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Histoire de l’Écosse

Aux origines d’un peuple

et d’un royaume

 

La Calédonie entre dans l’histoire en 79, lors d’une expédition romaine au nord de l’Angleterre. L’historien Tacite fit connaître cette campagne car Agricola, chef de l’expédition, était son beau-père. Les tribus calédoniennes, Scoti et Picti (le mot Picte indique l’usage de peintures de guerre), refusèrent farouchement la civili­sation romaine ; on se contenta de les contenir par des fortifications, murs d’Hadrien et d’Antonin, mais, s’il y eut des camps, jamais ville romaine ne fut fondée en Écosse.

Entre le Ve et le Xe siècle s’étend « l’âge sombre » (dark age), fait d’invasions, mais au IXe siècle, le pays est unifié par les rois scots. Il ne faudrait pas croire, cepen­dant, que l’Écosse est toute celtique : Anglo-Saxons, Norvégiens et Danois s’ins­tallèrent à côté des Scots venus d’Irlande. Si le gaëlique est une langue celtique, le scot, langue écossaise, est anglo-saxon. Au VIe siècle, les Scots d’Irlande apportent le christianisme qui avait été introduit chez eux par un homme originaire du sud de l’Écosse mais romanisé, le Briton Patricius qui devint saint Patrick. La tendance au particularisme religieux qui devait tant pe­ser sur le pays apparaît dès les premiers temps : les disciples de saint Patrick refu­sent la liturgie romaine apportée aux Saxons par l’évêque Augustin, envoyé par Grégoire le Grand. Malgré un synode en 664, il faudra attendre 716, ralliement des disciples de saint Colomban, pour que l’ensemble du clergé écossais adopte la li­turgie romaine.

 

L’Écosse indépendante

ou vassale de l’Angleterre ?

 

A partir du XIe siècle, l’Écosse apparaît bien petite à côté de l’Angleterre unifiée sous les Plantagenêts qui possèdent la Normandie et bientôt de nombreuses autres provinces françaises. Le règne de Malcom III, un grand règne grâce à la reine Marguerite – sainte Marguerite – fi­nit par une défaite face aux Anglais où le roi perdit la vie. Au XIIe siècle, nous avons le règne brillant de David Ier, mais pendant lequel l’influence anglaise grandit encore. On voit arriver au premier plan de nom­breuses familles normandes, par exemple les Bruce dont un descendant jouera un rôle essentiel dans l’indépendance écos­saise !

 

L’indépendance perdue et retrouvée

 

A la mort d’Alexandre III, en 1286, son héritière a deux ans et le pays tourne à l’anarchie et les « gardiens d’Écosse », sorte de conseil de régence, appellent au secours le grand-oncle de la reine, le roi d’Angle­terre Edouard Ier, qui rêve d’unifier l’île sous son sceptre en préparant le mariage de la reine d’Écosse avec son héritier. Mais la petite reine meurt. C’est alors le règne de Jean Balliol qui, humilié par son suzerain anglais, a l’idée d’une alliance avec la France pour préserver son indépendance : ce sera l’Auld Alliance, la Vieille Alliance de 1295. Sur le moment, l’Écosse n’en tirera aucun profit car les Anglais envahirent si rapidement le royaume du Nord que Phi­lippe le Bel n’eut pas le temps d’esquisser une aide. L’Écosse conquise résista. Ce fut l’épopée de William Wallace, puis, après bien des péripéties, la victoire de Ro­bert Bruce à Bannockburn (1314), qui rendit au royaume son indépendance. La Vieille Alliance ne fut pas un vain traité. Si la France aida à plusieurs reprises l’Écosse par des manœuvres de diversion, cette dernière apporta aussi son aide : pendant la guerre de Cent Ans, en 1421, un corps ex­péditionnaire écossais défit une armée an­glaise à Baugé.

 

La rupture religieuse

 

L’Écosse connut par moments une vie intellectuelle brillante et possédait au XVe siècle trois universités : Saint An­drews, Glasgow et Aberdeen. Après avoir enseigné à Paris, Mathieu d’Écosse devint chancelier du royaume. On connaît le franciscain Duns Scot. Venue d’Angleterre, l’hérésie de Wyclif troubla le royaume du Nord mais fut sévèrement réprimée : John Resby fut brûlé à Perth en 1407, le médecin tchèque Paul Crawar, qui tentait de prêcher les thèses hussites, subit le même sort à Saint Andrews en 1433. Mi­chel Duchein nous dit qu’au XVe siècle, l’hérésie était « marginale, insignifiante » (page 170).

Le royaume est marqué par un pro­fond nationalisme religieux qui ne sera pas étranger aux progrès des thèses hostiles à Rome. En 1472, par exemple, l’érection de l’évêché de Saint Andrews en archevêché métropolitain par Sixte IV « fut ressentie comme une victoire sur l’Angleterre ».

En 1511, Jules II forma avec l’Espagne et l’Angleterre la Sainte Ligue pour chasser les Français d’Italie ; Louis XII chercha alors à raviver la « Vieille Alliance ». Or, Henri VIII entretenait avec l’Écosse des re­lations qui allaient en se dégradant. Profi­tant de son alliance avec la France, Jacques IV, qui souhaitait la guerre, enva­hit l’Angleterre mais fut écrasé à Flodden Field en 1513. Le roi fut tué ainsi que l’ambassadeur de France. L’Écosse était perdue, mais Henri VIII fit la paix avec Louis XII. Après un rapprochement forcé avec sa voisine, l’Écosse rentra dans l’alliance française, mais s’ouvrait une pé­riode d’incertitudes et de troubles à cause des ambitions des grands. Enfin, devenu majeur, Jacques V prit les affaires en main et épousa Marie de Guise. Henri VIII tenta de le détourner de sa fidélité à Rome puis le menaça : « Le roi d’Écosse oublie que j’ai encore en main le bâton qui a rossé son père » (page 190). Recommençant l’erreur de celui-ci, Jacques V envahit l’Angleterre en 1534, mais ses 15 000 soldats furent dispersés à Solway Moss par les 40 000 hommes d’Henri. Désespéré, sa raison chancelant, Jacques V meurt à 30 ans as­sisté du cardinal Beaton.

Ce cardinal, artisan du mariage avec Marie de Guise, était le champion du ca­tholicisme face aux hérésies venues d’Alle­magne et de Genève : « Très vite, le tradi­tionnel antagonisme entre parti anglais et parti français se double, dans les années 1540, d’un conflit religieux » (page 195). Le livre que nous suivons, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, balaie les clichés de clergé dépravé, de « terreur spirituelle » ca­tholique et de montée irrésistible du pro­testantisme que les historiens écossais ont imposés. « Une caractéristique du protes­tantisme écossais, comparé à celui (ou à ceux) du continent, est sa pauvreté théolo­gique » (page 197).

Les troubles politiques et le poids du grand royaume voisin vont favoriser la Ré­forme. Jacques V avait désigné le cardi­nal Beaton comme régent, mais certains grands personnages, conseillés par l’ambas­sadeur d’Angleterre Sadler, s’insurgèrent contre le catholique et francophile cardinal. Beaton en résidence surveillée, Henri VIII vieilli conçut un moyen d’en finir avec l’indépendance écossaise : marier la jeune Marie Stuart au prince de Galles. Beaton s’échappa et réorienta la politique écossaise vers l’alliance française avec l’appui de la reine mère, Marie de Guise. Une flotte française fait passer en Écosse un légat pon­tifical, des troupes avec de l’artillerie et de l’or. Mais le pays va encore se trouver af­faibli par les troubles religieux. Livres et prédicateurs venaient du Sud. Beaton fit pendre quatre hommes qui avaient troublé la célébration de la messe par leurs blas­phèmes ; en mars 1546, il fit brûler le pré­dicateur George Wishart, ami et disciple de Calvin. Mais, le 28 mai, un groupe résolu s’introduit par ruse dans le château de Saint Andrews, assassine le cardinal dans son lit, se retranche dans les lieux, bientôt rejoint par d’autres partisans de la Ré­forme, dont John Knox qui qualifia le meurtre d’« acte à la gloire de Dieu ». Une flotte française, envoyée par Henri II, vint aider à reprendre le château et c’est ainsi que John Knox, le Calvin écossais, connut les galères du roi de France. Bientôt libéré, ce très médiocre théologien alla passer dix ans en Allemagne, en Suisse et en Angle­terre. L’indépendance de l’Écosse catho­lique a été sauvée par la régente Marie de Guise et par la France mais, dans leur par­ticularisme exacerbé, les Écossais commen­cent vite à trouver leurs alliées encom­brantes et ils retourneront vite à la guerre civile (qui semble être un de leurs sports favoris).

Le protestantisme faisait des progrès chez les bourgeois et les artisans des villes et séduisait certains nobles qui convoitaient les biens ecclésiastiques. A la fin de 1557, une quinzaine de lords convertis formèrent contre le pouvoir de la régente une alliance connue sous le nom de Congrégation. Le 1er septembre 1558, fête de saint Gilles, patron d’Edimbourg, les calvinistes détrui­sirent la statue du saint et maltraitèrent les prêtres qui la portaient. L’émeute défia la régente. Peu après, la protestante Élisabeth succédait à la catholique Marie sur le trône d’Angleterre. John Knox rentre en Écosse ; il soulève à Perth une foule qui pille églises et couvents ; les protestants se placent sous la protection de l’Angleterre, Marie de Guise meurt. Par le traité d’Édimbourg les Français doivent quitter l’Écosse : c’est la fin de la Vieille Alliance qui remonte au XIIIe siècle. C’est aussi la fin de dix siècles de catholicisme car, dans cette même année 1560, le Parlement interdit la messe que John Knox exècre et adopte une confession de foi rédigée par ce même hérésiarque. « Fille spéciale de l’Église de Rome », l’Écosse devient le bastion du calvinisme. « Fin de l’alliance française, fin de l’identité catholique, l’été 1560 marque bien une des grandes ruptures de l’histoire écossaise. » Dans sa page 213, Michel Duchein constate sans aller au bout des choses : coupée de Rome et de Paris, l’Écosse va tomber sous la domination de l’Angleterre, même si, par des lois de succession, l’inverse semble se produire quand les Stuart règnent un jour à Londres. En tra­hissant la foi de leur baptême, John Knox et ses semblables ont aussi trahi leur patrie. L’Acte d’union de 1707, qui scelle la fin de l’indépendance, est la punition de 1560.

Le règlement de 1690, qui instaure un compromis entre les presbytériens, parti­sans d’une Église autonome se gouvernant par des assemblées élues, et les épiscopa­liens, proches de l’organisation anglicane, est imposé de Londres par le roi hanovrien.

 

Le dernier sursaut

 

L’Écosse n’accepta pas la « Glorieuse Révolution » de 1688 qui chassa les Stuart qu’elle aimait, même quand ils proté­geaient le catholicisme. Pour les Écossais, Guillaume d’Orange et ses successeurs n’étaient que d’affreux usurpateurs et les tentatives de soulèvement ne manquèrent pas. La dernière parut réussir quand le prince Charles-Édouard parvint avec ses montagnards jusqu’à Derby, à 200 kilomètres de Londres livrée à la pa­nique. Mais, réflexe de paysan qu’on voit dans nos guerres de l’Ouest, les highlanders victorieux voulurent rentrer chez eux. Après une déplorable retraite, ce fut la dé­faite de Culloden, dernière bataille livrée à ce jour sur le sol britannique, la répression terrible du « boucher Cumberland », vaincu récemment à Fontenoy et mainte­nant triomphant.

« L’Écosse est définitivement entrée dans la Grande-Bretagne hanovrienne » (page 359). Laissons là le livre de Mi­chel Duchein qui parlera encore de culture mais surtout de questions sociales et d’éco­nomie, l’Écosse n’étant plus qu’un mor­ceau du Royaume-Uni. Mais, après le réfé­rendum du 11 septembre 1997, l’Écosse peut de nouveau élire un Parlement dis­tinct de celui de Londres.

En raison d’un folklore qui doit beau­coup à Walter Scott et au romantisme, grâce à une longue alliance entre les deux royaumes, les Français croient connaître l’Écosse, mais une histoire sérieuse et com­plète comme celle de Michel Duchein, prouve qu’il n’en est rien. Il faut donc louer deux fois l’entreprise, parce qu’elle est bien menée et parce qu’elle comble un vide.

 

G. Bedel

 

 

Duchein Michel, Histoire de l’Écosse, Paris, Fayard, 1998, 16 x 24, 594 p., 180 F.

Informations

L'auteur

Converti à la foi catholique par la lecture de Bossuet durant ses années de lycée, Gérard Bedel (1944-2022) voua efficacement sa vie, sa voix et sa plume au service de Dieu, de la France et des lettres.

Pour réagir à l’exclusion de plus en plus prononcée des auteurs ou des thèmes catholiques par les manuels scolaires de l’éducation officielle, il entreprit dans Le Sel de la terre une série d’articles sur notre littérature chrétienne, qu’il ne put malheureusement achever.

Notice nécrologique dans Le Sel de la terre 120.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 35

p. 232-235

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