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J’ai tué mes sept enfants

 

 

Tragique témoignage que celui de cette femme anonyme qui commença par avoir une fille et avorta ensuite sept fois, refu­sant d’avoir de nouveaux enfants. Son témoignage est précédé d’une préface du Dr Dor qui a le souci d’actualiser :

 

L’avortement a toujours existé mais il est maintenant idéologique. L’acci­dent est devenu un système. Orchestré, financé, à la fois banalisé, caché, étalé et exalté, présenté non plus comme un meurtre mais comme une liberté ou/et une dignité, ou une affaire de la conscience seule, l’avortement est de­venu une institution. 

 

Où l’on voit le chemin parcouru depuis l’entre-deux guerres, époque où la mal­heureuse femme commet ses crimes, et notre époque. Ce que cette femme fit était en effet passible de prison, alors qu’au­jourd’hui c’est l’opposition à l’avortement qui constitue un délit. « Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumières et la lumière en ténèbres » (Is 5, 20).

Le père Domenico Mondrone S.J., est appelé un jour au chevet d’une mourante. Il lui adminsitre les derniers sacrements et reçoit d’elle un manuscrit avec mission de le publier dix ans après son trépas. Son histoire pourra être lue avec intérêt par les femmes qui pourraient être tentées de commettre le crime d’avortement, mais plus encore par celles qui ont eu le mal­heur de tomber. Même si l’on s’efforce par tous les moyens de banaliser la chose, toutes ces femmes, tôt ou tard, s’il leur reste une conscience, souffriront de grandes peines intérieures, et au péché d’homicide, elles risquent d’ajouter un péché plus grave encore de désespoir. Et c’est là que se situe l’intérêt principal de ce témoignage. Jusqu’à son dernier souffle, cette « mère manquée » livrera une lutte contre l’enfer pour ne pas som­brer dans le désespoir qui conduit à la damnation. Elle trouve pour la soutenir deux prêtres qui se font, l’un après l’autre, les instruments de la divine misé­ricorde (les prêtres tireront eux-mêmes profit de cette lecture, à n’en pas douter). L’un d’entre eux explique : « Mettez sur l’un des plateaux d’une balance toutes vos fautes passées, et sur l’autre plateau le seul péché de désespoir dans lequel vous êtes tentée de tomber : Dieu sera plus offensé par ce seul péché, qui blesse son cœur, que par tous les autres. » Et Don Enzo Boninsegna de commenter dans sa présentation de l’ouvrage : « Cette Église qui, au nom du Christ, ne peut être qu’intransigeante dans la condamnation de l’horrible crime de l’avortement, sait aussi être pleine de mi­séricorde et offrir au pécheur le pardon du Seigneur et la possibilité de recom­mencer à vivre, à croire, à espérer et à ai­mer. Seule l’Église sait faire cela. Le monde commence par pousser l’homme au péché, en brouillant sa conscience et en paralysant sa volonté, puis le laisse seul avec ses remords et ses tourments de conscience. Le monde est indifférent et incapable de régénérer l’espoir chez celui qui fait fausse route. »

A noter aussi que la conscience de la criminelle s’est réveillée quand elle a re­commencé à prier, de même qu’elle s’était endormie à la lecture de magazines mon­dains et à force de fréquenter une amie perverse. Une fois de plus se vérifie l’adage de saint Alphonse de Liguori : « Qui prie se sauve certainement, qui ne prie pas se damne certainement. »

Un des trois textes annexes fait parler Hérode. Le massacre des saints Innocents lui paraît à juste titre insignifiant comparé à ce que nous faisons à notre époque. « O Bethléem tu n’es qu’une histoire insigni­fiante ! Là au moins les mères défendaient la vie de leurs enfants, même si c’était en vain ! » Il fait ressortir ensuite l’odieux paradoxe de ces femmes modernes qui, après avoir déclaré devant une commis­sion médicale que leurs enfants mena­çaient leur liberté et demandé qu’ils soient condamnés à mort, se penchent pleines d’émotion sur une fleur, écoutent le chant des oiseaux et, avec l’amour volé à leurs enfants, caressent leurs chats et leurs chiens. Certes, ces femmes sont souvent victimes de la propagande et des pressions de toutes sortes, mais la réalité du crime demeure, avec ses conséquences dramatiques pour les individus comme pour la société.

En définitive, ce petit livre est sans le vouloir une véritable prédication des fins dernières : la mort, le jugement, l’enfer, le ciel… A la page 49, il faut cependant no­ter la réponse curieuse d’un confesseur à cette femme anxieuse du sort éternel de ses enfants avortés : « Ma fille, les théolo­giens nous enseignent ce que le Seigneur a révélé sur les voies ordinaires du salut. Mais il ne nous a pas révélé quelles peu­vent être ses voies extraordinaires. » D’après le contexte, on comprend que cette réponse sibylline laisse planer un espoir quant à la possible vision béati­fique de ces enfants morts sans baptême. C’est une erreur théologique : la doctrine commune enseigne que les enfants non baptisés ne peuvent jouir de la vision béatifique, mais vont dans les limbes. Plu­tôt qu’une fausse promesse, le confesseur aurait pu consoler cette femme en lui ci­tant la Somme de saint Thomas : « Bien que ces enfants non baptisés soient sépa­rés de Dieu quant à l’union dans la gloire, cependant ils ne sont pas totalement sé­parés de lui, et même ils lui sont unis par une participation des biens naturels : ainsi pourront-ils jouir de lui par une connaissance et un amour naturels » (Supplément, q. 70 bis, a. 2, ad 5).

Cette réserve étant faite, ce petit livre constitue bien « une arme de plus dans la panoplie des courageux adversaires de l’avortement. »

 

Fr. Th.

 

 

D’après le témoignage du P. Domenico Mondrone S.J., Maman, pourquoi nous as-tu tués ? Versailles, Publications du Courrier de Rome, 2000, 64 p., 25 F.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 37

p. 265-266

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