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Poèmes chrétiens

 

 

 

par Jacques Terrien

 

 

 

*

  

 

 

Calmes horizons

 

 

JOIE austère, saison de haute solitude

Où Dieu paraît au cœur des longs renoncements.

Après tous les sommeils et tous les reniements

Saignent les grands jardins qu’un vent triste dénude.

 

Aux temps des rêves pétris de chair et de sang,

J’éveillais le mensonge entre mes mains avides

Et mes yeux se fermaient pour oublier les rides

Que l’hiver creuse au front de l’amour impuissant.

 

Mais aujourd’hui le ciel est porte de sagesse

Et de la cendre lasse émerge un feu nouveau.

L’ange a roulé la lourde pierre du tombeau

Et l’homme des douleurs sauve toute faiblesse.

 

Que rendrai-je à celui qui s’avance vers moi ?

Que rendrai-je à ce Dieu blessé d’indifférence ?

Un soleil ténébreux fait germer la semence

Répandue aux sillons du doute et de la foi.

 

Seigneur, le vent se lève aux clairières du monde

Et mon âme est si loin de vivre son bonheur.

Mon Dieu, venez en moi guérir toute langueur :

Ma vie attend l’absence où la paix surabonde.

 

Les orgues de novembre emportent mes saisons.

La chair s’est endormie au creux des heures mortes.

Châteaux, le jour se lève aux frontons de vos portes

Et mes yeux voient s’ouvrir les calmes horizons.

 

 

• Commentaire

 

Nul bien n’est comparable au parfait détachement. Comme elle est libre, l’âme qui a su résolument se tourner vers Dieu et qui reconnaît humblement ses reniements, comptant pour rien la cendre lasse des passions ! Il n’est rien de vivant qui ne soit appelé à mourir. Nul amour humain ne saurait égaler la joie austère de celui qui voit s’ouvrir à tout jamais les châteaux du seul bonheur, symbolisant la lumière éternelle du paradis.

 

 

*

  

 

 

En marche

 

 

NOUS cheminons dans la nuit sans mémoire

Vers le silence oublié des vivants.

Terre nouvelle où siège toute gloire,

Te verrons-nous parmi les océans ?

 

Nous avançons sur la route féconde,

Les yeux fixés sur les matins de Dieu.

Dans la lumière où la paix surabonde,

Allons goûter la douceur du vrai lieu.

 

Sonne dans la nuit l’heure du passage.

Les grands oiseaux désertent le rivage

Et la neige sourit parmi le vent.

 

Enivrons-nous de l’unique tourment,

Hâtons le pas, loin des hivers du sang,

Vers l’innocence au tranquille visage.

 

 

• Commentaire

 

Le but de toute vie est de marcher obstinément « vers les matins de Dieu », vers ce bonheur éternel qu’il promet à ceux qui l’aiment. « Le seul tourment » du cœur épris de Dieu est de reconquérir, par-delà le doute et les nuits du monde, l’innocence originelle perdue par le premier homme, afin de pouvoir goûter un jour « la douceur du vrai lieu ».

 



Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 27

p. 116-118

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