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Catéchisme de la médiation universelle de Notre-Dame (IX)

 

 

 

par Filius Ancillæ

 

 

 

On trouvera les huit premiers articles de cette étude dans les numé­ros 20, 22, 24, 26, 27, 29, 31 et 34.

 

 

Récapitulatif de l’article 3

(Le témoignage du nouveau Testament)

 

 

« Quoi donc, sous prétexte que nous ne pouvons la louer comme il convient, nous tiendrons-nous dans le silence de la crainte ? Certainement non ! Méconnais­sant notre propre faiblesse, nous avancerons-nous d’un pied audacieux et, secouant le frein de la crainte, toucherons-nous présomptueusement aux mystères de Marie ? A Dieu ne plaise ! Mais, tempérant la crainte par l’amour, et de ces deux senti­ments tressant une couronne, avec un respect souverain, d’une main tremblante, d’un cœur brûlant, offrons, comme elles lui sont dues, les modestes prémices de notre pensée à la Reine, Mère de Dieu, dont toute la création est débitrice. »

Saint Jean Damascène [1].

 

*

  

 

— 46e question : Ayant passé en revue les différents textes scripturaires ayant un rapport avec Marie Médiatrice, quelles leçons peut-on en tirer ?

 

Réponse : Il faut reconnaître que la sainte Écriture nous montre en la très sainte Vierge une créature exceptionnelle, par la prédilection dont elle est grati­fiée par Dieu le Père, la collaboration qu’elle offre à son divin Fils, et la grâce qu’elle obtient du Saint‑Esprit.

Si ce rapport trinitaire n’apparaît pas au premier abord en lisant ces pas­sages scripturaires évoquant Notre‑Dame, il se découvre dès que l’on veut en faire une synthèse et confirme ainsi le rôle médiateur de la Mère de Dieu non seulement auprès de notre Médiateur (Ad Jesum per Mariam), mais également auprès des trois personnes de la très Sainte Trinité, dont la théologie affirme que les œuvres ad extra – dont la dispensation de la grâce fait éminemment partie – sont communes à chacune.

C’est sur ce plan trinitaire que nous considérons donc les enseignements exégétiques qui peuvent servir à établir la médiation de Notre‑Dame, en souli­gnant cette place exceptionnelle que Dieu lui a réservée dans l’Histoire sainte.

 

I. — L’Immaculée, créature de prédilection du Père

 

• Elle plaît parfaitement à Dieu le Père

 

L’Écriture nous révèle qu’il a tenu à le faire savoir lui-même à la Vierge, par la bouche de son ambassadeur et porte-parole l’archange Gabriel : « Salut, pleine de grâce [2]. » Salutation inouïe de la part d’un ange à un être humain, et qui manifeste officiellement la prédilection divine à l’égard de Marie. Car Dieu proportionne la grâce qu’il accorde à sa créature selon la mesure de son amour pour elle [3]. Un médiateur devant être agréé par chacun des deux partis à ré­concilier [4], quelle meilleure médiatrice pourrions-nous avoir que celle qui s’est entendue dire par un messager céleste : « Vous avez trouvé grâce devant Dieu [5] ? »

 

• Le Père l’a élevée au-dessus de toutes les autres créatures

 

Cela pouvait se déduire logiquement du fait de cet amour de préférence. Mais la sainte Écriture tient à nous le révéler explicitement en maints endroits. En premier lieu à l’annonciation, quand saint Gabriel lui déclare au nom de Dieu : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes [6] », affirmation reprise textuel­lement par sainte Elisabeth, sous la motion de l’Esprit‑Saint [7]. Ensuite, de l’aveu même de la très sainte Vierge, dans son Magnificat : « Toutes les générations me proclameront bienheureuse [8]. », enfin, par ce tableau final de l’Apocalypse, présentant la Reine du monde avec la lune sous les pieds et une couronne de douze étoiles sur la tête [9]. Ainsi établie au-dessous de Dieu et au-dessus des hommes, Notre‑Dame exerce un véritable office de médiation, certes non d’une manière principale et parfaite, comme pour Notre‑Seigneur, mais « par manière de disposition [10] ». Car « ce qui fait qu’un médiateur puisse l’être entre Dieu et les hommes, c’est qu’il soit ainsi placé de manière à être intermédiaire entre l’une et l’autre partie [11] ».

 

• Dieu le Père a doté sa fille immaculée d’une grâce exceptionnelle

 

Elle nous l’apprend elle-même : « Le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses [12]. » Non pas une grande chose, à savoir l’incarnation récente de son Verbe, mais de grandes choses (megala), c’est-à-dire toute la plénitude de grâces et de dons surnaturels correspondant à la mission singulière de Mère de Dieu et des hommes. Car toute grâce éminente et tout don parfait vient d’en-haut et descend du Père des lumières (Jc 1, 17). Or, « la bienheureuse Vierge fut pleine de grâce, au point de répandre de sa plénitude sur tous les hommes. Que chacun des saints possède une grâce suffisante au salut de beaucoup d’hommes, c’est chose considérable ; mais si un saint était doté d’une grâce ca­pable de sauver toute l’humanité, il jouirait d’une abondance de grâce insurpas­sable. Or une telle plénitude existe dans le Christ et dans la bienheureuse Vierge [13] ».

 

II. — Notre‑Dame, la collaboratrice du Fils du Dieu

 

• Marie, étroitement unie à son divin Fils

 

« Dans la sainte Écriture, Marie nous est toujours représentée étroitement unie à Jésus, depuis le premier jusqu’au dernier des livres inspirés [14]. » Dès le début de l’Histoire sainte, à peine nos premiers parents furent-ils lésés par le démon, Dieu leur promet un Rédempteur issu d’une femme, et qui en triom­phera avec elle [15]. Ce Messie Fils de Dieu, qui doit nous réintégrer dans la grâce divine, les grands prophètes ne manquent pas de le présenter avec sa Mère : Une Vierge concevra et elle enfantera un Fils (Is 7, 14). Une femme environnera un homme (Jr 31, 22). Michée précisera même que c’est de Bethléem que sor­tira pour moi celui qui doit régner sur Israël, ce Sauveur inséparable de sa Mère : au jour où enfantera celle qui doit enfanter (Mi 5, 2-3). Saint Matthieu, l’évangéliste si soucieux de prouver d’emblée que Jésus est le Messie annoncé par les prophètes [16], ne veut pas le séparer de Marie, employant quatre fois de suite l’expression : « L’enfant et sa mère [17] ».

C’est avec et par Marie que Jésus a voulu opérer son premier miracle dans l’ordre de la grâce, en sanctifiant Jean‑Baptiste dès le sein maternel [18] ; et c’est avec et par Marie qu’il veut encore opérer son premier miracle dans l’ordre de la nature, en changeant l’eau en vin (Jn 2, 3). De même, c’est avec Marie que notre Sauveur avait voulu offrir à son Père son sacrifice du matin, lors de la présentation au Temple [19], et c’est encore avec Marie que notre Médiateur veut accomplir au Calvaire son sacrifice du soir, qui nous a mérité toutes les grâces [20]. Vraiment, Siméon avait bien prophétisé cette étroite union des deux Cœurs dans la douloureuse œuvre rédemptrice (Lc 2, 34-35).

Enfin, la vision de saint Jean, nous révélant une femme qui est couronnée et qui donne le jour à un Fils destiné à régner sur toutes les nations (Ap 12, 1), met comme un point d’orgue à cette union indissoluble de Jésus et de Marie jusque dans leur suprématie. Il semble donc que si la sainte Écriture insiste ainsi sur cette proximité de la Mère de Dieu par rapport au Sauveur, c’est aussi pour nous indiquer sa médiation subordonnée, « car l’ordre normal des choses, tel que Dieu l’a établi, demande que toute cause opère d’abord sur ce qui lui est proche, et que par là elle opère sur les autres êtres qui sont plus éloignés [21] ».

 

• Leur antagonisme irréductible avec Satan

 

Dans une bulle dogmatique, le bienheureux Pie IX nous affirme qu’il faut voir dans la femme du Protévangile la Mère du Messie [22]. Or Dieu nous révèle qu’il a posé un antagonisme total et perpétuel non seulement entre elle et l’adversaire du genre humain, mais aussi entre leurs postérités respectives ( Gn 3, 15). Cet antagonisme absolu ne peut déboucher que sur un triomphe complet du Messie et de sa Mère sur le diable, frappé enfin mortellement à la tête, triomphe préfiguré dans l’ancien Testament par celui de Jahel (Jg 5, 24), de Judith (Jd 13, 10) et d’Esther (Est 7, 6) ; et aussi contemplé par saint Jean dans sa vision apocalyptique de la femme triomphant, avec le reste de sa postérité, sur le Dragon et les siens (Ap 12).

Satan, depuis l’origine de l’humanité, ne cherche qu’à tuer la vie de la grâce dans les âmes [23], et celle qui lui a été opposée par Dieu ne peut que cher­cher à la ranimer chez ceux qui lui ont été confiés comme postérité. Car « cet antagonisme ne serait pas perpétué, du côté de Marie, si elle n’avait coopéré qu’en passant à l’œuvre de la Rédemption ; et le triomphe de notre médiatrice n’aurait pas été complet, si elle n’avait eu sa part jusque dans la dispensation des grâces [24] ».

 

• Marie est corédemptrice avec son Fils

 

Cela se déduit logiquement de cette si étroite et cruciale union avec lui, et de leur lutte commune contre l’ennemi du genre humain. Bien mieux que saint Paul, Marie pouvait dire : « J’ai complété en moi ce qui manquait à la passion du Christ, pour son corps qui est l’Église » (Col 1, 24). Si ce statut de coré­demptrice n’est pas affirmé explicitement dans la Bible, il y est néanmoins sous-tendu du début jusqu’à la fin : Dès le Protévangile [25], on voit que c’est non seu­lement le Messie (autos) qui doit vaincre définitivement le serpent, mais aussi sa Mère (ipsa). A l’annonciation, Marie accepte consciemment [26] et volontairement d’engendrer ce Messie promis, auquel elle devra donner le nom de Jésus, qui signifie proprement : Sauveur, Rédempteur [27].

Saint Luc rapporte encore que quarante jours après la nativité, Marie mène Jésus au Temple pour « leur rachat » (katharismos[28], soulignant ainsi leur of­frande commune, prélude au sacrifice plus douloureux qui leur est prophétisé à tous deux par le vieillard Siméon : « Il sera en butte à la contradiction, et vous aussi, un glaive transpercera votre âme [29]. » Au grand jour du rachat de l’huma­nité, la très sainte Vierge est donc debout tout près (para) de la croix [30]. Nou­velle Ève associée au nouvel Adam [31], « par cette union de souffrances et de vo­lonté entre elle et le Christ, elle mérita dignement de devenir la réparatrice du monde perdu [32] ».

Enfin, la mariophanie de la femme de l’Apocalypse, à la fois glorieuse et souffrante, et supplantant avec son Fils l’antique serpent [33], met comme un sceau final à ces différents tableaux bibliques de la Vierge corédemptrice.

 

III. — La Médiatrice des grâces du Saint‑Esprit

 

La sanctification des âmes et la distribution des grâces sont plus spéciale­ment appropriées au Saint‑Esprit : « In sanctificationem Spiritus [34] ». Il est le « Paraclet [35] », celui qui distribue ses dons à chacun en particulier comme il veut (1 Co 12, 11), qui habite en nous (1 Co 3, 16), soutenant notre faiblesse et in­tercédant lui-même pour nous par des gémissements ineffables (Ro 8, 26). Or, ce Paraclet infuse en nous sa grâce aussi par l’intermédiaire des créatures : la grâce fondamentale de la foi naît par la prédication : fides ex auditu (Ro 10, 17), par l’intermédiaire des prophètes, des apôtres, des ministres de Dieu [36]. De même pour la grâce du baptême, au point que Notre‑Seigneur a voulu lui-même être baptisé par un autre [37]. C’est à la prière des apôtres que les premiers chrétiens reçoivent le Saint‑Esprit (Ac 8, 15), et c’est  lui-même qui établit des épiscopes pour paître l’Église de Dieu (Ac 20, 28).

En conséquence, si le Saint‑Esprit, dans son œuvre de sanctification des âmes par la grâce, ne dédaigne pas se servir d’instruments qui restent faibles et imparfaits, à plus forte raison convient-il que ce même Esprit de Jésus s’adjoigne l’Immaculée Mère de Dieu, celle qui fut déjà son associée dans l’œuvre de la Rédemption des hommes. Du reste, les interventions spéciales du Saint‑Esprit dans la vie de Notre‑Dame ici-bas, comme nous allons le voir, révèlent bien ce rapport très étroit établi entre eux.

 

• Union de Marie avec l’Esprit‑Saint dans ses opérations

 

Le Credo proclame que Notre‑Seigneur Jésus‑Christ a été conçu de Spiritu Sancto ex Maria Virgine. Cette union féconde entre l’Esprit‑Saint et l’Immaculée nous est bien révélée dans la sainte Écriture, par la parole de l’ange de l’annon­ciation : « L’Esprit‑Saint viendra sur vous » (Lc 1, 35). Cette formule biblique que l’on retrouve plusieurs fois dans l’ancien et le nouveau Testaments, ne saurait se limiter à une coopération purement passive de la part de la sainte Vierge, en vue de la seule conception du Verbe : dans la Bible, quand l’Esprit du Seigneur « vient sur » quelqu’un, c’est en vue de l’investir d’une mission et d’une puis­sance exceptionnelles, pour le salut du peuple élu [38]. Ce principe est très important pour le sujet qui nous occupe, et il doit éclairer les quelques passages scripturaires où l’Esprit‑Saint œuvre par – ou avec – la Mère de Dieu.

 

• La maternité spirituelle de Marie

 

Nous avons constaté qu’elle fut proclamée par Notre‑Seigneur alors qu’il expirait sur la croix, et que le magistère présente cette interprétation du Ecce mater tua comme une vérité « devant être objet de foi pour tous les chré­tiens [39] ». Or, au Cénacle (le futur sanctuaire de la Pentecôte), la veille de sa mort, le Sauveur avait assuré à ses disciples qu’il ne les laisserait pas orphelins, qu’ils auraient un autre Paraclet (Jn 14, 16-17). Quelques exégètes traduisent Jn 19, 30 par : « Inclinant la tête, il transmit l’Esprit ». Quoi qu’il en soit, au don de l’Esprit, sont aussi liés le sang et l’eau qui s’épancheront du côté du Sauveur (verset 34). Car pour l’évangéliste, l’Esprit, l’eau et le sang ne font qu’un (1 Jn 5, 8). On voit ainsi comment le don de l’Esprit de Jésus et le don de sa Mère sont associés dans les dernières volontés du divin Rédempteur, pour ne pas nous laisser « orphelins ».

 

• La prière d’intercession de Notre‑Dame

 

L’Écriture affirme que nous ne savons pas prier comme il faut, mais que « l’Esprit demande lui-même pour nous par d’ineffables supplications » (Rm 8, 16). En fait, comme l’explique saint Thomas [40], le Saint‑Esprit, troisième per­sonne divine et égale en tout aux deux autres, ne peut pas demander person­nellement par la prière – ce qui supposerait un rapport d’infériorité – sinon en nous faisant demander sous son inspiration. Or l’Immaculée, depuis le premier moment de son existence, a été comblée de la grâce divine : gratia plena. Au­cun obstacle, aucun frein, aucun défaut en elle ne peut entraver les « ineffables supplications » de l’Esprit‑Saint. Préfigurée dans l’ancien Testament par Abigaïl, Bethsabée et Esther [41], sa toute-puissante intercession auprès du Roi des rois se manifeste particulièrement à Cana, dès le début de la vie publique de Notre‑Seigneur [42], et au Cénacle, où « ce fut elle qui obtint par ses prières très puissantes que l’Esprit du divin Rédempteur, déjà donné sur la croix, soit com­muniqué le jour de la Pentecôte en dons miraculeux à l’Église qui venait de naître [43] ».

 

• La médiatrice, instrument du Saint‑Esprit

 

Saint Thomas remarque qu’à Cana, « la Mère du Christ remplit le rôle de médiatrice en faisant deux choses : d’une part elle interpelle son Fils, de l’autre elle dirige les servants [44] ». Si l’influence du Saint‑Esprit n’apparaît ici qu’implici­tement, il n’en est pas de même à la visitation, où l’Écriture nous révèle que c’est à la voix de Marie que l’Esprit‑Saint remplit Elisabeth, fait tressaillir son en­fant sous sa puissante action sanctificatrice et la fait prophétiser [45]. La très sainte Vierge apparaît bien ici comme un instrument privilégié du Saint‑Esprit, qui in­fuse sa grâce divine, par son organe. Et quand il viendra au Cénacle pour confirmer en grâce les apôtres, l’Immaculée sera encore là, priant au milieu d’eux et pour eux [46].

 

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En résumé, s’il est vrai que « partout où dans les saintes Écritures est pro­phétisée la grâce qui doit nous advenir, partout aussi, ou peu s’en faut, le Sau­veur des hommes y apparaît en compagnie de sa sainte Mère [47] », on peut en dire autant, d’une certaine manière, des deux autres Personnes de la Trinité. Si Marie est médiatrice de toutes grâces, il est en effet normal qu’elle possède un rapport spécial non seulement avec le Fils qui nous les a méritées, mais aussi avec le Père de qui elles procèdent (Jc 1, 17), et avec le Saint‑Esprit qui nous les distribue (1 Co 12, 11). De même que la présence de la très sainte Vierge est très discrète dans l’Écriture, ainsi cette leçon trinitaire n’y apparaît pas explici­tement. Elle n’en est pas moins réelle, et fondamentale pour expliquer la mé­diation mariale à partir de la Révélation.

 

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— 47e question : Peut-on encore tirer d’autres leçons au sujet de Marie Médiatrice dans la sainte Écriture ?

 

Oui : plus d’une fois, au fil des articles précédents, on a relevé un certain parallélisme entre Marie et l’Église, qui est elle aussi vierge, mère, épouse du Christ, orante et dispensatrice de la grâce. Ce rapprochement, plusieurs fois en­trevu dans différents livres de l’ancien et du nouveau Testaments, de la Genèse jusqu’à l’Apocalypse, ne peut être fortuit, et est d’ailleurs confirmé par la se­conde source de la Révélation, la Tradition apostolique.

Saint Paul avait ouvert la voie en qualifiant l’Église de sainte et immaculée (Ep 5, 7). Les premiers chrétiens [48] poursuivront en l’appelant « Vierge » et même « Vierge Mère », titre qui ne peut convenir en propre qu’à la Mère de Dieu. En même temps, tant en Orient qu’en Occident, on remarque le développement de la typologie Ève/Église et Ève/Marie, parallélisme qui ne cessera d’inspirer les commentateurs de la sainte Écriture [49].

Sans reprendre ici ces textes patristiques déjà évoqués [50], retenons que les anciens Pères identifient facilement Marie et l’Église, au point que l’un d’eux conclura ainsi sa prise de parole au concile général d’Éphèse : « Glorifions Marie toujours vierge, c’est-à-dire la sainte Église, avec son fils et époux immaculé [51]. » Cette analogie appliquée à Notre‑Dame lui vaudra un titre traditionnel à partir du IVe siècle, celui de « type de l’Église [52] ». Ce titre rend bien compte de l’ana­logie Marie/Église, qui fait que non seulement plusieurs figures de l’ancienne Loi sont interprétées aussi bien de Marie que de l’Église [53], mais aussi certains personnages plus importants comme la femme de la Genèse et de l’Apoca­lypse [54], ou l’épouse du Cantique des Cantiques [55].

Or, dans la pensée des anciens Pères, la notion de « type » doit être inter­prétée selon sa teneur originelle, reçue de la philosophie néoplatonicienne, que l’on pourrait résumer très brièvement ainsi : Le « type » exprime à la fois l’idée de premier dans le temps, et de premier exemplaire, réunissant en lui toutes les perfections auxquelles participeront les sujets postérieurs.

Cette notion de « type », appliquée à Marie par rapport à l’Église, qui nous est donc révélée implicitement par la Bible et explicitement par la Tradition, méritait certes d’être relevée dans notre étude exégétique sur Marie Médiatrice. Ne pouvant ici l’exploiter davantage, citons au moins ces quelques commen­taires :

 

La Vierge Marie appartient au « temps de la présence du Christ », au temps décisif où l’Église fut constituée dans son principe, son chef qui est le Christ, tan­dis que les autres rachetés appartiennent au « temps de l’Esprit‑Saint » commencé à la Pentecôte, époque où la grâce rédemptrice est répandue dans le monde pour que celui-ci devienne progressivement le corps du Christ.

C’est ce qui fait que la Vierge a atteint d’emblée une perfection qui ne pourra s’accomplir pour l’humanité que lorsque le dernier moment sera venu. […] La Vierge, parce qu’elle est le premier membre de l’Église, est aussi la figure et comme le résumé de toute l’Église : elle est le microcosme de l’Église universelle. Ce doit être l’idée maîtresse de toute étude mariale ; c’est l’idée traditionnelle contenue dans le thème de la « nouvelle Ève », laquelle, chez les Pères, désigne tantôt la Vierge, tantôt l’Église entière.

Dans la Vierge immaculée s’est en quelque sorte concentrée toute la sainteté de l’Église. Sa vie de grâce est un commencement et une préfiguration de celle de toute l’humanité rachetée. Marie est le chef-d’œuvre de toute la création et de la rédemption. Elle représente la créature idéale restée pleinement conforme au plan de Dieu. En elle l’Église est déjà parvenue à l’état de sainteté parfaite qui est sa destinée finale.

En elle aussi toute l’Église a déjà accueilli le Sauveur au moment de son incar­nation et s’est unie à son sacrifice, dès son immolation sanglante. Au moment où le Christ meurt en croix, c’est la compassion corédemptrice collective de toute l’Église, dispersée dans l’espace et dans le temps, qu’il condense en quelque sorte en le portant à un point d’intensité suprême dans l’œuvre de sa mère. Alors que la médiation corédemptrice de l’Église entière n’est universelle que secondairement et relativement, la médiation universelle de la Vierge est universelle premièrement et absolument [56]

 

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Concluons : « La grâce est à l’Église ce que l’âme est au corps ; à celle qui était pour Jésus comme la représentation [le type] et comme les prémices de l’Église, étaient dues toutes les grâces qui, répandues parmi les créatures, de­vaient à travers tous les siècles constituer, vivifier et sanctifier l’Église. La pléni­tude de la grâce de la Mère de Dieu est donc la plénitude de la grâce qui rem­plit l’Église.

« En elle, Jésus‑Christ épousait la nature humaine, dont elle était la fleur immaculée ; en elle il voyait l’humanité tout entière et chacun de nous en parti­culier. En elle, il s’unissait par avance à tous ses fidèles… [Ainsi], le chef ado­rable de la sainte Église répand d’abord en sa Mère les grâces, quelles qu’elles soient, qu’il destine au corps entier de l’Église et à chacun de ses membres en particulier [57]. »

 

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48e question : Que penser de l’objection tirée de saint Paul : « Il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : Jésus‑Christ » (1 Tm 2, 5) ?

 

Avant de répondre à l’objection elle-même, il convient de remarquer que celle-ci fut vulgarisée par la réforme protestante, soit mille ans après l’apparition du mot médiatrice dans la tradition de l’Église, mille ans de possession paisible, malgré les attaques successives des hérétiques contre la doctrine de l’interces­sion des saints [58] ; attaques toutes résumées dans l’article 21 de la confession d’Augsbourg, rédigée par Mélanchthon et approuvée par Luther en 1530 : « L’Écriture n’enseigne pas d’invoquer les saints, ni de demander leurs secours, parce qu’elle nous propose le seul Christ pour médiateur [59]. »

Ce que l’hérésie refusait aux saints en général, elle se devait de le nier plus spécialement de la sainte Vierge, par exemple chez l’anglican Stockhouse : « Tant que ce passage subsistera dans nos bibles : Il y a un seul Dieu et un seul médiateur entre Dieu et l’homme, à savoir Jésus‑Christ homme, on ne pourra nous persuader de recourir à la “médiation” de la Vierge [60]… » Cet argument, qui trouve des partisans jusque chez les Orthodoxes (comme le professeur athénien Jean Karmiris), a fortement impressionné les mariologues contemporains, imbus d’œcuménisme post-conciliaire, et est maintenant repris jusqu’aux plus hautes chaires universitaires catholiques [61].

Or, tout catholique doit savoir qu’on ne peut pas interpréter une citation de la sainte Écriture isolément et au pied de la lettre, mais selon des règles bien précises d’interprétation, déterminées par l’Église, gardienne exclusive du dépôt révélé. Parmi ces règles, il en est quatre qui nous intéressent ici : deux qui relè­vent de l’herméneutique générale, et deux de l’exégèse catholique [62].

 

• Tenir compte des diverses circonstances de composition du livre à expliquer

 

Le but de la lettre de saint Paul à l’évêque Timothée est bien clair, an­noncé dès le début, et rappelé avec insistance à la fin : « Prescrire à certains de ne pas enseigner de doctrine étrangère, et de ne pas s’attarder à des fables et à des généalogies sans fin » (1, 3-4) ; « Garde le dépôt, évitant les vains discours creux et impies, et les oppositions d’une soi-disant gnose… » (6, 20). Ce dernier mot est révélateur de l’état d’esprit qui régnait alors dans la diaspora juive, qui fut le premier théâtre de l’évangélisation dans les cités méditerranéennes.

En effet, celle-ci s’était depuis plusieurs générations laissé pénétrer par l’hellénisme et la philosophie alexandrine, si bien que nombre de ses docteurs, s’étant mis à l’école de Platon et de Plutarque, versaient dans un syncrétisme douteux, judéo-platonicien. Cette « soi-disant gnose », entre autres « fables », croyait en l’existence d’une multitude de puissances divines (qu’on nommera « éons »), entités intermédiaires s’échelonnant entre Dieu et le monde, et aux­quelles les « généalogies sans fin » qu’évoque saint Paul, font peut-être allusion [63].

En écrivant à Timothée, saint Paul n’avait donc pas l’intention de le mettre en garde contre la doctrine de l’intercession des saints, en affirmant qu’il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes, mais contre la fausse doctrine des philosophes judéo-platoniciens, dont l’influence était importante dans la diaspora.

 

• Remettre le passage dans son contexte grammatical, logique et psy­chologique

 

Il nous faut citer ici l’excellente étude du père Druwé, qui nous présente la vraie portée de l’affirmation de saint Paul, d’après son contexte :

 

Saint Paul vient de nous dire que « Dieu notre Sauveur, veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ». Voilà ce qu’il veut prouver dans la phrase transcrite ci-dessus, reliée aux mots que nous venons de citer par la conjonction gavr, « en effet ». La raison, c’est qu’il n’y a qu’un seul Dieu pour tous les hommes, un seul médiateur, pour tous. L’unicité du créateur et du médiateur n’est soulignée que pour faire ressortir l’universelle sollicitude de « Dieu notre Sauveur » à l’égard de tous les hommes sans exception.

La force de ce raisonnement ne sera donc pas le moins du monde atteinte, si nous apprenons par ailleurs qu’à ce médiateur, homme-Dieu, il a plu à la divine bonté d’adjoindre en sous-ordre, comme collaboratrice, une créature purement humaine, celle même dont ce médiateur devait naître, pour que « bien qu’il fût dans la condition de Dieu », il puisse être pleinement homme de notre race. Repré­sentant à ses côtés le genre humain comme tel, cette médiatrice ne fera que mettre davantage en lumière l’universelle « philanthropie [64] » du Dieu vivant, Sauveur de tous les hommes [65]. Cette médiatrice, saint Paul ne l’exclut pas davantage, dans le texte que nous examinons, qu’il n’y affirme l’unicité de Dieu au détriment des trois personnes divines. Prétendra-t-on qu’en assurant ailleurs : par un seul homme (Adam) le péché est entré dans le monde et par le péché la mort [66], il ait voulu contre­dire l’Ecclésiastique : C’est par une femme que le péché a commencé ; c’est à cause d’elle que nous mourons tous [67] ?

Dans la pensée de l’Apôtre l’accent ne tombe pas sur l’unicité du médiateur (unicité strictement personnelle), dont il affirmerait absolument qu’elle est aussi stricte que l’unicité divine (unicité de nature comportant Trinité de personnes), mais sur le fait qu’à tous les hommes indistinctement, le seul vrai Dieu a donné comme médiateur du salut le seul Jésus-Christ [68].

 

• Respecter l’analogie de la foi

 

« Sur le terrain proprement exégétique, l’analogie de la foi autorise et in­vite à expliquer les uns par les autres, les écrits du nouveau Testament. Chacun est incomplet, et tous se ressentent plus ou moins de leur origine occasion­nelle : ce qui interdit d’y chercher une doctrine absolument systématique et ar­rêtée [69]. »

Ce qui vaut ici tout particulièrement pour l’unique médiateur. En effet, saint Paul ne craint pas, dans d’autres livres, d’appliquer ce même terme à Moïse par rapport à l’ancienne Alliance, promulguée par l’entremise d’un média­teur (Ga 3, 19).

 

Pour les juifs, Moïse était le médiateur par excellence, le type normatif des grandes figures médiatrices, qui à toutes les époques illustrent l’histoire d’Israël. Saint Paul ne lui refuse pas le titre ; sans lui opposer explicitement Jésus, il le situe à sa place vis-à-vis de celui-ci, car il n’était lui que le médiateur d’une économie limitée à un peuple, provisoire, « pédagogique », pour nous conduire au Christ [70], dans lequel tous les hommes sans distinction de race et de condition ne sont plus en quelque sorte qu’une seule personne [71]. L’Épître aux Hébreux reprendra explici­tement la comparaison entre le « Médiateur de la nouvelle alliance [72] » et celui de l’ancienne. Jésus, dira-t-il, a reçu un ministère d’autant plus élevé, qu’il est médiateur d’une alliance supérieure et fondée sur de meilleures promesses [73].

Le Christ Jésus est le médiateur de toute l’humanité, alors que Moïse ne l’était qu’à l’égard du peuple élu ; il est le médiateur universel à titre unique, comme Moïse était le médiateur par excellence du peuple juif, et comme tel, type prophé­tique du Christ médiateur. Dieu avait adjoint à Moïse, comme aide, Aaron, pour partager ses fonctions médiatrices [74]. A-t-il voulu de même associer à Jésus dans son œuvre médiatrice, la femme bénie entre toutes, Marie ? Saint Paul certes ne l’exclut pas ; c’est à la conscience chrétienne, dépositaire de la Révélation, de répondre [75]

 

L’Histoire sainte est d’ailleurs pleine de saints hommes qui se sont inter­posés entre Dieu et leurs congénères, pour implorer et obtenir leur salut [76]. Saint Paul, lui-même, n’attribue-t-il pas cet office à tout pontife « pris parmi les hommes, et préposé pour eux dans leurs relations avec Dieu  » (He 5, 1). Ne va-t-il pas jusqu’à invoquer l’intercession de ses propres fidèles : Je vous en conjure, frères, par Notre‑Seigneur Jésus‑Christ, et par la charité de l’Esprit, de m’aider par vos prières à Dieu pour moi [77] ?

L’Écriture sainte nous apprend donc que l’unique médiateur de rédemp­tion n’exclut aucunement d’autres médiateurs d’intercession, appelés eux aussi « médiateurs » par analogie, mais qui peuvent néanmoins eux aussi coopérer avec lui dans l’œuvre du salut : Je me suis fait tout à tous, pour les sauver tous [78]. Cette intercession des vivants dès ici-bas implique a fortiori celle des anges et des bienheureux dans le ciel, dont la prière du plus petit d’entre eux est plus grande que celle de saint Jean‑Baptiste de son vivant (Mt 11, 11 et Lc 7, 28). Saint Paul reconnaît que la loi fut transmise par des anges (Ga 3, 19). Saint Luc nous apprend que l’incarnation fut négociée entre Dieu et l’humanité par la médiation de Gabriel (Lc 1, 26). L’ancien et le nouveau Testaments nous affir­ment explicitement que les anges présentent à Dieu nos prières [79].

Quant à l’intercession des bienheureux dans le ciel, qu’il nous suffise de citer ce passage où dès l’ancien Testament, Dieu révèle par une vision comment Jérémie et Onias, partis pour un monde meilleur – quoique ce ne fût pas encore le paradis – plusieurs années auparavant, intercédaient en faveur de leurs frères d’ici-bas : « Telle fut la vision : Onias, qui avait été grand-prêtre, homme bon et bienveillant […] étendait les mains et priait pour tout le peuple juif. Ensuite ap­parut un autre homme admirable… Onias dit : “Celui-ci est l’ami (amator) de ses frères, et du peuple d’Israël ; c’est lui qui prie tant pour le peuple et pour toute la sainte cité ; c’est Jérémie, le prophète de Dieu” » (2 M 15, 12-14).

Concluons donc : quand les hérétiques nient le pouvoir d’intercession des saints à partir de 1 Tm 2, 15, et, partant, la possibilité d’une médiation partici­pée pour la Mère de Dieu, c’est en se cantonnant dans une lecture univoque du texte sacré, excluant arbitrairement d’autres textes qui peuvent l’éclairer selon l’analogie de la foi, et lui rendre son véritable sens.

 

• Adopter l’interprétation tenue par l’Église

 

Le Dictionnaire de théologie catholique donne cette règle comme « fondamentale », et explique pourquoi [80] : « Elle est fondée sur le droit que pos­sède l’Église de juger le véritable sens de l’Écriture. En vertu du pouvoir que l’Église a reçu de Jésus‑Christ, son fondateur, d’enseigner aux hommes les véri­tés révélées par Dieu [81], elle a l’autorité de déterminer infailliblement la pensée divine, contenue dans les Écritures inspirées, et de juger les explications des Livres saints, proposées par les exégètes. » Cette règle a été confirmée par plu­sieurs conciles et déclarations pontificales.

Or, non seulement plusieurs papes ont mentionné explicitement, dans des encycliques [82], Marie médiatrice en compagnie de notre médiateur Jésus‑Christ, mais le saint concile de Trente a lui-même tranché la question au sujet de l’intercession des saints en général : « Ceux qui disent que l’invocation des saints… est contraire à la parole de Dieu, ou qu’elle s’oppose à l’honneur du seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus‑Christ (1 Tm 2, 5)…, ceux-là sont impies dans leurs sentiments [83]. »

 

*

 

En résumé, et pour clore ce débat de « l’unique médiateur », débat agité par des hérétiques et repris de nos jours par des « catholiques » que saint Louis‑Marie Grignion de Montfort qualifierait de « dévots scrupuleux [84] », qu’il nous suffise de citer saint Thomas d’Aquin, dont on ne pourra nier le don de pénétrer les saintes Écritures :

 

L’office de médiateur consiste à joindre et réunir ceux entre lesquels il inter­pose sa médiation, car les extrêmes se rejoignent dans un milieu. Or c’est au Christ qu’il convient d’unir les hommes à Dieu d’une manière parfaite, puisque c’est par lui que les hommes ont été réconciliés avec Dieu, selon cette parole de saint Paul : « Dieu réconciliait le monde avec lui-même dans le Christ » (2 Co 5, 19). C’est pourquoi seul le Christ est le médiateur parfait entre Dieu et les hommes, en tant que, par sa mort, il a réconcilié le genre humain avec Dieu. C’est pourquoi l’Apôtre, après avoir dit : « Le Christ Jésus homme, médiateur entre Dieu et les hommes », ajoute : « Lui qui s’est livré en rachat ». Mais rien n’empêche que quelques autres soient appelés, sous un certain rapport, médiateurs entre Dieu et les hommes, en tant qu’ils coopèrent à l’union des hommes avec Dieu, d’une ma­nière dispositive ou ministérielle (dispositive vel ministerialiter) [85].

 

Avec la prière liturgique de l’Église, nous pouvons donc en toute confiance et sûreté doctrinale invoquer ainsi Marie Médiatrice : « Seigneur Jésus‑Christ, notre médiateur auprès du Père, vous qui avez daigné nous donner la bienheureuse Vierge, votre mère et la nôtre, pour être médiatrice auprès de vous, accordez, dans votre bonté, à quiconque s’approche de vous pour implo­rer des bienfaits, la joie de les obtenir tous par son intercession [86]. »

 

*

  

 

— 49e question : Peut-on donc affirmer que la médiation de la très sainte Vierge est une vérité révélée de Dieu ?

 

Au terme des 167 pages de notre étude sur le témoignage de la sainte Écriture, et en nous appuyant sur l’autorité des auteurs les plus sérieux [87] ; nous pouvons certes soutenir que cette vérité de la médiation universelle de Marie est contenue implicitement dans la Bible, première source de la Révélation, et ex­plicitement dans la Tradition de l’Église, qui en est la seconde source.

En effet, « s’il est légitime de demander à la sainte Écriture l’ensemble des vérités révélées, il se peut que tel ou tel point de doctrine, tel ou tel aspect de la Révélation, n’y soit touché que par allusion ou n’y soit pas traité du tout, bien qu’il appartienne au domaine de la Révélation et nous ait été transmis et conservé par la Tradition. Par conséquent, si une enquête scripturaire ne four­nissait pas d’argument suffisant pour prouver (explicitement) la médiation de Marie, on ne pourrait pas en conclure par le fait même que celle-ci n’appartient pas au dépôt révélé.

« On notera, en outre, qu’une des fonctions de l’Église est d’approfondir, de pénétrer toutes les richesses de la Révélation, en un mot de prendre une conscience plus claire du donné révélé. C’est ainsi que certaines vérités, conte­nues implicitement dans le dépôt de la Révélation, pourront n’apparaître en clair à la conscience de l’Église qu’après un temps plus ou moins long d’appro­fondissement théologique. Le fait que la doctrine de la médiation de Marie ne soit pas affirmée en termes exprès dans l’Écriture ne prouverait donc pas nécessairement qu’elle en soit absente. […]

« L’Écriture ne peut suffire seule à prouver d’une manière péremptoire la médiation de Marie. Elle demande à être interprétée à la lumière du magistère de l’Église, et à être complétée par les données de la Tradition [88]. »

C’est ce qui nous reste encore à exposer, si la divine Providence veut bien nous en donner le temps et les moyens… que Marie Médiatrice nous obtienne encore cette grâce, pour sa plus grande gloire et celle de son divin Fils !

 

Dignare me laudare te, Virgo sacrata, da mihi virtutem contra hostes tuos.

 

 

 

 



[1] — Père et docteur de l’Église, Hom. 1 in Deiparæ dormitione, n. 2, PG 96-700 sq.

[2] — Lc 1, 28. Voir notre commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 78.

[3] — Saint Thomas d’Aquin, I-II, q. 110, a. 1 ; saint Bonaventure, IV Sent., d. 16, p. 1, a. 4, q. 2, ad 4.

[4] — Voir Dictionnaire de la Bible, article « Médiation », Paris, Éd. Letouzey, 1954, Fascicule XVII, col. 998.

[5] — Lc 1, 30. Commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 79.

[6] — Lc 1, 28. Commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 79.

[7] — Lc 1, 42. Commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 89.

[8] — Lc 1, 48. Commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 90. Béatitude déjà proclamée en Lc 1, 45 et aussi en Lc 11, 27.

[9] — Ap 12, 1. Commentaire dans Le Sel de la terre 34, p. 160-161.

[10] — Voir Thomas d’Aquin saint, II, q. 26, a. 1, ad 2, et Bonaventure saint, III Sent., d. 19, a. 2, q. 2, n. 3.

[11] — Epiphane saint (†403), Anchoratus 44, PG 43, 97.

[12] — Lc 1, 49. Commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 91.

[13] — Thomas d’Aquin saint, Explanatio in salutationem angelicam, trad. dans Le Pater et l’Ave, Paris, Éd. N.E.L., 1967, p. 169.

[14] — Roschini G.-M. O.S.M., « La très sainte Vierge, Reine de la Création et de l’Histoire », dans Marie, Québec, Éd. Nicolet, 1948, vol. II, n. 4, p. 16.

[15] — Gn 3, 15. Commentaire dans Le Sel de la terre 22, p. 151-157.

[16] — Voir Mt 1, 22-23 ; 2, 6 ; 2, 15 ; 2, 18 ; 2, 23, etc.

[17] — Mt 1, v. 11, 13, 14 et 20.

[18] — Lc 1, 41. Commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 88.

[19] — Lc 2, 39. Commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 97 sq.

[20] — Jn 19, 25. Commentaire dans Le Sel de la terre 31, p. 64 sq.

[21] — Thomas d’Aquin saint, III, q. 56, a. 1.

[22] — Bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854.

[23] — « Il a été homicide dès le début… » (Jn 8, 44).

[24] — De Abarzuza Xaviero O.F.M. Cap., Tractatus de B.V.M., n. 347 ; Man. théo. dogm., vol. III, 2e éd., Madrid, Studium, 1956, p. 283.

[25] — Gn 3, 15. Commentaire dans Le Sel de la terre 22, p. 151 sq.

[26] — Jean Chrysostome saint (†407) : « Un médiateur, s’il ignore qu’il doit réunir ceux entre qui il a été placé, ne peut être appelé médiateur » (Homilia 134 de incarnatione Domini ; cit. Petau, De incarn. Verbi, t. VII, p. 8 b).

[27] — Lc 1, 31. Commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 79 sq.

[28] — Lc 2, 22. Commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 93.

[29] — Lc 2, 34-35. Commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 94-96.

[30] — Jn 19, 25. Commentaire dans Le Sel de la terre 31, p. 65.

[31] — Voir 1 Co 15, 45, et commentaire dans Le Sel de la terre 20, p. 110-111 ; 22, p. 151 ; 24, p. 124 ; 29, p. 108-109 ; 31, p. 63-64, p. 71 et p. 88-89.

[32] — Pie X saint, encyclique Ad diem illum, du 2 février 1904.

[33] — Ap 12, 2. Commentaire dans Le Sel de la terre 34, p. 161.

[34] — 1 P 1, 2. Voir aussi Rm 1, 4 ; 5, 5 ; 15, 16 ; 2 Th 2, 13.

[35] — Voir Jn 14 ; 16 et 26 ; 15, 26 ; 16, 7.

[36] — Voir Mt 22, 43 ; Lc 2, 25 ; Ac 1, 16 et 2, 4 ; 2 P 1, 21.

[37] — Mt 3, 15. Voir aussi Ac 8, 39 ; 9, 18 et 19, 6.

[38] — Voir Le Sel de la terre 27, p. 81.

[39] — Voir Le Sel de la terre 31, p. 92.

[40] — Thomas d’Aquin saint, II-II, q. 83, a. 10, ad 1.

[41] — Voir 1 S 25, 35 ; 3 R 2, 19, 20 et Est 7, 3.

[42] — Jn 2, 3. Commentaire dans Le Sel de la terre 29, p. 105 sq. (surtout p. 107, où le vin symbolise l’Esprit‑Saint).

[43] — Pie XII, encyclique Mystici Corporis, du 29 juin 1943.

[44] —Thomas d’Aquin saint, Sup. Evang. Joan, c. 2, lect. 1, § 344 ; Turin, Marietti, 6e éd., 1972, p. 69.

[45] — Lc 1, 40. Commentaire dans Le Sel de la terre 27, p. 88 sq.

[46] — Ac 1, 14. Commentaire dans Le Sel de la terre 34, p. 150-154.

[47] — Pie X saint, encyclique Ad diem illum, du 2 février 1904.

[48]Lettre des martyrs de Vienne et de Lyon (177), PG 5-1137 ; Clément d’Alexandrie, PG 8-300 ; Manès, PG 10-1508 ; saint Ambroise, PL 15-1573.

[49] — Saint Justin, PG 6-710 ; saint Irénée, PG 7-958 ; Tertullien, PL 2-782 ; saint Cyprien, PL 4-704 ; saint Zenon, PL 11-278.

[50] — Voir Le Sel de la terre 20, p. 110-111 ; n. 24, p. 124 ; n. 31, p. 88-89 ; n. 34, p. 174-177.

[51] — Cyrille d’Alexandrie saint, Sermo IV, PG 77-992.

[52] — Saint Ambroise, saint Augustin, saint Isidore, Anspert, Zacharius, Honorius d’Autun, Richard de Saint-Laurent, concile de Vienne…

[53] — Voir Le Sel de la terre 26, p. 97 sq. (en particulier l’arche d’alliance).

[54] — Voir Le Sel de la terre  22, 150-156 et n. 34, p. 172-184.

[55] — Paschase Radbert saint (†865) : « Ce que nous interprétons généralement de l’Église dans le Cantique des Cantiques, s’applique plus spécialement à Marie » (In Mattheum, l. 11, praemium, PL 120-104).

[56] — Bur abbé Jacques, Médiation mariale, Paris, DDB, 1955, p. 194. (La citation finale est du Cardinal Journet, « La Vierge est au cœur de l’Église », Nova et vetera, janvier-mars 1950, p. 97.)

[57] — De Ségur Mgr. L.-G., La Sainte Vierge dans le nouveau Testament, Œuvres complètes, t. XV, Paris, Éd. Tolra, 1893, p. 305.

[58] — Par exemple : Eusthate de Sébaste, Vigilance, Pierre de Bruys, les Apostoliques, les Cathares, les Vaudois, Wicleff, Huss, Amaury, etc.

[59] — Voir Müller J.-T., Die symbolishen Bücher der Evang-Luth. Kirche, 11e éd., 1912, p. 47.

[60]Traité complet de théologie, par M. Stockhouse, traduit de l’anglais, Lausanne, 1759, t. 4, p. 247.

[61] — Voir par exemple S.-M. Perella, de la Faculté pontificale théologique « Marianum », dans L’Osservatore Romano nº 29 du 22 juillet 1997, p. 5b. Ou encore l’abbé Laurentin (voir Le Sel de la terre 35, p. 211).

[62] — Pour l’exposé détaillé de ces règles, voir J. Renié S.M. : Manuel d’Écriture sainte, 4e éd., Lyon-Paris, Vitte, 1941, t. I, p. 205 sq. Voir aussi le DTC, art. « Interprétation de l’Écriture », t. VII, col. 2290-2343.

[63] — Sur cette question, voir : L’Unique Médiateur Jésus et Marie, par R. Javelet, Paris, O.E.I.L., 1985, p. 17 sq.

[64] — Tt 3, 4.

[65] — 1 Tm 4, 10.

[66] — Rm 5, 12.

[67] — Si 25, 33 (ou 23).

[68] — Druwe E. S.J., « La Médiation universelle de Marie », dans Maria, Paris, Éd. Beauchesne, 1947, t. I, p. 419-421.

[69]DTC, article : « Interprétation de l’Écriture », t. VII, col. 1337.

[70] — Ga 3, 24.

[71] — Ga 3, 28.

[72] — He 9, 15 ; 12, 24.

[73] — He 8, 6.

[74] — Voir Ex 4, 4 ; Nb 17, 11 ; Lv 11, 1, etc.

[75] — Druwe E. , ibid., p. 420-421.

[76] — Voir Gn 18, 20-33 ; Nb 17, 13 ; 1 S 7, 3 et 12, 23 ; 2 R 14, 27 ; 1 M 3, 8, 9 ; Ps 99, 6-8 et 105, 30 ; Sg 18, 23 ; Jr 37, 3 ; Jb 42, 8.

[77] — Rm 15, 30. Voir aussi 2 Th 3, 1 : « Priez pour moi… ». Autres citations scripturaires sur l’intercession des justes dans l’ancien et le nouveau Testaments, dans le DTC, t. XIV, col. 872.

[78] — 1 Co 7, 16. Voir aussi Rm 11, 14.

[79] — Voir Tb 12, 12 et Ap 8, 3-4.

[80]DTC, t. VII, col. 2290.

[81] — Voir Mt 28, 18 ; Jn 14, 16 ; Ep 4, 15 ; 1 Tm 3, 15 etc.

[82] — Bienheureux Pie IX, Ineffabilis Deus ; saint Pie X, Ad diem illum ; Pie XI Miserentissimus.

[83] — Concile de Trente, XXVe session du 3-4 décembre 1563, Dz 984.

[84] — Grignion de Montfort saint Louis‑Marie (†1716) : « Les dévots scrupuleux sont des gens qui craignent de déshonorer le fils en honorant la mère, d’abaisser l’un en élevant l’autre… Il faut recourir à Jésus‑Christ, voilà le solide ! Ce qu’ils disent est vrai dans un sens, mais par rapport à l’application qu’ils en font, pour empêcher la dévotion à la très sainte Vierge, c’est très dangereux, et un fin piège du malin. » Traité de la vraie dévotion, ch. 3, art. 1, § 1, n. 2.

[85] — Thomas d’Aquin saint, IIIa, q. 26, a. 1, c.

[86] — Collecte de la Messe de Marie médiatrice de toutes grâces, au 8 mai dans le P.A.L. du Missel romain de 1962.

[87] — Par exemple le DTC, qui affirme, en tête du paragraphe intitulé « Médiation universelle de Marie pour l’acquisition de toutes les grâces » : « Implicitement contenue dans le nouveau Testament, cette vérité a été exprimée par la Tradition catholique constante. » (Art. « Marie »), t. IX, col. 2389.

[88] — de Surgy abbé Paul, « La Médiation de la Mère de Dieu et le nouveau Testament » dans la revue Ave, nº 4 (avril 1953), rue Volney, Angers, p. 56 et 61.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 37

p. 172-188

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