Courrier des lecteurs
Au sujet de la thèse du chanoine René Berthod sur la sacramentalité de l’épiscopat dont nous avons donné un résumé dans le nº 29 (page 48 et suivantes), nous avons reçu quelques informations supplémentaires.
Un prêtre de la Fraternité Saint-Pie X qui a bien connu le chanoine nous précise : « Je puis donc presque affirmer avec certitude (…) que le résumé en question n’est pas du chanoine ». Ainsi nous nous étions trompés en écrivant que le résumé de la thèse que nous avons publié dans le nº 29 avait été fait par le chanoine lui-même.
Par ailleurs, M. René Berthod, préfet d’Entremont, seul neveu du chanoine et gardien de sa bibliothèque, nous communique quelques informations intéressantes. Répondant à une personne qui pensait que le chanoine avait fait une nouvelle édition modifiée de sa thèse sur la fin de sa vie, et qu’il souhaitait qu’on ne lance pas la discussion sur cette question chez les fidèles, il répond :
S’agissant de la thèse de mon oncle le chanoine, vous avez donné à Avrillé une information qui n’était à ma connaissance pas exacte. Il n’a pas retravaillé son texte dans le sens où il l’aurait complété ou corrigé. Ce qu’il a fait, avec la plus extrême attention il est vrai, a été de relire ma transcription. Mais ma copie a été faite sur l’original et n’en a changé que la présentation.
Les dominicains d’Avrillé sont donc en possession du texte authentique.
Par le même courrier, je le leur fais savoir, les avisant qu’il n’est pas nécessaire qu’ils se procurent un des 5 exemplaires de l’édition familiale 1996.
Quant aux vœux du chanoine, il ne m’a pas demandé de faire le silence sur son travail, ni d’en rechercher une publication rapide. Ensemble nous pensions que celui-ci pourrait un jour servir l’Eglise, mais quand la Providence le voudra. Je me souviens d’une parole précise qu’il m’a dite. Évoquant l’abandon de l’opinion défendue par lui et enseignée à Fribourg durant quelques années (~1948-1958) il pensait que ceci avait facilité les ordinations et les sacres de Mgr Lefebvre. « Cet abandon fut sans doute providentiel [1] » furent ses mots.
M. R. Berthod, en nous communiquant ces précisions, termine sa lettre ainsi : « Je vous remercie des travaux que vous faites et qui honorent la mémoire du chanoine Berthod. »
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Un lecteur (médecin de profession) nous écrit :
La crise actuelle est une terrible crise de l’intelligence. Toute les têtes tombent au propre et au figuré. Saint Thomas est notre « cou », qui nous transmet la Vérité et la Vie, venant d’En-Haut. Gardons-nous bien de le couper !
Défendre la vérité, c’est L’aimer.
Attaquer l’ennemi, c’est aimer.
Malheur aux lâches !
Défendez. Attaquez – C’est ce que nous ordonne saint Thomas en exergue de la Somme contre les Gentils.
« Ma bouche méditera la Vérité, mes lèvres maudiront l’impie [2]. »
Il n’y a pas d’autre voie.
Bonne année.
Nous remercions ce lecteur qui nous a inspiré l’éditorial de ce numéro.
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Nous avons reçu de M. Yves CHIRON la lettre suivante, datée du 4 janvier 2000, en réponse à deux lettres publiées dans le « Courrier des lecteurs » du Sel de la terre 31.
Monsieur le Directeur de la Publication,
Une nouvelle fois, votre revue, par ailleurs toujours intéressante, me met en cause par l’intermédiaire du « Courrier des lecteurs » publié dans le nº 31. Aussi, en application de la loi sur la presse, je vous serais reconnaissant de publier ma lettre en droit de réponse.
Par deux lettres, l’une émanant d’un prêtre, anonyme, de la Fraternité Saint-Pie X, l’autre émanant d’Antoine de Motreff (un pseudonyme ?), vous avez laissé paraître des expressions injurieuses à mon encontre. Le premier ne m’accuse rien moins que de « vices et de péchés très charnels », l’autre estime que je mets la « foi en danger » par mes écrits.
Je ne voudrais pas prolonger indéfiniment la polémique. Tout au contraire, et pour ne pas subir à nouveau les foudres de votre censeur ecclésiastique (« Chiron se perd dans les méandres habituels de son style insaisissable »), je précise qu’Evola et Guénon ne sont certes pas des auteurs qu’un catholique puisse considérer comme des maîtres. Ils ont cherché un sens à la vie et une explication du monde hors de la Révélation de Notre Seigneur Jésus-Christ et, par ce fait, ils ont erré et, sur le plan religieux et spirituel, ils ont écrit des pages qui contiennent nombre d’erreurs dangereuses. Pour ma part, ce sont surtout leurs écrits de contestation du monde moderne qui m’ont intéressé et m’ont semblé, sur certains points, pertinents. Je n’ai jamais adhéré à ce que votre censeur ecclésiastique appelle leurs « hérésies gnostiques ». Je n’ai jamais vécu non plus, en aucune manière, « la gnose dans ma vie familiale et religieuse » (j’ignore tout, d’ailleurs, de la façon « dont les adeptes vivent la gnose dans leur vie familiale et religieuse »). Je n’ai jamais fait partie d’un quelconque groupe occultiste, gnostique ou société secrète et si j’ai collaboré, jusque dans les années 80, à des revues proches de ces milieux, c’est par manque de prudence et par désir (naïf) d’y faire entendre une voix catholique. Enfin, vos lecteurs auront remarqué que tous les ouvrages que je publie ont trait seulement à l’histoire religieuse ou à l’histoire des idées politiques et aucune référence aux oeuvres et aux idées d’Evola et de à [sic] Guénon ne s’y trouve.
Si, dans mes écrits de circonstance (articles de journaux ou de revues), il se trouve quelque erreur ou affirmation proche des « hérésies gnostiques » dénoncées par votre censeur ecclésiastique, je les rétracte. Pour moi, il n’est de Tradition que la Tradition catholique et de vérité entière que dans l’enseignement de l’Eglise.
J’aimerais, enfin, que ma bonne foi ne soit pas mise perpétuellement en doute. Certains soupçons ou accusations deviennent de la diffamation. Ils sont aussi une injure pour les autorités de la Fraternité Saint-Pie X qui me font confiance, comme professeur dans une école de la Fraternité depuis douze ans, comme auteur de travaux histo
riques publiés par les éditeurs de la Fraternité en France et à l’étranger.
Avec l’expression de sentiments respectueux.
M. Chiron a mal lu la première lettre incriminée. Elle ne l’accuse pas personnellement « de vices et de péchés très charnels », mais dit : « L’erreur et l’hérésie produisent nécessairement des vices et des péchés très charnels. » L’erreur et l’hérésie en question sont celles de la gnose, et nos divers collaborateurs n’ont pas accusé M. Chiron de professer lui-même la gnose, mais de lui être resté trop favorable [3].
De plus ce n’est pas M. Chiron qui est accusé d’avoir vécu « la gnose dans sa vie familiale et religieuse », mais les disciples de F. Schuon connus par notre correspondant dans le canton de Vaud. Nous ne comprenons pas comment il a pu se reconnaître parmi eux.
Il semble donc que M. Chiron n’a pas matière à voir des injures à son égard dans ces affirmations.
Sur la forme, répondons brièvement aux reproches qui nous sont fait :
Les critiques publiées par notre revue concernent des écrits publics de M. Chiron. Il ne peut y avoir de diffamation à les critiquer. Celui qui prend le risque de publier sa pensée et de la livrer au public, prend par le fait même le risque de se voir contredit. Surtout s’il aborde de manière criticable les questions de la gnose, laquelle constitue un danger réel pour la Tradition aujourd’hui, comme le notait récemment Pierre Debray peu de temps avant sa mort [4].
Les réserves faites dans notre revue n’ont pas voulu porter un jugement sur les intentions de l’auteur, mais faire des réflexions sur des faits objectifs : les textes publiés dans telle ou telle revue. Nous supposons évidemment la bonne foi de notre interlocuteur.
M. Chiron se dit prêt à retracter toute « erreur ou affirmation proche des “hérésies gnostiques” » qu’il a pu écrire. Bien volontiers nous lui prêterons les colonnes de notre revue pour cette salutaire rétractation.
Venenum in cauda [5] : notre interlocuteur nous reproche d’injurier les autorités de la Fraternité Saint-Pie X ! M. Chiron cherche-t-il à se mettre derrière un paravent pour éviter un débat de fond ? Pour notre part, nous nous refusons à nous laisser enfermer dans cette dialectique qui voudrait nous opposer à la Fraternité Saint-Pie X. Les écrits critiqués par nos collaborateurs sont tirés de publications étrangères à la Fraternité Saint-Pie X : notre interlocuteur ne peut se prévaloir d’une approbation des autorités de cette Fraternité. D’autant que certaines revues auxquelles collabore M. Chiron ont des positions différentes de celles de la Fraternité.
D’autre part, il est clair que les autorités de la Fraternité Saint-Pie X n’approuvent pas les erreurs de la gnose. Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, a fait de nombreuses études pour mettre en garde contre le New Age (par exemple dans Le Sel de la terre 1, p. 7-24), mouvement d’origine gnostique ; lors d’une visite dans notre couvent, en
janvier 1999, il a parlé pendant près de deux heures à la communauté réunie au chapitre du danger de la gnose, de sa pénétration dans l’Église et de la nécessité de l’étudier pour comprendre la pensée du pape Jean-Paul II.
Mgr de Galarreta souligne l’importance de la gnose dans sa préface au livre du père Meinvielle (dont nous avons parlé dans notre nº 29, p. 216-219), livre consacré à la cabale et à la gnose :
Nous ne pouvons que nous réjouir de l’heureuse initiative de traduire et publier cet ouvrage, (…) un de ces rares livres à nous donner des lumières fortes et des idées clés pour comprendre l’essence et le fond des erreurs répandues aujourd’hui dans le monde et dans l’Eglise. (…) La trame cachée et réelle de l’histoire est l’opposition entre vraie tradition et fausse tradition. (…) Il y a un fond gnostique dans le néo-modernisme. (…) L’abbé Jules Meinvielle nous montre d’un regard thomiste, le fond philosophique et théologique de l’erreur gnostique qui imprègne tout et est le contraire de la vérité catholique. Plût à Dieu que certains de nos confrères, à la lecture de ce livre, avec un bon bagage philosophique et théologique, se décident à approfondir, synthétiser et vulgariser ces lumineuses analyses de la dérive doctrinaire dans l’Église. »
Mgr Tissier de Mallerais a pris la peine de préfacer lui-même la brochure de l’abbé Meramo, Les Hérésies de la gnose du professeur Borella [6], brochure malheureusement peu connue en France et dont nous avons parlé dans notre nº 29. Il termine ainsi sa préface :
L’abbé Meramo administre le contre-poison à ces erreurs [gnostiques] : le magistère de l’Église et la doctrine du Docteur commun saint Thomas d’Aquin ; ce faisant il réussit à dégager les éléments fondamentalement inadmissibles de la gnose en question en les clouant comme il se doit au pilori. Le professeur Borella fit de très mauvaises lectures de jeunesse ; ne l’imitons pas, lisons l’abbé Meramo.
Mgr Lefebvre lui-même a pris la peine d’envoyer ses félicitations à M. Jean Vaquié au sujet de son étude, L’École de l’ésotérisme chrétien [7] :
S.E. Monseigneur Marcel Lefebvre exprime ses vives félicitations et sa profonde reconnaissance à Monsieur Jean Vaquié pour le remarquable ouvrage qu’il a rédigé sur l’École de l’ésotérisme chrétien. Ce faisant, il réalise le désir de Léon XIII et de saint Pie X, disant qu’il faut enlever le masque de ces gens qui ce déguisent en catholiques pour faire mieux passer leurs doctrines perverses. Que Dieu le bénisse !
Or, précisément, cet ouvrage contient plusieurs pages sur M. Chiron que M. Vaquié n’hésitait pas à ranger dans « l’école de l’ésotérisme chrétien » (p. 157-159).
Quand Mgr Lefebvre donnait son approbation à l’ouvrage de M. Vaquié (29 septembre 1989), M. Chiron était professeur depuis deux ans dans une école de la Fraternité Saint-Pie X. Mgr Lefebvre faisait-il injure aux autorités de la Fraternité Saint-Pie X ?
Une dernière précision : avant de publier notre dernier « Courrier des lecteurs », nous avons proposé à M. Chiron de le rencontrer, et nous n’avons pas eu de réponse de sa part.
Sur le fond, qui est le plus important, cette lettre de M. Chiron ne va pas sans poser de nouvelles questions. Nos lecteurs sont invités à nous donner leurs lumières éventuelles.
[1]— Nous pensons que le chanoine voulait dire que si l’on se place dans l’opinion défendue par sa thèse (l’épiscopat n’est pas de l’ordre sacramentel mais de l’ordre juridictionnel), on aurait pu prétendre que Rome pourrait rendre invalide les ordinations et les sacres faits par Mgr Lefebvre en lui retirant la juridiction qui le faisait évêque. (NDLR).
[2]— Pr 8, 7.
[3]— Voir la recension du livre de M. l’abbé Meramo dans le nº 29 (p. 215-216), le « Courrier des lecteurs » du nº 30 (p. 228-229), et celui du nº 31 (p. 227-229). Voir aussi Le Sel de la terre 12, p. 164 et sq.
Pour le contexte de ce débat, voir Le Sel de la terre 1, p. 34-37 (sur la Contre-Église) ; Le Sel de la terre 4, p. 207-209 (sur L’École de l’ésotérisme chrétien) ; Le Sel de la terre 13, p. 33 à 64 sur René Guénon ; Le Sel de la terre 26, « Brèves informations » (notamment p. 192-193 sur la gnose présente à Radio-courtoisie) ; les recensions des livres du Père Meinvielle et d’Epiphanius recensés dans les nº 29 et 31.
[4]— Courrier Hebdomadaire 1.355 du 15 septembre 1999.
[5]— Le poison se trouve dans la queue.
[6]— Abbé Basilio Meramo, Les Hérésies de la gnose du professeur Borella, Éd. Les Amis de St François de Sales, Sion (Case postale 2346, CH 1950 Sion 2), 1996, 6 FS, 26 FF. Disponible au couvent.
[7]— Jean Vaquié, L’École de l’ésotérisme chrétien, Société Augustin Barruel (62 rue Sala, 69002 Lyon), 1992, 21x29,7, 168 pages, 100 F. Livre recensé dans notre nº 4.

