Dossier sur Jean XXIII
par l’abbé Michel Simoulin
Dans La Tradizione Cattolica, revue officielle du district d’Italie de la Fraternité Saint-Pie X (numéro 2 de l’an 2000 [1]) M. l’abbé Simoulin présentait aux lecteurs un dossier sur le pape Jean XXIII, en vue de la béatification (bien douteuse) qui a été prononcée le 3 septembre dernier [2]. Nous présentons ici à nos lecteurs un bref résumé de cette étude qui montre à l’évidence que, malgré sa réputation de bonté, Angelo Roncalli ne fut certainement pas un bon pape.
Nous remercions M. l’abbé Simoulin de nous avoir donné l’autorisation de publier ici un résumé de son travail. Nous signalons à nos lecteurs que la Fraternité Saint-Pie X aux États-Unis, dans sa revue The Angelus [3] de septembre 2000, a commencé la publication intégrale du dossier de M. l’abbé Simoulin sur Jean XXIII.
Le Sel de la terre.
Éditorial
C’EST dès le début de son pontificat que Jean XXIII a voulu manifester le nouveau visage qu’il donnait à l’Église. Il le fit par un certain nombre de gestes spectaculaires. Ainsi, le 31 octobre 1958, trois jours seulement après son intronisation, il reçut Roger Schutz, prieur protestant de Taizé et son théologien Max Thurian. Le Vendredi saint 1959, il fit enlever de l’oraison solennelle pour la conversion des juifs les mots perfidis (perfides) et perfidiam (perfide [4]). Au mois d’août de cette même année, il supprime aussi dans le texte de la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus, les expressions « ténèbres de l’idolâtrie et de l’islam » et, encore à propos des juifs, « fils du peuple qui fut autrefois le bien-aimé ». Le 13 juin 1960, il reçoit avec bienveillance Jules Isaac, juif, qui soutient la thèse qu’Israël n’a pas rejeté Jésus et que Jésus n’a pas réprouvé Israël. Le 17 octobre, il dit à un groupe des membres de l’United Jewish Appeal : « Je suis votre frère Joseph [5]. » Ensuite, il établit, comme il dit lui-même, « des contacts courtois avec les frères séparés des confessions diverses », si bien qu’il a pu dire en toute vérité, en recevant les observateurs non catholiques qu’il avait invités au Concile : « J’ai eu de nombreux contacts avec les chrétiens appartenant aux diverses dénominations. [...] Nous n’avons pas parlementé, nous avons parlé ; nous n’avons pas discuté, mais nous nous sommes aimés. » Enfin, autre geste très significatif, il convoqua pour les travaux du Concile des théologiens qui, avant son pontificat, étaient tombés en disgrâce, parmi lesquels Karl Rahner, Yves Congar et Henri de Lubac, qu’il invita personnellement.
La « bonté » du pape avait donc un but bien précis : ces gestes, qui ont tellement frappé les imaginations qu’on en parle encore aujourd’hui, n’ont pas été de simples expressions d’un sentiment naturel, ou des mouvements spontanés et improvisés, ils ont été les manifestations d’une volonté délibérée du pape Jean d’imposer à l’Église une nouvelle direction, de changer quelque chose dans l’attitude, dans le langage, et surtout dans la pensée des catholiques. Nous en avons la preuve évidente dans au moins deux textes majeurs : l’allocution Gaudet Mater Ecclesia du 11 octobre 1962 pour l’ouverture du Concile, et l’encyclique Pacem in terris du 11 avril 1963. Ces textes contiennent les principes mêmes qui gouvernèrent l’attitude du pape Jean : acceptation du nouvel ordre antichrétien des choses, nécessité de s’adapter aux temps nouveaux, refus de déplaire à qui que ce soit, aucun reproche ou condamnation à l’égard des erreurs, silence sur ce qui pourrait susciter des désaccords, des divergences ou des discussions. Aujourd’hui, l’Église « conciliaire » (selon l’expression de Mgr Benelli [6]) se nourrit des fruits amers produits par un concile auquel le pape Jean imposa avec fermeté, voire avec violence, son esprit : nous vivons tous les jours cette ouverture à tous et à tout, ce respect pour tous et pour tout, cet amour de tout et de tous, sauf du passé de l’Église et de sa Tradition où l’on ne trouve plus que des « péchés » à confesser devant le monde entier.
Introduction : La bonté roncallienne
On peut tout d’abord remarquer le caractère insolite du document de la Congrégation pour les causes des saints qui promulgua la déclaration d’héroïcité des vertus du pape Roncalli le 20 décembre 1989. Tandis que le document parallèle publié pour le pape Pie IX parle des vertus chrétiennes classiques (zèle pour les âmes, vie de prière intense, profonde vie intérieure), les « vertus » de Jean XXIII sont toutes nouvelles : l’œcuménisme avec les orthodoxes, les anglicans et d’autres protestants, le dialogue et la collaboration avec les juifs, sa doctrine sur l’évolution sociale etc. La seule vertu mentionnée qui puisse être reconnue comme catholique, est que le pape visita les hôpitaux et les prisons.
Mais notre étude consistera principalement à présenter et réfuter quatre sophismes qui résument la doctrine de Jean XXIII, doctrine quelque peu dissimulée, mais en réalité imposée avec force à toute l’Église. Ces quatre erreurs se trouvent textuellement dès le discours du pape pour l’ouverture du Concile, Gaudet Mater Ecclesia [7], discours que le professeur Alberigo [8] appelle « un acte d’une grande importance historique, certainement le plus important du pontificat de Jean XXIII [9]. » Par un discours de 35 minutes, Jean XXIII a donné au Concile sa vraie charte, et il a défini son esprit. Les paroles du « bon » pape sont d’une violence incroyable lorsqu’il réprouve tout pessimisme [10], lorsqu’il affirme la nécessité de tourner la page du passé, d’accepter le nouvel ordre des choses dans le monde.
Notre dossier comporte six parties : les quatre premières analysent les sophismes contenus dans le discours d’ouverture du Concile en les mettant en parallèle avec l’enseignement des papes précédents, les deux dernières développent le quatrième sophisme selon lequel il faut user de miséricorde plutôt que de sévérité et de condamnations.
Premier sophisme :
Un nouvel ordre de choses
est intervenu dans les rapports humains
Premier point : aujourd’hui, tout va mieux qu’auparavant
Nous lisons, dans le discours d’ouverture du Concile :
Il arrive souvent que, dans l’exercice quotidien de Notre ministère apostolique, Nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités ; ils ont coutume de dire que notre époque a empiré par rapport aux siècles passés. [...] Il nous semble nécessaire de dire Notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin.
Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l’Église, même les événements contraires [11].
Il est intéressant de comparer ces paroles avec quelques citations des prédécesseurs de Jean XXIII sur le trône de Pierre :
— Bienheureux pape Pie IX : « Nous avons condamné les monstrueuses opinions qui, surtout de nos jours, dominent pour le plus grand dommage des âmes et au détriment de la société civile elle-même [12]. » Dans ce document solennel, le pape Pie IX affirme donc que les idées actuellement dominantes dans le monde sont monstrueuses et causent le plus grand dommage aux âmes et à la cité temporelle. Jean XXIII se pose en complet désaccord avec ce genre de constatation. Le bienheureux pape Pie IX n’a pourtant pas été le seul à parler en ce sens :
— Léon XIII : « Domine en ce moment le dessein manifeste des ennemis de l’Église de faire la guerre la plus fière aux institutions catholiques. Ces faits significatifs présagent de tristes événements et font craindre qu’à ces temps malheureux en succèdent de plus calamiteux encore [13]. »
— Saint Pie X : « Peut-on ignorer la maladie si profonde et si grave qui travaille, en ce moment bien plus que par le passé, la société humaine et qui, s’aggravant de jour en jour et la rongeant jusqu’aux moelles, l’entraîne à sa ruine ? [...] Qui pèse ces choses a le droit de craindre qu’une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement le fils de perdition dont parle l’Apôtre se trouve déjà parmi nous [14]. »
— Pie XI : « Nous voyons aujourd’hui ce qui ne se vit jamais dans l’histoire : le drapeau de la guerre satanique contre Dieu et contre la religion effrontément déployé par la rage abominable des impies à travers tous les peuples et dans toutes les parties de l’univers, et – cela est le mal le plus redoutable de notre temps – ils s’emploient avec audace à rompre tout frein [...] en exécutant ce programme diabolique : bannir du cœur de tous, même des enfants, toute idée et tout sentiment religieux, car ils savent fort bien qu’une fois enlevée du cœur des hommes la foi en Dieu, ils pourront faire tout ce qu’ils voudront [15]. »
— Pie XII : « L’esprit du mal, qui jamais ne désarme, redouble en ce moment ses efforts dans la lutte contre la sainte Église [...] Et l’acharnement qu’il y met semblerait présager que cette lutte est à la veille d’aboutir à une solution définitive [16]. »
Le moins qu’on puisse dire est que le discours d’ouverture du Concile du pape Jean XXIII apporte une rupture surprenante avec les constatations des papes précédents, alors que rien de fondamental n’a changé dans le monde.
Il n’est pas inutile de rappeler ici que le troisième secret de Fatima, que le pape Roncalli a lu en 1959 et qu’il aurait dû rendre public en 1960, n’annonçait rien de particulièrement réjouissant [17]. On comprend qu’il ait répugné à l’optimisme utopique du pape Jean de le publier. La Vierge Marie, elle aussi, devait faire partie des « prophètes de malheur ».
Deuxième point : Aujourd’hui,
l’Église ne rencontre plus d’obstacles
Continuons la lecture du discours d’ouverture du Concile :
On peut facilement en faire la constatation si on considère attentivement les très graves questions et controverses actuelles d’ordre politique et économique. Elles préoccupent tellement les hommes qu’elles les empêchent de penser aux choses religieuses qui ressortent du magistère de l’Église. Cette attitude n’est certainement pas bonne et elle doit être réprouvée. Personne cependant ne peut nier que les nouvelles conditions de vie ont au moins cet avantage d’avoir supprimé d’innombrables obstacles par lesquels autrefois les fils du siècle entravaient la liberté d’action de l’Église. Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’histoire de l’Église pour voir tout de suite avec évidence que les conciles œcuméniques eux-mêmes [...] ont souvent connu de graves difficultés et des motifs de tristesse à cause de l’intrusion du pouvoir civil. Ces princes séculiers se proposaient certes parfois sincèrement de protéger l’Église ; mais la plupart du temps cela ne se faisait pas sans dangers ni dommages pour le spirituel. [...] Il est vrai qu’aujourd’hui Nous avons à éprouver une peine très vive à cause de l’absence parmi vous d’un grand nombre d’évêques qui Nous sont très chers et qui, à cause de leur foi dans le Christ, sont en prison ou bien empêchés d’autre manière. Cela nous incite à prier pour eux avec ferveur. Cependant, c’est avec espérance et un grand réconfort que nous le constatons : aujourd’hui l’Église, enfin libérée de tous les obstacles profanes d’autrefois, peut depuis cette basilique vaticane comme d’un second cénacle, faire entendre par vous sa voix pleine de majesté et de suavité [18].
Il est clair qu’ici le pape Jean XXIII fait l’éloge de la séparation de l’Église et de l’État.
Comparons de nouveau avec les affirmations des papes précédents :
— Le bienheureux Pie IX a condamné dans le Syllabus [19] l’erreur suivante : « Nº 55. L’Église doit être séparée de l’État et l’État doit être séparé de l’Église. »
— Pie XI : « En cette matière, il ne faut pas distinguer entre les individus et les sociétés domestiques et civiles, puisque les hommes réunis en société ne sont pas moins sous la puissance du Christ que les particuliers. Le bien privé et le bien commun ont la même source : “Et il n’y a de salut en aucun autre, car il n’est sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés” (Ac 4, 12) [20]. »
D’autre part, malgré ses allusions à des persécutions dont il ne nomme pas les auteurs, Jean XXIII ne fera rien pendant le Concile à l’encontre du communisme. Lui qui dénonçait certaines intrusions du pouvoir civil dans le passé semble ignorer la plus grande tentative de mainmise du pouvoir civil sur l’Église qui ait jamais eu lieu dans l’histoire. Plusieurs pères se sont d’ailleurs plaints que le document qui devait devenir la constitution Gaudium et spes traitant pourtant de l’Église dans le monde de ce temps, ne dise aucun mot sur le communisme, principal adversaire de l’Église au XXe siècle :
— L’archevêque irlandais William Conway dira ainsi : « Le schéma ne parle pas de la persécution contre l’Église en certains pays. On peut objecter que ce silence est voulu pour ne pas mettre d’obstacle au dialogue avec l’athéisme, mais la vérité et la sincérité sont la condition élémentaire de tout dialogue. »
— L’évêque argentin Bolatti : « Le schéma [...] néglige d’une façon inexplicable le phénomène du communisme [...] (qui) domine presque la moitié de l’humanité et menace l’autre moitié. »
— L’archevêque chinois Yu Pin : « Le schéma insiste beaucoup sur les signes des temps, mais semble ignorer que le communisme et le matérialisme marxiste constituent le plus grand et le plus triste signe caractéristique de notre temps. [...] Nous devons nous rappeler que, là où se trouve le communisme, la persécution sanglante ou au moins ruineuse ne manque jamais : la doctrine de la coexistence pacifique, la politique de la main tendue, la conception d’un soi-disant communisme catholique, sont des sources de confusion dangereuse [...] Il faudrait compléter [le schéma] par un chapitre réservé exclusivement à l’idéologie marxiste et à son expression politique le communisme, en y ajoutant une condamnation explicite. »
— L’archevêque tchèque Rusnak : « En regardant la carte géographique, nous ne pouvons pas ignorer que la moitié du monde est sous le communisme. Le communisme, par conséquent, est un phénomène si vaste qu’il faudrait en parler même s’il ne persécutait pas la religion. »
Au tout début de son pontificat, Jean XXIII suivit la ligne de ses prédécesseurs, renouvelant par exemple, le 25 mars 1959, la condamnation et l’excommunication des catholiques qui votaient pour des candidats communistes. Mais peu à peu la politique du pape changea. Parlant de ces années, le cardinal Oddi fit remarquer : « A partir d’un certain moment, difficile à préciser, le ton change, on met l’accent sur le dialogue, la confiance, l’espérance ; bref, c’est plutôt la note d’optimisme qui prévaut et qui ébauche cette transition de la sévérité à la miséricorde, ce changement qu’on appela johannique [21]. »
L’aboutissement de cette attitude nouvelle de Jean XXIII fut l’accord entre Moscou et le Vatican qui promettait le silence du Concile sur la question du communisme en échange de la présence d’observateurs de l’Église orthodoxe russe. Romano Amerio commente ainsi : « Le discours d’ouverture du Concile célèbre la liberté de l’Église contemporaine au moment même où il avoue qu’un certain nombre d’évêques sont emprisonnés pour leur fidèlité au Christ et où, en vertu d’un accord voulu par le pape, le Concile se trouve lié par un engagement à ne pas porter de condamnation du communisme. Cette contradiction, qui est de taille, demeure pourtant inférieure à la contradiction fondamentale par laquelle on appuie la rénovation de l’Église sur l’ouverture au monde pour écarter ensuite des problèmes du monde le communisme qui en est le principal, l’essentiel, le décisif [22]. »
Deuxième sophisme :
chercher ce qui nous unit
et mettre à part ce qui nous divise
Toujours dans le même discours, Jean XXIII dit ceci :
Il est nécessaire avant tout que l’Église ne détourne jamais son regard de l’héritage sacré de vérité qu’elle a reçu des anciens. Mais il faut aussi qu’elle se tourne vers les temps présents qui entraînent de nouvelles situations, de nouvelles formes de vie, et ouvrent de nouvelles voies à l’apostolat catholique [23].
Le même optimisme traverse tout le discours inaugural de Jean XXIII, et on le retrouve tout au long de sa vie. Le 20 mars 1932, le futur pape écrivait : « Je reste toujours sur mes vieilles positions, à savoir, croire ce que je vois de mes yeux, interpréter tout en bien, et me complaire dans le bien plutôt que de voir tout en mal. » Trois ans plus tard, le 25 mars 1935, dans une homélie à Istanbul, on l’entendait dire : « Ne nous arrêtons pas sur les souvenirs de ce qui nous divise : que toute parole amère, toute récrimination inutile, s’arrêtent sur nos lèvres. Regardons l’avenir dans la lumière du dessein du Christ. » A Rome, le 31 mars 1962, il disait encore dans une homélie : « On entend dire que le pape est trop optimiste, qu’il voit seulement le côté favorable des choses et ne met en évidence que ce qui est meilleur. Eh bien oui, c’est une attitude qu’il considère comme providentielle. »
Cet optimisme qui refuse de considérer le grave état de ceux qui vivent dans l’erreur et dans les ténèbres du péché, n’était pas le fait des prédécesseurs de Jean XXIII, qui pourtant ne manquaient pas en cela à la charité, au contraire :
— Bienheureux pape Pie IX : « Mais que les fils de l’Église ne soient jamais en aucune manière les ennemis de ceux qui ne sont pas unis dans les mêmes liens de la foi et de la charité ; au contraire, qu’ils cherchent toujours à les secourir et à les aider, avec tous les services de la charité chrétienne, dans la pauvreté et la maladie [...] et surtout qu’ils s’efforcent de les tirer des ténèbres de l’erreur où ils se trouvent si misérablement, et de les conduire à la vérité et à l’Église, mère si aimante qui ne cesse jamais de les appeler dans son propre sein afin qu’ils obtiennent le salut éternel [24]. »
— Pie XI : « Il faut donc, concluent-ils [25], oublier et écarter les controverses même les plus anciennes, et les divergences de doctrine qui continuent encore à diviser aujourd’hui, et, avec les autres vérités doctrinales, proposer et établir une certaine règle de foi commune ; dans cette profession de foi, bien plus qu’ils ne le sauront, ils seront de véritables frères [26]. »
— Pie XII : « Même sous prétexte de ranimer la concorde, il n’est pas permis de dissimuler un seul dogme. [...] Elle ne conduit pas au retour si désiré des fils égarés à la vraie et juste unité dans le Christ, cette méthode qui adopte seulement les chefs de doctrine sur lesquels tombent d’accord toutes ou presque toutes les communautés qui se glorifient du nom de chrétiennes, mais bien plutôt celle qui pose, comme fondement de la concorde et de l’accord des fidèles du Christ toutes les vérités divinement révélées dans leur intégrité [27]. »
Le dossier de la Tradizione cattolica nous renvoie opportunément ici au traité de la charité de saint Thomas d’Aquin, où le Docteur commun étudie la question de la vraie paix. Citons pour notre part :
La vraie paix ne sera jamais que dans l’appétit du vrai bien. C’est qu’en effet tout mal, s’il apparaît comme un bien sous un certain rapport, ce qui lui permet de reposer ou de satisfaire partiellement l’appétit, a cependant beaucoup de défauts qui font que l’appétit demeure inquiet et troublé. Aussi bien la véritable paix ne peut exister que pour les bons et dans le bien. Quant à la paix des méchants, c’est une paix apparente, qui n’est point vraie. C’est ce qui a fait dire à l’auteur de la Sagesse (14, 22) : « Vivant dans l’affreuse guerre de l’ignorance, ils ont cru que des maux si grands et si nombreux étaient la paix » [28].
Saint Thomas ajoute un peu plus loin :
D’où il suit que sans la grâce sanctifiante, nul ne peut avoir la vraie paix, mais seulement une paix apparente. C’est cette paix qui est celle des mondains ou de tous ceux dont le cœur n’est point fixé en Dieu. Elle a été stigmatisée par Notre-Seigneur dans l’Évangile, quand il dit à ses apôtres : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, mais non comme le monde la donne [29] ». [...] Pourvu que la concorde existe dans les biens principaux, la dissension en de petites choses n’est point contraire à la charité [30].
Troisième sophisme :
il faut faire l’aggiornamento * de l’Église en exprimant
la doctrine avec les formules de la pensée moderne
Citons encore le discours d’ouverture du Concile :
Cependant, ce précieux trésor nous ne devons pas seulement le garder comme si nous n’étions préoccupés que du passé, mais nous devons nous mettre joyeusement, sans crainte, au travail qu’exige notre époque, en poursuivant la route sur laquelle l’Église marche depuis près de vingt siècles. Nous n’avons pas non plus comme premier but de discuter de certains chapitres fondamentaux de la doctrine de l’Église, et donc de répéter plus abondamment ce que les Pères et les théologiens anciens et modernes ont déjà dit. Cette doctrine, Nous le pensons, vous ne l’ignorez pas et elle est gravée dans vos esprits. En effet, s’il s’était agi uniquement de discussions de cette sorte, il n’aurait pas été besoin de réunir un concile œcuménique. [...] Il faut que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présentée de la façon qui répond aux exigences de notre époque. En effet, autre est le dépôt lui-même de la foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. Il faudra attacher beaucoup d’importance à cette forme et travailler patiemment, s’il le faut, à son élaboration ; et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral [31].
Le 10 octobre 1958, Jean XXIII avait déjà déclaré : « Nous ne sommes pas sur terre pour garder un musée, mais pour cultiver un jardin florissant, plein de vie. » Et le 13 janvier 1960 : « L’Église catholique n’est pas un musée d’archéologie. Elle est l’ancienne fontaine du village qui donne l’eau aux générations d’aujourd’hui comme elle l’a donnée à celles du passé. »
Il est intéressant de noter ici la réaction de l’un des grands théologiens novateurs du Concile. Dans son journal, le père M.D. Chenu O.P. se réjouit du discours d’ouverture du Concile dans la mesure où « il blâme des discussions autour de doctrines acquises, dont la vérité doit être répétée sans plus, mais formulée pour les besoins de ce temps [32]. »
Comparons avec l’enseignement des papes précédents :
— Le bienheureux pape Pie IX, dans le Syllabus (nº 13) condamnait la proposition suivante : « La méthode et les principes avec lesquels les anciens docteurs scolastiques ont cultivé la théologie ne correspondent plus aux exigences de notre temps et au progrès des sciences. »
— Saint Pie X : « [Selon les modernistes,] pour bien entendre la nature du dogme, il faut voir avant tout quelle sorte de rapport il y a entre les formules religieuses et les sentiments religieux. [... Les formules] constituent entre le croyant et sa foi une sorte d’entre-deux : par rapport à la foi, elles ne sont que des signes inadéquats de son objet, vulgairement des symboles ; par rapport au croyant, elles ne sont que de purs instruments. D’où l’on peut déduire qu’elles ne contiennent point la vérité absolue : comme symboles, elles [...] ont à s’adapter au sentiment religieux dans ses rapports avec l’homme ; comme instruments [... elles] ont réciproquement à s’adapter à l’homme dans ses rapports avec le sentiment religieux. Et comme l’absolu, qui est l’objet de ce sentiment, a des aspects infinis sous lesquels il peut successivement apparaître, et que le croyant peut se trouver lui-même successivement dans des conditions fort dissemblables, il s’ensuit que les formules dogmatiques sont soumises à ces mêmes vicissitudes, et partant à mutation. Ainsi est ouverte la voie à la variation substantielle des dogmes [33]. »
— Pie XII : « En ce qui concerne la théologie, le propos de certains est d’affaiblir le plus possible la signification des dogmes, et de libérer le dogme de la formulation en usage dans l’Église. [...] Ils nourrissent l’espoir que le dogme, ainsi débarrassé de ses éléments qu’ils nous disent extrinsèques à la Révélation, pourra être comparé avec fruit aux opinions dogmatiques de ceux qui sont séparés de l’unité de l’Église : on parviendrait alors à assimiler au dogme catholique tout ce qui plaît aux dissidents. Bien plus [...] la voie sera ouverte, pensent-ils, pour donner satisfaction aux besoins du jour en exprimant le dogme au moyen des notions de la philosophie moderne. [...] [Le principe qui fonde cette idée est que] les mystères de la foi ne peuvent pas être signifiés par des notions adéquatement vraies, mais par des notions, selon eux, approximatives et toujours changeables, par lesquelles la vérité est indiquée sans doute jusqu’à un certain point, mais fatalement déformée. C’est pourquoi ils ne croient pas absurde, mais absolument nécessaire que la théologie, qui a utilisé au cours des siècles différentes philosophies comme ses instruments propres, substitue aux notions anciennes des notions nouvelles, de telle sorte que, sous des modes divers et souvent opposés, et pourtant présentés par eux comme équivalents, elle nous exprime les vérités divines sous le mode qui sied à des êtres humains [34]. »
Concluons avec le professeur Romano Amerio : « L’aggiornamento des formules a été la cause explicite et formelle du concile Vatican II, comme le proclamait dans le discours d’ouverture le pape qui l’a ouvert, Jean XXIII. Cette doctrine qui distingue la substance de la foi [immuable] et les formules qui l’expriment [susceptibles de changer], est une doctrine enseignée pour la première fois [dans l’Église] par Jean XXIII et qui n’existait pas avant lui. Elle est alors devenue une doctrine courante, acceptée de tous, parce que personne ne veut reconnaître qu’elle aboutit à manifester la même chose par des formules différentes [35]. » Le professeur donne, comme exemple d’utilisation très fréquente de cette nouvelle manière de voir, la phrase suivante de l’encyclique Ut unum sint de Jean-Paul II (nº 95) : « Le primat pontifical est une vérité absolue de l’Église, cependant il doit être pensé d’une manière nouvelle, avec des formules nouvelles. » C’est ainsi qu’en rappelant une vérité, on peut passer à son contraire. Depuis le dernier Concile, on est habitué à ce genre de glissement.
Quatrième sophisme :
il convient d’utiliser plutôt la miséricorde
que la sévérité et la condamnation
Citation du discours d’ouverture du Concile :
L’Église n’a jamais cessé de s’opposer à ces erreurs. Elle les a même souvent condamnées, et très sévèrement. Mais aujourd’hui, l’Épouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine. Certes, il ne manque pas de doctrines et d’opinions fausses, de dangers dont il faut se mettre en garde et que l’on doit écarter ; mais tout cela est si manifestement opposé aux principes d’honnêteté et porte des fruits si amers, qu’aujourd’hui les hommes semblent commencer à les condamner d’eux-mêmes. [...] L’Église catholique [...] veut être pour tous une mère très aimante, bonne, patiente, pleine de bonté et de miséricorde pour ses fils qui sont séparés d’elle. A l’humanité accablée sous le poids de tant de difficultés, elle dit comme saint Pierre au pauvre qui lui demandait l’aumône : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ, le nazaréen, marche. » (Ac 3, 6) [36].
On peut en fait discerner ici trois sophismes :
1. L’Église choisit aujourd’hui la miséricorde (ce qui veut dire qu’elle n’a pas su y avoir recours autrefois.)
2. Tous les hommes sont de bonne volonté.
3. Il ne faut pas prêcher principalement la doctrine, qui peut être une source de divisions, mais il suffit d’offrir à tous la charité.
Voyons maintenant comment les prédécesseurs de Jean XXIII ont su justifier la sévérité tout en usant de douceur :
— Le bienheureux pape Pie IX : « Bien que nous n’ayons pas négligé de proscrire et de réprouver souvent les plus graves de ces erreurs, la cause de l’Église catholique, le salut des âmes que Dieu nous a confiées et le bien de la société humaine elle-même demandent instamment que Nous lancions un nouvel appel à votre sollicitude pastorale pour condamner d’autres idées fausses qui découlent de ces mêmes erreurs [37]. »
— Saint Pie X : « Si Jésus a été bon pour les égarés et les pécheurs, il n’a pas respecté leurs convictions erronées, quelque sincères qu’elles parussent ; il les a tous aimés pour les instruire, les convertir et les sauver. [...] Si son cœur débordait de mansuétude pour les âmes de bonne volonté, il a su également s’armer d’une sainte indignation contre les profanateurs de la maison de Dieu. [...] Il a été aussi fort que doux ; il a grondé, menacé, châtié, sachant et nous enseignant que souvent la crainte est le commencement de la sagesse et qu’il convient parfois de couper un membre pour sauver le corps [38]. »
Saint Thomas d’Aquin [39] explique très bien que « la correction des pécheurs, considérée dans son exécution, semble empreinte d’une juste sévérité ; mais par l’intention de celui qui veut par là arracher le coupable à son péché, elle est un acte de miséricorde et de charité : “Les blessures faites par un ami fidèle valent mieux que les baisers trompeurs d’un ennemi (Pr 27, 6)”. » Dans cette question de la Somme, saint Thomas place la correction des pécheurs parmi les œuvres de la miséricorde spirituelle [40].
Citons ici le professeur Romano Amerio [41] :
Cette annonce [par Jean XXIII] du principe de la miséricorde opposé à celui de la sévérité néglige le fait que, dans l’idée de l’Église, la condamnation de l’erreur est, elle-même, œuvre de miséricorde, puisqu’en frappant l’erreur on corrige celui qui errait et l’on préserve d’erreur les autres. [...] Le pape, par ailleurs, diminue [...] le service à rendre par l’Église à l’errant, à la seule présentation de la vérité : cette présentation suffirait à elle seule, sans confronter la vérité à l’erreur et infliger une défaite à celle-ci. L’opération logique de réfutation serait omise pour faire place à un simple enseignement direct du vrai en se fiant à l’efficacité de celui-ci pour produire l’assentiment de l’homme et détruire l’erreur.
Cette doctrine du pape constitue une variation importante dans l’Église catholique et repose sur une vue singulière de l’état intellectuel des modernes. Les modernes sont pénétrés si profondément d’opinions fallacieuses et de maximes funestes in re morali (en matière de mœurs) que, dit paradoxalement le pape, « aujourd’hui les hommes semblent commencer à les condamner d’eux-mêmes » (c’est-à-dire sans réfutation ni condamnation) ; « et en particulier ces manières de vivre au mépris de Dieu et de ses lois ». Qu’une erreur purement théorique puisse guérir d’elle-même, puisqu’elle naît de causes purement logiques, c’est sans doute admissible ; mais qu’une erreur pratique sur les actions de la vie, qui dépend au contraire d’un jugement où joue la partie libre de la pensée, guérisse toute seule, voilà une thèse difficile à comprendre. Cette interprétation optimiste de l’erreur qui, désormais, se reconnaîtrait et se corrigerait d’elle-même, déjà difficile dans la ligne doctrinale, est rudement démentie par les faits. Au moment où le pape parlait, ces faits se développaient ; dans les dix ans qui suivirent, on les a vus mûrir. Les hommes ne se sont pas ravisés de ces erreurs, mais au contraire les ont confirmées et leur ont donné force de loi. L’adoption publique et universelle de ces erreurs est devenue patente dans l’adoption du divorce et de l’avortement. Les mœurs des peuples chrétiens en furent entièrement transformées, et leurs législations civiles, récemment encore réglées essentiellement sur le droit canon, furent changées en législations purement profanes sans ombre de sacré. Voilà un point où la clairvoyance du pape a été prise en défaut.
Dans Stat Veritas [42], commentant un passage de la lettre apostolique Tertio millenio adveniente [43] où le pape Jean-Paul II se plaint de la crise d’obéissance au magistère de l’Église [44], Romano Amerio dit encore :
Jadis, les hérétiques [...] on les brûlait. Nous disons seulement qu’il faut les destituer, les faire taire. Si un de ces errants est un professeur universitaire en sciences théologiques, on le déplace.
L’exemple le plus significatif de cette grave démission [actuelle de la hiérarchie ecclésiastique], c’est le cas de Hans Küng. Il aurait dû être privé de sa chaire. Au contraire, les autorités appelées à juger son cas se sont limitées à dire que ce n’est pas un théologien catholique : cependant, il continue à recevoir la qualification de théologien catholique, il continue à faire de la propagande, à enseigner, à défendre, à exposer dans les librairies catholiques ses jugements erronés. Mais l’erreur est plus contagieuse que la vérité, elle est plus attrayante. Il n’y a jamais eu, dans la discipline, dans la jurisprudence de l’Église, une forme de condamnation qui consiste à dire : cet enseignant n’a plus le droit au titre de théologien catholique [...] Une qualification par laquelle on continue à laisser un théologien sur la chaire de théologie en lui enlevant pourtant son nom de théologien, est une attitude inusitée, et même incongrue. Ce serait comme si on disait : ce médecin qui empoisonne les malades, nous le laissons encore exercer ; cependant on doit savoir qu’il n’est plus un médecin. C’était au contraire l’œuvre que l’on devait interdire, non le titre.
Donc, dans ce passage de la lettre [apostolique de Jean-Paul II], la désobéissance est bien indiquée, mais la cause ultime de cette désobéissance est tue, et cette cause ultime est justement la breviato manu [45] du gouvernement même de l’Église, sa démission, commencée explicitement par Jean XXIII dans le discours inaugural du concile Vatican II : « L’Épouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde etc. » Ici nous ne pouvons pas négliger un fait clair, à savoir que l’erreur doit être réfutée, justement par miséricorde envers l’errant que son erreur rend malheureux. En fait, dans l’Évangile selon saint Matthieu (5, 10), Notre-Seigneur dit : « Vous êtes le sel de la terre ». Le sel donne de la saveur à la nourriture, il la conserve ; le sel désinfecte les blessures : sur le moment il brûle, puis il guérit. Notre-Seigneur ne dit pas : « Vous êtes le miel », mais il dit : « Vous êtes le sel », justement à cause des propriétés particulières, irremplaçables du sel, qui sont de conserver et de soigner.
Aggravation du quatrième sophisme
par l’encyclique Pacem in terris
Dans Pacem in terris, nous lisons ceci :
L’homme égaré dans l’erreur reste toujours un être humain et conserve sa dignité de personne à laquelle il faut toujours avoir égard [...] Si en vue de réalisations temporelles les croyants entrent en relation avec des hommes que des conceptions erronées empêchent de croire ou d’avoir une foi complète, ces contacts peuvent être l’occasion ou le stimulant d’un mouvement qui mène ces hommes à la vérité.
De même, on ne peut identifier des théories philosophiques sur la nature, l’origine et la finalité du monde et de l’homme, avec des mouvements historiques fondés dans un but économique, social, culturel ou politique, même si ces derniers doivent leur origine et puisent encore leur inspiration dans ces théories. Une doctrine, une fois fixée et formulée, ne change plus, tandis que des mouvements ayant pour objet les conditions concrètes et changeantes de la vie ne peuvent pas ne pas être largement influencés par cette évolution. Du reste, dans la mesure où ces mouvements sont d’accord avec les sains principes de la raison et répondent aux justes aspirations de la personne humaine, qui refuserait d’y reconnaître des éléments positifs et dignes d’approbation ? Il peut arriver, par conséquent, que certaines rencontres au plan des réalisations politiques, qui jusqu’ici avaient paru inopportunes ou stériles, puissent maintenant présenter des avantages réels ou en promettre pour l’avenir [46].
S’il est vrai qu’il ne faut pas confondre l’erreur et celui qui erre, on ne peut pas oublier que l’erreur est le mal de l’errant, en qui l’erreur cause une diminution de perfection et de dignité. L’errant ne peut être évalué indépendamment de son erreur, comme s’il n’était pas différent de quelqu’un qui n’est pas dans l’erreur : il n’a pas la même dignité que celui qui adhère à la vérité [47].
Quant à la distinction entre doctrines philosophiques et mouvements historiques, nous notons que, curieusement, cette distinction n’a été appliquée qu’à l’égard du communisme. En effet, dans le contexte politique de l’Italie à l’époque de Pacem in terris, tout le monde a compris que le pape faisait allusion au communisme et à la question de savoir s’il était licite de coopérer avec lui.
Citons de nouveau Romano Amerio :
Pour le catholicisme, toute la vie politique est subordonnée à une fin dernière supra-terrestre, tandis que pour le communisme elle est toute ordonnée au monde et répudie toute fin ultra-terrestre. Que l’on y prenne garde : le communisme ne fait pas abstraction de cette fin, comme le fait le libéralisme, il la répudie. Si donc le communisme est condamné, la condamnation ne frappe pas les fins subordonnées qu’il poursuit, mais cet objectif ultime de systématisation absolument terrestre du monde, vers laquelle sont orientées les fins subordonnées, et qui est incompatible avec les fins de la religion. En réalité, quand deux agents qui ont des fins dernières opposées, participent à la même œuvre, il n’y a pas coopération sinon au sens matériel, car les actions sont qualifiées par leur fin, et ici les fins sont opposées. L’effet total de la coopération finira par être conforme à la fin de celui des coopérateurs qui aura su prévaloir.
Il faut observer aussi que des éléments positifs que l’on voit dans le mouvement sont considérés dans l’encyclique comme propres à l’idéologie communiste, alors qu’ils sont d’abord valeurs de religion, y compris celle de la justice naturelle, et qu’ils n’acquièrent toute leur signification et leur force entière que lorsqu’ils sont replacés dans le complexe des idées religieuses. Il semble donc qu’il ne suffise pas de les reconnaître, mais qu’il faille les reconnaître comme fragments de la vérité totale et les revendiquer pour la religion afin de leur restituer l’intérêt qui leur revient. Or cet acte de revendication qui retire au mouvement comme ne lui appartenant point et qui restitue à la religion ce qui apparaît en lui, être juste et raisonnable, fait défaut dans l’encyclique Pacem in terris [48].
Puisque nous parlons du communisme, il est intéressant de se référer ici à ce qu’écrivait le pape Pie XI : « Ils [les communistes] tentent de s’infiltrer jusque dans des associations franchement catholiques et religieuses. Ainsi, sans rien abandonner de leurs principes pervers, ils invitent les catholiques à collaborer avec eux sur le terrain humanitaire et charitable comme on dit, en proposant parfois même des choses entièrement conformes à l’esprit chrétien [...] Veillez, vénérables frères, à ce que les fidèles ne se laissent pas tromper. Le communisme est intrinsèquement pervers, et l’on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui [49]. »
Les documents romains interdisant toute collaboration avec le communisme abondent [50], et Paul VI lui-même ainsi que Jean XXIII, au début de son pontificat, en ont approuvé, ne pouvant inverser le courant trop vite.
L’encyclique Pacem in terris a été une trahison doctrinale beaucoup plus grave que ne l’aurait été une attitude pratique nouvelle. Elle constitue peut-être l’héritage le plus lourd laissé à l’Église par Jean XXIII. Il faudrait citer ici ce que dit A. Riccardi : « Le métropolite Nikodim avait souligné l’importance du document pontifical [Pacem in terris] qui envisageait une collaboration en vue de la paix. “La base la plus sûre pour la paix est l’amour, écrivait l’évêque russe [...] Les deux routes de l’amour chrétien et de l’amitié humaine se réunissent pour réaliser l’œuvre de la paix et du bien des hommes”. Ce n’est pas un hasard si Nikodim a dédié sa thèse de doctorat en 1970 à Jean XXIII. L’important évêque russe y faisait un examen approfondi des documents de Jean XXIII et y exaltait l’engagement du pape pour la paix. “Jean XXIII, écrit Nikodim, n’a jamais confondu l’opposition théologique à l’athéisme, avec une croisade anticommuniste. Au contraire, il a souligné constamment que les différences théologiques ne pouvaient et ne devaient être un empêchement à la collaboration commune de tous les hommes de bonne volonté. [51] »
Nouvelle aggravation :
l’unité et la paix dans l’amour
Revenons au discours d’ouverture du Concile :
À bien considérer cette unité que Jésus-Christ a implorée pour son Église, on voit qu’elle resplendit d’une triple lumière céleste et bienfaisante : l’unité des catholiques entre eux, qui doit rester extrêmement ferme et exemplaire ; l’unité de prières et de vœux ardents qui traduisent l’aspiration des chrétiens séparés du Siège apostolique à être réunis avec nous ; l’unité enfin d’estime et de respect à l’égard de l’Église catholique manifestée par ceux qui professent diverses formes de religions encore non chrétiennes [52].
Cette unité et cette paix seraient donc le but de l’aggiornamento opéré par le Concile, mais c’est une unité qui fait abstraction de la foi, comme l’écrit lui-même Mgr Roncalli en 1927 : « Combien les temps sont révolus ! Mais c’est à la charité des catholiques que l’on demande de hâter l’heure du retour des frères à l’unité de la bergerie. Tu comprends ? C’est à la charité, beaucoup plus qu’aux discussions scientifiques [53]. »
En 1926, visiteur apostolique en Bulgarie, Mgr Roncalli écrivait déjà dans le même sens à un jeune orthodoxe : « En fait il y a beaucoup de jeunes, spécialement des élèves des séminaires orthodoxes en Bulgarie, Roumanie, Yougoslavie, Russie, qui demandent à être accueillis par le Saint-Père dans les séminaires de Rome. Mais jusqu’ici aucune décision n’a été prise, et je crois qu’aucune décision ne sera prise sans consultation préalable avec le saint synode des églises orthodoxes dans les différents pays et avec les gouvernements respectifs. [...] Laissez-moi vous inviter, comme je l’ai toujours fait avec tous les jeunes orthodoxes que j’ai rencontrés en Bulgarie, à profiter des études et de l’éducation que vous recevez au séminaire de Sofia. Les catholiques et les orthodoxes ne sont pas des ennemis, mais des frères. Nous avons la même foi ; nous participons aux mêmes sacrements. [...] Nous séparent quelques malentendus au sujet de la constitution divine de l’Église de Jésus-Christ. Ceux qui ont été la cause de ces malentendus sont morts depuis des siècles. Laissons tomber les anciennes querelles. [...] Plus tard nous nous rencontrerons dans l’union des Églises pour former tous ensemble la vraie Église de Jésus-Christ [54]. »
Comparons avec les prédécesseurs de Jean XXIII :
— Le bienheureux pape Pie IX condamna les propositions suivantes :
« Proposition 16 : Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir le salut dans le culte de n’importe quelle religion. »
« Proposition 39 : La division de l’Église en orientale et occidentale est due à la prétention excessive des pontifes romains [55]. »
— Pape Pie XI : « Ainsi donc, puisque la charité a pour fondement une foi sincère et intègre, l’unité de la foi doit être, par suite, le lien primordial unissant les disciples du Christ. [...] Que les fils dissidents reviennent donc au Siège apostolique fondé en cette ville, consacré par le sang des princes des apôtres [...] avec l’intention de se soumettre à son magistère et à son gouvernement [56].»
Saint Thomas d’Aquin écrit : « Sans la grâce sanctifiante, il ne peut pas y avoir de vraie paix, mais seulement l’apparence de la paix [57]. »
Hors de cette unité de la foi, il n’y a qu’union ou concorde, mais aucune paix, même entre les hommes de bonne volonté, ce qui n’est pas la même chose qu’entre les hommes en état de grâce.
Il n’est pas inutile de rappeler ici que le 20 décembre 1949, le Saint-Office publiait l’instruction De motione œcumenica rappelant la doctrine traditionnelle de l’Église concernant les rapports avec les autres religions. On y lit en particulier : « La seule et véritable union ne peut se faire que par le retour des frères séparés à la vraie Église de Dieu [58]. »
Romano Amerio compare cette instruction avec le décret Unitatis redintegratio du concile Vatican II, sur l’œcuménisme : ce décret, écrit-il, « repousse le retour des séparés et professe la thèse de la conversion de tous les chrétiens [catholiques compris]. L’unité [selon Vatican II] ne doit pas se faire par le retour des séparés à l’Église catholique, mais par la conversion de toutes les “Églises” au Christ total, qui n’existe en aucune d’elles, mais qui se réintègre par la convergence de toutes en un seul tout. Là où les schémas préparatoires [du Concile] définissaient que l’Église du Christ est l’Église catholique, le Concile concède seulement que l’Église du Christ subsiste dans l’Église catholique, adoptant la théorie selon laquelle l’Église du Christ subsiste même dans les autres “Églises” chrétiennes, et disant que toutes les Églises doivent prendre conscience de cette commune subsistance dans le Christ [59]. »
Conclusion
Les constatations que nous venons de faire jettent un trouble sur la récente béatification de Jean XXIII.
On peut d’abord faire une comparaison avec le pape Pie IX qui a été béatifié le même jour.
Ce qui donne à réfléchir est la louange unanime du monde pour le vicaire de celui – Notre-Seigneur Jésus-Christ – que le monde a haï : « orthodoxes », protestants, juifs, musulmans, libéraux, franc-maçons, modernistes, socialistes, communistes, etc., tous ont exalté la « bonté » du pape Jean. Nous savons en revanche comment Pie IX a été haï par le monde, par les idéologues révolutionnaires, maçonniques, libéraux ou socialistes. « Jetez-le dans le Tibre » fut le cri du monde révolutionnaire quand le cercueil du pontife fut apporté dans l’église San Lorenzo la nuit du 12 au 13 juillet 1881, trois ans après sa mort !
On a parlé de la dévotion de Jean XXIII pour Pie IX. Sans vouloir mettre en doute la sincérité de cette dévotion, on peut se demander si Jean XXIII, outre sa dévotion pour Pie IX pape de l’Immaculée et de Vatican I, avait une dévotion pour Pie IX pape du Syllabus dont Jean XXIII ne parle pas.
En fait, on peut bien penser que les « ouvertures » de Jean XXIII auraient été condamnées par Pie IX :
— Ouverture à l’air frais du temps actuel, c’est-à-dire ouverture au libéralisme et au modernisme, avec la promotion de théologiens et de prélats jusqu’alors mis à l’écart à cause de leur amitié pour les libéraux et les modernistes.
— Ouverture aux acatholiques, hérétiques et schismatiques, et même aux non chrétiens.
— Ouverture aux franc-maçons.
— Ouverture à la gauche, au communisme, à tous les ennemis de l’Église.
Cela peut suffire à expliquer pourquoi, à la différence du pape Pie IX, Jean XXIII n’a pas été haï par ses contemporains.
Pour résumer, on peut dire que Jean XXIII a causé trois très graves dommages à l’Église et à l’humanité :
— Il a désarmé l’Église, l’ouvrant à tous ses adversaires jusqu’alors condamnés et tenus à distance par les papes Pie IX, saint Pie X et Pie XII entre autres. Il a permis au venimeux courant moderniste de prendre en mains la conduite du Concile et de l’Église.
— Il a paralysé le zèle apostolique de la hiérarchie et des fidèles dans la défense des droits de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de l’Église, dans la diffusion de la foi et de la sainte charité.
— Il a donné une patente à toute l’idéologie de gauche et a laissé l’Église et le monde entier à la merci des maux les plus dangereux pour la paix : socialisme, communisme, franc-maçonnerie, libéralisme, révolution, fausses religions, sectes, etc.
Peut-on juger comme un bon pasteur et un bon pape, digne d’être béatifié, c’est-à-dire glorifié et imité par les fidèles, celui qui a livré les brebis – même celles qui ne sont pas encore dans la bergerie du Christ – au loup communiste et franc-maçon ?
La béatification de Pie IX et de Jean XXIII nous met devant un dilemme insoluble, parce qu’on nous propose deux modèles de sainteté opposés : la sainteté « classique » dans l’Église, celle qui naît de l’ouverture à la sainteté de Dieu, et une nouvelle sainteté, celle qui naît du dialogue et de l’ouverture à la « bonté » des hommes.
Qui devons-nous suivre et imiter ? Le pape de la condamnation du communisme ou le pape du silence sur le communisme ? Et ce silence-là est plus réel que celui imputé à Pie XII sur le nazisme. Personne n’en parle jamais et pourtant ses dommages sont devant les yeux de tous. Bref : qui devons-nous suivre et imiter ? Le pape religieux ou le pape « politique » ?
Nous nous trouvons devant une des si nombreuses contradictions modernistes, insupportables pour un esprit catholique.
En ayant « béatifié » Jean XXIII, l’Église conciliaire a béatifié son concile et s’est béatifiée elle-même avec toute son œuvre d’auto-démolition. Et le même jour, on a demandé à Pie IX, le pape de l’Immaculée et du concile Vatican I, le pape du Syllabus et de la première condamnation du communisme, de couvrir de sa sainte ombre Jean XXIII, le pape du refus de révéler le message de Notre-Dame de Fatima, le pape de Vatican II, de l’anti-Syllabus et du silence sur le communisme, afin de bénir son œuvre et ses fruits amers. Pie IX est ainsi contraint de bénir post mortem ce qu’il combattit pendant toute la durée de son long pontificat. Nous sommes dans l’absurde.
Ernest Hello écrivait :
Quiconque aime la vérité déteste l’erreur. Cela est aussi près de la naïveté que du paradoxe. Mais cette détestation de l’erreur est la pierre de touche à laquelle se reconnaît l’amour de la vérité. Si vous n’avez pas la vérité, vous pouvez jusqu’à un certain point dire que vous l’aimez et même le faire croire : mais soyez sûr qu’en ce cas vous manquerez d’horreur pour ce qui est faux, et à ce signe on reconnaîtra que vous n’aimez pas la vérité.
Quand un homme qui aimait la vérité cesse de l’aimer, il ne commence pas par déclarer sa défection ; il commence par moins détester l’erreur. C’est par là qu’il se trahit. Les complaisances secrètes forment une des parties les plus ignorées de l’histoire du monde.
Quand un homme perd l’amour de la doctrine, bonne ou mauvaise qu’il professait, il garde ordinairement le symbole de cette doctrine : seulement, il sent mourir en lui toute aversion pour les doctrines contraires à celle-là [60].
[1] — Priorato Madonna di Loreto, Via Mavoncello 25, 47828 Rimini.
[2] — Nous avons déjà commencé à aborder la question dans Le Sel de la terre n° 34. (NDLR.)
[3] — 2918 Tracy Avenue, Kansas City, Missouri 64109.
[4] — Ces mots de la liturgie ne sont pourtant pas là pour manifester un mépris à l’égard des juifs, mais pour signifier ce qu’eux-mêmes affirment, à savoir qu’ils ont refusé et refusent l’adhésion de foi à l’enseignement de Notre-Seigneur. C’est ce que signifient ces mots latins. (NDLR.)
[5] — Allusion au patriarche Joseph se faisant reconnaître par ses frères : Gn 45, 3-8. Voir Le Sel de la terre 34, p. 199, note 3. (NDLR.)
[6] — Dans une lettre à Mgr Lefebvre écrite au nom du pape Paul VI, le 25 juin 1976. On peut se reporter à La condamnation sauvage de Mgr Lefebvre, Itinéraires n° spécial hors série, avril 1977, p. 122-123. (NDLR.)
[7] — AAS, 26 novembre 1962, p. 786-795. DC 1387, col. 1377-1385.
[8] — Historien du Concile très connu en Italie.
[9] — Formazione, contenuto e fortuna dell’allocuzione in Fede, Tradizione, Profezia, Brescia, Paideia Editrice, 1984, p. 187-222.
[10] — Nous avons eu l’occasion de demander à M. l’abbé Coache quelle fut sa réaction en entendant ce fameux discours du pape au début du Concile. Il nous a répondu : « Je me suis senti visé ». M. l’abbé Coache avait en effet adressé quelque temps auparavant une plainte à Rome au sujet de la situation de l’Église de France, exprimant son inquiétude pour l’avenir. Il n’était sans doute pas le seul, car des cardinaux avaient dit la même chose au pape, mais ce discours d’ouverture a pu alors lui apparaître comme une réponse personnelle. M. l’abbé Coache devait faire partie du groupe des « prophètes de malheur ». (NDLR.)
[11] — Discours d’ouverture du Concile par le pape Jean XXIII, DC, col. 1380.
[12] — Encyclique Quanta cura, du 8 décembre 1864, condamnant les erreurs modernes.
[13] — Allocution consistoriale du 15 avril 1901.
[14] — Encyclique E supremi apostolatus, du 4 octobre 1903.
[15] — Encyclique Caritate Christi, le 3 mai 1932.
[16] — Allocution à des étudiants français, du 7 avril 1947.
[17] — La vision qui précède ce secret toujours gardé et qui, elle, a été révélée le 26 juin 2000, le confirme. (NDLR.)
[18] — Discours d’ouverture du Concile, DC, col. 1380-1381.
[19] — 8 décembre 1864.
[20] — Encyclique Quas Primas, du 11 décembre 1925.
[21] — Oddi cardinal Silvio, « Giovanni del Mito. Giovanni della storia » (le Jean XXIII du mythe et le Jean XXIII de l’histoire), article paru dans la revue 30 Giorni n° 5, mai 1988, p. 58.
[22] — Amerio Romano, Iota Unum, Paris, NEL, 1987, p. 71.
[23] — Discours d’ouverture du Concile, DC, col. 1381-1382.
[24] — Encyclique Quanto conficiamur mœrore, du 10 août 1863.
[25] — Le pape parle ici des panchrétiens, c’est-à-dire de ceux dont le faux oecuménisme veut unir catholiques et protestants. (NDLR.)
[26] — Encyclique Mortalium animos, du 6 janvier 1928.
[27] — Encyclique Orientalis Ecclesiæ, du 9 avril 1944.
[28] — II-II, q. 29, a. 2, ad 3.
[29] — Jn 14, 27.
[30] — II-II, q. 29, a. 3, ad 1 et ad 2.
* — On peut traduire par mise à jour. (NDLR.)
[31] — Discours d’ouverture du Concile, DC, col. 1382-1383.
[32] — Chenu père Marie-Dominique O.P., Notes quotidiennes au Concile, Paris, Cerf, 1995, p. 68. La lecture de cette réflexion laisse quelque peu perplexe. Dans un autre ouvrage, le père Chenu explique plus clairement sa pensée personnelle : « Il ne s’agit pas de distinguer une substance immobile et des formes extérieures variables. [...] C’est à l’intérieur, et par fidélité même de ma foi, que je perçois la vérité toujours identique et toujours neuve du mystère aujourd’hui en acte, dans sa substance même, et non pas dans la seule adaptation opportuniste de ses formules. Exigeante, subtile, délicate, selon le modèle de la continuité et à la mesure de l’unité d’un être vivant. » (L’Église vers l’avenir, Paris, Cerf, 1969, p. 91.)
[33] — Encyclique Pascendi Dominici gregis, du 8 septembre 1907.
[34] — Encyclique Humani generis, du 12 août 1950.
[35] — Amerio Romano, Stat veritas, Versailles, Publications du Courrier de Rome, 1997, p. 153.
[36] — Discours d’ouverture du Concile, DC, col. 1383-1384.
[37] — Encyclique Quanta cura, du 8 décembre 1864.
[38] — Encyclique Notre charge apostolique, du 25 août 1910.
[39] — II-II, q. 32, a. 2, ad 3.
[40] — Il est intéressant de remarquer que cette admonition a été supprimée de la liste des œuvres de miséricorde spirituelle dans le Catéchisme de l’Église catholique, édition définitive, Paris, Centurion/Cerf/Fleurus-Mame/Librairie éditrice vaticane, 1998, nº 2447, p. 500-501.
[41] — Amerio, Iota unum, p. 74-75.
[42] — Id., Ibid., p. 104-105.
[43] — 11 novembre 1994.
[44] — « Même la rectitude théologale de la foi [...] déjà mise à l’épreuve par la confrontation avec notre temps, est parfois désorientée par des positions théologiques erronées, qui se répandent, entre autres, à cause de la crise de l’obéissance à l’égard du magistère de l’Église. »
[45] — Étymologiquement : la main raccourcie.
[46] — Encyclique Pacem in terris, du 11 avril 1961.
[47] — Don Sarda y Salvany a traité magistralement la question dans son ouvrage Le libéralisme est un péché (Avrillé, Publications du Sel de la terre, 1997) au chapitre XXIII intitulé : « Convient-il, en combattant l’erreur, de combattre et discréditer la personne qui la soutient ? »(p. 99-100) : « De même que les idées ne se soutiennent en aucun cas par elles-mêmes, elles ne se répandent ni ne se propagent de leur seul fait ; elles ne pourraient, réduites à elles seules, produire tout le mal dont souffre la société. Elles sont semblables aux flèches et aux balles qui ne causeraient de mal à personne, si on ne les lançait avec l’arc ou le fusil. C’est donc à l’archer et au fusilier que doit s’en prendre d’abord celui qui veut mettre fin à leur tir meurtrier. Toute autre façon de guerroyer sera libérale, tant qu’on voudra, mais elle n’aura pas le sens commun. Les auteurs et les propagateurs de doctrines hérétiques sont des soldats aux armes chargées de projectiles empoisonnés. Leurs armes sont le livre, le journal, le discours public, l’influence personnelle. Suffit-il de se porter à droite ou à gauche pour éviter les coups ? Non, la première chose à faire, la plus efficace, c’est de démonter le tireur. [...] Les Pères que nous avons déjà cités fournissent la preuve de cette thèse. Les titres mêmes de leurs ouvrages disent hautement que dans leurs luttes avec les hérésies, leurs premiers coups furent dirigés contre les hérésiarques. Les œuvres de saint Augustin portent presque toutes en tête le nom de l’auteur de l’hérésie qu’elles combattent : Contra Fortunatum Manichœum ; Adversus Adamanctum ; Contra Felicem ; Contra Secundinum ; Quis fuerit Petilianus ; De gestis Pelagii ; Quis fuerit Julianus, etc. De telle sorte que la majeure partie de la polémique du grand docteur fut personnelle, agressive, biographique pour ainsi dire, autant que doctrinale, luttant corps à corps avec l’hérétique non moins qu’avec l’hérésie. Ce que nous disons de saint Augustin, nous pourrions le dire de tous les saints Pères. » (NDLR.)
[48] — Amerio, Iota unum, p. 229-230.
[49] — Encyclique Divini Redemptoris, du 19 mars 1937.
[50] — On peut citer en particulier le décret du Saint-Office du 1er juillet 1949, portant un certain nombre de peines d’excommunication à l’égard des contrevenants.
[51] — Riccardi A., Metropolita Nikodim, Uno scomodo ottimista, Roma, 1983, p. 247-248, 271.
[52] — Discours d’ouverture du Concile, DC, col. 1384.
[53] — Lettre du 9 mai 1927 à Adelaïde Coari. Giovanni XXIII, Profezia nella fedeltà, Brescia, 1978, p. 427.
[54] — Lettre du 26 juillet 1926, Mi Chiamero Giovanni, Grafica e arte, 1998, p. 306.
[55] — Syllabus, du 8 décembre 1864.
[56] — Encyclique Mortalium animos, du 6 janvier 1928.
[57] — II-II, q. 29, a. 3, ad 1.
[58] — AAS, 31 janvier 1950.
[59] —Amerio, Iota unum, p. 453-454.
[60] — Hello Ernest, L’homme, Paris, nouvelle édition, Perrin et Cie, 1994, p. 214-215.

