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Le suaire d’Oviedo Une véritable relique de la passion de Jésus-Christ qui authentifie le linceul de Turin

 

 

par le Docteur Jean-Maurice Clercq

 

 

Le Suaire d'Oviedo expliqué avec un petit schéma - Le Sel de la terre

 

Jean-Maurice Clercq, Docteur en chirurgie dentaire, passionné par toutes les recherches scientifiques sur les reliques de la passion de Jésus-Christ, a spécialement étudié le linceul de Turin et le suaire d’Oviedo. Il nous livre ici un résumé de ses travaux sur ce linge vénérable conservé à Oviedo, en Es­pagne, et qui est malheureusement assez peu connu. Les découvertes effec­tuées ces dernières années sur cette relique insigne confirment et complètent celles déjà faites sur le linceul de Turin, et jettent une lumière émouvante sur les souffrances subies par Jésus dans sa passion et les événements qui ont ac­compagné et suivi sa mort.

Nous signalons que le Docteur Clercq doit faire paraître un ouvrage complet sur le suaire d’Oviedo avec une étude de la passion. Ce livre (titre probable : Le Suaire d’Oviedo, une relique de Jésus-Christ complémentaire du linceul de Turin) est à paraître chez F.-X. de Guibert vers la fin avril 2000.

Le Sel de la terre.

 

 

Présentation

 

AU CŒUR de la province des Asturies, en Espagne, dans la partie ancienne de la cathédrale d’Oviedo, a été construite en style préroman, au IXe siècle, une crypte appelée la Càmara santa (Chambre sainte) destinée à conserver une relique précieuse : le suaire de Jésus‑Christ [1].

Cette relique pieusement conservée depuis l’an 814 se trouve enfermée dans un coffre en bois, l’Arca santa (Coffre saint). Depuis des temps très anciens, elle est régulièrement retirée du reliquaire pour être présentée deux fois par an aux pèlerins et aux fidèles, le Vendredi Saint et le 21 septembre, en la fête de saint Matthieu, octave du jubilé de la sainte Croix. Ces deux occasions annuelles où la relique peut être vue par la foule montrent l’attachement au caractère sacré du suaire porté par le chapitre de la cathédrale d’Oviedo. Le choix précis de ces deux jours indique combien la relique est étroitement reliée à la passion de Jésus‑Christ.

Le saint suaire d’Oviedo mesure 83 x 53 cm et ne porte pas d’image, comme le linceul de Turin, mais des taches de liquide et des taches de sang. Ces taches se présentent sous forme d’auréoles superposées traversant la toile, d’in­tensité différente avec des dégradés symétriques. Le suaire est ordinairement en­fermé dans un très vieux coffre de chêne d’un peu moins de 2 mètres de long sur 1,20 m de hauteur et de largeur. Au XIe siècle, le roi Alphonse VI le fit recouvrir d’une plaque d’argent travaillé représentant, sur la face avant, les douze apôtres ainsi que le Christ entouré des quatre évangélistes [2]. Les autres faces portent des inscriptions en caractères coufiques [3] et latins. On peut lire, entre autres et en la­tin, le nom de la sœur du roi Alphonse VI : Urraca. Il n’y a pas lieu de s’étonner que ce coffre-reliquaire porte des inscriptions coufiques côtoyant des inscriptions latines : l’usage en était fréquent dans la péninsule ibérique depuis la prise de Tolède par les Arabes au VIIIe siècle.

Parmi les inscriptions latines, on peut lire, sur un des côtés du coffre, une exhortation au peuple chrétien à vénérer la relique qu’il contient : « De sindone Dominico atque sudario et Cruore sancto » (« Au sujet du linceul ainsi que du suaire de Notre‑Seigneur et du saint sang »), preuve que le saint suaire a toujours été considéré comme une relique du Christ à Oviedo.

 

 

Historique

 

La tradition qui entoure le saint suaire d’Oviedo nous ramène à l’aube du christianisme, plus exactement à la passion de Jésus‑Christ : ce linge aurait été posé sur la tête du Sauveur mort, après la descente de la croix. Les disciples fi­rent construire un coffre de cèdre dans lequel furent pieusement conservés les souvenirs du Maître et de sa sainte Mère, la Vierge Marie. Ce coffre permettait aux pèlerins venant à Jérusalem de vénérer les reliques, mais, lorsqu’en l’an 614 la ville fut prise d’assaut par les troupes perses que commandaient leur chef Chosroês II, un prêtre nommé Philippe réussit à s’enfuir avec le coffre et son contenu pour les mettre en sûreté à Alexandrie, en Égypte, sous la protection de l’évêque du lieu. Bientôt la menace perse commença à s’étendre à l’Afrique et les autorités ecclésiastiques se virent contraintes d’éloigner à nouveau le coffre vers un lieu plus sûr. C’est ainsi que, fuyant l’avancée des Perses, le saint coffre tra­versa l’Afrique du Nord vers l’ouest, puis le détroit de Gibraltar, et arriva en Es­pagne.

Saint Fulgence, évêque d’Ecija, accueillit à Carthagène, en Andalousie, le saint coffre et le cortège qui le convoyait, et remit les reliques à l’évêque de Sé­ville, saint Isidore, son supérieur et aussi son frère. Saint Isidore, qui succédait dans sa charge à saint Léandre, un autre de ses frères, fit transférer le coffre à Tolède, siège de la première église d’Espagne, pour qu’il soit placé sous la garde de son archevêque, saint Ildefonse [4] (qui avait eu pour maître saint Isidore [5]). Le dictionnaire ecclésiastique d’Espagne nous signale la présence de ce coffre dans la première moitié du VIIe siècle.

Un peu avant l’an 718, un nouveau coffre fut solidement réalisé en chêne pour remplacer le vieux en cèdre remontant aux apôtres. C’est toujours le même coffre de chêne qui conserve de nos jours la relique du saint suaire : l’Arca santa. Il a probablement été fabriqué en vue d’un nouvel exode du suaire vers le nord de l’Espagne, car, sous la pression de l’invasion arabe au sud de la pénin­sule ibérique, les Wisigoths émigraient vers le nord du pays en emportant avec eux leurs reliques. C’est ainsi qu’au contenu du coffre, furent ajoutées les reliques de saint Ildefonse et de sainte Léocadie. En 718, donc, l’Arca quitta définitive­ment Tolède pour un périple qui dura un siècle et se termina dans la capitale du royaume des Asturies, Oviedo, vers les années 812-814. Le roi Alfonse II (759-842) fit édifier dans la cathédrale une crypte spéciale, la Càmara santa, pour mettre en sûreté l’Arca santa et son précieux contenu. Son successeur, Al­fonse III, entreprit de fortifier tout le bâtiment afin d’en améliorer la sécurité. Le saint suaire qui lui était confié était devenu le plus précieux objet de vénération du peuple asturien.

Au XIe siècle, bien des attestations historiques montrent que le respect, la vénération et l’attachement au saint suaire étaient fort développés. Désormais, Oviedo est devenue une ville étape pour les pèlerins de Saint-Jacques de Com­postelle cheminant par la route nord.

Devant l’afflux de pèlerins, le roi Alfonse VI ordonne l’inventaire du saint coffre le 14 mars 1075 et fait rédiger un acte d’ouverture du reliquaire [6]. L’inven­taire est dressé et, dans la liste des reliques contenues, le saint suaire est mis en valeur, bien évidemment. Cet acte fut signé par le roi, sa sœur Dona Urraca, le Cid Campeador, la suite royale et un certain nombre d’évêques et de hauts digni­taires ecclésiastiques. A la suite de cette reconnaissance officielle du suaire, le roi décida l’embellissement du saint coffre et fit recouvrir sa surface externe d’une feuille d’argent travaillée représentant les douze apôtres, les quatre évangélistes et le Christ. La date de la réintégration officielle du suaire dans le coffre devenu magnifique fut gravée sur le plaquage : 1113.

Oviedo était ainsi devenue un lieu de pèlerinage important en Espagne, après cette reconnaissance officielle par Alfonse VI. La cathédrale fortifiée fut démolie et remplacée par une autre de style gothique flamboyant vers 1556 tout en conservant jalousement intacte l’ancienne crypte renfermant l’Arca santa. Peu après la fin de la construction du nouveau bâtiment, l’évêque d’Oviedo, Diego Aponte de Quiñonès (1585-1598), procéda à un nouvel inventaire du coffre saint.

Tout au cours de sa présence à Oviedo, la relique traversa sans dommage plusieurs guerres, dont la dernière, la guerre civile espagnole. A l’occasion de ce conflit, la cathédrale fut touchée par une explosion qui heureusement n’atteignit pas la relique protégée dans la crypte.

Enfin, en août 1989, le pape Jean-Paul II, après s’être rendu à Saint-Jacques de Compostelle pour le premier rassemblement mondial de la jeunesse, fit un crochet par Oviedo pour aller se recueillir dans la salle du trésor de la cathédrale devant le saint suaire.

 

 

Suaire d’Oviedo et linceul de Turin

 

Si jamais personne en Espagne n’a mis une seule fois en doute l’authenti­cité du suaire d’Oviedo, il faut quand même reconnaître que, depuis quelques di­zaines d’années, l’intérêt apporté à la relique s’amenuisait et menaçait même de sombrer dans l’indifférence publique si certains événements n’avaient entravé le cours des choses.

Cet intérêt commença à rebondir à partir de 1985 quand Mgr Ricci, prési­dent du Centre romain de sindonologie, publia dans sa troisième édition de L’Homme du suaire (linceul) est Jésus une étude sur le suaire d’Oviedo élaborée à partir de nombreuses observations qu’il effectua sur place. Il avait été frappé par la similitude des taches présentes sur le linge avec celles du linceul de Turin au niveau de la face. Il avait alors formulé l’hypothèse que le suaire plié en deux au­rait été posé sur la tête du Christ une fois mort et descendu de la croix lors de son transfert du Golgotha au Sépulcre tout proche. Une fois le corps posé sur la dalle funéraire du tombeau, le suaire aurait été enlevé et posé à part tandis que le corps de Jésus était enveloppé d’un linceul.

Le grand mérite de Mgr Ricci a donc été de formuler la relation directe entre les deux reliques en abordant le sujet d’une manière scientifique. Grâce à lui, le débat scientifique s’ouvrait. Au congrès de Syracuse (Italie), en 1987, sur le linceul de Turin, le professeur Bollone évoqua la présence très probable de taches sanguines sur la toile du suaire, en conclusion des analyses qu’il effectua à la suite d’une inspection de la relique. A ce même congrès, Franca Pastore Pro­sello compara la structure du textile du suaire d’Oviedo avec celle du linceul de Turin, les trouvant pratiquement identiques, sauf la position relative de l’ourdis­sage de la trame : orthogonalité entre trame et ourdissage pour le suaire, et sergé en arête de poisson pour le linceul.

Depuis les travaux de Mgr Ricci, le suaire d’Oviedo est reconnu comme étant un linge qui a été posé sur la tête du Christ et non pas utilisé comme men­tonnière pour maintenir la bouche du cadavre fermée, éclaircissant ainsi le pas­sage de l’Évangile de saint Jean au chapitre 20, versets 1-8, où, selon les traduc­tions, le mot bandelette était parfois utilisé pour celui de suaire.

Mais la véritable relance scientifique des études sur le suaire d’Oviedo est venue bien sûr du linceul de Turin, d’une manière tout autre et bien inattendue. En effet, l’Église avait autorisé un prélèvement d’une petite partie de la toile du linceul pour procéder à une datation par la méthode du radiocarbone, ou car­bone 14, considérée généralement comme une méthode fiable [7]. La conduite de cette datation qui a été effectuée par trois laboratoires (Tucson – USA, Zurich – Suisse, Oxford – Angleterre) a été confiée au British Museum, coordinateur et responsable de la bonne marche de l’opération.

Le 13 octobre 1988, le cardinal Ballestrero, archevêque de Turin et custode du linceul, communiquait à la presse les résultats de la datation : « Le saint suaire ou linceul de Turin a été fabriqué entre 1260 et 1390. L’estimation de cette date est fiable, selon le British Museum, coordinateur de l’opération, à 95 %. » Et le cardinal commenta : « Je ne voudrais pas que vous pensiez que l’Église soit consternée… je ne suis pas juge de la science. » La relique s’est ensuite vue rava­lée au rang de vénérable icône.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la datation médiévale proposée au public a jeté un certain trouble dans l’opinion générale grâce au renfort d’un grand battage médiatique.

Le Centre espagnol de sindonologie ne resta pas indifférent à cet événe­ment qui allait précipiter la décision de procéder à de nouvelles investigations scientifiques sur le suaire d’Oviedo : puisque, selon toute vraisemblance, le suaire et le linceul ont été posés sur le même cadavre, il est raisonnable de penser que les deux toiles peuvent s’identifier et s’authentifier. En effet, les âges des deux re­liques doivent coïncider et le suaire d’Oviedo peut être le moyen d’une bonne es­timation de l’âge du linceul de Turin et vice-versa, ainsi que le moyen de vérifier la validité de l’analyse au carbone 14 en fonction des certitudes historiques da­tées avec précision. C’est ainsi que, grâce au doute jeté par le carbone 14 et à la publicité outrancière menée sur la datation, rejetant l’authenticité du linceul, des examens scientifiques allaient être effectués sur le suaire d’Oviedo.

Ces examens faisaient partie des projets du Centre espagnol de sindonolo­gie et les résultats de la datation au C 14 accélérèrent le processus de mise à exé­cution. Le chapitre de la cathédrale d’Oviedo donna un accord de principe et un projet de recherche complet fut établi et accepté. La relique fut inspectée, photo­graphiée, filmée à deux reprises, les 9 et 10 novembre 1989 et les 16 et 17 février 1990. Les résultats confirmaient l’authenticité du suaire d’Oviedo comme linge ayant été posé sur la tête du Christ, conformément aux données du linceul de Turin – si ce dernier avait bien servi à son ensevelissement –, et sa présence fort ancienne et bien antérieure à l’époque de la datation C 14 du linceul (1260-1390) rendait cette dernière erronée. Les résultats furent rendus publics au congrès de Cagliari sur le linceul de Turin les 29 et 30 avril 1990.

Le suaire d’Oviedo volait donc au secours du linceul… Juste retour des choses puisque ces deux reliques étroitement liées à la passion du Christ se complètent.

On comprend mieux pourquoi la presse resta muette sur les conclusions des analyses du suaire d’Oviedo, pour mieux le laisser dans l’oubli comme il en avait été pour la réhabilitation du linceul de Turin. L’ostracisme médiatique et anticlérical jouait à fond. Un symposium international organisé par le C.I.E.L.T. [8] eut lieu à Paris en 1989 pour débattre de la valeur de toutes les études scienti­fiques menées sur le linceul depuis la première photographie prise par Secondo Pia en 1898, jusqu’au carbone 14 en 1988. Les conclusions furent formelles : toutes les études convergeant vers l’authenticité du linceul étaient valables sur le plan scientifique et épistémologique [9], tandis qu’un doute des plus importants pesait sur la datation au C 14 entachée de fautes de procédure, d’erreurs et d’anomalies [10] telles qu’elle fut rejetée comme non-valide. Le linceul, ainsi confirmé dans son authenticité par un débat scientifique de grande envergure, il restait à déterminer l’identité du personnage qui avait laissé son image négative en tridimensionalité sur la toile. Un nouveau symposium international fut orga­nisé sur ce sujet par le C.I.E.L.T. à Rome en 1993 et déclina l’identité recherchée : Jésus de Nazareth [11].

Cela n’empêcha pas les revues pseudo-scientifiques de continuer à affirmer que le linceul de Turin était un faux.

 

 

Le suaire d’Oviedo devant la science

 

Description du suaire

 

Le saint suaire d’Oviedo est une pièce de lin de forme rectangulaire mesu­rant 83 cm de long et 53 cm de large. Il est actuellement cousu sur un fond de toile blanche, présenté sans protection particulière dans un cadre d’argent. Le suaire que l’on peut observer lors de la visite de la cathédrale dans la salle du trésor n’est qu’un fac-similé, l’original n’étant pas accessible au public.

Comme nous l’avons évoqué précédemment, la toile du suaire possède une structure de tissage archaïque analogue à celle du linceul, se différenciant par la position relative de l’ourdissage et de la trame : le suaire possède une orthogo­nalité entre trame et ourdissage.

On peut constater une déchirure de 5,5 cm sur le bord de la partie horizon­tale supérieure et de petites perforations.

Quatre taches sont bien visibles sur la toile avec des nuances et des dégra­dés. Ce sont, en réalité, deux grandes taches se superposant avec un axe de sy­métrie dû au pliage de la toile en son milieu au moment de leur formation.

L’envers de la toile, beaucoup plus poussiéreux avec de faux plis, beau­coup plus sale que l’avers confirme que le suaire, lorsqu’il était exposé, ne pos­sédait pas de protection et que l’envers était la face la plus fréquemment exposée à la contemplation des fidèles.

 




L’analyse palynologique * du Professeur Max Frei

 

Le docteur Max Frei était considéré comme un criminologiste de réputation internationale. Il était directeur du laboratoire de criminologie de Zurich, en Suisse, qui s’était spécialisé sous son impulsion dans les analyses sur prélève­ments de sang, de poussières, de pollens, etc… Il avait publié une étude sur les trucages photographiques, et c’est pour cette raison qu’en 1969 le custode du lin­ceul de Turin, Mgr Caramello, l’avait invité avec deux autres experts pour contrô­ler la structure des ombres des images sur la toile du linceul. C’est en travaillant sur des photographies à fort grossissement, fournies par l’archevêque, qu’il dé­couvrit des particules de poussières qui éveillèrent son attention de criminolo­giste habitué à l’analyse des micro-particules. Il demanda l’autorisation d’effectuer des prélèvements de ces poussières sur le linceul afin de les analyser.

En novembre 1973, il put réaliser son projet lors de l’ostension du linceul que l’on avait retiré de son reliquaire pour le présenter à la télévision. Devant témoins, il préleva des poussières selon les techniques en usage pour les ana­lyses scientifiques de la police criminelle, à l’aide de morceaux de ruban adhésif qu’il répartit sur la surface de la toile. Les prélèvements furent mis dans des sa­chets scellés, puis emmenés dans son laboratoire de Zurich.

C’est en étudiant ces poussières qu’il découvrit les pollens parmi les spores de bactéries et de cryptogames. Étant botaniste de formation, il s’intéressa à ces pollens et chercha à les identifier. Les grains de pollen ont la particularité de vieillir très lentement et de garder leur aspect extérieur pendant plusieurs di­zaines de milliers d’années. Cette propriété est utilisée, en archéologie par exemple, pour déterminer le climat en fonction de la végétation existante identi­fiée par les pollens. L’ancienneté présumée du linceul ne posait donc aucun pro­blème pour Max Frei qui s’employa à identifier les pollens pour savoir s’ils pou­vaient fournir des renseignements sur les zones géographiques que le linceul aurait traversées dans ses voyages, tout en sachant qu’ils ne pourraient fournir aucune indication sur leur état d’ancienneté.

Il ne fallait s’attendre à aucune concession en faveur du linceul au travers de sa démarche, Max Frei étant de confession protestante, d’une église très éloi­gnée de la pensée catholique et hostile à tout « culte des reliques ». C’est donc sans a priori favorable qu’il se mit à l’ouvrage. Ses analyses s’effectuèrent au cours des années 1974-1975 selon le temps dont il pouvait disposer entre deux dossiers d’analyse scientifique de police criminelle. La recherche à laquelle il s’était attelé présentait d’énormes difficultés : il fallait nécessairement identifier des plantes spécifiques d’une région et non des plantes communes à plusieurs zones géographiques, tout en tenant compte des introductions, dans les parties européennes concernant le linceul, de plantes d’espèces orientales communes à la Palestine ou à la Turquie. La difficulté de sa recherche s’est trouvée fortement amplifiée du fait que beaucoup de sortes de pollens, en particulier orientaux, n’étaient pas encore tous classifiés et qu’il fallait tenir compte des transports pos­sibles de pollens légers par les vents dominants dans des régions éloignées de leur habitat naturel.

Conscient de l’importance de son travail et de ses résultats qui confirmaient le trajet traditionnellement admis pour le linceul de Turin, il publia en mars 1976 un rapport provisoire sur ses découvertes, mais son souci d’exactitude l’amena à continuer ses recherches, en particulier sur des pollens non-identifiés. Dans ce but, il effectua plusieurs voyages au Moyen-Orient sur différentes périodes de l’année pour recueillir les pollens de plantes selon leur période de floraison, les comparer avec ceux qu’il avait prélevés sur le linceul et ainsi les identifier.

Mais déjà, dans son communiqué de presse du 8 mars 1976, il affirmait que l’identification de pollens qu’il avait obtenue lui permettait « de conclure définiti­vement que le saint suaire (de Turin) n’est pas un faux »… Cette conclusion fit à l’époque sensation, sachant qu’elle provenait d’un criminologiste de renom et, de surcroît, réputé prudent.

En 1983, la mort interrompit ses recherches qui étaient loin d’être terminées et l’empêcha de publier la suite de ses travaux. Sa veuve transmit les prélève­ments non encore analysés à l’archéologue américain Paul Malonay pour la pour­suite des travaux, tandis que le laboratoire de botanique historique et de palyno­logie de l’université de Marseille vérifia les résultats de Max Frei sous la direction de J-L. de Beaulieu. Malgré une restriction du nombre de plantes retenues comme spécifiques du trajet du linceul après une une sélection très sévère (29 au lieu de 49), la conclusion de J-L. de Beaulieu, le 6 avril 1987, fut la même que celle de Max Frei : « Une forte proportion des genres indiqués ne peut prêter à confusion et correspond indiscutablement à des taxons (types) des régions médi­terranéennes subdésertiques tout à fait en faveur de l’origine moyen-orientale du suaire (de Turin). »

Fort de cette expérience sur le linceul de Turin, Max Frei fut convié pour une expertise de palynologie du suaire d’Oviedo en 1978. Le prélèvement se fit selon la même procédure à l’aide de petits morceaux de ruban adhésif que l’on pose un peu partout sur la surface de la toile pour récolter les pollens en suspen­sion dans l’air qui se sont déposés sur la relique chaque fois que l’on a ouvert le coffre reliquaire et déployé le suaire. Les planches palynologiques ayant été complétées par les identifications de pollens relatives au linceul, cette recherche en fut facilitée et s’effectua plus rapidement. Les résultats furent publiés l’année suivante et furent, comme pour le linceul, favorables d’une part à son origine moyen-orientale et d’autre part à son trajet par l’Afrique du Nord jusqu’en Es­pagne, trajet différent de celui du linceul qui séjourna à Constantinople au moins 250 ans.

Le rapport d’expertise indique que treize variétés de pollens spécifiques des régions traversées ont été retenues après identification, dont 6 sont communes avec le linceul de Turin. Parmi elles, deux sont typiques de la Palestine et plus particulièrement des zones désertiques et salées comme les vallées du Jourdain et de la mer Morte (plantes halophytes, flore de sols salés, et xérophiles, flore déser­tique) dont les pollens relativement lourds ne se propagent pas facilement par les vents dominants du nord-est. Ces deux types de pollens font donc partie des es­pèces spécifiques qui ont également été retrouvées sur le linceul de Turin, par contre, sur le suaire d’Oviedo, ne furent pas retrouvées celles caractéristiques de la Turquie orientale ou d’Anatolie, mais celles d’Afrique du Nord et d’Espagne de la région de Tolède et d’Oviedo, montrant que, si les deux reliques possèdent le même lieu d’origine, elles suivirent deux parcours différents pour arriver en Eu­rope, confirmant ainsi la tradition historique qui les accompagne.

Le nombre de 13 variétés de pollens de plantes retenues comme caractéris­tiques pour le suaire est beaucoup plus faible que pour le linceul qui en comptait 49. Les raisons en sont les suivantes :

— la surface du suaire est 10 fois plus petite.

— Il fut l’objet de peu d’ostensions.

— La variété botanique des régions traversées est plus faible.

Ainsi, même si l’analyse palynologique ne peut être en aucun cas une mé­thode de datation, elle demeure quand même une preuve irréfutable que le trajet du suaire d’Oviedo est bien conforme à celui retenu par l’histoire de la relique et de l’Arca santa. Elle est une convergence scientifique en faveur de l’authenticité du suaire d’Oviedo connu comme relique du Christ, plus exactement comme linge ayant entouré la tête ensanglantée du Christ mort en croix. Et Max Frei concluait son rapport en disant que probablement les deux reliques, linceul et suaire, pouvaient avoir la même origine : « Un contact entre le saint suaire et le linceul au moment de la sépulture ne peut être prouvé avec certitude, mais d’autre part on n’a pas rencontré d’éléments qui pourraient exclure un tel contact. »

Autrement dit, il restait encore à prouver que l’origine des taches des deux reliques était bien le corps du Christ crucifié. C’est ce à quoi allait s’employer peu après Mgr Ricci.

 

L’approche scientifique de Mgr Ricci

 

Les travaux de Max Frei eurent le grand mérite d’ouvrir la voie à l’étude scientifique du suaire d’Oviedo, en vue d’une confirmation de son authenticité, et d’attirer sur lui l’attention des spécialistes du linceul de Turin, puisqu’il semble bien que le suaire comme le linceul sont liés au même événement historique : la passion de Jésus de Nazareth.

Mgr Giulio Ricci, sindonologiste de renom, s’intéressa de près au suaire d’Oviedo. Il avait fondé en 1976 le Centre romain d’étude du suaire (linceul de Turin), s’entourant d’un certain nombre d’experts de différentes branches scienti­fiques et médicales avec lesquels il collaborait depuis très longtemps pour ses re­cherches sur le linceul de Turin commencées en 1953. Le Centre était un cercle d’étude, de catéchèse, de spiritualité axé sur la passion du Christ, sans en oublier les aspects archéologiques et scientifiques. Ce Centre, très actif, par la formation de ses membres, par ses publications et ses expositions photographiques, fut re­connu par le Saint-Siège comme « délégation romaine » du Centre international d’étude du suaire de Turin avec lequel il collabore.

Mgr Ricci est aussi l’auteur de publications et d’ouvrages sur le linceul tels que : — L’Uomo della Sindone è Gesù (1969). — Le Chemin de croix selon le saint suaire (linceul de Turin (1971). — La Sindone Santa (1976). — Via crucis se­cundo la Sindone (1976).

Il effectua de nombreux déplacements à Oviedo sur une dizaine d’années, de manière à examiner de près et à photographier le saint suaire et il fit connaître son étude novatrice dans la troisième édition de L’Uomo della Sindone è Gesu (L’Homme du linceul est Jésus), en 1985. Il formula d’abord l’hypothèse exégé­tique selon laquelle, au chapitre 20, 1-8 de l’Évangile de saint Jean, le linceul de Turin et le suaire d’Oviedo faisaient partie des « linges de toile » cités dans ce passage, souvent mal traduit par manque de compréhension ; la mentonnière, si elle avait existé, ne s’identifierait pas avec le suaire, et ce dernier aurait donc été utilisé pour couvrir le visage de Jésus de Nazareth durant le trajet du Golgotha au Sépulcre, et ensuite, lors de la mise en linceul, il aurait été laissé à part.

En démonstration, Mgr Ricci affirme que les taches sur la toile du suaire, examinées à la lumière blanche et ultra-violette, sont probablement des taches de sang ou contenant du sang. A l’aide de diapositives il a effectué une superposi­tion à la même échelle des images des deux reliques et a constaté une bonne compatibilité dans la forme des taches ainsi que dans de nombreux détails qui coïncident entre les deux images. Ces taches du suaire comparées avec le visage du linceul permirent de comprendre, dans cet examen géométrique, qu’il existait en réalité deux grandes taches, de forme pratiquement symétrique, visibles des deux côtés de la toile du suaire et qui sont la conséquence de l’application de la toile pliée selon un axe de symétrie sur le même visage ensanglanté que celui reproduit sur le linceul.

Cette recherche permit de comprendre que l’origine de la formation des taches provenait d’un écoulement de liquide sortant de la bouche, en particulier par la commissure droite des lèvres et qui a imprégné le linge plié en deux sur toute son épaisseur, que la face du linge présenté à la vénération des fidèles était le verso et que le recto est celle qui aurait été en contact avec le visage. Ceci fut confirmé plus tard par l’examen du suaire une fois décousu de son support. Mgr Ricci est donc arrivé à la conclusion que le suaire d’Oviedo, plié en deux, fut posé en enroulement sur la même tête que celle qui se trouve reproduite et a laissé ses traces sur le linceul de Turin, et que ce suaire absorba totalement ou en partie du sang et du sang mêlé à de la sueur, écoulé depuis peu, ou, en tout cas, non séché à cause de la transpiration. Au contraire, certaines coulées sanguines visibles sur le linceul n’ont pas laissé d’empreinte sur le suaire lors de son contact rapide, parce qu’elles sont dues à un écoulement plus ancien qui aurait séché, mais le contact prolongé avec le linceul, dans la tombe, leur aurait permis d’im­prégner quand même le lin par suite d’un certain ramollissement. C’est ce que l’on peut constater pour la coulée frontale de sang en forme d’epsilon provoquée par le port de la couronne d’épines après la flagellation, soit au moins trois à quatre heures avant la mort sur la croix.

Si les travaux de Max Frei prouvaient l’origine géographique commune du suaire et du linceul, ceux de Mgr Ricci montraient d’une manière probante la complémentarité des deux reliques dont les traces provenaient des empreintes du supplice du même cadavre.

 

Les analyses scientifiques espagnoles de 1989-1990

 

Grâce aux travaux du Dr Max Frei et de Mgr Ricci, la voie était ouverte pour des travaux scientifiques de plus grande envergure et c’est naturellement le Centre espagnol de sindonologie qui s’en chargea. Depuis la publication de l’étude de Mgr Ricci, il devenait intéressant de pousser les recherches sur le suaire d’Oviedo, d’autant plus que celles menées sur le linceul de Turin avaient, entre-temps, progressé à grands pas, grâce aux investigations scientifiques des Américains du S.T.U.R.P., en 1978. Un projet de recherche était donc à l’état de gestation et fut bien accueilli par le chapitre de la cathédrale d’Oviedo au mois de septembre 1988, date à partir de laquelle le Centre espagnol de sindonologie commença à envisager la mise sur pied d’une équipe scientifique. Mais les résul­tats de la datation C 14 du linceul de Turin, le mois suivant, accélèrent le proces­sus de mise en œuvre du projet de recherche avec des scientifiques compétents, et la visite du pape Jean‑Paul II à la salle du trésor de la cathédrale d’Oviedo, pour se recueillir un instant devant le suaire, en août 1989, fit entrer le projet dans sa phase d’exécution.

Le président du Centre espagnol de sindonologie, Celestino Cano Tello, professeur de droit civil à l’université de Valence, obtint l’accord du président du chapitre, dom Rafael Somoano, et de dom José Monte Cabanas, chanoine notaire de l’archevêché d’Oviedo, sur le projet de recherche suivant :

 

I. Travail de terrain

        1. Examen visuel

                 — Examen oculaire général.

                 — Examen stéréomicroscopique détaillé.

                 — Étude de détail du tissu, trame et fibres.

        2. Étude photographique

                 — Fixation photographique de l’ensemble et du détail, avec une lumière inci­dente sur les deux faces de la toile, en utilisant une lumière blanche, infrarouge et ultra­violette de différentes longueurs d’onde, en pellicules noire et blanche et couleur.

                 — Même chose par transparence.

                 — Même chose par illumination tangentielle.

                 — Même chose en photographie métrique.

        3. Mesures

                 — Mesures générales.

                 — Mesures de détail.

                 — Détermination de coordonnées basiques pour l’étude de la toile.

        4. Fixation des images par vidéo et traitement de l’image

                 — Prise générale et détaillée pour un traitement ultérieur en laboratoire, en utilisant les mêmes fréquences qu’en photographie.

                 — Étude du tissu au moyen de spectre vide V.S.C.-1 en temps présent par épi-illumination et transparence I.R. et U.V. (infra-rouge et ultra-violet), en utilisant des filtres qui garantissent le monochromatisme du spectre visible.

                 — Gravure en direct de cette étude.

                 — Traitement d’images par ordinateur.

        5. Capture d’éléments étrangers, poussières, spores et pollens

                 — Au moyen de ruban adhésif.

                 — Au moyen d’une micro-aspiration.

        6. Prise de micro-échantillons pour l’étude du tissu, des taches et des substances étrangères existant sur la toile

II. Travail de laboratoire

        Étude stéréo-morpho-géométrico reconstructive des taches

                 — Analyse géométrique, différentielle et projective, des courbes et superficies qui, selon ce que l’on peut présumer, ont donné naissance aux taches.

                 — Origine et mécanisme de formation des taches.

                 — Possibles corrélations stéréomorphologiques des taches du suaire d’Oviedo avec le faciès du linceul.

                 — Autres facteurs de corrélation.

                 — Étude anthropomorphique cranéo-faciale des taches du suaire d’Oviedo. Étude comparative avec celles réalisées sur le linceul de Turin.

III. Étude de laboratoire

        1. Analyse microbiologique des échantillons

                 — Étude de contaminations possibles par des champignons.

                 — Étude de l’état de la toile et des méthodes plus adéquates pour sa conserva­tion et l’exposition future.

        2. Analyse hématologique légiste

                 — Nature et composition des taches d’aspect hématique du suaire.

                 — Diagnostic générique (est-ce du sang ?).

                 — Déterminer si c’est du sang ou un mélange de sang avec d’autres substances.

                 — Diagnostic spécifique (le sang est-il humain ou animal ?).

                 — Diagnostic d’individualisation (groupe sanguin).

                 — Déterminer si c’est du sang d’un vivant ou d’un cadavre.

                 — Déterminer la chronologie de la formation des taches.

IV. Étude microchimique d’autres taches et découvertes réalisées en superficie

V. Études complémentaires :

                 — Étude historique sur l’origine et le transfert des reliques.

                 — Analyse des conditions de conservation de la relique.

                 — Étude de la climatologie générale en relation avec sa conservation.

                 — Étude de l’ambiance locale, architecturale, des œuvres et d’autres circons­tances qui auraient pu se répercuter sur le suaire au long du temps.

VI. Études exégétiques, bibliques et théologiques en relation avec les découvertes pos­sibles

VII. Rapports, informations et communications partielles et élaboration d’un travail final

 

La direction du projet fut confiée à Mme Teresa Ramos assistée de Mme Soledad Carretero, D. José-Louis Pintado, D. Felipe Montero et D. Jorge-Manuel Rodriguez.

La réalisation eut aussi l’appui logistique, tant en matériel de laboratoire qu’en personnel, du professeur Moya Pueyo, doyen de la Faculté de médecine de l’université de Madrid et directeur de l’École de médecine légale, et du Profes­seur Ruiz de la Costa, directeur du Département de médecine légale.

Les examens directs de la relique se firent à deux reprises : les 9 et 10 novembre 1989 et les 16 et 17 février 1990 [12].

La proximité du Congrès sindonologique de Cagliari, les 29 et 30 avril 1990 suivants, a incité le Centre espagnol de sindonologie à publier un premier rap­port des travaux réalisés avant cette date sur le suaire, d’autant plus qu’ils confir­maient que le suaire d’Oviedo avait bien « entouré la tête du cadavre de Jésus de Nazareth » tel qu’il est reconnu sur le linceul de Turin.

 

 

Aperçu des analyses scientifiques espagnoles publiées dans le rapport donné au congrès sindonologique de Cagliari

 

Examen de la toile

 

Elle a été observée par tout un système de traitement d’image à l’aide d’or­dinateurs. La caméra vidéo dont la sensibilité s’étend à 1 100 nanomètres permet de visualiser sous infrarouge des images ou des inscriptions non visibles à l’œil nu, même si celles-ci se trouvent cachées sous des taches.

La toile du suaire ne porte aucune indication d’écriture ou d’images diffé­rentes des taches connues.

La lumière ultraviolette laisse apparaître des taches de cire au bord d’une grosse perforation et une série de gouttes de cire sur l’envers.

Des groupes de taches punctiformes ont aussi été mises en évidence ainsi que deux séries de petites perforations en files parallèles.

Enfin, pour les taches les plus importantes qui sont visibles sur le suaire, le traitement informatisé des images a montré qu’il s’agissait de deux grandes taches d’aspect symétrique par rapport à un axe vertical passant par le milieu des grands côtés de la toile. Ces taches présentent un contour brillant avec, à l’intérieur, des groupements de taches de couleur plus sombre.

Elles seront étudiées chacune séparément grâce aux possibilités de maté­riel :

— Augmentation de constraste.

— Assignation de différentes couleurs aux tons du dégradé des taches.

— Isolement de zone de densité différente.

— Addition ou soustraction d’image.

— Profils densimétriques.

 

Face du linge qui fut en contact avec la forme à l’origine des taches

 

L’examen macro et microscopique du pli se situant dans l’axe de symétrie des images montre que le linge fut plié sur lui-même en son milieu, sur l’avers, séparant ainsi les deux faces de l’envers.

Ainsi plié, les taches de la toile sont compatibles, aussi bien du point de vue de la forme que du volume avec celle d’un visage humain, c’est-à-dire que le résultat des analyses géométriques, morphologiques et légistes permet d’affirmer que les taches ont été formées par du sang et des écoulements provenant d’un visage humain.

Une étude organoleptique des images en infra-rouge et une microscopie ont permis de retrouver quel côté de l’envers de la toile a été au contact du vi­sage grâce aux petites croûtes de sang retrouvées. La position de la toile a pu ainsi être repositionnée sur le visage et a mis en évidence une petite rigole de sang, très diluée, située au coin droit de la bouche.

 

Nature sanguine des taches

 

La nature sanguine des taches fut prouvée par un examen microscopique permettant de découvrir des hématies (globules rouges) parfaitement conservées. Ceci fut confirmé tant par transillumination que par épimicroscopie de croûtes si­tuées sur des petites taches.

Un traitement chimique à l’acide acétique donna une réaction extrêmement positive à la bendicine montrant l’origine sanguine.

Une étude médico-légale fut aussi entreprise par une batterie de six tests :

— Réaction de Teichman : très positive.

— Réaction de Stryzowsky : intensément positive.

— Réaction de Sarda : positive.

— Réaction de Takayama : positive.

— Réaction de Lecha-mazo : positive.

— Réaction de Guaino : positive.

L’étude des réactions a été réalisée par microcristalographie et par micros­pectroscope oculaire de comparaison.

Toutes les réactions positives permettent « d’affirmer sans aucun doute que la tache de la face de la toile en contact avec le visage contient du sang » comme l’indique le rapport.

 

Concentration-dilution de la tache

 

Les taches du suaire présentent un aspect hématique dilué avec une autre substance. On a donc réalisé des taches expérimentales à l’aide de sang complet lavé en suspension dans du sérum physiologique salé, auquel on a rajouté des hématies hémolysées, du sérum, de l’albumine et du sang avec comparaison à la lumière complète, infrarouge et ultraviolette.

Il ressort que les « taches du suaire sont bien produites par du sérum et du sang dilué dans la proportion approximative de 1/6 ».

 

Nombre de taches superposées

 

La question suivante se posait au niveau des taches : se sont-elles réalisées par vagues successives ou correspondent-elles en réalité à une seule tache qui, pour une raison particulière, aurait donné des concentrations variées de tonalité ?

L’étude de la toile, grâce au contour des taches, montra qu’elles s’étaient formées par couches successives. Il y eut, en fait, quatre imprégnations qui se sont superposées.

La première tache : elle définit le contour extérieur et les éléments du vi­sage. Sa considération géométrico-anatomique permet de retrouver « le contour de tout le nez depuis l’espace entre les sourcils jusqu’à l’extrémité ».

La deuxième tache : « L’analyse soignée a conduit à la conviction qu’elle a pu être générée par une main gauche qui, en maintenant les doigts (index médium, annulaire et auriculaire) repliés et appuyés sur la paume, et la pulpe du pouce sur la jointure de l’index, pousse le nez du cadavre vers le haut, de sorte que celui-ci appuie sur la paume de la main, comme si ladite main faisait pres­sion pour contenir le sang qui coule des orifices nasaux, de telle manière que ce sang, en coulant doucement, tache le linge et y laisse la marque des doigts et de la paume de la main. »

La troisième tache : « On l’a identifiée en partant de la position décrite ci-après, comme formée par la même main gauche ou analogue : en inversant sa position, elle étreint le nez de sorte que le pouce se maintient sur le linge et en face de la première phalange de l’index ; les trois autres doigts, fléchés, appuient leur seconde phalange sur le linge, puisque celui-ci montre un endroit où le nez s’emboîte dans le creux que forme la main entre le pouce et l’index, le médium et l’annulaire. »

La quatrième tache : « Sur celle-ci se détachent, dans une position sem­blable à la précédente, le pouce appuyé sur l’aile droite du nez, et l’index et le médium qui, en appuyant leur troisième phalange sur le linge, compriment tous les deux l’aile gauche du nez pour empêcher que le sang ne coule. »

« Il faut remarquer que, dans les quatre positions que nous avons décrites par les taches, la situation relative supposée entre le nez et le linge n’a pas varié, s’obtenant, moyennant une simple considération géométrico-anatomique, de la marque de la pointe du nez à partir de laquelle on trouve deux rides qui corres­pondent de façon manifeste à la partie supérieure des ailes du nez. A partir de l’identification de ce point très important, nous avons constaté sur le linge l’exis­tence d’une ride qui délimite, tant par sa définition anatomico-géométrique que par les dimensions de la portion de linge concernée, le contour de tout le nez de­puis l’espace entre les sourcils jusqu’à l’extrémité des ailes du nez. »

Ajoutons aussi cette précision : pendant tout le temps de la formation des quatre taches, le suaire resta toujours en place, sans bouger, de sorte que le linge détrempé par les écoulements du nez a permis au fil de se distendre et d’épouser ainsi la forme du nez. Cette déformation, toujours visible de nos jours, a grande­ment facilité le repositionnement géométrico-anatomique de la toile sur la tête.

 

Temps écoulé entre la formation des taches

 

Lorsqu’une tache se répand sur un tissu déjà taché, selon que la tache est encore humide ou a commencé à sécher, la deuxième tache va, soit se fondre plus ou moins dans la tache primitive en fonction de son humidité, soit créer de nouveaux contours.

Dans le cas du suaire d’Oviedo, la présence de taches différentes implique qu’il s’est passé entre leur formation un temps suffisant pour qu’il se produise un séchage partiel ou total.

Pour essayer de déterminer ces intervalles, une série de taches expérimen­tales ont été réalisées sur un linge aux caractéristiques semblables à celles du suaire.

Il ressort de ces expériences « que le temps écoulé entre la tache-base et les taches centrales se situe entre 45 et 60 mn… » Mais le temps écoulé « n’a pu être déterminé pour le reste des taches qui forment tout le complexe central dont les contours sont moins définis et supposent une dynamique compliquée qu’il faudra établir définitivement pour concrétiser ce critère chronologique ».

 

Mécanisme de formation des taches

 

Le côté du linge plié au contact de la tête a été déterminé sachant que la toile filtre le liquide passant d’une épaisseur dans l’autre en retenant les éléments les plus lourds. De ce fait, les taches ayant le contour le mieux délimité se trou­vent sur le deuxième volet du linge, au contact du premier posé sur le visage en­sanglanté. Il résulte de cette étude que la main qui a effectué la deuxième tache l’a faite en appliquant la toile sur le visage en simple épaisseur, la toile ayant en­suite été pliée en deux, à moins que la main ne se soit introduite dans la pliure du linge déjà plié en deux.

Les troisième et quatrième taches ont été formées, selon la surface des em­preintes des doigts, sur le même côté extérieur du deuxième volet du linge plié en deux.

L’analyse des positions des autres groupes de taches, distantes de 26 cm du nez, permet de définir que le suaire « entoura la tête du cadavre, enveloppant son côté gauche en étant attaché aux cheveux de la partie postérieure de la tête [13] ». On découvre alors toute une série de taches sanglantes punctiformes sur la zone occipitale de la tête et la partie inférieure du cou.

 

Compatibilité du suaire d’Oviedo et du linceul de Turin

 

A partir du moment où le nez et la bouche du visage se trouvent reposi­tionnés sur le linge du suaire avec le sens d’enveloppement de la tête, une su­perposition comparative des deux toiles devient possible.

Une première vérification qui s’avère exacte va permettre d’emboîter le contour des deux visages : la distance séparant la pointe du nez de la ligne inter­sourcilière sur le suaire d’Oviedo est de 8 cm, « mesure qui coïncide étonnam­ment avec la longueur de la même zone gravée sur l’image du linceul de Turin ».

A partir de ce positionnement, comme le montre la photographie, toutes les zones de tache du suaire retrouvent une place anatomique coïncidant avec les blessures du visage supplicié du linceul.

Superposition des taches du suaire plié en deux avec la sainte Face du linceul - Le Sel de la terre

Zone 1 : Le nez et la partie entre les sourcils.

Zone 2 : La ride sur le front en forme de V inversé.

Zone 3 : Les arcades sourcilières.

Zone 4 : La zone frontale et les taches de sang correspondantes.

Zone 5 : L’absence de représentation de la pommette droite correspondant à la contusion que l’on observe au même endroit de l’image du suaire.

Zone 6 : Une grosseur située à la hauteur de la moitié de la face droite du nez et des ailes.

Zone 7 : La pointe du nez et les ailes.

Zone 8 : La direction du li­quide sanguinolent sur la pommette droite.

Zone 9 : Une rigole de sang sur le côté droit de la bouche.

Zone 10 : Le menton.

Zone 11 : La forme de la barbe.

Il existe donc une parfaite coïncidence, tant de forme que de volume et anatomiquement compa­tible entre les deux linges, suaire et linceul, comme aussi pour les traces de blessures.

Le suaire ayant entouré la tête en enveloppant le côté gauche jusqu’à la partie postérieure, on constate alors que les traces sanglantes du cou­ronnement d’épines sur le linceul coïncident exactement avec celles du suaire, signant ainsi le fait authentique que les deux toiles portent bien les mêmes traces, en situation géométrico-anatomique, du supplice de la tête de l’homme du lin­ceul : « Les taches punctiformes viennent tomber sur celles situées sur la partie oc­cipitale de la tête de l’image du linceul de Turin et les deux autres viennent coïn­cider avec la chevelure qui tombe sur les épaules marquées sur l’empreinte dorsale de l’image de Turin. »

 

Formation des taches de la face du suaire qui fut en contact avec le visage

 

Puisque l’homme du suaire d’Oviedo est celui du linceul de Turin, Jésus de Nazareth, nous connaissons par les Évangiles et par les traces et les images du linceul comment il fut supplicié sur la croix. Cette identification à partir de ce que nous savons du supplice de Jésus va permettre de comprendre l’origine des grandes taches centrales dont il a été montré qu’elles ont été formées par une main qui, à trois reprises (et, pour deux d’entre elles, à un intervalle de 45 à 60 minutes), a appliqué la toile du suaire sur le visage du supplicié pour, sans doute, éponger le sang et le liquide biologique qui pouvait s’écouler par les ori­fices du nez et de la bouche.

Le diagnostic de la mort du Christ en croix étant connu et le cadavre étant en rigidité cadavérique avancée – rigor mortis – lors de la dépose, il apparaît alors que la tête pendante était fortement fléchie sur le menton, inclinée, et le thorax en hypertension, c’est-à-dire en position d’inspiration, avec un œdème pulmonaire important.

Le corps descendu de la croix, la tête reste penchée en avant, les bras en hyperextension sont ramenés sur le thorax, ce qui va permettre à la cage thora­cique de revenir progressivement à sa posture normale avec, pour conséquence, de vider le soufflet respiratoire. Les poumons vont alors évacuer le liquide de l’œdème pulmonaire qui, étant donné la posture de la tête, va s’écouler en prio­rité par le nez (phénomène connu des médecins légistes sur les personnes décé­dées par « inondation pulmonaire ») puis par la bouche ; une fois au sol, le corps est mis en position de décubitus latéral droit, les bras appliqués sur le corps, les jambes semi-fléchies et la tête toujours inclinée sur la poitrine, le liquide conti­nuant de sourdre par le nez.

Il ressort, des expérimentations effectuées sur un mannequin préparé à cet effet, que le suaire a été posé sur la tête du Christ mort au moment de son arri­vée sur le sol à la dépose de son corps de la croix. Puis les bras tirés en arrière par l’attitude en crucifixion sont ramenés sur le ventre ; alors s’écoule le liquide provenant de l’œdème pulmonaire qui, s’évacuant par le nez, mouille la mous­tache et la barbe. Le cadavre est aussitôt incliné sur son côté droit et le liquide pulmonaire continue de couler doucement par les narines et le coin droit de la bouche tachant toujours le linge sur le massif facial, le nez et le front. La quantité de liquide pour produire cette première grande tache est d’environ 20 cm3 et le temps nécessaire à sa formation, en tenant compte du phénomène de capillarité, se situe autour de 15 minutes. Ensuite, un certain temps s’écoule pour que la tache commence à sécher (environ 45 à 60 minutes à la température de 20° du laboratoire, avec une humidité de 40 %, et à l’altitude de Madrid). Les autres taches (2e, 3e, 4e taches) se forment par la pression des mains sur le linge pour essayer de contenir les liquides qui sortent encore du nez et de la bouche lors de la manipulation du cadavre pour son transport, la mise au tombeau et dans le linceul.

 

Conclusions des analyses espagnoles

 

Ainsi des conclusions se dégagent de toutes ces analyses scientifiques et médico-légales en faveur de l’authenticité du suaire d’Oviedo. Elles furent expo­sées à la fin du rapport des premières analyses dévoilées au congrès de Cagliari. Nous vous en livrons le texte :

 

En tenant compte de tout ce qui a été exposé, il convient de conclure :

1. Le suaire d’Oviedo est un linge qui a été employé pour envelopper la tête d’un cadavre.

Sur ce linge sont restées une série de taches et, à partir de leur analyse géométrico-légiste et médico-légale, on peut établir qu’il existe une importante série d’aspects coïn­cidant entre ce cadavre et celui que le linceul de Turin a enveloppé.

2. Sur la partie du linge qui fut en contact avec le visage du cadavre, apparaissent quatre taches probablement provoquées par le liquide de l’œdème pulmonaire et du sang dans la proportion de 6 pour 1, produites à différents moments consécutifs.

3. La tache la plus grande s’est produite probablement au moment de la descente et de la déposition du cadavre sur le sol.

4. Les autres se formèrent après une période d’environ une heure, comme consé­quence des mouvements subis par le cadavre dans le transfert, l’ensevelissement et l’em­baumement.

5. Tout ce qui a été étudié jusqu’à maintenant confirme, sans qu’on ait rien trouvé qui s’y oppose, ce que la tradition et l’histoire disent : « Que ce linge entoura la tête du cadavre de Jésus de Nazareth, probablement depuis la descente de croix jusqu’à ce qu’il fut descendu dans le sépulcre. »

 

 

Congrès international sur le suaire d’Oviedo, en 1994

 

Après la présentation des premiers résultats des recherches au congrès de Cagliari, les investigations ont continué, portant essentiellement sur la compré­hension du mécanisme de formation de la première tache sur le massif facial ainsi que des taches sur l’arrière de la tête (qui sont en rapport avec la couronne d’épines).

A l’issue de toutes ces recherches et pour en exposer le bilan, un premier congrès international sur le suaire d’Oviedo a été organisé à Oviedo, comme il se doit, du 29 au 31 octobre 1994. Durant ces trois jours, toutes les connaissances acquises sur le suaire ont été exposées en de nombreuses conférences, confir­mant les conclusions de Cagliari, ainsi que la complémentarité du suaire et du linceul qui ont été posés sur le même cadavre en des temps et des moments proches et différents.

Nous ne reprendrons que les connaissances nouvelles concernant la pre­mière tache du voile et les séries de taches punctiformes.

Cette première tache a nécessité la réalisation d’une tête aux dimensions conformes à celle qui a été enveloppée par le suaire, pour permettre une série d’expérimentations.

Il ressort en particulier, étant donné la complexité de la première tache in­téressant le massif facial, qu’elle a été réalisée par vagues successives nécessitant trois positions du corps : debout, allongé sur le dos et retourné en décubitus laté­ral droit.

Il a été calculé que, lorsque le corps était en position verticale, la tête était fléchie en avant de 70 degrés et inclinée à droite de 20 degrés par rapport à la verticale et que le bras droit seul était levé. Le corps, ensuite, a été allongé sur le dos, la position du bras droit restant inchangée, puis mis en décubitus latéral droit, jusqu’à ce ce que le front soit au contact du sol, réalisant ainsi un angle de 115 degrés par rapport à la verticale et occasionnant en particulier un écoulement provenant du nez et remontant le long du front sur le côté droit. Cette position a été maintenue environ une heure. C’est ensuite que le cadavre est retourné sur le dos et le bras droit ramené de force sur le ventre, entraînant une coulée de li­quide ensanglanté (sérohématique) par le nez qu’une main a tenté de contenir ainsi que cela a été décrit précédemment.

L’étude des taches de sang punctiformes de l’arrière de la tête apporte elle aussi des éléments nouveaux et intéressants :

Tout d’abord, nous avons la confirmation qu’elles proviennent d’hémorra­gies provoquées par quelque chose de pointu (confirmant la couronne d’épines), que le mécanisme de leur formation indique que le corps était en vie lorsqu’elles se sont formées et qu’il s’est écoulé environ une heure avant que le suaire soit appliqué sur les écoulements. La géographie de ces taches confirme qu’elles correspondent à la zone suboccipitale d’une tête humaine de dimension transver­sale moyenne (26 cm).

Le groupe sanguin, qui avait été déterminé entre temps en 1993 par le Dr Carol Goldoni, a été confirmé (groupe AB), et des photographies en micro­scopie électronique des globules rouges identifiés sur le suaire furent même pro­jetées.

Les conclusions finales du congrès sur le suaire d’Oviedo, s’ajoutant à celles de Cagliari, furent présentées aux participants et au public :

1 – Le suaire d’Oviedo est une relique vénérée en la cathédrale d’Oviedo depuis des temps anciens et qui montre une série de taches provenant de sang humain de groupe AB.

2 – Ce linge a été sali, plié, partiellement déchiré et brûlé, et taché, et tient un ni­veau élevé de contamination, mais ne montre pas de signes de manipulations fraudu­leuses.

3 – Il semble être un linge mortuaire qui, selon toute probabilité, a été posé sur le visage du cadavre d’un homme adulte normalement constitué.

4 – L’homme du suaire porte barbe, moustache et cheveux longs rassemblés sur la nuque.

5 – La zone suboccipitale présente une série de blessures punctiformes faites quand il était en vie, et qui ont arrêté de saigner environ une heure avant que le linge mor­tuaire eût été placé sur elles.

6 – La bouche est fermée, le nez aplati et dévié vers la droite par la pression du linge mortuaire.

7 – Ce sujet était un cadavre. Le mécanisme de formation des taches est incompa­tible avec n’importe quel mouvement respiratoire possible.

8 – L’homme du suaire a éprouvé un grand œdème pulmonaire comme consé­quence d’un processus terminal.

9 – Une fois la mort survenue, le cadavre était placé en position verticale, environ une heure, et tenait au moins le bras droit levé et la tête fléchie de 70 degrés vers l’avant et de 20 degrés à droite par rapport à la verticale.

10 – Par la suite, sans altérer la position des bras, il est mis en décubitus latéral droit, maintenant la rotation de la tête de 20 degrés sur la droite, et penchée de 115 degrés par rapport à la verticale, avec le front appuyé sur une surface dure ; cette position est maintenue pendant une autre heure.

11 – Ensuite le cadavre est remué le temps qu’une main en diverses positions tente de contenir la sortie de liquide sérohématique par le nez.

12 – Pour finir, il est placé en décubitus dorsal et la face probablement lavée avec de l’eau.

 

Remarquons que la dernière conclusion n’est qu’une supputation en rap­port avec la connaissance de l’image de la sainte Face du linceul et n’est pas is­sue des recherches sur le suaire.

Grâce à toutes ces recherches pour le moins originales, mais néanmoins nécessaires, effectuées par le Centre espagnol de sindologie, l’authenticité du suaire s’est trouvée ainsi confirmée d’une manière éclatante et se retrouve défini­tivement reliée à l’homme du linceul de Turin, c’est-à-dire Jésus de Nazareth.

Fort conscient de l’importance de cette démonstration scientifique d’au­thenticité, le clergé de la cathédrale d’Oviedo convia les participants du congrès, avec la presse et la télévision, à une émouvante ostension du suaire du Christ, qui fut ressentie par tous comme une « bénédiction très spéciale ».

 

 

Le groupe sanguin du Christ

 

L’identification du sang du linceul de Turin

 

Lorsque, dans la nuit du 8 au 9 octobre 1978, les Américains du S.T.U.R.P. assistaient au déploiement du linceul sur une table d’examen conçue spéciale­ment à cet effet, le docteur Pierluigi Baima Bollone, chirurgien, médecin légiste et professeur à l’Université de Turin, put faire un prélèvement de 6 fils sur la trame et l’ourdissage de la toile en différents endroits considérés comme tachés par du sang. Ce prélèvement fut effectué avec précaution, selon les techniques de re­cherches utilisées au laboratoire d’hématologie judiciaire de Turin.

Une série de tests consista, là encore, à mettre en évidence la présence de fer contenu par les hématies :

— la méthode de Perls pour le fer « ferreux » (Fe++) ;

— la méthode de Turnbull pour le fer « ferrique » (Fe+++) [14].

Ils furent positifs.

La recherche de fer présent dans le tissu cellulaire à l’aide d’un microspec­tromètre à rayon X et d’un microscope électronique à balayage a permis d’obtenir des images correspondant à des taches de sang. La présence d’hématoporphy­rine, un des composants du sang, s’est révélée positive grâce au test de Dotzauer et Keding.

La présence de sang étant prouvée, il restait à déterminer s’il était bien d’origine humaine. Cette vérification fut effectuée par une recherche de trace en microspectrométrie correspondant au sang humain et l’obtention de cristaux de chlorhydrate d’hématie, ou cristaux de Teichmann. La convergence favorable de ces deux vérifications a permis d’affirmer que le sang présent sur la toile était bien du sang humain. Mais la certitude définitive sur le plan scientifique n’a réellement été donnée que lorsqu’une vérification a été entreprise à l’aide de tests spécifiques pour le sang humain : l’antisérum immunoglobine total humain et l’antisérum anti-IgC humain. Ils ont tous deux réagi, confirmant définitivement la présence de sang humain dans les taches sanguines du linceul.

D’autre part, le microscope électronique à balayage a permis de découvrir des globules rouges humains, en particulier sur les fils prélevés dans la tache du pied.

Il restait à définir après ces contrôles immunologiques les caractéristiques de ce groupe sanguin humain. Des réponses positives ont été obtenues pour les tests antigéniques érythocytaires A et B, H et S, indiquant par là que le groupe sanguin serait AB, mais, compte tenu du faible échantillon, ce groupe ne peut être admis avec certitude, mais seulement comme une indication favorable.

Le professeur Bollone donna les conclusions de ses recherches en 1981 (affirmation de la présence de sang) et en 1982 (détermination du groupe san­guin humain).

Tous ces travaux mettaient un terme à la contestation de la présence de sang humain sur le linceul de Turin, contestation d’ordre passionnel et non scientifique.

Les adversaires du linceul, que son message dérange, allaient-ils désarmer ? Non pas, mais leurs arguments deviennent nuls. Dans les années 1985-1990, des membres du parti communiste diffusaient des tracts contre le linceul de Turin, reprenant les affirmations de Marc Crone sur la présence de peinture et non pas de sang sur la toile. Plus récemment, en 1993-1994, des journalistes, ou prétendus écrivains, dont nous ne prendrons pas la peine d’évoquer les noms, ont écrit que le linceul de Turin était l’œuvre de Léonard de Vinci (1452-1519), à l’encontre de la plus élémentaire connaissance historique, puisque le linceul était déjà en France en 1356, soit plus d’une centaine d’années auparavant. Ils ne faisaient qu’appliquer l’adage de Voltaire : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ! »

 

L’identification du sang du suaire d’Oviedo

 

La certitude scientifique absolue étant acquise quant à l’origine commune du suaire d’Oviedo et du linceul de Turin (c’est le même cadavre qui a laissé des traces ensanglantées sur les deux reliques), il s’ensuit que le groupe sanguin doit être identique.

Cependant le groupe sanguin n’avait pas encore été identifié par l’analyse espagnole sur le suaire d’Oviedo, compte-tenu du délai relativement court im­posé pour la publication d’un rapport au congrès de Cagliari. Ce sera chose faite par la suite. L’annonce officielle en sera communiquée au Symposium scienti­fique sur le linceul de Turin, à Rome, le 12 juin 1993, par Carlo Goldoni, spécia­liste en hématologie (Italie) : « Le groupe sanguin du suaire d’Oviedo est le groupe AB. »

Ce résultat a pu être affirmé après une série de tests, ainsi que des inter­comparaisons avec de la toile du suaire non tachée et un morceau de la toile support (doublure) de la relique, pour pouvoir détecter aussi des contaminations bactériennes et mycétoïdes qui auraient pu modifier les réponses aux agglutino­gènes :

— test de « screening » aux sticks Ames ;

— test à la benzidine ;

— test au réactif de Hadler-Mayer (recherche d’hémoglobine) ;

— recherche au microscope après réactif de cristaux d’hématine acide (cristaux de Teichmann) ;

— recherche au microscope de cristaux d’hématoporphyrine acide en lu­mière ultra-violette.

Tous ces tests furent positifs.

D’autres tests furent réalisés avec l’immunosérum (ortho) anti A et anti B révélant la présence d’agglutinogènes typiques du groupe A et B.

Le protocole de recherche pour déterminer le groupe sanguin du suaire d’Oviedo fut strictement le même que celui utilisé par Baima-Bollone sur le lin­ceul de Turin, et il fut réalisé sur deux fragments du suaire ramenés en 1992 par Mgr Ricci afin de compléter les études espagnoles qui n’avaient pas encore pu confirmer officiellement la présence de sang humain sur la relique.

Le Dr Bollone confirma le groupe sanguin du suaire et montra même des photographies des globules rouges lors du congrès international sur le suaire d’Oviedo en octobre 1994.

Ainsi, l’identité du groupe sanguin sur les deux reliques permet d’affirmer que le groupe AB est bien celui de Jésus de Nazareth.

 

Groupe sanguin du Christ et population du Moyen-Orient

 

Lorsque furent connues les premières tentatives d’identification du groupe sanguin du Christ donnant pour indication le groupe AB, un certain nombre de personnes ont immédiatement essayé de le comparer avec ceux du Moyen-Orient actuel et d’en tirer des conclusions apologétiques : le groupe AB serait le groupe sanguin le plus courant et l’alliance des 2 groupes A et B en AB traduirait la mis­sion universelle du Christ.

Une première objection vient à l’esprit : rien n’assure que le groupe san­guin actuellement dominant ait un rapport quelconque avec la population juive d’il y a vingt siècles, compte-tenu des invasions successives et des brassages de population que connut la Palestine depuis cette époque. D’autre part, rien ne permet, à partir d’une conclusion médicale, de tirer un rapport quelconque avec la mission du Messie.

Cependant, il nous a semblé intéressant de chercher à faire le point sur cette question.

La surface des globules rouges ou érythrocytes comporte une centaine d’antigènes déterminés génétiquement (appelés agglutinogènes ou iso-antigènes) et au moins 14 systèmes de groupes sanguins. Les deux principaux systèmes connus et utilisés sont les systèmes A-B-O et Rhésus (Rh.).

La détermination des groupes sanguins A-B-O est basée sur deux aggluti­nogènes : A et B. Les personnes dont les érythrocytes possèdent l’agglutinogène A appartiennent au groupe A et les personnes dont les érythrocytes possèdent l’agglutinogène B appartiennent au groupe B. Celles qui possèdent les deux ag­glutinogènes A et B appartiennent au groupe O.

Le système rhésus, ainsi appelé parce que découvert sur le sang d’un singe « rhésus » est basé sur la présence d’agglutinogènes à la surface des érythrocytes (tout comme le système A-B-O). Les personnes dont les érythrocytes possèdent des agglutinogènes Rh (ou antigènes D) appartiennent au groupe Rh+ et celles qui n’en n’ont pas, au groupe Rh–.

Ainsi, nos parents nous transmettent chacun un gène en nous donnant la vie, ce qui va déterminer 6 combinaisons possibles : OO, AO, AA, BO, BB, BA.

— OO produit le type sanguin O ;

— AO et AA produisent le type sanguin A ;

— BO et BB produisent le type sanguin B ;

— AB produit le type sanguin AB.

Les gènes A et B sont dominants alors que le gène O est récessif. Les quatre groupes sanguins et le facteur Rh+ ne sont pas distribués également et va­rient selon les groupes ethniques. Par exemple :

 

 

O

A

B

AB

RH+

Race blanche :

45%

41%

10%

4%

85%

Race noire :

48%

27%

21%

4%

88%

Chinois :

36%

28%

23%

12%

100%

Hawaïens :

37%

61%

1,5%

0,5%

100%

 

Le peuplement de la zone méditerranéenne est loin d’être homogène. L’an­thropologie humaine en revèle la complexité : même si la majorité des groupes humains rencontrés appartiennent à la race unique, la race méditerranéenne, elle présente des variations locales assez marquées.

La sous-race sud-orientale, appelée aussi race arabe ou sémitique, se loca­lise au Proche-Orient et dans la péninsule arabique. La race dinarique qui n’ap­partient pas à la race méditerranéenne s’étend dans tout le Proche-Orient où elle a donné la race anatolienne. Un rameau de celle-ci, l’arménoïde, peuple une partie du Proche‑Orient du côté de la Méditerranée : Liban, Syrie, sud de la Tur­quie où elle s’est intriquée à la sous-race sud-orientale.

L’étude de la répartition des groupes sanguins dans le Proche-Orient donne les indications suivantes :

Si le groupe A est largement dominant à l’ouest du bassin méditerranéen à partir de la mer Adriatique, il reste néanmoins dominant dans l’est, vers le Proche‑Orient. Dans le Proche-Orient, la fréquence du groupe A diminue en al­lant vers le sud au profit du groupe O qui atteint sa valeur maximale dans la pé­ninsule arabique. Le gène B présente une fréquence plus élevée (supérieure à 10 % environ) à l’est du bassin méditerranéen, au Proche-Orient et en Égypte.

Les groupes Rh montrent des variations très importantes avec le facteur D bien plus élevé à l’est (75 à 85 %) qu’à l’ouest (55 à 65 %) et variant par exemple pour le Liban selon les groupes ethnico-religieux.

Au terme de cette étude sur les groupes sanguins, il est facile de recon­naître dans le type sanguin AB un type génétique généralement peu répandu dans le monde, y compris au Proche-Orient où les types sanguins A et O domi­nent.

Le groupe sanguin du Christ étant de type AB est donc d’un groupe relati­vement rare, de l’ordre de 4 % de la population.

 

 

Apport dans la connaissance de la passion

 

Le nez fracturé

 

L’image de la sainte Face du linceul montre que le nez du Christ est fracturé car il est fort gonflé à sa racine, la pointe paraît légèrement déviée vers la droite et la pommette droite est elle aussi gonflée. Plus que les coups que le Sauveur dut recevoir, ces traces de traumatisme proviennent certainement du portement de croix : la pièce de bois horizontale de la croix, le patibulum, était attachée aux épaules et aux bras du condamné. Son poids, de l’ordre de 20 kilos, a fait chuter Jésus à plusieurs reprises à cause de son épuisement physique. Il tombait alors face contre terre sans pouvoir se protéger. La tête portait alors de face sur le sol avec le poids du patibulum, le choc étant amorti par le fait que les condamnés étaient attachés entre eux. On conçoit alors que l’une des chutes ait pu être l’oc­casion de la fracture du nez. Ce fait fut confirmé par les études sur le suaire qui ont montré que, sous la pression du linge, le nez s’est dévié vers la droite : il fal­lait qu’il fût cassé.

 

La couronne d’épines

 

Les spécialistes du linceul ne sont pas toujours d’accord sur la question de détail relative à la couronne d’épines : était-elle en forme de couronne ou bien une sorte de casque ?

La couronne était constituée d’un anneau de jonc [15] servant à usage domes­tique, par exemple pour porter une jarre sur la tête, sur lequel on aurait enroulé des épines de jujubier. Ou alors, on aurait utilisé cet anneau pour maintenir des brins d’épines posés sur la tête du Seigneur que l’on aurait calés en enfonçant le cercle de jonc, formant ainsi une sorte de casque. Il faut reconnaître que la confection de ce casque apporte une complication par rapport à la couronne.

Tout le monde s’accorde sur l’utilisation de ces plantes épineuses [16] pous­sant à l’état sauvage dans les zones semi-désertiques où elles sont utilisées comme buisson de clôture infranchissable ou comme combustible pour allumer les feux de cuisson.

Même si la nuance est mineure, elle mérite de s’y attarder un peu. Le lin­ceul n’apporte pas ou peu de réponse à cette question. Si on remarque bien les coulées de sang très nettement visibles, provoquées par les épines au niveau du front, de la nuque et des tempes, la toile ne porte aucune trace, même en image, au niveau du sommet de la tête. Dans l’hypothèse d’un casque, il y aurait des traces de saignement au niveau de cette partie de la tête, car des épines en au­raient couvert le sommet, alors que sur le linceul, ce n’est pas le cas. Peut-être est-ce parce que le linceul, à ce niveau, n’était pas parfaitement tendu et n’aurait pas été suffisamment au contact de cette zone pour s’imprégner de taches de sang en partie coagulé ?

Cela est peu probable puisqu’on a rabattu par-dessus la tête du Christ la deuxième moitié du linceul : cette manœuvre assure un contact presque obliga­toire entre la toile et le sommet de la tête.

Le suaire apporte une réponse à ce sujet : le linge a enveloppé en enrou­lement la totalité de la tête du Christ, de sorte que les traces du saignement sont bien repérables au niveau du haut de la nuque tandis qu’elles sont inexistantes au sommet, là où la chevelure est la moins épaisse. Remarquons au passage que le suaire ne porte quasiment pas de trace de la couronne d’épines sur le front pour la raison suivante : l’épine qui est entrée profondément dans l’épiderme du front a provoqué une compression des tissus n’autorisant ainsi qu’une petite coulée sanguine en forme d’epsilon. Cette coulée, qui s’est faite au moins trois à six heures avant la mort du Christ et la descente de croix, a eu tout le temps né­cessaire pour coaguler. Seul son ramollissement post-mortem au tombeau a per­mis son décalque sur le linceul.

En revanche, si le saignement au niveau de l’occiput s’est reporté sur le suaire (comme sur le linceul), c’est parce qu’il s’est effectué beaucoup plus ré­cemment, donc sur la croix. On en déduit que le Christ crucifié était encore en possession de sa couronne d’épines. Le moindre mouvement de la tête en arrière, par le contact du bois de la croix, provoquait un enfoncement des épines dans le cuir chevelu et les masses musculaires de l’occiput et du haut de la nuque, créant ainsi de nouveaux saignements. Inversement, les épines enfoncées dans le front et les tempes, bien coincées par la couronne de jonc qui les enserrait sur la tête, ne pouvaient pas bouger et provoquer de nouveaux saignements. Il s’ensuit aussi que, si la couronne d’épines avait une forme de casque, nous devrions avoir des traces de saignements au moins sur toute la moitié postérieure de la tête pour les mêmes raisons, or ce n’est pas le cas [17]. On est donc en droit de conclure que la couronne d’épines était certainement composée du cercle de jonc autour duquel on avait enroulé la branche épineuse qui, par sa souplesse, faisait ressort.

Les analyses légistes du suaire (communiquées en octobre 1994) ont mon­tré que les plaies punctiformes suboccipitales de la tête ont saigné alors que Jé­sus était encore en vie sur la croix et que le suaire a été posé sur la tête une heure après cette dernière coulée. Ceci confirme sans conteste la présence de la couronne d’épines sur la tête du Christ en croix, et cette dernière coulée san­guine, provoquée par un nouvel enfoncement des pointes acérées des épines, provient certainement des soubresauts du corps au moment de la mort.

Cette couronne d’épines, posée par les soldats romains sur la tête du Sei­gneur en dérision de sa royauté spirituelle, après la flagellation, a peut-être été retirée à diverses reprises : au moment où ils ont revêtu Jésus de la chlamyde rouge pour le procès public, puis de la tunique sans coutures que les soldats ont tirée au sort au calvaire. Mais, si l’on a pris le soin de confectionner un panneau indiquant le motif de sa condamnation sur la croix (« Jésus de Nazareth, roi des juifs »), il semble logique de supposer que les soldats ont reposé sur sa tête cette couronne de dérision confirmant l’écriteau… dont le texte a déclenché la fureur des pharisiens, mais aussi les moqueries sarcastiques d’un public voyeur.

Le suaire d’Oviedo confirme donc la forme de la couronne d’épines et sa présence sur la tête de Jésus crucifié.

 

L’asphyxie

 

Saint Jean a vu sortir du flanc droit de Jésus, percé par la lance du centu­rion romain, du sang et de l’eau, l’eau étant un liquide biologique incolore diffé­rent du sang. Depuis les travaux du docteur Pierre Barbet, on a pensé que ce li­quide incolore était du liquide péricardique, un liquide séreux entourant le cœur. Les coups violents de la flagellation auraient entraîné un épanchement de ce li­quide qui serra alors le cœur dans un étau : le Christ était en crise cardiaque. Mais certains pensent qu’il peut en être un peu autrement, que la mort aurait été provoquée par homopéricardie, une autre forme de crise cardiaque. Ce ne serait pas alors le liquide sérique qui aurait augmenté son volume, mais le péricarde, cavité dans laquelle se loge le cœur, provoquant en fait une sorte d’infarctus en­serrant le cœur de la même manière.

Quoiqu’il en soit de ces deux hypothèses, le suaire d’Oviedo apporte quelques éléments supplémentaires : le liquide qui sortait par le nez indique que le Christ agonisa non seulement d’une crise cardiaque, mais aussi, en plus, d’une asphyxie provoquée par un très fort épanchement de liquide pleural dans les poumons, certainement dû aux coups de la flagellation. Cet épanchement se surajouta à l’écoulement dans le sac pleural, ce qui occasionne déjà chez un sujet sain une difficulté respiratoire par pleurésie traumatique. La tête de la lance, en­foncée dans le flanc du Christ entre la 5e et la 6e côte, perfora le poumon droit avant d’arriver au cœur. Cette eau que vit saint Jean contenait non seulement du liquide péricardique mais aussi pleural. Et cette quantité importante de liquide incolore devenait alors visible pour ce témoin intrigué par sa coulée séparée du sang. Il n’a pu alors s’empêcher de le noter dans ses écrits, donnant ainsi une précieuse indication supplémentaire sur les difficultés respiratoires du Christ en croix.

 

La dépose de la croix

 

Que s’est-il passé entre la 9e et 12e heure ?

Jésus meurt sur la croix à la neuvième heure, puis son corps est déposé pour la mise en tombeau vers la douzième heure. Le suaire d’Oviedo apporte-t-il quelques détails complémentaires aux textes des Évangiles ? Nous savons que lorsque Jésus rendit l’âme, Joseph d’Arimathie entreprit des démarches auprès de Pilate pour réclamer le corps : la loi romaine permettait en effet aux parents des condamnés à mort de récupérer leur corps pour leur assurer une sépulture.

Les Évangiles nous apprennent que Joseph d’Arimathie, certainement aidé de Nicodème, déposa le corps de Jésus à la hâte dans le tombeau, l’enveloppa d’un linceul et roula la pierre à l’entrée du tombeau car déjà le « sabbat commen­çait à briller » (Lc 23, 24).

Le sabbat commençait lorsque l’on apercevait les trois premières étoiles : alors, du portique du sabbat, au Temple, sonnaient les trois derniers coups de trompette annonçant le début officiel du repos sabbatique.

A Jérusalem, à la date de Pâques, le 14e jour du mois de Nisan, le soleil se couche à 18 h 08 (12e heure) et l’apparition des trois premières étoiles s’effectue environ une heure plus tard.

Lorsque la pierre vient d’être roulée pour fermer le sépulcre, il est donc à peu près 19 heures. A partir de cet instant, et grâce au temps de formation des différentes taches du suaire d’Oviedo, une sorte de décompte peut commencer et nous permettre de reconstituer les différents moments qui ont pu se dérouler entre la mort de Jésus et sa mise en tombeau :

 

9e heure :      — mort de Jésus (15 h) ;

                       — coup de lance dans le côté ;

                       — Joseph d’Arimathie demande le corps de Jésus à Pilate ;

                       — Joseph d’Arimathie revient au Golgotha avec un linceul neuf ;

                       — Jésus est descendu de la croix ;

                       — Jésus est remis entre les mains de sa Mère ;

                       — le soleil se couche ;

                       — Joseph d’Arimathie transporte le corps de Jésus au sépulcre et le place dans

                               un linceul.

13e heure :    — Joseph d’Arimathie ferme le tombeau. Le sabbat commence (19 h).

 

Les Évangiles nous informent que les saintes femmes n’eurent pas le temps de préparer le corps de Jésus ; c’est pour cela qu’elles revinrent le lendemain de la Pâque et ceci nous est confirmé par les empreintes sanguines retrouvées sur le linceul de Turin qui seraient absentes si le corps avait été préparé [18]. Il s’ensuit que Joseph d’Arimathie aidé de Nicodème a transporté le corps de Jésus des­cendu de la croix jusqu’au sépulcre, pour le placer sur la dalle funéraire où l’on avait déroulé le linceul. Ils refermèrent alors le linceul en le bordant légèrement pour que le corps soit complètement enveloppé et isolé de l’air de la pièce, et l’attachèrent provisoirement avec des liens, en attendant de revenir à l’aube du troisième jour pour préparer convenablement le défunt selon le rituel en vigueur. Tout cela s’est fait à la hâte, compte tenu de l’obscurité qui tombait annonçant l’heure proche du sabbat. On peut évaluer le temps passé pour toute cette sé­quence, de l’ordre d’un quart d’heure.


Les études effectuées sur le suaire d’Oviedo apportent des précisions très intéressantes complétant les textes évangéliques sur les temps et mouvements survenus après la mort du Sauveur qui peuvent se recomposer ainsi :

A 15 h., Jésus meurt dans un dernier soubresaut en poussant un grand cri, ce qui provoque une ultime coulée de sang sur l’arrière de la tête, causée par son redressement et un nouvel enfoncement des épines de la couronne dans le cuir chevelu au contact du patibulum.

Dans le courant de l’après-midi, probablement dès qu’ils apprirent la mort de Jésus, des prêtres du Temple se rendent auprès de Pilate pour réclamer que les condamnés soient achevés et leur dépouille retirée des croix du Golgotha avant que ne survienne le sabbat qui est aussi la Pâque des juifs. Les bourreaux alors achèvent les deux autres condamnés en leur brisant les jambes et, consta­tant que Jésus est déjà mort, lui enfoncent une lance dans le côté droit jusqu’au cœur. La mort de Jésus est officielle, la couronne d’épines peut être retirée et le suaire posé sur sa tête [19]. La famille et les disciples veulent récupérer le corps de Jésus pour qu’il ne soit pas enseveli dans le cimetière réservé aux condamnés. Alors, Joseph d’Arimathie, membre du sanhédrin, effectue une démarche auprès de Pilate qui lui accorde le corps de Jésus. Puis il achète un linceul de grand prix et revient au Golgotha.

La rigidité cadavérique est déjà installée dans le corps de Jésus. Elle est ve­nue d’autant plus rapidement que les dernières nuits étaient fraîches (8° en moyenne en début avril ; Jérusalem se situe à 750 mètres d’altitude) et que l’obs­curité qui s’étendit de 12 h. à 15 h. a provoqué une baisse de température de 5 à 10°. La température maximale par beau temps étant de 18° à 20° en cette saison, on peut estimer qu’elle était à ce moment-là de l’ordre de 10°. Tout cela contri­bua à refroidir le corps assez vite. La température basse et l’état d’épuisement de Jésus sont deux facteurs importants qui permettent la venue précoce de la rigidité cadavérique. Entre la pose du suaire après le coup de lance, et la dépose du corps de Jésus au retour de Joseph d’Arimathie, il s’est écoulé environ une heure. Le corps est ensuite couché le dos sur le sol, le bras droit restant étiré derrière la tête qui est fortement penchée en avant, puis il est tourné sur le côté droit jusqu’à ce que la face soit contre le sol, le suaire restant toujours sur la tête.

La première tache du suaire avait commencé à se former sur la croix, lorsque l’on entrepit de détacher le corps, dans ses mouvements de bascule, et se termina lors de la position couchée face contre terre : son temps de formation prit environ 15 minutes et son temps de séchage, selon les conditions d’expéri­mentation, demanda environ 60 minutes à 20°, soit, ici, plus d’une heure avant que ne se forment les autres taches dues à de nouveaux mouvements du corps lors du transport au tombeau. Le temps où le corps de Jésus resta immobile, face contre terre (environ une heure), fut le temps au cours duquel la Mère de Jésus, Marie, s’inclina sur sa dépouille. Reprenons plus en détail les deux séquences.

Joseph d’Arimathie et Nicodème entreprennent de déposer le corps de Jé­sus de Nazareth de la croix. Les pieds une fois décloués, le corps de Jésus reste pendu au patibulum (la pièce de bois horizontale de la croix où avaient été cloués les poignets) solidarisé au stictum par une grosse cheville de bois dur. Le clou du poignet gauche est retiré, puis le lien soutenant le corps à l’épaule gauche, puis le droit. Alors le corps s’affaisse de tout son poids, se trouvant ainsi suspendu en bascule par le poignet droit, ce qui permet au bras droit de s’étirer en arrière de la tête. Le dernier clou est retiré, le corps peut être couché sur le dos d’abord, puis retourné face contre terre, en appui sur le front, pour cacher la tache ensanglantée qui se formait par le liquide sortant du nez. Le suaire posé à la hâte sur la croix et enveloppant le visage par le côté gauche est alors attaché avec une broche au niveau de la nuque à la natte des cheveux descendant sur le dos. C’est dans cette position que la Mère de Jésus, Marie, s’approche du corps de son Fils. Elle va rester ainsi immobile pendant au moins une heure.

Il s’est écoulé jusqu’à présent environ 20 cm3 de liquide, ce qui prend quelques 15 minutes pour se diffuser sur la toile du suaire. La première tache formée est pratiquement séchée lorsque Marie va rendre le corps de son Fils, car la nuit tombe, il faut se presser. Joseph d’Arimathie et Nicodème ramènent de force sur la poitrine le bras droit resté en extension, ce qui provoque une nou­velle coulée. Alors, une main gauche fermée appuie avec la paume pour arrêter l’écoulement en appliquant une pression sur le nez de bas en haut : ainsi se forme la deuxième tache. Le suaire est alors replié sur la face de Jésus où il se trouve maintenant en double épaisseur. Ils saisissent le corps sans vie de Jésus par les jambes et les épaules, pour le transporter, pieds en avant. Les cahote­ments du déplacement du corps vers le sépulcre, distant d’environ cinquante mètres sur un sol caillouteux et en descente, provoquent un nouvel écoulement. La même main gauche, mais dont la position est inversée, passant par l’arrière de la tête, étreint le nez, pinçant les narines entre le pouce et l’index replié, provo­quant la troisième empreinte sanguinolente sur le suaire. Enfin arrivé au sépulcre, le corps est soulevé pour être posé sur la dalle funéraire où le linceul a été dé­roulé. Dans ce mouvement, un dernier écoulement se produit à nouveau par le nez sur la toile toute humide et la même main que précédemment saisit encore le nez entre les deux mêmes doigts pour le comprimer encore plus fortement. Le suaire est ensuite retiré et posé à côté, plié en deux. Le visage est essuyé, avant de rabattre la 2e moitié du linceul qui enveloppe ainsi complètement le corps. On borde sommairement la toile, puis on la lie en hâte avec des liens au cou, au niveau des mains et des pieds. La pierre est roulée et la tombe fermée. Il fait nuit.

Nous pouvons donc établir la chronologie suivante :

— 15 h. : mort de Jésus-Christ sur la croix (à la neuvième heure du jour) ;

— 16 h.–16 h. 15, dès que les bourreaux eurent donné le coup de lance à Jésus et achevé les deux autres condamnés : pose du suaire et démarche de Jo­seph d’Arimathie auprès de Pilate pour obtenir l’autorisation de recueillir le corps du Maître ; achat du linceul et retour au Golgotha vers 17 h. 15 ;

— 17 h. 15–17 h. 40 : le corps de Jésus est posé sur le sol et Marie s’incline sur sa dépouille pendant une bonne heure. Le soleil est couché depuis 18 h. 08. 

— 18 h. 45 : Marie, accompagnée de l’apôtre Jean, retourne à Jérusalem.

Transport du corps au sépulcre et mise provisoire dans le linceul par Jo­seph d’Arimathie et Nicodème ;

— 19 h. : fermeture du tombeau et retour de Joseph d’Arimathie, de Nico­dème et des saintes femmes de Galilée vers Jérusalem. Le sabbat commence une heure après le coucher du soleil.

 

Conclusion

 

La relique du suaire d’Oviedo est sans conteste possible « la » relique qui, non seulement authentifie le linceul de Turin, mais se rapporte, comme lui, direc­tement à la passion de Jésus de Nazareth. Elle démontre, par les informations complémentaires qu’elle apporte, que la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ a été une immense tragédie douloureuse pour l’humanité du Christ, dont l’ampleur et l’intensité dramatique nous échappent, alors que nous en connaissons la réalité dans l’ordre de la Rédemption et du salut.

Le suaire d’Oviedo confirme et actualise la réalité de la passion et nous en entrouvre le mystère. Nul doute que, dans l’avenir, il fera encore parler beaucoup de lui.


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Raffard de Brienne Daniel, Le Secret du saint suaire, Éd. Chiré, 1993.

Ricci Giulio, Chemin de croix selon le saint suaire, Éd. Téqui, 1981.

van Oosterwyck-Gastuche Marie-Claire, Le Radiocarbone face au linceul de Turin, journal d’une recherche, F.-X. de Guibert, 1999.

 

 


[1] — Il est nécessaire de lever immédiatement la confusion qui peut parfois exister entre suaire et linceul :

— le mot suaire provient du latin sudarium définissant un mouchoir pour essuyer la sueur, sorte de serviette. Dans les rites funéraires orientaux et sémitiques, on posait un sudarium sur la tête du défunt avant de le recouvrir du drap mortuaire ou linceul. Cette définition convient pour le suaire d’Oviedo.

— le mot linceul provient lui aussi du latin linteolum (« petit morceau de drap de lin »), mot dérivé de linteum (« toile de lin »), lui-même provenant de linum (« lin »). Cette toile de lin servait à l’ensevelissement des morts et convient pour définir l’autre relique de Jésus‑Christ portant son image : le linceul de Turin.

[2] — C’était l’usage à l’époque. Ainsi, la châsse (ou coffre) contenant les restes de Charlemagne réalisée entre 1165 et 1215, mesure 2,04 mètres de long et est recouverte de reliefs dorés et argentés.

[3] — Caractères coufiques : caractères anciens de l’écriture arabe.

[4] — Saint Ildefonse est très honoré en Espagne, grâce à la dévotion mariale qu’il encouragea. Il fut abbé à Agli près de Tolède, avant de succéder à son oncle, saint Eugène, comme archevêque de Tolède. Il décéda en 667.

[5] — La famille de ces trois frères (saint Fulgence, saint Léandre et saint Isidore auxquels il convient de rajouter une sœur : sainte Florentine) est remarquable : originaire de Carthagène, noble et alliée à la famille royale wisigothe.

— Saint Léandre († 596), évêque de Séville et ami intime de saint Grégoire le Grand, introduisit la récitation du Credo de Nicée à la messe. Il est considéré en Espagne comme Docteur de l’Église. Il réforma la liturgie espagnole et fit abjurer l’arianisme aux Wisigoths.

—Saint Isidore († 636) devint orphelin de bonne heure et fut élevé par son frère Léandre. Il lui succéda plus tard dans sa charge d’évêque de Séville qu’il occupa pendant 40 ans. D’une érudition hors du commun, Isidore rédigea des traités d’astronomie, de géographie, des biographies, une histoire des Goths, une encyclopédie, une règle monastique, codifia la liturgie mozarabe, lutta contre les vestiges de l’arianisme et l’hérésie des acéphales (monophysisme), créa des écoles et établit des programmes d’études, etc.

[6] — Cet inventaire se trouve aux archives capitulaires de la cathédrale d’Oviedo sous la cote : série B, nº 2, cahier 9.

[7] — Lire à ce sujet l’ouvrage Le Linceul de Turin face au C 14, de J-M. Clercq et D. Tassot, Éd. O.E.I.L., 1988, où tout un passage est consacré à ce sujet.

Nous renvoyons aussi à l’ouvrage de Mme van Oosterwyck-Gastuche (Le Radiocarbone face au linceul de Turin, journal d’une recherche, Paris, F.-X. de Guibert, 1999) et aux articles qu’elle a publiée dans Le Sel de la terre sur cette question. (NDLR.)

[8] — C.I.E.L.T. : Centre International d’Étude du linceul de Turin, 50 avenue des Ternes, 75017 Paris.

[9] — Lire à ce sujet la conclusion du symposium de 1989 : La Science à l’épreuve du linceul, la démonstration scientifique de l’authenticité, Éd. O.E.I.L., 1990.

[10] — Une quinzaine d’anomalies de toutes sortes furent relevées alors que 2 ou 3 auraient suffi pour invalider la procédure de datation. Lire à ce sujet l’ouvrage des actes du symposium de 1989 : Le Prélèvement – étude du tissu, Éd. O.E.I.L., 1990.

[11] — On peut prendre connaissance avec intérêt des Actes du symposium de Rome 1993, Éd. F-X. de Guibert, 1995.

* — Palynologie : étude du pollen et des spores des plantes actuelles et fossiles. (NDLR.)

[12] — A titre de comparaison, les examens du S.T.U.R.P. sur le linceul de Turin en 1978 eurent lieu pendant cinq jours entiers.

[13] — L’attachement aux cheveux se retrouve grâce à une série de petites perforations sur la toile.

[14] — Le pigment respiratoire du globule rouge ou hématie est l’hémoglobine. Il est formé d’une protéine incolore (globine) et d’un composé coloré contenant du fer bivalent (Fe++) ou hème, dérivé ferreux de la protoporphyrine, qui est très avide d’oxygène et assure son transport grâce à l’oxydo-réduction du couple Fe++/Fe+++ (2FeO + 1/2O2 = Fe2 O3).

[15] — Ce jonc est conservé dans le trésor de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

[16] — On parle ordinairement du jujubier (ziziphus spina Christi), mais d’autres espèces épineuses se rencontrant dans la région de Jérusalem ont également été proposées (le lyciet, la pimprenelle épineuse, etc.). (NDLR.)

[17] — Cela n’exclut pas pour autant le fait que le Christ portait sur sa tête la couronne d’épines lors du chemin vers le Golgotha et autour du cou le panneau destiné à être fixé sur la croix et portant le motif de sa condamnation à mort.

[18] — La préparation traditionnelle du corps comportait sept ablutions rituelles ainsi que la coupe des cheveux et de la barbe, des onctions sacrées, l’habillage du corps et enfin la mise en linceul.

[19] — La loi judaïque imposait de couvrir la tête du défunt lorsque la mort était intervenue par violence.

Informations

Cet article de fond, initialement paru dans le numéro 32 du Sel de la terre analyse l'une des reliques les plus fascinantes de la Passion : le Suaire d’Oviedo (ou Sudarium). Complément indispensable du Linceul de Turin, ce linge qui recouvrit le visage du Christ après la Croix fait ici l'objet d'une analyse rigoureuse, à la croisée de la science et de la théologie de la Passion.

L’auteur, s’appuyant sur les travaux de spécialistes et les recherches de l'EDICES (Centre Espagnol de Sindonologie), détaille les preuves de l'authenticité du linge et permet de reconstituer des détails de la Passion du Christ. L’article met en avant les concordances troublantes avec le Linceul : même groupe sanguin (AB), présence de pollens identiques originaires de Palestine et similitude géométrique des blessures.

L'intérêt de cette étude dépasse la simple curiosité historique ; elle offre une méditation concrète sur les souffrances du Sauveur.

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 32

p. 63-100

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