Aspect médical approfondi
de la passion de Jésus
sur la croix
par le Dr Jean-Maurice Clercq
A mesure que s’effectue la reconnaissance de l’authenticité historique et scientifique du linceul de Turin comme étant bien celui de Jésus‑Christ, il a semblé opportun d’actualiser et d’approfondir les connaissances médicales de la passion et de la mort de Jésus à la lumière des derniers apports de la médecine légiste et de la traumatologie.
On constate alors une conformité rigoureuse et totale entre les textes évangéliques relatifs à la passion, les observations relevées sur les reliques scientifiquement attribuées à la passion (linceul de Turin et suaire d’Oviedo) et les conclusions de la traumatologie et de la médecine légiste.
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A LA LUMIÈRE des dernières connaissances médico-légistes, il devient intéressant d’examiner les linges qui nous sont parvenus et qui sont reconnus sur le plan scientifique comme provenant bien de la même passion et ayant été en contact avec le même cadavre, le linceul de Turin et le suaire d’Oviedo, pour essayer de reconstituer la passion sous l’angle médical.
• Le suaire d’Oviedo *
Cette pièce de lin, mesurant 53 x 83 centimètres, ne porte pas d’image, mais des taches et des traces ensanglantées. Elle est conservée dans la cathédrale d’Oviedo, en Espagne, depuis l’an 812. Elle est présente en Espagne depuis la première moitié du VIIe siècle.
Les analyses scientifiques et médico-légistes effectuées sous l’égide du Centre espagnol de sindonologie, de 1989 à 1994, ont démontré par la coïncidence géométrico-anatomique, que ce morceau de tissu avait été posé sur la tête du même cadavre que celui qui avait été contenu dans le linceul : Jésus de Nazareth. Il avait été posé en enroulement, sur la croix, aussitôt après le coup de lance, et avait été retiré au moment de la mise en linceul.
Il donne des renseignements très précieux, entre autres, sur la pathologie pulmonaire traumatique entraînée par la flagellation.
• Le linceul de Turin
Le linceul de Turin (communément appelé, à tort, « suaire ») est une toile de lin mesurant environ 4,30 mètres de long sur 1,10 mètre de large.
Ce linge a contenu le corps de Jésus de Nazareth au tombeau. Il porte deux images mystérieuses attribuées au Christ, l’une de face, l’autre de dos, avec tous les stigmates de la passion tels qu’ils sont décrits dans les Évangiles. Ces images sont du type « négatif photographique » à propriété tridimensionnelle dont l’origine demeure toujours inexpliquée.
— I —
Les conséquences de la flagellation
Il y a plus de 50 ans, le docteur Pierre Barbet avait commencé l’étude du linceul sous l’angle médical. Nous ne reviendrons pas ici sur ce qu’il a dit concernant l’enclouement des mains et des pieds. Son étude mérite cependant d’être approfondie pour ce qui est de la flagellation et des phénomènes pathologiques provoqués par la crucifixion. Les dernières connaissances médicales que nous communiquons au lecteur sont dues aux progrès de la médecine spécialisée en traumatologie.
• Le supplice de la flagellation et ses traumatismes
Après avoir été livré entre les mains des soldats romains, Jésus eut à subir le supplice de la flagellation.
Le linceul nous indique que cette flagellation a été effectuée avec une extrême violence.
Les mains attachées à l’anneau fixé au sommet d’une colonne et les jambes écartées, le corps de Jésus a été systématiquement lacéré par les deux lanières d’un fouet dont les extrémités étaient lestées de deux boules de plomb.
Ce fouet typiquement romain, le flagrum, fouet à deux lanières et manche court, était destiné à punir les soldats par une flagellation de cinq, dix, voire vingt coups de fouets. Chaque coup porté sur le corps laissait une trace précise en forme de double haltère. Si la force de frappe des lanières étaient nettement moins importante que celle d’un fouet normal parce que leur longueur était plus courte (de l’ordre de 60 cm), ces lests permettaient aux lanières de s’enrouler avec violence autour des membres et les boules de plomb venaient alors terminer leur course en s’incrustant durement dans la chair et les muscles.
Rappelons que cette flagellation a été perpétrée :
— sur un personnage d’une grande sensibilité psychologique et physique,
— sur un corps déjà affaibli par l’agonie morale de la nuit de Gethsémani (donc ayant une résistance moindre à la douleur),
— sur un corps dont la peau était devenue hypersensible, car elle s’était transformée en une fine plaie superficielle par suite de la sueur de sang (hématidrose) de Gethsémani,
— sur un corps affaibli par le jeûne et par les coups reçus lors de l’interrogatoire musclé devant le grand-prêtre.
La violence de la flagellation, telle que nous pouvons la reconstituer grâce au linceul et au suaire d’Oviedo, nous permet de restituer les pathologies traumatiques suivantes :
– de violentes douleurs brûlantes et névralgiques à la surface du corps ;
– des contractures des muscles traumatisés ;
– un hydropéricarde ou œdème du péricarde (séreuse qui enveloppe le cœur) ;
– une pleurésie ou œdème de la plèvre des poumons.
Le cœur et les poumons se trouvaient donc serrés comme dans un étau. Nous sommes en présence d’une insuffisance cardiaque et respiratoire.
• Le nombre de coups
Le linceul ne permet pas de compter en totalité les coups reçus, car les images latérales du corps ne sont pas imprimées sur le linge, excepté les faces externes des bras et des avant-bras.
On a quand même réussi à dénombrer environ une centaine de coups à partir des traces visibles. On retrouve deux axes de flagellation : y avait-il un ou deux flagellateurs qui opéraient simultanément ? Ou bien se sont-ils relayés ? Toujours est-il que tout indique que la flagellation a été portée avec une violence inouïe qui aurait pu ou dû entraîner un malaise vagal pouvant déboucher sur une syncope mortelle.
Une flagellation violente et importante engendre un état de défaillance cardiaque et respiratoire avec angoisse, épuisement et essoufflement intense. Le rythme cardiaque augmente alors considérablement. Mais, dans certains cas, cet état de détresse peut entraîner immédiatement une syncope vagale d’origine cardiovasculaire due à un ralentissement trop important du rythme cardiaque (qui serait descendu de 70 à 30, voire 20 pulsations à la minute ; ceci se produit lorsque l’œdème cardiaque survient très rapidement, ce qui comprime le cœur et bride son battement) pouvant déboucher sur le risque de mort subite par arrêt cardiaque et respiratoire.
C’est sans doute pour cette raison que, lorsqu’une flagellation était exécutée par les soldats du Temple, le nombre de coups de fouet ne pouvait pas dépasser 40, car, au-delà, on savait qu’elle pouvait entraîner la mort. Aussi, la loi judaïque en limitait-elle le nombre à 39 pour être sûre de ne pas transgresser cette interdiction [1].
Mais les soldats romains, n’étant pas concernés par cette restriction, n’ont arrêté leur fureur persécutrice que devant la crainte de faire mourir leur victime innocente effondrée sous les coups.
• L’insuffisance cardiaque
L’insuffisance cardiaque de Jésus est confirmée sur le linceul par l’examen de la plaie du cœur.
La flagellation thoracique subie par Jésus a provoqué une péricardite (inflammation de la membrane qui enveloppe le cœur) qui, après un stade très court d’hyperhémie n’excédant pas quelques heures, amène un épanchement de liquide séreux rapide et abondant (hydropéricarde). Le cœur se trouve alors serré comme dans un étau, ce qui déclenche des irrégularités graves du rythme cardiaque avec une accélération importante du pouls.
Cette péricardite séreuse traumatique réalise ce que l’on appelle en urgence médicale un tableau de « tamponnade » (compression aiguë du cœur liée à un épanchement dans une enveloppe inextensible, le péricarde).
Les signes cliniques généraux en sont :
– une angoisse intense ;
– une prostration ;
