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+ Un dictionnaire de l’antiquité classique

 

Les éditions Robert Laffont ont réédité la traduction du Dictionnaire de l’Antiquité de l’université d’Oxford, un « classique » dont la première édition remonte à 1937, mais qui a été complètement remis à jour en 1989. Il s’agit d’un travail du plus haut intérêt, d’environ 3 000 articles, qui ré­pond aussi bien aux souhaits de l’historien qu’à ceux du linguiste. De plus, pour le lecteur français, l’Antiquité est présentée à travers des yeux britanniques qui portent des lunettes déformantes différentes des nôtres, ce qui sert à corriger notre vision des Grecs et des Romains et à enrichir notre connaissance de l’Antiquité. L’article « Grande-Bretagne » est d’une richesse qu’il n’aurait pas dans un travail composé dans un autre pays. Nous reviendrons sur les qualités de l’ouvrage.

Comme l’entreprise est née en dehors de l’université laïque qui contrôle la vie intellectuelle française, j’ai voulu lire d’abord la notice consacrée au plus illustre des personnages de l’Antiquité classique, connu de la terre entière, né sous Auguste et mort sous Tibère, mais j’ai éprouvé l’amère déception de ne rien trouver, ni à Jésus ni à Christ : le laïcisme universitaire existe donc hors de France. Saint Augustin a droit à 3 colonnes, saint Jérôme égale­ment, mais Cicéron en occupe 21 (dépassé seulement par l’article Grande-Bretagne, 24 colonnes). La Cité de Dieu, le livre latin le plus lu au Moyen Age, est analysé en une colonne quand on en consacre trois aux Annales de Tacite, un excellent ouvrage, mais qui ne présente ni l’ampleur ni la complexité du livre de saint Augustin. Ori­gène est absent ainsi que saint Jean Chry­sostome qui n’est même pas cité dans l’article sur l’art oratoire où l’on parle de Dion Chrysostome, professeur disert et philosophe de troisième ordre. C’est pour­quoi nous appellerons ce livre un diction­naire de l’Antiquité classique et non un dic­tionnaire de l’Antiquité tout court puisque, pendant les trois derniers siècles de l’exis­tence de l’Empire romain, le christianisme domina la vie culturelle des Anciens (sans parler de vie morale et de vie spirituelle). Traiter le christianisme antique comme un phénomène marginal représente un man­quement à la probité intellectuelle.

Puisque le parti pris de l’humanisme païen nous a irrité, nous ne résisterons pas au malin plaisir de relever quelques erreurs de traduction : dans l’article consacré aux armées antiques, on parle « d’Athéniens mâles », ce qui passe en anglais mais fait peu élégant en français. On dit aussi que les combattants homériques « commencent par jeter leur lance », alors que justement la lance ne se lance pas ; l’arme de jet porte le nom de javelot. Mais il ne s’agit que de broutilles dont il serait déplacé d’accabler les traducteurs qui sont venus à bout de plus de mille pages érudites sur deux co­lonnes.

Après les réserves que nous ne cesse­rons de faire jusqu’à ce que les universités reconnaissent au christianisme la place qui lui est due, prélude à leur retour à la foi, venons-en donc aux qualités de notre livre. Ayant à notre disposition l’édition anglaise de 1962, nous avons pu constater l’am­pleur de la mise à jour de 1989 : le public bénéficie du fruit des travaux historiques, archéologiques et philologiques les plus ré­cents (l’article « navires », par exemple, a été complètement refondu et tient compte des derniers travaux sur les rames et les ra­meurs).

Science et érudition dans l’Antiquité, détails d’institutions grecques et romaines, mythologie et littérature, tous les publics peuvent s’instruire ou se documenter dans des notices claires et agréables à lire ; jamais l’érudition n’est pesante. De nombreux ouvrages, livres d’histoire, traités de philo­sophie, discours, pièces de théâtre, sont présentés et analysés avec précision, ce qui est fort précieux. La rhétorique et la versifi­cation ne sont pas oubliées et l’on peut s’initier aux joies de la scansion grecque et latine grâce à l’article « mètre ». Nous de­vons aussi remercier le profes­seur Howatson et l’équipe qu’il a dirigée d’avoir écarté, dans la mise à jour, les élu­cubrations structuralistes qui dominent, par exemple, en France, les études grecques.

Nous oublierons donc les petites er­reurs de détail que nous avons pu relever et qui ne sont pas nombreuses, ce qui montre le sérieux de cette énorme entreprise. Nous regretterons, mais nous n’oublierons pas l’erreur volontaire de perspective qui fait du christianisme antique un phénomène secondaire qui intéresse peu la culture, et, pour la connaissance de l’Antiquité clas­sique, nous reconnaîtrons que ce diction­naire mérite de figurer dans une biblio­thèque comme un instrument utile.

 

G. Bedel

 

 

Université d’Oxford, Diction­naire de l’Antiquité, mythologie, littérature, civilisation, sous la direction de M.C. Howatson, Paris, Robert Laffont (Bouquins), 1993, 13 x 19,5, 1088 p., 159 F.

Informations

L'auteur

Converti à la foi catholique par la lecture de Bossuet durant ses années de lycée, Gérard Bedel (1944-2022) voua efficacement sa vie, sa voix et sa plume au service de Dieu, de la France et des lettres.

Pour réagir à l’exclusion de plus en plus prononcée des auteurs ou des thèmes catholiques par les manuels scolaires de l’éducation officielle, il entreprit dans Le Sel de la terre une série d’articles sur notre littérature chrétienne, qu’il ne put malheureusement achever.

Notice nécrologique dans Le Sel de la terre 120.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 35

p. 231-232

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