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Brèves informations

 

 

 

Nous signalons ici quelques brèves informations recueillies dans des revues spécialisées ou peu connues, et qui peuvent intéresser nos lecteurs.

 

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Jean Borella est-il converti ?

 

Est-il vrai que Jean Borella est converti, qu’il renie maintenant Guénon et n’est plus gnostique [1] ? Ce n’est pas le sen­timent que nous avons à la lecture d’un ar­ticle donné dans un numéro récent de la revue gnostique Vers la Tradition [2].

Répondant à un guénonien pur et dur qui avait critiqué dans un numéro précé­dent de Vers la Tradition le livre de Borella Ésotérisme guénonien et mystère chrétien, ce dernier déclare qu’il « demeure persuadé que Schuon, comme Guénon, a fourni quelques clefs indispensables », qu’il est « convaincu de la nature intégrale des rites de l’initiation chrétienne ». Sur ce dernier point il trouve extravagante l’opinion de Guénon, mais « celle de Schuon n’a fait que le confirmer dans sa certitude. C’est ainsi. »

Plus intéressant encore est son juge­ment sur l’ésotérisme et sur la maçonnerie (qu’il écrit avec une majuscule). Nous ci­tons tout le paragraphe pour que l’on ne nous accuse pas de sortir une phrase de son contexte :

 

Mais ceci n’est plus tout à fait per­sonnel et touche à la question de l’existence, passée ou présente, dans le christianisme, d’organisations ésoté­riques, au sens d’un ésotérisme institué – existence que je ne nie nullement. Loin de la passer sous silence, comme il m’est reproché, je me suis efforcé d’en rendre compte (p. 67 à 77 ; p. 266 à 269). Il est vrai qu’alors je n’ai pas parlé de la Maçonnerie, pour la raison, évidente, qu’il ne s’agit pas d’une or­ganisation ésotérique chrétienne. Faut-il préciser que je n’éprouve à l’égard de la Maçonnerie aucune hostilité par­ticulière, pour autant qu’on l’envisage dans sa nature originelle, et dans la mesure où elle demeure fidèle à cette nature ? De même, je ne remets nulle­ment en cause, comme certains se l’imaginent, l’origine non-humaine des grandes religions de la terre.

 

Ainsi Borella lui-même déclare qu’il admet « dans le christianisme, d’organisa­tions ésotériques, au sens d’un ésotérisme institué », qu’il « n’éprouve à l’égard de la Maçonnerie aucune hostilité particulière » et qu’il « ne remet nullement en cause, comme certains se l’imaginent, l’origine non-humaine des grandes religions de la terre ». Si Borella entendait par « origine non-humaine » une origine diabolique pour les religions autres que la religion ca­tholique, nous serions d’accord avec lui, mais – malheureusement – ce n’est sûre­ment pas le cas.

 

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Essai de réfutation de « l’anti-œcuménisme intégriste de Mgr Lefebvre »

 

Dans le dernier numéro de l’année 1999 du SIDIC (Service International de Documentation Judéo-Chrétienne – vol. XXXII, nº 3) consacré au thème sui­vant : « Fondamentalisme et extrémisme, un défi à l’aube du XXIe siècle », se trouve un article de Pierre Lathuilière, prêtre ca­tholique, directeur du centre « Unité Chré­tienne » à Lyon et délégué du diocèse de Lyon pour l’œcuménisme, intitulé : « Intégrisme et fondamentalisme chrétiens face à l’œcuménisme » (pages 13 et sq.).

Laissons de côté l’analyse du fonda­mentalisme protestant, et regardons ce qui est dit sur « l’anti-œcuménisme intégriste de Mgr Lefebvre ». L’auteur, qui a manifes­tement écouté quelques homélies de Mon­seigneur et lu quelques-uns de ses écrits re­connaît qu’ici, c’est sur les documents du magistère, la Tradition et spécialement l’« ecclésiologie » que la contestation de l’œcuménisme se fonde (et non pas sur la seule Bible, comme pour les fondamenta­listes). Quittant un instant la narration descriptive où se cantonne l’essentiel de son article, il tente une réfutation doctrinale de Mgr Lefebvre qui mérite d’être relevée. Li­sons :

 

Enfin une autre raison, plus déter­minante, tient à la conception théolo­gique de l’Église catholique qui est [pour Mgr Lefebvre] « unique moyen de salut », « seule arche de salut ».

 

Pour étayer cette affirmation, l’abbé Lathuilière cite la Lettre ouverte aux catho­liques perplexes (page 100) :

 

« Notre-Seigneur n’a pas fondé plu­sieurs Églises, il n’en a fondé qu’une. Il n’y a qu’une seule croix par laquelle on peut se sauver [sic, a ajouté Lathui­lière] et cette croix est donnée à l’Église catholique ; elle n’est pas don­née aux autres. A son Église, qui est son épouse mystique, le Christ a donné toutes ses grâces. Aucune grâce au monde, aucune grâce dans l’histoire de l’humanité ne sera distribuée sans passer par elle. »

 

Et voici le commentaire de notre au­teur :

 

Sans doute, Mgr Lefebvre ne savait-il pas qu’il reprenait dans ces lignes une proposition condamnée par le pape Clément XI, dans la constitution Uni­genitus Dei Filius du 8 septembre 1713. Celle-ci portait sur les erreurs du janséniste Quesnel et, parmi les 101 propositions proscrites, la 29e affirmait « Hors de l’Église, pas de grâce ».

 

Une note donnant la référence (DS 2429), ajoute ces mots : « L’étonnante mansuétude du Saint-Office à l’égard des écrits de Mgr Lefebvre permet à ses dis­ciples de faire croire que son initiative pour “maintenir la Tradition” n’est qu’un schisme de portée disciplinaire et non une hérésie touchant au dogme... »

Passons sur l’étonnante résurrection, pour les besoins de la cause, du Saint-Of­fice (qui a été débaptisé depuis un bon moment par Paul VI pour devenir la très « pastorale » Congrégation pour la doctrine de la foi). Passons aussi sur le condescen­dant : « Sans doute, Mgr Lefebvre ne sa­vait-il pas… ». Ainsi, preuve à l’appui, il y aurait une erreur, une hérésie même, à la base du schisme de Mgr Lefebvre : le jan­sénisme de Quesnel !

Nos lecteurs auront discerné le so­phisme d’eux-mêmes. « Hors de l’Église, pas de grâce » n’est pas l’équivalent de : « Hors de l’Église, pas de salut », ni de : « Aucune grâce ne sera distribuée sans passer par elle [l’Église] ».

D’ailleurs la proposition condamnée de Quesnel ne dit pas exactement : « Hors de l’Église, pas de grâce », mais : « Hors de l’Église, aucune grâce n’est concédée, extra Ecclesiam nulla conceditur gratia ». Cette proposition est fausse en ce qu’elle nie que la grâce (actuelle) de Dieu est donnée même à ceux qui sont en dehors de l’Église, pour qu’ils se convertissent. Cela se com­prend aisément, puisque tout homme re­çoit la grâce suffisante pour se sauver, or bien des hommes sont hors de l’Église [3]. En effet, dit le concile de Quierzy-sur-Oise (mai 853), « Dieu tout-puissant veut que “tous les hommes” sans exception “soient sauvés” [1 Tim 2, 4], bien que tous ne soient pas sauvés. Que certains se sauvent, c’est le don de celui qui sauve ; que certains se perdent, c’est le salaire de ceux qui se perdent [4] ». En d’autres termes, le Christ qui est mort pour tous, offre sa grâce à tous, mais certains la refusent et se dam­nent. Ils ne se damnent pas parce que Dieu leur a refusé la grâce (ce qu’impliquerait la proposition de Quesnel), mais parce qu’ils ont eux-mêmes refusé la grâce de Dieu.

Quant à la distribution des grâces, elle se fait bien, comme le dit Mgr Lefebvre, par l’Église (par l’intermédiaire ou le canal de l’Église), car c’est elle seule qui est dé­positaire du trésor des mérites et des satis­factions de Notre-Seigneur et des saints. L’Église, ici, comprend Notre-Seigneur en tant qu’il en est la tête du corps mystique d’où procède toute grâce (il possède en lui la grâce capitale, disent les théologiens) et Notre-Dame, médiatrice de toutes grâces [5], que la Tradition reconnaît communément comme la trésorière et la dispensatrice de toutes les grâces.

Enfin, la Tradition catholique a tou­jours unanimement affirmé que « hors de l’Église, il n’y a pas de salut [6] » possible, en ce sens que l’incorporation [7] au corps mys­tique du Christ, c’est-à-dire à l’Église une, sainte, catholique et apostolique, qui seule a les clefs du royaume des cieux, est néces­saire au salut d’une nécessité de moyen. Cette vérité que l’abbé Lathuilière qualifie de « conception théologique » (donc ré­formable – et réformée de fait – ?) est en réalité un dogme de foi : « Il y a une seule Église universelle des fidèles, en dehors de laquelle absolument personne n’est sauvé », dit, par exemple, le IVe concile de Latran [8].

De tout cela, il ressort que la phrase de Mgr Lefebvre est parfaitement orthodoxe.

 

Voilà la solidité des arguments opposés à la Tradition ! Il est nettement plus facile de traiter Mgr Lefebvre d’« intégriste » que de réussir à le réfuter…

L’abbé Lathuilière est-il de mauvaise foi ou bien ne sait-il pas ? Il est bien pos­sible que ce soit la deuxième solution, étant donné le niveau lamentable où se situe la formation cléricale actuelle.


 

 

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Aux sources de la nouvelle théologie

Réponse à la question posée dans Le Sel de la terre 31, page 215

 

Le texte cité dans notre numéro 31, préfigurant de façon étonnante l’actuelle « nouvelle théologie », est de l’abbé apostat Paul Roca (1830-1893), dans son ouvrage Glorieux cen­tenaire, 1889, Monde nouveau, nouveaux cieux, nouvelle terre, Paris, Auguste Ghio, 1889, p. 536-537.

Paul Roca, ordonné prêtre en 1858, fut professeur au séminaire de Perpignan avant de voyager en Espagne, en Suisse et aux États-Unis. En 1884, il publia Le Christ, le pape et la démocratie, dans lequel il annonçait la naissance d’un ordre nouveau fondé sur le christia­nisme scientifique. Il publia ensuite deux œuvres inspirées des « Missions » de Saint-Yves : La Crise fatale et le salut de l’Europe (1885) et La fin de l’Ancien monde (1886).

Condamné par le Saint-Office, mis à l’Index (1888) et frappé d’interdit, il étendit alors sa collaboration avec diverses revues occultistes et ésotériques. En 1889, il publia Glorieux centenaire, où il écrit : « Le nouvel ordre social s’inaugurera en dehors de Rome, sans Rome, malgré Rome, contre Rome. »

En 1890-1891, il lança le journal Anticlérical roussillonais consacré à la diffusion du so­cialisme dans les milieux populaires et à l’explication des dogmes chrétiens à la lumière de la Cabale juive. Il y développa notamment les idées de l’évolution de l’humanité, de l’ouver­ture de l’Église au monde, de la liberté religieuse et de l’œcuménisme. Ainsi, dans L’abbé Gabriel, il écrit : « Je crois que le culte divin tel que le règlent la liturgie, le cérémonial, le rituel et les préceptes de l’Église romaine subira prochainement dans un concile œcuménique une transformation qui, tout en lui rendant la vénérable simplicité de l’âge d’or apostolique, le met­tra en harmonie avec l’état nouveau de la conscience et de la civilisation moderne. »

 

Il mourut en novembre 1893. L’Église catholique lui refusa la sépulture ecclésiastique mais l’« Église gnostique » de Jules Doinel « a cru bien faire (…) de procéder au rituel du Consolamentum [cathare] et d’invoquer en [sa] faveur (…) les célestes Éons ».

(Voir Epiphanius, Maçonnerie et sectes secrètes : le côté caché de l’histoire, Versailles, éd. du Courrier de Rome, 1999, p. 189-190.)


[1] — Jean Borella a écrit un livre pour « critiquer » Guénon : Ésotérisme guénonien et mystère chrétien, Lau­sanne, L’Âge d’homme, 1997.

Yves Chiron, pour sa part, pense que « Le Sens du sur­naturel [dans sa dernière édition de 1996] apporte des précisions et des clarifications sur des notions et des concepts que l’abbé Meramo qualifie d’“hérésies” » (Chiron Yves, « Gnose et tradition » dans Écrits de Paris 586, mars 1997, p. 30-32). Chiron dit aussi que dans Ésotérisme guénonien et mystère chrétien, Borella « va encore plus loin dans les corrections de sa pensée. Il y procède à “un examen critique des thèses de Gué­non”. Est-ce une rétractation suffisante ? Je laisse juges les philosophes et théologiens catholiques dûment in­formés. » (Courrier des lecteurs du Sel de la terre 30, p. 228.)

[2] — Jean Borella, « Sit autem sermo vester : est, est ; non, non », Vers la Tradition 78, Décembre 1999-fé­vrier 2000, p. 72-73.

[3] — Un décret du Saint-Office de 1690 contre la même erreur des jansénistes a condamné la proposi­tion suivante : « Les païens, les juifs, les hérétiques et d’autres semblables ne reçoivent aucune influence de Jésus-Christ ; et on peut en conclure justement que la volonté est en eux nue et désarmée, sans aucune grâce suffisante » (DS 2305). De la même manière, le concile de Vatican I (Dei Filius, DS 3014) déclare : « Car le Seigneur plein de bienveillance excite et aide par sa grâce ceux qui sont dans l’erreur, afin qu’ils puissent “arriver à la connaissance de la vérité” [1 Tim 2, 4]. »

[4] — Concile de Quierzy (chap. III, DS 623) qui condamna la doctrine du moine Gottschalk d’Orbais sur la double prédestination, un précurseur des protes­tants et des jansénistes.

[5] — Saint Bernard l’appelle le « cou » du corps mys­tique, placé entre la tête et les membres. Le titre de « médiatrice de toutes grâces » n’est pas encore défini (à cause de l’opposition des théologiens modernistes), mais c’est une vérité définissable, attestée par l’exis­tence d’une fête liturgique.

[6] — DS 3866, Lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston (8 août 1949).

[7] — Cette incorporation doit être effective (par le baptême, la foi explicite et la soumission au vicaire du Christ) ou exister du moins par le vœu et le désir (DS 3069-3070).

[8] — DS 802. Il existe de nombreux textes du magis­tère qui énoncent cette doctrine. Voir par exemple : DS 575, 792, 870, 1191, 1351, 2720, 2730, 2785, 2865, 2867, 2917, 2997-2999, 3304, 3821…

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 32

p. 243-246

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