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Existe-t-il deux originaux

du troisième secret

de Fatima ?

 

 

 

par Andrew M. Cesanek

 

 

 

Le texte qu’on va lire est la traduction française d’un article de Andrew M. Cesanek paru dans The Fatima Crusader, numéro 64 (Summer 2000), page 3 et suivantes [1]. L’auteur explique, en s’appuyant sur des témoignages précis qu’il a soigneusement collationnés, que sœur Lucie a réparti la rédaction du troisième secret de Fatima sur deux écrits. La publication par le Vatican du récit d’une vision, en juin 2000, constitue l’un de ces deux documents, mais il manque encore l’explication authentique de la sainte Vierge, c’est-à-dire le texte le plus important qui donne la clef de l’énigme.

Toutes les références et les citations d’ouvrages existants en français ont été rétablies selon leur version française.

Le Sel de la terre.

 

 

*

  

 

 

LA QUESTION que nous sommes en devoir de nous poser est celle de savoir si le troisième secret de Fatima est intégralement contenu dans un document unique ou s’il a été rédigé en deux manuscrits.

Il semble que deux écrits distincts renferment le troisième secret, mais avons-nous une preuve qu’il existe un second texte ?

L’existence de deux documents – l’un étant une lettre rédigée sur une seule feuille de papier, l’autre se trouvant dans un carnet – est clairement attestée par différents témoins dignes de foi, dont sœur Lucie elle-même. On retrouve la plupart de ces témoignages dans le livre du frère Michel de la Sainte Trinité, Toute la vérité sur Fatima, tome III : Le Troisième secret [2]. Les vingt mille exemplaires de l’édition française de ce tome furent publiés en 1985 et 1986 (après plus de quatre années de recherches), et les cinquante mille exemplaires de l’édition anglaise parurent en 1990.

On ne voit pas que la vérité de cet ouvrage et la minutie des recherches effectuées aient jamais été remises en question. Le tome III à lui seul contient plus de mille cent cinquante références renvoyant à de nombreux documents, témoins ou déclarations. Ni les sources de frère Michel, ni ses propres témoignages n’ont jamais été réfutés ; aussi le frère Michel doit-il être considéré comme un témoin valable et digne de foi.

Pour élaborer cet article, nous avons aussi consulté la version abrégée du Troisième secret du frère Michel : Fatima – Joie intime, événement mondial, du frère François de Marie des Anges [3]. Frère François est également un spécialiste reconnu de Fatima et, au cours des sept dernières années qui virent paraître les cent mille exemplaires de son livre, ses informations et ses enquêtes n’ont pas davantage été contestées par la critique.

Le but de notre article est d’établir qu’il existe effectivement deux manuscrits originaux du troisième secret, rédigés par sœur Lucie, et que chacun des deux a été mis à la disposition de la hiérarchie de l’Église.

Le frère Michel et le père Alonso rapportent que sœur Lucie nous dit, en propres termes, que deux documents existent bel et bien.

Le 9 janvier 1944, sœur Lucie écrivait à Mgr da Silva :

 

J’ai écrit ce que vous m’avez demandé ; Dieu a voulu m’éprouver un peu, mais finalement c’était bien cela sa volonté : [le texte] est cacheté dans une enveloppe et celle-ci est dans les cahiers [4]. […]

 

Plus loin, le frère Michel établit que sœur Lucie a remis les deux documents à Mgr da Silva, évêque du diocèse de Leiria-Fatima, en juin 1944 :

 

Discrètement, la voyante remit à l’évêque de Gurza le cahier dans lequel elle avait glissé l’enveloppe du secret. Le soir même, celui-ci remettait l’enveloppe entre les mains de Mgr da Silva [5]. […]

 

Le tableau suivant résume les arguments montrant clairement qu’il existe bien deux manuscrits relatifs au troisième secret. (Du moins ont-ils existé jusque dans les années 1980 ; nous spécifions ceci de peur que, dans les années à venir, on ne découvre que le premier texte a été perdu ou détruit.) Nous développerons ces arguments au fil de l’article.

 

Premier texte du troisième secret

dont parlent plusieurs témoins

Second texte du troisième secret révélé par le Vatican le 26 juin 2 000

 

1.

 

Le texte contient les paroles de Notre-Dame.

 

Le texte ne contient aucune parole de Notre-Dame.

2.

Le texte fut remis au Saint-Office le 16 avril 1957.

Le texte fut remis au Saint-Office le 4 avril 1957.

3.

Rédigé sur une seule page.

Rédigé sur 4 pages.

4.

Compte environ 25 lignes.

Compte 62 lignes.

5.

Son contenu fut définitif le 9 janvier 1944.

Son contenu fut définitif le 3 janvier 1944.

6.

Le pape Jean-Paul II lut le texte en 1978.

Le pape Jean-Paul II lut le texte le 18 juillet 1981.

 

 

7.

Le pape Jean-Paul II consacra le monde le 7 juin 1981 après avoir lu le texte de 1978, mais avant d’avoir pris connaissance de celui de 4 pages qu’il ne lut que le 18 juillet 1981.

 

Le pape Jean-Paul II ne lut pas ce texte avant l’acte de consécration du monde qu’il fit le 7 juin 1981.

 

8.

 

Rédigé sous forme de lettre (adressée à quelqu’un et signée).

Rédigé non pas sous forme de lettre (sans adresse ni signature) mais à la manière des passages manuscrits du cahier de sœur Lucie.

9.

Conservé au chevet du pape.

Conservé dans les bâtiments du Saint-Office.

10.

Explique la vision.

Décrit la vision.

 

 

Premier fait

Le premier texte contient

des paroles de Notre-Dame

 

L’annonce faite par le Vatican le 8 février 1960 et communiquée par l’agence de presse portugaise à Rome, Agencia Nacional de Informação, nous dit que le texte du troisième secret (c’est-à-dire le premier texte ; voir le tableau ci-dessus) comporte les paroles mêmes de Notre‑Dame :

 

Dans des cercles du Vatican hautement dignes de foi, on vient de déclarer au représentant de l’United Press International qu’il est fort probable que la lettre dans laquelle sœur Lucie écrivit les paroles que la Vierge Marie adressa aux trois pastoureaux de la Cova da Iria, ne soit jamais ouverte [6]

 

Le témoignage personnel de sœur Lucie montre que le troisième secret est inséré dans des paroles de Notre‑Dame. Le frère Michel rapporte :

 

Dans son troisième Mémoire, rédigé en juillet-août 1941, sœur Lucie s’était contentée de mentionner l’existence d’une troisième partie du secret, mais elle n’en avait encore rien dit. Ce fut quelques mois plus tard, dans son quatrième Mémoire, écrit d’octobre à décembre 1941, qu’elle se décida à en dire davantage. Elle retranscrivit alors presque littéralement le texte du troisième Mémoire, mais en ajoutant à la suite des derniers mots – « et il sera donné au monde un temps de paix » – la nouvelle phrase : « Em Portugal se conservará sempre o dogma da , etc [7]. »

 

Ces mots signifient : « Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi, etc. » ; ils sont de Notre‑Dame. Le frère Michel explique encore :

 

Si bien qu’en 1943, lorsque Mgr da Silva lui eut demandé d’en rédiger le texte [du troisième secret] et qu’elle rencontrait d’insurmontables difficultés pour obéir à cet ordre, elle déclara un jour que ce n’était pas absolument nécessaire de le faire, « puisque, d’une certaine façon, elle l’avait dit [8]. » Sans doute, faisait-elle allusion aux dix mots discrètement ajoutés en décembre 1941 au texte du grand secret, mais si discrètement ajoutés que presque personne n’y prendra garde. [9] […]

 

Cette phrase introduit une pensée nouvelle, et incomplète, au sujet du secret. Elle suggère qu’il y a une suite. Elle sous-entend que le « etc. » tient la place de la troisième partie du secret.

Or le manuscrit révélé au mois de juin 2000 par le Vatican (le second texte dans le tableau ci-dessus), publié dans la brochure éditée par le Vatican : Le Message de Fatima, ne contient aucune parole de Notre‑Dame. Il décrit seulement la vision du secret par les trois enfants de Fatima.

De plus, ce texte n’explique pas la nouvelle phrase ni le « etc. » que sœur Lucie a ajouté au secret dans son quatrième Mémoire. Ainsi, il existe un autre texte qui suit la phrase ajoutée, et des paroles de Notre‑Dame manquent à cet endroit.

 

Conclusion à tirer de ce premier fait

 

Nous sommes donc en présence de deux documents : l’un contenant les paroles de Notre‑Dame, l’autre décrivant la vision des trois enfants, dans laquelle on ne trouve aucune parole pouvant être attribuée à la sainte Vierge.

 

Deuxième fait

Les différentes dates de transfert

 

Voici ce que le frère François nous dit de la transmission du troisième secret au Saint‑Office (désormais nommé Congrégation pour la Doctrine de la foi) :

 

Arrivé au Vatican le 16 avril 1957, le secret fut sans doute placé presqu’aussitôt par le pape Pie XII dans son bureau personnel, à l’intérieur d’un petit coffre en bois, portant la mention Secretum Sancti Officii [Secret du Saint‑Office] [10]

 

Il est important de remarquer que le pape était le préfet du Saint‑Office avant que Paul VI ne réorganisât la Curie, en 1967. Aussi, convenait-il tout à fait que le troisième secret fût en possession du Saint‑Père, et que le coffre qui le renfermait portât la mention « secret du Saint‑Office » : le pape étant à la tête du Saint‑Office, ce coffre appartenait dès lors aux archives du Saint‑Office.

Or la publication du Vatican intitulée Le Message de Fatima, du 26 juin 2000, identifie le texte original du troisième secret écrit par sœur Lucie avec celui qui a été transféré au Saint‑Office le 4 avril 1957. En outre, l’archevêque Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la foi précise :

 

L’enveloppe scellée fut gardée d’abord par l’évêque de Leiria. Pour mieux conserver le secret, l’enveloppe fut remise le 4 avril 1957 aux archives secrètes du Saint‑Office [11].

 

Conclusion à tirer de ce deuxième fait

 

La différence de dates prouve l’existence de deux documents : le texte contenant la vision fut transféré aux archives secrètes du Saint‑Office le 4 avril 1957 ; celui renfermant des paroles de Notre‑Dame fut placé dans l’appartement du pape, qui peut être considéré comme faisant partie du Saint‑Office, le 16 avril 1957.

 

 

Troisième fait

Le premier texte tient sur

une simple feuille de papier

 

Le cardinal Ottaviani, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi en 1967, certifia avoir lu le troisième secret et qu’il était rédigé sur une seule feuille de papier. Il donna ce témoignage lors d’une conférence de presse, le 11 février 1967, tenue à l’occasion d’une réunion de l’Académie mariale pontificale à Rome.

Le cardinal Ottaviani déclara :

 

Et alors, qu’a-t-elle fait [sœur Lucie] pour obéir à la très sainte Vierge ? Elle a écrit sur une feuille de papier, en portugais, ce que la sainte Vierge lui avait demandé de dire au Saint-Père [12].

 

Le cardinal Ottaviani est témoin direct de ce fait. Dans la même conférence de presse, il expliqua :

 

Moi qui ai eu la grâce et le don de lire ce qui est le texte du secret – mais je suis secret moi aussi parce que je suis tenu au secret [13]… 

 

Le père Alonso rapporte que sœur Lucie, tout comme le cardinal Ottaviani, atteste que le secret fut rédigé sur une unique feuille de papier :

 

Lucie nous dit qu’elle l’a écrit sur une feuille de papier. Le cardinal Ottaviani, qui l’a lu, nous dit de même : elle a écrit sur une feuille [14]

 

Nous possédons également le témoignage de Mgr Venancio, qui était alors l’évêque auxiliaire de Leiria-Fatima : à la mi-mars 1957, Mgr da Silva lui ordonna de porter tous les écrits de sœur Lucie, y compris l’original du troisième secret, au nonce apostolique à Lisbonne en vue de les transférer à Rome.

Avant de porter ces écrits au nonce, Mgr Venancio regarda au travers de l’enveloppe contenant le troisième secret, en la tenant élevée face à la lumière, et il vit que le secret était écrit « sur une petite feuille de papier [15] ».

Le frère Michel souligna, le premier, la valeur de ce témoignage :

 

Cependant, grâce aux confidences de Mgr Venancio, à l’époque évêque auxiliaire de Leiria et qui fut intimement mêlé à ces événements, nous disposons maintenant de plusieurs données sûres que nous nous garderons bien de négliger. Je les ai moi-même recueillies de la bouche de Mgr Venancio le 13 février 1984, à Fatima. L’ancien évêque de Leiria me répéta sur ce sujet, presque mot pour mot, ce qu’il avait déjà dit auparavant à l’abbé Caillon qui en a fait le récit très détaillé dans ses conférences [16].

 

Voici, à présent, le témoignage de Mgr Venancio, tel qu’il est rapporté par le frère Michel :

 

Mgr Venancio raconte qu’une fois seul chez lui, il prit la grande enveloppe du secret et qu’il essaya de voir, par transparence, quel en était le contenu. Dans la grande enveloppe de l’évêque, il discerna une enveloppe plus petite, celle de Lucie, et à l’intérieur une feuille ordinaire avec trois quarts de centimètre de marge de chaque côté. Il prit soin de noter la taille de tout cela. L’ultime secret de Fatima est donc écrit sur une petite feuille de papier [17].

 

Pourtant, le manuscrit que le Vatican a révélé en juin 2000 est écrit sur quatre feuilles de papier.

 

Conclusion à tirer de ce troisième fait

 

Voilà encore un nouvel indice tendant à démontrer qu’il y a certainement deux documents : l’un tient sur une simple feuille et l’autre en occupe quatre.

 

 

Quatrième fait

Le premier texte possède

vingt-cinq lignes manuscrites

 

En conséquence du fait cité à l’instant, à savoir que le troisième secret a été rédigé sur une unique feuille de papier comme le stipulent les témoignages de sœur Lucie, du cardinal Ottaviani, de Mgr Venancio et du père Alonso, les frères Michel et François s’accordent pour dire que le texte ne compte pas plus de vingt à trente lignes :

 

…nous sommes aussi sûrs que les quelques vingt ou trente lignes du troisième secret [18]

 

L’ultime secret de Fatima, écrit sur une petite feuille de papier, n’est donc pas très long. Probablement vingt à vingt-cinq lignes [19]. […]

 

[Mgr Venancio essaya de voir] l’enveloppe [contenant le troisième secret] par transparence. Il put voir à l’intérieur une petite feuille dont il nota la taille exacte. Nous savons ainsi que le secret n’est pas très long, probablement vingt à vingt-cinq lignes [20]. […]

 

Or, le document rendu public par le Vatican en juin 2000 compte soixante-deux lignes d’écriture manuscrite.

 

Conclusion à tirer de ce quatrième fait

 

Cet écart indique à nouveau qu’il existe deux documents : le premier, d’une longueur de vingt à trente lignes écrites sur une seule feuille de papier ; le second, de soixante-deux lignes, réparties sur quatre feuilles de papier.

 

 

Cinquième fait

Le premier texte n’était

pas encore rédigé le 3 janvier 1944

 

Lucie fit une première tentative pour rédiger le texte du troisième secret en octobre 1943. Mais, depuis la mi-octobre jusqu’au début de janvier 1944, elle fut empêchée d’obéir à l’ordre formel d’écrire à cause d’une angoisse inexplicable qu’elle ressentit durant toute cette période.

Tout commença en juin 1943, lorsque sœur Lucie fut atteinte de pleurésie, ce qui fit craindre au chanoine Galamba et à Mgr da Silva qu’elle ne mourût avant d’avoir révélé l’ultime secret. Puis le chanoine Galamba convainquit Mgr da Silva de proposer à sœur Lucie d’écrire le troisième secret. Sœur Lucie refusa d’abord de suivre ce conseil, ne voulant pas prendre sur elle la responsabilité d’une telle initiative, mais elle assura qu’elle obéirait si on lui en donnait l’ordre exprès. En effet, vivement troublée par la proposition, elle craignait de ne pas avoir la permission de Notre-Seigneur de révéler le troisième secret si elle n’avait un ordre formel de son évêque.

Enfin, à la mi-octobre 1943, Mgr da Silva donna l’ordre formel que demandait Lucie. Sœur Lucie se disposa alors à obéir à la demande de l’évêque, mais elle fut incapable de le faire pendant les deux mois et demi qui suivirent. Ce n’est qu’à la suite d’une intervention divine, lorsque la sainte Vierge lui apparut le 2 janvier 1944 pour la fortifier et lui confirmer que telle était la volonté de Dieu, que sœur Lucie se sentit capable de surmonter ses réticences et de rédiger le secret [21].

Et ce n’est que le 9 janvier 1944 que sœur Lucie écrivit la note suivante à Mgr da Silva, pour l’informer que le secret était enfin rédigé :

 

J’ai écrit ce que vous m’avez demandé ; le bon Dieu a voulu m’éprouver un peu, mais finalement c’était bien cela sa volonté : [le texte] est cacheté dans une enveloppe et celle-ci est dans les cahiers [22].

 

Pourtant, le manuscrit du troisième secret que le Vatican a publié en juin 2000 indique que le texte original du troisième secret fut rédigé le 3 janvier 1944, d’après la date qui apparaît à la fin des quatre pages manuscrites de sœur Lucie [23]. Au reste, Mgr Bertone dit que « la troisième partie du secret fut écrite “sur l’ordre de son Excellence l’évêque de Leiria et de la sainte Mère” le 3 janvier 1944 [24] ».

 

Conclusion à tirer de ce cinquième fait

 

Vu les difficultés que rencontra sœur Lucie pendant deux mois et demi, ne devait-elle pas tenir informé Mgr da Silva dès que le texte était prêt ? Si elle a effectivement achevé d’écrire le 3 janvier, pourquoi aurait-elle attendu jusqu’au 9 pour en informer son évêque ?

De cette constatation nous pouvons conclure que le troisième secret ne fut pas écrit avant le 9 janvier 1944, ou fort peu de temps avant.

Cette différence de dates démontre à nouveau que nous sommes en présence de deux documents. Celui qui relate la vision fut achevé le 3 janvier 1944. Celui qui est porteur du message de Notre‑Dame et qui interprète la vision fut achevé le 9 janvier 1944 ou peu avant.

 

Il faut reconnaître que cette conclusion est une preuve conjecturale. Mais les spécialistes de Fatima en sont réduits à argumenter de cette manière car les autorités de Fatima diffèrent sans cesse, depuis 1976, la publication des travaux du père Joaquin Alonso, riches de 5 000 documents répartis en quatorze volumes, résultat de onze années de recherches sur la période qui va des apparitions à 1976. Le père Alonso fut l’archiviste officiel de Fatima pendant seize ans.

Toutes les autres conclusions de cet article cependant, mise à part celle du dixième argument, ne dépendent pas d’éléments simplement conjecturés.

 

 

Sixième fait

Le pape lut le secret pour

la première fois à deux dates différentes

 

Le 1er juillet 2000, le Washington Post souligna ce fait que les autorités officielles du Vatican avait récemment fourni des dates contradictoires quant à l’époque où le pape Jean‑Paul II lut le troisième secret pour la première fois :

 

Le 13 mai, le porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls, annonça que le pape avait pris connaissance du secret dès les premiers jours de son accession à la papauté, en 1978. Le lundi suivant, un assistant du cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, a dit que le pape avait vu le secret pour la première fois à l’hôpital, après son attentat [25]

 

Dans son édition du 26 juin 2000, le New York Times nomma l’assistant du cardinal Ratzinger :

 

« Jean‑Paul II lut le texte du troisième secret de Fatima pour la première fois après la tentative d’assassinat perpétrée contre lui », assura un proche assistant de Ratzinger, Mgr Tarcisio Bertone, aux journalistes présents à la conférence de presse qui présentait le document [26].

 

D’après le livret du Vatican intitulé Le Message de Fatima, paru le 26 juin 2000, le manuscrit du troisième secret rendu public par le Vatican en juin 2000 ne fut pas lu par le pape Jean‑Paul II avant le 18 juillet 1981. Mgr Bertone nous dit :

 

Pour sa part, Jean‑Paul II a demandé l’enveloppe contenant la troisième partie du secret après l’attentat du 13 mai 1981. Son Éminence le cardinal Franjo Seper, préfet de la Congrégation, remit à Son Excellence Mgr Eduardo Martinez Somalo, substitut de la Secrétairerie d’État, le 18 juillet 1981, deux enveloppes : – l’une blanche, avec le texte original de sœur Lucie en langue portugaise ; – l’autre de couleur orange, avec la traduction du « secret » en langue italienne. Le 11 août suivant, Mgr Martinez a rendu les deux enveloppes aux archives du Saint‑Office [27].

 

Conclusion à tirer de ce sixième fait

 

Toutes ces affirmations sont vraies et peuvent être conciliées s’il y a deux documents :

Le pape lut le texte rédigé sur une page et contenant les paroles de Notre‑Dame en 1978, puis il lut le manuscrit de quatre pages décrivant la vision le 18 juillet 1981.

 

 

Septième fait

Le premier texte inspira au pape

l’idée de consacrer le monde

 

Immédiatement après le passage cité précédemment, Mgr Bertone poursuit son témoignage :

 

Comme on le sait, le pape Jean‑Paul II pensa aussitôt à la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie et composa lui-même une prière pour ce qu’il définit un « acte de consécration » à célébrer dans la Basilique Sainte‑Marie-Majeure le 7 juin 1981 [28]. […]

 

Conclusion à tirer du septième fait

 

Quelle raison tirée du troisième secret aurait poussé Jean‑Paul II à consacrer le monde au Cœur Immaculé de Marie le 7 juin 1981, alors que – d’après Mgr Bertone cité dans Le Message de Fatima – le pape ne lut réellement le troisième secret que le 18 juillet 1981, six semaines plus tard ?

Encore une fois, les deux témoignages sont vrais et le désaccord peut être résolu si l’on accepte l’idée qu’il y a deux documents relatifs au troisième secret : Le pape lut l’unique feuille du secret citant les paroles de Notre‑Dame en 1978, et ce texte le poussa à consacrer le monde le 7 juin 1981. Puis il lut le document de quatre pages rapportant la vision le 18 juillet 1981.

Remarquons que, bien qu’il soit connu que Notre-Dame ne demanda spécifiquement que la consécration de la Russie, le pape Jean-Paul II considère visiblement que ces actes de consécration du monde sont comme un premier pas ouvrant la voie à la consécration finale de la Russie [29].

 

 

Huitième fait

Le premier texte est une lettre

 

Sœur Lucie elle-même nous dit que le troisième secret fut rédigé sous forme de lettre. Le témoignage du père Jongen, qui interrogea sœur Lucie les 3 et 4 février 1946, l’affirme :

 

— Vous avez déjà donné à connaître les deux premières parties du secret. Quand sera-ce pour la troisième ?

— Cette troisième partie, je l’ai communiquée par une lettre à Mgr l’évêque de Leiria [30]. […] 

 

Nous avons également les paroles décisives du chanoine Galamba :

 

Quand Mgr l’évêque refuse d’ouvrir la lettre, Lucie lui fait promettre qu’elle serait ouverte définitivement et lue au monde à sa mort [à elle, Lucie] ou en 1960, selon ce qui se produirait d’abord [31].

 

En février 1960, le patriarche de Lisbonne déclara :

 

Mgr da Silva enferma [l’enveloppe cachetée par Lucie] dans une autre enveloppe sur laquelle il indiqua que la lettre devrait être ouverte en 1960 par lui-même, Mgr José Correia da Silva, s’il était toujours en vie, ou sinon par le cardinal patriarche de Lisbonne [32].

 

Le père Alonso ajoute :

 

D’autres évêques ont également parlé – et avec autorité – de l’année 1960 comme indiquée pour ouvrir la fameuse lettre. Ainsi, quand l’évêque, alors titulaire de Tiava, et auxiliaire de Lisbonne, interroge Lucie au sujet de la date à laquelle sera ouvert le secret, il reçoit toujours la même réponse : en 1960 [33].

 

En 1959, Mgr Venancio promu nouvel évêque de Leiria, déclara :

 

Je pense que la lettre ne sera pas ouverte avant 1960. La sœur Lucie avait demandé qu’elle ne fût pas ouverte avant sa mort, ou pas avant 1960. Or, nous sommes en 1959, et la sœur Lucie jouit d’une bonne santé [34].

 

L’annonce faite par le Vatican, le 8 février 1960 (dans un communiqué de l’agence de presse portugaise A.N.I.), stipule aussi que le troisième secret fut rédigé sous la forme d’une lettre :

 

Il est fort probable que la lettre dans laquelle sœur Lucie écrivit les paroles que la Vierge Marie adressa aux trois pastoureaux à la Cova da Iria, ne soit jamais ouverte [35] […]

 

Certes, la brochure du Vatican intitulée Le Message de Fatima et publiée en juin 2000, a également caractérisé le texte de la vision du troisième secret de « lettre ». Pourtant, le manuscrit de la vision ne se présente pas du tout comme une lettre :

1. – il ne s’adresse à personne ;

2. – il porte une date au bas de la dernière page. Or, depuis le XVIIIe siècle, ce n’est pas conforme aux usages portugais : toute lettre est datée en tête et non pas à la fin ;

3. – il ne porte pas la signature de sœur Lucie ni de personne d’autre ;

4. – il ne ressemble en rien à une lettre.

Les Mémoires de sœur Lucie, en revanche, donnent des exemples de lettres écrites de sa main : toutes portent une adresse, une date et sa signature.

Aussi, pouvons-nous présumer que le document d’une page, achevé le 9 janvier 1944, est une lettre adressée à quelqu’un (sœur Lucie a déclaré au père Jongen, en février 1946, qu’elle l’avait adressée à l’évêque de Leiria) et signée de sœur Lucie.

La possibilité avait été offerte à sœur Lucie de rédiger le secret sous forme de lettre séparée ou bien de l’écrire dans son carnet [36]. Elle se décida à l’écrire sous les deux formes. D’après le père Alonso, sœur Lucie adressa ce mot à Mgr da Silva, le 9 janvier 1944 :

 

J’ai écrit ce que vous m’avez demandé ; Dieu a voulu m’éprouver un peu, mais finalement c’était bien cela sa volonté : [le texte] est cacheté dans une enveloppe et celle-ci est dans les cahiers [37]. […]

 

Et le frère Michel rapporte que le 17 juin 1944 :

 

Discrètement, la voyante remit à l’évêque de Gurza le cahier dans lequel elle avait glissé l’enveloppe du secret. Le soir même, celui-ci remettait l’enveloppe entre les mains de Mgr da Silva [38]. […]

 

Conclusion à tirer du huitième fait

 

Tout ceci prouve qu’il y a bien deux documents : sœur Lucie écrivit le texte du troisième secret qui contient les paroles de Notre‑Dame sous la forme d’une lettre d’une seule page. Elle écrivit également dans son carnet un texte de quatre pages, dans lequel elle décrit la vision correspondante.

C’est ce texte de quatre pages que le Vatican a révélé le 26 juin 2000, en le présentant comme le manuscrit du troisième secret, alors que, de toute évidence, ce n’est pas une lettre.

 

 

Neuvième fait

Le premier texte fut conservé

dans les appartements du Saint‑Père

 

Le frère Michel relate le témoignage du journaliste Robert Serrou qui, à l’occasion d’un reportage photographique au Vatican, le 14 mai 1957 [39], un mois environ après l’arrivée du troisième secret à Rome (le 16 avril 1957), découvrit que le troisième secret était conservé dans les appartements privés du pape, à son chevet.

Le frère Michel raconte :

 

Nous savons maintenant que la précieuse enveloppe transmise à Rome par Mgr Cento ne fut pas placée dans les archives du Saint‑Office, mais que Pie XII voulut la conserver dans son propre appartement.

L’abbé Caillon recueillit cette information de la bouche du journaliste Robert Serrou qui la tenait lui-même de sœur Pasqualina. Voici comment. Robert Serrou effectua pour Paris-Match un reportage photographique dans les appartements de Pie XII. Sœur Pasqualina – cette femme de grand bon sens qui dirigeait les quelques religieuses assurant le service du pape et qui recevait parfois ses confidences – était présente.

Devant un petit coffre de bois posé sur une table et portant l’inscription Secretum Sancti Officii (Secret du Saint-Office), le journaliste interrogea la sœur : « Ma sœur, qu’y a-t-il dans ce petit coffre ? » Et celle-ci de répondre : « Il y a là-dedans le troisième secret de Fatima… »

La photographie de ce coffret – que nous avons tenu à reproduire – fut publiée dans Paris-Match un an et demi plus tard [40]

 

C’est en effet le 18 octobre 1958 qu’un numéro de Paris-Match [41] publia cette photographie. Serrou confirma les détails de son témoignage dans une lettre au frère Michel, écrite le 10 janvier 1985. Il y déclare :

 

Il est exact que mère Pasqualina m’a bien dit en me montrant un petit coffret portant une étiquette avec la mention « secret du Saint‑Office » : « Il y a là-dedans le troisième secret de Fatima [42]. »

 

La brochure du Vatican Le Message de Fatima, diffusée le 26 juin 2000, dit au contraire que le troisième secret a été conservé dans le bâtiment où siège le Saint‑Office. Mgr Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la foi déclare :

 

L’enveloppe scellée fut gardée d’abord par l’évêque de Leiria. Pour mieux conserver le secret, l’enveloppe fut remise le 4 avril 1957 aux archives secrètes du Saint‑Office [43].

 

A cela s’ajoute ce que nous avons déjà montré avec le sixième fait, à savoir que le pape Jean‑Paul II lut le texte du troisième secret – c’est-à-dire la page contenant les paroles de Notre-Dame – en 1978, et qu’il ne lut le document de quatre pages décrivant la vision, que le 18 juillet 1981. Comme nous l’avons établi, on enregistra aux archives du Saint‑Office que le pape Jean-Paul II réclama le troisième secret en 1981, mais il n’y a pas trace d’une telle demande du pape en 1978 parce qu’elle n’avait pas lieu d’être.

 

Conclusion à tirer de ce neuvième fait

 

Ces faits prouvent l’existence de deux documents conservés chacun dans un endroit différent, classé dans des archives différentes.

En 1978, Jean‑Paul II lut la lettre d’une page avec les paroles de Notre-Dame, qui se trouvait dans ses appartements. Par conséquent le pape n’eut pas besoin d’en faire la demande auprès des archives secrètes du Saint‑Office.

En 1981, il lut le texte de quatre pages décrivant la vision et extrait du carnet de sœur Lucie, conservé dans le bâtiment du Saint‑Office. Il lui fallut donc s’adresser aux archives secrètes du Saint‑Office pour l’obtenir.

 

 

Dixième fait

Le premier texte explique la vision

 

Dans le quatrième Mémoire de sœur Lucie nous pouvons lire que lors de l’apparition du 13 juin 1917, Lucie ayant demandé à Notre‑Dame d’emmener les trois voyants au ciel, la Vierge répondit :

 

Oui, Jacinthe et François, je les emmènerai bientôt. Mais toi, tu resteras ici pendant un certain temps. Jésus veut se servir de toi afin de me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. A qui embrassera cette dévotion, je promets le salut [44]

 

Puis, sœur Lucie poursuit en nous donnant une description de la vision correspondante dont les trois petits voyants furent gratifiés immédiatement après ces paroles de Notre-Dame, paroles qui expliquent le sens de la vision.

 

Ce fut au moment où elle prononça ces dernières paroles qu’elle ouvrit les mains et nous communiqua, pour la deuxième fois, le reflet de cette lumière immense. Nous nous y vîmes, de manière inimaginable, plongés en Dieu. En elle, nous nous vîmes comme submergés en Dieu. Jacinthe et François paraissaient être dans la partie de cette lumière qui s’élevait vers le ciel, et moi dans celle qui se répandait sur la terre [45]

 

Ainsi nous voyons que Notre‑Dame présente aux enfants une vision et y joint une explication.

Dans Le Message de Fatima, le livret du Vatican publié le 26 juin 2000, nous lisons – extrait du troisième Mémoire – le récit écrit par sœur Lucie de la vision de l’enfer qu’eurent les trois pastoureaux pendant l’apparition du 13 juillet 1917 :

 

Notre‑Dame nous montra une grande mer de feu qui paraissait se trouver sous la terre et, plongés dans ce feu, les démons et les âmes, comme s’ils étaient des braises transparentes, noires ou bronzées, avec une forme humaine. Ils flottaient dans cet incendie, soulevés par les flammes, qui sortaient d’eux-mêmes, avec des nuages de fumée. Ils retombaient de tous côtés, comme les étincelles retombent dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, avec des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur.

Les démons se distinguaient par leurs formes horribles et dégoûtantes d’animaux épouvantables et inconnus, mais transparents et noirs.

Cette vision dura un moment, grâce à notre bonne Mère du ciel qui auparavant nous avait prévenus, nous promettant de nous emmener au ciel (à la première apparition). Autrement, je crois que nous serions morts d’épouvante et de peur [46].

 

Et, suite à ce récit, sœur Lucie continue son récit en nous rapportant les paroles de Notre‑Dame qui expliquent le sens de la vision :

 

Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes seront sauvées et on aura la paix [47]. […] 

 

Bien que les enfants sussent ce que représentait la vision, Notre‑Dame leur dit quand même : « Vous avez vu l’enfer ». Nous voyons donc bien que Notre‑Dame ne propose pas de vision sans explication.

Or, dans le livret rendu public le 26 juin 2000 par le Vatican, seul le récit d’une vision nous est proposé, sans explication correspondante, ce qui contraste fortement avec la pédagogie de Notre‑Dame :

 

Après les deux parties que j’ai déjà exposées, nous avons vu sur le côté gauche de Notre‑Dame, un peu plus en hauteur, un ange avec une épée de feu dans la main gauche. […] Sous les deux bras de la croix, il y avait deux anges, chacun avec un arrosoir de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des martyrs et avec lequel ils irriguaient les âmes qui s’approchaient de Dieu [48].

 

Ce manuscrit du troisième secret présenté par le Vatican le 26 juin 2000 ne comporte aucune parole de Notre‑Dame.

 

Conclusion à tirer du dixième fait

 

Où se trouvent les paroles de Notre‑Dame pour expliquer la vision ?

Si Notre‑Dame n’ajouta aucune explication à cette vision, ce n’est pas cohérent avec les situations similaires que l’on trouve dans le cours de ses apparitions. Cela ne colle pas non plus avec ce que nous avons montré précédemment dans le premier argument, à savoir que le troisième secret contient des paroles de Notre‑Dame.

Si l’autorité enseignante, c’est-à-dire le pape, ne prend pas la peine d’imposer une interprétation authentique de cette vision – et il ne le fait pas (c’est-à-dire, une autre interprétation peut aussi bien être valable) – et si nous n’avons pas la grâce pour comprendre cette vision par nous-mêmes, alors nous avons toutes les raisons de croire que Notre‑Dame a voulu nous exposer elle-même la signification de la vision du troisième secret de Fatima.

D’ailleurs, le cardinal Ratzinger dit que « le commentaire théologique » inséré dans le livret Le Message de Fatima du 26 juin 2000, est une tentative d’interprétation de la vision du troisième secret. Dans ce « commentaire théologique », il affirme :

 

Donc, dans ce qui suit, on pourra seulement chercher à donner de manière approfondie un fondement à cette interprétation à partir des critères développés jusqu’ici [49]. […]

 

Lors d’un entretien pour la presse, le cardinal Ratzinger confirma également qu’aucune interprétation authentique de la vision ne serait imposée. Le 1er juillet 2000, le Washington Post rapportait :

 

Interrogé sur la lecture de la vision par le pape, Ratzinger expliqua qu’il n’existe aucune interprétation officielle et que le texte n’est pas un dogme [50].

 

 

Conclusion générale

Sœur Lucie a rédigé deux écrits

originaux du troisième secret

 

En conclusion, nous constatons qu’il y a une évidence écrasante en faveur de l’existence de deux documents.

L’un de ces documents a quatre pages et compte soixante deux lignes de texte. Il est tiré du carnet de sœur Lucie et ne se présente pas comme une lettre. Il décrit la vision des trois enfants de Fatima. Il ne contient aucune parole de Notre‑Dame. Ce texte fut écrit par sœur Lucie le 3 janvier 1944, et transféré au Saint‑Office le 4 avril 1957. Le pape Jean‑Paul II l’a lu le 18 juillet 1981 (mais ce n’est pas lui qui le poussa à faire la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie le 7 juin 1981). Ce document était conservé au Saint‑Office et il a été révélé par le Vatican le 26 juin 2000.

L’autre document est une lettre d’une seule page, comptant environ vingt-cinq lignes rapportant les propres paroles de Notre‑Dame. Il fut rédigé par sœur Lucie le 9 janvier 1944 ou peu de temps avant, transféré au Saint‑Office le 16 avril 1957, et lu par le pape Jean‑Paul II en 1978 (c’est lui qui le poussa à consacrer le monde au Cœur Immaculé de Marie le 7 juin 1981). Il était conservé dans les appartements du pape. Le Vatican n’en a jamais révélé la teneur.

 

 

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Annexe

 

La consécration de la Russie

au Cœur Immaculé de Marie

sera le signe du retour

de Rome à la vraie foi

 

 

 

Nous joignons à l’article de The Fatima Crusader ce court extrait du livre de M. l’abbé Gérard Mura (dont l’original en allemand est en cours de traduction française) : Fatima-Rome-Moscou, la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie reste à réaliser (page VII).

Ce passage met en lumière l’incompatibilité radicale entre la demande de la sainte Vierge et les fausses opinions théologiques jointes à l’Ospolitik de la Rome conciliaire actuelle.

La consécration de la Russie suppose le retour de Rome. Le jour où elle s’accomplira exactement comme Notre-Dame l’a demandée, nous pourrons croire Rome convertie : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment. J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu (conversus), affermis tes frères » (Lc 22, 31-32).

Le Sel de la terre.

 

*

  

 

La consécration, comprise en tant que

condamnation du communisme et de l’Ostpolitik

 

Avec le recul des décennies, il nous possible de voir dans la consécration demandée une stigmatisation des fausses opinions théologiques ainsi que des erreurs de la diplomatie vaticane au sujet de l’attitude des derniers papes vis-à-vis du communisme. Une mesure aussi universelle et solennelle de la part de l’autorité de l’Église contre le communisme russe, comme le suppose la consécration demandée, représente une condamnation sans équivoque du communisme. C’est là déjà le premier effet de la consécration. Le communisme athée est désigné à la face du monde comme le premier problème à l’échelle mondiale, un problème qui ne peut plus être résolu par des moyens humains.

Le concile Vatican II a refusé une pareille condamnation. Ce refus devint évident lorsque la demande de condamnation formelle du communisme, signée par 450 pères, disparut dans les oubliettes du Vatican. Cela fait comprendre pourquoi les papes, depuis le Concile, n’ont pas accompli la consécration.

La consécration de la Russie est incompatible avec toute tentative d’Ostpolitik vaticane qui se voudrait une tentative de résolution du problème communiste avec des moyens diplomatiques [51].

La consécration est incompatible avec toute tentative purement naturelle et humaine de paix mondiale. Elle s’oppose à des solutions des grands problèmes mondiaux qui ne seraient basées que sur la bonne volonté des hommes et les tractations diplomatiques, faisant fi de Notre‑Seigneur Jésus‑Christ et de l’agir surnaturel de Dieu dans le monde.

 

La Consécration suppose une théologie

d’un vrai retour à la foi de l’Église

 

La portée de la consécration et ce qui en fait d’ailleurs aussi sa difficulté est le fait qu’elle présuppose nécessairement certaines opinions théologiques et qu’elle s’oppose à d’autres. En l’occurrence, il s’agit du cheval de bataille de la théologie progressiste, à savoir l’œcuménisme.

 

A. La consécration de la Russie et la conversion promise suppose une théologie de l’union avec les Églises orientales. Ce qui veut dire que le but des relations avec les Églises orientales est le retour de celles-ci dans le giron de l’Église catholique. Et c’est là que la bât blesse, puisque la politique eccclésiale actuelle, imbue d’un faux œcuménisme, est à l’opposé de cette attitude. L’union œcuménique recherchée aujourd’hui reconnaît dans l’Église orthodoxe, une « Église sœur », ne recherchant pas son retour dans l’Église romaine, [mais] au contraire, favorisant l’adhésion des uniates à Moscou. Nous y reviendrons plus tard.

Le pape Jean‑Paul II abandonne les catholiques uniates, spécialement l’Église d’Ukraine ; cela ressort très clairement du document signé à Balamand et qui fut l’objet d’éloges de la part du pape.

 

B. La dévotion au Cœur Immaculé de Marie, telle qu’elle est demandée dans la consécration de la Russie, est fondamentalement anti-œcuménique. Elle ne plaît ni aux protestants, ni aux orthodoxes, parce qu’elle ne s’est développée dans l’Église que dans les derniers siècles. L’union recherchée aujourd’hui avec les schismatiques et les hérétiques veut se faire sur la base de quelques dénominateurs communs, niant au passage toutes les vérités spécifiquement catholiques.

 

Le ciel a promis l’union avec les orthodoxes, faisant même allusion à un retour d’autres hérétiques (toujours par le biais de la consécration). Mais le moyen désigné par le ciel suppose la mise en évidence de ces vérités qu’aucune communauté schismatique ou hérétique n’accepte, vérités qui ne sont pas des clauses accidentelles de la foi, mais des vérités importantes et surnaturellement fécondes : la dévotion au Cœur Immaculé de Marie et celle au Sacré‑Cœur de Jésus, le primat de juridiction du pape, l’immaculée conception, la médiation universelle de grâces et la corédemption de Marie ; ce sont là les vérités connotées par l’acte de consécration de la Russie. C’est là aussi le catalogue de ces vérités spécifiques à l’Église catholique romaine.

La demande de la consécraton de la Russie au Cœur Immaculé de Marie et ses présupposés théologiques nous révèlent donc l’antidote parfait donné par le ciel contre l’œcuménisme, antidote auquel sont liées de nombreuses promesses, avant tout celle d’une « réunification » possible et rapide de l’Église.

Tant que la hiérarchie ecclésiastique reste imbue de modernisme et qu’elle n’est pas prête au retour à la vraie foi, il lui est impossible d’accomplir jusqu’au bout les demandes du ciel.

 

[Fin de l’extrait du livre Fatima-Rome-Moscou, de M. l’abbé Mura, page VII.]



[1] — The Fatima crusader, 452 Kraft Road, Fort Erie, ON L2A 4M7 – CANADA. Nous remercions Mme Albert Dénéchaud qui a bien voulu assurer la traduction.

[2] — Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1985. (NDLR.)

[3] — Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1991. (NDLR.)

[4] — Cité par le père Alonso Fatima 50 (ancienne revue du chanoine Galamba, aujourd’hui disparue), 13 octobre 1967, p. 11. Voir aussi le frère Michel, Toute la vérité sur Fatima, tome III : Le Troisième secret, p. 38. (Les pages et les citations sont données ici selon l’original français.)

[5] — Frère Michel, ibid., p. 40.

[6] — Cité par le père Martins Olos Reis, O Milagre do sol e o Segredo de Fatima, p. 127-128. Voir père J. Alonso, La Verdad sobre el Secreto de Fatima (VSF), Madrid, Centro Mariano, 1976, 119 p., p. 55-56. Voir aussi Fr. Michel, ibid., p. 386.

NDLR : La citation est donnée ici d’après le frère Michel. Le texte anglais de The Fatima Crusader, directement traduit du père Alonso, est plus précis. Il dit : « lettre dans laquelle sœur Lucie écrivit les paroles que la Vierge Marie confia comme un secret  (confided as a secret) aux trois petits pastoureaux. »

[7] — Frère Michel, ibid., p. 458.

[8] — Père Alonso, VSF, p. 64. Voir aussi frère Michel, ibid., p. 458.

[9] — Frère Michel, ibid., p. 458.

[10] — Frère François, Fatima – Joie intime, événement mondial, p. 291.

[11] — Mgr Tarcisio Bertone SDB, Le Message de Fatima, « Présentation », juin 2000. La version française de ce texte a paru dans l’Osservatore Romano en langue française du 4 juillet 2000, nº 27 (2629), pages centrales I à VIII. On la trouve aussi sur le site internet du Vatican : http://www.vatican.va/roman curia/congregationis/cfaith/documents/rc con c faith doc 20000626 message-fatima fr.html.

[12] — Frère Michel, ibid., p. 486.

[13] — Frère Michel, ibid., p. 488.

[14] — Père Alonso, VSF, p. 60. Voir aussi frère Michel, ibid., p. 437.

[15] — Frère François, ibid., p. 291. Voir aussi frère Michel, ibid., p. 321.

[16] — Frère Michel, ibid., p. 320. Voir aussi père G. Freire : O Segredo de Fatima a terceira-parte e sobre Portugal ?, p. 50-51.

[17] — Frère Michel, ibid., p. 321.

[18] — Frère Michel, ibid., p. 419.

[19] — Frère François, ibid., p. 291.

[20] — Frère Michel, The Secret of Fatima Revealed, Immaculate Heart Publications, Fort Erie, Ontario, Canada, 1986, p. 7.

[21] — Frère Michel, ibid., p. 32-40.

[22] — Cité par le père Alonso, Fatima 50, p. 11. Voir aussi le frère Michel, ibid., p. 38.

[23] — Texte original de sœur Lucie, Le Message de Fatima, « Troisième partie du “secret” ».

[24] — Mgr Tarcisio Bertone SDB, Le Message de Fatima, « Présentation ».

[25] — Broadway Bill et Delancy Sarah, « Third Secret Spurs More Questions ; Fatima Interpretation Departs From Vision », The Washington Post, 1er juillet 2000.

[26] — The Associated Press, « Vatican : Fatima is no Doomsday Prophecy », The New York Times, 26 juin 2000.

[27] — Mgr Tarcisio Bertone SDB, Le Message de Fatima, « Présentation ».

[28] — Id., ibid.

[29] — L’auteur de l’article donne ici une interprétation vraiment très bienveillante. Car il paraît clair que Jean-Paul II considère que la consécration spéciale de la Russie n’est pas nécessaire et qu’elle a été implicitement faite avec les consécrations du monde de 1981 et 1984. Ce n’est pourtant pas ce qu’avait demandé la sainte Vierge, il ne faut donc pas s’étonner si la crise religieuse et civile persiste. Voir, à ce sujet, les articles de M. l’abbé Delestre dans Le Sel de la terre 32, p. 44 sq. et Le Sel de la terre 35, p. 64 sq. (NDLR.)

[30] — Revue Médiatrice et Reine, octobre 1946, p. 110-112. Voir aussi le frère Michel, ibid., p. 313.

[31] — Cité par le père Alonso, VSF, p. 46-47. Voir aussi le frère Michel, ibid., p. 313. (NDLR : Toutefois, ici, le frère Michel, dans sa traduction sur l’espagnol, a omis le mot lettre, se contentant d’écrire : « de l’ouvrir », sous-entendu : le troisième secret.)

[32]Novidades, 24 février 1960, cité par la Documentation catholique, 19 juin 1960, col. 751. Voir aussi frère Michel, ibid., p. 314.

[33] — Père Alonso, VSF, p. 46. voir aussi frère Michel, ibid., p. 314. (NDLR : Ici encore, le frère Michel a modifié l’espagnol en écrivant : « le fameux document » pour : « la fameuse lettre ».)

[34] — Père Alonso, VSF, p. 46. Voir aussi frère Michel, ibid., p. 318.

[35] — Cité par le père Martino dos Reis, O Milagre do sol e o Segredo de Fatima, p. 127-128. Voir père Alonso, VSF, p. 55-56. Voir aussi le frère Michel, ibid., p. 386.

[36] — Voir fr Michel, ibid., p. 36 : « On me demande de l’écrire [le secret], soit dans les cahiers où l’on m’ordonne de noter mon journal spirituel, soit sur une feuille de papier, et de la mettre sous enveloppe cachetée à la cire » (Père Alonso, VSF, p. 33). (NDLR.)

[37] — Cité par le père Alonso, Fatima 50, p. 11. Voir aussi le frère Michel, ibid., p. 38.

[38] — Frère Michel, ibid., p. 40.

[39] — Frère Michel, ibid., p. 323.

[40] — Id., ibid., p. 323-324.

[41] — Voir la légende de la photographie dans frère Michel, ibid., p. 330.

[42] — Lettre de R. Serrou au frère Michel, le 10 janvier 1985. Voir frère Michel, ibid., p. 324.

[43] — Mgr Tarcinio Bertone SDB, Le Message de Fatima, « Présentation ».

[44] — Sœur Lucie dans un récit rédigé pour son confesseur, le père Aparicio, à la fin de 1927.

[45] — Sœur Lucie, Quatrième Mémoire, 8 décembre 1941, p. 167-168.

[46] — « Troisième Mémoire » de sœur Lucie cité dans Le Message de Fatima, « Première et deuxième parties du “Secret” ». Voir aussi le « Quatrième Mémoire » dans Mémoires de sœur Lucie, p. 172 ; et sœur Lucie, Memorias e Cartas de Irma Lucia, p. 338-341.

[47] — Sœur Lucie dans Le Message de Fatima, « Première et deuxième partie du “secret” ». Voir aussi le « Quatrième Mémoire » de sœur Lucie dans Mémoires de sœur Lucie, p. 172, ou : Memorias e Cartas de Irma Lucia, p. 340-341.

[48] — Sœur Lucie, Le Message de Fatima, « Troisième partie du secret ».

[49] — Ratzinger Joseph (cardinal), Le Message de Fatima, « Commentaire théologique ».

[50] — Broadway Bill et Delancy Sarah, The Washington Post.

[51] — voir frère Michel de la Sainte Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. II : Le secret et l’Église, Saint-Parres-les-Vaudes, CRC, p. 351

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 36

p. 180-200

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La Vierge Marie : Dévotions envers la Mère de Dieu

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