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Éditorial

 

Les portes de l’enfer

 

 

QUELQUES semaines avant les sacres épiscopaux du 30 juin 1988, Mgr Lefebvre disait à Charles Gerrin, l’auteur de l’article intitulé « Les portes de l’enfer » dont nous commençons la publication dans ce numéro :

« Voyez-vous, je suis un peu dans la position du pape Pie VII, et Jean‑Paul II c’est Napoléon. Si je signe [1], Jean-Paul II m’imposera plus tard des articles organiques. »

Or quelle était cette « position du pape Pie VII » dont parlait Mgr Le­febvre ? On peut la résumer dans cette phrase de Pie VII, laquelle est à l’origine du titre de cet éditorial comme de l’article de Charles Gerrin.

« Nous voulons bien aller jusqu’aux portes de l’enfer ; mais nous entendons nous arrêter là [2]. »

Nous ne considérerons pas ici la question de savoir si Pie VII s’est réelle­ment arrêté aux portes de l’enfer ou s’il est allé trop loin. Mais en ce qui concerne Mgr Lefebvre, la réponse est claire : il s’est arrêté à temps. L’expé­rience, onze années après, le prouve toujours davantage [3].

Nos lecteurs pourront aisément se convaincre de la lucidité du grand évêque en lisant dans les Documents de ce numéro le texte de la conférence adressée lors de la retraite sacerdotale à Écône en septembre 1987. « Rome a perdu la foi, y dit entre autre le prélat d’Écône, Rome est dans l’apostasie. Ce ne sont pas des paroles, ce ne sont pas des mots en l’air. C’est la vérité. Rome est dans l’apostasie. On ne peut plus avoir confiance dans ce monde-là, ils ont quitté l’Église, ils quittent l’Église. C’est sûr, sûr, sûr. Je l’ai résumé au cardinal Ratzinger : “(…) Nous ne pourrons pas collaborer, c’est impossible, impossible, parce que nous travaillons dans deux directions diamétralement opposées : vous, vous travaillez à la déchristianisation de la société, de la personne hu­maine et de l’Église, et nous, nous travaillons à la christianisation. On ne peut pas s’entendre.” »

 

La phrase de Mgr Lefebvre, « Jean‑Paul II c’est Napoléon » trouve aussi une illustration dans les « Nouvelles de “Rome” », toujours dans la partie Documents de ce numéro. Napoléon disait : « Ma politique est de gouverner les hommes comme le plus grand nombre veut l’être. C’est, je crois, la vraie manière de re­connaître la souveraineté du peuple. C’est en me faisant catholique que j’ai fini la guerre de Vendée, en me faisant musulman que j’ai gagné les esprits en Égypte. Si je gouvernais un peuple de juifs, je rétablirais le temple de Salo­mon [4]. »

Sans doute le pape Jean-Paul II ne s’est pas fait musulman. Mais nous voyons qu’il a, comme Napoléon, la préoccupation de plaire aux musulmans en approuvant leur religion, allant jusqu’à baiser publiquement le livre du Coran, donnant ainsi à penser que ce livre, écrit par un imposteur et contenant quan­tité de blasphèmes contre Notre-Seigneur Jésus-Christ, est inspiré de Dieu.

Ce n’est pas la seule ressemblance que l’on peut faire entre Napoléon et Jean-Paul II. Tous les deux sont des propagateurs de la Révolution à travers le monde [5]. Tous les deux ont remis un peu d’ordre après une période plus agi­tée, tout en maintenant l’essentiel des acquis de la Révolution antérieure. Tous les deux ont lutté contre une éventuelle réaction contre-révolutionnaire. Tous les deux ont établi un nouveau Code de loi, faisant passer dans la législation le principes de la Révolution. Tous les deux se sont acquis une grande popularité. Etc.

 

Enfin, puisque nous parlons de l’enfer, citons cette phrase récente de Jean-Paul II : « La “damnation” ne doit donc pas être attribuée à l’initiative de Dieu, car, dans son amour miséricordieux, il ne peut vouloir que le salut des êtres qu’il a créés. En réalité, c’est la créature qui se ferme à son amour. La “damnation” consiste précisément dans l’éloignement définitif de Dieu librement choisi par l’homme et confirmé à travers la mort qui scelle pour toujours ce choix. La sentence de Dieu ratifie cet état [6]. »

Il est vrai que la damnation de l’homme est une conséquence de son libre choix. Mais le libre choix ne porte pas, comme le laisse entendre le pape, sur la damnation elle-même, mais sur l’obéissance ou la désobéissance aux comman­dements de Dieu. Bien des gens vont en enfer qui n’ont nulle envie d’y aller. Ils ont refusé d’obéir à Dieu librement, mais ils ne choisissent pas la peine qui leur sera infligée pour cela par la justice divine.

Et quand le pape dit que Dieu « ne peut vouloir que le salut des êtres qu’il a créés » : cela n’est vrai que si ces êtres lui obéissent et acceptent de servir au but pour lequel il les a créés (à savoir : sa gloire) ; mais s’ils refusent, et s’insur­gent contre l’ordre voulu par lui, il rétablit cet ordre par le châtiment de ceux qui voulaient s’opposer à lui [7].

Pour un personnaliste comme Jean-Paul II, toutes les peines sont nécessai­rement pour le bien de la personne humaine. Il ne conçoit pas une peine qui soit vindicative, c’est-à-dire pour rétablir l’ordre de la justice, contre la volonté de celui qui la subit.

 

Dans les « Nouvelles de “Rome” » de ce numéro, nos lecteurs trouveront d’autres considérations de Jean-Paul II sur l’enfer. L’impression qui s’en dégage est pénible. Pie VII disait : « Nous voulons bien aller jusqu’aux portes de l’enfer ; mais nous entendons nous arrêter là. » Jean-Paul II, lui, ne semble pas trop préoccupé de s’arrêter.

Il nous reste à prier pour qu’il écoute les sages avertissements qui lui sont donnés par Mgr Fellay dans sa lettre ouverte au Saint-Père du 27 octobre [8], ou que le bon Dieu en personne l’arrête ; et, quant à nous, tâchons d’imiter la pru­dence surnaturelle de Mgr Lefebvre et refusons tout compromis avec la Rome moderniste et la nouvelle religion.

 


 

 

 

 

 

 


[1] — Il s’agit des documents que la « Rome conciliaire » voulait faire signer à Mgr Lefebvre, en vue d’accorder un évêque à la Tradition catholique. Une fois les documents signés, Mgr Lefebvre ne put obtenir une date pour le sacre de l’évêque, ce qui le décida à procéder aux sacres du 30 juin 1988.

[2] — Mémoires du cardinal Consalvi, Paris, Éd. Henri Plon, 1864 (publiées par J. Crétineau-Joly), t. I, p. 343, note 1.

[3] — Notre revue n’étant pas une revue d’actualité, nous n’entretiendrons pas nos lecteurs des diverses péripéties par lesquelles passent la Fraternité Saint-Pierre. Ils peuvent trouver des renseignements dans les revues « d’actualité de la Tradition » comme Fideliter (BP 88, 91152 Étampes), Le Bulletin Saint Jean Eudes (1 rue des Prébendes, 14210 Gavrus) ou De Rome et d’ailleurs (Éditions de la Vraie Presse, Case Postale 123, CH-1635, La Tour-de-Trême, Suisse).

[4] — Roederer, Mémoires, t. III, p. 334, cité dans Leflon Jean, Histoire de l’Église depuis les origines jusqu’à nos jours, publiée sous la direction d’Augustin Fliche et Victor Martin, t. 20 « La Crise révolutionnaire », Bloud et Gay, 1949, p. 176. Les Œuvres de Pierre-Louis Rœederer ont été publiées (2e édition corrigée) par Firmin Didot, Paris, de 1853 à 1859 (8 volumes in 4°).

[5] — Voir l’éditorial du Sel de la terre 26.

[6] — Audience du 28 juillet : ORLF, 3 août 1999, p. 12.

[7] — Voir I-II, q. 87, a. 1 : « Lorsque quelque chose s’insurge contre un ordre quelconque, il s’en suit qu’il est abaissé (deprimatur) par cet ordre même ou par le principe de cet ordre. » Voir tout cet article.

[8] — Voir la partie Documents de ce numéro.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 31

p. 1-3

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