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Notre-Dame du Bon Conseil

 

 

 

par l’abbé Nicolas Pinaud

 

 

 

Cette étude a été rédigée en 1998 et publiée dans Le Donjon (nº 21, mai 1998), bulletin de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X du Pays basque, du Béarn et des Landes. Nous remercions M. l’abbé Pinaud de nous l’avoir communiquée pour publication.

Le Sel de la terre.

 

 

*

  

 

 

LE MOIS de mai, « c’est le mois le plus beau ». La nature, en effet, s’éveille et se pare de ses plus belles couleurs. C’est sans doute la raison pour laquelle on a consacré ce mois à la dévotion envers Marie. La splendeur de la nature rappelle à l’homme la plus belle des créatures.

Pendant ce « mois de Marie », le peuple chrétien redit son affection à sa Mère, tout particulièrement en récitant en famille les litanies de la sainte Vierge.

Depuis le siècle dernier, plusieurs invocations ont été ajoutées à la longue liste de ces litanies :

— « Reine conçue sans péché », ajoutée par Pie IX quelques années avant que la Vierge elle-même vienne nous dire : « Je suis l’Immaculée Conception. »

— « Reine du très saint Rosaire », par Léon XIII, le 24 décembre 1884, trente-trois ans avant que la Vierge nous dise à Fatima, le 13 octobre 1917 : « Je suis Notre-Dame du Rosaire. »

— « Mère du Bon Conseil », également par Léon XIII, le 22 avril 1903 en l’honneur du miracle de Genazzano.

— « Reine de la paix », par Benoît XV, le 24 décembre 1915, dans des cir­constances aisées à comprendre.

— « Mère de l’Église », par Paul VI, le 21 novembre 1964, à l’occasion de la clôture de la 3e session du IIe concile du Vatican qui avait débattu de la Constitu­tion de l’Église [1].

Ces invocations, pour certaines d’entre elles, remontent aux premiers siècles : c’est une bonne dévotion que de les réciter souvent. J’ai connu une école où chaque élève en choisissait une qu’il faisait sienne. C’est ce que nous avons imité ici cette année, dans notre maison.

« J’ai observé la puissance de cette pratique, écrit Luce Quenette [c’est de ses écoles qu’il s’agissait] dans son livre sur L’Éducation de la pureté [2], l’air illu­miné ou recueilli quand vient la réponse : “Je l’appellerai : Vierge fidèle”, “Je lui dirai : Mère du Bon Conseil”. Quelquefois, c’est une vraie clarté sur la vie inté­rieure… : “Je lui dirai : Étoile du matin”, ou mieux, les yeux baissés : “Je sais comment je l’appellerai”. Ne posez plus de question. Cela ne vous regarde pas. C’est le secret de la reine… »

Chez nous, l’un des plus jeunes a choisi : « Cause de notre joie », parce que c’est joli… Il sera heureux, en effet, quand il comprendra le contenu de son in­vocation.

En attendant que les années futures viennent diversifier les choix, c’est Notre‑Dame du Bon Conseil qui a été préférée, une invocation que certains avaient choisie depuis bien longtemps sans en connaître, alors, la merveilleuse histoire que voici.

 

 

Description de l’image miraculeuse

de Notre-Dame du Bon Conseil

 

 

Notre-Dame du Bon Conseil, c’est d’abord une fresque miraculeuse d’envi­ron 46 cm sur 30 dont l’origine mystérieuse date d’au moins sept siècles. Elle est en plâtre et n’est cependant pas plus épaisse qu’une carte postale ; elle fut réali­sée par des artistes inconnus, peut-être est-ce l’œuvre d’un ange.

L’incomparable peintre, unique en son genre, représente la Mère de Dieu tenant l’Enfant Jésus dans ses bras. L’Enfant, de son bras droit, entoure familière­ment le cou de Marie, tandis que, de la main gauche, il tient le bord de son cor­sage. Il appuie avec une tendresse filiale sa tête chauve contre la joue de sa Mère, semblant chercher abri et protection en celle qui s’incline vers lui, et lui dire : « Vous êtes toute mienne » ; et à ceux qui s’approchent : « Si vous désirez quelque chose, adressez-vous à ma Mère. » Leurs regards, doux et tristes, qui se rencontrent, expriment l’amour et la compassion. Le visage de l’Enfant est celui d’un vieillard (symbole de la sagesse) ; il fixe sa Mère, mais son œil droit est lé­gèrement détourné de sa ligne normale pour se poser sur le fidèle qui vient s’agenouiller. La Mère et l’Enfant sont enveloppés dans les plis d’un même man­teau, bleu clair ; la robe de Marie est d’un vert azuré ; celle de l’Enfant, rouge. Un nimbe cerclé d’or entoure chacune des deux têtes, que surmonte, en guise de baldaquin, une sorte d’auréole aux couleurs de l’arc-en-ciel.

 


 

La fraîcheur des couleurs de cette peinture nous fait croire que l’artiste vient de terminer son travail. Mais, ce qui est plus merveilleux encore, ce sont les changements continuels qui se produisent dans l’expression du visage de la sainte Vierge, comme l’attestent de nombreux pèlerins sous la foi du serment. Tantôt il est triste, tantôt joyeux ; tantôt pâle et terne, tantôt illuminé d’un reflet incarnat, selon les dispositions du visiteur qui vient prier. La nuance et l’éclat des yeux subissent les mêmes modifications.

Ces variations rendent quasiment impossible la reproduction exacte de cette image ; c’était déjà l’opinion de Tosi, un des maîtres en peinture de Rome au XVIIe siècle.

 

Son origine est mystérieuse ; nous savons qu’elle était vénérée en Albanie, à Scutari, jusqu’en 1467, date où elle quitta ce pays pour venir, transportée par les anges comme la Maison de Lorette, s’installer suspendue sans support contre le mur d’une chapelle qui portait son nom à Genazzano, le 25 avril de la même année. Depuis, la fresque n’a pas changé de place ni de position.

Ce miracle a été constaté par de nombreux témoins au cours des siècles :

— En 1682, le père Maître des frères gardiens du sanctuaire voulut couron­ner la fresque, il constata que la fresque sans support cédait à la moindre pres­sion, ce qui l’empêcha de fixer la couronne.

— Pie IX vérifia le miracle en personne, le 15 août 1864 : passant un fil derrière la fresque, il ne rencontra aucun obstacle.

— En 1936, lors du dernier examen canonique de la fresque, les dix clercs et le joaillier présents ont tous confirmé qu’elle restait suspendue en l’air sans au­cun support.

— En 1967, cinquième centenaire de l’arrivée de la fresque, ceux qui la net­toyèrent déclarèrent qu’elle cédait à la moindre pression de la main.

Les habitants de Genazzano lui donnèrent plusieurs titres, dont celui de « Mère du Paradis », mais, à partir du XVIIe siècle, c’est celui de Notre-Dame du Bon Conseil, que saint Augustin avait déjà attribué à Marie, qui a remplacé tous les autres.

 

 

Histoire de la dévotion

à Notre-Dame du Bon Conseil

 

 

Les premiers indices que nous ayons sur cette image, qui est vénérée aujourd’hui à travers le monde entier sous le vocable de « Notre-Dame du Bon Conseil », nous viennent de Scutari, une petite ville d’Albanie qui, au cours des siècles, en est devenue la capitale.

Les Albanais qui la croyaient venue de l’Est, transportée par les anges, avaient une très grande dévotion envers cette fresque arrivée dans leur ville au XIIIe siècle. Le pays fut plusieurs fois protégé grâce à cette sainte image.

Au commencement du XIIIe siècle, toute la péninsule des Balkans est en­vahie par les Turcs qui s’emparent, en 1261, de l’importante cité de Kroia, pré­lude de la longue agonie de cette nation albanaise.

En 1423, le sultan Amurath II, gouverneur de l’empire ottoman, exige de Jean Castriota, prince chrétien de Kroia, qu’il lui livre ses quatre fils. Le sultan, qui voulait les instruire à sa cour pour les faire apostasier, perdit son temps. Les quatre frères étaient de grands dévots de Notre-Dame de Scutari qui les protégea. Le sultan se rendit compte qu’il ne parviendrait pas à ses fins, aussi les trois plus âgés passèrent vite de la cour à la prison. Seul, le plus jeune, Georges – qui n’avait que 9 ans –, resta à la cour où il reçut la même éducation que les fils du sultan, ce dernier croyant cet enfant encore assez jeune pour être convertissable. Georges, par ses qualités supérieures, gagna la confiance du sultan qui lui donna le titre de prince : « Iskander Bey », d’où le nom que l’histoire lui a conservé : « Scanderbeg ». Il servit dans l’armée où il se fit remarquer pour ses qualités de stratège et devint généralissime.

Amurath II crut le moment venu de se servir de cet homme pour écraser définitivement la chrétienté. En 1443, il décide d’envahir la Hongrie. L’attaque en fut confiée à Georges Castriota dit Scanderbeg, qui vit dans cette guerre le mo­ment providentiel de se libérer du joug des infidèles, lui et tous ceux qui vou­draient le suivre.

Georges, qui avait rassemblé 300 soldats catholiques de ses amis, profita de la confusion du combat pour rejoindre le côté hongrois et se mettre au service des catholiques. Grande surprise pour les Turcs de voir leur généralissime se battre avec les Hongrois : la désorganisation fut totale ; les Turcs perdirent 30 000 hommes et 4 000 prisonniers, dont le secrétaire du sultan. Reconnu par Scander­beg, celui-ci le força à signer un document ordonnant, au nom du sultan, que le gouvernement turc soit remis à la personne qui présenterait le document, puis il le passa par les armes.

Après une chevauchée de 7 jours, Scanderbeg arriva à Kroia, se présenta chez le gouverneur turc qui, à la vue du document officiel, accorda l’entrée de la ville à Scanderbeg et à ses compatriotes qui tuèrent tous les mahométans. Le 13 novembre 1443, après vingt ans de silence, Scanderbeg faisait sonner toutes les cloches de la ville pour remercier Notre-Dame du Bon Conseil de sa protection.

Ce ne fut pas du goût du sultan ; en effet, l’armée turque n’avait pas subi une seule défaite depuis 1300. Amurath, avec 40 000 de ses meilleurs soldats, dé­cida de capturer Scanderbeg.

Depuis vingt ans, l’Albanie n’avait plus d’armée ; Scanderbeg ne put ras­sembler que 15 000 hommes, mais il alla prier Notre-Dame à Scutari. Le combat fut terrible, mais la victoire resta aux Albanais.

Deux autres armées turques en provenance d’Adrianople furent défaites ; à lui seul, Scanderbeg n’avait pas tué moins de 2 000 hommes.

En 1449, le sultan rassembla 200 000 soldats qu’il conduisit lui-même. Un seul but : en finir avec l’Albanie ; les villes tombèrent les unes après les autres, les survivants se réfugièrent à Kroia sous la protection de Scanderbeg. Le siège dura une année, le sultan dut se retirer une nouvelle fois vaincu ; il en mourut de tristesse.

Scanderbeg et ses soldats allèrent s’agenouiller à Scutari devant l’image de Notre-Dame. Le pape Nicolas V lui envoya une bénédiction spéciale, le nommant « le champion et le bouclier de la chrétienté ».

Mohammed II, le nouveau sultan, reprit les hostilités. En 1452, il envoya 12 000 hommes ; à la première bataille, 7 000 périrent. L’année suivante, une nouvelle armée se présenta mais, du côté turc, pas un soldat ne survécut pour raconter l’aventure ! Alors le sultan comprit qu’il fallait essayer d’autres moyens, il chercha un traître. Il y en eut plusieurs.

Le premier, Moïse Gobatos, accepta, en contrepartie de la couronne d’Albanie, d’attaquer Scanderbeg avec 20 000 hommes. Notre-Dame protégea son dévot : 10 000 soldats furent tués et le traître lui-même fut fait prisonnier. Scan­derbeg lui pardonna ; il se racheta et mourut en héros en luttant contre les Turcs.

Le second fut un neveu de Scanderbeg, Hamsa, qui avait reçu la promesse d’être fait vizir. En 1457, il entra en Albanie à la tête de 50 000 hommes. 30 000 furent tués et 12 000 faits prisonniers par les 12 000 montagnards de Scanderbeg qui épargna la vie du traître, se contentant de le renvoyer au sultan.

Après tant de défaites, les Turcs cessèrent quelque temps leur harcèlement. Ce qui permit à Scanderbeg d’établir quelques alliances. Le pape Calliste III l’appela « le héros de Marie qui surpasse dans la foi et dans la vertu de religion tous les autres princes catholiques » et le nomma « Capitaine général pontifical contre les Turcs ».

Les titres sont beaux, mais il faut des ressources pour faire la guerre. C’est pourquoi Scanderbeg rencontra le pape Pie II, successeur de Calliste III, qui le soutint, voyant en lui le glaive choisi par la Providence pour sauver l’Europe.

D’ailleurs, Pie II, encouragé par les victoires de Scanderbeg, convoqua à Mantua tous les princes catholiques, espérant peut-être répéter la prédication ef­ficace d’Urbain II pour la première croisade. La voix du pape n’eut aucun écho chez les princes néo-païens de la Renaissance ; certains n’envoyèrent pas même un ambassadeur. Pie II mourut le 15 août 1464.

Le sultan reprit l’initiative, décidé à en finir, et prépara une armée de 200 000 soldats expérimentés. Scanderbeg sentit le danger, et courut à Rome de­mander de l’aide au pape Paul II : « L’Albanie est en guerre depuis 23 ans, elle ne possède plus un membre sans blessure », lui dit-il. L’aide du pape n’était pas suf­fisante. Une seule espérance restait à Scanderbeg : Notre-Dame de Scutari.

Au printemps 1466, Mohamed II assiège Kroia pour la seconde fois : il vient planter sa tente sur la plus haute montagne pour mieux contempler la chute de la ville. Le siège dure six mois ; à l’automne le sultan est contraint de rentrer à Constantinople, laissant son armée sous l’autorité d’un général. Scanderbeg en profite pour mettre l’armée ennemie en pièces.

Mais en janvier 1467, il sent ses forces le quitter. Il visite une dernière fois le sanctuaire de Scutari et place la ville et le sanctuaire sous la protection de la République catholique de Venise pour sauver la sainte image du vandalisme.

Puis il se retira à Lesh, entra en agonie et reçut le Viatique. Il livrera cepen­dant encore une ultime bataille et rendra son âme à Dieu le soir même du der­nier combat, le 17 janvier 1467. Il avait 53 ans. Le sultan, apprenant sa mort, s’écria : « Malheur à la chrétienté, elle a perdu son glaive et son bouclier. »

S’emparant de la ville de Lesh, huit ans plus tard, les Musulmans recueilli­rent les restes de Scanderbeg et en firent des porte-bonheur.

A Scutari, la sainte image était délaissée, il n’y avait même plus de fleurs sur l’autel de la Vierge qui avait tant protégéé l’Albanie. Une nuit, elle se manifesta à deux anciens soldats de Scanderbeg qui s’inquiétaient de leur devoir : ou quitter la Vierge (le pays) et vivre libre, ou rester avec la Vierge de Scutari et subir le joug ? Tel était le dilemme de ces deux hommes nommés De Sclavis et Georgio qui, de nuit, étaient en prière au pied de la sainte image.

C’est alors que la Vierge apparut à Georgio et lui demanda de se préparer à partir en voyage, ajoutant qu’elle s’apprêtait à quitter Scutari pour éviter les mains sacrilèges des Turcs, réservant ses bénédictions pour un autre lieu où elle ordon­nait à Georgio de la suivre. Ce dernier voulut expliquer tout cela à son compa­gnon mais il s’aperçut que De Sclavis savait tout sans avoir eu d’apparition. Alors, la fresque se détacha du mur et s’enveloppa d’un nuage blanc lumineux à travers lequel on voyait toujours l’image. Elle sortit du sanctuaire et se dirigea vers la mer.

 

 

Translation miraculeuse de

Notre-Dame du Bon Conseil en Italie

 

 

Georgio et De Sclavis suivirent l’image de Scutari jusqu’au rivage de l’Adria­tique, mais le nuage ne s’arrêta pas et continua son voyage au-dessus de la mer. Que fallait-il faire ? Nos deux hommes posèrent les pieds sur l’eau de la mer qui devint solide sous leurs pas puis redevenait liquide derrière eux.

Guidés par l’Étoile de la mer, leur voyage vers la côte italienne, long d’envi­ron 300 kms, dura plusieurs jours. Ils n’éprouvèrent ni la faim, ni la soif, ni le froid, ni la chaleur. Le jour, le nuage les couvrait de son ombre et, la nuit, il était lumineux.

L’image disparut aux portes de Rome ; celle qui leur avait demandé de les suivre les abandonnait. Les deux pèlerins, qui n’avaient éprouvé jusqu’à présent aucune fatigue, se sentirent épuisés et affamés. Ils étaient un peu dans la situa­tion des Mages à Jérusalem, ils firent des recherches mais sans résultat.

 

 

Qu’était devenue l’image ?

 

 

A peu de distance de Rome, sur les confins du Latium, un peu à l’est de l’antique cité de Palestrina, se trouve la petite ville de Genazzano, célèbre dans les annales religieuses de l’Italie pour son antique dévotion à Marie. Notre-Dame du Bon Conseil y était honorée depuis le IVe siècle ! Constantin y possédait une résidence qu’il donna au pape saint Sylvestre. Sur ce site, un de ses successeurs fit construire une église à laquelle il donna le nom de Notre-Dame du Bon Conseil. Nous sommes dans la première partie du Ve siècle. Mais, avec le temps, cette église, la plus petite de la ville, fut abandonnée.

Par la suite, Genazzano devint un lieu de prédilection de la grande famille romaine des Colonna qui donna plusieurs papes à l’Église. Ils y construisirent un château et l’église Notre-Dame du Bon Conseil fut confiée à leurs soins. En 1356, ils en confièrent la garde aux ermites de Saint-Augustin. Cette fondation fut confirmée par le pape Sixte IV en 1475, et, depuis cette époque, les religieux au­gustins n’ont pas cessé d’en être les gardiens.

En 1467, vivait à Genazzano une pieuse veuve : Petruccia de Nocera, qui se dévouait spécialement aux églises qui subissaient le joug musulman. A la mort de son mari, âgée de 39 ans et n’ayant pas d’enfant, elle décida de consacrer sa vie à la prière, entra dans le tiers-ordre de saint Augustin et eut une grande dévotion envers Notre-Dame du Bon Conseil pour le développement de la chrétienté et l’arrêt de l’expansion musulmane.

Un jour, elle eut une apparition : Marie lui dévoilait son désir de quitter l’Albanie et lui ordonnait de construire un sanctuaire pour abriter son image.

Immédiatement, elle commença la restauration de la chapelle Notre-Dame du Bon Conseil, donnant même sa maison pour permettre l’agrandissement de l’église. Sa maison fut donc démolie et l’on commença la construction des murs qui s’arrêta malheureusement très vite, faute de moyens. Petruccia n’avait plus rien, tous se moquèrent de l’imprudence de la « visionnaire » mais elle gardait confiance.

En effet, le 25 avril 1467, fête de saint Marc, un peu avant l’heure des vêpres, et tandis qu’une foule nombreuse se tenait sur la place de l’église, une céleste harmonie se fit entendre dans les airs, et bientôt une nuée blanche des­cendit sur l’autel d’une chapelle latérale dédiée à saint Blaise. Les cloches des églises se mirent à sonner d’une manière inhabituelle. Quand la nuée se fut dis­sipée, on put apercevoir contre la muraille la fresque qui se tenait en l’air sans aucun support.

La nouvelle, évidemment, se répandit rapidement et nos deux pèlerins éga­rés à Rome ne tardèrent pas à apprendre la miraculeuse apparition. Ils vinrent la reconnaître et raconter l’histoire de cette image de Scutari et les prodiges de sa translation à Genazzano. Petruccia, qui ne connaissait pas Scutari, reconnut ce­pendant les traits de la vision qu’elle avait eue quelques mois auparavant.

Le pape Paul II ordonna une enquête qui révéla les faits suivants :

— cette fresque est suspendue en l’air à environ 2,5 cm du mur sans sup­port ;

— l’abondance des miracles opérés dépasse celle de tous les sanctuaires.

 

La protection que la Vierge accordait à l’Albanie, elle la réserve maintenant à l’Italie :

— Au XVIIe siècle, elle protège l’Italie de la peste ; ce fait était si bien connu qu’Urbain VIII fit un pèlerinage à Genazzano pour obtenir que Rome en soit délivrée.

— au XIXe siècle, la population fut décimée par le choléra asiatique ; une seule cité échappa au fléau : Genazzano, tandis qu’à Albano le cardinal-arche­vêque mourut et que les rues étaient couvertes de morts.

La Vierge étendit surtout sa protection à la chrétienté toujours menacée par les musulmans mais aussi par la Renaissance… du monde païen : les statues des saints étaient remplacées par des statues d’Apollon, la chaste Suzanne par l’indé­cente Vénus, les exploits des ermites par les travaux d’Hercule. Dieu envoya ses punitions : les Ottomans, Luther. Il se tut, mais aussi…, fit miséricorde.

 

 

Les effets de la dévotion à

Notre-Dame du Bon Conseil de Genazzano

 

 

Saint Pie V fut un grand dévot de Notre-Dame du Bon Conseil ; c’est elle qui le remplit de sagesse et de fermeté pour réformer l’Église, combattre Luther et détruire la force musulmane. Dans toutes ses décisions il se confiait à Notre-Dame du Bon Conseil. Il comprit tout de suite l’urgente nécessité d’unir les na­tions catholiques ; le sultan s’était promis d’entrer à cheval dans la basilique Saint-Pierre de Rome !

A l’appel du pape, seuls répondirent l’Espagne, la république de Gênes et les États Pontificaux pendant que la France (!), le Saint-Empire (!) et le Portugal (!) étaient alliés des Turcs.

C’est Marc Antoine Colonna qui commandait la flotte pontificale lors de la bataille de Lépante ; et nous savons que ce prince de 53 ans avait toujours vécu à l’ombre du sanctuaire de Genazzano où, nous l’avons vu, sa famille possédait une riche propriété. Impossible qu’il n’ait pas prié Notre-Dame du Bon Conseil pendant le combat naval. Après la célèbre victoire du 7 octobre 1571, les éten­dards et les enseignes pris aux musulmans furent exposés dans le sanctuaire de Genazzano. Saint Pie V ajoutera : « Secours des chrétiens » aux litanies de Lorette.

Au XVIIe siècle, les Turcs deviennent à nouveau puissants et menacent la chrétienté, transformant les églises en mosquées. En 1674, Jean Sobieski, roi de Pologne, appela tous les princes à la croisade contre les Ottomans, mais il ne re­çut qu’un seul appui : Innocent XI. Ce pape, se souvenant des protections pas­sées, décida le 17 novembre 1682, de couronner d’or et de pierreries Notre-Dame du Bon Conseil pour obtenir à nouveau sa protection. Bien des difficultés dispa­rurent. En effet, quelques mois plus tard, en mars 1683, Léopold Ier, empereur d’Autriche, s’unissait à Jean Sobieski pour affronter la terrible armée de Moham­med IV qui s’apprêtait à attaquer Vienne.

Le 12 septembre suivant, la chrétienté remportait une nouvelle victoire sur ses ennemis grâce à l’intercession de Marie. Les Turcs perdaient 5 000 barils de poudre, 100 000 tentes et 300 pièces d’artillerie. En action de grâces, Innocent XI étendit à toute l’Église la fête du saint nom de Marie, à la date du 12 septembre.

 

 

Quelques miracles opérés par l’image

de Notre-Dame du Bon Conseil

 

 

Il y en eut beaucoup provenant non seulement de l’original mais encore de simples copies qui, comme l’original, changèrent de nuances dans les couleurs. L’une de ces copies se trouve au Mont Cassin, une autre à Madrid. Cette dernière invita saint Louis de Gonzague à entrer chez les jésuites. Sur une autre, à Frosi­none, en Italie, les yeux de la Vierge bougeaient.

Le 4 septembre 1796, le chef de la boulangerie Monte-Compatri, dont le prince Borghèse était propriétaire, crépissait les bâtiments attenants. Une image de Notre-Dame du Bon Conseil, imprimée sur du papier ordinaire, se détacha du mur et tomba inaperçue sur une pile de bois de chauffage. Bientôt après, le bois fut mis dans le four. Le boulanger, pensant qu’il était consumé, regarda et vit, à son grand étonnement, un morceau de papier intact au milieu de la cendre brû­lante. Il le poussa plus profondément dans le feu pour le brûler, mais le papier resta dans le même état. Il le retira alors du four et reconnut l’image de la Ma­done du Bon Conseil qui était tombée du mur. L’image est conservée au Vatican.

Après la chute de Scutari, jamais les Turcs ne purent utiliser les pierres du sanctuaire ; ce qu’ils construisaient le jour se démolissait la nuit.

Un jour pourtant, un des ouvriers, qui travaillait à la construction d’un pont sur la Bojana, vint chercher des pierres sur les ruines du sanctuaire avec son âne. La bête tomba morte lorsqu’il commença à la charger. Ceci ne l’arrêta pas cepen­dant, mais, quand le pont fut achevé, il s’écroula.

 

 

Les papes et Notre-Dame du Bon Conseil

 

 

Notre-Dame du Bon Conseil est parfois appelée la « Madone des papes », à cause de la filiale dévotion qu’ont toujours professée envers elle les vicaires de Jésus‑Christ.

C’est Paul II, le premier, qui reconnaît et authentifie la translation miracu­leuse de l’image.

Sixte IV fit rebâtir le couvent et l’église de Genazzano.

Urbain VIII, le premier, y vint comme pèlerin le 21 octobre 1630.

Innocent XI ordonna le couronnement de Notre-Dame du Bon Conseil pour obtenir la concorde parmi les princes catholiques.

Clément XI accorda les mêmes privilèges au sanctuaire de Genazzano qu’à celui de Lorette.

Benoît XIV approuva, par son Bref Injuntae nobis du 2 juillet 1753, la pieuse union de Notre-Dame du Bon Conseil et voulut que son nom figurât en premier sur le registre des associés. Les obligations de ceux qui appartiennent à cette pieuse union sont de garder une copie de l’image dans leur maison – saint Benoît Joseph Labre l’avait cousue dans son chapeau – ; de s’efforcer de ré­pandre sa dévotion ; de réciter chaque jour trois Ave Maria ; de célébrer ou de faire célébrer une messe chaque année aux intentions des membres vivants et dé­funts.

Pie VI concéda un office propre de l’apparition en 1777, et approuva la messe du 26 avril, date de la fête de Notre-Dame du Bon Conseil au calendrier li­turgique.

Pie VII se consola de sa captivité de Fontainebleau par la vue d’une petite image de Notre-Dame du Bon Conseil.

Pie IX célébra sa première messe sur l’autel dédié à Notre-Dame du Bon Conseil, à Rome. Pape, il ordonna l’érection de l’autel de Notre-Dame du Bon Conseil dans la chapelle pauline du Vatican ; c’est là que priait Pie X avant son élection au souverain pontificat. Pie IX donna son nom à la pieuse union et vint, le 15 août 1864, en pèlerinage à Genazzano pour demander des lumières concernant la convocation d’un prochain concile œcuménique. Il conservait tou­jours près de lui une image de Notre-Dame du Bon Conseil.

Léon XIII, jeune enfant, avec sa mère et, plus tard, ecclésiastique, fit plu­sieurs fois pendant les vacances le pèlerinage à Genazzano. Il se fit inscrire à la pieuse union et voulut recevoir le nouveau scapulaire blanc approuvé par lui. Il tint en permanence jusqu’à sa mort la sainte image en bonne place sur son bu­reau. Il termina sa glorieuse carrière en inscrivant officiellement, le 22 avril 1903, l’invocation « Mère du Bon Conseil » dans les litanies de la sainte Vierge.

Pie XII visita souvent le sanctuaire et rédigea une prière en l’honneur de Notre-Dame du Bon Conseil.

Jean XXIII vint à Genazzano le 25 août 1959 et demanda à Marie que Pie IX fût élevé aux honneurs des autels le plus tôt possible. Oublia-t-il de demander des lumières pour la convocation d’un concile ?

Beaucoup de saints visitèrent Notre-Dame du Bon Conseil. Saint Alphonse de Liguori avait toujours sur son bureau une image de Notre-Dame du Bon Conseil ; quand il se sentit mourir, il s’en sépara et l’envoya aux Filles de saint François de Sales qu’il avait dirigées, avec ce message : « Je vous laisse mon cœur. »

Le père Cros, dans son histoire de Notre-Dame de Lourdes [3], rapporte que sainte Bernadette, apercevant pour la première fois la célèbre icône connue sous le nom de Notre-Dame du Perpétuel Secours, s’écria : « Il y a quelque chose là ! », signifiant une ressemblance avec la Dame qui lui était apparue à la grotte de Massabielle. J’ai lu quelque part que sœur Lucie également avait dit au père Mc Glynn O.P. que « le visage de Notre-Dame de Fatima était le même que celui de Notre-Dame du Perpétuel Secours ».

En revanche, les enfants de Pontmain témoignèrent d’une ressemblance entre l’apparition du 17 janvier 1871 et Notre-Dame du Bon Conseil. Eugène, l’un des petits voyants devenu prêtre, écrira, le 26 janvier 1890 : « Je tiens à vous dire combien j’ai été frappé de l’image que vous avez mise au commencement de cette notice [il s’agit d’une photographie de la fresque de Genazzano]. Je ne me rappelle pas avoir vu une physionomie me rappelant si bien le souvenir du 17 janvier 1871. Il y a dans cette figure ronde, dans cette douceur et cette tendresse du regard, ce qu’il faut et ce qu’on n’a pas encore trouvé pour représenter Notre-Dame de Pontmain [4]. »

 

Ne manquons pas, à notre tour, de prier Notre-Dame du Bon Conseil ; elle nous éclairera de ses lumières. Notre monde traversant actuellement un véritable délire de folies, une débauche de bêtises, nous n’avons jamais eu tant besoin du don de conseil. Où pouvons-nous mieux chercher le remède sinon là où tous les siècles l’ont trouvé, en Marie que Dieu a établie non seulement « belle comme la lune » pour nous consoler et « éclatante comme le soleil » pour nous illuminer, mais encore « formidable comme une armée rangée en bataille » pour nous dé­fendre.

Notre-Dame du Bon Conseil, priez pour nous.

 

Bibliographie

 

— By Cla Dias Joao S., The Mother of Good Counsel of Genazzano, 1992 (très intéressant).

— Dillon Mgr, La Vierge du Bon Conseil – Histoire de l’ancien sanctuaire de Genazzano, 1884, (étude intéressante, style XIXe siècle).

— Barbier de Montault Mgr, Le Sanctuaire de Notre-Dame du Bon Conseil à Genazzano et sa pieuse union, 1870.

 L’Ami du Clergé paroissial, 1928.

 

 

Annexes 

— I —

 

Il existe une congrégation religieuse de sœurs sous le vocable de Notre-Dame du Bon Conseil. Elle a été fondée au Québec, à Chicoutimi, le 4 novembre 1894 par Mgr Michel Thomas Labrecque et Melle Françoise Simard. Le 8 décembre 1894, la fondatrice reçut l’habit et le nom de sœur Marie du Bon Conseil.

Françoise Simard naquit le 18 janvier 1851, quatrième de treize enfants. Jeune fille, elle fut demandée en mariage, mais, se croyant appelée à la vie reli­gieuse, elle entra, en août 1874, chez les sœurs du Bon Pasteur. Pour raison de santé, elle dut rentrer chez ses parents le 21 mai 1876. Se sentant remise, elle en­tra au noviciat des sœurs Grises de Montréal, mais encore une fois, pour raison de santé, elle dut rentrer chez les siens. En mai 1880, le curé de Saint-Alphonse, l’abbé Pierre-Hubert Beaudet, lui demanda de prendre la direction de son presby­tère. Quand il fut muté l’année suivante, elle consentit à le suivre à Baie Saint-Paul où elle resta 10 ans.

C’est là qu’un jour, un père oblat à qui elle avait exposé les diverses étapes de sa vie, ses désirs et ses inquiétudes, lui donna une image de Notre-Dame du Bon Conseil, et lui dit sur un ton qui étonna Françoise Simard : « Tenez, priez-la avec confiance. C’est elle qui vous guidera. » Paroles dignes d’être mentionnées, puisqu’elle fonda plus tard une communauté religieuse sous le vocable de la Ma­done de Genazzano.

En 1892, Mgr Labrecque fut nommé à Chicoutimi. Très vite, il se rendit compte de la nécessité de fonder une congrégation religieuse vouée à l’instruc­tion des enfants des centres ruraux. Le 29 septembre 1894, il fit contacter Melle Simard qui répondit affirmativement après quelques jours de réflexion.

Le 3 novembre 1894, Françoise Simard et sa première compagne firent en chaloupe la traversée entre Chicoutimi et Sainte-Anne, où sera la première mai­son de la Congrégation du Bon Conseil. Malgré la tempête qui faisait rage, Melle Simard n’avait pas voulu retarder la traversée, et, de son balcon, Mgr Labrecque suivait les opérations de la petite barque ballottée par les vagues, la pluie et le vent. Dès qu’elles furent arrivées à Sainte-Anne, le vent se calma, le diable n’avait pas réussi à empêcher l’arrivée de la fondatrice à sa destination.

Elle demanda à Dieu de le servir comme religieuse autant d’années qu’elle en avait passé dans le monde. Dieu exauça sa prière puisqu’elle était née en 1851, devint religieuse en 1894 (à 43 ans), et mourut en 1937 (après 43 ans de vie religieuse).

 

 

— II —

Prière à Notre-Dame du Bon Conseil

 

O très glorieuse Vierge Marie, choisie par le Conseil éternel pour être la Mère du Verbe incarné, trésorière des grâces divines et avocate des pécheurs, moi, le plus indigne de vos serviteurs, je recours à vous, afin que vous daigniez être mon guide et mon conseil dans cette vallée de larmes. Obtenez-moi, par le très précieux Sang de votre divin Fils, le pardon de mes péchés, le salut de mon âme et les moyens nécessaires pour l’acquérir. Obtenez à la sainte Église le triomphe sur ses ennemis et la propagation du règne de Jésus-Christ sur la terre.

Ainsi soit-il.


[1] — C’est, hélas, le seul hommage que Notre-Dame aura reçu du Concile. En effet, le schéma originel sur la Vierge Marie, préparé par la Commission de théologie du cardinal Ottaviani avant le Concile, fut rejeté le 29 octobre 1963, parce qu’il allait contre les intentions œcuméniques de la majorité progressiste. La Vierge Marie n’a finalement eu droit qu’à un petit chapitre complètement refondu du schéma sur l’Église (chap. VIII de Lumen gentium). Voir à ce sujet Le Sel de la terre 6, p. 168 (notamment la lettre de l’abbé Berto commentant ce vote qui a mis Notre-Dame à la porte : « La Vierge Marie encombrait le Concile qui l’invitait à sortir… »). (NDLR.)

[2] — L’Éducation de la pureté, Grez-en-Bouère, DMM, p. 288.

[3] — Tome I, p. 109.

[4] — Cité par R. Laurentin et A. Durand dans Pontmain historique, t. II, p. 55 et t. III, p. 204.

Informations

L'auteur

L'abbé Nicolas Pinaud a été ordonné prêtre dans la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 33

p. 132-144

Les thèmes
trouver des articles connexes

La Civilisation Chrétienne : Fondements, Histoire et Restauration

Vie Spirituelle : Doctrine, Oraison et Perfection Chrétienne

La Vierge Marie : Dévotions envers la Mère de Dieu

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