Catéchisme de la
Somme théologique
par le fr. Thomas Pègues O.P.
Depuis le numéro 6 du Sel de la terre, nous donnons le texte du livre paru en 1918 sous le titre de La Somme théologique de saint Thomas d’Aquin en forme de catéchisme pour tous les fidèles. Nous avons utilisé l’édition de Privat-Téqui de 1929.
Le Sel de la terre.
Troisième partie
Jésus-Christ
(la voie du retour de l’homme à Dieu)
37. Le sacrement de pénitence : sa nature ;
vertu qu’il implique
— Qu’entendez-vous par le sacrement de pénitence ?
— J’entends celui des sept rites sacrés que Jésus-Christ a institué pour rendre aux hommes la vie de sa grâce qu’il leur avait donnée par le baptême, en leur communiquant à nouveau le fruit de sa passion, quand ils ont eu le malheur de la perdre par le péché (q. 84, a. 1).
— En quoi consiste le sacrement de pénitence ?
— Le sacrement de pénitence consiste en des actes et des paroles qui montrent, d’une part, que le pécheur a laissé le péché, et, d’autre part, que Dieu remet ce péché par le ministère du prêtre (q. 84, a. 2, 3).
— Ce sacrement est-il chose particulièrement précieuse pour l’homme et dont l’homme doive avoir une reconnaissance spéciale à Jésus-Christ qui l’a institué ?
— Oui, certes ; car étant donné la fragilité de notre nature déchue, même après avoir, par la grâce du baptême, recouvré la vie surnaturelle, il demeurait possible à l’homme de la perdre ; et si Jésus-Christ n’avait pas institué le sacrement de pénitence, l’homme tombé n’aurait eu aucun moyen extérieur sacramentel de se relever. Aussi bien appelle-t-on ce sacrement la seconde planche de salut après le naufrage (q. 84, a. 6).
— Et si l’homme tombe encore après avoir reçu ce sacrement, peut-il y recourir de nouveau pour se relever ?
— Oui ; car Jésus-Christ, dans son infinie miséricorde à l’endroit du pécheur et de sa misère, n’a voulu mettre aucune limite au nombre de fois dont on peut recevoir ce sacrement, qui porte toujours avec lui son fruit de rémission et de pardon, à la seule condition que l’homme soit loyal avec lui-même et véritablement repentant (q. 84, a. 10).
— Est-ce qu’il y a une vertu spéciale qui corresponde à ce sacrement et dont l’acte s’impose quand on reçoit le sacrement lui-même ?
— Oui, c’est la vertu de pénitence (q. 85).
— En quoi consiste la vertu de pénitence ?
— La vertu de pénitence est une qualité d’ordre surnaturel qui porte la volonté de l’homme, quand il a eu le malheur d’offenser Dieu, à réparer cette offense, en s’employant lui-même, spontanément et de son plein gré, à satisfaire à la justice de Dieu pour obtenir de lui son pardon (q. 85, a. 1, 5).
— Cette vertu de pénitence est-elle isolée dans son acte, ou suppose-t-elle, au contraire, quand elle agit, le concours des autres vertus ?
— La vertu de pénitence a ceci de très spécial, qu’elle implique, lorsqu’elle agit, le concours de toutes les autres vertus. Elle implique, en effet, la foi à la passion de Jésus-Christ, qui est la cause de la rémission des péchés ; elle implique aussi l’espérance du pardon et la haine des vices ou des péchés en tant qu’ils s’opposent à l’amour de Dieu, ce qui suppose la charité. Étant elle-même une vertu morale, elle suppose la vertu de prudence, qui a pour rôle de diriger les vertus morales dans leurs actes. D’autre part, comme espèce de la vertu de justice, qui a pour objet d’obtenir le pardon de Dieu offensé en compensant l’offense par une satisfaction volontaire, elle utilise la tempérance quand elle s’abstient de ce qui plaît, et la force quand elle s’impose des choses dures et difficiles ou qu’elle les supporte (q. 85, a. 3, ad 4).
— A quoi vise la vertu de pénitence dans son acte de juste compensation ?
— Elle vise à apaiser le souverain Seigneur et maître justement irrité ; à rentrer en grâce auprès du meilleur des Pères gravement offensé ; à reconquérir le plus divin des Époux odieusement trompé (q. 85, a. 3).
— L’acte de la vertu de pénitence est donc quelque chose de bien grand et qu’on ne saurait trop renouveler, quand on a eu le malheur d’offenser Dieu ?
— L’acte de la vertu de pénitence devrait en quelque sorte être ininterrompu en ce qui est surtout de la douleur intérieure d’avoir offensé Dieu ; et, pour ce qui est des actes extérieurs satisfactoires, s’il est vrai qu’il y a une mesure au-delà de laquelle on n’est plus tenu de satisfaire, comme nous pouvons toujours craindre que notre satisfaction soit imparfaite, nous avons tout intérêt à ne nous tenir jamais pour entièrement quittes envers Dieu, afin que nous le soyons plus sûrement quand nous aurons à paraître devant lui ; avec ceci encore qu’en pratiquant la vertu de pénitence, nous pratiquons excellemment l’acte de toutes les vertus chrétiennes (q. 84, a. 8, 9).
38. Effets du sacrement de pénitence
— L’effet propre du sacrement de pénitence est-il de remettre les péchés ?
— Oui, l’effet propre du sacrement de pénitence est de remettre les péchés de tous ceux qui le reçoivent dans les sentiments d’une vraie pénitence (q. 86, a. 1).
— Quels sont les péchés que remet le sacrement de pénitence ?
— Le sacrement de pénitence remet tous les péchés qu’un homme peut avoir sur sa conscience et qui sont de nature à tomber sous le pouvoir des clefs comme ayant été commis après le baptême (q. 86, a. 1).
— Ces péchés peuvent-ils être remis sans le sacrement de pénitence ?
— S’il s’agit de péchés mortels, ils ne peuvent jamais être remis, sans que le pécheur ait la volonté, au moins implicite, de les soumettre au pouvoir des clefs par la réception du sacrement de pénitence, selon qu’il lui sera possible de la recevoir ; mais, pour les péchés véniels, quand le sujet est déjà en état de grâce, il suffit d’un acte fervent de charité, sans qu’il soit nécessaire de recourir au sacrement (q. 86, a. 2).
— S’ensuit-il qu’il n’y ait que ceux qui ont des péchés mortels sur la conscience qui aient à recevoir ce sacrement ?
— Non ; car, bien que le sacrement ne soit nécessaire que pour eux, il est d’un très grand prix et d’un très grand secours, même pour les justes : d’abord, à l’effet de les purifier toujours davantage de leurs péchés passés, s’ils en ont eu de mortels ; et ensuite, pour mieux les aider à se purifier des péchés véniels et à se prémunir contre eux, en augmentant en eux la grâce (q. 87, a. 2, ad 2, 3).
— Si, après avoir reçu, par le sacrement de pénitence, le pardon de ses anciennes fautes, l’homme retombe dans les mêmes fautes graves ou en d’autres fautes graves qui lui font perdre la grâce du sacrement, son péché et son état sont-ils chose plus grave en raison de cette rechute ?
— Oui, son péché et son état sont chose plus grave : non pas que les péchés passés qui furent remis soient de nouveau imputés par Dieu ; mais en raison de l’ingratitude et du mépris plus grand de la bonté de Dieu qu’implique le péché de rechute (q. 88, a. 1, 2).
— Ce mépris de la bonté de Dieu et cette ingratitude, sont-ils un nouveau péché spécial qui s’ajoute au péché de rechute ?
— Ils ne le seraient que si le pécheur se proposait directement ce mépris de la bonté divine et du bienfait reçu ; mais, dans le cas contraire, ils ne sont qu’une circonstance qui aggrave le nouveau péché (q. 88, a. 4).
— Il est donc certain que le mal détruit par le sacrement de pénitence, l’est, de soi, à tout jamais, et que Dieu ne l’impute plus en lui-même ou selon qu’il a été pardonné ?
— Oui ; c’est là chose tout à fait certaine, parce que les dons de Dieu sont sans repentance (q. 88, a. 1).
— Et par rapport au bien qui préexistait d’abord dans le juste, mais que le péché avait détruit, devons-nous attribuer au sacrement de pénitence quelque efficacité, de telle sorte que par lui ce bien puisse revivre ?
— Oui ; très certainement, le bien qui avait préexisté dans le juste, mais que le péché avait détruit, peut revivre par la vertu du sacrement de pénitence : de telle sorte que s’il s’agit du bien essentiel qu’était la grâce et le droit à la vision de Dieu, on retrouve son état premier dans la mesure où l’on reçoit le sacrement avec des dispositions excellentes. Si les dispositions restaient en deçà de la première ferveur, le bien essentiel serait dans un degré moindre ; mais toute la somme des anciens mérites revivrait dans l’ordre de la récompense accidentelle (q. 89, a. 1-4, 5, ad 3).
— Il est donc souverainement important de recevoir le sacrement de pénitence dans les meilleures dispositions possibles ?
— Oui, cela est souverainement important ; parce que l’effet du sacrement est proportionné aux dispositions de celui qui le reçoit.
39. De la part du pénitent dans le sacrement de pénitence :
contrition, confession et satisfaction
— Est-ce à un titre tout spécial que celui qui reçoit le sacrement de pénitence a une part dans l’effet de ce sacrement ?
— Oui ; parce que les actes qu’il produit, font partie du sacrement lui-même (q. 90, a. 1).
— A quel titre, les actes du pénitent font-ils partie du sacrement de pénitence ?
— Les actes du pénitent font partie du sacrement de pénitence, parce que, dans ce sacrement, où les actes du ministre donnent la forme, ceux du pénitent constituent la matière (q. 90, a. 1).
