+ Le message du Padre Pio
On a beaucoup parlé ces derniers mois du Padre Pio (1887-1968). C’est l’occasion de lire ou relire le témoignage de Madame Katharina Tangari (1906-1989), dont la traduction a été publiée en français pour la deuxième fois par les « publications du Courrier de Rome ».
Zélée pour le salut des âmes, en bonne tertiaire dominicaine, K. Tangari nous a livré Le message de Padre Pio en 1964, après quinze années de contact avec le Padre qu’elle avait, à cette date, rencontré soixante-dix fois. Elle le rencontrera encore régulièrement après.
« Dès le début, San Giovanni Rotondo me parut une étrange chaire depuis laquelle Padre Pio, rude et simple, en peu de mots mais puissamment, par l’exemple, nous propose son enseignement, invitation réaliste à la simplicité, exhortation à affronter nos problèmes avec les moyens que nous offre la foi : d’abord la prière et la confiance à l’efficacité de la prière ; un puissant appel à suivre Jésus dans ses commandements et sacrements » (page 14).
C’est cette première impression, jamais démentie, que Madame Tangari développe en cinq parties, à partir de sa propre expérience. Il y a bien quelques récits de miracles, mais l’auteur s’applique à montrer qu’ils ne sont pas l’essentiel de la vie et du message de Padre Pio. Ceux qui « se rendent à San Giovanni par pure curiosité, pour voir à quoi ressemble un “saint vivant” ou pour quelque motif superficiel » (page 123) sont déçus, souvent même ils deviennent des adversaires du Padre Pio. Heureusement, avec le temps, certains apprennent à mieux le connaître et « découvrent facilement les défauts qui furent la vraie raison pour laquelle leurs premières visites au Padre Pio n’eurent pas l’issue espérée » (page 124).
C’est bien une œuvre de conversion surnaturelle qu’a menée Padre Pio auprès des innombrables pélerins. « Quel est le secret de son succès ? » s’interroge Katharina Tangari. La réponse est toujours la même depuis que l’Église existe : « L’origine véritable et propre de sa mission, de son apostolat, est son intime union avec le Christ, surtout avec le Christ crucifié, dont il vit et de laquelle il puise tous les dons pour lui et pour nous. Son art de guider les âmes se base uniquement sur cette union avec le Christ et sur les grâces qui en jaillissent. C’est uniquement de cette union qu’il reçoit les moyens nécessaires et parmi ceux-ci, en premier lieu, la prière assidue, la pureté absolue de sa vie, son intense participation au sacrifice de la sainte messe, en laquelle il inclut toujours ses fils spirituels, la surprenante constance et force morale dans l’offrande, avec simplicité, humilité et docilité, de ses propres souffrances pour l’amour de Jésus et des âmes. Que sur une pareille base et avec de semblables moyens, le soin qu’il prend des âmes ait une efficacité toute personnelle et soit capable de se mouvoir avec une grande simplicité et grand naturel dans le surnaturel, ne doit pas nous surprendre. Il y aurait plutôt lieu de s’étonner s’il n’en eût pas été ainsi » (page 135). « Je fus profondément saisie par la personne de Padre Pio, tout absorbé dans le Christ, et dans le Christ crucifié dans le sacrifice de la sainte messe. Je fus frappée par son humilité et par sa grande simplicité » (page 29).
Cette ascension des âmes jusqu’au plan surnaturel prend souvent du temps et s’accompagne de crises. Katharina Tangari en a fait l’expérience : « En vue de cette confession [sa première à Padre Pio, le lundi 21 janvier 1952], j’avais affronté de nombreux sacrifices et maintenant il me semblait que c’était totalement en vain : je devais donc revenir à la maison sans avoir rien conclu, sans avoir reçu de Padre Pio un seul mot de conseil » (page 44). Pourtant, Katharina Tangari avoue que quelques mois plus tard, la même année 1952,« tout produisit ses fruits et me donna plus que je n’avais espéré et demandé ! ». Autrement dit : « Rien ne fut inutile ! Ni les prières, ni les sacrifices, ni les afflictions » (page 46). C’était précisément ce que Dieu voulait lui faire comprendre, par l’entremise du bienheureux.
Le chapitre intitulé « le confesseur » intéressera prêtres et fidèles. D’abord la préparation par la prière : « Je me suis préparée à chacune d’elles par la prière. J’expérimentai bien souvent que dans le contact avec Padre Pio les prières ont un grand impact. » Ensuite l’extrême brièveté : « si j’étais bien préparée, les quelques minutes disponibles étaient très suffisantes. (...) Chez Padre Pio, on prend conscience d’une extrême économie et d’une extrême utilisation du temps. Tout est concentré sur l’essentiel. Pas de paroles inutiles, ni de possibilité de discussions qui, du reste, chez Padre Pio sont tout à fait superflues. Il interrompt la conversation dès le début par quelques paroles inspirées capables de nous diriger vers la solution de nos problèmes » (page 59). Quant à sa manière : « Souvent son langage est réaliste et rude, ce qui, dans les premières confessions, nous surprend et laisse quelque peu perplexe. Mais quand on est accoutumé à sa façon de faire, on voit qu’il est utile et salutaire » (pages 59-60). Ce point vaut la peine d’être précisé. Rappelons d’abord qu’« il est difficile de décrire le visage de Padre Pio, si empreint d’humble et simple douceur, son regard doux et sage, sa voix qui sait donner une singulière efficacité à ses simples paroles » (page 39). Ceci étant, « comme confesseur, le Padre Pio agit comme le chirurgien qui, nécessairement, blesse pour guérir. S’il y a un mal en nous, il le frappe profondément pour l’extirper radicalement. Ce procédé sévère et rude, toutefois, n’est jamais arbitraire et n’est jamais injuste. Sa seule intention est de nous guérir de nos maux et c’est pourquoi nos confessions à lui nous sont toujours salutaires » (page 60).
Telle est la vraie charité, celle qui œuvre pour que le prochain grandisse dans la connaissance et l’amour de Dieu, c’est-à-dire dans l’imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ portant sa croix et offrant sa vie. Aussi, ne s’agit-il pas tant de plaindre le prochain que de lui donner la force dont il a besoin. « Nous ne devons pas chercher en Padre Pio “un consolateur” de nos souffrances, car rarement il a pour nous et nos tribulations des paroles de compassion. Toujours, néanmoins, ses paroles ont la vertu de nous donner force et nouveau courage. Dans les confessions, Padre Pio est surtout un dispensateur de nouvelles forces qui nous aident efficacement à mieux endurer les vicissitudes de la vie. Il nous enseigne qu’il n’est pas sage de nous laisser ronger par les préoccupations et il nous exhorte en même temps à lutter contre elles avec les moyens que nous offre la foi. Le Padre Pio ne tolère en nous ni tristesse ni découragement. Il nous invite à la prière comme moyen efficace de résoudre nos problèmes. Il nous exhorte à la confiance en Dieu et en sa divine Providence. Sa façon de nous aider est une manière forte, radicale. Souvent il nous enlève les peines que nous avions apportées avec nous au confessionnal, il semble que lui les absorbe sans dire la moindre parole. D’autres fois et assez souvent il nous fortifie par quelques paroles inspirées afin que nous puissions porter une croix particulière. La même croix qui nous avait paru trop pesante pour nos forces devient, après ses paroles et à son exemple, légère et bien supportable. Ainsi, dans une confession, je me lamentais d’une peine que j’avais pour une situation familiale, peine qui ne me semblait plus supportable. Mais Padre Pio me répondit seulement par une brève question : « Et cela, vraiment, tu ne peux le supporter ? » Comme s’il disait : « Une semblable bagatelle est vraiment si lourde pour toi ? » A cette demande, je reconnus la petitesse de ma peine et je résolus de ne plus la prendre ainsi au sérieux ; ce me fut fort utile et m’aida enfin à m’en libérer.
A une autre confession, je parlai au Padre Pio d’une injustice qu’on m’avait faite, et qui me paraissait une grande croix. Je demandais au Padre Pio comment je devais me comporter. Il me répondit : « Supporte-la ! Elle deviendra légère ! » Et il en fut ainsi. Et justement, il m’arriva alors de lire l’exhortation suivante du Padre Pio : « Faites en sorte que le triste spectacle de l’injustice humaine ne trouble pas votre âme : elle aussi, dans l’économie des choses, a sa valeur. C’est sur l’injustice qu’un jour, vous verrez s’élever l’immanquable triomphe de la justice de Dieu » (pages 60-61).
La partie du livre intitulée « Conversions » (pages 79-97) est un cinglant refus de l’œcuménisme conciliaire et du dialogue interreligieux. Ainsi, avec cet avocat franc-maçon que Padre Pio salue aimablement :
« — Vous, Monsieur, vous êtes venu parmi nous, et cependant vous êtes franc-maçon.
« — Oui, Père.
« — Et quelle est votre mission dans la franc-maçonnerie ?
« — Combattre l’Église au point de vue politique. »
(…) Il y eut un court instant de silence, après lequel le pieux prêtre le prit par la main, le fixa longuement dans les yeux d’un regard d’infinie pitié et de tendresse, puis l’emmenant avec lui, commença à lui raconter la parabole du fils prodigue. (...)
L’avocat se convertit après vingt-cinq ans de lutte contre l’Église (pages 82-83).
A une dame orthodoxe qui prétendait que sa religion était voisine de la religion catholique et qu’elle était « trop vieille désormais pour changer de religion, d’autant plus qu’en le faisant, elle aurait causé trop de peine à ses parents », Padre Pio répliqua : « Vous croyez, vous, que devant le Seigneur il y aura votre famille pour répondre pour vous ? » (page 94). Quelques jours après, « pendant plus d’une demi-heure, le Padre Pio lui parla encore faisant s’écrouler une à une toutes les pierres de cette forteresse qui semblait inexpugnable. “l’Église orthodoxe est agonisante” lui dit-il entre autres » (page 95).
Padre Pio a foi dans l’Église catholique, seule arche du salut. Toutes les sectes sont des pièges du démon qui, pour mieux tromper, volent à l’Église telle ou telle de ses qualités : « Rappelle-toi : toute secte du monde se nourrit de l’Église catholique ; notre sainte Église catholique est comme un grand et précieux diamant non poli, dont chacun enlève une parcelle et la polit – avec l’aide du Malin – en sorte qu’elle commence à briller mieux que le gros diamant non poli. Et cet éclat attire les hommes, les éblouit et les trompe, jusqu’à ce que la parcelle, nécessairement, s’éteigne et disparaisse, réduite à rien. C’est le jeu de la tromperie qui apparaît et réapparaît dans le temps. Jésus nous a avertis de nous défendre ! » (page 66).
Relevons la conversion de Frédéric Abresch. Il était d’abord passé du protestantisme au catholicisme par convenance sociale. Il témoigne : « Ayant grandi dans une famille anticatholique par excellence, et imprégné de préjugés contre les dogmes qu’une instruction hâtive ne pouvait extirper, j’étais cependant toujours avide des choses secrètes et mystérieuses. » Comme il arrive souvent dans ces cas-là, il fréquenta le spiritisme, puis l’occultisme et ensuite la théosophie. Et, en même temps, il s’approchait de temps en temps du Très saint Sacrement ! Lors de sa confession, Padre Pio ajouta : « Vous avez chanté un hymne à Satan, tandis que Jésus, dans son amour ardent, s’est cassé le cou pour vous. » On voit bien dans cet exemple combien la conversion vraie est une œuvre profonde, surnaturelle, qui doit tout purifier, non seulement les manières extérieures, mais aussi l’intelligence et le coeur. Et comme preuve de cette purification, il faut rejeter toutes les fausses doctrines qui peuvent infecter l’esprit.
Katharina Tangari mentionne aussi brièvement le ministère qu’exerça Padre Pio par ses lettres (ses écrits sont peu nombreux) et par ses constructions, dont la plus connue est la « Maison du soulagement de la souffrance ».
Nous nous permettons de ne pas partager le point de vue de l’auteur sur la Croix Rouge qu’elle semble équiparer avec une œuvre de charité chrétienne, comme l’Ordre hospitalier de Saint Camille de Lellis (page 154). Hélas, la Croix Rouge est athée [1].
Concluons avec Katharina Tangari : « qu’une dévote pensée s’envole vers le Padre Pio. Son exemple et ses paroles inspirées, ses prières et le sacrifice de sa vie religieuse et sacerdotale ont donné, à moi et à une multitude d’âmes, d’infinis bienfaits, pour lesquels nous ne pouvons moins faire que de lui être obligés et reconnaissants. »
Fr. I.-M.
Tangari Katharina, Le Message de Padre Pio, Versailles, Publications du Courrier de Rome, 2e édition, 1993, 15 x 21, 165 p., 70 F.
[1] — Son fondateur, Henri Dunant (1828-1910) est un genevois élevé dans l’atmosphère de piété du « réveil » protestant. Il offre à Napoléon III la dédicace d’un ouvrage écrit à sa louange et le suit dans sa guerre contre l’Autriche en 1859. A la bataille de Solférino, qui fait 40 000 tués et blessés, il organise les secours. En 1862, il en écrit le récit qui émeut toute l’Europe. En 1863 et 1864, au cours de deux conférences, un droit international des blessés de guerre est mis en place ; le brassard blanc à croix rouge est choisi comme signe distinctif, mais ce n’est que l’inverse du drapeau fédéral suisse et non pas la reprise de l’emblème des Camilliens. Dunant multiplie les projets politico-économiques plus ou moins utopiques, comme la neutralisation de la Méditerranée et le retour des juifs en Palestine. Vers la fin du XIXe siècle, il s’engage dans le pacifisme et le désarmement. En 1901, il reçoit le premier prix Nobel de la Paix, qui n’est pas une institution spécialement catholique !
Informations
L'auteur
Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).
Le numéro

p. 229-232
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