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Catéchisme de la médiation universelle de Notre-Dame

 

 

 

par Filius Ancillæ

 

 

Les parties précédentes de ce catéchisme de la médiation universelle de Notre-Dame ont paru dans les numéros 20, 22, 24 et 26.

Le Sel de la terre.

 

 

 

Article 3 : le témoignage

du Nouveau Testament

 

 

« Prenez les livres saints, depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse. Il est écrit de Marie comme de son Fils, en tête du livre : “In capite libri scriptum est de me” (He 10, 7). Promise dans l’Éden, figurée sous les tentes des patriarches, prédite, annoncée dans la loi et les prophètes, elle remplit tout l’Ancien Tes­tament. L’Évangile p94te, mais avec quelle dis­tinction ! Enfin, l’apôtre bien-aimé nous redit sa gloire dans les cieux. Depuis le livre qui raconte la création de la terre et des cieux, jusqu’à celui qui dé­roule à nos regards le spectacle de la gloire et de la béatitude finale, partout on trouve Marie. “Et erat Mater Jesu ibi” (Jn 2, 1). »

Cardinal Pie [1].

 

 

— 30e question : Quels sont les textes du Nouveau Testament qui peuvent être commentés dans le cadre de la médiation mariale ?

 

Réponse : On peut citer d’abord certains récits lucaniens relatifs à l’enfance de Notre-Seigneur : l’annonciation par l’ange Gabriel (Lc 1, 26-38), la visitation auprès d’Élisabeth (Lc 1, 39-56), et la présentation de Jésus au Temple (Lc 2, 22-39). Puis les trois grandes scènes johanniques de Cana, (Jn 2, 1-11), du Golgotha (Jn 19, 25-27) et de la femme combattue par le dragon (Ap 12, 1-17) ; sans ou­blier Marie au milieu des apôtres à la Pentecôte (Ac 1, 14).

Certes, ces différents passages ne nous exposent pas explicitement, ni à un même degré, la médiation de grâce de la Mère du Sauveur, mais à l’aide des commentateurs anciens et modernes [2], nous verrons quelle richesse insoupçon­née se cache derrière l’apparente sobriété de ces textes, au sujet de la Socia Christi. En effet, il nous faut maintenir « d’une part, que l’Écriture prise isolément ne saurait jamais suffire sans la Tradition qui la complète et l’interprète mais, d’autre part, que les données scripturaires relatives à Marie, sans qu’elles puissent constituer chacune un argument proprement dit, reflètent en leur ensemble une mentalité chrétienne qui, loin d’être indifférente à la Vierge, la conçoit déjà comme mystérieusement inséparable du Christ. Les quelques textes que nous rappellerons expriment, lorsqu’on les rapproche les uns des autres, une idée gé­nérale qui apparaît comme le germe de toute la doctrine actuelle de la médiation mariale : c’est l’idée d’une présence de Marie auprès du Rédempteur [3]. »

 

*

 

31e question : Quels commentaires peuvent nous faire découvrir le rôle de corédemptrice de la très sainte Vierge dans le récit de l’annonciation (Lc 1, 26-38) ?

 

• L’ange Gabriel fut envoyé de Dieu (…) auprès d’une vierge [4](versets 26-27).

« Il convenait que ce fût un ange qui fût envoyé à Marie pour lui annoncer ce mystère et lui demander son consentement. Dieu aime se servir d’instruments dans son gouvernement divin [5]. » Aussi, « pour l’œuvre de cette réparation qui devait faire sentir ses effets partout, il convenait qu’il y eût le concours de la triple hiérarchie : divine, angélique et humaine [6] ». Ainsi, « tout est grand dans cette ambassade : Dieu qui l’envoie, l’ange qui sert d’ambassadeur, Marie qui re­çoit le message, l’objet du message qui est l’incarnation du Verbe, le but final qui est le salut de l’humanité [7] ».

 

• Et le nom de cette vierge était Marie (verset 27).

« Marie, en hébreu Myriam : d’après le sentiment le plus probable, ce nom vient de la racine roûm et signifie élevée, d’où altesse, dame ou reine [8]. » « La royauté de Marie s’appuie, comme celle de son Fils, sur son rôle dans les mys­tères de l’incarnation et de la rédemption, et aussi sur sa fonction de Mère de tous les hommes [9]. » « La très sainte Vierge est aussi reine des anges. Sa dignité de Mère de Dieu l’établit éminemment au-dessus d’eux, et ils la vénèrent comme leur dame et souveraine [10]. »

 

• Il entra chez elle et dit : Salut, pleine de grâce ! (verset 28).

« La bienheureuse Vierge surpassa donc tous les anges, par sa plénitude de grâce. C’est pour manifester cette prééminence que l’archange Gabriel lui fit révé­rence en la saluant : pleine de grâce [11]. » « Le terme grec [12] kékharitôménê, traduit dans la Vulgate par gratia plena, est une indication fort concise, mais fort impor­tante, sur la sainteté de Marie [13]. » « Aussi, la version de la Vulgate est-elle excel­lente. Il est à remarquer en effet que les verbes grecs dénominatifs en  ont tous un sens d’abondance, de cumul, de plénitude. (…) En outre, cette appellation tient ici la place du nom propre ; l’ange la salue de ce titre par antonomase, comme s’il lui appartenait en propre et que, seule, elle le réalisât pleinement [14]. »

« Remarquons que Marie possède cette plénitude de la grâce avant de concevoir Jésus, Dieu l’a donc admirablement préparée à son rôle sublime [15]. » « Plénitude dite de surabondance, qui est le privilège spécial de Marie, et qui est appelée ainsi parce qu’elle est comme un fleuve spirituel qui, depuis près de deux mille ans, se déverse sur tous les hommes [16]. » Mais, déjà, « par le fait qu’elle a reçu en elle celui qui est rempli de toute grâce et qu’elle l’a mis au monde, elle a déversé la grâce, d’une certaine manière, sur tous les hommes [17] ».

 

• Le Seigneur est avec vous (verset 28).

« Dominus tecum : adressée par un homme à un autre, cette formule est un souhait (voir Rt 2, 4). Sur les lèvres d’un envoyé de Dieu, elle est à la fois une af­firmation pour le présent et une assurance pour l’avenir [18]. Ainsi, pour Marie, la grâce dont Dieu l’a comblée atteste déjà une présence privilégiée et une singu­lière assistance ; et ce n’est pas tout : le Seigneur veut encore être avec elle par de nouvelles bénédictions et un nouvel effet de sa puissance pour accomplir en elle de grandes choses [19]. » Donc, « la formule “je serai avec toi” est une promesse solennelle d’assistance [ayant] surtout pour but de promettre à Marie le secours de la puissance divine pour le rôle qui lui sera imparti dans l’œuvre du salut [20] ».

 

• Vous êtes bénie entre les femmes (verset 28).

« C’est-à-dire : bénie de Dieu plus que toutes les autres femmes [21]. » Si, pour Dieu, la très sainte Vierge est bénie entre toutes les femmes, elle est donc une médiatrice exceptionnelle. En effet, tout médiateur, par définition, a pour statut d’être placé entre deux partis extrêmes, dont il est lui-même distinct, et pour rôle de réconcilier ces deux partis en étant agréé de chacun d’eux [22].

Or, cette parole du messager divin, renouvelée par Élisabeth sous l’inspira­tion du Saint-Esprit (versets 41-42), nous assure que Marie est une créature, à la fois pleinement agréée de Dieu (vous êtes bénie…) et bien distincte des autres (… entre toutes les femmes). Sa vocation de Mère de Dieu, unique, la place d’emblée entre Dieu et les hommes.

 

• Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu (verset 30).

« Langage biblique pour lui dire qu’elle plaît à Dieu d’une façon exception­nelle et digne de nouvelles faveurs [23]. » « C’est l’éloge que l’Écriture fait de Noé (Gn 6, 8) pour expliquer comment il sera sauvé du déluge et deviendra le sau­veur de l’humanité ; c’est le témoignage que Dieu rend lui-même à Moïse, et sur lequel celui-ci s’appuie pour obtenir que Dieu accorde de nouveau au peuple toute sa bienveillance (Ex 33, 12-16). On voit la force de la formule biblique [24]… » Celle-ci est bien plus qu’un éloge personnel, c’est une garantie divine envers la personne dont dépend le salut du peuple élu. « L’ange est dans l’admiration : une femme a pleinement trouvé grâce devant Dieu, et cette grâce se répandra sur tous les hommes [25]. »

 

• Voici que vous concevrez en votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand ; on l’appellera le Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin (versets 31-33).

« C’est dans ce but de l’éclairer sur le plan rédempteur que l’ange dit expli­citement à Marie : vous lui donnerez le nom de Jésus [Sauveur] ; Marie a bien compris que telle était la mission de ce Fils, puisque, quelques jours après, elle chante son Magnificat dans lequel elle dit : “Il a porté secours à Israël son servi­teur”… (verset 54) [26]. »

« L’ange ne parle pas seulement des grandeurs personnelles de Jésus. C’est le Sauveur, c’est le Messie attendu, c’est le roi éternel de l’humanité régénérée, dont on propose à Marie de devenir la Mère. On lui propose par là même de co­opérer au salut de l’humanité, à l’œuvre messianique, à l’établissement du royaume annoncé. C’est pour cela qu’elle est pleine de grâce, qu’elle est bénie entre toutes les femmes. Ainsi l’ont entendu tous les saints Pères. Pour eux, ce qui se négocie directement et immédiatement entre l’ange et Marie, c’est l’œuvre rédemptrice, c’est le sort de l’humanité [27]. »

Donc, « en écoutant le message de l’ange, elle avait au moins compris qu’elle avait été choisie pour être la Mère du Messie. Postérieur aux événements d’environ un demi-siècle, semble-t-il, et fruit d’une élaboration théologique cer­taine, le récit évangélique laisse entendre assez clairement que ce même Messie sera Fils de Dieu au sens strict. Lors de l’annonciation, Marie saisit-elle déjà cette haute vérité ? Nombre d’auteurs sont portés à le croire [28]. Il est certain que, dans toute cette scène, la Vierge est traitée par Dieu comme un instrument libre qui ne donne son consentement qu’en connaissance de cause [29] ».

 

• Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? (verset 34).

« Quand elle dit : “Comment cela se fera-t-il ?”, elle ne doute pas que cela se fasse, mais elle s’enquiert du mode de le faire. Combien sa réponse est plus sage que celle de Zacharie : celui-là avait dit : “D’où saurai-je cela ?” (verset 18), et Marie : “Comment cela se fera-t-il ?” Zacharie doute du message ; elle, déjà, s’occupe de la chose elle-même et des moyens de l’accomplir [30]. »

« Par sa foi, elle conçut le Verbe dans son esprit avant de le concevoir dans sa chair [31]. » « La foi de la sainte Vierge a été la condition essentielle de la grâce ineffable dont l’ange Gabriel venait d’être le messager ; le mystère de l’incarna­tion ne s’est opéré en elle que parce qu’elle y a cru ; c’est la foi de Marie qui nous a valu, qui nous a donné Jésus et, avec Jésus, tout l’ordre de la grâce et de la rédemption [32]. » « Cet acte de foi, qui doit inaugurer le Nouveau Testament, rappelle et reprend l’acte de foi d’Abraham qui avait inauguré l’ancienne Alliance. (…) De même qu’Abraham avait cru à la puissance divine qui concilierait la pos­térité promise avec la stérilité de Sara, Marie croit au pouvoir divin de concilier maternité promise et virginité. Dans les deux cas, il y a confiance en la toute-puissance de Dieu qui surmonte une complète impuissance humaine, et cette confiance entraîne l’octroi d’une merveilleuse postérité [33]. »

 

• L’ange lui répondit : L’Esprit-Saint viendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu (verset 35).

Dans l’Ancien Testament, quand l’Esprit du Seigneur « vient sur » une per­sonne, c’est le plus souvent afin de l’investir d’une mission et d’une puissance exceptionnelles, pour le salut du peuple élu : l’Esprit était sur Moïse, son premier chef (Nb 11, 25) ; à l’époque des Juges, il descendit sur Othoniel (Jg 3, 10), revê­tit Gédéon (Jg 6, 34), descendit sur Jephté (Jg 11, 29), empoigna Samson (Jg 14, 6) ; durant la période des Rois, l’Esprit fondit sur Saül (1 S 16, 13-14). Quand Dieu confia le salut du peuple élu à des prophètes, alors l’Esprit fut sur Azarias (2 Ch 15, 1), il vint sur Jahaziel (2 Ch 20, 14), il fondit sur Ézéchiel (Ez 11, 5), etc.

Isaïe avait prophétisé que l’Esprit reposerait sur le Messie, le rejeton de Jessé (Is 11, 2), et saint Luc relèvera qu’au baptême de Jésus, point de départ de sa mission publique pour le salut des hommes, l’Esprit-Saint descendit sur lui (Lc 3, 22). Quand donc l’ange dit à Marie : « l’Esprit-Saint viendra sur vous », non seulement il répond à sa question au sujet de la conception virginale du Messie, mais il lui fait encore savoir que Dieu la destine à autre chose qu’une coopéra­tion purement passive dans le mystère de la rédemption qui va commencer : elle aussi y tiendra un rôle privilégié pour le salut des hommes [34].

 

• Marie dit alors : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole (verset 38).

« Dieu, pour nous racheter en hommes libres, ne voulut point seulement un consentement individuel donné “après coup” par chacun de nous au moment de notre justification personnelle, mais il exigea de l’humanité un acte libre au mo­ment même où il vint en ce monde pour nous sauver. Marie fut cette nouvelle Ève qui, par sa réponse à la parole de l’ange, adhéra librement pour toute l’hu­manité au dessein salvifique de Dieu [35]. »

Le fiat est le mot le plus important de toute cette scène, et il importe de bien saisir toute sa valeur. Il s’agit en effet d’une formule de consentement, en bonne et due forme. Consentement qui ne doit pas se limiter à un simple « accord de principe », mais aboutir à un véritable mariage. Cette interprétation est sûre, et elle explique en profondeur la médiation de la très sainte Vierge Marie.

Interprétation sûre, car elle s’appuie d’abord sur le sens littéral, qui pré­sente explicitement l’ange Gabriel comme envoyé par Dieu auprès d’une vierge ; et il est dans l’ordre des choses qu’un grand roi ne fasse pas sa demande en ma­riage par lui-même, mais par ambassade. Cette vierge a trouvé grâce à ses yeux ; en effet, c’est « une créature extraordinaire, une créature unique et privilégiée, d’une beauté souveraine capable de charmer le cœur de Dieu même [36] ». La pre­mière fin du mariage est, selon la volonté de Dieu, une digne procréation, puis éducation de l’enfant qui en est le fruit. On propose à Marie d’enfanter un fils qui sera, aussi, le Fils du Très-Haut, et sur lequel elle aura droits et devoirs mater­nels : Vous lui donnerez le nom de Jésus. La forme du mariage consiste dans le contrat conclu par un consentement mutuel, libre, délibéré et manifesté extérieu­rement. Marie ne consent pas immédiatement, comme subjuguée par la force ou la crainte de cette soudaine apparition : elle réfléchit sur la condition de sa virgi­nité, que Dieu lui-même lui avait inspiré de vouer [37]. L’ange la rassure, puis attend sa réponse verbale ; dès que celle-ci est obtenue, il la quitte, car désormais le contrat est conclu, et sa mission accomplie.

Au sens typique, on peut voir dans l’Ancien Testament au moins deux épi­sodes qui figurent bien la scène de l’annonciation et qui se terminent par un ma­riage. Le premier et le plus connu est celui où le patriarche Abraham envoie son grand serviteur chercher une épouse pour son fils Isaac dans une terre lointaine (Gn 24, 16). On a déjà vu en quoi Rébecca est une figure de la sainte Vierge [38]. Le serviteur d’Abraham ne repartira pas avant d’avoir obtenu son consentement (Gn 24, 58). Ensuite, on peut évoquer l’épisode où le roi David, alors exilé loin d’Israël, envoie une ambassade auprès d’Abigaïl, au Carmel, pour lui demander sa main. Abigaïl donne promptement son consentement, en se déclarant sa ser­vante (ancillam). L’Écriture précise qu’elle devint sa femme (1 S 25, 39-42). Abi­gaïl est aussi une figure de Marie [39].

La Tradition se joint à l’exégèse pour voir un vrai mariage dans cette scène de l’annonciation. En effet, au cours des siècles, on a souvent donné à Notre-Dame le titre d’épouse (sponsa [40]) : épouse céleste, épouse de la Trinité, du Père, du Très-Haut, du Seigneur, du Verbe, du Christ, etc. Titres qui se résument tous en un seul, le plus fréquent [41] et le plus significatif : épouse de Dieu.

Saint Thomas, fort de toute cette tradition, la condensera dans une phrase qui fera fortune chez les théologiens : « Afin de bien montrer que dans l’incar­nation se réaliserait un mariage spirituel entre le Fils de Dieu et la nature hu­maine, c’est en son nom, à la place de toute l’humanité (loco totius naturæ hu­manæ), que le consentement de la Vierge au message de l’ange était attendu [42]. » Enfin, pour achever notre démonstration, il suffira de dire que cette interprétation a été plusieurs fois assumée par le magistère ordinaire des papes, en dernier lieu par Pie XII : « Elle qui accepta à la place de la nature humaine tout entière qu’un mariage spirituel unît le Fils de Dieu et la nature humaine [43]… » « Le consente­ment de Marie ne fut donc pas seulement celui d’une mère qui accepte la ma­ternité, mais il fut semblable au consentement matrimonial d’une épouse [44]. »

Si nous insistons tant sur cette doctrine, c’est parce qu’elle entraîne plu­sieurs conséquences éclairantes pour notre sujet. En effet, si le mariage charnel est un grand mystère selon saint Paul, n’étant qu’une image de ce qui unit le Christ à l’Église, son épouse (Ep 5, 32), que penser de ce mariage spirituel contracté par Dieu avec la très sainte Vierge ?

Tout d’abord, si la loyauté requise, même dans les lois humaines, oblige à ne pas cacher à l’autre contractant quelque chose qui serait susceptible de sus­pendre son consentement, ne doit-on pas tenir que Dieu ait éclairé l’intelligence de la Vierge de lumières surnaturelles étendues, portant non seulement sur sa vocation à la maternité divine, mais aussi sur sa future maternité spirituelle envers les hommes, avec toute la part de sacrifice qui lui en reviendrait ? C’est pourquoi, « selon la doctrine des pontifes romains [45], le “fiat” prononcé par la bienheureuse Vierge à l’annonciation fut à l’origine de la mission et de la gloire de la bienheu­reuse Vierge Mère et Reine. Marie fut consciente de concevoir en elle le Verbe de Dieu ; elle fut consciente de la place et de la charge qui lui revenaient en tant que Mère du Rédempteur et des hommes ; elle donna sa réponse à l’ange spon­tanément et au nom de toute l’humanité, rendant ainsi possibles la passion, la mort et la résurrection du Christ ; elle devint donc par ce “fiat” la mère spirituelle des hommes [46] ».

« Élan de pure charité envers Dieu et envers nous : elle voit la gloire que Dieu va retirer de ce mystère et le salut qui en sera le fruit pour tous les hommes, et elle embrasse d’un même amour ce double objet. Bien que l’ange n’ait parlé que des grandeurs du Messie, elle n’ignore point qu’Isaïe, qui a prédit les gloires de l’Emmanuel, a annoncé aussi les souffrances et le martyre du servi­teur de Yahweh, et elle s’offre à tout avec le Rédempteur [47]. »

Cette adhésion de la Vierge aux futures souffrances du Messie semble être confirmée par les termes même de l’Évangile. En effet, si l’on tient compte du texte original grec – tel que l’a écrit saint Luc – il faut traduire la réponse de Ma­rie, littéralement, par : « Voici l’esclave (doúlè) du Seigneur », plutôt que par « la servante » (thérápaina). Pourquoi Notre-Dame a-t-elle choisi ce terme précis ? Sans doute par un sentiment profond d’humilité, mais aussi, selon le contexte, pour manifester sa totale dépendance à l’égard du Seigneur. On sait qu’un maître pouvait faire ce qu’il voulait de son esclave, selon son bon plaisir, et le soumettre aux épreuves les plus cruelles, jusqu’à la mort.

Or, c’est justement sous cet angle de l’esclavage qu’Isaïe avait prophétisé les souffrances du Messie dans son célèbre chapitre 53 et, là encore, non seule­ment d’après le terme employé (douleúonta, au verset 11 du texte grec de la Sep­tante), mais aussi d’après le contexte immédiat : « Il a plu au Seigneur de le broyer par la souffrance » (verset 10). On remarquera, de plus, que le trinôme incarnation-servitude-expiation est explicitement affirmé par Notre-Seigneur Jé­sus-Christ lui-même : « Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon [48] », et aussi par l’Apôtre : « Bien qu’il fût de condition divine (…), il a pris la condition d’esclave (doúlou), (…) se faisant obéissant jusqu’à la mort [49]. »

« Si nous gardons cette perspective devant les yeux en lisant la réponse de Marie lors de l’annonciation, nous constatons que l’expression “servante [esclave] du Seigneur” forme un prélude qui convient non seulement à l’incarnation mais au sacrifice rédempteur. Si ce sacrifice se définit par l’attitude de celui qui est serviteur jusqu’au bout, on peut dire qu’il était déjà d’une certaine manière pré­formé dans le consentement de celle qui se voulait, sans réserves, servante de Dieu. C’est donc toute l’incarnation rédemptrice que l’on voit se dessiner dans la formule de l’acquiescement ou, plus exactement, l’esprit de cette incarnation ré­demptrice. [50] » Sans affirmer que Notre-Dame ait prévu alors dans le détail toutes les douleurs de son fils et, par voie de conséquence, les siennes propres, nous pouvons cependant croire qu’elle les a déjà consciemment et pleinement accep­tées et, ainsi, qu’elle a inauguré son rôle de corédemptrice avant même la pro­phétie de Siméon [51].

Au seul plan naturel, tout consentement, pour être valide, doit être donné avec connaissance et liberté suffisantes. Au plan surnaturel, si la grâce s’ajoute à ces deux conditions préalables, il devient alors méritoire, à proportion du degré de charité dont il procède. Quel peut être le mérite du fiat de celle qui vient d’être reconnue pleine de grâce ? Saint Pie X nous répond : « Parce que Marie l’emporte sur tous en sainteté et en union avec Jésus-Christ, et qu’elle a été asso­ciée par Jésus-Christ à l’œuvre de la rédemption, elle nous mérite de congruo, comme disent les théologiens [52], ce que Jésus-Christ nous a mérité de condigno, et elle est le ministre suprême de la dispensation des grâces [53]. »

Par ce consentement, la Vierge est constituée en droit et en fait médiatrice entre Dieu et les hommes. En effet, « on ne peut pas être médiateur sans avoir un statut d’intermédiaire, (…) c’est-à-dire de pouvoir concilier deux extrêmes entre eux, ce qui s’obtient principalement quand on parvient à réunir ces deux ex­trêmes dans une conformité de volonté et non seulement de nature [54] ». Notre-Seigneur Jésus‑Christ est notre médiateur principalement par son âme humaine, et non par son corps ; et il nous a réunis, réconciliés avec Dieu, principalement par une parfaite conformité entre sa volonté humaine et la volonté divine : « Je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté à moi, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 6, 38). Et s’il a pu le faire, ce fut grâce à la parfaite confor­mité de volonté de Marie ; sans fiat, pas d’incarnation : telle est la volonté de Dieu ; que celle-ci soit le fruit du parfait consentement de deux volontés libres, de la part du Créateur et de la part de la créature. « Parmi toutes les créatures, il a voulu en choisir une qui fût la collaboratrice immédiate de son Fils, de sorte qu’une nouvelle humanité soit formée à partir d’un premier homme et d’une première femme. [55] »

Un des premiers effets du mariage est l’élévation sociale du conjoint le moins digne. Un mariage peut faire ainsi d’un pauvre journalier un riche fermier, d’une pauvresse une princesse, etc. L’Écriture nous apprend comment Esther fut élevée de la condition de servante à celle de reine par son mariage avec le très puissant roi Assuérus, « devant qui elle trouva grâce plus que toutes les autres femmes » (Est 2, 17). On sait tous les bienfaits que reçurent ses compatriotes de cette promotion [56]. A plus forte raison pour la très sainte Vierge, que saint Léo­nard de Port-Maurice présente comme « une grande dame qui est parente au premier degré avec Dieu même [57] ». Sa dignité et son pouvoir sont incommensu­rables, car Dieu ne pouvait pas la faire meilleure qu’il ne l’a faite [58].

La fin secondaire du mariage est l’aide mutuelle entre les conjoints, jusqu’à la mort de l’un d’eux : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je lui ferai une aide semblable à lui » (Gn 2, 18). Aussi, « en donnant son consentement aux di­vines propositions de l’incarnation, elle a accepté, non seulement d’être la Mère de Jésus, mais de s’associer à toute sa mission de Rédempteur. A chacun des mystères de Jésus, elle a dû renouveler ce fiat plein d’amour, jusqu’au moment où elle a pu dire, après avoir offert au calvaire, pour le salut du monde, ce Jésus, ce Fils, ce corps qu’elle avait formé, ce sang qui était le sien : “Tout est consommé”. A cette heure bénie, Marie est entrée si avant dans les sentiments de Jésus qu’elle peut être appelée corédemptrice [59] ».

Enfin, les lois humaines reconnaissent un certain droit de l’épouse sur les biens acquis suite au mariage, quand l’amour humain ne l’étend pas jusque sur les biens propres acquis auparavant. Ainsi, le roi Assuérus, s’adressant à Esther, lui dit-il : « Quelle est ta demande, reine Esther ? Elle t’est accordée. Quel est ton désir ? Quand ce serait la moitié du royaume, c’est fait » (Est 7, 2). Les biens ac­quis suite à l’incarnation sont, entre autres, toutes les grâces que Jésus-Christ, tête du corps mystique, peut transmettre à ses membres. Refuserait-il à son épouse le droit de gérer, pour toute la famille, le salaire qu’il fut, certes, seul à gagner en stricte justice, mais non sans son aide ?

« C’est donc en connaissance de cause que Marie a accepté de dire “oui” à cet époux qui la sollicitait pour être la compagne, l’associée de sa vie de Ré­dempteur. Sa grâce sponsale est donc, comme toute grâce sponsale, orientée vers l’époux d’une part, vers les enfants qu’elle donnera à l’époux d’autre part, enfants que l’époux engendrera d’elle et avec elle. C’est pourquoi, la plénitude de la grâce de Marie, comme celle de Jésus, est essentiellement finalisée par l’Église à enfanter. Telle est l’union sponsale originelle entre la nouvelle Ève et le nouvel Adam [60]. »

 

Concluons brièvement : « C’est à ce moment de l’incarnation que les théo­logiens font remonter les droits de Marie aux titres de corédemptrice et de média­trice de toutes les grâces [61]. »

Et « il est facile de comprendre les raisons de cette médiation de Marie. L’incarnation a dépendu de son consentement et, par suite, toutes les grâces qui en découlent. Sans le fiat qu’elle a prononcé, nous n’aurions eu ni le Christ, ni ses grâces. Ayant donc accepté de donner Jésus au monde, il semble convenable qu’elle ait gardé comme un droit sur les bienfaits qu’elle a rendu possibles, et qu’elle nous départisse les trésors de son Fils. La sagesse divine n’imposait-elle point qu’elle restât associée d’une manière active à toute la suite du grand œuvre qu’elle avait commencé, et que durât à jamais le concours intime des trois volon­tés qu’il lui avait plu d’offrir aux jours de l’annonciation et du crucifiement, celle du Père qui confère la grâce, celle du Fils qui la mérite et l’obtient, celle de Ma­rie, enfin, qui la reçoit et la distribue comme elle a reçu et donné Jésus [62] » ?

 

*

 

— 32e question : Que peut-on noter dans le récit de la visitation qui suit immédiatement celui de l’annonciation ?

 

Réponse : D’abord, « il faut remarquer avec soin que c’est, ici, celle qui est plus élevée qui vient à l’inférieure, pour que l’inférieure soit secourue : Marie vient à Élisabeth, le Christ à Jean [63] ». Ainsi, dans l’ordre de la grâce, le premier mouvement vient-il toujours d’en-haut. De par sa nature même, la grâce est toute gratuite, prévenante, pure libéralité. Élisabeth n’avait pas demandé à être aidée, ni Jean à être sanctifié ; ainsi la médiation de Marie n’a-t-elle pas besoin de nos prières pour s’exercer : il lui suffit de connaître nos besoins eux-mêmes.

 

• En ce temps-là, Marie partit pour se rendre en hâte par la montagne dans une ville de Juda (verset 39).

« Le motif véritable de la démarche de Notre-Dame, ce qui détermina sa ré­solution intrépide de franchir, sans hésitation ni retard, la distance que séparait Nazareth d’Aïn-Karïm [64], c’est qu’elle avait conçu le Sauveur et que celui-ci avait hâte de se donner à saint Jean, et de se donner à lui par sa propre Mère, la Vierge Marie. “Quand on est plein de Jésus-Christ, écrit Bossuet, on l’est en même temps de charité, d’une sainte vivacité, de grands sentiments, et l’exécu­tion ne souffre rien de languissant. Marie, qui porte la grâce avec Jésus-Christ dans son sein, est sollicitée par un divin instinct à l’aller répandre dans la maison de Zacharie où Jean-Baptiste vient d’être conçu [65]”. Il fallait, en tout cas, que, par un privilège exceptionnel, le précurseur du Christ fût affranchi du péché avant de naître, et que la Vierge Mère fût elle-même l’instrument joyeux de cette sanctifica­tion précoce. En la scène très mystérieuse de la visitation, se manifeste, comme nulle part ailleurs dans l’Évangile, le rôle de médiatrice qui revient à la Mère du Christ dans l’œuvre de notre salut. D’autant plus qu’en cette circonstance, Jean-Baptiste représentait l’humanité tout entière, comme la représentera plus tard, au pied de la croix, un autre Jean, le disciple bien-aimé du Sauveur [66]. »

 

• Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth (verset 40).

« En disant : “La paix soit avec vous !” puisque c’était la formule en usage chez les Hébreux [67]. » Or, la sainte Écriture nous apprend par ailleurs que, lors­qu’un envoyé du Seigneur formule un souhait de paix, il y joint aussi la grâce. Ainsi saint Pierre : « Que la grâce et la paix vous soient données en abondance » (1 P 1, 2 et 2 P 1, 2) ; saint Paul : « A vous grâce et paix de la part de Dieu [68] » ; saint Jean : « A vous grâce et paix de la part de celui qui est » (Ap 1, 4 et aussi 2 Jn 1, 3). Quel résultat devait produire un tel souhait, de la part de celle qui por­tait l’auteur de la grâce en elle ?

 

• Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein, et Élisabeth fut remplie de l’Esprit-Saint (verset 41).

« Ce tressaillement chez l’enfant est la marque certaine de sa justification. Il a reconnu la présence et l’influence sanctifiante de l’Époux et, comme il est dé­sormais son ami, il ne peut contenir sa joie. Mais qui donc vient d’apporter Jésus à Jean si ce n’est Marie ? Quand Jésus a-t-il opéré la sanctification de son précur­seur ? Tant que la Vierge n’a rien dit, Jean reste endormi dans le sein de sa mère. Ce qui le réveille, ce qui le fait tressaillir d’allégresse, c’est la salutation de Marie. A cette même salutation, Élisabeth est remplie du Saint-Esprit, comme l’était son enfant. D’où vient, à la parole de la Vierge, cette action sur la mère et sur le fils, ou, pour nous en tenir strictement au texte, à quoi rapporter la liaison et l’ordre de ces faits : Marie saluant, Jean tressaillant de joie, Élisabeth prophétisant ? A l’action du Verbe incarné, sans doute, mais à son action portée par la voix de sa mère [69]. Pas d’autre explication plausible. Par conséquent, ces premières grâces du Dieu fait homme sont attachées au ministère de Marie. S’il en est le principal auteur, elle en est comme le sacrement et le véhicule [70]. »

 

• Alors elle s’écria à pleine voix et dit : Bénie es-tu parmi toutes les femmes, et béni est le fruit de ton sein ! (verset 42).

« L’Esprit-Saint ne sanctifia pas seulement le Fils, mais il remplit l’âme de la mère : “L’enfant tressaillit dans son sein, et Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit”. L’Esprit-Saint apporta, non seulement la grâce, mais encore la lumière prophé­tique. Ce fut alors qu’elle comprit les grands mystères opérés en Marie et l’éléva­tion incommensurable de sa jeune parente. Cette vision grandiose la remplit d’une joie incoercible, et elle se mit à crier à grande voix, et exclamavit voce ma­gna. Et ainsi le mystère de la visitation fut une immense effusion de grâce. La grâce se répandit sur le précurseur, elle en sanctifia la vie, en illumina l’intelli­gence, en inaugura et en consacra la carrière ; car ce tressaillement était précisé­ment l’indication très claire de la présence du Verbe. Et ensuite la grâce, comme un torrent qui déborde mais vivifie, se répandit sur sa mère [71]. »

« Le Verbe incarné démontre, par un exemple splendide, la place occupée par Marie dans cette nouvelle économie du salut et de la grâce. Il se sert de la voix de la bienheureuse Vierge comme d’un véhicule, pour conférer ses bienfaits à son précurseur et à la mère du précurseur ; il veut que les premières faveurs et les premières grâces soient distribuées par l’intervention de Marie [72]. »

 

• D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? (verset 43).

« On s’accorde à reconnaître que, dans la bouche d’Élisabeth, la formule : “la mère de mon Seigneur” veut simplement dire : “la mère du Messie”. Elle donne ainsi à l’enfant récemment conçu l’un des anciens titres royaux, comme l’avait fait le psalmiste (Ps 110, 1), et souligne du même coup en Marie une di­gnité analogue à celle de la reine-mère, de la Gebira, au temps de la monarchie hébraïque [73]. » « Parce que les rois d’Israël prenaient habituellement de nom­breuses femmes, la mère du roi était choisie pour être la reine du royaume, à cause de sa relation familiale unique au roi. La Gebira, ou “grande Dame” du royaume, assistait le roi dans le gouvernement du royaume en sa noble fonction de reine-mère [74], (…) Personne n’avait de plus grand pouvoir d’intercession au­près du roi que la reine-mère qui, parfois, prenait place sur un trône à la droite du roi (voir 1 R 2, 19-20). La reine-mère servait aussi de conseillère au roi quant aux affaires du royaume (voir Pr 31, 8-9 ; 2 Ch 22, 2-4) [75]. »

 

• Dès que mon oreille a perçu ta salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse dans mon sein (verset 44).

« Une lecture, même rapide, de notre texte permet de constater qu’un même fait est répété deux fois à peu de distance. A deux reprises notre texte si­gnale qu’à la voix de la sainte Vierge, Jean-Baptiste tressaille dans le sein de sa mère (Lc 1, 41 et 44). Pourquoi cette insistance sinon pour attirer notre attention sur l’importance, pour tous les chrétiens, de la présence de Jésus vivant en Ma­rie ? Marie est le tabernacle vivant de Jésus et Jésus, par l’intermédiaire de Marie, transforme notre cœur à la ressemblance de son cœur. Là se situe la grâce essen­tielle de ce mystère de la visitation [76] (…). »

 

• Bienheureuse est celle qui a cru, car ce qui lui a été dit de la part du Sei­gneur aura son accomplissement ! (verset 45).

« Si Abraham et Sara sont appelés le père et la mère des croyants à cause de la perfection de leur foi, combien plus la Vierge très fidèle mérite-t-elle le nom de Mère des croyants [77] ? » « Elle est la parfaite croyante ; sa béatitude propre est, sur terre, celle de la foi : Beata quæ credidisti… La foi de la Vierge est même son apport le plus personnel à l’œuvre de la rédemption en laquelle le Christ ne pouvait pratiquer cette vertu incompatible avec sa vision actuelle de Dieu. La foi de Marie a apporté ce complément au sacrifice du Christ. La mariologie contem­poraine a raison de s’attacher à cette considération qui donne son vrai sens au mystère de Marie et confère au dogme marial sa valeur d’idéal et d’efficacité [78]. »

 

• Et Marie dit : « Magnificat… » (verset 46).

« C’est la seule prière et le seul ouvrage que la sainte Vierge ait composé, ou plutôt que Jésus a fait en elle, car il parlait par sa bouche. C’est le plus grand sacrifice de louange que Dieu ait reçu dans la loi de grâce [79]. » Aussi « on l’a nommé, dans les temps anciens, Evangelium Mariæ [80] ».

 

• Toutes les générations désormais me proclameront bienheureuse… (verset 48).

« Déjà Élisabeth l’avait proclamée telle (versets 42 et 45). En Israël, la mère se disait bienheureuse à la naissance d’un enfant (Gn 30, 13). Il y a plus que cela dans la parole de Marie : ce ne sont pas seulement ses connaissances, mais toutes les générations qui la proclameront bienheureuse et qui, reconnaissant dans son enfant le Messie, ne pourront séparer le nom de la Mère de celui du Fils et les glorifieront tous les deux [81]. » Déjà, « elle prévoit la gloire incomparable que lui vaudra sa maternité messianique. [82] »

 

• Car le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses (verset 49).

Non pas une grande chose, à savoir l’incarnation de son Verbe, mais de grandes choses, c’est-à-dire tout le cortège de dons exceptionnels qu’il lui a en­core départis non seulement en tant que Mère du Messie, mais aussi en tant qu’associée dans la poursuite de son œuvre de restauration de la grâce. En effet, « Dieu ayant une fois voulu donner Jésus-Christ par la sainte Vierge, et [comme] les dons de Dieu sont sans repentance (Rm 11, 29), cet ordre ne change plus. Il est et sera toujours véritable qu’ayant reçu par sa charité le principe universel de la grâce, nous en recevions encore, par son entremise, les diverses applica­tions [83] ».

 

• Et Marie resta avec elle environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle (verset 56).

« Au lieu de regagner incontinent Nazareth après la sanctification de Jean, la Vierge demeura trois mois encore auprès d’Élisabeth, non pas tant à cause de son intimité avec celle-ci, remarque saint Ambroise, que pour le plus grand profit du précurseur [84]. » « Si, au premier moment de l’arrivée et de la salutation de Ma­rie, l’effet fut tel que l’enfant tressaillit dans le sein de sa mère et que celle-ci fut remplie elle-même de l’Esprit-Saint, que devons-nous penser des effets surajoutés durant tout le temps de la présence de sainte Marie [85] ? » Saint Ambroise est si convaincu de cette médiation mariale de grâce sur saint Jean-Baptiste, qu’il l’évoque encore dans un autre ouvrage : « Durant trois mois la Mère du Seigneur l’a exercée par l’huile de sa présence [86]. » Et l’on sait que, dans le langage sacré, l’huile est le symbole de la grâce qui se répand et pénètre. Au reste, cette ré­flexion de l’un de nos plus grands docteurs latins n’est pas isolée. Nous la trou­vons déjà, plus d’un siècle auparavant, dans l’exégèse grecque, avec Origène : « S’il a suffi de la venue de Marie chez Élisabeth et de sa salutation pour que l’en­fant exultât dans la joie et qu’Élisabeth, remplie du Saint-Esprit, prophétisât ce qui est écrit dans l’Évangile, si donc, en une seule heure, de telles transformations se sont produites, il nous reste à imaginer quels progrès Jean a pu accomplir pen­dant les trois mois que dura le séjour de Marie chez Élisabeth. (…) Durant ces trois mois, Jean était entraîné, il recevait, pour ainsi dire, l’onction dans l’arène des athlètes [87]. »

« Jésus-Christ associe la Vierge au dessein qu’il avait de former un précur­seur, en remplissant de grâce l’âme de saint Jean. Il veut que cela s’exécute par son ministère. Il lui donne part à la naissance spirituelle de saint Jean, comme elle avait eu part au mystère de l’incarnation. Et comme saint Jean représentait l’Église et tous les élus, puisqu’il est dit de lui qu’il a été envoyé de Dieu afin que tous croient par lui (Jn 1, 7), et qu’on ne peut parvenir au salut que par la voie de la pénitence qu’il a enseignée aux hommes, Jésus-Christ nous a montré par là que la sainte Vierge coopère par sa charité à la naissance spirituelle de tous les élus, et que, lorsque Jésus-Christ les visite par sa grâce, la Vierge les visite par sa charité, en leur obtenant cette grâce par ses intercessions. Ainsi, est-elle notre vé­ritable mère, et nous la devons toujours regarder aussi unie à Jésus-Christ dans les opérations qu’il fait sur nous, qu’elle l’était dans cette visite rendue à Élisabeth et à saint Jean [88]. »

 

Concluons avec trois Docteurs de l’Église universelle : « Dans le mystère de l’annonciation, Marie nous est montrée en qualité de reine. Dans celui de la visi­tation, elle nous apparaît comme la Mère et la source des grâces spirituelles [89]. » En effet, « sainte Élisabeth reçut le Saint-Esprit par l’entremise et le moyen de la sainte Vierge, pour nous montrer que nous devons nous servir d’elle pour média­trice envers son divin Fils pour obtenir le Saint-Esprit [90] ». « Ainsi, les premiers fruits de la rédemption ont tous passé par Marie ; ainsi a-t-elle été le canal par lequel la grâce fut communiquée à Jean-Baptiste, l’Esprit-Saint à Élisabeth, le don de prophétie à Zacharie, et tant d’autres bénédictions à toute cette famille, grâces qui furent les premières que nous sachions avoir été accordées sur la terre par le Verbe après son incarnation. Il est donc bien juste de croire que, dès lors, Dieu avait fait de Marie, selon l’expression de saint Bernard [91], l’aqueduc universel par lequel nous arriveraient désormais toutes les grâces que le Seigneur veut nous accorder [92]. ».

 

*

 

33e question : Que peut-on dire au sujet de Marie à l’occasion de la présen­tation de Jésus au Temple ?

 

Réponse : Il faut dire que Marie nous y apparaît comme corédemptrice d’après deux faits importants : la rencontre avec le vieillard Siméon, qui lui pro­phétise sa participation aux souffrances du Rédempteur ; et la présentation qu’elle fait ensuite du Sauveur au Temple, dans un offertoire où elle s’unit de toute son âme au sacrifice de son divin Fils.

 

• Quand vint pour eux le jour de leur purification, d’après la loi de Moïse, ils le portèrent à Jérusalem afin de le consacrer au Seigneur, conformément à ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : “Tout premier-né sera regardé comme consacré au Seigneur” (Ex 13, 2 et 12, 15), et pour offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes (Lc 2, 22-24).

« Saint Luc n’a pas employé pour désigner cette cérémonie le terme tech­nique (katharsis) appliqué par les Septante à la purification de l’accouchée, mais un terme plus vague (katharismos), qui pouvait signifier rachat, expiation. Et il applique ce terme à la fois à Marie et à Jésus [“leur purification” [93]], comme s’il voulait indiquer que la purification de la Vierge ne forme qu’un avec le rachat de son enfant. Dans la démarche de Marie, il reconnaît avant tout l’offrande de Jé­sus. (…) Pour elle qui était pure, se purifier, c’était se dépouiller de son Fils en le consacrant au Très-Haut. Il y avait là une offrande plus réelle et plus profonde que les sacrifices rituels de purification [94]. »

« Il est parfaitement vrai que la Vierge bienheureuse n’a ni motif ni besoin de cette purification. Mais son Fils avait-il davantage besoin de la circoncision ? Qu’elle soit donc parmi les femmes comme l’une d’entre elles, de la même ma­nière que son Fils s’est confondu dans le nombre des enfants. Il a voulu être cir­concis : sans doute désire-t-il plus encore être offert au Temple. Offrez votre Fils, Vierge sainte, et présentez au Seigneur le fruit béni de vos entrailles. Offrez pour notre commune réconciliation la sainte hostie qui plaît à Dieu [95]. »

« Certes, la Vierge Marie n’est pas prêtre [96]. Mais elle est la Mère du grand prêtre de la nouvelle alliance, d’un prêtre qui a pour caractéristique essentielle d’être lui-même la victime de son sacrifice. Or, c’est par les mains de Marie que Jésus est offert en Lc 2, 22-23. Le verbe présenter (paristanai), qui est appliqué à la présentation de Jésus au Temple (Lc 2, 23) a, dans les épîtres pauliniennes, une portée nettement sacrificielle (Ro 6, 13-19 ; 12, 1 ; 1 Co 8, 8 ; 2 Co 4, 14 ; 11, 2 ; Ep 5, 27 ; Col 1, 28). La présentation de Jésus au Temple apparaît ainsi comme un prélude à l’offrande sacrificielle de la passion dont parle le quatrième Évangile. Et là déjà, Marie s’associe à Jésus offert à Dieu. (…) Ensemble, Marie et Jésus se soumettent à une prescription légale non faite pour eux (voir l’expres­sion étrange : leur purification, au verset 22) ; ensemble ils sont offerts à Dieu, Jésus l’étant extérieurement par l’entremise de Marie [97]. »

 

• Or il y avait à Jérusalem un homme nommé Siméon, et cet homme, qui était juste et pieux, attendait la consolation d’Israël. (…) Il vint au Temple, poussé par l’Esprit ; et comme les parents apportaient l’enfant Jésus pour satisfaire à son endroit aux coutumes légales, il le reçut dans ses bras, bénit Dieu et dit : Nunc dimittis, etc… (versets 25 et 27-29).

Donc, « sa rencontre avec Joseph et Marie arriva avant qu’ils ne se trouvas­sent devant le prêtre, pour l’offrande de Jésus [98] ». Ce détail est important : juste avant que Marie ne présente son Fils à Dieu, celui-ci, par la bouche de Siméon, lui signifie explicitement qu’elle aura à y joindre son propre sacrifice. Comme à l’annonciation, Dieu veut que sa coopératrice à l’œuvre du salut soit consciente de la portée des actes qu’elle va poser.

« Siméon, que l’Esprit de Dieu conduit au Temple pour y rencontrer l’Enfant-Dieu, est la figure vivante et comme la représentation personnelle de la loi ancienne. (…) Jésus dans les bras de Siméon, c’est l’union des deux Testa­ments ; et si ce n’est pas encore le passage de l’Ancien Testament au Nouveau, du moins [c’est] la consécration suprême de l’Ancien. (…) On comprend, dès lors, que cette rencontre est d’une importance capitale, et après l’oblation pu­blique que Marie fait à Dieu de son Fils, il n’y a rien de plus considérable ni de plus sublime en ce jour [99]. » Là encore, la médiatrice a son rôle à jouer, en remet­tant son enfant dans les bras du vieillard Siméon.

 

• Son père et sa mère étaient tout étonnés de ce qu’on disait de lui (verset 33).

« Ce n’est pas que les paroles qui venaient de jaillir, ardentes et rythmées comme un chant, du cœur de Siméon, pussent rien leur apprendre sur le Sau­veur ; mais c’était chose admirable de voir l’Esprit-Saint le révéler aux âmes, à Élisabeth, puis aux bergers, maintenant à Siméon, et d’entendre ces témoins, choisis de Dieu, célébrer les merveilles de l’incarnation et de la rédemption [100]. »

 

• Et Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère : « Cet enfant est au monde pour la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël et pour être un signe en butte à la contradiction. Vous-même, un glaive [101] transpercera votre âme, et ainsi seront révélées les pensées cachées dans le cœur d’un grand nombre » (versets 34-35).

« Adressée par Siméon à Marie toute seule, fait d’autant plus remarquable que Siméon vient de bénir à la fois Marie et Joseph, cette prédiction a, elle aussi, pour objet le sort du Messie, mais considéré maintenant sous son aspect para­doxal et même tragique. (…) Selon une interprétation proposée surtout dans l’antiquité par Paulin de Nole et saint Augustin, et qui, au Moyen Age, a été lar­gement vulgarisée, le glaive de la prophétie de Siméon représente la participation maternelle de Marie à la passion du Christ. (…) »

« C’est là un des textes les plus extraordinaires du Nouveau Testament sur la Mère du Christ. Il vaut la peine de le regarder de très près. La prédiction faite par Siméon de la transfixion de Marie est tout autre chose que la prévision de la douleur qui, pour toute mère, résulte inévitablement des épreuves et de la mort de son enfant. Assurément le point de vue psychologique de la compassion ma­ternelle n’est pas à exclure tout à fait de la perspective de Siméon, il est même un point de départ nécessaire, mais il demeure secondaire. Il n’était nul besoin d’être prophète pour apercevoir cet aspect des choses, nous voulons dire le re­tentissement du drame du Messie dans l’âme de sa mère. Et s’il ne se fût agi dans la pensée de Siméon que d’un drame familial, Joseph eût été visé en même temps que la Vierge Marie. »

« Nous avons ici le prolongement de ce que nous avons déjà constaté dans les scènes de l’annonciation et de la visitation : l’association si étroite de Marie au destin de son Fils, qui pourtant demeure l’unique Sauveur. C’est en prophète que Siméon s’exprime, et il ne s’adresse qu’à Marie. Ce qu’il annonce, c’est une parti­cipation véritablement unique de la Vierge Marie à la passion de Jésus, en tant que cette passion constitue le point culminant de l’histoire religieuse du monde et le jugement messianique de l’humanité [102]. »

« Pourquoi Siméon n’évoque-t-il la passion du Messie que par la douleur de Marie ? On aurait pu concevoir, plus logiquement, semblerait-il, une prédiction de la passion de Jésus avec son rejaillissement dans le cœur maternel de Marie. Mais cette logique répondrait moins bien à la situation concrète. Ce n’est pas Jé­sus qui vient s’offrir lui-même ; il va être présenté au Seigneur par sa Mère. Puis­qu’elle va faire le geste de l’offrande au nom de son Fils, c’est à travers sa dou­leur maternelle qu’est annoncée la souffrance de Jésus. Marie est ainsi immédia­tement avertie du sacrifice auquel va l’entraîner son offrande [103]. »

« Le glaive qui transpercera physiquement la poitrine et le cœur de son Fils transpercera mystiquement son âme. Toute sa souffrance sera intérieure, cachée, réservée à son Dieu. Voilà la part spéciale que Dieu lui a réservée et lui demande d’accepter dans sa foi vivante. Dieu la prévient. Après lui avoir demandé le « fiat » de l’annonciation dans la joie, il lui demande ce nouveau « fiat » qui annonce le glaive. Le mystère de l’incarnation est ordonné au mystère de la rédemption et de la Croix, tout en s’en distinguant. Il ne s’agit pas seulement d’accepter de vivre une maternité divine toute de joie dans une totale pauvreté, Dieu veut plus. Ma­rie, qui a été si liée au mystère de l’incarnation, doit l’être également au mystère de la rédemption. C’est pourquoi il lui demande d’accepter une maternité san­glante, crucifiante pour qu’elle soit plus intimement unie au mystère de salut de son Fils [104]. »

« La Vierge-Mère, éclairée par les divines Écritures, ainsi que l’affirme saint Jérôme [105], connaissait déjà les souffrances que le Rédempteur devait endurer pendant sa vie et surtout au moment de sa mort [106]. » La prophétie du glaive appa­raît donc comme une ultime instruction de la part de Dieu à l’égard de la coré­demptrice, au moment où elle va faire le premier sacrifice de son enfant. Instruc­tion plus explicite et plus pressante, lui rappelant la nature même de la coopéra­tion qui lui est demandée : bien plus morale que physique, et surtout caractérisée par une souffrance exceptionnelle et expiatrice. C’est aussi l’interprétation du magistère : « Elle connaît très clairement les douleurs réservées à son Fils. En ef­fet, lorsqu’elle s’offrit comme servante pour être sa mère et lorsqu’elle se consa­cra tout entière avec lui dans le Temple, elle devint dès lors, par l’un et l’autre de ces actes, l’associée de ce Fils dans son œuvre si laborieuse d’expiation pour le genre humain [107]. »

« Avant que Jésus fût capable de s’offrir en sacrifice, Marie eut donc à faire le geste pour lui. La mère fut la première à présenter au Père l’holocauste du Calvaire. L’offrande maternelle de Marie précéda l’offrande proprement sacerdo­tale de Jésus. Par son geste, la Vierge avait conscience qu’elle engageait tout son avenir en même temps que celui de son Fils. Le “fiat” qu’elle prononça intérieu­rement dès qu’elle eut entendu les paroles de Siméon lui coûtait plus que le “fiat” dit à l’ange Gabriel. Il était l’acceptation d’une mission maternelle vouée à la souffrance [108]. » « A partir de ce moment, toute son existence s’écoulera dans cette perspective, et sera déjà de ce fait une coopération au sacrifice rédemp­teur [109]. »

 

• Lorsqu’ils eurent tout accompli selon la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée… (verset 39).

« Après les paroles du vieillard Siméon, la sainte Vierge comprend mieux le sens et l’aboutissement de ce premier offertoire de Jésus et de son propre offer­toire. (…) A l’offertoire, en donnant le pain et le vin qui nous représentent aussi, nous manifestons publiquement notre volonté de nous unir à Dieu. C’est exacte­ment ce que Jésus a fait avant nous, lors de sa présentation à son Père. Étant Dieu, il est parfaitement conscient de cet offertoire, un offertoire qu’il ne peut pas réaliser lui-même extérieurement, parce qu’il a voulu être un petit enfant. C’est donc par l’intermédiaire de la sainte Vierge qu’il réalise extérieurement cet offer­toire de la présentation que l’Église appelle le “sacrifice du matin [110]”, première étape, préparatoire au “sacrifice du soir”, c’est-à-dire au sacrifice de la Croix, comme notre offertoire s’achève par la consécration et la communion à la messe. Et pour cet offertoire de la présentation, le concours de la sainte Vierge était in­dispensable. Or, qui mieux que la sainte Vierge pouvait réaliser cet offertoire et s’unir au sacrifice de Jésus [111] ? »

En effet, « elle était dans une plus étroite obligation que personne de pré­senter pour elle-même à Dieu cette hostie, aux mérites de laquelle elle devait toutes les grâces dont elle se voyait comblée, et qui surpassaient celles que l’Église entière devait jamais recevoir. Marie, la plus innocente des créatures, la seule exempte de toute souillure, la seule digne d’approcher de Dieu avec confiance, étant la médiatrice de l’Église, devait offrir elle-même à Dieu dans le temple, Jésus‑Christ, notre hostie, et l’y dévouer par avance à la mort, comme un jour elle irait le lui offrir sur le Calvaire. D’ailleurs, Dieu ayant défendu qu’on lui présentât aucune victime dérobée et voulant que chaque hostie lui fût offerte par les mains de ceux à qui elle appartenait, c’était à Marie de lui présenter cette hos­tie que la nature et la grâce lui  avaient donnée si parfaitement et si singulière­ment [112] ».

Ainsi, « ce premier sacrifice public qui révélait et inaugurait la mission sa­cerdotale du Christ, elle était chargée de l’offrir. Plus que Joseph, dont la pater­nité n’était qu’extérieure, et dont, par suite, le droit sur Jésus était loin d’égaler le sien, plus que le prêtre qui recevrait l’enfant pour le présenter à Dieu en la ma­nière prescrite (ce qui ne constituait qu’une oblation cérémonielle, commune d’ailleurs à tous les premiers-nés), Marie, vraie mère, offrait réellement son Fils, comme ayant qualité et mandat pour le faire [113] ».

« Cet enfant lui appartenait, comme jamais enfant n’appartint à sa mère ; ses droits sur lui étaient entiers, profonds, sacrés. Or, de son plein gré, elle s’en des­saisit, elle le remet totalement entre les mains de Dieu. Dieu, il est vrai, le lui rend ; mais seulement ad tempus, sous condition, comme un dépôt, pour le gar­der, l’élever en vue de son sacrifice et, quand il le consommera, se sacrifier elle-même avec lui [114]. »

« Bien avant le calvaire, la vie de Marie sera déjà une coopération au sacri­fice rédempteur, parce qu’elle s’écoulera dans cette perspective. La prophétie pouvait sembler bien cruelle, car en prédisant à Marie le glaive qui lui transperce­rait l’âme, elle faisait déjà pénétrer ce glaive en elle ; mais telle était la volonté divine, pour que la maternité et la vie de la Vierge devinssent une préparation au sacrifice. Marie devait être corédemptrice pendant de nombreuses années avant de l’être au pied de la croix [115]. »

 

Concluons cette fois encore avec saint Alphonse de Liguori : « L’offrande de Marie fut bien différente de celle des autres mères. Celles-ci savaient que l’obla­tion de leurs enfants n’était qu’une simple cérémonie légale. En les rachetant, elles reprenaient tous leurs droits sur eux, sans craindre d’avoir jamais à les offrir réellement en sacrifice. Mais la sainte Vierge offrit réellement son Fils à la mort. Elle était certaine que le sacrifice qu’elle faisait alors de Jésus se consommerait un jour sur l’autel de la croix. Et sacrifier ainsi la vie de son Fils, c’était, à cause de l’amour qu’elle lui portait, se sacrifier elle-même tout entière à Dieu. (…) Il n’avait pas voulu que son Fils devînt le fils de Marie sans qu’elle y eût expressé­ment consenti, il ne voulut pas non plus que Jésus sacrifiât sa vie sans le consentement de Marie, afin que, dans un seul et même sacrifice, fussent immo­lés à la fois et la vie du Fils et le cœur de la Mère.

(…) Par ses douleurs et par le sacrifice qu’elle fit de son Fils, la sainte Vierge a donc mérité de devenir la Mère de tous les rachetés. En conséquence, il est juste de croire que, seule, elle dispense le lait des divines grâces, puisque celles-ci découlent des mérites de Jésus-Christ et que, par elles, on parvient au sa­lut. Saint Bernard nous le donne à entendre quand il dit que “Dieu a déposé dans les mains de Marie tout le prix de notre rédemption [116]”. Le prix de notre ré­demption, ce sont les grâces méritées par notre Rédempteur. Puisque ce prix est tout entier dans les mains de Marie, c’est donc par elle que sont dispensées toutes les grâces [117]. »

 

*

 

34e question : Que faut-il surtout retenir des Évangiles de l’enfance, au sujet de la Mère du Sauveur ?

 

Tout d’abord que la très sainte Vierge est une nature parfaite, supérieure en grâce et en dignité aux premiers anges, bénie entre toutes les femmes par Dieu, et choisie par lui pour jouer un rôle exceptionnel dans son plan de la rédemption des hommes. Comme cette coopération doit être parfaitement libre, l’ange l’informe en termes suffisamment explicites pour elle de l’origine divine du Mes­sie qui doit naître d’elle. Aussi son « fiat », en tant que consentement libre et conscient l’élève-t-il à la dignité suprême pour une créature, non seulement de Mère de Dieu, mais aussi d’épouse à un titre tout spécial et d’associée dans l’œuvre de la rédemption du genre humain.

Ainsi, le premier homme à être délivré du péché originel par l’action du Verbe incarné, le sera-t-il par l’intermédiaire de Marie. Cette médiation de grâce de Notre‑Dame envers saint Jean-Baptiste, dont la sainteté fut si éminente et qui se place à la charnière de l’Ancien et du Nouveau Testament, ne saurait être for­tuite et insignifiante dans l’ordre de la Providence divine.

Dieu avait institué dans l’ancienne loi une consécration rituelle préfigurant l’offrande et le rachat que son Fils unique devrait un jour accomplir parfaitement au profit de tous les hommes, sur le Calvaire. Au moment de présenter cette oblation cérémonielle, Notre-Dame se verra rappeler par un envoyé de Dieu que son rôle d’associée l’amènera à participer elle aussi, plus tard, au sacrifice réel du Rédempteur. Déjà, par ses souffrances expiatrices, ses vertus très parfaites et son exceptionnelle union à Dieu, elle mérite son titre de corédemptrice, sur lequel se fonde celui de médiatrice.

Marie est donc la fidèle associée de Jésus dans tous ses états. Un autre Évangéliste de l’enfance de Jésus, saint Matthieu, semble aussi nous l’indiquer en employant trois fois l’expression : « L’enfant et sa mère » (Mt 2, 11, 13 et 20). « Ce groupe de Jésus et de sa Mère n’est point fortuit, mais voulu et préparé avec soin par la Providence. Le Sauveur n’est avec personne d’autre, il n’est pas, par exemple, avec Joseph son père putatif, mais il est avec Marie, sa Mère véritable et réelle. Et les mages l’adorent, et Marie se tient à ses côtés ; ou, mieux, comme s’est plue à le dépeindre la première chrétienté dans les catacombes, Jésus repo­sait dans les bras de sa Mère. Les mages sont arrivés au but ; ils ont trouvé celui qui soutenait leur foi, l’objet de leur idéal ardent de généreuse et surnaturelle charité. Mais c’est Marie qui leur fait connaître Jésus, qui le leur présente, qui l’offre à leur adoration. Invenerunt puerum cum Maria matre ejus. Les grâces qui alors affluèrent dans l’âme des mages, l’Évangile ne les décrit pas en particulier, mais elles ne durent pas être moindres que celles dont bénéficièrent les hôtes de Marie dans la visitation. Or, non moins que dans la cité sacerdotale perdue à tra­vers les monts, in montana, de même encore à Bethléem, ce courant de grâces qui débordait du cœur du Sauveur, trouvait son canal, son lit large, majestueux, puissant en Marie. Invenerunt puerum cum Maria matre ejus [118]. »

 


[1] — Pie cardinal (†1880) : Œuvres complètes, Paris, 1871, t. VI, nº 34, p. 659.

[2] — Le fait de citer un auteur moderne ne consiste pas pour autant une approbation de toutes ses autres théories. On veut simplement exploiter chez lui ce qui peut l’être.

[3] — Bur J., Médiation mariale, ch. III, DDB, 1955, p. 46-47.

[4] — Traduction de la Bible Crampon.

[5] — Philippe M-D O.P., « Le Mystère de la maternité divine de Marie » dans Maria, t. VI, Paris, Beauchesne, 1961, p. 386.

[6] — Albert Le Grand saint (†1280), Compend. theolog. veritat, l. IV, c. 7.

[7] — Dictionnaire de la Bible, supplément (DBS), Art. « Annonciation », Paris, Éd. Letouzey, 1926, fasc. 1, col. 263.

[8] — Crampon A., La Sainte Bible, Paris, Éd. Desclée, 1904, t. VI, p. 196.

[9] — Neubert E. S.M.M., Marie dans le dogme, Paris, Spes, 1946, p. 163.

[10] — Théoret E. S.M.M., La Médiation mariale…, Paris, Éd. Vrin, 1940, p. 146.

[11] — Thomas D’Aquin saint († 1274), Explication de la salutation angélique, § 5.

[12] — Saint Luc ayant écrit en grec, il est intéressant d’étudier les mots importants d’après cette version.

[13] — Galot J. S.J., « La sainteté de Marie », dans Maria, t. VI, Paris, Beauchesne, 1961, p. 419. Le même auteur, dans Marie dans l’Évangile (Paris-Louvain, DDB, 1958, p. 25-26) légitime la traduction latine et son sens de plénitude par trois arguments intéressants.

[14]Dictionnaire de la Bible, ibid., col. 283.

[15] — Renié J. S.M., Manuel d’Écriture sainte, Lyon, Éd. Vitte, 1938, t. IV, p. 244.

[16] — Garrigou-Lagrange R. O.P., La Mère du Sauveur…, Paris, Éd. du Cerf, 1954, p. 31.

[17] — Thomas d’Aquin saint, Somme théologique, III, q. 27, a. 5, ad 1.

[18] — Comme le fait remarquer le père Feuillet (« La Vierge Marie dans le Nouveau Testament », dans Maria, op. cit. p. 32, 33) cette formule s’adresse alors à des personnages prédestinés, pour les « aider à mener à bien une œuvre qui intéresse l’histoire du salut ». On la relève ainsi, par exemple, dans les messages de Dieu à Isaac (Gn 26, 23), à Jacob (Gn 28, 14-15), à Moïse (Ex 3, 12), à Josué (Jos 1, 5), à Gédéon (Jg 6, 16).

[19]Dictionnaire de la Bible, ibid., col. 283.

[20] — Galot J., Marie dans l’Évangile, p. 28-29.

[21] — Fillion L-Cl. P.S.S., professeur d’Écriture sainte : La Sainte Bible, Paris, Éd. Letouzey, t. VII, 1923, p. 294.

[22] — Voir Thomas d’Aquin saint, III, q. 26, a. 1 ; Bonaventure saint : III Sent., D. 19, a. II, q. 2.

[23] — Cantinat J. C.M., Marie dans la Bible, Le Puy, Mappus, 1963, chap. 8, p. 61. L’auteur renvoie à Jn 6, 8 ; Ex 33, 12 ; Jg 6, 17 et Est 7, 3.

[24]Dictionnaire de la Bible, ibid., col. 285.

[25] — Pierre Chrysologue saint, Docteur de l’Église (†451) : Sermo 147 de Incarnationis sacramento, PL 52-595.

[26] — Leblond Dom Germain O.S.B., Soleil de justice, La Pierre-qui-Vire, Éd. Presses monastiques, 1961, p. 167.

[27]Dictionnaire apologétique de la Foi catholique, art. « Marie », Paris, Éd. Beauchesne, 1926, t. III, col. 293.

[28] — Une note en renvoi affirme que c’est le « sentiment presque général des mariologues », appuyé sur la Tradition : « Dès le IIe siècle se fait la croyance qu’au moment de l’Annonciation, Marie a eu révélation du mystère de l’Incarnation. » Et de nommer saint Justin (†163), saint Irénée (†202), Tertullien (†220), etc. Érasme (†1536) avait insinué que la sainte Vierge n’aurait pas eu connaissance de la divinité de son Fils dès l’Annonciation, mais progressivement par la suite. L’Université de Paris condamna sans appel cette opinion, Suarez la qualifia d’impie et hérétique, et saint Pierre Canisius (Docteur de l’Église) la jugea contraire à l’accord unanime des Docteurs. Voir L’Ami du Clergé, 1961, p. 279.

[29] — Feuillet A. P.S.S., professeur d’Écriture sainte : Jésus et sa Mère, d’après les récits lucaniens de l’enfance et d’après saint Jean, Paris, Éd. Gabalda, 1974, p. 121.

[30] — Ambroise saint, Docteur de l’Église (†397) : Exposit. Evang. sec. Lucam, l. II, nº 14-15, traduction Thiriet.

[31] — Augustin saint, Docteur de l’Église (†430) : De sancta virginitate, C. 3, PL 40-398.

[32] — De Ségur Mgr († 1876) : La Sainte Vierge dans le Nouveau Testament, ch. X, Œuvres, Paris, Éd. Tolra, 1893, t. XV, p. 328.

[33] — Galot J., Marie dans l’Évangile, p. 53.

[34] — Cette interprétation développe l’exégèse donnée par le Dictionnaire de la Bible, ibid., col. 290.

[35] — Bur J., ibid., p. 80.

[36] — Bossuet J.-B. (†1704), « Sermon pour la fête de l’Annonciation », cit. dans Maria, t. III, p. 249.

[37] — Si les exégètes modernes ne veulent pas conclure à un vœu de virginité proprement dit, à partir de l’affirmation : « Je ne connais point d’homme » (verset 34), en revanche, il est certifié par l’ensemble de la Tradition : saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Ambroise, saint Jérôme, Jean de Jérusalem, saint Augustin, saint Ildefonse, saint Bède, Jean le Géomètre, saint Anselme, Théophylacte, saint Bernard, saint Antoine de Padoue, saint Albert le Grand, saint Thomas, saint Bonaventure, saint Antonin, Suarez, saint Pierre Canisius, saint Laurent de Brindes, saint François de Sales, Benoît XIV, saint Alphonse de Liguori… ; ce qui fait au moins quinze docteurs de l’Église.

[38] — Voir Le Sel de la terre 24, q. 27, p. 125.

[39]Ibid., p. 128.

[40] — Au XVIIe siècle, H. Maracci avait fait une importante recension des différents titres donnés à Notre-Dame, d’après les Pères et les meilleurs auteurs. Au mot Sponsa, on peut relever 325 citations référencées, dont 75 pour l’époque patristique (jusqu’à saint Jean Damascène). Voir Summa aurea de J.J. Bourassé, Migne, 1862, t. X, col. 306 à 320.

[41] — Ont employé l’expression « Sponsa Dei » : saint Cyrille de Jérusalem, saint Pierre Chrysologue, saint André de Crête, saint Germain de Constantinople, saint Jean Damascène, saint Joseph l’Hymnographe, saint Fulbert de Chartres, saint Bernard, bienheureux Ælred, saint Simon Stock, saint Bonaventure, saint Albert le Grand, saint Bernardin de Sienne, saint Antonin de Florence, saint Thomas de Villeneuve, saint Laurent de Brindes… (Nous nous limitons à ne citer ici que les auteurs canonisés.)

[42] — Thomas d’Aquin saint, III, q. 30, a. 1, sed contra.

[43] — Pie XII, encyclique Mystici Corporis, du 29 juin 1943 ; voir aussi Léon XIII : Octobri mense, du 22 septembre 1891 et Fidentem piumque, du 20 septembre 1896.

[44] — Bur J., ibid., p. 115. Scheeben, un des meilleurs théologiens du siècle dernier, a très bien démontré ce caractère « materno-sponsal » de Notre-Dame dans : Handbuch der Katholischen Dogmatik, l. V, nº 1587-1590.

[45] — Voir Notre-Dame, « Les enseignements pontificaux » p. 73 nº 701, 741, 214, 372, 381, 648. Par exemple Pie XII : « L’exercice de la médiation maternelle a commencé dès son consentement à l’incarnation » (AAS 40-537).

[46] — Ottaviani A. cardinal, Préfet du Saint-Office, rapporteur du Schéma préparatoire de la constitution sur la B.V.M., Rome, Polyglotte, 1962, p. 16, note 9.

[47]Dictionnaire de la Bible, ibid., col. 295.

[48] — Mt 20, 28 et Mc 10, 45.

[49] — Ph 2, 6-8.

[50] — Galot J., Marie dans l’Évangile, p. 67.

[51] — C’est l’opinion de saint Alphonse de Liguori, de Léon XIII, du père Garrigou-Lagrange. Qu’on nous permette de l’appuyer par une révélation privée de Notre-Dame à la servante de Dieu, Consolata Betrone, clarisse capucine († 1946) : « Lorsque je prononçai le fiat à l’archange qui m’avait fait part du désir de Dieu, j’acceptai, certes, la dignité de Mère de Dieu mais, surtout, les déchirantes douleurs de la passion. »

[52] — Mérite de congruo = de simple convenance ; de condigno = en stricte justice.

[53] — Pie X saint, Encyclique Ad diem illum, du 2 février 1904.

[54] — Bonaventure saint, III Sent., D. 19, a. 2, q. 2.

[55] — Curty C. O.F.M., Le Mystère de la Vierge mère, Paris, Éd. franciscaines, 1971, chap. 1, p. 42.

[56] — Sur Esther, figure de la très sainte Vierge, voir Le Sel de la terre 24, ibid., p. 129-130.

[57] — Léonard de Port-Maurice saint (†1751) : Sermons pour les missions, Serm. 18, Tournai, Éd. Casterman, 1874, p. 104.

[58] — C’est ce qu’affirment saint Thomas d’Aquin : I, q. 26, a. 6, ad 4, et saint Bonaventure : I Sent., D. 44, dubia IV.

[59] — Marmion Dom, Le Christ, vie de l’âme, Maredsous, 1949, ch. XII, p. 470.

[60] — Leblond Dom Germain, ibid., p. 167.

[61]La Sainte Bible, Paris, t. X, Éd. Pirot-Clamer, Letouzey, 1935, note p. 30.

[62] — Marmottin Mgr, « Marie Médiatrice – Discours du 25 mai 1928 à Notre-Dame de l’Épine » dans Leçons et portraits, Paris, Spes, p. 111.

[63] — Ambroise saint, op. cit. nº 22 ; PL 15-1641 ; voir Matines du Vendredi des Quatre-temps de l’Avent, 3e leçon.

[64] — Suivant une tradition qui remonte peut-être au Ve siècle, la demeure de Zacharie se trouvait à un endroit appelé aujourd’hui Aïn-Karïm et situé à sept kilomètres environ au sud-ouest de Jérusalem.

[65]Élévations sur les mystères, 14e semaine 1ere élévation – Œuvres complètes, Paris, Éd. Martin-Beaupré, 1868, t. VIII, p. 483.

[66] — Flicoteaux Dom O.S.B. : Mystères et Fêtes de la Vierge Marie, Paris, Éd. du Cerf, 1955, p. 42-43.

[67] — Cornelius a Lapide : Comment. in Script. sacram, Paris, Éd. Vivès, 1866, t. 16, p. 29 a. Confirmatur par Ceuppens P.-F. O.P. : De Mariologia biblica, Rome, Éd. Marietti, 1951, vol. IV, p. 93.

[68] — Dans presque toutes ses épîtres : Ro 1, 7 ; 1 Co 1, 3 ; 2 Co 1, 2 ; Ga 1, 3 ; Ep 1, 2 ; Ph 1, 2 ; Col 1, 1 ; 1 Th 1, 1 ; 2 Th 1, 2 ; 1 Tm 1, 2 ; Tt 1, 4 ; Phm 3.

[69] — Comme le souligne la 5e antienne des Laudes et Vêpres pour la fête de la Visitation, le 2 juillet : « Du fait que (Ex quo) votre voix me saluant a frappé mes oreilles, l’enfant a exulté dans mon sein, alleluia ! » – voir aussi la 3e antienne : Ut audivit (…).

[70] — Terrien J.-B. S.J., La Mère de Dieu et la Mère des hommes, Paris, Éd. Lethielleux, 1950, 8e édition, t. III, p. 362-363.

[71] — Campana E., Marie dans le dogme catholique, Montréjean, Éd. Soubiron, 1912, t. I, p. 296.

[72] — Knabenbauer J. S.J., Commentarius in Evangelia (Lc 1, 41), Paris, Éd. Lethielleux, 1903.

[73] — Cantinat J., ibid., ch. 12, p. 92.

[74] — Voir 2 R 11, 3 ; 1 R 2, 19 ; 1 R 15, 9-13 ; Jr 13, 18-20.

[75] — Miravalle M.-I. S.T.D. : Marie, corédemptrice, médiatrice, avocate, Santa Barbara (USA), Queenship Publishing, 1993, p. 58.

[76] — Zuchelli G. O.F.M., A travers les Évangiles, Paris, Éd. N.E.L., 1984, p. 21.

[77] — De Deutz Ruppert O.S.B. († 1129), In cantic, 1, 7 ; PL 168-950.

[78] — Frenaud Dom O.S.B., La Grâce de l’Immaculée Conception, Rapport du VIIe Congrès marial national, Lyon, 1954, p. 245.

[79] — Grignion de Montfort Louis-Marie saint, Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge, ch. 8, a. 1, § 6.

[80] — Fillion, ibid., p. 298 a.

[81] — Pirot-Clamer, La Sainte Bible, ibid., p. 33 b.

[82] — Cantinat J., ibid., chap. 14, p. 103.

[83] — Bossuet J.-B., Sermon pour la conception de la Vierge (9 décembre 1669), Œuvres oratoires, Paris, Éd. Lebarq, 1922, t. V, p. 603-604.

[84] — Flicoteaux Dom, ibid., p. 43.

[85] — Ambroise saint, ibid., nº 29-30, PL 15-1562. Ce texte a été choisi par l’Église pour commenter l’Évangile de la fête de la Visitation, (Brév. rom., Matines du 2 juillet, 9e leçon).

[86]Idem, De institutione Virginis…, c. 7, nº 50 ; PL 16-319.

[87] — Origène (†253), Hom. IX in Lucam, nº 1-2, traduction Sources chrétiennes nº 87, Paris, Éd. du Cerf, 1962, p. 176-177.

[88] — Nicole P. (†1695), Pensées morales sur les mystères de Jésus-Christ, la Visitation, § 3, Œuvres, Paris, 1741, t. XIII, p. 331. (Cité par Terrien, ibid., p. 364.)

[89] — Laurent de Brindes saint (†1619), Sermo II super Salve Regina, § IV ; Mariale, Padoue, 1964, p. 391.

[90] — François de Sales saint (†1622), Sermon 50 sur la Visitation, Œuvres complètes, Béthune, Paris, 1833, t. IV, p. 210.

[91]Sermo in Nativ. B.V.M., nº 4-7, PL 183-440 sq., (longue citation en français dans Maria), op. cit. t. I, p. 548.

[92] — Alphonse de Liguori saint (†1787), Les Gloires de Marie, 5e disc. 1er point ; Paris, Éd.Saint Paul, 1987, p. 278.

[93] — Joseph ne peut être visé ici, le père ne contractant aucune impureté légale par le fait de la naissance de l’enfant.

[94] — Galot J., ibid., p. 79.

[95] — Bernard saint (†1153), Sermo III in Purif. B.V.M., § 2, traduction A. Béguin dans Saint Bernard, œuvres mystiques, Paris, Éd. du Seuil, 1953, p. 974.

[96] — Voir Gerson (†1429) : « Assurément le caractère sacerdotal n’a point été imprimé dans l’âme de la bienheureuse Marie, il n’en est pas moins vrai que cette Vierge a été ointe au-dessus de tous les autres membres du royal sacerdoce (1 P 2, 9), afin, non de consacrer, mais d’offrir sur l’autel de son cœur l’hostie pure, pleine et parfaite. » Tract IX sup. Magnificat. Traduction par Mgr Van Den Berghe, dans Marie et le sacerdoce, Paris, Éd. Vivès, 1875, p. 89. (NDLR.)

[97] — Feuillet A., ibid., p. 59.

[98] — Campana E., ibid., t. III, p. 152.

[99] — Gay Mgr (†1892), Élévations sur la vie et la doctrine de N.S.J.C., 20e élev., Paris, Éd. Oudin, 1884, t. I, p. 168-169.

[100] — De la Broise R.-M. S.J., La Sainte Vierge, ch. 6, Paris, Éd. Lecoffre, 1936, 19e édit., p. 109-110.

[101] — Fillion, ibid., p. 312 : « Gladius. Le mot rhomphaia désigne une longue et large épée, par opposition à la macheira, qui était plus petite. Symbole de douleur extrêmement violente. »

[102] — Feuillet A., op. cit. p. 60-65 (extraits).

[103] — Galot J., ibid., p. 88.

[104] — Philippe M-D. O.P., Mystère de Marie, 3e partie, ch. 1 ; Paris, Éd. La Colombe, 1958, t. II, p. 17-18.

[105] — Jérôme saint (†419), Commentarium in Sophoniam Prophetam.

[106] — Alphonse de Liguori saint, ibid., 6e disc. La Purification, p. 292.

[107] — Léon XIII, Encyclique Jucunda semper, du 8 septembre 1894 ; Acta, t. XIV, p. 307. (Traduction Terrien).

[108] — Gallot J. S.J., Le Cœur de Marie, Paris, DDB, 1955, p. 280.

[109] — Cantinat J., ibid., p. 142.

[110] — Louis de Grenade vénérable O.P. (†1588) : « La loi avait institué, en effet, deux sacrifices qui devaient être offerts, l’un le matin, l’autre le soir (Lv 6, 13). Ces deux sacrifices, notre Sauveur les a offerts pour nous. Aujourd’hui, il offre dans sa Présentation le sacrifice du matin ; plus tard, dans sa Passion, il offrira le sacrifice du soir », Lectures Spirituelles, Paris, Éd. Garnier, 1901, p. 263-264.

[111] — Zuchelli G., ibid., ch. 1, nº 7, p. 38.

[112] — Olier J-J. (†1657), Vie intérieure de la très sainte Vierge, ch. 8, Paris, Éd. Poussielgue, 1875, p. 138.

[113] — Gay Mgr, Entretiens sur les mystères du rosaire, Paris, Éd. Oudin, 1887, t. I, p. 244-245.

[114] — Thiriet J., Explication des Évangiles, Hong-Kong, Éd. Catholic Truth society, 1955, t. IV, p. 286.

[115] — Galot J., Marie dans l’Évangile, p. 91.

[116] — Bernard saint, Sermo de Nativ. B.V.M., ibid., nº 6.

[117] — Alphonse de Liguori saint, ibid., p. 291, 292 et 295.

[118] — Campana E. : ibid., p. 298.

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Le numéro

Le Sel de la terre n° 27

p. 76-99

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