+ Note sur le magistère ordinaire et universel
Arnaud de Lassus a publié en octobre 1999 une Note sur le magistère ordinaire et universel de l’Église en supplément au nº 145 de l’AFS.
L’auteur défend la thèse selon laquelle le magistère ordinaire universel ne serait infaillible que s’il est universel dans l’espace et dans le temps (enseignement du magistère sur toute la terre et à toutes les époques). L’universalité dans l’espace ne suffirait pas.
Nos lecteurs ont déjà pu trouver des informations sur ce sujet dans les nº 26 (page 46 sq.), 34 (page 47 sq.) et 35 (page 45 sq.). Ces textes montrent que l’étude de M. de Lassus est insuffisante pour trancher la question.
Par exemple, dans les études qu’il cite contre sa thèse, il omet de citer les schémas préparatoires aux deux conciles du Vatican. Ces deux schémas parlent de l’universalité du magistère ordinaire et universel comme d’une universalité dans l’espace et non dans le temps. Or ces schémas donnent l’opinion commune et traditionnelle des théologiens à ce moment, et sont donc importants.
Par ailleurs, l’étude de M. de Lassus, comme beaucoup d’études sur le sujet, mélange deux questions différentes : l’enseignement des évêques (ce qui est proprement le magistère) et l’enseignement des théologiens. Or le schéma du cardinal Ottaviani pour Vatican II distinguait bien les deux : tandis qu’il ne réclamait pas la durée dans le temps pour l’infaillibilité du magistère ordinaire universel, il le réclamait pour l’enseignement des théologiens (voir Le Sel de la terre 34, pages 47-48 et 51).
On peut encore remarquer que, si à une époque donnée tous les évêques enseignent la même doctrine (comme étant de foi, ou connexe à la foi), on voit mal comment cet enseignement pourrait être erroné sans que l’Église cesse d’être la « colonne de vérité [1] ». En effet toute l’Église enseignante serait alors dans l’erreur.
Et si cet enseignement était reçu paisiblement par les fidèles, il y aurait certainement infaillibilité, du fait de l’infaillibilité de l’Église « in credendo [2] ».
Si l’on examine maintenant les autorités que M. de Lassus apportent en faveur de sa thèse (il faut l’universalité dans l’espace et le temps pour l’infaillibilité du magistère ordinaire universel), on est un peu déçu. Par exemple il cite l’abbé Luc Lefebvre, l’abbé Dulac, le Père Calmel en disant : « Nous n’avons pas retrouvé de textes de ces théologiens traitant du magistère ordinaire universel. » Donc inutile de les citer ! Il cite Dublanchy, mais quand on lit la citation on voit qu’elle serait plutôt à mettre dans les partisans de l’université dans l’espace uniquement (pour ce qu’il appelle l’enseignement exprès du magistère ordinaire universel). Quant au cardinal Billot et à Mgr Lefebvre, ils parlent de l’enseignement des théologiens et non pas du magistère ordinaire universel au sens propre.
La thèse défendue par M. de Lassus est apparue lorqu’on a cherché à résoudre la difficulté soulevée par les erreurs conciliaires enseignées par la quasi totalité des évêques. Les partisans de cette thèse disent que l’enseignement actuel de l’Église conciliaire ne serait pas garanti par l’infaillibilité du magistère ordinaire universel parce que ce serait un enseignement universel dans l’espace mais non dans le temps.
Plutôt que de s’appuyer sur cette thèse qui ne paraît pas suffisamment fondée, il est plus simple de répondre que les erreurs actuelles ne sont pas enseignées comme devant être crue de foi ou comme étant liées nécessairement à la foi (voir l’article sur « L’autorité du concile » dans Le Sel de la terre 35, notamment pages 50-52).
On peut ajouter que la réaction de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer (et maintenant des cinq évêques de la Tradition), peu importante numériquement, est suffisamment connue dans le monde entier pour qu’il n’y ait pas consentement universel du magistère.
On peut encore remarquer que le magistère conciliaire, dans ses enseignements erronés, ne puise pas sa matière dans le dépôt révélé. Il s’agit de faire rentrer dans l’Église des « valeurs qui sont nées hors d’elle [3] », de recevoir les « revendications fondamentales [4] » du libéralisme catholique, bref de « réconcilier l’Église avec le monde tel qu’il était devenu depuis 1789 [5] », c’est-à-dire, en définitive, de faire accepter par les catholiques les idées des francs-maçons.
Mais la mission du magistère n’est pas d’assimiler les valeurs du monde, elle est de transmettre le dépôt révélé.
Car le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître, sous sa Révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance, ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi (FC 481).
Par conséquent, avant même de manquer d’universalité, on peut dire que le magistère conciliaire, dans ses enseignements erronés, n’est pas même un magistère, puisqu’il ne puise pas sa matière dans la Révélation [6].
Fr. P.-M.
Arnaud de Lassus, Note sur le magistère ordinaire et universel de l’Église, octobre 1999, supplément au nº 145 de l’AFS (31 rue Rennequin, 75017 Paris).
[1] — 1 Tm 3, 15. Voir Le Sel de la terre nº 23, p. 52, et nº 26, p. 46.
[2] — « En croyant ». L’Église est infaillible non seulement lorsque son magistère enseigne par des jugements solennels ou par le magistère ordinaire universel, mais encore elle est infaillible quand, tout entière, elle reçoit une doctrine comme étant de foi.
[3] — Cardinal Ratzinger. Voir Le Sel de la terre nº 35, p. 56.
[4] — Marcel Prélot, sénateur du Doubs. Voir Le Sel de la terre nº 35, p. 58.
[5] — Cardinal Ratzinger, Les Principes de la théologie catholique, Paris, Téqui, 1985, p. 426-427 : « Gaudium et Spes est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-syllabus. […] Ce texte joue le rôle d’un contre-syllabus dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l’Église avec le monde tel qu’il était devenu depuis 1789. »
[6] — Voir Le Sel de la terre nº 35, p. 56 et sq.

