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Courrier des lecteurs

 

 

L’usage du mot « orthodoxe »

 

 

Nous avons reçu d’un lecteur la lettre suivante :

 

 

Mon Révérend Père,

 

Lecteur assidu de votre revue, j’apprécie sa clarté, sa précision, son orthodoxie.

Je me permets de vous poser la question suivante :

Sauriez-vous m’expliquer pourquoi tout le monde […] emploie le mot « orthodoxe » pour désigner les adeptes de la secte schismatique hétérodoxe, excommuniés en 1054 ?

Que les dits schismatiques se proclament aux-mêmes « orthodoxes », c’est de bonne guerre.

Que les vrais catholiques reprennent cette appellation mensongère, voilà qui m’étonne et me choque toujours. S’agit-il d’une mauvaise habitude, d’un relâchement progressif du langage ? Depuis quand, et pourquoi, des catholiques se laissent-ils aller à nommer « orthodoxes » des gens qui ne le sont pas ? […]

(Lettre signée.)

 

*

 

Voici le texte que le père Damien-Marie, de la Fraternité de la Transfiguration (36220 MERIGNY) a bien voulu nous adresser en réponse à la question posée :

 

 

Monsieur,

 

Les pères du Couvent d’Avrillé se sont permis de me transmettre la lettre que vous leur avez envoyée le 6 août dernier, jugeant que je serais à même d’y répondre de façon satisfaisante. J’ai eu en effet l’occasion, dans la Simandre, publication de ma communauté, de donner quelques articles sur la différence entre catholiques et « orthodoxes », articles qui paraîtront sans doute dans Le Sel de la terre, quand j’aurai trouvé le temps de les retravailler. Ma communauté a pour intention de prière principale – s’inspirant de l’œuvre d’un prélat roumain converti au catholicisme, Mgr Vladimir Ghika (1873-1954) – le retour à l’unité catholique de ceux qui en sont séparés, spécialement ceux qu’on nomme « orthodoxes ». Cela vous explique que nous soyons tournés vers ce monde des chrétiens d’Orient, et que les pères d’Avrillé m’aient ainsi sollicité.

Votre question ne me semble nullement oiseuse, mais y répondre n’est guère aisé. Il m’a déjà été donné de chercher depuis quand et à quelle occasion on s’est mis à opposer les deux termes de « catholique » et « orthodoxe », mais aucun des livres (catholiques ou non) que j’ai consultés n’y répond de façon claire ni même ne pose la question de cette façon. La raison en est, d’après moi, que cette opposition de termes ne s’est introduite que progressivement, l’usage dirimant petit à petit ce qui au départ n’était nullement antinomique.

Il est vrai cependant que les catholiques se veulent et sont pleinement orthodoxes, au sens étymologique et vrai du terme : « adhérant à la droite doctrine ». Je n’en veux pour preuve que le début du canon de la messe romaine : …et omnibus orthodoxis atque catholicæ et apostolicæ fidei cultoribus… De fait, et ce seul argument doit nous suffire, les documents officiels du Saint-Siège ont, jusqu’à une époque récente, soigneusement évité d’employer ce terme d’« orthodoxes » pour désigner les chrétiens orientaux séparés de Rome.

De leur côté, ces derniers confessent le Credo de Nicée-Constantinople, et donc la catholicité de l’Église ; aussi se veulent-ils catholiques et nous reprochent-ils de confisquer à notre seul usage ce terme de catholiques… préférant nous désigner par le vocable d’« Église romaine ». Leurs prétentions à ce sujet ne vous troublent sans doute pas, vu le caractère incomparablement plus catholique, c’est-à-dire universel, des enseignements et des œuvres de l’Église romaine à travers les siècles, en comparaison de ceux des Églises grecques et russes (encore que l’honnêteté historique nous impose de reconnaître que les forces vives des chrétiens russes, au XIXe siècle et surtout au XXe siècle, avec la diaspora issue des persécutions communistes, se sont assez bien dégagées de l’impasse d’une Église nationale et soumise à un césaropapisme extrêmement choquant).

Quoi qu’il en soit, il est certain, et on doit le regretter, que les chrétiens orientaux séparés brandissent cette appellation d’orthodoxes comme un drapeau, manifestant ainsi leur volonté d’être fidèles à la tradition doctrinale la plus sûre, d’après eux : celle des sept premiers conciles œcuméniques. Vous savez sans doute aussi bien que moi combien cette fidélité restrictive est contestable (voir mon article à paraître). Est-il possible pour autant de modifier les appellations séculaires ? Sans doute pas. De même qu’on n’empêchera pas les confessions issues de la révolte de Calvin de se nommer « Églises réformées » (quoi qu’elles ne puissent être considérées ni comme des manifestations d’une authentique réforme, ni même comme des Églises), on ne pourra interdire aux Orientaux non catholiques de se dénommer « orthodoxes ».

Tout ce qu’on peut faire, c’est se conformer à la terminologie traditionnelle de la curie pontificale, qui réserve l’appellation d’« Églises » à des confessions chrétiennes bénéficiant de la transmission apostolique (les Églises orientales schismatiques qui se sont séparées de Rome à l’occasion des événements de 1054 et 1204 – à Constantinople – voire de 1448 – à Moscou – sont dans ce cas), mais qui leur refuse le titre d’« orthodoxes » – ce qui est conséquent avec notre foi catholique, laquelle constate quelques déviations doctrinales ou disciplinaires dans ces Églises qui ont rompu leurs liens avec l’autorité ecclésiastique suprême.

Les mots ne sont jamais anodins. Ces Églises montrent, par leur attachement à ce terme d’« orthodoxe », qu’elles y voient la justification de leur rupture : la fidélité à une doctrine dont les Latins auraient dévié.

Pour défendre la vérité, et donc pour manifester à ces égarés la véritable charité, il importe à tout le moins, de ne pas prêter le flanc à des objections fondées uniquement sur des confusions de langage – ce qui n’est pas facile, vu l’usage courant du terme en question.

 

 

*

  

A propos du lieu

de naissance de saint Martin

 

 

Un lecteur nous envoie de Hongrie les précisions historiques suivantes :

 

 

Kaposvar, Le 1er juillet 2000

 

Mon Père,

 

[…] J’effectue un séjour de trois mois en Hongrie. Je désirais retrouver et visiter les deux lieux où « l’apôtre des Gaules » serait né. Il existait deux « Sabaria » à l’époque romaine. Le premier est situé actuellement à 13 kilomètres de la frontière autrichienne (Styrie). Il s’agit de Claudia Colonia Sabaria, fondée en 43 après Jésus-Christ par l’empereur Claude, qui nous a légué un important patrimoine de cette époque : une partie est visible en plein air, un temple consacré à Isis, des tronçons partiellement reconstitués de la route de l’Ambre (qui allait de la mer Balthique à la mer Méditerranée), des vestiges d’édifices publics et quelques mosaïques tandis que les vestiges les plus précieux sont conservés au « Sabaria Muzeum ». Cependant, en 456, au crépuscule de l’Antiquité, cette brillante et prospère agglomération fut littéralement détruite par un tremblement de terre désastreux d’où son nom médiéval : « Stein-am-Anger » (en allemand signifie « pierres dans les prés »). Cette ville aujourd’hui appelée Szombathely (hely = lieu et szombat = samedi), un important marché s’y tenait le samedi, est le chef-lieu du comitat de Vas (fa en français), avec environ 90 000 habitants. Elle conserve de vieux édifices baroques comme sa cathédrale et le palais épiscopal. Rappelons qu’en 1777, l’Impératrice Marie‑Thérèse, mère de Joseph II et de Marie-Antoinette fonda les deux évêchés de Szombathely et de Székesfehérvar. On retrouve de cette époque un prestigieux séminaire avec une bibliothèque très riche. Ses deux premiers évêques Szily Janos (1777-1799) et Herzan la remplirent de très nombreux livres : la part des livres français est non négligeable avec une nette préférence pour Lamennais et Mgr Dupanloup Félix, évêque d’Orléans et membre de l’Académie Française tandis que manquent à l’appel, le cardinal Pie, Mgr Freppel, dom Guéranger, Louis Veuillot… On y trouve d’intéressants ouvrages sur saint Martin : évidemment la « Vitas Sancti Martini » de l’historien romain Sulpice Sévère, « Saint Martin » de l’archiviste paléographe Lecoy de la Marche et une petite histoire populaire du tombeau de saint Martin, par Bataille.

Dans la partie sud de la ville, on trouve une église d’apparence modeste mais d’origine fort ancienne. Elle occupe l’emplacement d’un ancien cimetière romain sur lequel on a dégagé les vestiges d’une habitation qui pourrait très bien être celle des parents de saint Martin. Bien qu’il y ait d’écrit dans une petite chapelle consacrée à saint Martin les mots suivants : « Mic natus est sanctus Martinus », on est dans le domaine des hypothèses et des suppositions. Mais saviez-vous que cette église Saint‑Martin (Szent Marton templon) devint à partir de 1638 un monastère dominicain ? Celui-ci eut une brillante histoire qui s’interrompit brutalement vers 1950 en raison de l’installation du communisme en Hongrie. A cette époque, des soldats armés firent irruption dans le cloître, arrêtèrent et expulsèrent les moines dominicains. De nos jours, on peut voir le cloître encore intact, lire l’histore de l’édifice mais les moines n’ont pas réinvestis les lieux.

L’autre lieu également nommé Sabaria se situe vers le nord-est par rapport à Szombathely. Actuellement, il est à 15 km au sud-est de la ville épiscopale de Gyor (visible depuis ce lieu), à proximité des frontières slovaque (au nord du Danube) et autrichienne (au nord-ouest, Burgenland). Il s’agit d’une imposante colline, à caractère défensif occupant un lieu stratégique, et donc habitée depuis la nuit des temps par l’homme. A l’époque romaine, ce lieu n’est situé qu’à une vingtaine de kilomètres du « Limes », marqué par le Danube. A l’époque, « le Limes » marquait la limite entre le monde civilisé (c’est-à-dire l’empire romain) et des terres vastes et largement inconnues, habitées par des « Barbares » qui attirés par les richesses de l’Empire romain, multipliaient les incursions dévastatrices et ravageuses. Alors Rome concentrait un maximum de troupes et de garnisons permanentes afin de protéger la frontière de ces « barbares » tant redoutés. Il y avait donc une agglomération importante sur le versant occidental de la colline. Les fouilles ont dégagé une importante habitation, attribuée à tort ou à raison aux parents de saint‑Martin. On a également retrouvé les chariots de constructions ainsi qu’un grand nombre de pièces de monnaies romaines, marquées « S.A.B. ». Apparemment, les parents de saint Martin possédaient un vaste terrain, ce qui s’expliquerait par une loi de l’empereur Sévère Alexandre (dernier représentant de la dynastie des Sévère) qui concédait des terrains aux militaires dont les enfants servaient dans l’armée. Actuellement, je suis dans l’incapacité totale de me prononcer sur le lieu de naissance de saint Martin : c’est la Pannonie, mais le lieu exact, allez savoir ! Dès le haut Moyen Age, cette prestigieuse colline, appelée « Mons sacer Pannoiae » (Mont sacré de Pannonie) fut consacrée au « Soldat du Christ ».

Vers 776, le monastère italien du « Monte Cassino » (fondé par saint Benoît), qui tenait de son fondateur un profond respect à saint Martin envoya en ce lieu une petite colonie de moines, afin d’évangéliser les populations locales et introduire la culture européenne.

A la même époque, l’érudit d’origine anglaise, Alcuin, placé par Charlemagne à la tête de la prestigieuse abbaye de Saint-Martin à Tours demanda à l’évêque de Salzbourg (Autriche) de s’associer ces moines venus d’Italie. Quelques années plus tard, on trouva en ce lieu sacré une petite colonie de moines bénédictins, à la grande satisfaction d’Alcuin.

Pourtant en 996, le grand duc hongrois Géza (père du premier roi hongrois et grand évangélisateur, saint Étienne) fonda l’archi-abbaye bénédictine de Pannowhalma. Elle fut d’ailleurs consacrée cinq ans plus tard, en l’an 1 001, par le roi saint Étienne qui la dote d’une charte de privilège, afin d’honorer et d’exécuter un vœu fait à saint Martin de Tours. Elle fut et est toujours de nos jours le siège de l’ordre bénédictin en Hongrie. Paradoxalement durant la période communiste et le « Kadarisme », elle était la seule abbaye hongroise en fonctionnement si bien que l’ensemble des congrégations monastiques (cistercien, franciscain, dominicain et autre…) s’y était réfugié et rassemblé. Apparemment, les moines de cette abbaye avaient fait allégeance ou du moins s’étaient accommodés du système politique hongrois de l’époque. Disons qu’ils ont été très dociles ce qui a peut-être assuré leur maintien. On observe également la même docilité, la même obéissance absolue pour ne pas dire servilité totale vis-à-vis du monstrueux « Concile de Vatican II » et « du nouvel Ordo Missae », de 1969, imposé par Paul VI.

(Lettre signée.)

 

 

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 35

p. 244-247

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