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Éditorial

 

Pourquoi une revue doctrinale thomiste ?

 

 

NOUS avons déjà répondu à cette question dans les éditoriaux des numéros 1, 2 et 3 de la revue. Cela date déjà de 7 ans ! De plus ces numéros sont difficiles d’accès, aussi nous voudrions revenir un peu sur cette question, en l’abordant cette fois-ci d’un point de vue concret. Nous allons relever quelques opinions émises de-ci de-là [1] qui feront bien comprendre comment, sans une sérieuse réflexion doctrinale, nous sommes incapables de nous défendre.

 

A tout seigneur, tout honneur, commençons par Lionel Jospin qui est, nous dit-on, premier ministre dans notre pays. Voici ce qu’il a dit le 8 octobre 1998 : « Il faut comprendre que les Églises ont un message particulier qu’il faut respecter, mais qui ne peut pas inspirer entièrement la vie sociale, même si cela contribue au débat des idées. »

Qu’en pensent nos lecteurs ? C’est faux, bien sûr, mais l’erreur est sournoisement cachée et combien d’entre nous serions capables de répondre de manière adéquate ? Or sur ce point de la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, notre revue a déjà consacré de nombreux articles, et même des numéros spéciaux (n º 17 et 19).

 

Continuons avec des propos entendus sur une radio très écoutée par les catholiques traditionalistes : « Il faut bien comprendre une chose : c’est que le monde chrétien est pluriel. Nous le rappelions l’autre soir : il y a l’Église de Pierre qui est l’Église visible, officielle, et il y a depuis des temps fort anciens, depuis l’origine du christianisme, l’Église de Jean ou, l’on pourrait dire, l’Église de Joseph d’Arimathie » (Paul-Georges Sansonetti, 13 juin 1998). Cette fois-ci c’est le piège de la gnose.

Qu’en pensent nos lecteurs ? C’est faux, bien sûr, mais qui connaît suffisamment la gnose aux multiples visages, suffisamment pour être capable de répondre de manière pertinente ? Sur ce point du démasquage de la gnose, notre revue a déjà consacré de nombreuses pages, notamment dans ses « brèves informations ».

 

Pour vous délasser, vous irez peut-être lire un article de votre revue de l’association des professeurs d’histoire et de géographie. Hélas !, vous tombez de Charybde en Scylla, car dans le n º 361 de mars-avril 1998, vous lisez un violent réquisitoire pour l’école de la République :

 

Nos élèves n’entrent pas en classe comme « croyants ». Franchissant la grille, un « miracle » laïque se produit. Les rejetons des familles restées « dehors » endossent la tenue d’un « statut » radicalement différent qui les rend tous égaux en droits : celui d’élève opposé à celui d’adepte. Échappant à toutes les formes sournoises de communautarismes imposés par la société, ils entrent en République ! (…) Libéré de toutes ces contraintes, il n’appartient plus enfin qu’à lui-même. Mis face au savoir nécessaire dont il a besoin, son esprit peut s’ouvrir et s’élever, si peu que ce soit, à l’universel. Que peut dès lors signifier pour lui l’introduction de la révélation, comme « vérité historique », que « Jésus a existé » ? Dans son espace-temps particulier, l’école libère l’élève du souci d’avoir « à croire ». Dans le contexte actuel, détruire ce « statut » laïque ne peut que le conduire à endosser à nouveau celui d’adepte potentiel d’une communauté ethno-religieuse ou autre, porte ouverte à toutes les manipulations... L’École de la République volerait en éclats avec la République elle-même. Tout l’édifice de liberté, égalité, fraternité construit sur les ruines de l’Ancien Régime serait emporté.

 

La même revue explique que cette école de la République est le fruit du rationalisme scientifique de la formation universitaire : « En dernier ressort, ce sont les professeurs qui dans leurs classes sont responsables du contenu de ce qu’ils enseignent, à condition d’avoir reçu une formation universitaire vérifiée par des diplômes et des concours où peut s’évaluer à partir de certains sujets la validité de la démarche scientifique. »

Qu’en pensez-vous, chers lecteurs ? C’est faux, bien sûr, mais pour lutter contre ces erreurs, il faut une vraie formation doctrinale. Il ne suffit pas, d’ailleurs, de lire les articles de Nicolas Dehan parus dans notre revue sur « L’École et le monopole », il faut encore être prévenu sur le danger de « l’esprit universitaire ». D’où l’utilité d’une revue qui cherche à donner l’esprit d’une formation catholique opposée à cet esprit de l’université actuelle (voir par exemple l’éditorial du n º 25).

 

*

  

 

Fatigués d’entendre et de lire ces bêtises, vous vous rabattez sur la bonne presse. Vous ouvrez votre journal « légitimiste » et vous y lisez cette déclaration d’Olivier Guichard : « La République pourrait utiliser les talents des Bourbons, comme ceux d’autres familles ayant régné, pour affirmer que la France est un tout, dans l’Histoire et dans la mémoire, où l’on peut vivre ensemble », à laquelle répond l’aîné des Bourbons : « Ce serait (…) une excellente initiative que prendrait l’État si, en France, on reconnaissait une place singulière aux chefs des dynasties ayant régné sur le pays [2]. » Et l’auteur de l’article de pencher pour une telle survivance des royautés traditionnelles jouant le rôle de maintien des coutumes et de conseil (comme au Portugal, en Bavière, etc.).

Qu’en pensez-vous ? C’est faux, bien sûr, c’est l’erreur du libéralisme politique. D’où l’utilité d’une revue doctrinale qui sache former ses lecteurs sur cette erreur, et qui leur apprenne à la discerner partout où elle se manifeste.

 

Vous vous décidez enfin à aller trouver le repos et la paix dans votre chapelle traditionaliste. Au moins là, vous espérez être à l’abri. Certes vous l’êtes, mais dès que vous êtes sorti, voici ce que vous entendez de la bouche de certains fidèles (très peu nombreux, mais il se trouve que ce jour-là vous êtes tombé sur eux) :

 

Tout n’est pas à prendre au pied de la lettre dans Vatican I et dans le serment anti-moderniste.

Vatican II n’est pas à suivre dans la mesure où il exalte la démocratie et les droits de l’homme ; mais par d’autres aspects il constitue une réaction salutaire contre le dogmatisme intempérant d’une scolastique étriquée.

Malgré les muliples condamnations dont ils furent l’objet, Proclus, Maître Eckart, Jacob Boeme, Malebranche et Rosmini demeurent des maîtres à penser.

Il faut aujourd’hui opérer avec Hégel la même opération que saint Thomas a réussie avec Aristote.

La démarche blondélienne n’est pas entièrement à rejeter. D’ailleurs saint Pie X a eu une déclaration apaisante à son égard.

Saint Thomas représente plus une étape qu’une limite.

Il était d’ailleurs plus néo-platonicien qu’autre chose.

Parce que saint Thomas utilise quelquefois le terme d’émanation pour désigner la création, la notion de création « ex nihilo » est inadéquate.

Les vingt-quatre thèses thomistes ne constituent qu’une opinion parmi d’autres.

Parce qu’il n’a jamais existé, l’état de pure nature est une construction de l’esprit artificielle et arbitraire ; d’ailleurs saint Thomas ne l’a jamais évoqué.

L’abstraction des quiddités doit être comprise comme une intuition des essences.

Descartes avait raison quand il soutenait que nous avons une idée positive de l’infini (et non pas négative par suppression des limites).

 

Qu’en pensez-vous, chers lecteurs ? Voilà des erreurs bien plus difficiles à discerner. Et d’autant plus sournoises qu’elles circulent dans nos milieux.

Si vous comprenez l’importance d’une revue qui vous tient au courant de ces erreurs et qui vous donne le contrepoison de la véritable doctrine thomiste, soutenez Le Sel de la terre : priez pour la revue, faites célébrer des messes à son intention, écrivez-nous, trouvez-nous des abonnés, etc.

Nous vous remercions déjà de tout ce que vous faites pour la revue. Et sachez que, tant que nous le pourrons, nous tâcherons de vous faire le service de la vérité en vous donnant la véritable doctrine thomiste traditionnelle, et de vous témoigner notre gratitude aussi par notre prière.

 


 

Saint Thomas d’Aquin


[1] — Toutes ces opinions sont réelles, même si par discrétion nous ne donnons pas toutes les références précises.

[2] — Le Légitimiste, nº 174, mai 1999.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 30

p. 1-4

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