top of page

S. Exc. Mgr Salvador L. Lazo

(1918-2000)

 

ou la conversion d’un évêque

 

 

 

par l’abbé Marc Vernoy

et frère Marie-Dominique O.P.

 

 

 

LE MARDI 11 avril 2000, mardi de la Passion, à trois heures vingt-cinq du matin, Mgr Salvador Lazo s’éteignait paisiblement au prieuré de la Fraternité Saint‑Pie X à Manille. Ses obsèques furent célébrées par Mgr Fellay le vendredi de la Passion, à l’église Notre-Dame des Victoires, vaste édifice construit par la Fraternité pour près de 1 000 fidèles et qui rayonne sur toutes les Philippines. C’est là qu’il re­pose, selon ses dernières volontés, entre la première et la deuxième station du chemin de la croix. Il aurait eu 82 ans le 1er mai 2000.

Mgr Lazo est le premier évêque revenu résolument et sans ambiguïté à la Tradition de l’Église catholique après avoir embrassé les réformes post-conci­liaires. Son itinéraire mérite donc attention.

Ce petit homme, si frêle d’apparence et pourtant si fort d’âme et de cœur, vivait sa retraite épiscopale dans une humble maison de la banlieue pauvre de Manille. De cet endroit, des milliers de lettres, tracts, et autres missives partaient à l’adresse des évêques, du clergé, des religieux et des fidèles des Philippines et d’ailleurs. Lorsque l’on rendait visite à l’ancien évêque de San Fernando La Union, deux petits yeux pétillants dardaient les vôtres et venaient comme explo­rer le secret de votre âme. L’accueil était très chaleureux et, rapidement, la conversation touchait à l’essentiel, ce pourquoi vous veniez le visiter. Mais l’aspect qui marquait le plus à son contact résidait dans la profondeur et la délica­tesse évangéliques de ce fin pasteur d’âmes. La charité gardait toujours ses droits dans son discours. Il y avait un cœur, et un grand cœur, derrière cette silhouette qui parfois semblait vaciller. L’esprit était vif. Lorsqu’il abordait le sujet de la foi, il devenait tel un lion vigoureux, prêt à défendre sa famille. Une force souriante et rayonnante, résolument optimiste, habitait le vieil évêque de Luzon [1], mais, ici ou là, des signes d’intense douleur venaient ponctuer un discours de général en chef : douleur devant le spectacle si triste qu’offre la sainte Église, douleur d’avoir été trompé pendant près de trente ans par ceux auxquels, de bonne foi, il avait remis toute sa confiance, douleur enfin devant les bassesses employées à son égard afin de le faire taire. Rome ne pouvait pas se tromper, Rome ne pouvait pas nous tromper, et Rome nous a trompés.

Pendant 27 ans, Mgr Lazo a célébré la nouvelle messe et suivi les maximes post-conciliaires aux Philippines. Il est vrai que le ton, là-bas, était moins révolu­tionnaire qu’ailleurs. Pendant 27 ans, Mgr Lazo a obéi en essayant de repousser troubles, soupçons, doutes ou inquiétudes comme de mauvaises tentations.

Et puis, passée l’activité épiscopale si prenante, il a lu, tout pesé et consi­déré, tout jugé dans la lumière de la prière et l’objectivité des faits : Rome, ses supérieurs l’avaient bien trompé.

C’est la question de la messe qui l’a le plus travaillé ; il a ensuite saisi le reste dans l’éclairage de la question liturgique. Mgr Lefebvre avait déjà commencé ainsi. La messe est le cœur et le sommet de notre combat pour la foi.

Après avoir écrit sa déclaration au pape – profession de fidélité à la foi tra­ditionnelle de l’Église et de soutien au combat de Mgr Lefebvre [2] – le prélat vou­lut la prononcer solennellement à l’autel. Le dimanche 24 mai 1998, revêtu d’une précieuse chape dorée, mitré et tenant fermement sa crosse, l’évêque enseigna les fidèles sur la foi, mit en garde contre les erreurs modernes, et supplia le Saint‑Père de se reprendre. Sa voix fut largement amplifiée par la presse. Peu de jours auparavant il était encore hospitalisé ; peu après, il retournait à l’hôpital où l’on dut le transfuser avec le sang de ses fils prêtres de la Fraternité. Le bon Dieu voulait cette déclaration, notre évêque l’a payée de ses souffrances. N’en doutons pas, Mgr Lazo, par son exemple, par ses écrits, par son intense apostolat a semé le bon grain qu’il a commencé à voir éclore, et qui portera du fruit au centuple.

Avant de laisser la place à Mgr Lazo qui nous fera lui-même le récit de sa vie, tâchons d’analyser brièvement les causes qui ont pu aboutir à sa conversion :

 

1. — Tout d’abord et avant tout, bien sûr, une grâce spéciale de Dieu qui a voulu cet exemple pour conforter les catholiques et faire réfléchir la hiérarchie officielle. Dans le retour de Mgr Lazo, on peut relever certainement une interven­tion spéciale des dons du Saint-Esprit, en particulier :

— le don d’intelligence, qui aide à pénétrer les vérités de foi, préserve de l’hérésie et assure l’intégrité de la foi ;

— le don de conseil, qui vient suppléer aux imperfections de la vertu de prudence, spécialement pour faire les bons choix dans les circonstances excep­tionnelles. Dans ces situations, on peut être amené, par exemple, à se mettre dans un état de désobéissance apparente pour ne pas violer un principe supé­rieur. C’est le don de conseil qui, dans la situation actuelle, fait comprendre que les autorités officielles de l’Église ne peuvent se servir du Droit canon qui est une loi ecclésiastique, pour nous faire violer la loi divine qui est le fondement de ce même Droit canon. Elles ne peuvent se servir du Droit canon pour nous obliger à obéir à des réformes qui mettent en danger la foi, et donc le salut des âmes ;

— le don de force, bien nécessaire à un évêque âgé, parvenu au terme de sa carrière, pour se mettre en opposition avec les plus hautes autorités de l’Église et tous ses confrères. Lors de la conférence de presse qui suivit sa déclaration publique, une journaliste dit à Mgr Lazo son étonnement de le voir entreprendre un tel combat à un âge où l’on s’attendrait plutôt à le voir prendre une retraite tranquille. La réponse fut cinglante : « Mais, madame, ne sommes-nous pas les disciples d’un maître qui est monté sur la croix ? » Montrant sa croix pectorale d’évêque, il aimait d’ailleurs à dire : « Si nous n’avons pas de christ sur notre croix, c’est parce que nous devons nous mettre dessus. »

 

2. — Du côté de l’intelligence, fut-ce une formation philosophique et théo­logique relativement saine au sein d’un clergé resté très conservateur, qui a pré­disposé Mgr Lazo à y voir clair ? On sait que, pendant le concile Vatican II, le cardinal Santos, archevêque de Manille, premier cardinal de l’histoire de ce pays, eut le courage de donner un soutien public au groupe des évêques conserva­teurs, le Coetus Internationalis Patrum, dont il fut le porte-parole au sein du Sacré-Collège [3].

Mais le vent des réformes souffla aux Philippines comme ailleurs. Dans le domaine intellectuel, doctrinal, Mgr Lazo fut un simple évêque qui suivait le mouvement donné par Rome, sans avoir les moyens de discerner le bon grain de l’ivraie.

Cependant, il faut noter tout d’abord la grande loyauté intellectuelle de Mgr Lazo. Tant qu’il était évêque, il était submergé par toute une littérature offi­cielle qu’on lui demandait de lire pour rédiger des rapports. Il n’avait pas le temps d’étudier [4]. Mais, le temps de la retraite arrivé, il prit la peine d’étudier soi­gneusement et objectivement la crise de l’Église.

Ensuite, il faut signaler son humilité. Étant très humble et vraiment très pauvre d’esprit, détaché de tout, même de ses idées, Mgr Lazo admit simplement avoir été gardé dans les ténèbres, avoir été trompé. L’humilité, la pureté de cœur et la simplicité prédisposent l’intelligence à recevoir l’illumination des dons du Saint‑Esprit.

 

3. — Tout ceci nous amène au dernier point qui n’est pas le moindre : la piété de Mgr Lazo. Il était un homme de Dieu et un pasteur d’âmes. Les prêtres qui l’ont approché à Manille se rappellent les longs moments qu’il passait devant le Saint‑Sacrement pendant les retraites sacerdotales ou les récollections men­suelles, à l’église Notre-Dame des Victoires. Au cours d’une de ces récollections, en janvier 1999, assurant la conférence spirituelle du matin, il dit aux prêtres pré­sents :

 

Le prêtre doit être un homme de prière, un homme séparé des distractions mon­daines, plus divin qu’humain. Dans mon diocèse, hélas, lorsque j’étais évêque, je consta­tais déjà que certains de mes prêtres délaissaient le bréviaire et le chapelet. J’essayais de leur prêcher sur le livre L’Ame de tout apostolat, de Dom Chautard [5]. Nous sommes dans des temps mauvais parce que les prêtres ne prient plus. La grande mission du prêtre, son ambassade première, c’est la prière. Saint Bernard disait au pape Eugène III de ne pas admettre aux Ordres un candidat qui ne serait pas un homme de prière, même s’il avait beaucoup de talents par ailleurs. J’ai moi-même constaté que la plupart des séminaristes brillants intellectuellement mais qui n’étaient pas des hommes de prière, devinrent de mauvais prêtres. L’Église a besoin de prêtres talentueux, mais ils doivent être humbles, ils doivent être des hommes de prière, mieux : des maîtres de prière.

 

Lorsqu’on demandait à Mgr Lazo ce qui l’avait aidé à garder la foi et, fina­lement, à réagir, il répondait avec un léger sourire et une lueur dans l’œil : « mon heure sainte quotidienne et le rosaire de la Vierge Marie ». Comme pour la plu­part des habitants de ce pays – appelé par Pie XII « le royaume du saint ro­saire [6] » – le chapelet tenait une place très importante dans la piété de Mgr Lazo.

Pasteur d’âmes, il assura jusqu’au bout de ses forces la messe dominicale de onze heures à l’église Notre-Dame des Victoires, avec un long sermon. Il prê­chait aussi lors des cérémonies de confirmation qu’il assurait à Manille pour sou­lager les évêques de la Fraternité Saint-Pie X. Aux fêtes paroissiales du prieuré, très familiales comme elles le sont aux Philippines, il trouvait toujours un mot de conclusion pour exhorter les fidèles, élever les âmes de tous.

Rien ne résumera mieux cet aspect de la personnalité de Mgr Lazo que la réflexion d’un archevêque des Philippines à un prêtre de la Fraternité Saint-Pie X : « Mgr Lazo a une réputation de sainteté auprès de tous les évêques du pays. » Ceci explique d’ailleurs que, malgré quelques réprimandes embarrassées, ils l’aient peu attaqué depuis son retour à la Tradition [7].

Il mourut au prieuré de Manille, veillé nuit et jour par les prêtres de la Fra­ternité Saint-Pie X et les chevaliers de Notre-Dame. Il déclara :

 

J’offre ces souffrances pour la conversion des évêques.[…] Je veux aller à la maison, oui, je veux aller au ciel. […] Mon Dieu, si vous voulez, vous pouvez venir me chercher. […] Le nonce peut venir me visiter, je lui dirai que je meurs pour Jésus-Christ et non pour les hommes. 

 

Voici maintenant, traduite de l’anglais, une brève histoire de sa vie, qu’il avait accepté d’écrire l’an dernier. Les titres et les notes sont de la rédaction.

 

*

  

 

 

Vie de Mgr Lazo

par lui-même

 

Enfance

 

L’archidiocèse de Tuguegarao est mon diocèse d’origine. Il fut retranché du diocèse de Nueva Segovia en 1910 et élevé au rang d’archidiocèse en septembre 1974. Les diocèses suffragants [8] sont : 1. Le diocèse d’Ilagan ; 2. Le diocèse de Byombong ; 3. La prélature de Batanes-Babuyanes.

En 1998, les populations des agglomérations étaient les suivantes : 1. Ca­gayan : 995 572 habitants ; 2. Isabela : 1 189 739 ; 3. Batanes-Babuyanes : 23 998 ; 4. Nueva Vizcaya : 446 084.

Tuguegarao est la capitale de la province de Cagayan. La vallée de Cagayan est irriguée par le Rio Grande, appelé aussi le Cagayan. C’est le fleuve le plus long de tout l’archipel.

La partie Sud-Ouest de la province est connue sous le nom de district d’Itawes. Le district est divisé en trois parties par le Rio Chico, qui est un affluent du Rio Grande. Sur les rives du Rio Chico, se situent les villes de Tuao, Rizal, Piat et Santo Niño où je vis les premières lueurs du jour, le 1er mai 1918.

Sept enfants vinrent bénir l’union de mes parents. J’étais le troisième [9]. Mes parents, Fortunato et Émiliana Lazo, étaient financièrement pauvres, mais riches par leur amour de Dieu et de leurs semblables. Mon père étudia la loi et servit comme juge de paix de notre petite ville. Tous les soirs, mon père dirigeait la récitation du saint rosaire en famille et, le dimanche, il accompagnait les siens à la messe. D’autre part, ma mère initiait les païens Igorots et Kalingas, des mon­tagnes de la Cordillera, à troquer leurs produits forestiers, comme les branches de palme et les racines récoltées en forêt. En échange, ma mère leur donnait de la lessive, des allumettes, de petits couteaux et du linge d’occasion. Elle lavait régu­lièrement le linge sale de l’église paroissiale. En été, elle invitait les Kalingas et les Igorots à venir à la maison pour pouvoir leur enseigner le catéchisme [10]. Ma mère décéda en 1926, alors qu’elle donnait naissance à son septième enfant. Tante Lorenza, sa sœur, prit soin de nous pendant nos jeunes années. Les racines de la famille remontent jusqu’à la petite ville de San Vincente, dans la province d’Ilocos Sur, située entre la côte de la mer de Chine et les Cordilleras. Elles se déplacèrent dans la province de Cagayan en raison des remous politiques dus à la révolution philippine de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle (1898-1909).

En 1934, l’évêque du diocèse de Tuguegarao était Mgr Constance Jurgens, C.I.C.M. [11], D.D. [12], Hollandais, connu pour la sainteté de sa vie, son zèle aposto­lique et sa charité pour les pauvres, à l’image du Christ.

En 1933, après avoir terminé mes études élémentaires à l’école centrale de Santo Niño, mon père m’amena à Tuguegarao pour étudier à l’école secondaire catholique de Cagayan, parce qu’en ces temps, ce genre d’établissement n’existait pas dans ma ville natale.

 

Vocation

 

Il y eut un arrangement pour que je reste au dortoir des garçons qui étaient sous la protection de l’évêque. Le R.P. Oscar Deltour, C.I.C.M., secrétaire particu­lier de l’évêque, en était le préfet de discipline. A la fin de l’année scolaire, Mgr Jurgens m’annonça qu’il comptait m’envoyer au séminaire de la mission du Christ-Roi (Christ-the-King Mission) à New Manila, Quezon City [13]. C’était en 1935. Après avoir été reçu aux examens secondaires classiques, au séminaire du Christ-Roi, je pus entrer au collège. A l’issue de l’année académique, en mars 1940, le T.R.P. Herman Konding, S.V.D., directeur, m’apprit le décès de mon père. Je ren­trai à la maison, mais il était déjà enterré lorsque j’arrivai à Santo Niño.

En 1942, commença la Seconde Guerre mondiale. Mgr Jurgens, Hollandais, se trouvait très entouré par tous les étrangers hostiles aux Japonais. Les forces armées japonaises les envoyèrent au camp de concentration de Los Banos, dans la province de Laguna. Les missionnaires américains du séminaire du Christ-Roi rejoignirent également leurs compatriotes américains au camp de concentration de l’université Santo-Tomas de Manille [14] ou à Los Banos.

Le séminaire du Christ-Roi est construit le long de l’avenue Rodriguez, une avenue traversant l’une des banlieues de Manille. Les prévisions disaient qu’une division des forces armées de libération, sous le commandement du général Douglas Mac Arthur, allait entrer dans Manille par l’avenue Rodriguez. Devant l’imminent danger d’une rencontre sanglante entre les forces armées japonaises défendant Manille et l’armée d’invasion américaine faisant irruption dans la capi­tale, les novices furent évacués et dirigés vers le séminaire de théologie « Immaculate Conception » à Vigan, dans la province d’Ilocos Sur. Le R.P. Ignatz Hetteger, S.V.D., était le maître des novices, mais un jeune prêtre, le R.P. Alois Lehberger, S.V.D., dirigea l’excursion, rendue périlleuse par l’artillerie des forces armées japonaises.

Durant la guerre, la province de Cagayan fut un des territoires occupés par les forces armées japonaises. Les soldats japonais faisaient de nombreuses incur­sions dans les villes et villages. Du fait de ces raids imprévisibles, la vie était mi­sérable et instable. La nourriture, comme le riz ou les légumes, mais aussi les animaux domestiques, étaient pillés. Les soldats violaient les femmes et tuaient les gens qu’ils suspectaient de pratiquer la guérilla. L’une des victimes fut mon propre frère, Manuel, qui était séminariste à l’Immaculée Conception : au cours d’une de leurs attaques, les soldats enlevèrent Manuel. Ils le traînèrent avec d’autres innocents jusqu’à Faire, le ferry situé à douze kilomètres de Dungao. Au ferry, ils brûlèrent des maisons et, alors qu’une des grandes maisons était en feu, ces cruels Japonais abattirent Manuel. Puis les bourreaux jetèrent leur victime mourante dans l’une des maisons en feu. Une fois le feu éteint, ces barbares ra­massèrent ses cendres et les dispersèrent dans les eaux du Rio Grande.

Au séminaire de théologie de Vigan, les novices des Missionnaires du Verbe Divin (S.V.D.) firent leurs vœux perpétuels devant le directeur, le R.P. Herman Konding, S.V.D. Bien qu’ayant été accepté aux scrutins pour les vœux perpétuels, je ne les ai jamais prononcés. Mon incardination à la Société des Missionnaires du Verbe Divin prenait fin. C’était en 1945.

 

Ordination

 

La décision de quitter la société du Verbe Divin m’obligeait à aller voir Mgr Jurgens, de Tuguegarao, dans la province de Cagayan. Je postulais pour le diocèse de Tuguegarao et l’évêque m’accepta. Ma démarche suivante fut de ren­contrer le R.P. directeur du séminaire de théologie de l’Immaculée Conception de Vigan, pour qu’il arrange la suite de mes études. Mes études théologiques durè­rent encore deux années. Je terminai mes études en 1947. Lorsque le R.P. directeur Herman Konding, S.V.D., annonça les noms des onze ordinands, j’étais inclus dans la liste des élus.

Le prélat officiant fut Mgr Mariano Madriaga, D.D., archevêque de Lin­gayen-Dagupan. Les cérémonies d’ordination eurent lieu à la cathédrale Saint-Paul de Vigan, le 22 mars 1947. A mon ordination, aucun membre de ma famille ne put être présent. Ma seule sœur restée en vie, Teresa, ne put venir à cause de problèmes de transport. La province de Cagayan avait été beaucoup détruite par la guerre et n’était pas encore réorganisée. Le jour suivant, les prêtres nouvelle­ment ordonnés célébrèrent leur messe latine en rite tridentin, soit à la cathédrale Saint-Paul, soit dans la chapelle du séminaire. Les parents, bienfaiteurs et amis remplissaient la grande cathédrale Saint‑Paul, tant pour l’ordination que pour les messes d’action de grâces célébrées par les prêtres nouvellement ordonnés.

Dans la semaine qui suivit notre ordination, nous rentrâmes dans nos dio­cèses d’origine pour les « Canta Misas », les messes d’action de grâces offertes à Dieu pour le don du sacerdoce et pour remercier nos parents, bienfaiteurs et amis de nous avoir aidés dans nos études. Au sermon, les célébrants remerciaient habituellement leur famille, leur parents, bienfaiteurs et amis pour l’aide qu’ils leur avaient procurée afin qu’ils puissent monter à l’autel de Dieu. Puis, dans une adresse publique, ils demandaient d'ordinaire aux fidèles de continuer à les ap­puyer pour le succès de leur ministère, pour qu’ils persévèrent et que, parvenus à la fin de leur vie, ils n’aient jamais eu l’occasion de trahir leur plus grand ami et bienfaiteur, Notre‑Seigneur Jésus-Christ.

 

Débuts dans le sacerdoce

 

Après les « Canta Misas », les nouveaux prêtres avaient quelques semaines de vacances pour visiter leurs parents, bienfaiteurs et amis. Dans mon cas, je de­vais retourner me présenter à Mgr Jurgens, afin de commencer mon ministère pastoral. Mgr Jurgens m’assigna mon premier poste : il m’envoya comme assistant de Mgr Felix Domingo, le vicaire général, curé de la cathédrale Saint-Pierre. A cette première visite, je me rendis compte que Mgr Jurgens, mon bienfaiteur, était malade et que sa tuberculose s’aggravait. Il était sorti vivant du camp de concen­tration des forces armées japonaises, mais très malade. Le 13 mai 1950, il rejoignit le Père. Prêtres et fidèles furent très attristés par sa mort, car il était un saint homme qui montrait un réel zèle apostolique. Il était aimé par tout son troupeau et spécialement par les pauvres.

Je rejoignis ma seconde paroisse (San Jose, Baggao, dans la province de Cagayan). San Jose et les barrios (communes) environnants avaient une grande densité de population. J’envisageai donc de fonder une école secondaire. L’insti­tution fut nommée « San Jose Academy ».

En mai 1950, Mgr Alejandro Olalia, alors coadjuteur, prit le gouvernement du diocèse de Tuguegarao. Aussitôt que Mgr Olalia fut installé, l’une de ses pre­mières décisions fut le transfert des séminaristes du séminaire de Vigan à Tugue­garao, le siège du diocèse. Le séminaire reçut le nom de l’ancien collège de Tu­guegarao : « San Jacinto », qui était alors dirigé par les pères dominicains. Les dominicains avaient fermé le colegio de San Jacinto de Tuguegarao pour des rai­sons financières. Lorsque les séminaristes arrivèrent de Vigan, les bâtiments n’étaient pas prêts, aussi furent-ils temporairement accueillis dans la résidence de l’évêque. Je fus nommé doyen des études et préfet de discipline du séminaire.

 

Directeur du séminaire

 

En 1951, à l’issue des cérémonies de remise de diplômes, une réforme fut annoncée. Pour l’année scolaire suivante, Mgr Olalia prit la décision, en ce qui concerne les membres de la faculté, de redistribuer les postes de l’administration. Au début de l’année académique, en juin 1954, les fonctions pour l’année sco­laire furent publiées. L’abbé Cordova devint le curé d’une grosse paroisse du dio­cèse. De même, les autres prêtres de la faculté recevaient différentes paroisses. Comme l’année académique 1954 commençait, je fus désigné comme directeur du séminaire San Jacinto. Je regrettai la décision, mais l’autorité qui en avait dé­cidé ainsi n’en eut cure.

Dans sa quatrième année de prélature du diocèse de Tuguegarao, Mgr Olalia fut promu au siège de l’archidiocèse de Lipa (en 1954). En consé­quence, un nouvel évêque vint comme administrateur du diocèse. Ce fut Mgr Juan C. Sison, du diocèse de Nueva Segovia. En tant qu’administrateur du diocèse de Tuguegarao, il ne fit pas de changements importants. Il me confirma dans ma nouvelle responsabilité de directeur du séminaire San Jacinto lorsque je lui remis ma démission : « Restez ici jusqu’à ce que je trouve quelqu’un pour vous remplacer. »

Dans les débuts de 1957, un nouvel évêque fut choisi. Le nouvel évêque nommé était le curé de Piat, dans la province de Cagayan, dont le saint patron est saint Dominique de Guzman. Cependant, Piat est plus connu pour son sanc­tuaire de Notre-Dame de la Visitation. L’évêque nommé était Mgr Teodulfo S. Domingo.

Après les cérémonies d’installation, je vins à lui pour lui remettre ma démis­sion de directeur du séminaire San Jacinto. Il ne l’accepta pas. Au contaire, il me confirma dans ma charge. Il n’y avait plus d’alternative, j’essayai donc d’assumer mes responsabilités. J’ai résolu les difficultés du mieux que j’ai pu. Dans chaque diocèse, il devait y avoir un séminaire, et le séminaire a besoin de prêtres pour fonctionner. En conséquence, je réfléchis aux plans et aux principes à adopter pour gouverner l’institution.

En 1962, le pape Jean XXIII annonça le second concile du Vatican. Mgr Domingo, mon évêque, se rendit à Rome comme délégué. Lorsqu’il revint pour la première fois du Concile, nous attendions de lui quelques rapports, bulle­tins ou feuillets qui nous mettraient au courant de ce qui s’y passait. Mais il n’y eut rien ; je me demandais pourquoi les informations sur le Concile n’étaient pas diffusées. En tout cas, rien n’atteignit le diocèse de Tuguegarao. En 1965, le se­cond concile du Vatican s’acheva. Les délégués rentrèrent et, ni le clergé, ni les fidèles de Tuguegarao ne furent en quelque manière informés.

 

Curé de paroisse

 

En 1967, le R.P. Miguel Purugganan achevait ses études à l’université gré­gorienne de Rome. Mgr Domingo m’enleva ma charge de directeur et, dès son arrivée, le père Purugganan prit la responsabilité du séminaire San Jacinto. Mgr Domingo me nomma curé de Lal-Lo, dans la province de Cagayan. En 1967, l’école secondaire de Lal-Lo était bondée d’étudiants. Cela me donna l’idée d’ouvrir une nouvelle école secondaire. Après avoir étudié le projet, je jugeai qu’une nouvelle école secondaire serait une grande aide. Je soumis ma candida­ture à cet effet au Département de l’éducation pour l’année scolaire 1968-1969. Celui-ci approuva ma candidature et, en 1968-1969, la nouvelle école commença à fonctionner.

En 1969, le novus ordo missæ arriva dans le diocèse de Tuguegarao pour sa mise en œuvre. On nous dit d’abandonner la messe latine de rite tridentin, appe­lée de saint Pie V. Nous voulions savoir pourquoi, mais aucune explication ne nous fut donnée. Comme nous voulions montrer notre commune obéissance en­vers nos supérieurs ecclésiastiques, l’ordre fut exécuté. « Roma locuta est, causa finita [15]. » Nous ne pensions guère que l’on abusait avantageusement de notre soumission. La messe latine, instituée par Jésus-Christ, était en fait transformée en une invention de Mgr Annibale Bugnini, franc-maçon. Les novateurs nous présen­tèrent une contrefaçon de la messe latine : la messe de Bugnini. Les manœuvres des manipulateurs franc-maçons nous rendirent amers au moment où la trompe­rie fut dévoilée. Les réformateurs nous donnèrent du poison à la place d’une nourriture spirituelle consistante.

 

L’épiscopat

 

En 1969, pendant ma seconde année comme curé de Lal-Lo, je fus choisi pour devenir évêque auxiliaire du diocèse de Tuguegarao. Mgr Domingo n’était pas alors dans le diocèse. Il était aux États-Unis pour visiter son frère, mais il fut présent pour le sacre épiscopal qui était présidé par le nonce, Mgr Carmine Rocco, D.D. Après ma consécration, je continuais à célébrer le novus ordo missæ. A Vigan, un évêque récemment consacré, Mgr Antonio Buenafe fut désigné comme évêque auxiliaire de Nueva Segovia. Il ne resta pas longtemps en charge. Peu de jours après sa consécration, il embarqua dans un bus Times-Transit pour Manille. Il y eut une querelle parmi les passagers et le nouvel évêque, pris dans des tirs croisés, fut abattu accidentellement. Un coup de feu lui fut fatal. Mes su­périeurs me nommèrent à son poste. En août 1977, les cérémonies d’installation à la cathédrale Saint-Paul furent présidées par le nonce, Mgr Bruno Torpigliani, D.D. Mon séjour dans le diocèse de Nueva Segovia dura seulement trois ans. A la fin de cette période, je fus envoyé dans le diocèse de San Fernando La Union, parce que l’évêque, Mgr Victorino C. Ligot, était très gravement malade au Centre médical Cardinal-Santos à Metro Manila. Apprenant cela, je me précipitai à son chevet. Plongé dans le coma, il ne pouvait déjà plus parler. Quelques mois après, le 18 septembre 1980, Mgr Ligot expira. Après la messe de funérailles, l’arche­vêque Mgr Bruno Torpigliani, D.D., nonce, me nomma administrateur du diocèse de San Fernando La Union. Quelques mois après, il fit de moi le second évêque résidentiel de ce diocèse. Les supérieurs s’accordèrent pour décider de la date de mon intronisation ; j’étais le deuxième ordinaire du diocèse de San Fernando La Union, aux Philippines. L’intronisation se déroula dans l’ambiance du novus ordo missæ, le 9 mars 1980. Je continuais alors à célébrer dans le nouveau rite et ceci, jusqu’à l’âge de ma retraite.

Quelques jours après les célébrations, je vins à la curie diocésaine. Ce n’était pas une construction séparée de l’église cathédrale. Elle constituait la plus grande partie de l’aile gauche de l’évêché. Le père Laxamana, secrétaire, m’accueillit et me fit visiter. Ma seconde visite officielle fut pour les paroisses et les écoles diocésaines. Mon impression générale était que Mgr Ligot s’était bien occupé du diocèse. Je décidai de construire sur ses réalisations.

Mon évaluation générale suggérait que je m’occupe d’abord de la question du séminaire. Les séminaristes devaient avoir un bâtiment séparé et un terrain. Ainsi, je commençai à chercher un lieu où le bâtiment du séminaire pourrait être construit. Des recherches de fonds furent aussi entreprises. Au bout d’un an, nous avions une réponse positive venant d’organismes de prêt étrangers. Avec l’argent, nous achetâmes quatre hectares à San Vincente, village près de la mer. La première pierre du bâtiment administratif fut bénite. Et, peu après, la chapelle et le dortoir furent construits. Les autres bâtiments furent plus longs à venir : la résidence de l’évêque, des couvents pour deux communautés de sœurs, et fina­lement le Centre pastoral Saint‑Joseph.

Après m’être familiarisé avec le fonctionnement curial, je tournai mon atten­tion vers les programmes des réunions de prêtres, c’est-à-dire les récollections et les assemblées pastorales. Des fonds furent alloués aux prêtres malades et pour le bien-être matériel et spirituel des prêtres du diocèse.

Dans le diocèse, les apostolats suivants furent encouragés :

— Le catéchisme dans les écoles, confié au soin des religieuses (sœurs de Jésus Bon Pasteur).

— Les écoles diocésaines (sous la responsabilité de l’évêque, par l’inter­médiaire du directeur diocésain). Le collège Saint-Louis appartenait aux Mission­naires du Cœur Immaculé de Marie.

— L’apostolat biblique.

— L’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement dans quelques églises parois­siales et chapelles de religieuses.

— La société du Saint-Nom de Jésus (pour les hommes).

— Le rosaire familial (sous l’étendard de l’Armée Bleue de Fatima).

— L’apostolat de la prière.

— La Ligue des femmes catholiques.

— Les chevaliers de Colomb (= de Christophe Colomb).

— Les Enfants de Marie [16].

En mars 1990, un très grand tremblement de terre frappa l’île de Luzon. L’épicentre se trouvait seulement à 50 km de la limite Sud du diocèse de La Union. Il atteignit le degré 7,8 sur l’échelle de Richter. Les dommages furent très importants et étendus : huit églises paroissiales, cinq écoles et cinq presbytères furent partiellement ou totalement détruits. Des appels furent faits auprès d’orga­nismes de bienfaisance en Allemagne. Grâce aux fonds reçus, une partie des dommages put être réparée. Mais bien des destructions dues à la secousse ne purent jamais être restaurées.

 

Évêque à la retraite

 

Dans la treizième année de ma charge d’évêque du diocèse de San Fer­nando La Union – c’était en 1993 – j’atteignis l’âge de la retraite. Le Droit canon (c. 401) me mettait à la retraite à 75 ans. J’informai la nonciature que j’approchais de l’âge de la retraite et, bien sûr, je demandai mon remplacement. Assez rapi­dement, Mgr Antonio Tobias, évêque du diocèse de Pagadian à Mindanao [17] fut annoncé comme mon successeur. Le nouveau nonce, Mgr Gain Vincenzo Moreni, D.D., fut invité par Mgr Tobias pour introniser le nouvel évêque. Le distingué prélat vint pour solenniser l’occasion. Le 16 juillet 1993, aussitôt le banquet achevé, je saluai Mgr Tobias et quittai le diocèse de San Fernando La Union pour aller de mon côté, pour de bon.

Il y eut des sollicitations pour que je demeure dans le diocèse en raison de mon âge. Une communauté naissante de sœurs me rappela : « Vous êtes âgé. Restez avec nous, nous prendrons soin de vous. » Bien, je les remerciai pour leur proposition. L’idée de quitter le diocèse de San Fernando La Union semblait m’attirer fortement. Je savais qu’il y avait peu d’opportunités en dehors du dio­cèse, mais je considérais attentivement l’appel de la vie citadine. Je m’installais avec ma sœur, qui était également retraitée de son poste de doyenne du collège de Zamboanga City [18]. En rassemblant nos modestes ressources, nous construi­sîmes une humble résidence et nous vécûmes là. Ma sœur mourut d’un cancer le 21 décembre 1996. Que Dieu ait son âme.

 

La visite où tout bascula

 

Le lieu choisi pour la construction de notre humble résidence n’était pas loin du prieuré de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Un soir, M. Antonio Ma­laya Jr. et quatre catéchistes me rendirent visite. Les quatre catéchistes étaient chargées de livres. Après les amabilités préliminaires, je posai directement la question suivante à mes visiteurs : « Puis-je connaître la raison de votre visite ? » Ils répondirent : « Nous voulons vous connaître. » J’étais heureux de la réponse. M. Malaya me tendit ses mains et me dit : « Heureux de vous connaître. » Les ca­téchistes étaient Jade Liboro, Agnes Mendoza, Mitzi Noche et une quatrième dont j’ai oublié le nom.

Après moins d’une heure d’une conversation animée, ils déclarèrent qu’ils voulaient se retirer. A cette annonce, une des catéchistes me demanda : « Pouvons-nous vous laisser ces livres ? » J’étais content de la proposition et ma réponse fut la suivante : « J’en serais heureux. » Mes visiteurs se levèrent, laissant les livres sur les chaises et me saluèrent. J’étais satisfait qu’ils aient laissé les livres. J’aime lire. En fait, l’une des choses qui me manquaient, étant évêque, était le loisir de lire. En tant qu’évêque, j’avais beaucoup de lectures à faire, en parti­culier les documents de la Conférence des évêques catholiques des Philippines (CBCP [19]), pour pouvoir rendre des rapports crédibles, et je n’avais pas le temps de lire autre chose.

Ce qui était le plus troublant pour moi, c’était le fait qu’il y avait eu une conférence internationale de 2200 évêques catholiques et qu’il n’y avait eu aucun rapport ou aucune publication pour nous donner une idée de ce qui s’était passé à Vatican II. Il semblait qu’on nous laissait délibérément dans l’ignorance. Cela appartenait-il à une stratégie préméditée ? Eh bien, je ne savais pas.

 

Les lectures qui convertirent un évêque

 

Ainsi, après le départ de mes visiteurs, j’examinai le titre des livres. A ma grande joie, c’était ceux que je désirais tant lire. Voici quelques-uns des titres : ES-1025. Mémoires d’un anti-apôtre, de Marie Carré ; La Royauté du Christ et la conversion de la nation juive, du Rev. Denis Fahey, C.S.Sp. ; La Vie surnaturelle  Collection d’essais ; La Franc-maçonnerie et le Vatican, du vicomte Léon de Poncins ; les encycliques : Humanum genus, de Léon XIII ; Pascendi Dominici gregis, de saint Pie X ; Mortalium animos, de Pie XI ; Mediator Dei, de Pie XII ; Le Concile du pape Jean, de Michael Davies.

La lecture de ces livres me donna une meilleure idée de la situation. La connaissance des réels ennemis de l’Église devint claire pour moi. Le père De­nis Fahey les définit très habilement, quand il écrit : « Les ennemis de l’Église ca­tholique sont au nombre de trois. L’un est invisible : c’est Satan, les deux autres sont visibles : le judaïsme talmudique et la franc-maçonnerie. » On lit sur la cou­verture du livre : « Que ce judaïsme soit l’ennemi visible et capital de l’Église ca­tholique, trouve son évidence dans l’histoire de l’Église, à partir de déclarations et d’actes venant d’individus ou de groupes, et à partir du Talmud lui-même, dont la Cabale forme la base du judaïsme. (…) Le troisième ennemi de l’Église catho­lique, ennemi visible, est la franc-maçonnerie. Beaucoup de chrétiens répugnent à dire quoi que ce soit au sujet du pouvoir et du contrôle qu’exerce la judéo-ma­çonnerie sur le gouvernement, l’Église, la société, par crainte d’offenser leurs amis et voisins judéo-maçons. Beaucoup de maçons sont des chrétiens et de bons citoyens patriotes, qui entrent dans les loges pour des raisons fraternelles ou sociales. Ils ne sont pas initiés aux machinations secrètes des échelons supé­rieurs de la franc-maçonnerie. Néanmoins, ces maçons coopèrent déjà par leurs activités à un degré contraire aux principes chrétiens, qu’ils en soient conscients ou non ; il desservent la religion chrétienne. Le premier devoir d’un maçon est d’obéir à l’ordre du maître (non pas le Christ, mais le maître de la Loge). »

Le livre de Marie Carré, ES-1025. Mémoires d’un anti-apôtre, fut aussi l’un des livres qui me frappèrent. Il traitait du cas d’un communiste recevant inten­tionnellement le sacerdoce catholique avec le propos de subvertir et de détruire l’Église de l’intérieur. Le livre développe le plan des maçons consistant à envoyer et à soutenir des jeunes gens intelligents pour étudier au séminaire dans le but de recevoir le sacerdoce. Ce projet a commencé plus de cent ans avant la réunion du concile Vatican II. Certains d’entre eux étaient déjà évêques au moment du Concile.

Un autre ouvrage, La Conspiration contre la vie, m’éclaira aussi beaucoup. La couverture propose cet avertissement : « Dans un exposé exhaustif, ce livre montre comment les Nations Unies sont utilisées comme machine de mort. Les franc-maçons font partie des conspirateurs qui ont pour but la destruction de l’Église catholique et de la société. Ce livre révèle comment ils dominent le monde en contrôlant les domaines religieux et politique. La politique est neutrali­sée par la centralisation de la banque, du commerce et des armées. Le syncré­tisme d’une religion globale, plaçant Jésus au même niveau qu’Allah, Vishnu, Bouddha et d’autres anciens chefs religieux, est en marche. Ils proclament l’Ange déchu, Lucifer, comme le plus grand de tous les dieux, duquel les franc-maçons reçoivent le pouvoir, l’inspiration et la connaissance. […] Leur mission est d’édi­fier le royaume de la prospérité matérielle, un gouvernement mondial, un nouvel ordre mondial, sous le règne de Satan. »

Voilà ce que je lus, et qui était écrit sur les couvertures des livres que je re­çus. Je trouvais cela très alarmant. Je pensais que je devais faire découvrir tout cela à mes amis, malgré l’effroi que pouvait engendrer la connaissance des des­seins des ennemis de la société et de Dieu.

J’ai toujours été surpris de constater que, malgré la condamnation de la franc-maçonnerie par Léon XIII dans Humanum genus, il se trouve des franc-maçons parmi les plus hautes autorités de l’Église (treize autres Papes condamnè­rent aussi la franc-maçonnerie). Le magazine Sì Sì No No a relaté l’exemple d’un nonce, devenu maçon, qui, peu de temps après, recevait le « chapeau rouge ». Que dire de la fidélité de ces maçons ecclésiastiques ? Comme je célébrais encore le novus ordo, la lecture de ces livres me troubla beaucoup. Pour dissiper mes doutes, je continuais à lire [20]. Après plus d’une année à la recherche de la vérité, je finis par prendre une décision : retourner à l’Église traditionnelle et, dans le même mouvement, reprendre la messe latine tridentine.

 

Les raisons d’une conversion

 

Au début d’août 1995, après de longues réflexions et prières, j’ai donc dé­cidé d’aller voir le supérieur local de la Fraternité Saint-Pie X, l’abbé Paul Morgan. Je lui confiai mes projets de revenir à l’antique messe latine traditionnelle. L’abbé Morgan reçut ma confidence avec joie et il demanda à l’abbé Thomas Blute de m’aider à réapprendre la messe latine. Mais pourquoi voulais-je quitter le novus ordo missæ pour reprendre la messe latine traditionnelle ? Les considé­rations suivantes m’établirent dans ma résolution de changer :

1. — J’étais convaincu que le novus ordo missæ n’est pas la messe instituée à la dernière Cène par Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu. Jésus-Christ est mort pour cette messe sur le calvaire. Elle est par conséquent dépositaire de ses mérites. Elle a sanctifié la vie de millions de personnes à travers les siècles. Mais le rite de la nouvelle messe est une invention du père Annibale Bugnini, franc-maçon. Six ministres protestants l’ont aidé à la fabriquer. Elle est, en elle-même, spirituellement stérile, de par la manière humaine dont elle a été faite.

2. — Dans la messe latine du concile de Trente, après la consécration, la présence du Christ sous les espèces sacrées est réelle. Jésus-Christ est vraiment présent sous le pain et le vin consacrés, parce que, du fait de la sainte volonté de Dieu, la transsubstantiation s’opère vraiment. Mais, dans le nouveau rite, selon l’intention des novateurs, le Christ semble seulement spirituellement présent. Les protestants, de leur côté, ne croient pas en la transsubstantiation. Et la nouvelle messe se présente comme un simple repas, un banquet, un mémorial, un « Salo-salo » (une assemblée) comme on dit en philippin.

3. — La messe latine tridentine est substantiellement un sacrifice. Elle est le sacrifice de la croix accompli sur le calvaire. Elle n’est pas seulement un sacrifice d’action de grâces et d’adoration, mais, comme le déclare le concile de Trente, elle est d’abord et en premier lieu un sacrifice de véritable propitiation et d’ex­piation pour les péchés.

4. — Le rôle du prêtre est d’offrir le saint sacrifice de la messe et cela de­meure son rôle essentiel et exclusif. Lui seul a le pouvoir de consacrer le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est pourquoi il est orienté vers Dieu lorsqu’il célèbre la sainte messe. Dans le nouveau rite, le prêtre fait face aux fi­dèles parce qu’il prend la place d’un simple président d’assemblée, non celle d’un prêtre consacré. Il apparaît comme un simple laïc.

5. — A cause de l’œcuménisme, la messe instituée par Jésus-Christ a été abandonnée. L’antique messe contenait de nombreux dogmes catholiques que les protestants refusaient. Pour ôter ce grand obstacle, dans le but d’unir toutes les religions et de s’unir particulièrement aux protestants, la sainte messe fut rejetée. Que se passa-t-il ? Une messe protestante est utilisée pour protestantiser les ca­tholiques. Les catholiques deviennent protestants.

6. — Nous constatons également que le pape ne s’attache pas à la conver­sion de ceux qui ne sont pas catholiques : les protestants, les païens, etc., lors­qu’il les rencontre. Pourtant, le Christ a envoyé les apôtres pour prêcher l’Évan­gile à tous les hommes. « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Mc 16, 16). « Nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3, 5). « Hors de l’Église, point de salut », dit le dogme.

7. — De même, pourquoi le pape promeut-il le culte de l’homme aux dé­pens du culte de Dieu ? L’homme a-t-il créé Dieu ? Le pape promeut encore le sa­lut universel de l’humanité, et ceci est également contraire à la sainte Écriture.

8. — Dieu ne change point. Ainsi, les vérités enseignées par Dieu ne chan­gent pas. Elles ne sont pas soumises à l’évolution. Les dogmes de l’Église catho­lique ne souffrent pas d’évolution. Les vérités révélées par Dieu sont éternelles.

En outre, pour ma part, j’avais par moments la nostalgie de la liturgie tradi­tionnelle. Le chant grégorien spécialement, que le nouveau rite n’a pas gardé, ou n’encourage pas, me manquait beaucoup aux fêtes solennelles. Lorsque j’étais séminariste au séminaire « Christ-the-King Mission », je me souviens que les fils du bienheureux Arnold Jansen avaient l’habitude de marquer les fêtes solennelles comme Noël, l’Épiphanie, Pâques, la Pentecôte et la Fête-Dieu, avec des mélo­dies grégoriennes. La « Misa de Angeles » le dimanche, et les tons solennels du Magnificat à vêpres et aux complies, dégageaient une beauté angélique. Le sou­venir du chant grégorien du martyrologe romain, en la vigile de Noël, m’est en­core présent à l’esprit.

Enfin, ma plus profonde conviction est que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, que l’antique messe latine, instituée par Jésus-Christ à la dernière Cène, est la seule vraie messe. J’ai eu le singulier privilège d’y revenir. Ma plus profonde gra­titude réside dans la grâce d’avoir reçu le privilège unique d’offrir à nouveau le saint sacrifice pour la glorification du Dieu saint et trine. Ma première messe la­tine traditionnelle, après vingt-sept années, fut le 22 août 1995, en la fête du Cœur Immaculé de la Mère de Dieu. Que Marie, la Mère de Dieu, saint Joseph, saint Antoine, mon saint patron, saint Michel, mon ange gardien, m’assistent comme prêtre et évêque afin que je reste fidèle à Jésus-Christ, mon Seigneur et mon roi, jusqu’à la fin de ma vie.

 

Contre-attaques de la Conférence épiscopale des Philippines

 

Je rentrais un jour d’une visite au prieuré des prêtres de la Fraternité Saint‑Pie X à Quezon City. Je fus étonné de voir qu’un visiteur envoyé par le cardinal Sin, notre primat métropolitain, m’attendait. Nous nous saluâmes mutuel­lement, presque simultanément : « Bonjour, père Pascual. Pourquoi cette visite ? » demandais-je. « J’aimerais me confesser », répliqua-t-il, et il poursuivit : « Monseigneur, arrêtez d’aller au Prieuré parce que vous scandalisez les catho­liques par votre mauvais exemple. » — « En quoi puis-je scandaliser les catho­liques ? » Je désirais savoir. Et le père Pascual expliqua : « Ne savez-vous pas qu’il y a un décret du cardinal interdisant aux fidèles d’assister à la messe des prêtres du prieuré ? De plus, ces prêtres sont des fils de l’archevêque Mgr Marcel Le­febvre, qui a été excommunié parce qu’il était schismatique. » J’essayais de lui dire que les seules consécrations épiscopales des quatre évêques sans mandat pontifical ne faisaient pas de Mgr Lefebvre un schismatique. Il y a des canonistes mondialement renommés qui corroborent l’opinion de Mgr Lefebvre. Ce sont, par exemple : Valdini, Lara, Capponi et Güringer. Ils argumentent sur l’état de néces­sité, et sur le fait que Mgr Lefebvre n’avait pas établi une Église parallèle. Lorsque j’arrêtai de parler, le père Pascual me rappela sa confession et partit aussitôt après que je lui eus conféré l’absolution.

Puis l’archevêque de Tuguegarao, Mgr Diosdado Talamayan me supplia dans une lettre où il mentionnait une possible récompense au cas où j’écouterais son conseil d’obéir au Saint-Père, le pape Jean-Paul II. L’archevêque renchérissait sur l’obéissance à Sa Sainteté [21]. Je lui répondis que l’obéissance doit servir la foi.

J’ai la conviction que les réformes post-conciliaires sont d’inspiration ma­çonnique et qu’elles visent à détruire la religion catholique. Je ne veux pas co­opérer à l’extirpation diabolique de la religion catholique, fondée par Jésus-Christ pour le salut éternel des âmes immortelles et non pour leur damnation. L’obéis­sance au pape n’est pas une difficulté pour moi. Je veux seulement que le pape remplisse tous ses devoirs, comme il en a reçu le mandat par Jésus-Christ, pour que l’Église catholique puisse vraiment sauver les âmes immortelles pour les­quelles il est mort sur la croix, sur la montagne du calvaire. J’aime le pape. C’est pourquoi je prie pour lui tous les jours, afin qu’il soit fidèle à la volonté de Jésus-Christ dont il est le vicaire. Il doit garder fidèlement le dépôt de la foi et l’inter­préter comme il l’a été par les papes fidèles jusqu’au concile Vatican II. Cela a pour conséquence qu’il ne doit pas y avoir de nouvelles théologies, pas de nou­veautés. Seules les doctrines issues du dépôt de la foi devraient être expliquées et interprétées, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ l’a décrété lui-même. En d’autres termes, ceux qui me critiquent me rappellent toujours ces mots : Ubi Pe­trus, ibi Ecclesia [22]. Petrus est le pape qui a le devoir d’être fidèle à Jésus-Christ dont il est le vicaire. Cela veut dire que si Petrus change un peu ce que le Christ nous a transmis à travers les apôtres, le pape perd le droit moral d’attendre de nous l’obéissance. Notre fidélité au pape est dépendante de sa fidélité au Fils de Dieu, Jésus-Christ. La loyauté du pape au dépôt de la foi établit ma loyauté en­vers le vicaire du Christ.

 

                                                                            Salvador L. Lazo

                                                        Évêque émérite de San Fernando La Union

 

 

 



Documents

 

Lettre de l’archevêque de Tuguegarao

 

 

Archidiocèse de Tuguegarao, Résidence de l’Archevêque

 

                                                         Son Excellence Mgr Salvador Lazo, D.D.

                                                         Évêque émérite de San Fernando La Union

                                           10 A.-M., Gregorio street, Project 4, 1109 Quezon city

                                                                                             21 septembre 1996

 

Excellence,

Tout de suite après la réunion de la C.B.C.P. [23] du mois de juillet, j’ai fait tout mon possible pour vous joindre. Vous étiez à l’étranger [24] et, après mon retour, j’ai essayé à plusieurs reprises de vous joindre sans beaucoup de succès. J’aurais préféré traiter per­sonnellement avec vous de l’affaire au sujet de laquelle je vous écris, mais l’urgence de ma mission et ma considération à votre égard, m’obligent à vous écrire maintenant.

José, cardinal Sanchez, de la Congrégation du clergé, et vos frères dans l’épiscopat, confrères évêques de la C.B.C.P., m’ont demandé personnellement de vous parler de votre association manifeste avec le mouvement dit du « pape Pie X », qui a pour but l’annulation des réformes liturgiques du concile Vatican II et un retour aux normes tri­dentines. Vous et moi, bien sûr, savons que ce mouvement remonte d’une façon ou d’une autre à l’archevêque Mgr Lefebvre, qui a été déclaré schismatique par le Saint-Siège.

Je vous ai toujours tenu en très haute estime et, encore maintenant, je juge votre sagesse, votre prudence, et vos œuvres indéniables. Vous avez été de bien des manières mon conseiller dans la prêtrise comme dans l’épiscopat. Je sais que vous n’avez aucune­ment l’intention de faire du mal, de quelque manière que ce soit, à l’Église que vous avez fidèlement servie pendant toutes ces années. Vous et moi partageons tous deux la même foi et savons que, quoi que nous puissions individuellement croire ou penser, c’est à l’Église et à l’autorité apostolique du successeur de saint Pierre que le Seigneur Jé­sus a donné le pouvoir de lier et de délier. Cette même Église, qui a profité abondam­ment de vos nombreuses années de service, nous lie maintenant aux réformes qu’elle a instituées, inspirée par l’Esprit infaillible de Dieu. Quelles que puissent être vos nobles intentions, vos frères dans l’épiscopat et les autorités de l’Église voient que les liens que vous entretenez avec un groupe schismatique blessent l’Église. Ils vous supplient donc de vous dissocier de ce mouvement de la manière la plus rapide et la plus nette possible.

Permettez-moi de vous assurer que vos frères dans l’épiscopat ne vous condamnent pas, ni ne se rient de vous dans leur cœur, mais n’ont qu’amour et respect le plus pro­fond. Ils m’ont dit de vous transmettre cela. En fait, le cardinal Sin vous fait l’offre for­melle d’une assignation dans l’archidiocèse de Manille. Je vous connais depuis si long­temps, Excellence, que je ne doute pas que la bonté qui est dans votre cœur et l’amour sincère que vous avez pour le corps du Christ, son peuple pèlerin, vous inciteront à donner à cette requête de vos frères dans l’épiscopat et de nos autorités romaines, une réponse immédiate et favorable.

Donnez-moi, s’il vous plaît, votre dernier numéro de téléphone, afin que je puisse vous appeler plus fréquemment pour chercher avec vous comment je puis vous aider. Soyez, je vous prie, assuré de l’estime permanente des Cagayanos au souvenir desquels vous êtes cher, et de mon estime personnelle.

Sincèrement dans le Seigneur,

                                                                          Diosdado A. Talamayan, D.D.

 

Copie à :      – José, cardinal Sanchez, préfet de la congrégation du clergé. Vatican.

                     – T. R. Gian Vincenzo Moreni, D.D., nonce apostolique. Manille.

                     – Cardinal Jaime Sin, archevêque de Manille.

                     – Archevêque Oscar Cruz, président de la C.B.C.P. Manille

 

*

 

 

Lettre de l’archevêque de Capiz

 

 

Archidiocèse de Capiz, Bureau de la Chancellerie, Roxas City

 

                                                              Son Excellence Mgr Salvador Lazo, D.D.

                                                10 A-M. Gregorio Street, Project 4, 1109 Quezon City

 

Excellence,

Pax in Domino !

J’ai reçu, de l’étranger, des papiers et des articles utilisant votre nom comme en­voyeur, sans parler des timbres qui, dans de nombreux cas, venaient des États-Unis d’Amérique ou du Canada. Étant un ami de votre Excellence, je suis un peu troublé que votre bonne personne soit utilisée par eux et qu’ils en tirent avantage.

Quelques publications viennent du groupe du père Grüner [25], alors que d’autres proviennent du groupe schismatique de l’archevêque Mgr Lefebvre. J’espère que vous n’allez pas considérer ma lettre comme une intrusion ou une ingérence dans votre vie. Si je vous écris cela, c’est parce qu’étant frères dans le ministère apostolique, je prends soin de vous et de votre honneur. Vous souvenez-vous de notre fraternité dans le PHR ?

Veuillez vous souvenir que nous avons reçu l’ordination apostolique, et que par conséquent nous devrions être toujours unis dans l’onction apostolique de tous les évêques de l’Église catholique. Ainsi, vivons et restons toujours unis et un avec l’Église catholique qui a été confiée par Notre-Seigneur au Saint-Père le pape Jean‑Paul II. Je suis certain que vous vous souvenez toujours de cette phrase que nous répétions et ci­tions habituellement pendant nos études de théologie : Ubi Petrus, ibi Ecclesia. Alors que nous prenons de l’âge – je suis dans la voie des 70 ans – nous devrions d’autant plus adhérer à la foi que Jésus a confiée à son Église, la barque qu’il a donnée à Pierre pour la faire progresser.

J’espère que vous rompez toute attache avec les groupes sus-mentionnés. Nous ne condamnons personne… ils sont aussi les enfants de Dieu. Dieu prendra soin d’eux en quelque manière. Mais en tant que successeurs des apôtres, demeurons dans l’Église, et suivons la direction du Saint-Père – et ceci jusqu’à la mort !

Je ne vous corrige pas… Je nous rappelle seulement (vous et moi), que nous avons à rester fidèles et loyaux à l’Église et au pape que nous aimons.

Je vous quitte, recevez mes salutations fraternelles et mes humbles prières.

Bien fraternellement dans le Christ Notre-Seigneur.

                                                                                                  Onie G. (Gordoncillo)

 

*

 

 

Lettre ouverte de Mgr Lazo

à son Éminence le cardinal Jaime Sin,

archevêque de Manille

 

                                                                                                           Le 17 mai 1998

Éminence,

Nous avons appris que vous aviez invité et reçu des croyants de fausses religions pour prier dans notre cathédrale de Manille. Nous sommes tenus de regretter et de dé­plorer le grave péché que Votre Éminence a commis contre la religion. Vous pourriez être considéré comme suspect d’hérésie (code de Droit canon de 1917, c. 2316), et pu­nissable d’une juste peine (code de Droit canon de 1983, c. 1365). Éminence, vous avez publiquement transgressé le premier des dix commandements de Dieu. Vous avez placé de fausses idoles et d’autres cultes au même niveau que Notre‑Seigneur Jésus-Christ.

Par cet acte, vous avez montré que vous ne croyez pas que Jésus-Christ soit le seul Sauveur de l’humanité, qu’« il n’y a de salut en aucun autre ; car il n’y a pas sous le ciel un autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions êtres sauvés » (Ac 4, 12), et que vous ne croyez pas que, seul, Jésus-Christ puisse donner la paix à un pays pendant les élections [26].

Vous êtes le primat des Philippines. Maintenant votre acte n’aidera pas les pauvres gens qui ne connaissent pas Notre-Seigneur Jésus-Christ ; cela ne va pas les conduire vers la vraie lumière de l’Évangile. Cependant, votre faux « amour » a, de fait, encouragé l’idolâtrie. Éminence, vous aviez à leur dire, à l’exemple de saint Pierre : « Repentez-vous donc, et convertissez-vous » (Ac 3, 19). « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés » (Ac 2, 38).

Éminence, vous devriez être le sel de la terre en enseignant le vrai Dieu, la très Sainte Trinité. Mais vous n’avez pas voulu donner le goût du sel. Nous sommes effrayés que vous puissiez être rejeté par Notre-Seigneur pour être devenu un sel insipide.

Éminence, devant ces gens, vous aviez une excellente occasion de faire briller publi­quement la lumière de la vraie foi. Malheureusement, vous avez placé cette lumière du monde sous le boisseau de l’œcuménisme, laissant ainsi ces âmes dans les ténèbres des erreurs et des vices de leurs religions.

Par ce scandale, vous avez trahi Notre-Seigneur Jésus-Christ comme Pierre qui re­nia trois fois Notre-Seigneur. Nous prions afin que vous ne vendiez pas Notre‑Seigneur comme Judas Iscariote dans l’intérêt d’une paix mondaine. Nous prions afin que vous ne condamniez pas Notre-Seigneur comme l’a fait Ponce Pilate.

Éminence, nous vous supplions de considérer la gravité de ce genre de « réunion de prières ».

Éminence, revenez à la vraie foi catholique, à la foi de saint Pie V qui s’est engagé dans la bataille de Lépante, à la foi de Pie XI qui, dans son encyclique Mortalium ani­mos, a déjà condamné ce que vous venez de faire.

Par la grâce de Dieu, demandons la grâce de croire en Jésus-Christ, de croire en sa sainte Église catholique. Éminence, nous vous en supplions. Veuillez faire cesser cette abomination. Nous espérons et vous demandons que cela soit la dernière fois. Plus ja­mais de réunion œcuménique de prières dans ce « royaume du saint rosaire » (Pie XII).

« N’allez pas former avec les incroyants un attelage disparate. Quel rapport, en ef­fet, y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? Quelle union entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord y a-t-il entre le Christ et Bélial ? Quelle association entre les croyants et les infidèles ? Quel rapport entre le temple de Dieu et les idoles ? » (2 Co 6, 14-16).

Éminence, parce que notre sainte religion n’a jamais connu une telle humiliation aux Philippines, nous ne pouvons pas rester silencieux. Il est, en conscience, de notre devoir de vous dire que ce n’est pas juste. Par la grâce de Dieu, il nous faut déclarer que nous, catholiques, n’avons aucune part avec une si abominable réunion œcuménique de prières. Nous vous prions de faire un acte de réparation pour ce scandale.

Éminence, veuillez savoir que nous prions chaque jour pour vous à l’autel de Dieu pendant le sacrifice de la messe. Nous ne recherchons rien d’autre que la gloire de la très Sainte Trinité, l’honneur de notre Mère, la sainte Église catholique, et le salut du plus grand nombre possible d’âmes.

Veuillez recevoir l’expression de nos sincères salutations en Notre-Seigneur Jésus-Christ, Lumière du monde, et en Notre-Dame, gardienne de la foi.

 

                                                                                   Salvador L. Lazo

                                                              Évêque émérite de San Fernando La Union

 

*

 

Le testament de Mgr Lazo

 

 

                                                       10 A M. Gregorio street, Project 4, Quezon City

 

Le 10 mai,1998

 

Ceci est mon testament.

Je, soussigné, Mgr Salvador L. Lazo, évêque émérite, né le 1er mai 1918 à Santo Niño (Faire), Cagayan, déclare que je suis catholique de rite latin, et manifeste et ex­prime la volonté formelle que ma cérémonie de funérailles religieuses soit selon le rite qui se trouve dans le missel romain de 1962, appelé missel de saint Pie V, sous le titre d’office des défunts.

Je désire spécialement que cette cérémonie soit célébrée à l’église Notre-Dame des Victoires, 2 Cannon road, New Manila, Quezon City, mon corps étant présent ; que la messe soit célébrée par un prêtre ou un évêque de la Fraternité Saint-Pie X, et qu’elle soit suivie de l’absoute et de l’ensevelissement comme de coutume. Tout doit être ac­compli selon l’usage immémorial de l’Église catholique à laquelle j’appartiens. Et je dé­sire être enterré dans l’église Notre‑Dame des Victoires mentionnée ci-dessus.

Je désire que mon exécuteur testamentaire soit l’abbé Santiago Hughes ou M. An­tonio Malaya Jr.

                                                                                      † Salvador L. Lazo







[1] — Ile du nord des Philippines où se trouve le diocèse de Mgr Lazo, comme aussi l’archidiocèse de Manille.

[2] — Nous l’avons publiée dans Le Sel de la terre 26, automne 1998.

[3] — On pourra consulter l’ouvrage du père Ralph Wiltgen S.V.D., Le Rhin se jette dans le Tibre, DMM, Bouère, 1992, p. 94 et 147. Mgr Lefebvre faisait partie du Coetus.

[4] — Nous le verrons plus loin dans l’histoire de sa vie.

[5] — Ouvrage actuellement disponible aux Éditions Clovis, 1995.

[6] — Radio-message au Congrès marial des Philippines, 5 décembre 1954. L’extraordinaire dévotion au rosaire qui caractérise ce pays remonte aux cinq victoires navales obtenues par Notre-Dame du Rosaire en 1646, qui ont sauvé les Philippines du protestantisme hollandais, permettant à l’Église d’en faire le grand centre missionnaire du continent asiatique.

[7] — Au synode d’Asie qui s’est tenu à Rome en avril-mai 1998, le pape Jean-Paul II a pourtant exprimé aux évêques des Philippines, dans une audience privée, son vif mécontentement au sujet de la résistance de Mgr Lazo. C’est un évêque ami, à son retour, qui le confiera par téléphone à Mgr Lazo.

[8] — Un diocèse suffragant est un diocèse qui fait partie d’une province ecclésiastique. Une province ecclésiastique est un territoire constitué de plusieurs diocèses sous la juridiction d’un archevêque. Le diocèse de l’archevêque est appelé l’archidiocèse de la province.

[9] — L’un des frères de Mgr Lazo, Manuel, fut séminariste. Il fut tué curellement par les Japonais pendant la dernière guerre (infra).

[10] — A ce sujet, Mgr Lazo aimait raconter la touchante apparition de la Sainte Vierge qui eut lieu dans son diocèse, en 1904. En cette année, une terrible famine éprouvait les tribus indigènes des montagnes, non encore évangélisées. Un soir, le 18 octobre, la tribu des Igorots fut visitée par une très belle dame qui apporta à chaque famille le riz nécessaire pour survivre, en disant en même temps de descendre au village dans la vallée pour se faire baptiser. En arrivant à l’église, quelle ne fut pas la stupéfaction des indigènes, de voir que la statue de la Vierge avait les mêmes traits que la dame qui les avait visités. Le miracle, qui causa une grande vague de baptêmes parmi les indigènes, fut reconnu par les autorités ecclésiastiques. La statue fut couronnée à la demande de Jean XXIII en 1959. On la vénère sous le vocable de Notre-Dame qui nous a nourris (en dialecte local : Notre-Dame de Namacpacan). C’est un lieu de pèlerinage très fréquenté dans la région. (NDLR.)

[11] — Congrégation du Cœur Immaculé de Marie.

[12] — Cette abréviation signifie : docteur en théologie.

[13] — Séminaire de la société des Missionnaires du Verbe Divin (Societas Verbi divini). (NDLR.)

[14] — Université pontificale fondée par les dominicains en 1611. C’est la première université fondée en Asie. Elle fut fondée juste avant celle de Mexico et un siècle avant la première université du nord de l’Amérique, ce qui montre la vigueur de la civilisation chrétienne apportée par l’Espagne dans les terres qu’elle découvrait (c’est le 31 mars 1521 que Magellan, au nom de l’Espagne, avait planté la croix de l’Évangile dans ce pays). (NDLR.)

[15] — Rome a parlé, la cause est finie.

[16] — Ses soins pour le séminaire et les écoles, le type d’œuvres qu’il encourageait, tout cela montre que, pendant son épiscopat, Mgr Lazo, s’il n’avait pas perçu la nocivité des réformes issues de Vatican II, avait cependant une conception très traditionnelle de la vie de l’Église. Mgr Lefebvre avait eu un plan semblable pour redresser le diocèse de Tulle (on peut se référer à La Petite histoire de ma longue histoire), Vie de Mgr Lefebvre racontée par lui-même, publication du Courrier de Rome, 1999, chapitre 4, p. 82 à 86). Mgr de Castro-Mayer fit de même dans son diocèse de Campos au Brésil. Pendant ce temps, partout ailleurs, la plupart des évêques accumulaient les ruines en s’écartant des moyens traditionnels de l’Église pour courir vers des utopies destructrices. (NDLR.).

[17] — Ile du sud des Philippines.

[18] — Sur l’île de Mindanao.

[19] — Catholic Bishop Conference of the Philippines.

[20] — Mgr Lazo a établi la liste suivante des livres qui lui ouvrirent les yeux et préparèrent le terrain de sa conversion. On voit ici à quelle étude intense il s’est livré :

— Fahey Denis (Father) C.S.Sp., Le Corps mystique du Christ et la réorganisation de la société, Palmdale, California, Christian Book Club of America, 1995.

— Carré Marie, ES-1025. Mémoires d’un anti-apôtre, Rockford, Illinois, Tan Books and Publishers, Inc 1991.

— Fahey Denis (Father), La Royauté du Christ et la conversion de la nation juive, Palmdale, California, Christian Book, 1993.

— Gamber Klaus (Mgr), La Réforme de la liturgie romaine, ses difficultés et ses dessous, New York/ California, Una Voce Press, 1993.

— Davies Michael, La Révolution liturgique, vol. II : le concile du pape Jean, , Missouri, Angelus Press, 1977.

— Davies Michael, La Révolution liturgique, vol. III : La nouvelle messe du pape Paul, Texas, Angelus Press, 1980.

— Wiltgen Ralph (Rev.) S.V.D., Le Rhin se jette dans le Tibre – l’histoire de Vatican II, Rockford, Ilinois, Tan Books, 1985.

— Dillon Georges (Mgr) D.D., La Franc-maçonnerie démasquée, Palmdale, California, Christian Book, 1950.

— de Poncins Léon vicomte, La Franc-maçonnerie et le Vatican, California, Christian Book, 1968.

— Davies Michael, Apologie de Mgr Marcel Lefebvre, vol. I et II, Texas, Angelus Press, 1983.

— Lefebvre Marcel (Mgr), Lettre ouverte aux catholiques perplexes, Missouri, Angelus Press, 1986.

Conspiration contre la vie – conclusion évidente d’Evangelium vitæ, Two Hearts Media Organization, 1996.

— Amerio Romano , Iota Unum, Une étude des changements dans l’Église catholique au XXe siècle, Sarto House, Kansas, Missouri, 1996.

— Le Roux Daniel (abbé), Pierre, m’aimes-tu ? Australia, Instauratio Press, 1989.

— La Tradition est-elle excommuniée ? Collection d’études indépendantes, Angelus Press.

— Martin Malachi, Les Jésuites, La trahison de l’Église catholique.

— Omlor Patrick Henry, Sur la validité du missel anglais.

— Dietricht von Hildebrand, La Vigne dévastée.

— Radecki, Ce qui est en tain d’arriver à l’Église catholique.

— Encycliques Humanum genus de Léon XIII, sur la franc-maçonnerie ; Pascendi Dominici gregis de saint Pie X, sur le modernisme ; Mortalium animos de Pie XI, sur le faux œcuménisme ; Mediator Dei de Pie XII, sur la sainte liturgie.

[21] — Nous publions cette lettre en annexe, avec une lettre de l’archevêque de Capiz.

[22] — « Là où est le pape, là est l’Église. »

[23] — Conférence épiscopale des évêques des Philippines.

[24] — Mgr Lazo s’était en effet rendu aux ordinations à Écône, puis il avait visité plusieurs lieux de culte traditionnel en France et en Italie. Le nonce apostolique à Manille avait essayé d’intervenir pour bloquer le visa de Mgr Lazo et l’empêcher de se rendre à Écône. Plus tard, Mgr Lazo fera une tournée de conférences aux États-Unis, et se rendra à Fatima le 22 août 1997 pour une cérémonie de consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie avec les quatre évêques sacrés par Mgr Lefebvre. Parmi ses autres voyages apostoliques après sa conversion, il ira conforter les fidèles traditionnels d’Australie où il fut l’hôte du séminaire de la Fraternité en mai 1996, et se rendit en Inde en 1997.

[25] — Prêtre consacrant sa vie à faire connaître le message de Fatima, et très proche des milieux traditionnels. Mgr Lazo a soutenu publiquement le père Grüner dans ses difficultés avec certains membres de la hiérarchie officielle.

[26] — Le cardinal Sin avait organisé cette réunion avec les autres religions, pour prier pour la paix civile dans le pays au moment des élections présidentielles de 1998.

Informations

L'auteur

Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Marc Vernoy a exercé son ministère au États-Unis et en France.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 34

p. 89-112

Les thèmes
trouver des articles connexes

Histoire de la Tradition : Le Combat pour la Messe et la Foi depuis 1970

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page