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L’Église conciliaire

et les parcelles d’hosties

 

 

 

par le père M.L. Guérard des Lauriers O.P.

et Gérald Wailliez

 

 

 

Nous remercions M. Gérald Wailliez de nous autoriser à reproduire l’étude dont il est le coauteur survivant, originellement intitulée : « Le Saint-Siège fait une déclaration proche de l’hérésie au sujet des fragments d’hosties consacrées », parue dans le Bulletin indépendant d’information catholique, nº 92-93 d’avril-mai 1973, périodique belge fondé en 1965 par M. A. d’Arian et qui a cessé de pa­raître en 1977. Cette étude répond à des questions parfois posées sur la présence réelle dans les parcelles d’hosties consacrées, et elle manifeste en même temps le manque de foi de l’Église conciliaire dans la présence réelle.

La reprise de cette étude dans notre revue ne signifie pas que nous parta­gions, dans d’autres domaines, toutes les idées des auteurs et du bulletin d’où elle est tirée. Réciproquement, nous ne prétendons pas que les auteurs acceptent toutes les appréciations de la revue.

Ceci vaut, en particulier, pour la thèse sédévacantiste du père Guérard des Lauriers.

Les notes numérotées appartiennent au texte original.

Le Sel de la terre.

 

 

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LE NUMÉRO du 17 septembre 1972 de La Documentation catholique (pages 815-816) publie une déclaration du 2 mai 1972 de la Sacrée Congrégation « pour la Doctrine de la foi » au sujet des fragments d’hosties. Ce texte n’a pas, jusqu’à pré­sent, paru aux Acta Apostolicae Sedis, mais La Documentation catholique le re­produit – en le traduisant du latin – d’après les Notitiae (organe de la S.C. « du Culte divin ») de juillet-août 1972 (qu’il ne nous a pas été possible de consulter).

Il s’agit d’une réponse à des doutes, donnée après consultation des SS. CC. « de la Discipline des sacrements » et « du Culte divin ». En voici l’essentiel :

« Après la sainte communion, non seulement les hosties qui restent et les particules d’hosties qui s’en sont détachées et qui gardent l’aspect extérieur du pain [1] doivent être conservées ou consommées respectueusement, en raison du respect qui est dû à la présence eucharistique du Christ, mais pour les autres fragments d’hosties on doit observer les prescriptions concernant la purification » de la patène, etc., contenues dans la présentation générale (Institutio generalis) du nouveau Missel prétendûment romain.

On voit immédiatement que cette réponse insinue que « la présence eucha­ristique du Christ » n’existe que dans les particules « qui gardent l’aspect extérieur du pain » et non « pour les autres fragments d’hosties ».

La doctrine ainsi suggérée est formellement énoncée dans le commentaire (rédigé en français, signale La Documentation catholique) du R.P. Lécuyer, supé­rieur général des Spiritains et consulteur de la S.C. « pour la Doctrine de la foi », qui suit la déclaration dans les Notitiae. La qualité du signataire et le lieu de la publication donnent à ce commentaire une valeur quasi officielle, et l’on peut légitimement considérer que la S.C. « pour la Doctrine de la foi » eût dû publi­quement démentir, sous forme d’interprétation authentique, si le sens du docu­ment eût été déformé.

Or, le P. Lécuyer écrit : « Le Christ reste présent sous les espèces du pain tant que subsistent ces espèces du pain, tant que le signe du pain subsiste. Il im­porte que le signe du pain soit vrai, non pas seulement d’une vérité physique ou chimique, intrinsèque, mais d’une vérité apparente, phénoménale. (P. Roguet, O.P., La Maison-Dieu, nº 103, page 630). Il faut que les parcelles qui sont déta­chées de l’hostie paraissent encore comme du pain, sinon elles ne sont plus un signe et ne peuvent plus être le support de la présence du corps du Christ. Et cela ne vaut pas seulement des parcelles invisibles à l’œil nu, mais aussi des par­celles tellement petites qu’elles ne paraissent plus comme du pain, sans qu’il soit évidemment possible de déterminer à partir de quelle grandeur on peut et on doit les considérer comme des parcelles encore consacrées. »

Cette doctrine, qui heurte immédiatement l’instinct de foi, est en effet, nous allons le montrer, proche de l’hérésie (I). Dans la pratique, elle conduit aux plus graves irrévérences envers la sainte eucharistie, tout en étant parfaitement cohé­rente avec la Réforme liturgique post-conciliaire, en particulier avec les prescrip­tions de la nouvelle messe, de même que la vraie doctrine catholique l’est avec les normes traditionnelles, notamment les rubriques du Missel de saint Pie V (II).

 

I – Le P. Lécuyer allègue à l’appui de sa thèse le passage suivant de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin : « Puisque dans ce sacrement le corps et le sang du Christ succèdent à la substance du pain et du vin, s’il se pro­duit dans les accidents un changement insuffisant à corrompre le pain et le vin, le corps et le sang du Christ ne cessent pas pour autant d’être dans ce sacrement. C’est le cas lorsque se produit un changement soit dans la qualité, lorsque par exemple la couleur ou la saveur du pain ou du vin changent un peu, soit dans la quantité, lorsque par exemple le pain ou le vin sont fragmentés de telle sorte que la nature du pain ou du vin puisse [2] y subsister. Mais s’il se produit un change­ment tel que la substance du pain ou du vin aurait été corrompue, le corps et le sang du Christ ne demeurent plus dans ce sacrement. C’est le cas lorsque se pro­duit un changement soit dans la qualité, si par exemple la couleur, la saveur et les autres qualités du pain et du vin sont à ce point changées qu’elles deviennent absolument incompatibles avec la nature du pain et du vin ; soit dans la quantité, si par exemple le pain est réduit en poussière ou si le vin est fragmenté en par­ties si minimes que les espèces du pain et du vin ne subsistent plus. » (III, q. 77, a. 4)

Il y a une gigantesque escroquerie intellectuelle, ou une ignorance crasse des principes élémentaires de la philosophie du sens commun, à invoquer ce texte à l’appui de la thèse selon laquelle « il faut que les parcelles qui se sont dé­tachées de l’hostie paraissent encore comme du pain, sinon etc. ».

Saint Thomas parle de la permanence objective des espèces eucharistiques, ce qui est manifeste d’après les passages que nous avons soulignés. En un autre endroit – également cité par le P. Lécuyer, ce qui paraît exclure l’hypothèse de l’ignorance, à moins que son esprit ne soit à ce point imbu d’idéalisme qu’il soit devenu incapable de comprendre selon le sens commun aucune référence à la nature objective des choses – saint Thomas précise d’ailleurs : « Tant que les es­pèces demeurent, le corps du Christ ne cesse pas d’être en elles. Et les espèces demeurent aussi longtemps que demeurerait la substance du pain si elle y subsis­tait. » (III, q. 80, a. 3)

Écoutons encore sur ce sujet le Catéchisme du Concile de Trente : « Le corps du Christ se trouve contenu tout entier dans chacune des plus petites parcelles du pain eucharistique. Autant qu’on le peut, il faut éviter soigneusement ces sortes de discussions ; cependant si la charité chrétienne en fait un devoir, qu’on n’oublie pas tout d’abord de prémunir et de fortifier l’esprit des fidèles par ces paroles de l’Évangile :“Rien n’est impossible à Dieu” (Lc 1, 37). Après cela, les pasteurs pourront enseigner que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est point dans ce sacrement comme dans un lieu. Les choses ne sont dans un lieu qu’autant qu’elles ont quelque étendue. Or, quand nous disons que Jésus-Christ est dans l’eucharistie, nous ne faisons pas attention à l’étendue plus ou moins grande de son corps, mais à la substance elle-même, considérée indépendamment de l’étendue. Car la substance du pain est changée en la substance, et non en la grandeur ou en la quantité, du corps de Jésus‑Christ. Or personne ne doute qu’une substance ne puisse être renfermée dans un petit espace aussi bien que dans un grand. Ainsi la substance de l’air est aussi entière dans une petite partie d’air que dans une grande ; la nature (ou substance) de l’eau n’est pas moins en­tière dans un petit vase que dans un grand. Et comme le corps de Notre‑Seigneur remplace la substance du pain dans l’eucharistie, on est obligé de convenir qu’il est dans le sacrement de la même manière que la substance du pain y était avant la consécration. Or la substance du pain était aussi bien et aussi entière dans la plus petite partie que dans le tout. Cela ne se discute même pas [3]. »

La conception du P. Lécuyer conduit d’ailleurs nécessairement à nier la transsubstantiation et même toute présence réelle. En effet, si les petits fragments d’hosties ne sont plus le corps du Christ, il s’agit évidemment de morceaux de pain ordinaire (que leur taille rend peut-être inaptes à la consommation, mais cela ne change pas leur nature ; une seule molécule d’eau est de l’eau, encore qu’il ne soit pas possible de la boire ou de s’en servir pour se laver !) Mais on ne voit pas comment la division de l’hostie en particules homogènes pourrait avoir eu pour effet de changer la nature de celles-ci. On en conclut dès lors logique­ment que, selon la thèse de l’auteur, les fragments n’étaient déjà que du pain avant de se détacher de l’hostie et donc que celle-ci, formée de l’ensemble de ces particules de même nature, n’est non plus rien d’autre que du pain.

La thèse critiquée ne pourrait se soutenir qu’en considérant la présence du Christ dans l’hostie comme toute spirituelle, le pain consacré changeant seule­ment de signification et non réellement de nature (hérésie du P. Schillebeeckx notamment, renouvelant, sous une forme plus subtile, celle des « sacramentaires » protestants combattus par Luther lui-même ; rappelons que cette théorie a été condamnée par S. S. Paul VI dans Mysterium Fidei). En ce cas certes – mais en ce cas seulement !, – il n’y aurait pas lieu de se soucier outre mesure de la perte d’un minuscule fragment d’hostie, pas plus que l’on ne s’alarme pour une goutte­lette d’eau baptismale qui tomberait accidentellement sur le sol.

Sans doute ni le P. Lécuyer, ni la Sacrée Congrégation dite (par anti­phrase ?) « pour la Doctrine de la foi », dont il explicite la pensée, n’enseignent-ils positivement cette hérésie, mais leur thèse y conduit logiquement et directement et mérite donc la note théologique « proche de l’hérésie », c’est-à-dire la censure la plus grave en-deçà de l’hérésie proprement dite. Rappelons à ce propos le ca­non 1324 C.I.C. : « Il ne suffit pas d’éviter la perversion de l’hérésie, mais il faut encore fuir avec soin les erreurs qui en approchent plus ou moins. »

S’il est exact, comme le note saint Thomas, que la permanence des espèces eucharistiques, et dès lors de la présence réelle du Christ, est liée à la quantité, c’est uniquement en ce sens que si l’on divisait une miette de pain ou une goutte de vin en parties de plus en plus petites, on finirait par en arriver à un seuil de discontinuité (correspondant au stade de la molécule dans les corps purs, mais ce n’est pas le cas du pain ni du vin) où la division ne donnerait plus deux infimes parcelles de même nature, mais au contraire de nature objectivement différente, savoir deux des composés dont la combinaison ou le mélange constitue le pain ou le vin. A ce stade cesserait la présence réelle par suite de la disparition objec­tive des accidents eucharistiques qui en sont le support, mais il est certain que les dimensions de ces infimes particules sont de loin inférieures à nos possibilités de perception à l’œil nu et que la remarque de saint Thomas ne justifie donc nulle­ment la désinvolture avec laquelle le P. Lécuyer traite les « parcelles tellement pe­tites qu’elles ne paraissent plus comme du pain ».

Notons d’ailleurs incidemment que les progrès de la science nous permet­tent actuellement de préciser mieux qu’au XIIIe siècle « à partir de quelle gran­deur on peut et on doit les considérer comme des parcelles encore consacrées » (ce qui ne change évidemment rien ni à l’intégrité du dogme, ni à son explication théologique). Mais la pensée du P. Lécuyer est toute subjectiviste et donc aussi anti-scientifique qu’anti-catholique !

Ces abberrations conduisent même des luthériens à donner des leçons d’or­thodoxie à la hiérarchie catholique ! La thèse du P. Lécuyer avait, en effet, déjà été soutenue (avec la même fallacieuse référence à saint Thomas) par le P. Karl Rahner [4]. Elle fut ensuite reprise par son compatriote Mgr Tenhumberg, évêque de Münster,… et sévèrement critiquée par le pasteur Helmut Lieberg, le­quel note fort justement : « La conséquence est la dépendance de la présence du corps du Christ de jugements subjectifs, et dès lors sa dissolution progressive [5]. »

 

II – Il est très éclairant de noter que la déclaration du Saint-Siège se réfère aux prescriptions du nouveau Missel relatives à la purification des vases sacrés, et que la prise de position de l’évêque de Münster constitue une réponse à un fi­dèle inquiet de voir des particules d’hosties tomber fréquemment à terre lors de la distribution de la communion dans la main.

Commençons par le second cas. L’évêque pouvait théoriquement répondre de trois façons. Primo : nier le fait. La réaction était possible a priori, mais même les évêques post-conciliaires conservent en général le minimum de bon sens suf­fisant pour ne recourir à de très gros mensonges, très visibles, qu’en cas de véri­table nécessité. Secundo : proclamer son indifférence. Mais ici aussi interviennent des considérations élémentaires de prudence humaine que les évêques n’écartent d’ordinaire pas sans motif sérieux. Et ce d’autant qu’il était en l’espèce tellement plus commode de répondre… Tertio : « Malgré tout le soin des participants, il ar­rivera cependant toujours encore que de petites et très petites parcelles échap­pent au regard et tombent sur le sol (aveu textuel de Mgr Tenhumberg, confir­mant ainsi que les prêtres et laïcs qui ont gardé le respect du corps du Christ doivent refuser absolument de distribuer ou de recevoir la communion de cette manière). Mais, ajoute l’évêque, ne vous inquiétez pas au sujet de ces “petites et très petites particules qui ne peuvent plus être considérées (angesehen) comme du pain et un aliment. Avec la perte de leur forme (Gestalt), elles perdent leur ca­ractère de signe ; en elles, le Seigneur n’est pas présent [6]”. »

Faute d’agir en accord avec le dogme, on déforme donc celui-ci et on glisse dans l’hérésie pour justifier sa désinvolture. Il est d’ailleurs certain que c’est là que Satan voulait en arriver en bouleversant la discipline du sacrement de l’eu­charistie. Réciproquement l’erreur doctrinale renforce le manque de respect en­vers le Saint Sacrement, ce qui produit un mouvement accéléré d’entraînement réciproque de l’hérésie et du sacrilège.

Le texte du P. Lécuyer est également révélateur et répond manifestement au souci de rejeter l’accusation de manque de respect envers l’eucharistie portée (à bon droit !) contre les rubriques de la nouvelle messe [7]. Tout en étant contraint de reconnaître (comment faire autrement ?) que celles du Missel de saint Pie V étaient beaucoup plus précises, le P. Lécuyer prétend que le nouveau Missel en a conservé « l’essentiel » et que, « compte tenu de l’enseignement de saint Thomas d’Aquin (trafiqué, on a vu comment, NDLR), un prêtre qui observe les prescrip­tions du Missel peut être tranquille : il ne manque pas au respect dû au corps du Christ » !

Un seul exemple de ce « respect » suffira, nous l’espérons, à édifier nos lec­teurs. « Des parcelles – écrit le P. Lécuyer – peuvent adhérer aux doigts du célé­brant. » Dans ce cas : « Chaque fois qu’un fragment d’hostie s’est attaché aux doigts, ce qui arrive surtout après la fraction ou la communion des fidèles, le prêtre le détachera de ses doigts au-dessus de la patène ou, si besoin est, lavera ceux-ci [8]. » (Présentation générale du Missel romain, nº 237). En principe, se frotter les doigts au-dessus de la patène devrait suffire. Mais il peut y avoir des cas où une ablution des doigts est nécessaire, si, par exemple, des parcelles bien visibles restent collées aux doigts à cause de la transpiration. On a bien lu : « Bien visibles ». Cette restriction est scandaleuse.

Tout ceci confirme tristement le texte suivant, de 1971 : « Les rites et les formules équivoques (de la nouvelle messe) sont interprétés non pas conformé­ment à la vérité, mais contre la vérité ; non pas dans le sens de l’Église catho­lique, mais dans le sens de “l’Église réformée”. Un indice, à lui seul suffisant, en est que, dans les “célébrations” (comme on dit), il n’est plus fait aucun cas des menues parcelles d’hosties consacrées. (…) D’ailleurs, cette désinvolture sacrilège à l’égard de l’hostie consacrée se trouve en fait, officiellement, sinon intentionnel­lement, suscitée, fomentée, provoquée et imposée, par la substitution systéma­tique d’hosties extrêmement friables, dont la fraction produit de multiples éclats [9], aux hosties “d’avant”, dont la cassure parfaitement nette rendait possible de ne perdre aucune parcelle consacrée. Les hosties glacées n’étaient pas un luxe. L’usage s’en trouvait exigé par le respect dû au mystère ; et cela, en stricte conformité avec la sévérité des sanctions que précise le Droit canon pour tout délit de profanation (can. 2302). Pour ne pas conclure, il faut vouloir s’aveugler [10]. »

 

 

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[1] — NDLR. – C’est nous qui soulignons. De même dans la suite.

[2] — Le P. Lécuyer cite ces textes en latin. Nous suivons en général la traduction publiée en note par La Documentation catholique ; celle-ci a ici « peuvent », ce qui est grammaticalement incorrect et ne nous paraît, en outre, pas rendre exactement « possit ».

[3] — Chapitre XIX, § IV. – Rappelons que ce très précieux monument d’orthodoxie a été réédité par la revue Itinéraires (4, rue Garancière, F – 75006 Paris – 25 FF au CCP 13355 – 73, Paris). (Il a été réédité en 1997 par l’Association Noël Pinot, 54 rue Delaâge, 49100 Angers. NDLR.)

[4] — Voir Guérard des Lauriers M-.L., La Doctrine théologique du R.P. Rahner, La pensée catholique (13, rue Mazarine, F – 75006 Paris), nº 117, p. 78.

[5] — L’article du pasteur Lieberg fut reproduit dans le numéro de septembre-octobre 1971 de Una Voce Korrespondenz (D – 4 Düsseldorf – Gerresheim, Postfach 207) et celui de Mgr Tenhumberg, à sa demande (!), dans celui de janvier-février 1972 de la même revue. – On sait que Luther (au contraire de Zwingli et d’autres réformateurs, qu’il combattit vigoureusement sur ce point) crut toute sa vie dans la présence réelle (physique) de Notre-Seigneur dans l’eucharistie, son erreur consistant à soutenir que le corps du Christ était présent dans le pain (théorie de l’impanation ou consubstantiation) au lieu de confesser le dogme catholique de la transsubstantiation selon lequel, par la consécration, la substance, ou réalité, du pain est changée en la substance du corps du Christ, ne subsistant plus du pain que les accidents, ou propriétés sensibles. Le pasteur Lieberg rappelle que Luther, peu avant sa mort, ayant renversé accidentellement quelques gouttes du précieux sang, s’agenouilla et lécha le sol. Cet hérésiarque croyait donc plus en la présence réelle que ne le fait actuellement la S. C. « pour (?) la Doctrine de la foi » ! Mais ce n’est certes pas à cela que pensait le cardinal Willebrands lorsqu’il fit son éloge comme précurseur du IIe concile du Vatican ! Les œcuménistes professionnels resteront également insensibles à cet appel déchirant : « J’ai bien peur que les catholiques ne deviennent des protestants et n’abandonnent aux (quelques) luthériens que nous sommes la connaissance du « est » pour lequel Luther a tant combattu. C’est lamentable : je commence à découvrir les merveilles de la messe romaine, et beaucoup d’autres avec moi, au moment où les catholiques semblent les abandonner. Que va-t-il se passer ? Je suis devenu un étranger dans mon Église et je ne saurais trouver une demeure dans la vôtre… »

[6] — Mgr Tenhumberg prétend appuyer son enseignement sur la comparaison suivante : « Quand par mégarde une hostie consacrée tombe par terre, elle n’est pas distribuée mais placée dans un vase d’eau où elle se dissout. L’hostie qui a perdu de cette façon sa forme de pain n’est plus le corps eucharistique du Seigneur. » Certes, mais dans ce dernier cas, les accidents du pain disparaissent objectivement (comme dans le cas de la digestion).

[7] — Voir spécialement le Bref examen critique de la nouvelle messe présenté à Paul VI par les cardinaux Ottaviani et Bacci ; il faut rappeler « opportune et importune » la solennelle « protestatio fidei » élevée par ce document solidement motivé (supplément au nº 141 de mars 1970 d’Itinéraires, 2 F.).

[8] — « Sacerdos digitos super patenam abstergat, vel pro necessitate abluat ». – A remarquer que si le prêtre estime qu’aucun fragment d’hostie n’adhère à ses doigts, il n’est plus, selon le missel de Paul VI, tenu à aucune purification de ceux-ci. Et tant pis pour Notre-Seigneur si le célébrant a mauvaise vue ! C’est horrible.

[9] — L’Institutio generalis recommande en son nº 283, l’usage pour la communion des fidèles de grandes hosties que l’on puisse rompre en plusieurs morceaux. Et avant la vogue, officiellement encouragée, des grosses hosties jaunes, le passage suivant du P. Lécuyer eût été inconcevable : « Afin de ne pas avoir au fond du ciboire ou sur la patène une masse de parcelles dont on ne sait pas si elles sont consacrées ou non, il est bon, au moment où l’on prépare les hosties pour la célébration, de ne pas les mettre en vrac, mais de les tamiser légèrement avec les doigts, afin d’éliminer toutes ces poussières et débris d’hosties qui pourraient devenir source de scrupules. »

[10] — Guérard des Lauriers M-L., « Assister à la messe », dans Forts dans la Foi, (6, rue Madame, F-37150 Bléré), nº 24, p. 311.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 33

p. 79-85

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