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Lettre de Marcel De Corte

à Gustavo Corção

 

 

 

Cette lettre fut écrite suite à la série d’articles de Gustavo Corção que publia la revue Itinéraires en avril 1976 (numéro 202), à propos de l’intervention de Paul VI en faveur de terroristes espagnols condamnés à mort par le général Franco.

Lue par l’un des collaborateurs de Gustavo Corção devant ses élèves et amis, elle fut, grâce à cela, saisie par le microphone de la personne qui enregistrait leurs réunions (contre la volonté du maître).

 

 

*

  

 

 

Bien cher Monsieur et ami lointain,

 

PERMETTEZ-MOI de vous appeler ami puisque je viens de relire pour la troisième fois vos admirables articles de O Globo, parus dans le dernier numéro d’Itinéraires, et que je me sens tellement en concordance d’esprit, de coeur et de foi avec vous que je ne puis m’empêcher de vous communiquer à travers le temps et l’espace qui nous séparent cette merveilleuse harmonie. Il n’est rien de vos écrits et de ces articles que je ne signerais des deux mains si j’avais la vigueur et la pénétration de votre pensée. Rien, ou presque rien, car je n’ai pas votre humilité ni votre charité, qui vous ont incité à retirer quelques épithètes sonores et justes que vous appliquiez au pape. Je vous l’avoue, en une matière aussi grave, où il y va du destin de la foi et de la société humaine, que cet alumbrado qui, pour notre malheur, est en train, avec un troupeau d’évêques, de saccager ce que nous avons de plus cher : le surnaturel et le naturel, dont ils ne prononcent même plus les noms, je me sens plein d’une colère sacrée. Vous évoquez dans vos articles les condamnés à mort de l’URSS. Il y a un autre cas qui vous a échappé : il y a quelques mois, le sinistre général Mobutu, chef et Führer du Zaïre, a fait fusiller sept officiers supérieurs qui avaient tramé un coup d’État contre lui. Le pape ne s’est pas levé pendant la nuit pour lui téléphoner son indignation. Le pape n’a pas protesté davantage quand le même général a fait remplacer les crucifix dans toutes les écoles catholiques du Zaïre par son propre portrait. Le nègre libéré a évidemment tous les droits. Le nouvel évangile montinien le lui accorde généreusement.

Que Dieu vous garde bien, cher Monsieur, et à nous.

Je prie pour vous,

 

Marcel De Corte.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 27

p. 134

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