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+ L’archaeoraptor

le dinosaure à plumes du National Geographic ne vole pas

 

Traduction par nos soins d'un article paru dans Impact 321, mars 2000 (IFCR, PO Box 2667, El Cajon, CA 92021, USA).

Le Sel de la terre.

 

*

 

La National Geographic Society est largement connue comme un des promo­teurs les plus importants de la théorie de l’évolution aux yeux du public. Louis et Richard Keakey auraient pu rester d’obs­curs paléontologues si leur recherche sur la preuve par les fossiles de l’évolution hu­maine n’avait pas été consolidée et puis­samment rendue publique par la National Geographic Society. Maintenant l’idée que les oiseaux sont simplement des dinosaures à plumes est la doctrine évolutionniste principale qui est promue par l’association.

Une recherche scientifique récente soutenue par la National Geographic concerne ce qui a été appelé « les dino­saures à plumes » provenant des strates du crétacé inférieur de la province du Liao­ning en Chine. Ce nouveau programme de recherche apparaît être dirigé spécifique­ment en vue de changer ce que croit le monde au sujet des dinosaures et de leur relation avec les oiseaux. Un épisode récent concerne la découverte et la promotion d’un fossile chinois particulier qui semble être une combinaison d’un oiseau et d’un dinosaure. Est-ce réellement un chaînon manquant de l’évolution entre les dino­saures et les oiseaux ? L’épisode concernant le fossile fournit un coup d’œil extraordi­naire dans l’idéologie particulière et la tournure d’esprit journalistique d’un groupe de savants zélés et de la National Geographic Society qui les met en avant.

 

La découverte du fossile

et son interprétation

 

Le 15 octobre 1999 au cours d’une conférence de presse à Washington, la Na­tional Geographic Society annonça la dé­couverte et l’interprétation du fossile le plus récent appelé Archaeoraptor liaonin­gensis (signifiant « ancien oiseau de proie du Liaoning [1] »). La conférence de presse coïncida avec la sortie du numéro de no­vembre 1999 de la revue National Geogra­phic et de son article « Des plumes pour T.rex ? De nouveaux fossiles semblables à des oiseaux sont les chaînons manquants dans l’évolution des dinosaures [2]. » L’animal de la taille d’une dinde selon le National Geographic « (…) est un véritable chaînon manquant dans la chaîne com­plexe qui relie les dinosaures aux oiseaux. Il semble saisir le “moment” paléontologique où les dinosaures étaient en train de deve­nir des oiseaux [3] ». Selon la déclaration de presse, l’anatomie de l’Archaeoraptor prouve qu’un dinosaure à plumes était ca­pable de voler. Les caractéristiques com­portent :

 

(…) Une structure d’épaule très avancée semblable à celle d’un oiseau, et un grand sternum – tout indiquant que l’animal était un volatile puissant, des restes de plumes entourent les os du spécimen. Sa queue était encore semblable d’une façon frappante aux queues raides d’une famille de dino­saures prédateurs connus comme les dromaeosaures, qui comprennent les « raptors » de Jurassic Park [4].

 

On note quelques caractéristiques re­marquables. « Ce mélange de traits avancés et primitifs est exactement ce à quoi les scientifiques s’attendaient pour découvrir des dinosaures capables de voler [5] » et « c’est un chaînon manquant entre les di­nosaures terrestres et les oiseaux qui pour­raient réellement voler [6] ». Les bras du fossile sont tout à fait semblables à des ailes, beaucoup plus longs qu’on ne s’y at­tendrait chez un dinosaure normal.

Une photographie de deux pages de la plaque du rocher contenant l’Archaeoraptor apparaît avec l’article [7]. La description et l’interprétation de l’Archaeoraptor fut ac­complie par deux scientifiques payés par le National Geographic : Stephen Czerkas du Musée des Dinosaures de Monticello dans l’Utah et Xing Xu de l’Institut de Paléonto­logie des Vertébrés et de Paléoanthropolo­gie de Pékin en Chine. Le fossile fut étudié sous lumière normale, rayons ultra-violet, cathodiques et rayons X. Czerkas dit que « c’est un chaînon manquant qui a les ca­ractères avancés des oiseaux et en même temps les caractères indéniables d’un dino­saure ». Czerkas reçut aussi la charge du National Géographic de produire une sculp­ture de forme vivante de l’Archeoraptor. Czerkas et Xu apparurent tous deux à la conférence de presse du 15 octobre 1999 à Washington et sanctionnèrent l’authenti­cité du fossile. Philippe J. Currie du Musée Royal Tyrrell de Paléontologie de Drum­heller en Alberta sanctionna aussi le fossile et son interprétation comme un « dinosaure à plumes ». Currie est large­ment connu pour sa croyance dans le fait que les dinosaures théropodes avaient des plumes et étaient des créatures à sang chaud [8]. Le National Geographic Magazine déclare vigoureusement les implications : « (…) nous pouvons maintenant dire que les oiseaux sont des théropodes avec autant d’assurance que nous disons que les hu­mains sont des mammifères. Tout, depuis les “boîtes à repas [9]” jusqu'aux expositions de musées, se chargera de refléter cette ré­vélation [10] »

L’impact sur le public de la promotion de l’Archaeoraptor par la National Geogra­phic Society a été énorme. Non seulement le fossile est apparu dans la revue, mais aussi dans une exposition publique dans « Le Hall des Explorateurs » (du 15 octobre 1999 du 18 janvier 2000 au quartier géné­ral de la NGS à Washington) et dans un programme de télévision, « L’Explorateur du National Geographic » (14 novembre, « les dinosaures prennent des ailes » sur la chaîne CNBC). La télévision canadienne présenta une longue interview concernant le fossile avec Philip Currie. Toutes les agences de presse diffusèrent au monde entier la nouvelle émanant du National Geographic Magazine. De nombreux sites Internet présentent le fossile, y compris des sites destinés à l’éducation des enfants.

 

Exposition de la fraude

 

De nombreux savants exprimèrent leur scepticisme aussi bien au sujet des affirma­tions qu’au sujet du fossile lui-même. En particulier, deux savants jouèrent un rôle important en posant des questions qui mi­rent à bas la réputation d’Archaeoraptor. Storrs L. Olson, le responsable des oiseaux à la Smithsonian Institution écrivit :

 

Avec la publication de « Des plumes pour le T. rex ? » par Christopher P. Sloan dans son numéro de no­vembre, le National Geographic a at­teint un record de tous les temps pour s’engager dans le journalisme à sensa­tion, populaire et sans preuve [11].

 

En fait, Olson avait été invité par le photographe du National Geographic avant la parution des nouvelles du 15 octobre 1999 à examiner les photographies des trois fossiles chinois qui furent publiées plus tard et avant que ne paraisse l’article dans le National Geographic. Olson écrivit : « D’une façon plus importante, cependant, aucune des structures illustrées dans l’article de Sloan dont on prétend que ce sont des plumes ne peuvent être démon­trées en être vraiment. » Larry D. Martin, paléontologue à l’université du Kansas spé­cialisé dans les fossiles d’oiseaux, ne pou­vait non plus y voir des plumes [12]. En outre, l’examen par Martin des photogra­phies l’incita à proposer l’hypothèse que les morceaux du fossile avaient été assemblés et pourraient provenir de plus d’un ani­mal [13]. La queue paraissant être celle d’un dinosaure semblait difficilement aller avec le corps d’un animal à l’aspect d’un oiseau. De plus un examen serré des photographies indiquait qu’il manquait des os entre la queue et le corps.

Pour clore l’affaire, à son retour en Chine, Xing Xu savait que l’authenticité de l’Archaeoraptor pouvait être confirmée si la partie complémentaire de la roche sur la­quelle se trouvait le fossile pouvait être lo­calisée. Le fossile avait été découvert quand une roche originale avait été brisée, et seul un côté de la roche avait été utilisé par la National Geographic Society. D’une façon remarquable, on raconte que Xu a trouvé l’autre morceau de la roche dans une col­lection chinoise, mais cela n’authentifia pas le montage présenté par la National Geo­graphic Society [14]. Il apparaît que deux fos­siles séparés ont été mis ensemble. Ste­phen Czerkas admit aussi la preuve que les chasseurs de fossiles chinois qui trouvèrent le spécimen collèrent les morceaux en­semble [15], mais il soutient encore que la queue peut aller avec le corps du fossile [16]. Philip Currie ne pouvait plus accepter l’authenticité de l’Archaeoraptor et exprima un vrai remords d’avoir été dupé [17]. Une revue scientifique décrivait la situation en janvier 2000 :

 

Des paléontologues sont de plus en plus convaincus qu’ils sont coincés par une sorte de trucage de fossile en pro­venance de Chine. Le spécimen de « dinosaure à plumes » qui a été ré­cemment dévoilé avec beaucoup de bruit combine apparemment la queue d’un dinosaure avec le corps d’un oi­seau, disent-ils [18].

 


 

Conclusion

 

Les événements qui entourent l’Archaeoraptor fournissent un coup d’œil rare sur la tournure d’esprit idéologique et journalistique qui peut être employée pour la promotion d’un chaînon manquant. La déclaration de Sloan, « (…) nous pouvons maintenant dire que les oiseaux sont des théropodes avec autant d’assurance que nous disons que les humains sont des mammifères [19] » est l’affirmation non fon­dée d’un éditorialiste, destinée à influencer l’opinion publique, non la déclaration d’un savant étayée par des faits. La propagande journalistique doit être contrecarrée avec une attention portée au détail et à la preuve empirique. Storrs Olson de la Smithsonian Institution a sans doute la meilleure ana­lyse des leçons que l’on peut tirer de l’affaire de l’Archaeoraptor :

 

L’idée de dinosaures à plumes et de l’origine théropode des oiseaux est ac­tivement mise en avant par un groupe de scientifiques zélés agissant de concert avec certains journalistes de Nature et du National Geographic qui n’ont pas mâché leurs mots et ont été des prosélytes très partisans de la croyance. La vérité et l’appréciation scientifique soigneuse de la preuve ont été parmi les premières victimes de leur programme qui est maintenant en cours de devenir une des plus grandes supercheries scientifiques de notre époque – l’équivalent paléontologique de la fusion froide [20].

 

Récemment un autre « fossile chinois » publié dans le magazine Nature a été remis en question [21]. Ainsi comme il arrive sou­vent quand une « preuve » de l’évolution est révélée dans les médias, spécialement avant qu’une description soigneuse de l’affirmation apparaisse dans la littérature scientifique, la preuve est exagérée ou, dans ce cas, frauduleuse. Parfois, du temps et une étude soigneuse suffisent à renverser de telles « preuves ».

 

Steven A. Austin, Ph. D.


[1] — Conférence de presse de la NGS du 15 octobre 1999 : personnes à contacter Barbara Moffet et Ellen Siskind, site Internet : http://www, nationalgeogra­phic.com/events/releases/pr991015.html.

[2] — Sloan C.P., « Feathers for T.rex ? New bird­like fossils are missing links in dinosaur evolution ». National Geographic 196 : 98-107, novembre 1999.

[3] — Conférence de presse de la NGS du 15 octobre 1999.

[4] — Ibid.

[5] — Ibid.

[6] — Sloan, 1999, p. 100, citant le paléontologue Stephen Czerkas.

[7] — Sloan, 1999, p. 100-101.

[8] — Qiang J., Curie P-.J. , Norell M-.A. et Shu-An, « Two feathered dinosaurs from northeas­tern China ». Nature 393 : 753-761, 1998.

[9] — Il s’agit des boîtes dans lesquels les enfants amé­ricains apportent leur repas à l’école, et qui sont sou­vent décorés de dessins de dinosaures ou autres objets de ce genre. (NDLR.)

[10] — Sloan, 1999, p. 102.

[11] — Storrs L. Olson, lettre ouverte datée du 1er novembre à Peter Raven de la NGS.

[12] — Ibid.

[13] — Monastersky R. « Smuggled Chinese dino­saur to fly home », Science News 156 : 328, 20 novembre 1999.

[14] — Monastersky R., « All mixed up over birds and dinosaurs », Science News 157 : 38, 15 janvier 2000.

[15] — Monastersky R., 1999.

[16] — Monastersky R., 2000.

[17] — Ibid.

[18] — Ibid.

[19] — Sloan, 1999, p. 102.

[20] — Olson, ibid.

La « fusion froide » consisterait à pouvoir « domestiquer » la fusion thermonucléaire pour l’utili­ser facilement. Il y a quelques années des chercheurs ont prétendu y avoir réussi, mais leur expérience ne put être renouvelée. (NDLR.)

[21] — Zhonge Zhou, responsable des oiseaux à l’Institut de Paléontologie des Vertébrés et de Paléo-anthropologie de Pékin, est cité par USA Today (1er février 2000, p. 2A) comme prétendant qu’une queue a été ajoutée à un ptérosaure fossile provenant du Liaoning publié par Kevin Padian de l’Unversité de Californie à Berkeley dans le prestigieux journal scientifique anglais Nature 398 : 573, 574, 15 avril 1999.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 34

p. 255-259

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