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Courrier des lecteurs

 

 

Le numéro 35 du Sel de la terre (Hiver 2000-2001) nous a valu, entre autres, les courriers suivants :

 

A propos du mot « orthodoxe »

 

                                                                                                          Le 5 mars 2001

Mon Père,

Avec quelque retard, je vous envoie deux informations en rapport avec des su­jets traités dans le nº 35.

1. A propos de l’usage du mot « orthodoxe » (pages 244-245), ci-joint photo­copie d’un passage de Joseph de Maistre (Du Pape) qui, outre son caractère savou­reux, établit que ce mauvais usage n’était pas encore du tout répandu en Occident en 1820. Le dictionnaire encyclopédique de Dupiney de Vorrepierre (1858) n’y fait non plus aucune allusion et note même : « Se dit substant. De ceux qui professent des croyances conformes à l’enseignement de l’Église catholique. Les orthodoxes et les hérétiques »…

2. Au sujet des apparitions d’Amsterdam de « la Dame de tous les peuples » (pages 218-219), il y a de fortes raisons internes et externes d’en soupçonner l’authenticité. Je n’ai pas de documentation sous la main, mais je relève de mémoire et de manière certainement non exhaustive :

a. Au plan interne : le fait que l’apparition ne veuille plus qu’on l’appelle Marie (« la Dame de tous les peuples, qui fut autrefois Marie », en néerlandais « de Vrouwe aller volkeren, eertijds Maria ») ; une iconographie contraire à toute la tradition (tête nue avec une longue chevelure tombant sur les épaules) ;

b. Au plan externe : des reconnaissances épiscopales post-conciliaires (notamment de l’évêque de Sens) alors que l’on connaît leur extrême méfiance en la matière et que le Saint‑Office s’était prononcé négativement sous Pie XII.

Il est de fait que cette apparition a été accueillie favorablement dans des milieux conservateurs néerlandais (mais pas, sauf erreur, parmi les traditionalistes), mais cer­tains de ses plus chauds propagandistes se retrouvent (ou se retrouvaient : je parle d’il y a quelque vingt-cinq ans) chez les sectateurs du pseudo – « Clément XV ».

Vous pouvez faire de cette lettre tel usage qui vous semblera bon.

Veuillez agréer, mon Père, l’assurance de mon filial respect in Christo Rege per Mariam,

                                                                                                Gérard WAILLIEZ

 

*

 

Joseph de Maistre, Du Pape, « nouvelle édition, entièrement conforme à la deuxième (1820) », Desclée, De Brouwer et Cie 1882 :

 

On sait que ces Églises se nomment elles-mêmes orthodoxes, et c’est par la Russie que cette épithète ambitieuse se fera lire en français dans l’Occident ; car jusqu’à nos jours on s’est peu occupé parmi nous de ces Églises orthodoxes, toute notre polémique religieuse ne s’étant dirigée que contre les protestants. Mais la Russie devenant tous les jours plus européenne, et la langue universelle se trou­vant absolument naturalisée dans ce grand empire, il est impossible que quelque plume russe, déterminée par une de ces circonstances qu’on ne saurait prévoir, ne dirige quelque attaque française sur l’Église romaine, ce qui est fort à désirer, nul Russe ne pouvant écrire contre cette Église, sans prouver qu’il est protestant.

Alors pour la première fois nous entendrons parler dans nos langues de l’Église orthodoxe ! On demandera de tous côtés : Qu’est-ce que l’Église ortho­doxe ? Et chaque chrétien de l’Occident, en disant : C’est la mienne apparem­ment, se permettra de tourner en ridicule l’erreur qui s’adresse à elle-même un compliment qu’elle prend pour un nom.

Chacun étant libre de se donner le nom qui lui convient, Laïs en personne serait bien la maîtresse d’écrire sur sa porte : Hôtel d’Artémise. Le grand point est de forcer les autres à nous donner tel ou tel nom, ce qui  n’est pas tout à fait aussi aisé que de nous en parer de notre propre autorité ; il n’y a de vrai nom que le nom reconnu.

Ici se présente une observation importante. Comme il est imposible de se donner un nom faux, il l’est également de le donner à d’autres. Le parti protes­tant n’a-t-il pas fait les plus grands efforts pour nous donner celui de papistes ? Jamais cependant il n’a pu y réussir : comme les Églises photiennes n’ont cessé de se nommer orthodoxes, sans qu’un seul chrétien étranger au schisme ait jamais consenti à les nommer ainsi, ce nom d’orthodoxe est demeuré ce qu’il sera tou­jours, un compliment éminemment ridicule, puisqu’il n’est prononcé que par ceux qui se l’adressent à eux-mêmes ; et celui de papiste est encore ce qu’il fut toujours, une pure insulte, et une insulte de mauvais ton qui, chez les protestants mêmes, ne sort plus d’une bouche distinguée.

Mais pour terminer sur ce mot orthodoxe, quelle Église ne se croit pas or­thodoxe ? et quelle Église accorde ce titre aux autres qui ne sont pas en commu­nion avec elle ? Une grande et magnifique cité d’Europe se prête à une expé­rience intéressante que je propose à tous les penseurs. Un espace assez resserré y réunit des Églises de toutes les communions chrétiennes. On y voit une Église catholique, une Église russe, une Église arménienne, une Église calviniste, une Église luthérienne ; un peu plus loin se trouve l’Église anglicane ; il n’y manque, je crois, qu’une Église grecque. Dites donc au premier homme que vous rencon­trerez sur votre route : Montrez-moi l’Église orthodoxe ? Chaque chrétien vous montrera la sienne, grande preuve déjà d’une orthodoxie commune. Mais si vous dites : Montrez-moi l’Église catholique ? Tous répondront : La voilà ! et tous mon­treront la même. Grand et profond sujet de méditation ! Elle seule a un nom dont tout le monde convient, parce que ce nom devant exprimer l’unité qui ne se trouve que dans l’Église catholique, cette unité ne peut être ni méconnue où elle est, ni supposée où elle n’est pas. Amis et ennemis, tout le monde est d’accord sur ce point. Personne ne dispute sur le nom qui est aussi évident que la chose. »

 

*

 


A propos de l’abbé Laurentin

 

Mes chers pères,

C’est avec le plus grand intérêt que j’ai lu la correspondance entre le père Jean et l’abbé Laurentin dans Le Sel de la terre nº 35. Cela m’a rappelé une vieille histoire.

C’était dans les années 50, vers le milieu, je crois. Il y avait une campagne pour le mariage des prêtres, une de plus. Et ce grand apôtre de Marie, cet illustre mariologue médiatique, avait écrit là-dessus un article dans Le Figaro (qui se ressemble, s’assemble). Dans ledit article, il affirmait tout simplement qu’« il est insensé (ou stupide, ou idiot, je ne sais plus exactement l’adjectif) de vouloir imposer à des hommes une chasteté qu’il est impossible de garder ».

J’entends encore l’exclamation de Dom Beaurin [1] nous lisant cela : « Il a avoué ! »

Ce n’est pas à vous, mes chers pères, que j’apprendrai le rapport étroit, j’oserais dire le lien obligatoire, entre la vertu de pureté et le culte marial. Je pense même que vous pourriez remplir quelques pages du Sel à ce sujet. Quant à Dom Beaurin, il ne manquait pas de dire : « Le prêtre doit mener une vie de chasteté, de virginité, parce que l’Église engendre virginalement ».

Mais pour revenir à Laurentin, je ne crois guère à un dérapage. Il y a un principe maçonnique qui s’énonce ainsi : « Lorsqu’un mouvement se dessine contre nous, il faut qu’un des nôtres aille en prendre la tête ». On pourrait d’ailleurs étudier la conduite de pas mal de gens à la lumière de ce principe.

J’arrête là mon bavardage en renonçant à vous dire, faute de mots, tout le bien que je pense du Sel, et surtout de sa sûreté de doctrine. Peut-être en reparlerons-nous un jour.

                                                                                                   (Lettre signée)

 

Sur l’autorité de Vatican II

 

Nous avons reçu la lettre suivante, en recommandé avec accusé de réception :

 

Sub Tuum Praesidium                                                      Sept Saints Servites de Marie

Notre Dame de l’Epine                                                                   12 février 2001

53480 Saint Léger en Charnie

                                                       à Monsieur le directeur de la revue Le sel de la terre 

 

Monsieur le directeur,

Ne recevant point votre revue, nous venons d’apprendre, par personnes interposées, qu’y a été publiée, dans le nº 35 (Hiver 2000-2001) à la page 41, la grave calomnie qui suit : « Certains, peu nombreux, prétendent que le Concile [V 2] a promulgué des dogmes. Ainsi les revues x et Sub Tuum Praesidium. »

Vous savez pourtant qu’il a été maintes fois démontré dans notre revue, notamment dans le nº 9 cité en votre article, que V 2 n’a été qu’un illégitime conciliabule ou brigandage, selon la manière de s’exprimer des Pères de l’Église pour divers autres faux conciles. Publier, noir sur blanc, que nous avons prétendu que le Concile [V 2] a promulgué des dogmes, est donc, outre une affirmation mensongère, une information gravement diffamatoire, nous présentant tenir le contraire de ce que nous démontrons.

Ce caractère diffamatoire nous a été, s’il était besoin, confirmé par une lettre venant de Pologne, où nous avons été pris pour l’opposé de ce que nous sommes.

C’est pourquoi nous vous demandons, par cette lettre recommandée avec accusé de réception, au nom du droit de réponse reconnu par la loi, de bien vouloir informer vos lecteurs, par la publication de cette mise au point, que l’affirmation publiée par vous ne se trouve aucunement en notre revue et que, quant au fond, l’argumentation de votre article se trouve publiée, face à la doctrine authentique de l’Eglise en la matière, en notre Catalogue des variations lefebvro-traditionalistes face à la doctrine catholique.

Dans l’attente de l’accomplissement spontané de votre part de cet acte de justice, et en souhaitant pouvoir nous en tenir à cette demande à l’amiable, veuillez croire, Monsieur le directeur, qu’il nous est douloureux d’avoir eu à déplorer une fois de plus (cf. notre lettre du 7/10/1999 restée à ce jour sans réponse) un tel manquement d’objectivité en une revue qui a des prétentions de rigueur scientifique.

 

                      Le directeur de la revue Sub Tuum Praesidium. Abbé V.M. Zins.

 

Notre commentaire :

 

M. l’abbé Zins prétend n’avoir jamais dit que Vatican II a promulgué des dogmes (c’est-à-dire des définitions solennelles).

Pourtant nous pensons bien avoir reproduit sa pensée, telle qu’il l’écrivait par exemple dans Sub Tuum Praesidium 2, p. 26-27 :

 

Car c’est un fait historique indubitable : Paul VI, apparemment en tant que pasteur et docteur universel, et qui plus est à travers une déclaration solennelle d’un concile extérieurement œcuménique, en vertu de sa suprême autorité supposée et en s’adressant à l’Église universelle, a défini, arrêté et décrété dans l’Esprit-Saint, qu’une hérésie, formellement et infailliblement condamnée par l’Église, faisait partie du dépôt révélé.

 

Il affirme bien que Vatican II, « concile extérieurement œcuménique », a fait une « déclaration solennelle », autrement dit a proclamé un dogme de foi.

Il en conclut que, comme cette déclaration solennelle énonce une hérésie, le concile Vatican II est un faux concile, et qu’il était présidé par un faux pape.

Cette conclusion est fausse, parce que la prémisse est fausse : Vatican II n’a pas fait de déclaration solennelle, comme nous le montrons dans l’article du Sel de la terre 35, p. 41-45. Et par conséquent on ne peut pas prouver par là, comme le prétend M. l’abbé Zins, que Paul VI était un faux pape.

 


[1] — Ce Dom Beaurin dont je vous parle était moine de l’abbaye de La Source à Paris, confrère et ami de Dom Guillou et de Dom de Monléon, petit neveu du R.P. Hermann Cohen O.C.D. dont il a écrit une vie.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 37

p. 267-270

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