Brèves informations
Nous signalons ici quelques brèves informations recueillies dans diverses revues, et qui peuvent intéresser nos lecteurs. Elles ont trait, cette fois-ci, à quelques ouvrages et articles traitant de la question politique.
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Le Nationalisme français
Sous ce titre, Philippe Ploncard d’Assac a publié l’année passée un petit livre (160 pages en format de poche) qui n’hésite pas à dénoncer les « faux nationaux » et le « faux nationalisme ». Il vise ceux qui, sous prétexte de « prudence », d’« habileté », croient nécessaire, par tactique ou par inconséquence, de faire des concessions à la subversion démocratique ambiante. D’un côté, ils dénoncent la révolution et, d’un autre, ils se réclament de l’ordre républicain et donnent constamment des gages au système qu’ils combattent.
Ces fausses réactions « présentent la même peur de défendre nos principes, sous prétexte d’efficacité, de peur de braquer des gens qui ne pensent pas comme nous, pour ne pas donner des armes à l’adversaire [1]. » « Or, continue M. Ploncard d’Assac, ce que l’on constate avec ce genre de tactique, c’est que depuis la Révolution, au lieu d’avancer, nous reculons, à part quelques intermèdes. »
L’auteur a de qui tenir. Son père, Jacques Ploncard d’Assac, consacra sa vie à défendre le nationalisme et à combattre la franc-maçonnerie. A la suite de Bernard Faÿ et en lien avec Léon de Poncins, Pierre Virion et Henry Coston, il publia sur une période d’environ quarante ans, outre des Lettres politiques périodiques, de nombreux ouvrages presque tous édités chez D.P.F. : Doctrines du nationalisme ; Salazar ; L’Église occupée ; Le Secret des francs-maçons ; Sur les dernières marches du trône, etc. Parmi ces études, L’Église occupée (1974, rééditée en 1983) mérite une mention spéciale. L’auteur y examine, depuis « l’œuf d’Érasme » et jusqu’à la mort de Pie XII, en passant par Luther, Rousseau, Lammenais, le Ralliement, le Sillon et les abbés démocrates, les fausses doctrines qui ont fini par pénétrer dans l’Église par l’action conjuguée du modernisme et de la franc-maçonnerie, dont les plans, dévoilés sous Pie IX avec la saisie des documents de la Haute-Vente, ont consisté à provoquer dans l’Église une révolution pacifique « en tiare et en chape ».
Philippe Ploncard d’Assac, neurochirurgien de profession, a décidé de continuer l’œuvre de son père et de percer l’abcès qui mine la réaction nationale actuelle et l’empêche d’aboutir. Son livre, dit l’éditeur, « est un vibrant plaidoyer en faveur du combat des idées nationalistes, basé sur l’expérience de l’histoire, contre les ambiguïtés des “habiles” qui pensent parvenir au pouvoir sans s’encombrer de doctrine, par crainte de ne pas être acceptés par le monde politico-médiatique. »
Il entreprend cette critique sans aucune complaisance pour l’actuelle droite « nationale » bien-pensante [2] – même celle qui se déclare royaliste – à cause de son allégeance suicidaire envers l’ordre républicain et sa morale (comme le « très républicain, gaulliste et maçonnique Club de l’Horloge », qui inspire pourtant une grande partie de cette droite [3]). Et quand la contre-révolution ne se laisse pas gagner par l’adoption des faux principes démocratiques de l’ennemi, constate-t-il, elle sombre souvent dans la mondanité ou affiche une désarmante sympathie pour les médias et la culture gauchiste et révolutionnaire (rock « identitaire », rap, etc.), sous prétexte que ces pratiques et ces idées sont passées dans les mœurs et qu’il faut bien être de son temps. Que l’on ne s’étonne pas, dans ces conditions, prévient Philippe Ploncard d’Assac, si l’on va de désillusions en défaites, car « la révolution est un tout [4] », il n’est pas possible de la combattre et d’accepter en même temps certaines de ses manifestations.
Philippe Ploncard d’Assac a lui-même présenté l’esprit de son ouvrage lors des XXXe Journées chouannes de Chiré-en-Montreuil, le samedi 2 septembre 2000. Le texte de son allocution a paru dans Lecture et Tradition numéro 285 (novembre 2000), page 29 et suivantes, sous le titre : « Retrouver le sens du combat nationaliste ». En voici quelques extraits. Il donne d’abord quelques exemples historiques éloquents :
Je voudrais maintenant revenir à la carence de certains mouvements qui étaient censés défendre notre pays contre les progrès des idées de la Révolution.
Boulanger, le général Boulanger [5]. Jolie barbe, mais, au dessus, apparemment pas grand-chose. Un général républicain.
Il avait pris dans son « brain trust », comme on dit maintenant, Alfred Naquet, […] auteur, en 1884, de la loi sur le divorce, premier pas d’une longue série qui va mener à la destruction de la famille. Son coreligionnaire Arthur Meyer, [fut le] financier et conseiller politique de Boulanger. Le personnage mérite que l’on s’y arrête.
Philippe Ploncard d’Assac raconte ici comment Meyer se conduisit traîtreusement vis-à-vis de Drumont dans une affaire de duel [6].
Cette traîtrise fit grand bruit à l’époque, où l’honneur pour beaucoup avait encore un sens et l’on aurait pu croire que les nationaux du moment auraient compris quel était le personnage et lui auraient retiré leur confiance. Il n’en fut rien.
Exemple de cette inconséquence : la duchesse d’Uzès va lui prêter trois millions de francs de l’époque et elle avouera plus tard dans ses Mémoires, n’en avoir jamais connu l’utilisation. Elle n’en fut, bien sûr, jamais remboursée.
Tels étaient les individus qui conseillaient Boulanger qui se posait en défenseur de la France livrée à l’encan, aux scandales de la IIIe République, maçonnique et cosmopolite.
C’est cette naïveté de trop de nationaux qui explique nos revers constants et ce n’est que par le rappel des inconséquences passées que l’on pourra, je l’espère, faire comprendre aux nationaux d’aujourd’hui qu’il faudrait qu’ils soient un peu plus regardants quand ils accordent leur confiance.
Autre exemple : Déroulède. Un brave homme certes, mais qui se définissait comme un républicain plébiscitaire !
Je regrette beaucoup, mais lorsque l’on prétend combattre les conséquences d’un mal, on ne commence pas à en faire l’apologie ! […]
Autre exemple encore, celui des ligues patriotiques de l’entre-deux guerres : on descend dans la rue crier « au voleur, au voleur ! », on se fait tirer dessus par les prétoriens de la République, mais l’on continue à se dire républicain ! […]
Aujourd’hui, à nouveau, nous trouvons des mouvements qui, comme Boulanger, comme Déroulède, comme les ligues patriotiques d’avant guerre, croient qu’une bonne élection les portera au pouvoir sans avoir à dénoncer les faux principes dont ils prétendent combattre les conséquences sans avoir à remonter aux causes.
Et tout cela par « habileté », sous prétexte que, s’ils affichaient certaines idées, ils ne seraient pas invités dans les media, comme si le combat ne se limitait qu’à des joutes oratoires télévisées et manipulées.
Le problème c’est que cette tactique « d’habiles », depuis le temps que certains l’appliquent, n’a toujours pas donné de résultats et qu’au lieu d’avancer nous reculons. Aussi ne croyez-vous pas qu’il serait temps de changer de traitement, revenir à la défense et à la diffusion de nos principes, plutôt que de continuer à jouer au petit démocrate républicain ?
C’est dans cette optique que j’ai écrit ce livre, en pensant à nos enfants, pour qu’ils apprennent à connaître, à aimer notre héritage, notre mémoire nationale, pour savoir comment les défendre.
[…] Si l’on veut les prémunir, il faut les armer, religieusement certes, mais aussi philosophiquement, politiquement, sinon ils seront désarmés dialectiquement face à nos adversaires.
Il faut donc les protéger en leur inculquant les anticorps qui leur permettront de réagir sainement, vigoureusement, à l’infection ambiante.
M. Philippe Ploncard d’Assac explique ensuite comment le Front National, en faisant appel au petit-fils du général De Gaulle, dont le nom est resté le symbole de la capitulation nationale [7], fait une grave erreur, d’autant que l’intéressé déclare qu’il a rallié le Front National pour « poursuivre l’action et la pensée du général » !
« Croyez-vous que c’est avec de pareils symboles que l’on refera la France ? » commente Ploncard d’Assac. « Ce serait refaire la même erreur dramatique que ceux qui votèrent pour De Gaulle au référendum de 1958 [8], entraînant les conséquences que l’on sait. »
Il dénonce également le recours au vocabulaire de l’ennemi :
Quand, au MNR, on prône la défense de « l’humanisme », de la « laïcité », termes issus tout droit du jargon maçonnique véhiculé par le Club de l’Horloge pour qui « la France est née en 1789 » (H. de Lesquen), « le suffrage universel est la source de tout pouvoir » ou encore « ce qui caractérise la France c’est la République, comme le catholicisme pour la Pologne ou l’Irlande », (Y. Blot), on ne peut que conclure que nous ne menons pas le même combat.
A juste titre, il précise enfin :
Que des publications qui se prétendent catholiques, donnent une tribune à ceux qui professent de tels propos, sans la moindre mise en garde, comme le font Reconquête de Bernard Anthony ou Présent, refusant de publier les réponses de leurs lecteurs indignés, rend compte de la démission idéologique d’une certaine droite nationale, et explique son échec.
On le voit, M. Ploncard d’Assac ne prend pas de gants et ne pratique pas la « langue de bois ». On le trouvera peut-être trop sévère ici ou là, néanmoins cette sévérité ne vise pas les personnes dont la bonne foi et le courage ne sont pas en cause ; elle ne procède pas du désir de nuire ou de diviser, mais bien de réformer :
Je parle et j’écris pour sonner le tocsin, dit-il, pour dire ce qui ne va pas dans la droite nationale et démontrer qu’il y a malheureusement une mauvaise hérédité depuis plus d’un siècle et que l’on ferait bien de changer de gênes ! […]
Reste la question : face à ce constat, que faire ? La réponse est évidente, il faut revenir aux principes.
Pourquoi et comment la France s’est-elle constituée ?
Elle s’est constituée par l’alliance entre un dessein politique et un plan divin.
C’est Clovis appuyé par Saint Rémi.
Si l’on ne replace pas la France sur ces bases-là, qui l’ont créée et fait sa grandeur, elle va disparaître.
Il faut revenir aux principes constitutifs et cesser ces simagrées de démocratie qui espèrent que, par cette « soumission dialectique », comme je l’explique dans mon livre, l’adversaire, bien gentiment, nous donnera une place.
Ainsi, je le répète, la seule action efficace c’est de se former. Formez [d’autres] autour de vous, vos enfants dans votre famille, dans votre travail, en société. Expliquez d’où viennent les maux dont souffre notre société, quels en sont les principes et les hommes responsables, quelles sont les solutions que l’on peut apporter aux problèmes de notre temps.
Comment croyez-vous que les francs-maçons ont procédé ?
Nous ne pouvons qu’approuver un tel programme, même si on le voudrait plus explicitement chrétien, davantage inspiré surnaturellement.
Nous avons cité un peu longuement M. Ploncard d’Assac, mais l’importance du propos justifie cette longue citation. Il faut souhaiter que de nombreuses personnes, amies de l’Église et de la France et soucieuses de leur vraie restauration, entendent ces paroles et se mettent au travail dans cet esprit-là.
M. Arnaud de Lassus, de son côté, a fait une recension élogieuse de cet ouvrage dans l’Action familiale et scolaire nº 148, d’avril 2000 (page 61 et suivantes). Il note que ce livre court et écrit en style clair « constitue un excellent manuel d’initiation à la politique (la vraie…). »
Toutefois, concernant l’avant-dernier chapitre (l’État nationaliste, et, entre autres choses, ses rapports avec la religion) il relève très justement une insuffisance manifeste :
Dire que « L’État nationaliste repose sur l’ordre naturel » (p. 108), c’est bien, mais c’est insuffisant. Dans notre tradition nationale, l’État est fondamentalement catholique ; il est au service de l’Église pour la protéger ; il assume les gesta Dei per Francos ; il repose sur l’ordre naturel… et sur l’ordre surnaturel, ces deux ordres étant étroitement unis. En politique comme en tout autre domaine, « Jésus-Christ n’est pas facultatif », comme le remarquait le cardinal Pie.
L’État nationaliste doit être « enraciné dans le réel », est-il dit page 110. Mais le réel, c’est d’abord le Christ-Roi ; s’enraciner dans le réel suppose que le Christ-Roi soit explicitement reconnu et obéi comme tel.
En bref, le nationalisme français, plus encore que celui de Maurras, est celui de Jeanne d’Arc. La chose aurait mérité d’être expliquée, ne serait-ce qu’en résumant ce que Jean Ousset a exposé dans Pour qu’Il règne .
Nous souscrivons à cette remarque très importante. M. Ploncard d’Assac a bien montré la faiblesse de la fausse restauration politique que la droite « nationale » nous propose généralement aujourd’hui, mais l’on peut regretter qu’il n’offre à notre réflexion et à notre espérance politique que l’idéal de Maurras, de Franco ou même de Salazar. Sans vouloir diminuer le mérite des œuvres accomplies par ces nationaux – mérite que réhaussent les condamnations iniques dont ils furent l’objet –, il faut reconnaître que ce n’est pas encore, tant s’en faut, l’idéal politique du règne du Christ-Roi comme le comprenait le Moyen Age, par exemple, ou, plus près de nous, un Garcia Moreno (qui gouvernait pourtant une République). D’ailleurs, l’expression même de « nationalisme » n’est pas sans certaines ambiguïtés et exigerait des distinctions et des précisions. Il est vrai qu’elle était employée par le père de l’auteur, à l’œuvre de qui il se réfère, mais elle est désormais récupérée dans un sens païen par « la Nouvelle Droite ». La chrétienté médiévale ne connaissait pas ce terme. Mais c’est un autre sujet.
Au demeurant, ce n’est pas tant pour ce qu’il nous offre que nous avons voulu citer M. Ploncard d’Assac (encore que bien des choses soulignées dans son livre sont à cet égard tout à fait dignes d’intérêt), c’est surtout pour ce qu’il dénonce en s’appuyant sur l’expérience de l’histoire.
Dans la ligne de ce qui précède, nous livrons à nos lecteurs cette citation remarquable de Mgr Henri Delassus, qu’il importe de méditer aujourd’hui plus que jamais :
« [Beaucoup] ont mis leur espoir de salut dans la lutte électorale, c’est-à-dire dans la souveraineté du peuple en exercice. Que de temps, que d’argent, que d’activité a fait dépenser cette illusion ! La dixième partie de tout cela, employée depuis vingt ans à réformer les idées, eût sauvé le pays depuis dix ans. L’effort déployé pour faire élire des candidats met toujours l’idée au second plan s’il ne l’étouffe entièrement et prépare ainsi pour l’avenir des défaites de plus en plus écrasantes. Ce qu’il faudrait, ce serait d’arracher les hommes influents à l’action électorale pour les lancer dans la propagande de la vérité.
Là est la difficulté. Il est aisé de grouper et d’intéresser les masses conservatrices à une action concrète et simple comme le vote. Il faut dépenser beaucoup de talent, de courage et de persévérance pour arriver à faire comprendre à ces mêmes masses qu’elles sont dans l’erreur, et pour leur montrer et leur faire admettre les principes de l’ordre social, en délivrant leur esprit des principes démocratiques. »
Mgr Henri Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, Villegenon, éd. Sainte-Jeanne-d’Arc, 1986, p 132-133.
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La « Nouvelle Droite » et le « Club de l’Horloge »
L’Action familiale et scolaire diffuse sous ce titre l’enregistrement en cassette audio d’une double conférence de M. Arnaud de Lassus, reprise – pour la partie concernant la « Nouvelle Droite » – d’un polycopié de l’AFS de 1992, et reproduite – pour ce qui regarde le « Club de l’Horloge » – dans une brochure récemment éditée par la même AFS [9].
Cette conférence fait une critique claire et documentée de ces deux organismes. L’audition de la cassette ou la lecture des brochures constituent donc une approche très utile et largement suffisante pour tous ceux qui n’ont ni le temps ni les moyens d’une étude plus approfondie.
Le mouvement « Nouvelle Droite », apparu en 1979, est l’émanation du GRECE créé en 1968. Le courant de pensée qu’il incarne a été très présent dans les années quatre-vingt et reste très actif. Par certains de ses objectifs, il rejoint, du moins en apparence, les causes que défendent les catholiques (ainsi, la N.D. est soucieuse de défense nationale, elle est ouvertement anti-communiste et anti-socialiste, etc.).
Pourtant, la Nouvelle Droite est foncièrement anti-catholique. A l’aide de nombreux textes, A. de Lassus montre et dénonce son panthéisme, son évolutionisme et surtout son paganisme militant fondé sur Nietzsche, qui constitue sa vraie nature. Citons, par exemple : « Je considère le paganisme comme la clef de voûte de cette révolution culturelle que veut réaliser notre courant de pensée. […] Nous sommes la première génération du renouveau païen » (Pierre Vial, Études et recherches pour la culture européenne nº 5, automne 1987). « Je considère, et ici je pèse mes mots, que la christianisation s’est révélée un phénomène monstrueux qui s’est traduit par l’acculturation ou la déculturation d’équilibres sociaux et culturels acquis depuis des siècles » (Alain de Benoist, Quelle religion pour l’Europe ?, éd. Georg, p. 184).
Le Club de l’Horloge est une société de pensée émanée de la Nouvelle Droite. Originellement, c’était la branche politique du GRECE dont il s’est aujourd’hui séparé, sans avoir rien renié de ses origines.
Dans les productions de ce Club très influent dans les milieux politiques de la droite dite « nationale » [10], il faut distinguer trois choses :
1. – La critique des systèmes politiques et idéologiques en place (l’utopie égalitaire ; l’État providence ; toutes les formes de socialismes ; le racisme anti-français, etc.). Cette critique est généralement bonne et séduit les esprits conservateurs qui ne regardent pas plus loin.
2. – Le programme politique à court terme. A côté de propositions engageantes pour les français de tradition, comme la préférence nationale, la défense de l’armée, la privatisation de la sécurité sociale ou diverses mesures favorables à la famille, etc., de sérieuses réserves doivent être émises ici, concernant la politique économique (libre échangisme) et surtout la référence constante à la démocratie directe et au référendum d’initiative populaire pour résoudre les maux du système actuel. On soulignera aussi que rien, dans ce programme, ne fait référence à Dieu et au catholicisme.
3. – Enfin, il y a la doctrine philosophique, morale et politique qui sous-tend les activités et le programme proposés. L’ambition du Club est de développer un corps de doctrine politique pour la Droite, qu’il appelle « le libéralisme national ». M. de Lassus montre très bien que ce libéralisme est constitué d’un tronc commun : le principe de souveraineté de la personne tel qu’on le trouve dans l’idéologie maçonnique (l’homme est sa propre référence, « le seigneur de lui-même » [11]), et de deux branches également inacceptables : le libéralisme économique de type capitaliste (c’est le marché qui assure la régulation de l’économie) et le libéralisme politique, c’est-à-dire la démocratie directe selon les immortels principes de 1789 [12] (souveraineté populaire ; droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, etc.).
Au bout du compte, l’habileté du Club de l’Horloge consiste donc à présenter un programme grosso modo de droite, parfois même assaisonné de quelques discours catholiques, mais sous-tendu par une idéologie révolutionnaire. La tromperie est renforcée du fait que, assez souvent, les intervenants invités à parler dans les colloques sont des personnalités de bonne doctrine et de réelle compétence (M. Bourcier de Carbon, Maurice Allais, etc.)
Nous retiendrons la conclusion de l’exposé, inspirée de l’étude que le regretté Jean Vaquié fit paraître en 1987 sous le titre : Réflexions sur les ennemis et la manœuvre [13].
Le phénomène révolutionnaire n’est pas monolithique, on peut dire schématiquement qu’il se divise en deux « corps d’armée » qui agissent comme les deux mâchoires d’une tenaille : le courant et les forces démocratiques, largement majoritaires, qui investissent la chrétienté par la gauche du dispositif ; et le courant et les forces oligarchiques ou élitistes, bien inférieurs en nombre, qui agissent par la droite du dispositif. Ces derniers jouent le rôle de dispositif de sécurité, quand la société soumise au processus traumatisant de la révolution en arrive à réagir avec trop de violence. « Les machiavéliques [la mâchoire de droite] prennent alors la tête de la réaction en mettant en avant leurs doctrines oligarchiques (c’est-à-dire élitistes) : ils lui tracent une trajectoire qui ne remonte pas jusqu’aux droits divins et qui sauvegarde au contraire les principales acquisitions révolutionnaires. C’est une soupape qui laisse passer, pendant un temps, une partie du liquide qui refoule, mais qui finit par l’arrêter [14]. »
[1] — Conférence de l’auteur lors des XXXe « Journées chouannes » de Chiré-en-Montreuil (Lecture et Tradition 285, novembre 2000, p. 29).
[2] — « La plus bête du monde » titre-t-il dans Le Libre Journal 218 (6 octobre 2000) en reprenant un mot célèbre.
[3] — Voir à ce sujet : Arnaud de Lassus, Notes sur le Club de l’Horloge, A.F.S., 31 rue Rennequin, 75017 Paris.
[4] — Le Libre Journal 224, 8 décembre 2000, p. 9.
[5] — Boulanger est mort en 1891 : il s’est suicidé sur la tombe de sa maîtresse ! (NDLR.)
[6] — Qu’attendre de tels contre-révolutionnaires qui pratiquent le duel ! (NDLR.)
[7] — Voir l’excellent livre d’Yves Amiot, La Capture (éditions Ulysse). (Note de Lecture et Tradition.)
[8] — Voir « Le troisième ralliement » de Nicolas Dehan, dans Le Sel de la terre 21, p. 84 sq. (NDLR.)
[9] — Notes sur le Club de l’Horloge, AFS.
[10] — Il fut fondé par Y. Blot, J.-Y. Le Gallou en fut longtemps le secrétaire, et il est présidé par H. de Lesquen, frère du père abbé de Randol. De nombreuses personnalités du Front National ou du Mouvement National Républicain sont issus de ses rangs. Le journal Présent ne manque jamais de faire un compte rendu favorable des colloques et des travaux du Club de l’Horloge.
[11] — La Lettre 41 du C. de l’H. écrit : « La pensée libérale s’harmonise avec l’éthique protestante fondée sur le rejet de la Tradition et du magistère, qui fait de la conscience individuelle le critère ultime du bien et du mal. »
[12] — « La Déclaration des Droits de l’homme, c’est l’acte de baptême de la nation française » (H. de Lesquen) ; « La république s’identifie avec la France comme la religion catholique s’identifie avec l’Irlande ou la Pologne, ou comme l’idée de Reich, héritée de l’Empire romain, s’est longtemps identifiée avec l’Allemagne » (Y. Blot, Les Racines de la liberté, 1986).
[13] — Numéro spécial de Lecture et Tradition, nº 126, juillet-août 1987.
[14] — Réflexions sur les ennemis et la manœuvre, p. 36.

