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L’américanisme et la conjuration antichrétienne

 

 

 

par Mgr Henri Delassus

 

 

 

Voici quelques extraits de l’ouvrage que Mgr Delassus publia en 1899, juste après la parution de l’encyclique de Léon XIII sur l’américanisme (mais qu’il avait rédigé avant).

Cent ans après, ce travail reste très actuel, notamment les passages repro­duits ci-après : — le chapitre VI expose les principes de liberté religieuse, d’ouverture et de tolérance, idées maîtresses de Vatican II ; — le chapitre IX traite des congrès des religions, précurseurs de l’actuel œcuménisme, du dia­logue interreligieux et de l’esprit d’Assise ; — la conclusion enfin (tirée du chapitre XV : « Que faire ? ») donne le remède : retrouver un esprit surnatu­rel et revenir à une saine théologie qui prémunisse les clercs et les fidèles contre l’erreur.

Néanmoins, Mgr Delassus n’avait pas prévu, tellement c’est incroyable, le passage dans l’Église catholique de ces erreurs qu’il a si justement et forte­ment combattues. Aujourd’hui, l’américanisme n’est plus une hérésie exté­rieure dénoncée par le magistère mais le mal interne dont Rome – la Rome conciliaire s’entend – est affectée, et dans lequel elle entraîne à sa suite tout l’univers catholique.

Le Sel de la terre.

 

 

 

Chapitre VI

L’A.I.U. et l’américanisme

 

L’ÉPREUVE, la tentation est la condition du genre humain dans son état actuel. Depuis le paradis terrestre, elle n’a pas cessé un seul instant de passer au crible les sociétés aussi bien que les individus.

Elle varie avec le tempérament de ceux-ci ; elle se transforme avec les mo­difications de celles-là : toujours elle est en action, et toujours le triomphe rem­porté sur elle est la condition du salut.

 

L’épreuve actuelle, c’est l’indifférence en fait de religion. Il y a l’athéisme qui rejette tous rapports avec Dieu dont il n’admet point même l’existence. C’est là un excès dont peu d’hommes sont capables et qui serait la mort aussi prompte qu’infaillible de toute société où il se généraliserait.

L’indifférence dont sont tentés les hommes du jour se formule ainsi : toutes les religions sont également bonnes.

Tout contribue à accréditer cette erreur, la législation, les idées, les mœurs. Et c’est pourquoi tout homme sérieux doit s’interroger à ce sujet, se demander où en sont actuellement ses convictions sur l’Église, sur son institution divine et la nécessité de lui appartenir pour parvenir au salut.

Il est peu d’esprits chez lesquels les institutions actuelles, les mœurs, et sur­tout la liberté de la presse, n’aient plus ou moins obnubilé ces vérités premières.

Mais de plus, il y a actuellement dans le monde une vaste conspiration pour propager cette indifférence.

Elle prétend arriver à faire embrasser à tous les hommes, ce qu’elle appelle « la religion universelle » ou « la démocratie religieuse », à les faire entrer tous dans une nouvelle Église, « l’Église de la libre pensée religieuse » où chacun serait libre de se composer un symbole à sa convenance personnelle.

C’est le but, nous l’avons vu, que s’est assigné l’A.I.U. [1]. Répandue dans le monde entier, elle agit partout en ce sens, et partout elle a su se donner des auxiliaires qui travaillent à la réalisation de ses projets. C’est la franc‑maçonnerie qui, lentement mais sûrement, démolit une à une toutes les pièces de l’édifice ca­tholique, sachant bien, comme le disait, à Vienne, un interlocuteur de Dom Pitra, que, « une fois les nations catholiques vaincues, on n’aura qu’à souffler sur le protestantisme pour le faire disparaître » ; ou que, comme Michelet l’écrivait à Eugène Sue : « Le protestantisme n’est qu’une plante parasite qui ne vit que de la sève du catholicisme. Quand nous en aurons fini avec l’Église catholique, il mourra de lui-même, ou, s’il en est besoin, nous l’achèverons d’un coup de talon de notre botte. »

C’est la presse, dont l’effort le plus général et le plus constant est de faire régner « la tolérance », mot d’ordre maçonnique, fait pour énerver toutes les résis­tances au mal, toutes les oppositions à l’erreur.

C’est l’enseignement supérieur, où règnent les MMM, les protestants et les néo-chrétiens : ces derniers, plus dangereux peut-être même que les autres au point de vue où nous sommes ici placés, à cause de la sympathie qu’éprouvent pour eux les catholiques qui se lancent « vers l’avenir », et à cause de leur action « sur toute l’élite de la jeune génération », à laquelle ils impriment « ce mouve­ment d’esprit qu’on pourrait presque appeler évangélique », mais qui, en réalité, est réfractaire au dogme, à la vérité révélée.

Ils parlent de leur « foi », mais, comme le fait observer M. Lasserre [2] : « Si on leur demande quelques renseignements sur l’objet et les fondements de leur croyance, cette question les laisse non pas perplexes, mais dédaigneux. Ils ré­pondent que le dogme ne leur plaît guère, mais que la morale les ravit. »

Ce sont les inventeurs de l’« apologétique nouvelle », qui dénient à la dé­monstration traditionnelle de la vérité du christianisme et de la divinité de l’Église, toute valeur scientifique, pour lui substituer la méthode d’immanence [3], c’est-à-dire un terrain purement subjectif, aussi ruineux qu’insuffisant à un être social comme est l’Église.

C’est l’école primaire neutre, qui fait descendre jusqu’aux classes les plus infimes de la société, et les plus incapables de s’en défendre, le mépris du surna­turel.

C’est l’action gouvernementale, par ses lois qui tendent à tout laïciser ; par ses administrations diverses qui, chacune dans sa sphère, s’appliquent à tirer de ces lois tout ce qu’elles peuvent donner et au-delà ; par ses fonctionnaires de tout ordre, les exemples qu’ils donnent, les persécutions qu’ils ont mission d’exercer.

C’est encore l’impulsion donnée à tout ce qui peut porter les hommes vers le plaisir et détourner leurs regards de leurs fins dernières.

Par tous ces moyens et par d’autres encore, la conspiration antireligieuse « pénètre dans toutes les religions » pour les dissoudre, dans tous les cœurs pour les livrer comme une proie facile à la subversion libérale et humanitaire.

Tout esprit tant soit peu attentif à ce qui se passe dans le monde, ne tarde point à voir que l’œuvre, non seulement est commencée, mais qu’elle avance de jour en jour dans le siège qu’elle fait subir à la foi.

Et en même temps, il y a, avons-nous dit, la conspiration contre la patrie, moins ouverte, mais non moins réelle ; car il faut que l’une et l’autre tombent pour faire place à cette « Jérusalem du nouvel ordre, saintement assise entre l’O­rient et l’Occident, qui doit se substituer à la double cité des Césars et des papes ».

Le comble serait que des ministres du clergé catholique, sous l’empire d’il­lusions aussi décevantes que généreuses, vinssent apporter un concours quel­conque à cette conspiration que l’on peut appeler universelle, et contribuer pour quelque part à ébranler la fermeté d’adhésion que l’âme chrétienne doit avoir à la sainte Église catholique, seule arche de salut.

M. Gougenot des Mousseaux, dans son livre si documenté (…), consacre une page à énumérer les supériorités (…) de cette nation divinement douée et divinement déchue, qui, dans son ensemble et sauf d’honorables exceptions, emploie au mal les dons qu’elle a reçus, comme le font les mauvais anges.

Il dit : « (…) Supériorité surtout, – et c’est là l’une des plus insignes aux yeux de l’observateur sagace –, supériorité sans égale à cacher, soit dans le conseil réfléchi des rois soit dans le conseil tumultueux des peuples, leur singu­lière et infatigable influence. »

Leur influence dans le conseil des rois, l’histoire ne parvient à la découvrir que longtemps après qu’elle s’est exercée. Le livre du P. Deschamps, revu par M. Claudiot Jannet, est plein sous ce rapport de curieuses révélations. Leur in­fluence dans les parlements républicains est devenue si manifeste, qu’ils ne ten­tent plus de la cacher : ils prennent ouvertement l’initiative des lois les plus fu­nestes.

Si « singulière » qu’elle soit, cette influence cherche-t-elle à atteindre plus haut et y arrive-t-elle ? Peut-elle prendre assez de détours, se cacher et se mas­quer si bien, tellement envelopper les idées qu’elle cherche à répandre, qu’elle ne laisserait point soupçonner sa présence, reconnaître son action, découvrir le poison de ses doctrines à ceux-là mêmes qui sont chargés de veiller pour en dé­fendre les autres. Qui pourrait le dire avec certitude et surtout avec preuves ?

Ce qui est certain, ce qui est incontestable, c’est qu’il y a entre leur esprit et l’esprit américaniste un point de contact dans les principes de 89.

Nous avons entendu les juifs le proclamer et dire le parti qu’ils en tirent. Pour les Américains, leur état social et même religieux repose entièrement sur ces principes ; ils s’en louent hautement, et même les américanistes nous disent sa­voir que « les idées américaines sont celles que Dieu veut chez tous les peuples civilisés de notre temps ». Aussi s’en font-ils consciencieusement les évangélistes.

Hâtons-nous cependant de dire que si les immortels principes sont prônés et propagés par les uns et par les autres, ils le sont dans des vues bien diffé­rentes.

Les premiers espèrent en faire sortir « l’Israélitisme libéral et humanitaire », les américanistes « une nouvelle ère pour l’Église », « une ère que l’imagination aura peine à concevoir », tant elle sera féconde et belle !

Les intentions de ceux-ci sont assurément bonnes, et le zèle qu’ils déploient part d’un bon naturel. Est-il éclairé ? Saint Paul disait déjà de certains hommes de son temps : « Je leur rends le témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu, mais c’est un zèle qui n’est pas selon la science » (Rm 10, 2).

Toujours le zèle a dû être éprouvé dans un double creuset, avant que car­rière ait pu lui être donnée : le creuset de la doctrine et celui de l’obéissance. Présumant de lui-même et se lançant à l’aveugle, il a trop souvent accumulé les ruines.

Or, la présomption, la « confiance en soi », est l’un des traits les plus carac­téristiques de l’américanisme ; ses partisans s’en parent avec orgueil ; c’est à ce trait qu’ils veulent être reconnus et par lui se distinguer des autres. Ils disent que c’est sur « l’intensité de force et de grandeur à laquelle cette confiance en soi élè­vera la personnalité humaine », qu’ils comptent pour faire entrer l’Église dans cette « ère nouvelle, que la parole humaine aura peine à exprimer à moins de re­courir au langage prophétique [4] ».

En aucun temps, une telle présomption n’est bonne. Mais c’est surtout en des temps troublés comme ceux où nous sommes, que l’on doit, si l’on ne veut dévier, se défier de soi-même et se tenir fermement attaché à la doctrine telle que l’autorité la présente à l’adhésion de notre esprit et de notre cœur. Or les améri­canistes peuvent-ils espérer procurer à l’Église, par la propagande des principes de 89, une ère de prospérité inouïe ?

La déclaration des droits de l’homme fut condamnée par Pie VI, et c’est d’elle que procèdent toutes les erreurs modernes : la liberté de la personne hu­maine à l’égard de Dieu ; puis, comme conséquences : la liberté de pensée et la liberté de la presse ; la liberté de conscience et la liberté des cultes ; la souverai­neté de la société et son indépendance de l’Église ; la souveraineté nationale ou le droit de faire des lois qui relèvent non de Dieu mais d’une majorité parlemen­taire. Toutes ces « monstruosités » furent condamnées de nouveau par Gré­goire XVI dans son encyclique Mirari vos et par Pie IX dans le Syllabus. Nous ne disons point que ces erreurs sont expressément professées par tous et chacun des américanistes, mais c’est sur elles que repose l’édifice américain, qu’ils pré­sentent à l’admiration et à l’imitation de tous les peuples civilisés.

Parlant de l’un des faux principes sur lesquels est constituée la république américaine, la séparation de l’Église et de l’État, Léon XIII dit :

 

Les catholiques ne sauraient trop se garder de soutenir une telle séparation. En ef­fet, vouloir que l’État se sépare de l’Église, ce serait vouloir, par une conséquence lo­gique, que l’Église fût réduite à la liberté de vivre selon le droit commun. Cette sépara­tion, il est vrai, se produit dans certains pays. C’est une manière d’être qui, si elle a ses nombreux et graves inconvénients, offre aussi quelques avantages, surtout quand le législa­teur, par une heureuse inconséquence, ne laisse pas que de s’inspirer des principes chré­tiens ; et ces avantages, bien qu’ils ne puissent justifier le faux principe de la séparation, ni autoriser à le défendre, rendent cependant digne de tolérance un état de choses qui, prati­quement, n’est pas le pire de tous.

Mais en France, nation catholique par ses traditions et par la foi présente de la grande majorité de ses fils, l’Église ne doit pas être mise dans la situation précaire qu’elle subit chez d’autres peuples. Les catholiques peuvent d’autant moins préconiser la séparation, qu’ils connaissent mieux les intentions des ennemis qui la désirent. (Encyclique du 16 février 1892 [5])

 

La liberté de pensée, la liberté de la presse, la liberté de conscience, la li­berté des cultes, la séparation de l’Église et de l’État, ce sont là les grandes causes de la propagation de l’indifférence religieuse dans les masses populaires. Il en est une autre non moins efficace, c’est la tolérance, cette tolérance dont la franc-ma­çonnerie, fait le premier de tous les droits et le premier de tous les devoirs dans l’ordre religieux.

Lorsque cette tolérance se manifeste par des sympathies publiquement données, sinon à l’hérésie du moins à ses fauteurs, elle cause un vrai scandale, en tant qu’elle affaiblit dans l’esprit de la multitude le respect dû à la vérité et l’aversion que toute âme droite éprouve pour l’erreur. Ce scandale atteint son maximum de perversion s’il est donné par des prêtres et surtout par des prélats.

Faut-il citer des faits particuliers pour montrer à quelles excessives limites cette tolérance a été parfois portée ? Lors de l’inauguration, à Salt-Lake-City, de la statue du fondateur du mormonisme, un évêque a cru pouvoir pousser la com­plaisance et la tolérance jusqu’à assister à cette cérémonie et bénir le monument. Un autre, dans le même esprit a écrit une lettre publique pour souhaiter la bien­venue au général de l’Armée du salut.

Et ce ne sont point des faits tellement isolés qu’il y ait lieu de ne pas en te­nir compte. Un prêtre belge, qui exerce le saint ministère en Amérique, écrivait en 1896 au Courrier de Bruxelles : « Nous souffrons ici de ce qu’on appelle le Broadmindedness. Il n’est pas facile de rendre ce mot correctement en français. On peut dire cependant qu’en général il signifie : un libéralisme bien large, une tolérance outrée. »

 

Pour plusieurs de nos journaux catholiques, la grande vertu, le plus grand mérite d’un évêque ou d’un prêtre est d’être broadminded, c’est-à-dire qu’il a les vues larges, qu’il est bien tolérant afin de plaire aux protestants. Si quelque prêtre plus tolérant en­core se promène dans les rues bras dessus, bras dessous avec son révérend confrère pro­testant, c’est leur idéal. Si ce même prêtre se laisse entraîner par sa complaisance à prê­cher même dans un temple protestant à la place du ministre, en évitant soigneusement ce qui pourrait déplaire à ses auditeurs protestants, et laissant ordinairement dans leur esprit cette impression, qu’après tout la différence entre la religion catholique et le pro­testantisme n’est point si grande, voilà bien le modèle d’un parfait prêtre américain [6]

De tout cela il résulte, ajoute ce correspondant, une étrange facilité des catholiques, d’entrer dans certaines sociétés secrètes qui, pour toute religion, n’offrent à leurs adeptes qu’un naturalisme un peu déguisé. 

 

Ce naturalisme ne fait-il point penser à l’A.I.U. et à ce qu’elle se propose d’obtenir ?

Grâce à Dieu, les choses sont loin d’en être arrivées à ce point en France [7].

Et cependant, quelques-uns parmi nous ne sont-ils point sur la voie qui y conduit ?

Un journal, pourtant bien indifférent aux choses religieuses, le Journal des Débats parlait dans son numéro du 28 septembre 1895 de « certains prêtres qui sont à l’avant-garde du clergé français » ; et voici ce qu’il en disait : « Ils croient que la tolérance est devenue une des vertus indispensables au christianisme pour l’accomplissement de sa mission sociale. C’est là sans doute une façon de parler trop absolue, trop précise, et ces prêtres sont assez prudents pour ne point for­muler des maximes générales ; mais au fond, c’est bien là l’arrière-pensée qui les dirige lorsqu’ils prennent l’initiative des congrès de religions. »

Nous aurons à parler de ces congrès. Rapportons seulement ici un mot qui vient bien à notre sujet. Le secrétaire d’une section du congrès des religions qui fut tenu à Indianopolis, M. Jones, en tira cette conclusion : « Il semble que par­tout quelque chose de profond pénètre dans le monde religieux d’aujourd’hui. Sans concurrence de croyances, sans tenir compte des bornes de séparation, toutes les organisations religieuses se développent fraternellement, etc. »

L’abbé Charbonnel, dans l’article de la Revue de Paris où il présentait le projet d’un congrès des religions à tenir à Paris, regardait la chose comme déjà faite. « Il semble bon, disait-il, que toute l’humanité soit unie désormais dans une religion suprême, la religion de la Paternité de Dieu et de la Fraternité des hommes [8]. »

Y a-t-il quelque chose qui puisse mieux répondre aux desiderata de l’A.I.U. que le mouvement constaté par ces paroles ? Et n’est-ce point un devoir de pre­mier ordre que de la signaler pour en arrêter dès le début les progrès ?

M. l’abbé Garnier disait en 1891 : « Il faut monter dans le train. » Fort bien, mais après s’être assuré qu’il est bien aiguillé.

« Le catholicisme, a dit Mgr Isoard [9], rendant admirablement la pensée de tous les siècles chrétiens, le catholicisme a un soi-même parfaitement constitué, absolu, incommunicable. Il est la religion. Tous les efforts de l’ennemi tendent à entamer cette personnalité et à en faire une religion. »

C’est ce que veut la MMM, nous l’avons vu ; c’est ce qu’amènerait l’amé­ricanisme, nous le verrons de mieux en mieux.

 

 

Chapitre IX

Les congrès des religions

 

Nous avons vu que, dans la pensée des Américanistes, l’Église est trop fer­mée aux dissidents, et que, pour procurer l’expansion extérieure du catholicisme, le grand moyen à employer est de supprimer les douanes, abaisser les barrières, élargir les portes, écarter en un mot tout ce qui peut retenir d’entrer chez nous ceux « qui n’ont gardé que leur raison pour guide » ou « qui comprennent la foi autrement que nous ».

C’est pour la réalisation de cette idée qu’ont été imaginés les congrès des religions, ainsi définis par le promoteur [10] de celui que l’on se proposait de tenir à Paris durant l’Exposition de 1900 : « Une réunion des représentants de toutes les religions du monde dans laquelle l’idée religieuse, sous sa forme la plus générale, serait défendue et célébrée pour le bienfait moral qu’elle apporte à l’humanité religieuse. » « De la sorte, les religions sont regardées du côté de l’homme. Elles sont considérées, moins comme des doctrines abstraites, plus comme un aliment de la personnalité morale, et il ne s’agit point tant de Credo et de vérité, que d’âmes croyantes et de sincérité. »

Donc, plus de Credo, plus de vérités révélées : une idée, et encore une idée dans sa forme la plus générale ; voilà ce à quoi les congrès des religions doivent amener la religion. Car si l’on veut y préciser l’idée religieuse, la polémique se réveillera, encore une fois la religion ne sera plus « la charité » ; on verra repa­raître « les divisions », se renouveler « les hostilités religieuses » et « les haines sectaires ». Écartons donc les dogmes et ne considérons la religion que du côté de l’homme et du bienfait que l’idée religieuse peut lui apporter.

On conçoit qu’après avoir tracé ce programme, le promoteur du congrès de Paris ait ajouté : « C’est l’Église catholique, chacun en a le sentiment, qui devra faire, pour cette grande idée du congrès universel des religions, les concessions les plus généreuses. »

Eh ! sans doute, seule elle a des dogmes immuables, seule elle aurait à se diminuer, ou plutôt à s’anéantir. L’auteur de ces lignes, M. Charbonnel, voulait bien donner l’assurance que « générosité (!) aurait son retour ».

Qu’on n’objecte point que ce programme est celui d’un apostat. M. Charbonnel, lorsqu’il le traça, non seulement était encore abbé, mais c’est après l’avoir tracé qu’il reçut les adhésions qu’on lira dans les documents [11], et qu’il fut reconnu sans conteste organisateur du congrès projeté.

Mgr Keane avait donné de ces congrès à peu près la même idée dans le Bulletin de l’Institut catholique de Paris par des paroles que nous avons déjà ci­tées, en partie du moins, et qu’il faut relire ici :

 

Puisqu’un trait distinctif de la mission de l’Amérique est, par la destruction des bar­rières et des hostilités qui séparent les races, le retour à l’unité des enfants de Dieu long­temps divisés, pourquoi quelque chose d’analogue ne pourrait-il se faire en ce qui concerne les divisions et les hostilités religieuses ? Pourquoi les congrès religieux n’aboutiraient-ils pas à un congrès international des religions où tous viendraient s’unir dans une tolérance et une charité mutuelles, où toutes les formes de religion se dresseraient ensemble contre toutes les formes d’irréligion ?

 

Le premier de ces congrès – et, il faut l’espérer, le dernier –, eut lieu à Chi­cago. « Il y avait là, dit Mgr Keane, des représentants de l’univers tout entier. Ils étaient venus de l’Inde, de la Chine, du Japon, de la Perse, de la Palestine, du monde entier. » Les instantanés photographiques qui furent pris montrent sur l’estrade des popes, des muphtis, des bonzes, même des femmes, et l’une d’elles a présidé certaines séances. On y voit aussi des prêtres ou prélats catholiques, et des représentants des innombrables sectes protestantes d’Amérique. Le congrès dura dix-sept jours du 11 au 28 septembre 1893.

 

Ils furent consacrés à l’étude de ces questions d’ordre plutôt philosophique que théologique, sur lesquelles confucianistes, shintoïstes, grecs orthodoxes, chrétiens d’Ar­ménie, protestants, libres-penseurs, se firent tour à tour les interprètes des doctrines qu’ils représentaient.

 

Le compte-rendu officiel fut publié en deux gros volumes de 1600 pages environ chacun. La place qu’y occupent les catholiques est fort petite.

Le père Elliot [12] présenta « un essai sur la nature intime et les fins de la reli­gion, dans lequel on pouvait aisément distinguer les enseignements et l’esprit de son maître, le savant et aimable père Hecker ».

Mgr Ireland [13] prononça un discours sur les harmonies de la religion catho­lique avec l’état actuel de la vie moderne.

Le sujet traité par Mgr Keane [14] fut la Religion finale, « The ultimate reli­gion ». Titre étrange, qui fait penser aux néo-chrétiens et aussi aux membres de l’A.I.U., qui poursuivent les uns et les autres, nous l’avons vu, le projet d’établir au-dessus de toutes les religions une religion définitive, où il ne s’agira plus tant de credo et de vérité que d’âmes croyantes et de sincérité.

Mgr Keane dit des « cinq mille hommes » qui l’entendirent : « Si vous les aviez vus se jeter sur moi pour me remercier ! » Et plus loin : « Ces applaudisse­ments formaient un consolant contraste avec la soupçonneuse et sectaire rancune qui a si tristement rempli l’histoire de la religion dans les siècles passés. »

Le prélat voyait sans doute dans cette ovation la démonstration éclatante de la supériorité de l’irénique sur la polémique dans l’apostolat. Mais si les Pères et les docteurs de l’Église n’avaient point « tristement rempli l’histoire de la religion » de leurs luttes contre l’erreur, nous auraient-ils transmis la foi dans son intégrité et maintenu l’Église dans la pureté immaculée de la doctrine du Christ ? Où en serions-nous s’ils avaient donné l’accolade à Pélage, à Arius, à Luther et à tant d’autres, vrais « sectaires », ceux-ci ? Est-ce d’eux que le même orateur, dans le même discours, dit : « Des hommes de bonne foi et ardents ont incarné de bonnes et nobles idées dans des organisations séparées de leur création [c’est-à-dire de l’Église]. Ils avaient raison dans leurs idées. Ils avaient tort dans leur sépa­ration. » L’Église aurait donc dû ne point les rejeter de son sein et accueillir leurs idées. L’avènement de « la Jérusalem de nouvel ordre » en aurait été singulière­ment avancé.

A la clôture, un ministre protestant, le révérend Barrows, s’écria avec un air de triomphe : « Nos espérances ont été réalisées et au-delà, les principes d’après lesquels ce congrès a été conduit ont été mis à l’épreuve et même parfois tendus à l’extrême, mais ils n’ont pas faibli… Nous avons appris que la vérité est grande et que la Providence a ménagé plus d’un chemin par où les hommes peuvent émerger des ténèbres vers la céleste lumière… J’espère que vous vous souvien­drez de Chicago, non pas comme du foyer du plus grossier matérialisme, mais comme d’un temple où les hommes chérissent l’idéal le plus sublime. » Nous connaissons suffisamment cet idéal et quels en sont les premiers auteurs par ce qui a déjà été dit.

Le compte-rendu officiel fut résumé par M. Bonet-Maury, professeur à la Faculté de théologie protestante, dans un livre : Le Congrès des religions à Chi­cago en 1893. En voici la conclusion :

 

Il est difficile de mesurer sur-le-champ la vraie portée des événements dont on est le témoin, car on est enclin à les exalter ou à les dénigrer, suivant les sentiments qu’ils nous inspirent. C’est ce qui est arrivé au premier congrès des religions. Les uns l’ont salué comme la Pentecôte de l’esprit nouveau de fraternité qui doit animer les hommes ; les autres, au contraire, n’y ont vu qu’une vaine tentative pour faire la synthèse des religions sur la base d’une morale commune et d’une vague sentimentalité religieuse. Quant à nous, nous espérons avoir persuadé ceux qui nous auront lu attentivement, que cela n’a été ni l’un ni l’autre ; mais bien un concile œcuménique des religions historiques, essayant de s’en­tendre sur certains principes moraux et religieux communs pour une action d’ensemble contre de communs adversaires. A ce titre, c’est, à mes yeux, l’événement qui peut avoir la plus grande portée morale sur l’humanité depuis la déclaration de 1789 sur les droits de l’homme et du citoyen, et ne fait que répondre aux aspirations de l’élite religieuse des races civilisées.

 

Nous partageons entièrement cette manière de voir : l’idée d’un parlement des religions vient en droite ligne des « immortels principes » ; sa tenue a ré­pondu aux aspirations des néo-chrétiens et a favorisé les visées du MMM que certains peuvent prendre pour l’élite religieuse des races civilisées.

Pour qu’il pût avoir « la plus grande portée morale » sur l’humanité, dans le sens désiré par les néo-chrétiens et les MMM, il ne lui a manqué que de se re­produire.

Ce fut du moins tenté.

Les promoteurs du « concile de toutes les erreurs et de toutes les vertus » ne pouvaient en effet s’arrêter en si beau chemin. S’inspirant du vœu énoncé par le R. Lloyd Jones, et ainsi conçu : « Je vois déjà par la pensée le prochain parlement des religions, plus glorieux et plus plein de promesses que celui-ci : je propose qu’on le tienne à Bénarès, en la première année du XXe siècle », ils résolurent de « rallier les croyants de foi tolérante et les penseurs de pensée libre » à un congrès universel des religions qui se tiendrait, non pas à Bénarès, mais à Paris, lors de l’Exposition de 1900.

 

Il y aurait donc à Paris, écrivait le zélateur attitré du congrès, M. Charbonnel, dans la Revue de Paris, à côté des représentants des trois grands cultes de France, à côté des prélats catholiques, des pasteurs protestants et des rabbins, un certain nombre de repré­sentants des cultes plus éloignés de notre civilisation, du bouddhisme, par exemple, du brahmanisme, du shintoïsme, du confucianisme, du taoïsme. Ils furent cent soixante dix aux plus importantes réunions de la salle de Christophe Colomb. Les délégations pour­raient être cette fois plus nombreuses encore. M. Barrows, l’organisateur et le premier président du premier parlement des religions, nous assurait tout dernièrement que le prestige de la France agirait sur les imaginations d’Orient et attirerait plus d’adhésions. Et, sans doute, l’Église anglicane, l’Église russe et le monde musulman, qui n’allèrent point à Chicago, viendraient à Paris pour des raisons de sympathie ancienne ou nouvelle acquise à cette seconde patrie de tous, la France.

 

Un peu plus loin, le même, dans la même Revue, marquait en ces termes le but où le congrès devait tendre :

 

Ne pourrait-on pas tenter ce qui s’appellerait bien l’union morale des religions ? Il se ferait un pacte de silence sur toutes les particularités dogmatiques qui divisent les esprits, et un pacte d’action commune par ce qui unit les cœurs, par la vertu moralisatrice et conso­lante qui est en toute foi. Ce serait l’abandon du vieux fanatisme. Ce serait la rupture de cette longue tradition de chicanes qui tient les hommes acharnés à de subtils dissenti­ments de doctrine, et l’annonce de temps nouveaux, où l’on se soucierait moins de se séparer en sectes et en chapelles, de creuser des fossés et d’élever des barrières, que de ré­pandre par une noble entente le bienfait social du sentiment religieux. L’heure est venue pour cette union suprême des religions

 

Nul théâtre ne pouvait être plus en vue à toutes les nations ; nulle occasion ne pouvait être plus propice pour mettre en contact toutes les extravagances sor­ties de la cervelle humaine ; nul instrument plus puissant que le génie français [15] ne pouvait être choisi pour donner crédit dans le monde entier à la conclusion que le public ne manquerait point de tirer de ce spectacle : « Entre tant de reli­gions, y en a-t-il une vraie, y en a-t-il une bonne ? » « Devine si tu peux et choisis si tu l’oses. »

Allant au-devant de cette difficulté, Mgr Ireland disait dans son discours sur le Progrès humain, prononcé à l’inauguration des travaux du congrès auxiliaire de l’Exposition de Chicago :

 

On a tiré des objections contre les congrès religieux de ce que l’accord ne saurait y exister sur beaucoup de points, et de ce que la vérité est exposée à y souffrir de la juxta­position de l’erreur. Ce point de vue ne peut prévaloir, les vérités vitales et primordiales qui concernent le Dieu suprême seront confessées par tous, et la proclamation de ces vé­rités aura un immense avantage.

 

L’avantage, ou plutôt le désavantage, aurait été sûrement que les gens se fussent dit : tenons-nous-en à notre indifférence ; c’est plus sûr, c’est surtout plus commode.

On le voit, rien ne pouvait être imaginé de plus efficace pour avancer le grand œuvre rêvé par les néo-chrétiens et poursuivi par l’A.I.U. Non point que nous accusions les promoteurs de ce congrès d’avoir agi en cela de connivence avec elle ; mais n’auraient-ils point subi à leur insu « cette singulière et infatigable influence » que les MMM excellent à « cacher », mais qu’ils exercent avec une « supériorité sans égale » ?

L’initiative du congrès de Chicago avait été prise par des protestants aux­quels des catholiques s’étaient ralliés. Celle du congrès de Paris fut prise par des prêtres catholiques. « C’est un signe étrange, – disait dans son numéro du 28 septembre 1895 le Journal des Débats, qui n’a pourtant pas le sens chrétien bien développé – c’est un signe étrange que des prêtres catholiques se mettent à la tête d’un congrès des religions. En réalité, il n’y a point lieu de s’en étonner, si l’on a suivi, depuis quelques années, les prédications et les écrits de certains prêtres qui sont à l’avant-garde du clergé français. Ce sont, en quelque sorte – prenez le mot avec toutes les atténuations possibles –, des évolutionnistes. »

L’abbé Charbonnel, qui s’était fait ou qui avait accepté d’être l’avocat et le commis-voyageur de l’entreprise, et qui, hélas ! y laissa sa soutane et sa foi, a ra­conté l’accueil qui lui fut fait dans le clergé :

 

Très saintement attaché aux traditions d’une mysticité aveugle et silencieuse, le clergé des paroisses ignorait jusqu’au fait de la tenue d’un parlement des religions à Chi­cago, et, bien entendu, ce qu’il avait pu être. Renouveler cela, qu’était-ce donc ? Faire un congrès des religions en 1900, à quoi bon ?

Telles furent partout les paroles d’accueil. Mais le clergé intellectuel, le clergé d’ensei­gnement et d’action sociale [16], celui qui depuis a fait le congrès ecclésiastique de Reims, se montra plus compréhensif de la nouveauté qui lui était préparée… Le père Didon, l’abbé Lemire, l’abbé Naudet [17] furent les partisans les plus vite et les plus franchement conquis du congrès des religions.

 

Aux prêtres d’enseignement social et d’action sociale se joignirent des uni­versitaires rédacteurs de revues très recommandées au congrès ecclésiastique de Reims, et accueillies avec une simplicité trop confiante par quelques ecclésias­tiques.

 

De jeunes catholiques de l’Université, continue M. Charbonnel, M. Georges Fonsegrive et M. Georges Goyau, qui écrivaient alors au Monde et dont on sait aujourd’hui, par la Quinzaine, l’effort à rendre plus sociale l’action de l’Église, en­trèrent aussi dans nos vues. 

 

L’un de ces universitaires, M. Anatole Leroy-Beaulieu, disait :

 

Pour moi qui prétends retrouver, sous la diversité des termes, l’unité du fonds com­mun, un pareil congrès n’aurait rien que d’édifiant, et je m’imagine que ce serait là, pour notre âge troublé, le plus religieux des spectacles. Réunir des prêtres et des ministres des cultes divers, les associer publiquement, comme à Chicago, pour une prière commune, ce serait montrer à tous les yeux que les cloisons confessionnelles ne sont plus assez hautes ni as­sez épaisses pour séparer les croyants en sectes ennemies, pour couper l’humanité reli­gieuse en camps irrémédiablement hostiles. 

 

C’est toujours et partout, on le voit, l’idée émise par l’A.I.U.

Le pasteur protestant Sabatier et le rabbin juif Zadoc-Kahn adhérèrent avec componction.

Enfin le spirite qui signe « Synésius, évêque gnostique de Bordeaux [18] », dans une lettre qu’il eut l’audace d’écrire à Mgr l’Archevêque de Paris et dans la­quelle il appelait M. Charbonnel, encore abbé, « son frère » disait : « Ce que nous préparons, ce n’est ni une assemblée politique, ni un conseil d’hérésiarques : c’est le véritable concile œcuménique des temps nouveaux. Il n’en peut jaillir que bien et bénédiction sur l’humanité. » Synésius ne se trompait point lorsqu’il croyait sa place marquée dans ce congrès ; le père Hecker n’avait-il point dit : « On fera appel à des hommes qui, pour défendre l’Église contre les menaces de destruction, sauront employer les armes convenables au temps où nous sommes ; à des hommes qui sauront prendre toutes les aspirations du génie moderne en fait de science, de mouvement social, de spiritisme [autant de forces dont on abuse maintenant], et les transformer toutes en moyens de défense et d’universel triomphe pour l’Église [19] . »

En disant cela, le pauvre homme était sincère ; et parmi ceux qui propagent ses idées et travaillent à les réaliser, il faut compter surtout des naïfs. Mais on voit où ces naïvetés et ces sincérités conduiraient si elles ne rencontraient point d’op­position à leurs tentatives et à leur propagande. Les temps que Notre-Seigneur prédisait lorsqu’il dit : « Le Fils de l’homme trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? » ne tarderaient point à venir.

Heureusement Rome est là, et Rome mit l’embargo sur le congrès des reli­gions [20].

 

 

Conclusion

 

Comme l’a fort bien dit Dom Laurent Janssens, « l’américanisme, c’est le principe protestant mis au service du libéralisme total ». Rien de plus glacial, rien de plus mortel. C’est de libéralisme que la société se meurt, comment ce qui la tue pourrait-il lui rendre la vie ?

 

Dans les temps anciens, dit le père Aubry, l’atmosphère intellectuelle n’était pas comme maintenant pleine de ces senteurs d’hérésie qui la rendent aujourd’hui si dange­reuse. On était dans le vrai, on le puisait partout, on le respirait avec l’air. La théologie était, selon la belle parole de Guizot, « le sang qui coulait dans les veines du monde eu­ropéen » ; et on ne peut mieux expliquer d’un seul mot qui exprime tout, comment la constitution même des intelligences était trempée de foi. La douce France, comme di­saient nos troubadours, était le vase qui portait au milieu du monde, et versait sur les nations l’esprit de Jésus-Christ. Ce vase qui pourrait être brisé par la colère de Dieu, il doit être réparé pour sa gloire.

 

Oui, pour que le monde revienne à la vie, il faut que le vase que Dieu s’était fait de ses mains, la France, pour recevoir, la première parmi les peuples, le vin surnaturel de la foi et le verser aux autres nations, soit réparé pour la gloire de Dieu. Et si le clergé de France veut accomplir les sublimes destinées que de Maistre présageait de lui après que la Révolution aurait achevé son cours [21], il faut que lui-même se retrempe dans l’esprit de foi et qu’il n’ait d’autre vue, d’autre passion, que d’en imbiber les âmes. Son but, l’unique but de son zèle, doit être de ramener ces temps anciens où, selon la parole de Guizot, « la théolo­gie était le sang qui coulait dans les veines du monde européen ».

Le reste ne vaut, ne peut valoir qu’en qualité d’artères pour faire circuler ce sang.

 

Ce qui nous manque selon les uns, dit le père Aubry, c’est la publicité, le journal, la brochure ; selon les autres, c’est la polémique, le combat, la réponse à toutes les objec­tions. Ceux-ci veulent de l’union, de l’entente, de la centralisation, une sorte de com­plot ; ceux-là, des patronages, des conférences, des cercles, des confréries, des organisa­tions ingénieuses, enfin ce qu’on est convenu d’appeler les industries du zèle aposto­lique. D’autres encore demandent des savants, des hommes universels à la hauteur de leur siècle.

Tout cela est très bien, tout cela mène au but ; mais tout cela n’est bon qu’avec quelque chose de mieux encore.

 

Ce mieux, c’est que ces journaux, ces conférences, ces livres, ces patro­nages, ces cercles, ces confréries, et encore, et surtout, les catéchismes, les écoles et les universités, versent abondamment et puissamment dans les âmes, les insti­tutions et les œuvres, la sève chrétienne, la vie surnaturelle. Que chacun ait cela en vue en tout et par-dessus tout ; que ces choses soient estimées vaines et in­utiles si elles ne procurent point ce bien au-dessus de tout bien.

 

On ne guérit pas une nation malade, dit encore le père Aubry, avec de l’enthou­siasme, des sentiments, de grands cris d’espérance jetés dans les chaires, les tribunes, les journaux et les livres. 

 

Et surtout on ne la convertit pas en prêchant aux hommes leurs droits et en taisant leurs devoirs ; en marquant du dédain pour l’humilité, l’obéissance, l’esprit de pauvreté et même la divine charité ; en encourageant la convoitise des choses de ce monde et en remettant à plus tard de parler des espérances éternelles.

Ceci n’apporte à l’âme que le froid de l’égoïsme ; et cela – les grandes phrases et les grands discours – ne fait qu’une flambée dans l’imagination.

Il faut un autre feu pour réchauffer le monde et lui rendre la vie.

Il faut que les hommes recommencent à savoir que la grâce sanctifiante qui est donnée au saint baptême crée en eux une nouvelle vie, vie d’ordre surnaturel et divin qui les fait vraiment enfants de Dieu par une participation réelle à la na­ture divine. Les MMM estiment être la seule race vraiment humaine ; nous sommes, nous chrétiens, une race surhumaine, plus élevés au-dessus du reste de l’humanité, par la grâce, que les autres hommes ne le sont, par la raison, au-des­sus des animaux. Il faut que les fils d’Adam réapprennent comment, par l’incar­nation et la rédemption, cette grâce a découlé du sein de Dieu dans le cœur de Jésus‑Christ, sa source, son réservoir sur la terre ; – comment, de cette source, elle est versée dans les trésors de l’Église qui, en sa qualité et en vertu de ses fonctions de mère, vit de cette grâce et en fait vivre ses enfants ; – comment elle se répand dans tout le corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire dans toute créature déifiée, depuis le pape, tête et centre de l’Église, jusqu’au dernier des fi­dèles, en passant par les veines de la hiérarchie ; – comment elle féconde l’élé­ment humain et produit la vie chrétienne avec sa riche moisson de fruits dans les âmes ; – comment en cet ordre admirable, la grâce habituelle divinise l’homme ; – comment cette divinisation n’est pas une métaphore, mais une réalité, puisque, dès ici-bas et par les vertus infuses, la participation à la vie divine commence, pour se consommer dans la gloire par la vision intuitive et l’amour béatifique.

Le feu qui doit revivifier le monde ne peut avoir d’autre foyer que les belles intuitions de la théologie aspirées et reçues dans un cœur pur.

Sans le feu divin qu’elles communiquent à l’âme, le zèle, quelqu’actif, quel­qu’étendu, quelqu’entreprenant qu’il soit, reste infécond. On ne le voit que trop. Que d’efforts dépensés en pure perte ! Que d’agitations non seulement stériles mais qui, au lieu d’élever le peuple à la hauteur du prêtre, abaissent le prêtre jusqu’au peuple !

Poussant à ses dernières limites l’hypothèse des ravages que cause présen­tement l’esprit moderne dans les âmes et dans la société, le père Aubry dit :

 

Quand les idées régnantes, les désertions et les scandales auraient enlevé à l’Église la moitié, puis les trois quarts, puis les neuf dixièmes, puis les quatre-vingt-dix neuf cen­tièmes, puis les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf millièmes de sa famille, si le millième demeuré fidèle est excellent et radical, tout sera regagné, car ce millième formera la pe­tite mais vaillante armée de Gédéon, la semence saine et irréprochable d’une nouvelle société. Combien serait plus puissante, pour la régénération d’un peuple comme le nôtre, une telle phalange sortie d’écoles théologiques solides, armée de toute la force surnaturelle de l’Évangile, fortifiée de principes sûrs et inébranlables contre l’esprit du siècle ! Certainement elle vaincrait, à moins que l’Écriture n’eût menti en disant : Hœc est victoria quœ vincit mundum fides nostra [22]

 

Non ! l’Esprit-Saint n’a point menti. C’est la foi et la foi seule qui a triom­phé, qui triomphe et qui peut toujours triompher de l’esprit du monde.

 

La foi, c’est le germe transformateur ; elle fermente dans l’âme, envahit, absorbe, transforme tout l’être humain et, par l’être humain, toute la société.

 

Et c’est pourquoi, la conclusion du père Aubry est que…

 

…le nœud de la question, c’est l’éducation cléricale formant non pas un sacerdoce amoindri par la faiblesse des méthodes surannées et impuissantes, ou par un enseigne­ment qui se promène sur des surfaces, ou par l’infiltration des idées modernes, mais un sacerdoce retrempé aux vraies sources ; incapable de transiger avec le monde, mais ap­portant une nouvelle effusion de foi et de lumière dans les intelligences, de vie chré­tienne dans les cœurs, de civilisation catholique dans la société [23].

 

Cette conclusion sera aussi celle de ce livre, qui n’a essayé de montrer le mouvement antichrétien qui entraîne le monde, des plus hautes sphères aux plus humbles, que pour faire sentir la nécessité pressante de ranimer en tous la grâce de Dieu. Prêtres, nous avons reçu, par l’imposition des mains, une grâce d’apos­tolat qui nous rend aptes à former un peuple capable d’adorer et d’aimer Dieu et le Seigneur et Sauveur Jésus ; fidèles, vous avez reçu, par l’eau régénératrice du baptême, puis par l’onction du saint chrême, une participation à la nature divine qui vous rend capables d’efforts contre le mal en vous et hors de vous, d’élans vers le souverain bien. Gardons tous avec un soin pieux, développons en nous-mêmes et dans le cœur de nos frères, par le Saint-Esprit qui habite en nous, le bon dépôt, comme parle l’apôtre. Là est la seule source de salut et de vie pour la société comme pour chacun de nous.

 

 

 


 

La grande prostituée et la Bête de l’Apocalypse

D’après une Bible allemande du XVIIe siècle

 

 

 

 

 

 

 


[1] — L’Alliance Israélite Universelle est une association maçonnique internationale fondée en 1860 pour organiser le judaïsme sur les principes universels de liberté, d’égalité et de laïcité. A l’A.I.U. sont attachés les noms d’Adolphe Crémieux (1796-1880) et de René Cassin (1887-1976, inspirateur de la déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948). Bien d’autres associations, alliances, fraternités et autres clubs de même inspiration se sont créés et développés depuis, qui poursuivent un but identique ou similaire, et pourraient être tout aussi bien nommés ici. Mgr Delassus montre que, par ses principes, l’américanisme travaille à la même conspiration et poursuit le même objectif subversif que ces officines ténébreuses, qui consiste à vouloir instaurer un nouvel ordre démocratique et une nouvelle religion universels. (NDLR.)

[2] — La Crise chrétienne, p. 43 et 167.

[3] — Dans Pascendi, saint Pie X dira que l’immanence vitale est, avec l’agnostiscisme, le fonde­ment de l’erreur moderniste. La « méthode d’immanence » fut notamment encouragée comme mé­thode apologétique, au début du XXe siècle, par Blondel et Laberthonnière. Voir Le Sel de la terre 8, p. 89 sq. : « Dieu, son existence et sa nature » I. (NDLR.)

[4] — Mgr Ireland écrivait dans son panégyrique du père Hecker : « C’était avec une sorte d’impé­tuosité qu’il accomplissait son œuvre de missionnaire et de pasteur, sortant pour cela de toutes les voies connues. Il haïssait la routine. » Le même donnait les consignes suivantes à ses partisans : « Laissez les catholiques, si cela leur convient, se traîner dans les vieilles ornières et craindre de dé­ranger leurs esprits ou de chiffonner leurs vêtements en hâtant le pas. Notre devise est : Oser et faire. (…) Selon une expression américaine, allons de l’avant. Et qu’importe que nous nous trompions de temps en temps ! (…) Le conservatisme est le nom spécieux de l’apathie et, résolu qu’il est à rester toujours sauf, ce n’est plus qu’un morceau de bois mort… (…) Laissez sa place à l’action de chacun. Le laïque n’a pas besoin d’attendre le prêtre, ni le prêtre d’attendre l’évêque, ni l’évêque d’attendre le pape pour suivre sa voie propre. Les timides se meuvent en troupeau et les braves marchent en simples files » (Discours sur l’avenir des catholiques aux États-Unis). L’abbé Naudet, dans son livre Vers l’avenir, écrivait de même : « N’hésitons pas à le dire : chez nous, c’est le parti des “vieux” qui domine, et il y a comme une peur instinctive de ceux qui, (…) pensant que rien ne défend aux géné­rations nouvelles, auxquelles les circonstances diverses ont fermé les vieilles routes, d’aller au vrai par de nouveaux chemins, se déclarent très fiers d’être des catholiques mais ont horreur des cléricaux. » Citons enfin l’ex-abbé Charbonnel : « Il s’agit désormais pour chaque chrétien de reconquérir sa per­sonnalité, sa liberté, sa vie intérieure. Et c’est là le fond de ce qu’on a appelé l’américanisme. » (Extraits de documents cités par Mgr Delassus en appendice de son livre L’Américanisme et la conju­ration antichrétienne, Documents et éclaircissements, p. 338-340. NDLR.)

[5] — En annexe (p. 341-342), Mgr Delassus cite des textes réprouvant cette idée de séparation ré­clamée par l’américanisme, et notamment le témoignage d’un journal canadien (La Vérité de Québec) expliquant que le droit commun accordé à l’Église catholique aux États-Unis était loin de lui conférer la situation de liberté avantageuse que prétendaient les américanistes : « Théoriquement, l’Église est sur un pied d’égalité avec les sectes aux États-Unis ; en réalité, elle est systématiquement ostracisée au profit des sectes. » C’est bien ce que l’histoire ne cesse de démontrer. (NDLR.)

[6] — Mgr Delassus illustre ce Broadmindedness par un fait de 1898 : Quoique franc-maçon no­toire, le général Calixto Garcia, chef de l’insurrection américano-cubaine contre l’Espagne, fut enterré avec grand’messe de Requiem à l’église Saint-Patrick de Washington. Mgr Ireland fit 1800 km pour as­sister à ces obsèques et prononcer l’oraison funèbre dans laquelle il dit, s’adressant aux Cubains : « Tracez vous-mêmes le plan de votre avenir civil et religieux. Les plis du drapeau américain couvrent la liberté religieuse la plus absolue, et le fait que ce drapeau a flotté sur Cuba est une garantie que cette île sera libre dans sa religion » (Cuba était, jusqu’à ce moment, constitutionnellement catho­lique). (Voir Documents et éclaircissement, p. 342-343. NDLR.)

[7] — Texte écrit en 1899 ! (NDLR.)

[8] — Histoire d’une idée, p. 44.

[9] — Voir : Le Système du moins possible. – Aujourd’hui, Demain. – Nouveau dire sur le système du moins possible, et demain dans la société chrétienne.

[10] — Il s’agit de l’abbé Charbonnel qui perdit son sacerdoce dans cette entreprise ! (NDLR.)

[11] — Ces documents sont ajoutés en annexe du livre. L’abbé Charbonnel reçut notamment l’adhé­sion de l’abbé Lemire et du grand rabbin de France, M. Zadoc-Kahn. Mgr Ireland, Mgr Keane (recteur de l’Université catholique de Washington) et le cardinal Gibbons (évêque de Baltimore) avaient, de leur côté, encouragé le précédent congrès de Chicago, en 1893. (NDLR.)

[12] — Auteur de la vie du père Isaak-Thomas Hecker († 1888), l’initiateur du mouvement américa­niste. (NDLR.)

[13] — Évêque américain (archevêque de Saint-Paul en Minnesota), apôtre de l’évolution de l’Église et du salut par la démocratie. Il écrivit l’introduction du livre de Walter Elliot sur le père Hecker. Il vint à Rome pour écarter l’encyclique contre l’américanisme. Quand elle parut, il écrivit au pape un chaleureux et hypocrite acte d’adhésion en s’indignant qu’on ait pu prêter de pareilles « erreurs et ex­travagances » aux évêques, au clergé et au peuple américain, et reportant la responsabilité sur « les ennemis de l’Église d’Amérique (…) qui imaginent qu’il y a (…) aux États-Unis une Église différant d’un seul iota de l’Église sainte et universelle »… (NDLR.)

[14] — Recteur de l’université catholique de Washington. En 1894, au congrès scientifique interna­tional des catholiques tenu à Bruxelles, il fit un pompeux éloge du parlement des religions de Chi­cago tenu l’année précédente, qu’il présenta comme un heureux fusionisme des religions et des pa­tries. A cette occasion, il alla même jusqu’à citer Bouddha et Confucius parmi les hommes suscités par Dieu pour conserver la vérité religieuse dans le monde. Déposé de sa charge en 1896 par Léon XIII, il fut nommé à l’évêché de Dubuque. Lui aussi protesta qu’il n’avait jamais enseigné les erreurs condamnées par Testem benevolentiæ. Voir Le Sel de la terre 25, p. 205 et 26, p. 201. (NDLR.)

[15] — Dans un discours prononcé au Cercle catholique du Luxembourg sur l’Action sociale de la Jeunesse française, Mgr Ireland disait : « Un savant, Archimède, je crois, disait qu’il soulèverait le monde physique s’il trouvait pour son levier un point d’appui. Or, je voudrais soulever le monde mo­ral, et je vois mon point d’appui dans la jeunesse catholique de France. » Mgr Ireland est ici d’accord avec l’abbé Maignen qui, à propos de l’article du Journal des Débats, disait : « Quand une erreur touche le sol de la France, elle se précise et se clarifie. »

[16] — Il ne faut point lire : le clergé des collèges, mais cette partie minime du clergé qui s’est donné la mission d’agiter partout les questions sociales et de vouloir les résoudre avant de s’en être instruit.

[17] — Il s’agit d’abbés libéraux et démocrates. Le père Didon se rendit célèbre par ses manifesta­tions en faveur du catholicisme libéral sous Pie IX et Léon XIII. Au sujet de l’abbé Lemire (1853-1928), voir l’article sur Mgr Delassus dans le présent numéro (p. 73 sq.). L’abbé Naudet (1859-1929), direc­teur de la Justice sociale (condamnée par le Saint-Office en 1908), se compromettra avec le moder­nisme. (NDLR.)

[18] — Il s’agit de Léonce Fabre des Essarts (1848-1917). Ésotéro-occultiste et homme de lettres, franc-maçon depuis la première moitié des années 1880, il fut l’un des premiers adhérents de l’Église gnostique créée en 1895 par Jules Doinel (1842-1902 ; « Patriarche gnostique » de cette Église, sous le nom de Valentin II, qu’il fonda en 1888 suite à la « visite » de l’esprit de Guilhabert de Castres, ancien évêque de Montségur, au cours d’une scéance de spiritisme). Fabre des Essarts fut « sacré » par Doinel « évêque de Bordeaux » sous le nom de Synésius. (Avec lui, fut sacré évêque gnostique Gérard Encausse, nommé Papus, fondateur de l’ordre Martiniste. Peu après, l’ordre Martiniste s’associa à l’Église gnostique.) Synésius hérita de la direction de l’Église gnostique après l’abjuration de Doinel (qui mourut réconcilié avec l’Église, semble-t-il) et la transforma en Église gnostique de France en 1906. Auteur d’une abontante production ésotéro-gnostique, il créa notamment la revue La Gnose (1909-1912) dont il confia la direction à René Guénon, sacré évêque gnostique par ses soins sous le nom de Palingénius. Le spiritisme gnostique est l’une des formes de la conjuration antichrétienne, et non la moins redoutable, et sa propagation dans le monde entier est certainement l’un des signes les plus dignes d’attention des grands combat qui doivent précéder l’avènement de l’antéchrist. (NDLR.)

[19]Vie du père Hecker, page 368.

[20] — Rome était là, et intervint effectivement par un désaveu indirect (la diplomatie romaine est féconde en ressources…) mais clair : à la demande du cardinal Richard (archevêque de Paris), Léon XIII adressa au cardinal Satolli (délégué apostolique aux États-Unis) une lettre qui désavouait les initiatives américaines d’assemblées réunissant des catholiques et des non catholiques pour traiter de questions religieuses. Il n’était pas question de la France. Mais la publication de cette lettre en France (en novembre 1895) porta un coup mortel au projet de congrès des religions prévu à Paris pour 1900. L’abbé Charbonnel apostasia peu après.

Que de chemin parcouru depuis ! En 1986, c’est la Rome conciliaire elle-même et le pape qui or­ganisèrent le scandale d’Assise et le pape y fut personnellement présent. Voir, dans ce numéro, les textes rassemblés sous le titre : « La réitération d’Assise ». (NDLR.)

[21] — Le clergé de France a mille raisons de croire qu’il est appelé à une grande mission ; et les mêmes conjectures qui lui laissent apercevoir pourquoi il a souffert, lui permettent aussi de se croire destiné à une œuvre essentielle (Considérations sur la France, p. 26).

[22] — On remarquera le caractère prophétique de ce texte. C’est exactement ce que nous vivons. Puissions-nous vraiment comprendre ce que le père Aubry dit là sur l’esprit surnaturel et la formation théologique, et le mettre en pratique. (NDLR.)

[23] — La formation des clercs et le véritable renouveau du sacerdoce catholique comme remède à la crise : n’est-ce pas toute l’œuvre à laquelle s’est consacré Mgr Lefebvre ? (NDLR.)

Les citations sont tirées de Essai sur la méthode des études ecclésiastiques en France, par J-B. Aubry, 1ere et 2e parties. Voir particulièrement les chapitres IV, IX et X.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 30

p. 153-170

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