholiques que le prêtre, il est dangereux pour des chrétiens de s’appuyer sur les traditions de religions fausses comme le protestantisme et le judaïsme talmudique, alors que nous possédons la vraie Tradition. Encore faut-il la connaître et l’enseigner.
Les Cahiers se terminent par une méditation spirituelle sans grande saveur sur le début du Credo (conciliaire, avec la suppression de la consubstantialité du Père et du Fils) qui n’a pas grand rapport avec le sujet de l’évolution, ce qui évite de prendre parti sur des sujets controversés.
Que croire ? Qui croire ? – L’Évolution, hypothèses ou certitudes ? 140 ans après Darwin, « Les Cahiers d’Edifa » nº 3, 52 rue Taitbout, 75440 Paris cedex 9, Mai 1998, 75 F.
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• L’Evoluzionismo, un mito a pezzi
Pour nos lecteurs qui peuvent lire l’italien, nous recommandons cette plaquette de 122 pages, L’Evoluzionismo, un mito a pezzi, qui est un recueil d’articles de Luigi Jammarrone parus dans Chiesa Viva et de deux textes, l’un de Bruno Ughi extrait de la même revue et l’autre de Peter Wilders paru dans Cristian Order. Les auteurs posent le problème des origines, ses aspects philosophique et scientifique, puis donnent les principaux arguments contre l’évolutionnisme en s’appuyant essentiellement sur la philosophie. Cette étude nous semblerait digne d’une traduction française, car elle n’a pas son équivalent (à notre connaissance) dans notre langue.
Luigi Jammarrone, Bruno Ughi, Peter Wilders, L’Evoluzionismo, un mito a pezzi, « Quaderni di Chiesa Viva, nº 9 », Operaie di Maria Immocalata, Editrice Civilta’, Brescia, 1993 [Via Galileo Galilei, 121 – 25123 Brescia – tel : 030 308544].
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Pour les lecteurs du Sel de la terre, rappelons certaines études et textes qui ont paru sur ce sujet dans la revue.
Dans le numéro 4, dans l’article sur « Foi et raison », se trouve un chapitre [2.3.4.] sur la question de l’évolution face à la foi.
Dans le numéro 6, François Bigeard nous a donné un résumé-recension de l’important ouvrage de Michaël Denton, Évolution, une théorie en crise.
Dans le numéro 7, l’article de Guillaume Carbonnel invitait à examiner de plus près la position de saint Augustin à ce sujet.
Dans le numéro 9, le Père Pierre-Marie a abordé les problèmes que pose l’évolution de l’homme face aux données de la théologie catholique. Cette dernière étude nous paraît importante dans la mesure où il est rare de trouver une analyse théologique du problème de l’évolution : on trouve le plus souvent des arguments scientifiques ou philosophiques, parfois une étude des textes de la Bible ou du magistère, mais presque jamais de réflexion théologique. Ainsi aucun des trois livres ici recensés ne fait une telle étude.
Dans le numéro 16, Guy Berthault dans son article « La restructuration stratigraphique » a examiné la question de la datation des couches stratigraphiques.
Dans les numéros 18 et 20 se trouvent deux recensions sur « La forêt pétrifiée de Yellowstone » et « Les arguments pour un soleil jeune ».
Dans le numéro 20 on peut lire dans le courrier des lecteurs une « Réponse d’un biologiste à un ami troublé » (à propos de « l’Évolution, une théorie en crise ») et un « Débat sur la question de la restructuration stratigraphique ».
A ces études qui traitent directement de l’évolution, on peut joindre celles qui en traitent indirectement comme la série d’articles d’Olivier Dugon sur les animaux « A la gloire du Créateur de la nature » parus dans les numéros 11, 14, 20, 21, 24 et 26 ainsi que les documents sur les animaux publiés dans le numéro 3, p. 112. Ou encore l’article de Mme Van Oosterwyck paru dans le numéro 20 qui montre les limites de la méthode de datation par le radiocarbone.
Guillaume Carbonnel
[1] — On appelle « argument d’autorité » un argument qui se fonde sur l’autorité de quelque auteur. Cet argument est faible dans les sciences naturelles et en philosophie (où l’on doit pouvoir prouver ce que l’on dit par les faits et le raisonnement), mais il est fort en théologie où l’on se repose en dernière analyse sur l’autorité de Dieu qui révèle.
[2] — « Le calcul des probabilités avec des hypothèses d’un optimisme presque béat montre qu’il faudrait mille fois l’âge de la terre pour avoir une chance sur cent de constater l’apparition d’une seule fonction cellulaire simple par mutation chez une espèce de vertébré tétrapode existant (ayant quatre membres). Ces chiffres montrent qu’il faut se méfier du vertige. La durée de la vie sur la terre reste insuffisante pour justifier qu’une dérive g énétique fondée sur le hasard puisse permettre éventuellement autre chose qu’une évolution régressive » (p. 64).
[3] — L’auteur relève avec raison l’importance des travaux de Guy Berthault (Le Sel de la terre 16, « La Restructuration statigraphique »). On pourrait en dire autant des travaux de Mme Van Oosterwyck (voir la recension suivante).
[4] — Voir en particulier son article sur « Le saint Suaire et le radiocarbone » paru dans le numéro 20 de la revue. Prochainement doit paraître aux éditions François-Xavier de Guibert son livre Le Radicocarbone face au linceul de Turin.
[5] — Voir Le Sel de la terre 9, l’article sur « l’Évolution de l’homme face à la théologie ».
[6] — Voir Le Sel de la terre 4, l’article sur « Raison et foi ».
[7] — Dans le Savoir et Servir recensé plus haut, les auteurs, à propos de cette déclaration de Jean-Paul II, ne parlent que de son « flou » dont « le lecteur avisé ne pourra qu’être surpris ». Ce commentaire est faible. La déclaration de Jean-Paul II est erronée et il y a de quoi scandaliser ceux qui la lisent.
[8] — Benoît XV, Spiritus Paraclitus, 15 septembre 1920, DS 3654.
[9] — Voir par exemple le décret de la Commission biblique du 30 juin 1909 et l’encyclique Humani Generis cités dans Le Sel de la terre 9, p. 99 et 100. Remarquons que les auteurs des Cahiers d’Edifa se contredisent eux-mêmes, car au bas de la page 77, dans un encadré situé au pied de l’article du Père Barthélemy, on lit que « le péché originel est un fait historique, non un mythe fondateur ». Sur cette question, voir également Le Sel de la terre 24, p. 192-203.

