Existe-t-il deux originaux
du troisième secret
de Fatima ?
par Andrew M. Cesanek
Le texte qu’on va lire est la traduction française d’un article de Andrew M. Cesanek paru dans The Fatima Crusader, numéro 64 (Summer 2000), page 3 et suivantes [1]. L’auteur explique, en s’appuyant sur des témoignages précis qu’il a soigneusement collationnés, que sœur Lucie a réparti la rédaction du troisième secret de Fatima sur deux écrits. La publication par le Vatican du récit d’une vision, en juin 2000, constitue l’un de ces deux documents, mais il manque encore l’explication authentique de la sainte Vierge, c’est-à-dire le texte le plus important qui donne la clef de l’énigme.
Toutes les références et les citations d’ouvrages existants en français ont été rétablies selon leur version française.
Le Sel de la terre.
*
LA QUESTION que nous sommes en devoir de nous poser est celle de savoir si le troisième secret de Fatima est intégralement contenu dans un document unique ou s’il a été rédigé en deux manuscrits.
Il semble que deux écrits distincts renferment le troisième secret, mais avons-nous une preuve qu’il existe un second texte ?
L’existence de deux documents – l’un étant une lettre rédigée sur une seule feuille de papier, l’autre se trouvant dans un carnet – est clairement attestée par différents témoins dignes de foi, dont sœur Lucie elle-même. On retrouve la plupart de ces témoignages dans le livre du frère Michel de la Sainte Trinité, Toute la vérité sur Fatima, tome III : Le Troisième secret [2]. Les vingt mille exemplaires de l’édition française de ce tome furent publiés en 1985 et 1986 (après plus de quatre années de recherches), et les cinquante mille exemplaires de l’édition anglaise parurent en 1990.
On ne voit pas que la vérité de cet ouvrage et la minutie des recherches effectuées aient jamais été remises en question. Le tome III à lui seul contient plus de mille cent cinquante références renvoyant à de nombreux documents, témoins ou déclarations. Ni les sources de frère Michel, ni ses propres témoignages n’ont jamais été réfutés ; aussi le frère Michel doit-il être considéré comme un témoin valable et digne de foi.
Pour élaborer cet article, nous avons aussi consulté la version abrégée du Troisième secret du frère Michel : Fatima – Joie intime, événement mondial, du frère François de Marie des Anges [3]. Frère François est également un spécialiste reconnu de Fatima et, au cours des sept dernières années qui virent paraître les cent mille exemplaires de son livre, ses informations et ses enquêtes n’ont pas davantage été contestées par la critique.
Le but de notre article est d’établir qu’il existe effectivement deux manuscrits originaux du troisième secret, rédigés par sœur Lucie, et que chacun des deux a été mis à la disposition de la hiérarchie de l’Église.
Le frère Michel et le père Alonso rapportent que sœur Lucie nous dit, en propres termes, que deux documents existent bel et bien.
Le 9 janvier 1944, sœur Lucie écrivait à Mgr da Silva :
J’ai écrit ce que vous m’avez demandé ; Dieu a voulu m’éprouver un peu, mais finalement c’était bien cela sa volonté : [le texte] est cacheté dans une enveloppe et celle-ci est dans les cahiers [4]. […]
Plus loin, le frère Michel établit que sœur Lucie a remis les deux documents à Mgr da Silva, évêque du diocèse de Leiria-Fatima, en juin 1944 :
Discrètement, la voyante remit à l’évêque de Gurza le cahier dans lequel elle avait glissé l’enveloppe du secret. Le soir même, celui-ci remettait l’enveloppe entre les mains de Mgr da Silva [5]. […]
Le tableau suivant résume les arguments montrant clairement qu’il existe bien deux manuscrits relatifs au troisième secret. (Du moins ont-ils existé jusque dans les années 1980 ; nous spécifions ceci de peur que, dans les années à venir, on ne découvre que le premier texte a été perdu ou détruit.) Nous développerons ces arguments au fil de l’article.
Premier texte du troisième secret dont parlent plusieurs témoins | Second texte du troisième secret révélé par le Vatican le 26 juin 2 000 | |
1. |
Le texte contient les paroles de Notre-Dame. |
Le texte ne contient aucune parole de Notre-Dame. |
2. | Le texte fut remis au Saint-Office le 16 avril 1957. | Le texte fut remis au Saint-Office le 4 avril 1957. |
3. | Rédigé sur une seule page. | Rédigé sur 4 pages. |
4. | Compte environ 25 lignes. | Compte 62 lignes. |
5. | Son contenu fut définitif le 9 janvier 1944. | Son contenu fut définitif le 3 janvier 1944. |
6. | Le pape Jean-Paul II lut le texte en 1978. | Le pape Jean-Paul II lut le texte le 18 juillet 1981. |
7. | Le pape Jean-Paul II consacra le monde le 7 juin 1981 après avoir lu le texte de 1978, mais avant d’avoir pris connaissance de celui de 4 pages qu’il ne lut que le 18 juillet 1981. |
Le pape Jean-Paul II ne lut pas ce texte avant l’acte de consécration du monde qu’il fit le 7 juin 1981. |
8. |
Rédigé sous forme de lettre (adressée à quelqu’un et signée). | Rédigé non pas sous forme de lettre (sans adresse ni signature) mais à la manière des passages manuscrits du cahier de sœur Lucie. |
9. | Conservé au chevet du pape. | Conservé dans les bâtiments du Saint-Office. |
10. | Explique la vision. | Décrit la vision. |
Premier fait
Le premier texte contient
des paroles de Notre-Dame
L’annonce faite par le Vatican le 8 février 1960 et communiquée par l’agence de presse portugaise à Rome, Agencia Nacional de Informação, nous dit que le texte du troisième secret (c’est-à-dire le premier texte ; voir le tableau ci-dessus) comporte les paroles mêmes de Notre‑Dame :
Dans des cercles du Vatican hautement dignes de foi, on vient de déclarer au représentant de l’United Press International qu’il est fort probable que la lettre dans laquelle sœur Lucie écrivit les paroles que la Vierge Marie adressa aux trois pastoureaux de la Cova da Iria, ne soit jamais ouverte [6].
Le témoignage personnel de sœur Lucie montre que le troisième secret est inséré dans des paroles de Notre‑Dame. Le frère Michel rapporte :
Dans son troisième Mémoire, rédigé en juillet-août 1941, sœur Lucie s’était contentée de mentionner l’existence d’une troisième partie du secret, mais elle n’en avait encore rien dit. Ce fut quelques mois plus tard, dans son quatrième Mémoire, écrit d’octobre à décembre 1941, qu’elle se décida à en dire davantage. Elle retranscrivit alors presque littéralement le texte du troisième Mémoire, mais en ajoutant à la suite des derniers mots – « et il sera donné au monde un temps de paix » – la nouvelle phrase : « Em Portugal se conservará sempre o dogma da fé, etc [7]. »
Ces mots signifient : « Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi, etc. » ; ils sont de Notre‑Dame. Le frère Michel explique encore :
Si bien qu’en 1943, lorsque Mgr da Silva lui eut demandé d’en rédiger le texte [du troisième secret] et qu’elle rencontrait d’insurmontables difficultés pour obéir à cet ordre, elle déclara un jour que ce n’était pas absolument nécessaire de le faire, « puisque, d’une certaine façon, elle l’avait dit [8]. » Sans doute, faisait-elle allusion aux dix mots discrètement ajoutés en décembre 1941 au texte du grand secret, mais si discrètement ajoutés que presque personne n’y prendra garde. [9] […]
Cette phrase introduit une pensée nouvelle, et incomplète, au sujet du secret. Elle suggère qu’il y a une suite. Elle sous-entend que le « etc. » tient la place de la troisième partie du secret.
Or le manuscrit révélé au mois de juin 2000 par le Vatican (le second texte dans le tableau ci-dessus), publié dans la brochure éditée par le Vatican : Le Message de Fatima, ne contient aucune parole de Notre‑Dame. Il décrit seulement la vision du secret par les trois enfants de Fatima.
De plus, ce texte n’explique pas la nouvelle phrase ni le « etc. » que sœur Lucie a ajouté au secret dans son quatrième Mémoire. Ainsi, il existe un autre texte qui suit la phrase ajoutée, et des paroles de Notre‑Dame manquent à cet endroit.
Conclusion à tirer de ce premier fait
Nous sommes donc en présence de deux documents : l’un contenant les paroles de Notre‑Dame, l’autre décrivant la vision des trois enfants, dans laquelle on ne trouve aucune parole pouvant être attribuée à la sainte Vierge.
Deuxième fait
Les différentes dates de transfert
Voici ce que le frère François nous dit de la transmission du troisième secret au Saint‑Office (désormais nommé Congrégation pour la Doctrine de la foi) :
Arrivé au Vatican le 16 avril 1957, le secret fut sans doute placé presqu’aussitôt par le pape Pie XII dans son bureau personnel, à l’intérieur d’un petit coffre en bois, portant la mention Secretum Sancti Officii [Secret du Saint‑Office] [10].
Il est important de remarquer que le pape était le préfet du Saint‑Office avant que Paul VI ne réorganisât la Curie, en 1967. Aussi, convenait-il tout à fait que le troisième secret fût en possession du Saint‑Père, et que le coffre qui le renfermait portât la mention « secret du Saint‑Office » : le pape étant à la tête du Saint‑Office, ce coffre appartenait dès lors aux archives du Saint‑Office.
Or la publication du Vatican intitulée Le Message de Fatima, du 26 juin 2000, identifie le texte original du troisième secret écrit par sœur Lucie avec celui qui a été transféré au Saint‑Office le 4 avril 1957. En outre, l’archevêque Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la foi précise :
L’enveloppe scellée fut gardée d’abord par l’évêque de Leiria. Pour mieux conserver le secret, l’enveloppe fut remise le 4 avril 1957 aux archives secrètes du Saint‑Office [11].
Conclusion à tirer de ce deuxième fait
La différence de dates prouve l’existence de deux documents : le texte contenant la vision fut transféré aux archives secrètes du Saint‑Office le 4 avril 1957 ; celui renfermant des paroles de Notre‑Dame fut placé dans l’appartement du pape, qui peut être considéré comme faisant partie du Saint‑Office, le 16 avril 1957.
Troisième fait
Le premier texte tient sur
une simple feuille de papier
Le cardinal Ottaviani, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi en 1967, certifia avoir lu le troisième secret et qu’il était rédigé sur une seule feuille de papier. Il donna ce témoignage lors d’une conférence de presse, le 11 février 1967, tenue à l’occasion d’une réunion de l’Académie mariale pontificale à Rome.
Le cardinal Ottaviani déclara :
Et alors, qu’a-t-elle fait [sœur Lucie] pour obéir à la très sainte Vierge ? Elle a écrit sur une feuille de papier, en portugais, ce que la sainte Vierge lui avait demandé de dire au Saint-Père [12].
Le cardinal Ottaviani est témoin direct de ce fait. Dans la même conférence de presse, il expliqua :
Moi qui ai eu la grâce et le don de lire ce qui est le texte du secret – mais je suis secret moi aussi parce que je suis tenu au secret [13]…
Le père Alonso rapporte que sœur Lucie, tout comme le cardinal Ottaviani, atteste que le secret fut rédigé sur une unique feuille de papier :
Lucie nous dit qu’elle l’a écrit sur une feuille de papier. Le cardinal Ottaviani, qui l’a lu, nous dit de même : elle a écrit sur une feuille [14]…
Nous possédons également le témoignage de Mgr Venancio, qui était alors l’évêque auxiliaire de Leiria-Fatima : à la mi-mars 1957, Mgr da Silva lui ordonna de porter tous les écrits de sœur Lucie, y compris l’original du troisième secret, au nonce apostolique à Lisbonne en vue de les transférer à Rome.
Avant de porter ces écrits au nonce, Mgr Venancio regarda au travers de l’enveloppe contenant le troisième secret, en la tenant élevée face à la lumière, et il vit que le secret était écrit « sur une petite feuille de papier [15] ».
Le frère Michel souligna, le premier, la valeur de ce témoignage :
Cependant, grâce aux confidences de Mgr Venancio, à l’époque évêque auxiliaire de Leiria et qui fut intimement mêlé à ces événements, nous disposons maintenant de plusieurs données sûres que nous nous garderons bien de négliger. Je les ai moi-même recueillies de la bouche de Mgr Venancio le 13 février 1984, à Fatima. L’ancien évêque de Leiria me répéta sur ce sujet, presque mot pour mot, ce qu’il avait déjà dit auparavant à l’abbé Caillon qui en a fait le récit très détaillé dans ses conférences [16].
Voici, à présent, le témoignage de Mgr Venancio, tel qu’il est rapporté par le frère Michel :
Mgr Venancio raconte qu’une fois seul chez lui, il prit la grande enveloppe du secret et qu’il essaya de voir, par transparence, quel en était le contenu. Dans la grande enveloppe de l’évêque, il discerna une enveloppe plus petite, celle de Lucie, et à l’intérieur une feuille ordinaire avec trois quarts de centimètre de marge de chaque côté. Il prit soin de noter la taille de tout cela. L’ultime secret de Fatima est donc écrit sur une petite feuille de papier [17].
Pourtant, le manuscrit que le Vatican a révélé en juin 2000 est écrit sur quatre feuilles de papier.
Conclusion à tirer de ce troisième fait
Voilà encore un nouvel indice tendant à démontrer qu’il y a certainement deux documents : l’un tient sur une simple feuille et l’autre en occupe quatre.
Quatrième fait
Le premier texte possède
vingt-cinq lignes manuscrites
En conséquence du fait cité à l’instant, à savoir que le troisième secret a été rédigé sur une unique feuille de papier comme le stipulent les témoignages de sœur Lucie, du cardinal Ottaviani, de Mgr Venancio et du père Alonso, les frères Michel et François s’accordent pour dire que le texte ne compte pas plus de vingt à trente lignes :
…nous sommes aussi sûrs que les quelques vingt ou trente lignes du troisième secret [18]…
L’ultime secret de Fatima, écrit sur une petite feuille de papier, n’est donc pas très long. Probablement vingt à vingt-cinq lignes [19]. […]
[Mgr Venancio essaya de voir] l’enveloppe [contenant le troisième secret] par transparence. Il put voir à l’intérieur une petite feuille dont il nota la taille exacte. Nous savons ainsi que le secret n’est pas très long, probablement vingt à vingt-cinq lignes [20]. […]
Or, le document rendu public par le Vatican en juin 2000 compte soixante-deux lignes d’écriture manuscrite.
Conclusion à tirer de ce quatrième fait
Cet écart indique à nouveau qu’il existe deux documents : le premier, d’une longueur de vingt à trente lignes écrites sur une seule feuille de papier ; le second, de soixante-deux lignes, réparties sur quatre feuilles de papier.
Cinquième fait
Le premier texte n’était
pas encore rédigé le 3 janvier 1944
Lucie fit une première tentative pour rédiger le texte du troisième secret en octobre 1943. Mais, depuis la mi-octobre jusqu’au début de janvier 1944, elle fut empêchée d’obéir à l’ordre formel d’écrire à cause d’une angoisse inexplicable qu’elle ressentit durant toute cette période.
Tout commença en juin 1943, lorsque sœur Lucie fut atteinte de pleurésie, ce qui fit craindre au chanoine Galamba et à Mgr da Silva qu’elle ne mourût avant d’avoir révélé l’ultime secret. Puis le chanoine Galamba convainquit Mgr da Silva de proposer à sœur Lucie d’écrire le troisième secret. Sœur Lucie refusa d’abord de suivre ce conseil, ne voulant pas prendre sur elle la responsabilité d’une telle initiative, mais elle assura qu’elle obéirait si on lui en donnait l’ordre exprès. En effet, vivement troublée par la proposition, elle craignait de ne pas avoir la permission de Notre-Seigneur de révéler le troisième secret si elle n’avait un ordre formel de son évêque.
Enfin, à la mi-octobre 1943, Mgr da Silva donna l’ordre formel que demandait Lucie. Sœur Lucie se disposa alors à obéir à la demande de l’évêque, mais elle fut incapable de le faire pendant les deux mois et demi qui suivirent. Ce n’est qu’à la suite d’une intervention divine, lorsque la sainte Vierge lui apparut le 2 janvier 1944 pour la fortifier et lui confirmer que telle était la volonté de Dieu, que sœur Lucie se sentit capable de surmonter ses réticences et de rédiger le secret [21].
Et ce n’est que le 9 janvier 1944 que sœur Lucie écrivit la note suivante à Mgr da Silva, pour l’informer que le secret était enfin rédigé :
J’ai écrit ce que vous m’avez demandé ; le bon Dieu a voulu m’éprouver un peu, mais finalement c’était bien cela sa volonté : [le texte] est cacheté dans une enveloppe et celle-ci est dans les cahiers [22].
Pourtant, le manuscrit du troisième secret que le Vatican a publié en juin 2000 indique que le texte original du troisième secret fut rédigé le 3 janvier 1944, d’après la date qui apparaît à la fin des quatre pages manuscrites de sœur Lucie [23]. Au reste, Mgr Bertone dit que « la troisième partie du secret fut écrite “sur l’ordre de son Excellence l’évêque de Leiria et de la sainte Mère” le 3 janvier 1944 [24] ».
Conclusion à tirer de ce cinquième fait
Vu les difficultés que rencontra sœur Lucie pendant deux mois et demi, ne devait-elle pas tenir informé Mgr da Silva dès que le texte était prêt ? Si elle a effectivement achevé d’écrire le 3 janvier, pourquoi aurait-elle attendu jusqu’au 9 pour en informer son évêque ?
De cette constatation nous pouvons conclure que le troisième secret ne fut pas écrit avant le 9 janvier 1944, ou fort peu de temps avant.
Cette différence de dates démontre à nouveau que nous sommes en présence de deux documents. Celui qui relate la vision fut achevé le 3 janvier 1944. Celui qui est porteur du message de Notre‑Dame et qui interprète la vision fut achevé le 9 janvier 1944 ou peu avant.
Il faut reconnaître que cette conclusion est une preuve conjecturale. Mais les spécialistes de Fatima en sont réduits à argumenter de cette manière car les autorités de Fatima diffèrent sans cesse, depuis 1976, la publication des travaux du père Joaquin Alonso, riches de 5 000 documents répartis en quatorze volumes, résultat de onze années de recherches sur la période qui va des apparitions à 1976. Le père Alonso fut l’archiviste officiel de Fatima pendant seize ans.
Toutes les autres conclusions de cet article cependant, mise à part celle du dixième argument, ne dépendent pas d’éléments simplement conjecturés.
Sixième fait
Le pape lut le secret pour
la première fois à deux dates différentes
Le 1er juillet 2000, le Washington Post souligna ce fait que les autorités officielles du Vatican avait récemment fourni des dates contradictoires quant à l’époque où le pape Jean‑Paul II lut le troisième secret pour la première fois :
Le 13 mai, le porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls, annonça que le pape avait pris connaissance du secret dès les premiers jours de son accession à la papauté, en 1978. Le lundi suivant, un assistant du cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, a dit que le pape avait vu le secret pour la première fois à l’hôpital, après son attentat [25].
Dans son édition du 26 juin 2000, le New York Times nomma l’assistant du cardinal Ratzinger :
« Jean‑Paul II lut le texte du troisième secret de Fatima pour la première fois après la tentative d’assassinat perpétrée contre lui », assura un proche assistant de Ratzinger, Mgr Tarcisio Bertone, aux journalistes présents à la conférence de presse qui présentait le document [26].
D’après le livret du Vatican intitulé Le Message de Fatima, paru le 26 juin 2000, le manuscrit du troisième secret rendu public par le Vatican en juin 2000 ne fut pas lu par le pape Jean‑Paul II avant le 18 juillet 1981. Mgr Bertone nous dit :
Pour sa part, Jean‑Paul II a demandé l’enveloppe contenant la troisième partie du secret après l’attentat du 13 mai 1981. Son Éminence le cardinal Franjo Seper, préfet de la Congrégation, remit à Son Excellence Mgr Eduardo Martinez Somalo, substitut de la Secrétairerie d’État, le 18 juillet 1981, deux enveloppes : – l’une blanche, avec le texte original de sœur Lucie en langue portugaise ; – l’autre de couleur orange, avec la traduction du « secret » en langue italienne. Le 11 août suivant, Mgr Martinez a rendu les deux enveloppes aux archives du Saint‑Office [27].
Conclusion à tirer de ce sixième fait
Toutes ces affirmations sont vraies et peuvent être conciliées s’il y a deux documents :
Le pape lut le texte rédigé sur une page et contenant les paroles de Notre‑Dame en 1978, puis il lut le manuscrit de quatre pages décrivant la vision le 18 juillet 1981.
Septième fait
Le premier texte inspira au pape
l’idée de consacrer le monde
Immédiatement après le passage cité précédemment, Mgr Bertone poursuit son témoignage :
Comme on le sait, le pape Jean‑Paul II pensa aussitôt à la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie et composa lui-même une prière pour ce qu’il définit un « acte de consécration » à célébrer dans la Basilique Sainte‑Marie-Majeure le 7 juin 1981 [28]. […]
Conclusion à tirer du septième fait
Quelle raison tirée du troisième secret aurait poussé Jean‑Paul II à consacrer le monde au Cœur Immaculé de Marie le 7 juin 1981, alors que – d’après Mgr Bertone cité dans Le Message de Fatima – le pape ne lut réellement le troisième secret que le 18 juillet 1981, six semaines plus tard ?
Encore une fois, les deux témoignages sont vrais et le désaccord peut être résolu si l’on accepte l’idée qu’il y a deux documents relatifs au troisième secret : Le pape lut l’unique feuille du secret citant les paroles de Notre‑Dame en 1978, et ce texte le poussa à consacrer le monde le 7 juin 1981. Puis il lut le document de quatre pages rapportant la vision le 18 juillet 1981.
Remarquons que, bien qu’il soit connu que Notre-Dame ne demanda spécifiquement que la consécration de la Russie, le pape Jean-Paul II considère visiblement que ces actes de consécration du monde sont comme un premier pas ouvrant la voie à la consécration finale de la Russie [29].
Huitième fait
Le premier texte est une lettre
Sœur Lucie elle-même nous dit que le troisième secret fut rédigé sous forme de lettre. Le témoignage du père Jongen, qui interrogea sœur Lucie les 3 et 4 février 1946, l’affirme :
— Vous avez déjà donné à connaître les deux premières parties du secret. Quand sera-ce pour la troisième ?
— Cette troisième partie, je l’ai communiquée par une lettre à Mgr l’évêque de Leiria [30]. […]
Nous avons également les paroles décisives du chanoine Galamba :
Quand Mgr l’évêque refuse d’ouvrir la lettre, Lucie lui fait promettre qu’elle serait ouverte définitivement et lue au monde à sa mort [à elle, Lucie] ou en 1960, selon ce qui se produirait d’abord [31].
En février 1960, le patriarche de Lisbonne déclara :
Mgr da Silva enferma [l’enveloppe cachetée par Lucie] dans une autre enveloppe sur laquelle il indiqua que la lettre devrait être ouverte en 1960 par lui-même, Mgr José Correia da Silva, s’il était toujours en vie, ou sinon par le cardinal patriarche de Lisbonne [32].
Le père Alonso ajoute :
D’autres évêques ont également parlé – et avec autorité – de l’année 1960 comme indiquée pour ouvrir la fameuse
