Les Cristeros : une Vendée militaire au XXe siècle
par Olivier Lelibre
Cette conférence a été prononcée en juin 1997 à l’école des Saints‑Cœurs de Jésus et Marie, en Vendée, elle a été – dans la mesure du possible – actualisée. NB : Les citations sans références sont généralement extraites de Hugues Kéraly, Les Cristeros, Grez-en-Bouère, DMM, 1986.
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LE XXe siècle a été le plus sanglant de l’histoire, le « siècle des massacres [1] », le « siècle de l’enfer [2] », le « siècle des martyrs – comme tous les autres ? – Non pas : plus que tous les autres, le grand siècle des martyrs, infiniment plus que les autres. (…) Jamais il n’y avait eu autant de martyrs en l’espace de cent ans. Ni même en l’espace de mille ans [3] ». Ces dizaines de millions de chrétiens victimes d’un siècle révolté contre Dieu, qui les connaît ? Je voudrais vous rappeler ces catholiques mexicains qui se sont dressés, il y a un peu plus de 70 ans, contre la franc-maçonnerie, pour le règne social de Notre‑Seigneur Jésus‑Christ. On les appelait les Cristeros.
Un siècle de persécutions religieuses
Depuis son indépendance, en 1821, le Mexique a connu une histoire troublée : guerres civiles, dictatures, coups d’État, révolutions (1876-1911)… L’empire de Maximilien (1863-1867) n’a été qu’une brève et bien imparfaite [4] parenthèse dans les persécutions subies par l’Église depuis le départ des Espagnols : confiscations des biens, incarcérations de prêtres, attentats, expulsions d’évêques…
Pourquoi tant de malheurs ? Un proverbe du pays répond : « Pauvre Mexique ! si loin de Dieu et si près des États-Unis… » Or les États-Unis ne veulent pas d’une grande puissance catholique à leurs portes. Lors de l’indépendance, ils s’inquiètent de ce rival potentiel dont la superficie est presque égale à la leur (5 118 000 km2 contre 5 185 000 km2) et dont la population, certes moins importante (6,5 Millions d’habitants contre 9,5 Millions), est devenue, grâce à une foi catholique très vive, une véritable nation alors que les États-Unis demeurent, jusqu’à aujourd’hui, le « Salad Bowl [5] ».
Dès les années 1830, c’est la guerre. Trahi par des généraux francs-maçons [6], le Mexique perd le Nord de son territoire : Californie, Texas, Nouveau Mexique (1848) et est placé sous tutelle étasunienne tant politiquement qu’économiquement [7].
Les marionnettes qui se succèdent à la tête du pays, toutes maçonniques, toutes corrompues, appliquent la consigne venue de Washington : il faut « défanatiser » ; traduisez : détruire le catholicisme dans ce pays évangélisé depuis le XVIe siècle par les Espagnols (spécialement les franciscains [8]), salir le souvenir de la présence européenne et exalter l’époque précolombienne [9] et la « merveilleuse » civilisation aztèque qui ne connaissait ni la roue, ni la voûte mais pratiquait – à grande échelle – l’esclavage, les sacrifices humains et l’anthropophagie en plein XVIe siècle [10] !
Pour ne citer que deux exemples de cette politique, le premier acte officiel de Juarez, président, fut de transformer l’église San-Francisco de Mexico en temple protestant (1867 [11]), et l’encyclique Humanum Genus de Léon XIII (1884) fut interdite (elle condamne la F\M\) même dans les séminaires [12] !
En 1914, le président Carranza, mis en place par les États-Unis, ouvre une période de persécutions ouvertes : on massacre des prêtres (160 sont tués à Mexico en février 1915). John Lind, conseiller de W. Wilson, alors président des États-Unis, jubile : « Excellente nouvelle ! Plus on tuera de curés au Mexique, plus je serai content ! » Un pasteur étasunien, s’indignant des viols dont étaient victimes les religieuses de Veracruz, s’entendit répondre par Silliman, représentant personnel de Wilson : « Ce qu’il y a de pire au Mexique après la prostitution, c’est l’Église catholique. Toutes deux doivent disparaître [13] ! »
L’offensive de Calles
En 1924, Plutarco Elie Calles devient président. Pour ce descendant de juifs espagnols [14] F\M\ de grade 33, « l’Église est la cause unique de tous les malheurs du Mexique ». Pour lui aussi, elle doit « disparaître [15] ». Avec la complicité d’un prêtre F\M\, le père Perez, proclamé par le gouvernement « Patriarche de l’Église catholique mexicaine », Calles fonde une « Église patriotique » schismatique comme les communistes feront en Chine [16]. Le vin de messe est remplacé par le Mescal… Mais la manœuvre échoue dans le mépris général. Le gouvernement a beau financer l’ouverture de 200 écoles protestantes et Calles faire un pont d’or aux sectes hérétiques (déjà financées par les États-Unis), le peuple mexicain s’entête à demeurer fidèle à Rome !
En 1926, le président et sa clique lancent l’offensive qu’ils espèrent finale : « Il faut faire maintenant la révolution psychologique, déclare Calles, nous devons pénétrer et nous emparer des consciences enfantines et adolescentes, parce qu’elles doivent être à la révolution. » Les écoles catholiques sont fermées, les congrégations expulsées, les syndicats chrétiens interdits, de nombreuses églises sont confisquées et profanées (transformées en écuries, en salles des fêtes) ou détruites. L’école « unique et gratuite » devient obligatoire, l’athéisme y est officiellement enseigné, les signes religieux (médailles, croix, statues, images) sont interdits – y compris à domicile – et Dieu est chassé même du vocabulaire. « Adios » (Adieu ou au revoir), « Si Dios quiere » (si Dieu le veut) et autres « ¡ No lo quiera Dios ! » (A Dieu ne plaise), sont passibles d’amende. Enfin les prêtres sont « enregistrés » : certains États (le Mexique est une république fédérale) exigent d’eux l’engagement de ne pas faire de prosélytisme, d’autres prétendent leur imposer de se marier s’ils veulent continuer à officier ! Mgr Carvana, nonce apostolique, proteste : le 12 mai 1926, il est expulsé. A travers le pays, des responsables catholiques sont assassinés, des jeunes filles sont raflées au sortir des églises, emprisonnées, violées. Mgr Curley, archevêque-primat de Baltimore, s’indigne : « Calles persécute l’Église car il sait qu’il a l’accord de Washington. Notre gouvernement a armé les tueurs de Calles. Notre amitié l’a encouragé dans son abominable entreprise : détruire l’idée de Dieu dans le cœur de millions de Mexicains [17]. »
Le 28 mai, Calles a reçu la médaille du Mérite maçonnique des mains du « Grand commandeur du Rite écossais » au Mexique. Le 12 juillet, on peut lire dans la presse ce communiqué : « La Maçonnerie internationale accepte la responsabilité de tout ce qui se passe au Mexique, et se prépare à mobiliser toutes ses forces pour l’application méthodique, intégrale, du programme arrêté au sujet de ce pays [18]. »
Le 26 juillet, un commerçant âgé est abattu froidement par deux policiers en civil. Son crime ? avoir affiché sur sa boutique : « Viva Cristo-Rey ! » Car, face à la persécution, les Mexicains réagissent, pacifiquement : boycott des entreprises de l’État (la régie des tabacs, les chemins de fer voient leur activité baisser de 75 %, la banque nationale est victime du retrait de 7 millions de pesos en quelques semaines), et pétition de protestation qui reçoit 2 millions de signatures (dans un pays de 15 millions d’habitants)…
Mais les chrétiens ont beaucoup mieux que cela, ils ont la prière, et le pays est sillonné de processions pénitentielles gigantesques : 10 000, 15 000 fidèles, pieds nus, couronnés d’épines, qui implorent Dieu pour leur patrie. Cela, le pouvoir ne le supporte pas, ses mitrailleuses lourdes dispersent les processions, les premiers martyrs tombent en chantant.
Suspension du culte public
Le 24 juillet 1926, le cardinal Gaspari a adressé de Rome un télégramme à l’épiscopat mexicain : « Pas question d’accepter l’enregistrement des prêtres ».
Les évêques décident alors la suspension du culte public sur tout le territoire, pour le 31 juillet : tous les lieux de culte publics seront fermés, il n’y aura plus ni messes, ni sacrements dans tout le pays, hors des chapelles privées. Décision inouïe, inexplicable, si ce n’est par la volonté de pousser les Mexicains à la révolte, car être privé de sacrements était la seule chose qu’ils ne pouvaient supporter. Les derniers jours de juillet, le peuple assiège les églises, jour et nuit, on confesse sans relâche, on baptise, on marie…
Les gens commencèrent à venir mettre leur conscience en règle bien qu’il fût déjà temps de travailler aux champs ; chaque jour qui passait voyait grandir la presse au village de tous les paysans qui descendaient des hameaux voisins ; et dans toutes les poitrines on entendait l’angoisse, et sur tous les visages on voyait la pâleur et dans tous les yeux la tristesse. Dans la paroisse de Tlaltenango, il y avait trois prêtres, mais ils ne suffirent pas pour confesser tant de monde, ils n’avaient pas le temps ni le repos pour aller manger et passaient tout le jour, depuis l’aube jusque tard dans la nuit, assis dans les confessionnaux et il ne leur était pas possible de confesser tout le monde. […] Quel étonnement de voir qui vivait éloigné des sacrements s’approcher du confesseur pour recevoir le pardon de ses péchés. Et les autres qui vivaient en concubinage demander qu’on les unisse [19]. […]
Et puis arrive l’heure terrible…
Ce jour, il devait y avoir une messe à minuit et, dès la fin de l’exercice vespéral, l’église ne suffisait pas à contenir l’immense multitude des fidèles. Les uns derrière les autres, les gens allaient à genoux de l’entrée à l’autel ; personne ne voulait voir arriver ce moment si douloureux, mais Dieu allait permettre qu’il en fût ainsi. A 11 h. 30, les cloches appelèrent à la messe, non pas joyeusement mais de manière lugubre. L’adoration nocturne, les associations pieuses et les organisations sociales catholiques avec leurs groupes et leurs bannières étaient là comme tous les fidèles. A minuit se fit l’exposition du Saint-Sacrement et la sainte messe commença. Après l’Évangile, notre cher père Gonzàlez monta en chaire. A peine y fut-il monté que tout le peuple réuni aux pieds de Jésus-Hostie commença à pleurer. Les mots hachés que le père prononçait, pleins de douleur, étaient interrompus par les sanglots. Après la communion générale, à la fin de la sainte messe, nous fut donnée la bénédiction avec sa divine majesté. Finalement, le père, dépouillé de ses ornements, s’agenouilla aux pieds de l’autel, les yeux fixés sur l’image de Notre‑Seigneur des Miséricordes, en silence il prit congé de lui et sortit au milieu des fidèles. Christ et son ministre étaient partis [20].
Dès les premiers jours d’août, le peuple mexicain privé de ses prêtres (deux cents seulement sont restés avec leurs fidèles) et de ses évêques (il n’en reste qu’un sur trente-huit) s’oppose par la force aux inventaires des églises fermées et aux sacrilèges qui les accompagnent. Le cri de ralliement est celui du boutiquier de Mexico : « Vive le Christ‑Roi ! » Pour ne plus l’entendre, les soldats de Calles n’ont qu’une solution : couper la langue de ceux qu’ils vont tuer, de ceux qu’ils ont surnommé à cause de ce cri : les Cristeros. L’un d’eux a écrit avant de mourir : « Nous allons périr. Nous ne verrons pas la victoire, mais le Mexique a besoin de tout ce sang pour sa purification. […] Le Christ recevra l’hommage qui lui est dû. » Le sang coule… L’Irlande rompt ses relations diplomatiques avec le Mexique… aucun autre État ne l’imite.
Le 18 septembre 1926, Pie XI publie l’encyclique Iniquis afflictisque : « Comment retenir nos larmes en songeant à ces jeunes qui se sont portés d’eux-mêmes au-devant de la mort, le chapelet à la main, au cri de "Vive le Christ-Roi" ? Indicible spectacle donné au monde, aux anges et aux hommes ! »
En octobre, le Saint‑Père déclare : « Le sang des martyrs a toujours fait germer les bénédictions du ciel. » Comment ne pas comprendre qu’un an après Quas Primas, les Cristeros sont en train de signer de leur sang ce texte sur la royauté sociale de Notre‑Seigneur Jésus‑Christ ? La F\M\ l’a compris, dans sa revue américaine The New Age (sic) de décembre 1926, elle persiste et signe :
L’Église catholique a perverti les Mexicains depuis 400 ans. Le mérite de Calles est de les avoir délivrés de l’ignorance et de la superstition. C’est pour cette raison qu’il peut compter sur notre sympathie et sur l’appui de l’Amérique du Nord [21].
Le soulèvement
En janvier 1927, le Mexique catholique se soulève : 20 000 combattants (30 000 à la fin de l’année, 50 000 en 1929), peu d’armes (quelques fusils et carabines, mais surtout des haches, des machettes, parfois de simples bâtons), peu de chevaux, mais tout le peuple derrière eux qui leur offre son argent, ses vivres. Un paysan Cristero raconte son départ, dans les cantiques et les prières :
Nous étions 1 000, 5 000, plus ! Tout le monde est parti comme pour la moisson. […] Nous avions la très ferme intention de mourir, avec colère ou non, mais de mourir pour le Christ.
Des vieillards, des enfants, sans armes suivent la troupe, dans l’espoir du martyre. « Les parents de Nemesio et Isidro López ne voulaient pas les voir partir à la guerre, sous prétexte que leur chair irait nourrir les coyotes et les aigles ; mais eux répondaient : les coyotes peuvent bien manger notre chair, mais nos âmes s’envoleront tout droit au ciel [22]. »
Face à eux, cent colonnes mobiles, de mille hommes chacune, véritables colonnes infernales, équipées par les États‑Unis (automitrailleuses, artillerie tractée, avions de combat…). Les premiers chocs sont des carnages, un officier de Calles écrit : « Ce sont plus des pèlerins que des soldats, ce n’est pas une campagne, c’est une partie de chasse ! » Le président lui-même pronostique : « Tout sera fini avant deux mois. »
Mais, lorsqu’un pèlerinage s’arme, cela devient une croisade ! Les Cristeros s’équipent sur l’adversaire, profitant de sa lâcheté… ou de sa corruption. Les « fédéraux » sont plus des pillards, ivres de tequila et de marijuana, que des soldats dignes de ce nom. Le 15 mars 1927, ils sont vaincus à San Julian ; à Puerto Obristo, ils laissent 600 morts. En novembre, l’attaché militaire des États-Unis s’inquiète des succès des « fanatiques », dorénavant équipés à 40 % d’excellents Mauser récupérés sur l’ennemi. Comment est-ce possible ?
Le miracle
La Cristiade est une succession de miracles. Celui des hosties consacrées s’envolant dans le ciel sous les yeux du peloton qui s’apprêtait à les fusiller est connu, il entraîna la conversion de l’officier F\M\ qui le commandait et qui finira la guerre comme général Cristero. Mais il y en a beaucoup d’autres : Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité. Je n’en citerai que deux :
— Un général chrétien témoigna qu’il arriva avec 350 hommes, à jeun depuis deux jours, dans un hameau misérable : onze baraques de paille. Il se retira pour écrire son rapport. En sortant, il vit ses soldats mangeant de bon appétit et une vieille qui, les larmes aux yeux, répétait : « J’avais quelques galettes et pourtant il y en a eu pour tous, et ce qui reste dépasse ce que j’avais au début ! »
— Un espion Cristero parle avec des fédéraux :
Ce sont des sorciers et celui qui les commande, c’est un général très vaillant qui monte un cheval blanc et il est accompagné d’une femme. Quand nous leur tirons dessus, cela ne leur fait rien et, quand ils s’approchent, nous ne pouvons rien leur faire. Ils commandent à la brume pour qu’elle cache ces maudits Cristeros.
L’espion ajoute :
Il n’y a pas de cheval blanc, ni de femme dans notre armée. Nous croyons en vérité que saint Jacques et la très Sainte Vierge nous accompagnent, et si nous ne les voyons pas, c’est que nous ne le méritons pas.
Merveilleux Cristeros ! Alors que l’armée fédérale enregistre une moyenne de 30 000 désertions par an, ils ne connaissent pas un seul cas de trahison. Un cordonnier, devenu chef de secteur, est contacté par l’ennemi qui lui propose la vie sauve et le grade de colonel ; il répond : « Je ne lutte pas pour un grade. Je lutte pour l’Église et le Christ‑Roi. Sitôt la victoire acquise, je retournerai à mes souliers. » Il sera tué au combat en mars 1928.
Avec un acharnement satanique, les hommes de Calles tentent de faire apostasier leurs prisonniers… en vain.
Le père Reyes est torturé trois jours et deux nuits. Ce curé de Totolán, d’origine extrêmement pauvre (enfant, il était crieur de journaux) a décidé de rester à son poste. C’est assez pour déchaîner la haine des fédéraux qui le martyrisent par le feu. « Tu dis que Dieu descend dans tes mains, eh bien, qu’il descende te libérer des nôtres ! » lui répètent ses bourreaux qui l’achèvent à coups de revolver le soir du Mercredi saint. L’un d’entre eux témoignera : « Nous lui avions déjà logé trois ou quatre balles quand il se releva encore pour crier : “Vive le Christ-Roi !”… » Sabás Reyes Salazar a été canonisé le 21 mai 2000 [23].
Valencia Gallardo, chef cristero, est attaché au poteau de torture ; dans les supplices, il n’a qu’un cri : « Vive le Christ‑Roi ! » Ils lui arrachent la langue : il dégage alors une main de ses liens pour montrer le ciel ; ils la lui tranchent, puis lui font éclater le crâne à coups de crosse.
Admirables Cristeros : la Cristiade n’est pas une révolution contraire avec son lot d’exactions, c’est le contraire d’une révolution. Lisons l’ordre du jour d’un de ses généraux (tué au combat en 1927) :
Nous ne cherchons ni honneurs, ni places, ni argent, nous travaillons pour le Christ et c’est pour lui que nous lutterons jusqu’à la victoire ou la mort. Peu importe que nous succombions, il faut qu’il y ait des martyrs ; peu importe que nous mourions, il faut que le sang des chrétiens lave le Mexique de ses énormes taches. Conduisez-vous en dignes soldats du Christ.
Lisons aussi un exemple de règlement militaire :
Accords disciplinaires liant la division du Sud.
Les chefs de la division du Sud du Jalisco, Colima, Nayarit et Michocán occidental de l’Armée de Libération nationale ont pris les accords suivants :
1. Rendre un hommage officiel, public et solennel au Sacré‑Cœur de Jésus, Roi souverain de notre armée, et lui consacrer humblement et amoureusement tous les travaux et toutes les personnes de cette division ;
2. N’oublier sous aucun prétexte la prière quotidienne et collective du saint rosaire à la très sainte Vierge Marie de Guadalupe, respectant cette pratique au même titre qu’une disposition stricte de l’ordonnance militaire ;
3. Chaque fois que possible, faire en sorte que tous les chefs, officiers et soldats puissent remplir officiellement les préceptes de l’obligation dominicale, de la confession et de la communion ;
4. S’assurer de la protection divine lors des principaux combats, en faisant que l’armée et les catholiques se préparent par l’oraison humble et confiante, et en recommandant la pratique de l’acte de contrition parfaite [24].
Leur conscience du caractère surnaturel du combat ne fait pas négliger aux Cristeros les réalités temporelles. « Combattre et organiser ; combattre et moraliser » est une de leurs devises. Dans les territoires libérés, des « administrateurs » sont nommés, des écoles catholiques ouvertes (plus de 200), les péchés publics (ivresse, prostitution…) réprimés.
Tous résistent
Qui sont ces nouveaux croisés ? Ils sont le peuple. Comme l’écrit un fédéral : « Nous ne risquons pas de nous tromper [en les massacrant] : tous résistent. » A 95 %, ce sont des ruraux [25] : paysans, artisans, mineurs, mulatiers ou propriétaires terriens. Ainsi Luis Navarro Origel, licencié en philosophie, tertiaire franciscain : en 1926, il prend la tête des hommes du village dont il est maire. Il déclare : « Je vais tuer pour le Christ ceux qui tuent le Christ, et peut-être mourir pour lui qui en a tant besoin ; je vais offrir le sang de la rédemption. » Il tombe à la tête de sa troupe le 10 août 1928, à 30 ans.
Les citadins sont surtout des étudiants et des femmes engagées dans les Brigades Sainte-Jeanne d’Arc. Certaines de ces 25 000 héroïnes n’ont que quatorze ans. Elles sont agents de liaison ou de renseignement, infirmières, collectrices d’argent ou de munitions dans les arsenaux où elles se sont introduites comme ouvrières ! Malheur à celles qui tombent dans les griffes des soudards du régime… Mais elles non plus ne trahiront jamais.
Belle jeunesse du Mexique ! José Sanchez a 13 ans. Encerclé en février 1928 par les fédéraux, il cède son cheval à son chef de groupe blessé et couvre sa retraite. A cours de munitions, il est capturé : « Sachez bien, déclare-t-il, que je ne me rends pas. Je manque de cartouches, voilà tout. » Il est massacré. Dans sa poche, ce papier :
Ma petite Maman. Me voilà pris et ils vont me tuer. Je suis heureux. La seule chose qui m’inquiète est que tu vas pleurer. Ne pleure pas, nous nous retrouverons. José, mort pour le Christ-Roi.
Tomasino est membre du comité directeur de l’ACJM (Association Catholique des Jeunes Mexicains) et préfet de la congrégation de Marie. Arrêté, on lui promet la liberté s’il parle. « Vous auriez tort, vraiment : libre, je continuerais la lutte pour le Christ‑Roi. Le combat pour la liberté du culte n’est pas chez nous une matière à option. » En août 1927, il est pendu, à l’âge de 17 ans.
Manuel Bonilla, étudiant, tient son journal de marche :
Je sais bien que, pour les grandes choses, Dieu se sert des plus petits et que le remède ne vient pas d’où on l’attendait… Je fais confiance à la bonté de Dieu : tous ces sacrifices ne seront pas stériles.
Il est fusillé à 22 ans, le Vendredi saint de 1927, à trois heures de l’après-midi. En 1942, son corps sera retrouvé parfaitement intact.
Mystère d’iniquité
L’année 1928 fut terrible ; les colonnes infernales ont mission de déporter les populations rurales vers des « camps de concentration [26] » où règnent famine et épidémies. A la moindre résistance, les fédéraux massacrent. Récoltes et troupeaux sont saisis, les pâturages incendiés, les villages détruits par milliers. Malgré cette politique de la terre brûlée, les Cristeros tiennent bon, tels de nouveaux Maccabées.
En 1929, le gouvernement renonce à contrôler les campagnes, les trois quarts du Mexique habité sont aux mains des troupes du Christ-Roi, la victoire est à portée de main d’autant que les canailles de Mexico se déchirent et qu’aux États-Unis Hoover, qui n’est pas F\M\, est élu !
C’est alors qu’on apprend que les négociations secrètes entre le gouvernement mexicain et le Vatican ont débouché sur un accord. Le 21 juin, l’épiscopat mexicain (à l’exception d’un de ses membres, Mgr José de Jesus Manriquez y Zarate) signe le « règlement » du conflit avec le pouvoir, sur les bases « négociées » par un jésuite étasunien : le père Walsh. Que prévoit cet accord ?
— La fin immédiate des combats sans conditions.
— La reprise du culte public dès le lendemain (22 juin).
C’est tout. On revient à la situation de 1926, avec le maintien de toutes les lois anti-catholiques dont l’enregistrement des prêtres ! Au passage, les Cristeros sont traités de « fanatiques », dirigés par quelques prêtres de « troisième catégorie » (sic) ; leur révolte fut une erreur, une imprudence, voire une faute morale : ils doivent déposer les armes sous peine d’excommunication…
Jésus Degollado, général en chef des Cristeros, s’adresse à ses troupes, la voix brisée par la douleur :
Sa Sainteté le pape, par le biais de l’excellentissime nonce apostolique, a décidé, pour des raisons qui nous sont inconnues mais que, comme catholiques, nous acceptons, que le culte reprenne sans que la loi soit changée… Cet arrangement […] nous a arraché ce qu’il y a de plus noble, de plus saint sur notre drapeau, au moment où l’Église a déclaré se résigner à ce qu’elle a obtenu… En conséquence, la Garde nationale assume la responsabilité du conflit… En tant qu’hommes, nous avons une satisfaction que personne ne peut nous arracher : La Garde nationale ne disparaît pas vaincue par ses ennemis, mais abandonnée par ceux-là mêmes qui allaient recevoir, les premiers, les fruits de nos sacrifices et abnégations ! « Ave Christ ! Ceux qui pour toi vont à l’humiliation, à l’exil et, peut-être, à une mort non glorieuse, […] avec l’amour le plus fervent, te saluent et, une fois de plus, t’acclament comme roi de notre Patrie [27] ! »
Six mille Cristeros obéissent… et sont aussitôt massacrés. En trois ans de luttes, ils n’avaient perdu au combat que 5 000 hommes !
L’épiscopat mexicain décrète l’excommunication des prêtres Cristeros, mais ceux qui n’ont pas été tués pendant la guerre (180) ont déjà été martyrisés… Tout est fini.
Le nouveau président, l’avocat F\M\ Portes Gil jubile. Au banquet du solstice d’été, il avoue son étonnement devant cette capitulation sans conditions d’une armée victorieuse, et sa volonté de poursuivre la lutte : « La lutte ne commence pas aujourd’hui. La lutte est éternelle. La lutte a commencé il y a vingt siècles. » Certes, mais la nouveauté est que le Vatican ne se trouve pas dans le camp où il devrait se trouver : la F\M\ condamnée par tous les papes, du XVIIIe siècle (Clément XII, en 1738) à la fin du XIXe siècle (Léon XIII, en 1892, l’assimile au satanisme), est infiltrée au plus haut niveau de la hiérarchie : G. della Chiesa (futur Benoît XV) et A. Ratti (futur Pie XI) n’étaient-ils pas des « protégés » du cardinal Rampolla ? En 1926, Pie XI n’a-t-il pas condamné l’Action Française comme le souhaitait la secte ? En 1928, le père Vallet n’est-il pas expulsé d’Espagne et son œuvre supprimée par la hiérarchie qui préfère favoriser l’Opus Dei [28] ?
Lorsque, de 1934 à 1937, une nouvelle Cristiade éclate, Pie XI laisse l’épiscopat mexicain excommunier les Cristeros et attend que tous soient morts pour écrire :
Quand le pouvoir se dresse contre la justice et la vérité, […] on ne voit pas comment on pourrait condamner les citoyens qui s’unissent pour défendre la nation et se défendre eux-mêmes – y compris par les armes – contre ceux qui programment étatiquement leur malheur. [Lettre à l’épiscopat mexicain, 1937.]
La même année, dans Divini Redemptoris, il rend le communisme responsable des atrocités perpétrées contre les chrétiens du Mexique… mais ne cite pas la F\M\…
Une autre Vendée
En évoquant la Cristiade, on songe bien souvent à notre « Vendée » et les points communs sont nombreux :
— Le refus de l’assermentation des prêtres.
— La création par l’État d’une église schismatique.
— La persécution religieuse.
— L’indifférence d’une partie de l’épiscopat aux souffrances du troupeau [29] volontiers jugé « fanatique ».
— Le peuple des campagnes en armes, pauvre, ni équipé, ni préparé, ni discipliné, mais brave, joyeux, généreux même envers l’ennemi, profondément chrétien. Comme le montre cette lettre du colonel à son régiment :
Aimés en Christ,
Il ne s’agit pas de quelques flatteurs dont on pourrait se méfier, mais d’une opinion très répandue selon laquelle notre régiment serait le meilleur de tous ceux qui existent dans la région, du point de vue de la droite intention de ses chefs et de ses soldats, du point de vue du nombre, de l’ordre, et surtout de la solide piété qui pousse ses hommes à fréquenter sans honte les sacrements. Cela, les compagnons des autres régiments, eux-mêmes, en sont témoins, pour le bien ou pour le mal.
Eh bien ! je rends grâce à Notre‑Seigneur pour un événement aussi beau et je crois que vous aussi en faites autant et que vous aurez le désir véritable de continuer à brandir très haut le drapeau de votre peuple pour la gloire du Christ‑Roi, et que votre honneur saura effacer la tache noire que vos compatriotes ont jetée sur votre peuple.
Connaissant votre sincérité et connaissant la misère humaine, je vous mets en garde contre un danger qui vous vaincrait sans remède, celui de la vaine gloire, fille chérie de la superbe qui se manifeste chez nous sous le nom et sentiment de l’amour‑propre.
Loin de tomber en un si grand mal, mes aimés en Christ, souvenez‑vous fréquemment et en toutes vos actions que tout ce qu’il y a de bon en vous appartient à Dieu seul et que tout ce qu’il y a de mal dans votre régiment est à vous ; à Dieu toute la gloire, tout le bon, tout le triomphe, puisque vous êtes de vils instruments.
Montrez-vous donc toujours fidèles et soumis à votre roi Jésus‑Christ Notre‑Seigneur. N’oubliez jamais le rosaire, recommandez-vous toujours à Notre‑Seigneur matin et soir. Aimez vos soldats comme vos fils et soyez des pères pour les plus nécessiteux. Traitez tout le monde avec charité, mais que la justice ne souffre jamais. Ne parlez jamais bien de vous, sauf s’il y a juste raison et alors faites-le avec modestie. Ne dénigrez pas les compagnons des autres régiments et ne critiquez pas leurs fautes. Restez droits d’intention. Vivez unis. Que ne vous monte jamais à la tête votre rang de colonel, de major, de capitaine, etc. Souvenez-vous de la mort et du jugement rigoureux que vous souffrirez selon vos œuvres, gardez le Christ toujours présent et imitez-le en tout. Soyez les fils fidèles de Marie votre bonne Mère, la très sainte de Guadalupe. Ne mésusez pas du peu dont vous pouvez disposer, car vos familles sont dans la misère et souvenez-vous de celles des autres. C’est ce que je demande toujours à Notre‑Seigneur pour vous, et encore bien d’autres choses que je ne dis pas pour ne pas allonger une lettre qui est devenue un journal. Veuille sa divine majesté entendre nos pauvres supplications [30].
— Le rôle des femmes : épouses qui encouragent leur mari (et au besoin le renvoient au combat à coups de bâton) et mères qui ont compris que le martyre est le couronnement d’une éducation vraiment chrétienne. Doña Guadalupe, mère de Luis Navarro Origel, dira : « J’ai offert la vie de mes quatre garçons au Christ ; mais le Seigneur est resté un peu court : il n’en a pris que deux ! »
— La dimension apocalyptique du conflit dont les deux camps sont conscients : à l’admirable ferveur religieuse des uns répond la frénésie satanique de sacrilège et de destruction spirituelle des autres (¡ Viva el Demonio ! est le cri de ralliement des fédéraux).
— La trahison finale des troupes catholiques… par les autorités religieuses.
Ces ressemblances ne doivent pas cependant masquer une différence essentielle : l’unique motif de la Cristiade est religieux, la défense de la foi n’y est mêlée à aucune autre cause politique, sociale, économique ou particulière (comme le refus de la conscription).
L’armée les fit prisonniers et le général commandant la place d’Arandas leur demandait pour qui ils avaient pris les armes pour faire tant de désordre. Ils répondirent que ce n’était pas pour les désordres qu’ils avaient pris les armes, mais pour défendre le Christ‑Roi qui n’était plus sur ses autels. Ils ont été fusillés aussitôt [31].
Cela explique la remarquable homogénéité du mouvement contre-révolutionnaire mexicain, sa pureté et son efficacité, il y a ici une leçon à méditer…
Le royaume de
Notre-Dame de Guadalupe
Plus de 70 ans après l’épopée, que reste-t-il des Cristeros ? Jusqu’en juillet 2000, le Mexique a vécu sous le joug du P.R.I. (Parti Révolutionnaire Institutionnel) fondé par Calles. Malgré le soutien de MM. Clinton et Gore, il a été vaincu aux élections, victime des scandales et des divisions entre obédiences maçonniques. Depuis le début des années 90, les relations étaient officiellement au beau fixe entre le pouvoir et l’épiscopat : la « tribune du gouvernement » domine (!) le chœur de la nouvelle basilique (style « Evry ») de Notre‑Dame de Guadalupe et, en 1995, son recteur, l’abbé Shulembrum [32], a publiquement déclaré fausses les apparitions de 1531 ! Le « miracle » mexicain est que ce scandale a amené des millions (on les estime à une dizaine) de pèlerins à venir de tout le pays, souvent à pieds, parfois à genoux, en réparation… Il faut rappeler brièvement les faits dont la surnaturalité a été reconnue par Benoît XIV en 1754, qui déclara : « Dieu n’a rien fait de tel pour aucune autre nation. »
Le samedi 9 décembre 1531, Juan Diego, paysan indien de 57 ans, récemment converti, se rend au catéchisme des franciscains. Au pied de la colline de Tepeyac, une jeune fille d’une beauté merveilleuse lui apparaît dans une nuée de lumière : « Je suis la toujours Vierge Marie, Mère du vrai Dieu et mère de tous ceux qui se tournent vers moi avec confiance. » Elle lui demande d’aller trouver l’évêque et de faire construire une église. L’indien est éconduit. Le soir même, une nouvelle apparition réitère la demande. Le 10 décembre, l’évêque, troublé, demande un « signe ». Le 12, nouvelle apparition : « Monte sur la colline et cueille des fleurs. » Rien ne pousse là-haut, surtout en décembre ! Mais Juan Diego obéit et emplit son manteau… de roses de Castille. Tout heureux, il court à l’évêché, ouvre son manteau plein de fleurs devant l’évêque et découvre en-dessous le portrait de la Vierge, le seul portrait de Notre‑Dame qui n’ait pas été fait de main humaine ! Au même moment, la sainte Vierge apparaît à l’oncle du voyant, mourant, le guérit et lui indique le nom sous lequel elle veut être honorée « Texacoatlaxopeuh » c’est-à-dire « celle qui écrase le serpent ». Les Espagnols entendront « Tequatlasupe » et feront le rapprochement avec Notre‑Dame de Guadalupe en Estrémadure (apparition de 1323). On devine quelle vénération les Mexicains portent à cette image miraculeuse, qui, comme le saint Suaire, révèle ses merveilles progressivement aux savants de chaque époque. Citons les principaux éléments inexplicables :
— Le tissu du manteau (fibres d’agave) aurait dû se décomposer en vingt ans : quatre cent soixante-neuf ans après l’apparition, il est en parfait état.
— L’envers du manteau est rêche (ce qui est normal) alors que le côté de l’image est doux comme de la soie.
— Les couleurs sont aussi fraîches qu’au premier jour malgré la lumière, les cierges, les manipulations, les attentats (jet d’acide chlorhydrique, explosion de 1921…), etc.
— Les couleurs sont d’origine inconnue. (Conclusion du Dr Kuhn, prix Nobel de Chimie).
— Ce n’est pas une peinture. La NASA déclare l’image « incompréhensible » en 1979.
— Enfin la digitalisation des images permet de « lire » dans les yeux de Notre‑Dame de Guadalupe et d’y découvrir la scène du 12 décembre 1531 : l’évêque, l’indien, une servante et des franciscains qui se trouvaient là lorsque Juan Diego ouvrit son manteau ! On comprend la dévotion des chrétiens d’Amérique latine pour Notre‑Dame de Guadalupe, « Reine du Mexique, Impératrice des Amériques ».
Une armée de martyrs
En 1988, Miguel Pro (jésuite) a été le premier Cristero béatifié. Né en 1891, il dut se réfugier en France pour poursuivre ses études. Il fut ordonné à Amiens en 1925. Rentré clandestinement au Mexique en juillet 1926, il fut fusillé le 23 novembre 1927 avec son frère, lui aussi Cristero, en criant : « Vive le Christ‑Roi ! ».
En la fête du Christ‑Roi 1992 [33], Jean‑Paul II a béatifié vingt-six autres Cristeros (dont 22 prêtres). Citons : Salvador Lara Puente, employé, tué en 1926, à 21 ans ; Atilano Cruz Alvadaro, ordonné le 14 septembre 1927 et tué le 1er juillet 1928 ; ou encore Manuel Morales, né en 1898, syndicaliste catholique, marié et père de 3 jeunes enfants, qui dit avant son supplice : « Je meurs mais Dieu ne meurt pas, il aura soin de ma femme et de mes enfants. » « Dios no muere »… Les derniers mots de Garcia Moreno, président de l’Équateur, assassiné par les F\M\ en 1875…
En octobre 1997, Matteo Elias Del Socorro Nieves est à son tour béatifié. Fils de paysans pauvres, le jeune Matteo ressent très jeune l’appel de Dieu, mais, son père ayant été assassiné, il doit faire vivre sa mère et ses frères : ce n’est qu’à 34 ans qu’il devient prêtre. Curé d’un village des montagnes du Culiacan, il refuse de se réfugier en ville et entre dans la clandestinité. Il passera 14 mois dans une grotte dont il ne sortait que la nuit pour exercer son sacerdoce. Il fut fusillé, à 46 ans, en criant : « Vive le Christ‑Roi ! »
Le 21 mai 2000, le pape a canonisé 27 Mexicains dont 23 de l’époque de la Cristiade (20 prêtres et 3 laïcs). La presse n’a révélé que le nom de l’abbé Cristobal Magallanes, curé de Totatiche, martyrisé en 1927. La Documentation Catholique n’a pas jugé bon de publier le texte de cette cérémonie ; 20 000 Mexicains étaient pourtant place Saint‑Pierre, car leur pays ne comptait jusqu’alors qu’un seul saint canonisé (saint Philippe de Jésus, martyr du Japon), et le souvenir de la Cristiade y demeure vif.
Cinq des canonisés ont été martyrisés en haine de la foi alors qu’ils n’avaient pas participé à la résistance : – Cristóbal Magallanes Jara (1869-1927), curé ; – Luis Batis Sáinz (1870-1926), curé ; – Augustín Caloca Cortés (1898-1927), Préfet de séminaire ; – Mateo Correa Magallanes (1866-1927), curé ; – Margarito Flores García (1900-1927), vicaire [34].
Les quinze autres prêtres canonisés étaient entrés, eux, dans la clandestinité, menant une vie digne de nos « réfractaires » :
– Román Adame Rosales (1859-1927), curé. Le doyen des vingt-trois martyrs (68 ans). Un des soldats du peloton d’exécution refusa d’obéir et fut fusillé avec le prêtre. Le cœur du saint a été retrouvé pétrifié avec son chapelet incrusté à l’intérieur.
– Rodrigo Aguilar Alemán (1875-1928), curé. Il avait demandé la grâce du martyre peu après son ordination (1905). Il bénit la corde avec laquelle il allait être cruellement martyrisé, les bourreaux interrompant in extremis l’asphyxie à plusieurs reprises ; il eut toujours la force de crier : « Vive le Christ-Roi et sainte Marie de Guadalupe ! »
– Julio Alvarez Mendoza (1866-1927), curé.
– Atilano Cruz Alvarado (1901-1927), vicaire ; déjà cité.
– Miguel de la Mora de la Mora (? -1927), chapelain de la cathédrale de Colima. Il écrivit : « Non, nous ne sommes pas des rebelles, mais simplement des prêtres opprimés qui ne veulent pas être apostats. »
– Pedro Esqueda Ramírez (1887-1927), curé. A l’issue d’une séance de torture, un fédéral lui lança : « Tu dois bien regretter maintenant d’être curé ! » Et le prêtre lui répondit avec douceur : « Non, pas un instant. Et je ne suis plus très loin du ciel. »
– José Isabel Flores Varela (1866-1927), curé. Un des soldats qui devaient le tuer – et qu’il avait baptisé – préféra mourir avec lui que de « se salir ainsi les mains ». Après diverses tortures, le vieux prêtre fut tué à la machette.
– Jesús Méndez Montoya (1880-1928), curé.
– Justino Orona Madrigal (1877-1928) curé.
– Sabás Reyes Salazar (1883-192?), curé ; déjà cité.
– José Mariá Robles Hurtado (1888-1927), curé. Surnommé « Le fou du Sacré-Cœur » auquel il avait consacré sa paroisse. Fondateur de l’institut des religieuses Victimes du Cœur eucharistique de Jésus. Il fut martyrisé le 25 juin.
– Toribio Romo González (1900-1928), curé. Ordonné prêtre à 21 ans par dispense du Saint-Siège, il s’offre en victime « pour la paix de l’Église ».
– Jenaro Sánchez Delgadillo (1886-1927), curé.
– Tranquilino Ubiarco Robles (1899-1928), curé.
– David Uribe Velasco (? -1927), curé.
Enfin, trois laïcs ont été admis dans la sainte cohorte :
– Manuel Morales (1898-1926), boulanger ; déjà cit é.
– Salvador Lara Puente (1905-1926), employé ; déjà cité.
– David Roldán Lara (1907-1926), employé ; cousin germain du précédent et benjamin des saints du Mexique (19 ans).
*
Admirables bienheureux et saints Cristeros, connus ou non, priez pour le Mexique [35] ! Priez pour nous, lumineux exemples d’humilité, qui, sans amertume ni révolte, avez accepté l’épreuve terrible des persécutions en esprit de pénitence, d’expiation pour vos péchés et ceux du Mexique. Obtenez-nous de Dieu votre foi inébranlable alors qu’aujourd’hui, plus que jamais, la bête maçonnique, qui ignore la repentance, se dresse contre Dieu avec fureur.
« La grande puissance de nos ennemis – écrivait le bienheureux Miguel Pro – repose sur l’argent, les armes, le mensonge ; elle s’effondrera bientôt comme la statue que Daniel vit s’écrouler sous le choc d’une petite pierre tombant du ciel. »
Le bienheureux Padre Miguel PRO S.J. (13 janvier 1891 – 23 novembre 1927) face au peloton d’exécution |
[1] — Corti Eugenio, La Responsabilité de la culture occidentale dans les grands massacres du XXe siècle, Atlantide – Europe nº 2 – L’Age d’Homme, Lausanne, 1998. Par « culture occidentale », l’auteur entend les « Lumières ».
[2] — Titre français du livre de Gustave Corção, O Seculo do nada.
[3] — Madiran Jean. Préface au Siècle de l’Enfer, Éd. Sainte-Madeleine, 1995, p. 5.
[4] — Maximilien, devenu franc-maçon dès 1864, s’empressa de tolérer protestantisme et judaïsme dans son empire. Cela ne lui épargna ni la trahison du F\ Bazaine, ni la mort, malgré sa supplique au F\ Juarez. Voir A. Sanders, « La Preuve par le Mexique », article de Présent, 20-21 juillet 2000.
[5] — Le saladier : image utilisée par les géographes pour montrer que les différents « ingrédients » de la population se juxtaposent sans se fondre. Il faudrait étudier la responsabilité de l’hérésie protestante dans cet état de fait.
[6] — Santa Anna, Alvarez, Ampondia… Voir A. Sanders, art. cité, 19 juillet 2000.
[7] — A. Sanders (art. cité, 22 juillet 2000) cite les maîtres de l’économie mexicaine en 1914 : Rockefeller (caoutchouc), Goblentz (textile), Guggenheim (mines), Hearst (alias Hirsch) qui disposait de 3 millions d’hectares et la banque Kuhn-Loeb qui financera Lénine.
[8] — A partir de 1529, les franciscains ouvrent huit collèges pour les jeunes Indiennes et de grandes écoles techniques. Financés par le roi d’Espagne, ils ouvrent en 1536, pour les seuls Indiens, le collège supérieur de Sainte-Croix à Mexico (latin, rhétorique, philosophie, musique, médecine). En 1551, l’université de Mexico est fondée, ouverte aux Indiens comme aux Espagnols. Voir La Vraie controverse de Valladolid par Jean Dumont, Paris, Critérion, 1995, p. 130-131.
[9] — Cardenas, président du Mexique de 1934 à 1940, a prénommé son fils Cuauhtemoc, du nom du dernier empereur aztèque. Politicien, comme son père, il est surnommé le « sphinx aztèque » par les médias de gauche.
[10] — Les sacrifices humains étaient quasi quotidiens, on estime à 20 000 par an en moyenne (plus de 50 par jour !) le nombre des innocents auxquels on arrachait le cœur, encore palpitant, avant d’être dépecés et mangés. L’inauguration du temple de Mexico donna lieu au massacre de 20 000 victimes en 4 jours (certaines sources parlent de 800 000). Voir Savoir et Servir 60, « Croisades, Inquisition… Faut-il demander pardon ? » p. 73-74.
[11] — A. Sanders, art. cit., 21 et 22 juillet 2000.
[12] — Id, ibid.
[13] — A. Sanders, art. cité, 26 juillet 2000.
[14] — Id, ibid.
[15] — A. Sanders, cite l’entourage de Calles : Aaron Saenz, ministre des Affaires étrangères, Moïse Saenz, vice-ministre de l’Éducation, le conseiller étasunien Habermann (agent de la GPU soviétique), Hirschfeld maître de la Grande Loge mexicaine (art. cité, 27 juillet 2000).
[16] — D’après M. Reboul (Monde et Vie, 19 octobre 2000). Quinze prêtres et un évêque « patriotiques » chinois visitèrent en 1994 des séminaires et des paroisses en France et en Belgique, ils y concélébrèrent avec des prêtres et même des évêques du lieu sans soulever la moindre protestation (p. 14). Le cardinal Etchegarray aurait lui aussi concélébré avec des fonctionnaires-prêtres de l’Église patriotique en octobre dernier au sanctuaire marial de Sheshan (Libre journal, 27 octobre 2000).
[17] — Sanders, art. cit, 27 juillet 2000.
[18] — La Tribuna, 12 juillet 1926, cité par F.M. Algoud, « 1600 jeunes saints, jeunes témoins », 1994.
[19] — Meyer J., Apocalypse et Révolution au Mexique. La Guerre des Cristeros (1926-1929). Archives Gallimard-Julliard nº 56, 1974, p. 54-55.
[20] — Id, ibid.
[21] — A. Sanders, art. cit. , 28 juillet 2000.
[22] — Meyer J., ibid., p. 175.
[23] — Les renseignements biographiques sur les saints mexicains proviennent du site internet : http://www.sanctus.com/Paginas/SanctosMexicanos.html.
[24] — Meyer J., ibid., p. 172.
[25] — La plupart des vingt prêtres martyrs de l’époque (canonisés en 2000) sont d’origine rurale, la moitié au moins d’origine très humble (bergers comme saint Atilano Cruz Alvarado, crieurs de journaux comme saint Sabas Reyes…).
[26] — L’Histoire nº 86, février 1986, « Les Cristeros » par J. Meyer.
[27] — A. Sanders, art. cit., 29 juillet 2000.
[28] — Dehan N., dans Le Sel de la terre 11 (1994-1995), p. 126.
[29] — La lettre de Mgr de Mercy, évêque de Luçon, réfugié en Italie, mérite d’être citée. Le 1er juin 1793, il écrit : « J’ai espéré longtemps que je pourrais sauver le mobilier que j’ai laissé […] à Luçon. Cela devait être, […] mais les troubles de la Vendée ont nui à ma cause, quoique je n’y sois pour rien. » Citée par X. Martin. Sur les Droits de l’homme et la Vendée, DMM, 1995, p. 75 (note 269). Absent de son diocèse depuis 1789, il ne rentrera d’exil qu’en 1802 et sera nommé archevêque de Bourges. Auguste Billaud, dans La Petite Église dans la Vendée et les Deux-Sèvres (Paris, NEL, 1982), montre son action pour faire adhérer la clergé luçonnais au Concordat (p. 60).
[30] — Meyer J., Apocalypse et Révolution au Mexique, p. 173-174.
[31] — Meyer J. ibid., p. 175.
[32] — Il fut révoqué. Voir le quotidien madrilène ABC, 14 décembre 1996.
[33] — Le jeudi 22 octobre 1992 était en effet proche du dimanche du Christ-Roi (25 octobre) selon le calendrier traditionnel (car, dans le nouveau rite, c’était le 30e « dimanche ordinaire » – le nouveau calendrier a déplacé la fête du Christ-Roi au dimanche « de la fin des temps » qui clôt le cycle liturgique, comme si l’on voulait dire que que la royauté du Christ est purement « eschatologique ». (NDLR.)
[34] — Le premier avait même condamné le mouvement cristero dans la mesure où il recourait à la force ; il offrit sa vie « pour la paix ».
On peut se demander pourquoi a-t-on précisément choisi celui-là pour être mis à la tête de la liste des martyrs cristeros ? (NDLR.)
[35] — Est-ce leur intercession ? Le 1er octobre dernier, l’avortement, qui était toléré au Mexique dans les cas de viols, a été interdit. La loi précise : « En tant que législateur, nous devons considérer non seulement le dommage et la peine de la mère qui a été violée, mais le plus grand mal que représente la mort d’un mineur innocent » (Faits et Documents, 15 novembre 2000).

