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Catéchisme de la médiation universelle de Notre-Dame

(X)

 

 

 

par Filius Ancillæ

 

 

 

On trouvera les huit premiers articles de cette étude dans les numéros 20, 22, 24, 26, 27, 29, 31 34 et 37.

Le Sel de la terre.

 

 

Article  4 : le témoignage de

la Tradition ecclésiastique

 

« Il suffit, pour fonder notre argumentation, que nous ayons la Tradition des Pères, parvenue jusqu’à nous comme une sorte d’héritage qui nous a été transmis par les saints successeurs et héritiers des apôtres. »

Saint Grégoire de Nysse [1].

 

*

  

 

— 50e question : Avant d’étudier en détail les arguments en faveur de la médiation universelle de Marie dans la Tradition [2], peut-on dresser un tableau chronologique qui fasse ressortir les différentes étapes qui ont jalonné l’histoire de ce point de doctrine ?

 

Réponse : Oui, d’autant plus que cette vue synthétique permettra de consta­ter d’emblée qu’il y a eu un véritable progrès dogmatique au cours des siècles, homogène et continu. On remarquera aussi comment ce privilège a été prêché d’abord par l’Église d’Orient, puis repris par les Latins, qui l’ont seuls maintenu après le schisme byzantin. Enfin, on notera que l’opposition au titre de « médiatrice de toutes grâces » s’est manifestée tardivement (à partir de la « Réforme »), et que le coup d’État de cette opposition, lors du concile Vatican II, fut aussi subit qu’imprévu ; et, nous l’espérons, éphémère… Pour rendre la lec­ture de cet aperçu chronologique plus simple, nous nous sommes contentés de sélectionner les faits les plus marquants, sans les surcharger de notes.

 

I. — Période patristique (IIe-VIIIe siècles)

 

Durant ces premiers siècles de l’Église, l’évangélisation s’attache d’abord à la personne de Notre‑Seigneur Jésus‑Christ, reléguant celle de la très sainte Vierge en arrière-plan. Cependant, on notera qu’au IIIe-IVe siècles, les hé­rétiques collydiriens attribuaient tant à la Mère de Dieu, qu’ils l’honoraient comme une déesse.

Le terme de médiatrice se vulgarise après le concile d’Éphèse (431), non seulement par rapport à l’incarnation, source de toutes les grâces, mais aussi sous l’angle de l’intercession, que les saints pères étendent à tous les besoins. Cette doctrine se concentre surtout en Orient.

 

— En 185 : Dans son Adversus hæreses, saint Irénée présente Marie comme une « avocate », qui « fut pour elle-même et pour tout le genre humain, une cause de salut ».

 

— 228 : Origène évoque, le premier, la maternité spirituelle de Marie ; cette doctrine est attestée aussi en Égypte, dans l’Évangile de Barthélémy (apocryphe).

 

— IIIe (ou IVe) siècle : Un papyrus de Basse-Égypte atteste que l’on récite déjà à cette époque la prière Sub tuum. Un autre papyrus de la même époque fait appel à l’intercession de la Vierge « dans tous les périls ».

 

— Fin IVe siècle : Bien avant Éphèse, la doctrine mariale attribue déjà à la très sainte Vierge un rôle singulier : elle est « notre avocate », « à la prière puis­sante », « intercédant comme une Mère toute de miséricorde », notre « Souveraine », un « instrument choisi » au « patronage » duquel il faut recourir. Saint Grégoire de Nazianze, évêque et docteur de l’Église, s’adresse ainsi à Ma­rie : « On sait que la grâce de Dieu nous vient par votre médiation. »

 

— 431 : Au concile d’Éphèse, saint Cyrille d’Alexandrie, dans un célèbre discours, proclame tous les bienfaits reçus ici-bas grâce à la Mère de Dieu.

 

— La première moitié du Ve siècle vulgarise le terme de médiatrice (Antipater de Bostra, Basile de Séleucie) et sa notion : Marie « intercède aisément pour toute l’humanité » (Antipater), elle est la « dispensatrice des biens » (Théodote d’Ancyre), celle qui « du haut du ciel nous est propice » et doit nous y conduire (Basile de Séleucie).

 

— VIe siècle : Le mot Mediatrix apparaît chez les Latins. En Orient, la doc­trine de la médiation universelle de Marie est bien établie dans ses trois aspects fondamentaux. Notre‑Dame est « médiatrice entre le ciel et la terre », et cette mé­diation s’exerce d’une triple manière :

1) « ascendante » : Marie est une « échelle vers le ciel » où « elle est partie pour être médiatrice de tous », « intercédant pour nous auprès de son Fils et de Dieu », « le Père qui agrée les prières qu’elle fait pour nous, plus que celles de tous les saints » ;

2) « descendante » : « Parce qu’elle a de l’assurance auprès de Dieu, elle nous procure les grâces spirituelles. » Elle est la « Mère de miséricorde », à qui « toute grâce et tout don a été accordé » par la Trinité ;

3) « universelle » : « Mère » et « médiatrice de tous », « Reine du monde », « puissante sur l’univers », elle a été établie « Providence universelle pour tous ses sujets ».

 

— VIIe siècle : L’intercession de la très sainte Vierge s’affirme de plus en plus dans la prédication et la liturgie latine. On la prie « pour qu’elle réunisse Dieu et les hommes, et accorde la terre et le ciel. Qu’elle intercède pour les choses passées, et prie son Fils pour celles à venir ».

 

— VIIIe siècle : Les derniers Pères de l’Église grecque (saint Germain Ier, saint André de Crête, saint Jean Damascène) emploient le terme de médiatrice, et ne le limitent pas à la Rédemption objective : « Elle a été médiatrice tout d’abord par son enfantement surnaturel, et maintenant par l’intercession de sa maternelle protection ». Le mot médiatrix se diffuse aussi en Occident dans cette acceptation.

 

II. — Période médiévale (IXe-XVe siècles)

 

La doctrine de la médiation mariale se répand de plus en plus en Occident, et s’affaiblit au contraire en Orient, à proportion des vicissitudes de l’Église by­zantine. Elle ne s’exprime plus seulement dans l’homélitique, mais aussi dans la liturgie, la scolastique et aussi la littérature pieuse. Saint Bernard, qui ne prêchait rien qu’il n’ait appris chez les Pères, donne à notre doctrine toute la force de son génie et de son autorité. Sans conteste, la médiation universelle de Notre‑Dame est une vérité acquise dans toute la Chrétienté.

 

— IXe siècle : On y proclame la très sainte Vierge : « médiatrice auprès du Seigneur », notre « constante médiatrice auprès de Dieu », la « médiatrice qui nous réconcilie avec son Fils », la « distributrice de tous les biens », « la porte par la­quelle toute grâce descend sur nous », la « dispensatrice des dons célestes », « nous assistant toujours et partout ». La liturgie vulgarise cette dispensation ma­riale des grâces (par exemple : Ave Maris Stella).

 

— Xe siècle : En Occident, on appelle Notre‑Dame « première médiatrice auprès de Dieu », et en Orient « deuxième médiatrice auprès du Médiateur ». Cette médiation est bien universelle : « Trésor des grâces divines », « auxiliaire en toutes circonstances » elle « dispense toute chose à tous, à qui elle veut, quand elle veut, autant qu’elle veut, et comme elle veut ».

 

— XIe siècle : On continue à célébrer Marie médiatrice autant chez les La­tins que chez les Orientaux : elle est la « charitable médiatrice auprès du Roi des rois », « dans ses mains sont les trésors des miséricordes du Seigneur », et « de même qu’il a voulu descendre jusqu’à nous par elle, c’est par elle que nous de­vons aller à lui ». « tout nous vient par elle, en tout temps et de toute manière », et « rien ne nous vient de Dieu sinon par sa médiation ». L’empereur Constantin VIII l’appelle « notre médiatrice à tous ».

 

— XIIe siècle : Étape importante dans l’histoire de notre doctrine, qui s’efface en Orient avec la décadence byzantine, et triomphe au contraire en Oc­cident, avec les Victorins et surtout saint Bernard, qui énonce ce qui deviendra un axiome pour les siècles futurs : « C’est la volonté de Dieu que nous n’ayons rien qui ne passe par les mains de Marie. »

 

— XIIIe siècle : Age d’or de la scolastique. Ses deux meilleurs représen­tants, saint Thomas et saint Bonaventure, qualifient Marie de « mediatrix », et montrent comment elle distribue la grâce aux hommes. Le bienheureux Jacques de Voragine expose les six manières selon lesquelles on peut dire que Marie est médiatrice. Le Mariale du pseudo-Albert appuie cette doctrine de son autorité.

 

— XIVe siècle : Le thème de la médiation mariale s’étend de la théologie à la piété, avec Rusbroek, Ubertin, Tauler, Suso, Ludolphe de Saxe, Idiota, et sur­tout le « Speculum humanæ salvationis », qui connut un succès prodigieux en Europe. Dante écrit dans son Paradis (C. XXXIII) : « Celui qui souhaite une grâce, et ne s’adresse pas à vous, il veut que son désir vole sans ailes ». Dans un dernier sursaut, la prédication byzantine exalte encore ce privilège marial qu’elle avait enseigné depuis dix siècles.

 

— XVe siècle : Les grands auteurs qui émergent de ce siècle en crise de « renaissance », continuent à exalter Marie médiatrice : Gerson, Denys le Chartreux, saint Laurent Justinien, saint Antonin de Florence, et surtout saint Bernardin de Sienne, un des plus grands prédicateurs de son temps. Pie II, dans un document pontifical, appelle Marie « la Mère de toutes les grâces ».

 

III. Période révolutionnaire (XVIe-XVIIIe siècles)

 

Période révolutionnaire au sens large : qui s’étend de la « Réforme » luthé­rienne à la Révolution française, avec tout son cortège d’hérésies et de guerres religieuses qui ont bouleversé l’Europe chrétienne. Après mille ans de possession paisible, le titre et la notion de médiatrice sont violemment contestés par les pro­testants et jansénistes, comme, d’ailleurs, la doctrine de l’intercession des saints à laquelle elle est liée. Cette révolte confessionnelle a cependant l’avantage d’ame­ner les docteurs catholiques à préciser leurs thèses et à approfondir leur argu­mentation.

 

— Début XVIe siècle : Luther s’insurge contre l’intercession privilégiée de Marie : « Qu’on en fasse une avocate hors rang, je ne puis le tolérer… Ayant bé­néficié des grâces divines, elle ne pourra pas, elle ne devra pas en être la dispen­satrice. » De son côté, le calviniste Hébert Roux proclame : « A la question : quelle place la Vierge Marie tient-elle dans la piété réformée ? Nous pouvons et devons répondre : elle n’en tient aucune. »

La réaction ne manquera pas du côté catholique, en particulier de la part des premiers jésuites (Neys, Driedo, Salmeron, Suarez, Osorius et surtout saint Pierre Canisius) au plan théologique. Les auteurs de piété (Bernardin de Busti, Lansperge, Louis de Blois, Louis de Grenade) maintiennent la dévotion mariale dans l’esprit des fidèles, et ne manquent pas de faire appel à la médiation de celle que le pape Léon X présente alors comme la « dispensatrice pour tout le peuple chrétien », et Urbain VII : « La Mère des grâces et avocate. »

 

— XVIIe siècle : Dans de nombreux diocèses, les évêques jansénistes « corrigent » les prières liturgiques mariales des missels et bréviaires « afin d’en purger les choses superflues et tout ce qui a été introduit petit à petit de supersti­tieux ». L’Ave Maris Stella y est particulièrement retouché. Cependant certains jan­sénistes continuent d’invoquer Marie en tant que médiatrice.

A côté des jésuites, l’école française (Olier, Bourgoin, Bossuet, Bourdaloue, Tronson, Lejeune) exalte les privilèges de Marie, et donc sa médiation. Le début de ce XVIIe siècle est riche de trois docteurs de l’Église (saint Laurent de Brindes, saint Robert Bellarmin et saint François de Sales) qui emploient et justifient le terme de médiatrice.

 

— 1621 : Le pape Paul V appelle Notre‑Dame « la très libérale dispensatrice des bien célestes ».

 

— 1638 : Le roi Louis XIII consacre la France à la très sainte Vierge, dans un vœu célèbre qu’il fera renouveler tous les ans dans chaque paroisse du royaume, et où il dit de Marie que « c’est chose bien raisonnable qu’ayant été médiatrice de ses bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces ».

 

— 1643 : Théophile Raynaud est le premier théologien catholique qui s’oppose à la doctrine traditionnelle de la médiation de toutes grâces, qu’il quali­fie de « doctrine assez pieuse » et estime insuffisamment fondée.

 

— 1673 : Parution à Gand des Monita salutaria, ou « Avis salutaires de la bienheureuse Vierge Marie à ses dévots indiscrets ». Son auteur, un laïc de Co­logne, Adam Widenfelt, fraîchement converti du protestantisme, y reprend l’ob­jection chère à ses anciens coreligionnaires, celle du « seul médiateur ». Cet ou­vrage fut activement diffusé par des jansénistes de l’époque.

 

— XVIIIe siècle : Le « siècle des lumières » ne fut pas très fertile en grands hommes d’Église, tant en théologie qu’en prédication. Il y a cependant de no­tables exceptions, comme saint Louis‑Marie Grignion de Montfort, saint Léonard de Port‑Maurice, et surtout Alphonse de Liguori, qui fut un des plus grands dé­fenseurs de la médiation universelle de Marie, et le docteur de l’Église qui a le mieux traité du sujet.

 

— 1747 : Le célèbre Muratori, prêtre archiviste à la cour de Modène, remet en cause la médiation universelle de Marie dans son ouvrage (publié sous un pseudonyme) intitulé La Dévotion bien réglée : « Si l’on entend par là que Marie nous a donné Jésus, source de toute grâce, l’expression est juste. Mais prétendre que tous les bienfaits de Dieu en général nous viennent par Marie, ce n’est là qu’une pieuse exagération. »

 

— 1758 : Le pape Benoît XIV, livré sans doute à une dévotion pas « bien réglée » – comme la jugeait Muratori –, enseigne dans un document magistériel, que la très sainte Vierge est le canal « duquel descendent les eaux de toutes les grâces ».

 

— 1780 : Saint Alphonse de Liguori publie Les Gloires de Marie, où un cha­pitre spécial est consacré à réfuter Muratori et les adversaires de la médiation. Avant même son impression, cet ouvrage valut à l’auteur toutes sortes d’avanies, surtout de la part des réviseurs teintés de jansénisme. Ce livre a connu depuis plus de 750 éditions.

 

IV.— Période moderne

 

Après la Révolution française, deux événements vont fortement contribuer à relancer la dévotion à Marie médiatrice de toutes grâces : l’apparition de la rue du Bac et la publication du Traité de la vraie dévotion de saint Louis‑Marie Gri­gnion de Montfort. Dès la fin du XIXe siècle, les théologiens et mariologues s’intéressent de plus en plus à l’étude de cette thèse, explicitement enseignée et favorisée par le magistère de l’Église, jusqu’à Vatican II. Tout au long du XXe siècle, plusieurs pétitions officielles sont adressées à Rome pour obtenir la définition dogmatique de ce privilège marial.

 

— 1806 : Le pape Pie VII appelle Notre‑Dame la « dispensatrice de toutes grâces ».

 

— 1830 : Apparition de la très sainte Vierge à la rue du Bac. Elle y enseigne à sainte Catherine Labouré sa médiation de la terre vers le ciel (le globe qu’elle élève dans ses mains, représentant aussi chaque âme en particulier) et du ciel vers la terre, par les rayons qui descendent de ses mains pour se répandre sur le globe à ses pieds. Elle demande à être représentée ainsi sur sa médaille, et qu’on recoure à elle.

 

— 1846 : Le Bienheureux Pie IX emploie le mot médiatrice dans son ency­clique Qui pluribus, et dans le sens de l’intercession : en tant « qu’intermédiaire puissant […] dont le patronage maternel est ce qu’il y a auprès de Dieu de plus fort et de plus efficace ».

 

— 1846 : A La Salette, Notre‑Dame rappelle le caractère permanent de son intercession auprès de son Fils : « Je suis chargée de le prier sans cesse ; et pour vous autres, vous n’en faites pas cas ! »

 

— 1848 : Découverte du manuscrit du Traité de la vraie dévotion, écrit par saint Louis‑Marie Grignion de Montfort en 1713. Cet ouvrage connut dès sa pu­blication un immense succès et fut traduit en de nombreuses langues. Il exerça une considérable influence tant sur le clergé que sur les fidèles ; saint Pie X s’en servit pour rédiger son encyclique Ad diem illum. Saint Louis‑Marie y traite spé­cialement de la médiation universelle de Notre‑Dame, et la défend avec autant de science que de zèle. Un grand nombre de saints et de bienheureux du XIXe et du XXe siècles y ont nourri leur piété.

 

— Milieu du XIXe siècle : Un certain nombre de conciles provinciaux (Baltimore, Bourges, Québec, Utrecht…) proclament Marie médiatrice de toutes grâces. 585 prélats signent une pétition pour que saint Alphonse de Liguori soit déclaré docteur de l’Église, en y louant très spécialement sa doctrine sur la mé­diation universelle de Marie.

 

— Seconde moitié du XIXe siècle : La médiation universelle est prêchée par les grands orateurs (Cardinal Pie, Cardinal Dechamps, Mgr d’Hulst, Mgr Gay, Mgr Besson) et les nombreux fondateurs de nouveaux instituts religieux (Père Emmanuel, Vénérable Libermann, Bienheureux Chaminade, saint Pierre‑Julien Eymard, saint Antoine‑Marie Claret…).

 

— 1878 : Début du pontificat de Léon XIII, qui enseignera souvent que Ma­rie est médiatrice et distributrice de toutes les grâces, à l’occasion de ses nom­breuses encycliques sur le rosaire.

 

— Fin XIXe siècle : De nombreux théologiens s’intéressent à la question, et en traitent dans leurs ouvrages (Jungmann, Passaglia, Mgr Van den Berghe, Fran­zelin, Teissonnier, Le Clercq, Hurter, Zschokke, Vincent, Körbert, Scheeben, Mes­chler, Wolter, Schwane, Berthier, De la Broise, Sauvé, Harte, Einig, Legnani, Dubois…).

 

— 1898 : Au Congrès marial de Turin, saint Léonard Murialdo, fondateur des Joséphites, propose l’impression et la diffusion massive d’un livre expliquant aux fidèles pourquoi la sainte Vierge est médiatrice universelle de toutes les grâces.

 

— 1900 : Le Congrès marial de Lyon demande officiellement à Rome la dé­finition dogmatique de la médiation universelle de Marie. Deux ans après, celui de Fribourg renouvelle la même demande.

 

— 1904 (2 février) : Dans son encyclique Ad diem illum, saint Pie X en­seigne que Notre‑Dame est la « puissante médiatrice et avocate du monde en­tier », l’aqueduc, le cou par lequel notre divin chef communique à son corps mystique toutes ses grâces. Il y précise la nature du mérite de la très sainte Vierge : mérite dit de congruo (de convenance).

 

— 1904 : Le père Godts, C.SS.R., publie le premier ouvrage complet et trai­tant ex‑professo de la médiation universelle, en reprenant tous les arguments dans leur rang théologique. Le titre est révélateur : De definibilitate mediationis Deiparæ

Autres auteurs qui méritent d’être cités au début du XXe siècle, pour leur at­tachement à ce point de doctrine : Bainvel, Terrien, Hugon, Lambot, Clobus, Merckelbach, Villada, Blondiau, Mgr Kerkhofs, Lamiroy, Lebon, Dublanchy, Nau­laerts, Bover, Dom Van Houtryve, Janotta, Pesch, Clemens.

 

— 1913 : Création à Anvers de « l’Association des Serviteurs de Marie mé­diatrice », dont le but est d’obtenir la définition dogmatique de ce titre. Approu­vée officiellement deux ans après, elle comptera plusieurs milliers de membres.

 

— 1914 : Tout l’épiscopat de Belgique demande au pape de définir solen­nellement la médiation universelle de Notre‑Dame.

 

— 1917 : Dans une audience privée, le pape Benoît XV déclare qu’on pourrait définir sans difficulté, comme un dogme de foi, la médiation universelle de Marie et son intervention actuelle dans la distribution des grâces. Il projetait de le faire quand la mort le surprit (en 1921).

Année des apparitions mariales de Fatima. Le 13 juin, Notre‑Dame déclare : « Dieu veut sauver le monde par la dévotion à mon Cœur Immaculé. » La bien­heureuse Jacinthe recommandera à Lucie, avant de mourir : « Dis à tout le monde que le Bon Dieu nous accorde des grâces par le moyen [= la médiation] du Cœur Immaculé de Marie. »

 

— 1921 (12 janvier) : Benoît XV approuve officiellement l’office et la messe de la bienheureuse Vierge Marie médiatrice de toutes les grâces, et l’inscrit au calendrier (P.A.L., « propre à certains lieux ») à la date du 31 mai. De nombreux diocèses et même des pays entiers (Belgique, Suisse, Espagne, Pologne, Brésil…) l’adopteront dans leur calendrier propre.

 

— 1921 (novembre) : Le nouveau pape Pie XI institue trois commissions de théologiens (Belgique, Espagne, Italie) et les charge d’étudier « à fond » cette doc­trine et sa possibilité d’être définie dogmatiquement. Les travaux furent terminés en 1924, mais restèrent longtemps non-publiés (jusqu’en 1985).

 

— 1922-1939 : Sous le  pontificat de Pie XI, on peut recenser au moins une centaine de lettres pastorales, publications et articles consacrés spécialement à la médiation universelle de Marie.

 

— 1922 : Pie XI, dans un document magistériel, enseigne que Marie est « médiatrice, auprès de Dieu, de toutes les grâces » (AAS, t. XIV, page 186).

 

— 1924 : Pour la première fois depuis la triste époque du jansénisme, un auteur catholique (allemand), Anton Fischer, publie à Augsbourg un véritable pamphlet contre la dévotion à Marie médiatrice. Quatre ans plus tard, un de ses compatriotes, le théologien Ude, lui emboîte le pas.

 

— 1925 : L’Université de Louvain, à l’appel du cardinal Mercier (qui a écrit trois lettres pastorales sur la médiation universelle de Marie), lance une cam­pagne de pétitions pour obtenir de Rome la définition dogmatique de cette vérité catholique. Deux ans après, 441 évêques l’avaient signée, et trois seulement la jugèrent inopportune, sans cependant la nier.

 

— 1926 : Création de la Légion de Marie, au pied d’une statue de Marie médiatrice. La promesse légionnaire affirme : « C’est par elle que nous sont distri­bués tous vos dons, toutes vos vertus, toutes vos grâces, à qui elle veut, quand elle veut, autant qu’elle veut, et comme elle veut. »

 

— 1927 : Le Dictionnaire de théologie catholique expose sur huit colonnes, dans son article « Marie », les fondements théologiques et scripturaires de la « médiation universelle pour l’impétration de toutes les grâces » (DTC, t. IX, col. 2398 à 2405).

 

— L’entre-deux-guerres : Si les théologiens sont unanimes à affirmer la cer­titude de fait de la médiation universelle de la très sainte Vierge, par contre il existe entre eux des divergences sur les modalités de cette médiation ; par exemple sur la nature de sa causalité (morale, instrumentale, physique…) ou de son mérite (à situer dans la rédemption objective ou subjective).

Autre fait important : les études critiques de plus en plus sévères sur l’authenticité des textes patristiques, jusque-là reçus dans la patrologie catholique. A titre d’exemple, le texte attribué à saint Ephrem († 373), que l’Église avait sé­lectionné pour les lectures de l’office de Marie médiatrice de toutes grâces, est repoussé par les critiques au VIe, IXe voire XIIe siècle…

 

— 1937 : Saint Maximilien‑Marie Kolbe se rend à Rome pour réorganiser sa « Milice de l’Immaculée », et aussi demander la promulgation du dogme de Marie médiatrice. Il avait déjà obtenu que cette fête soit célébrée dans l’Ordre francis­cain, et en célébrait souvent la messe votive. L’église de Niepokalanov, un des premiers sanctuaires marials de Pologne, était dédiée à l’Immaculée médiatrice de toutes grâces. Il recommandait de prier pour la définition dogmatique de ce titre.

Fin de la campagne parallèle de pétitions en faveur de la définition de l’Assomption (905 prélats et plus de 2 millions de prêtres et de fidèles). En 1942, un inventaire de toutes les pétitions faites depuis un siècle en faveur de ce privi­lège sera remis au Saint‑Office (plus de 3 000 prélats, 30 000 prêtres et religieux, 8 millions de fidèles). Le Pape Pie XII décidera dès lors de définir plutôt ce privi­lège marial.

 

— 1938 : Le père Congar, dans une importante revue théologique, émet des réserves sur l’emploi des termes « corédemptrice » et « médiatrice » (Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques, t. XXVIII, pages 647-648).

 

— 1942 : Le Pape Pie XII déclare : « Dieu a voulu que nous ayons tout par Marie, et cette très douce et vivifiante doctrine est admise à l’heure actuelle d’un commun accord par les théologiens » (AAS, t. XXXIV, page 44).

La même année, consécration officielle de la province ecclésiastique de Rio Grande do Sol (Brésil), par tous ses évêques réunis, à Marie médiatrice de toutes grâces.

 

— 1944 (21 mai) : Deux semaines avant le débarquement allié, le cardi­nal Suhard, dans sa cathédrale Notre‑Dame de Paris, achève une série de prières publiques par un vœu solennel pour obtenir que la population et les monuments de Paris soient épargnés lors de sa libération. Par ce vœu (qui fut tenu), il s’en­gageait à célébrer la fête de Marie médiatrice de toutes grâces dans le diocèse, et de lui bâtir une église spécialement dédiée sous ce titre (près de la Porte des Li­las, dans le XIXe arrondissement [3]).

 

— 1948 : Au Brésil, à la suite d’un Congrès eucharistique national, un vœu est émis de faire célébrer un million de messes pour obtenir la définition de la médiation universelle de Marie. Cette « Croisade de messes » fut approuvée offi­ciellement par le cardinal Jaime en 1953. Les derniers chiffres connus (au 31 décembre 1955) se montaient à 190 000 messes célébrées à cette intention.

 

— 1949 : Jean Guitton, dans son livre sur la Vierge Marie (page 164), pose la question : « Est-elle distributrice de toutes les grâces, comme le Christ ? » et de répondre : « Nous n’avons pour l’affirmer aucun texte de l’Écriture, aucune auto­rité patristique ou ecclésiastique »…

 

— 1952 : L’Académie pontificale mariale met en place au Vatican une bi­bliothèque de la médiation, où sont réunis tous les ouvrages connus traitant du sujet.

 

— 1953 : 10 ans avant le Concile, devant tous les membres du Congrès ma­rial de Rome, le père Dillenschneider, C.SS.R., déclare : « A l’heure actuelle, à part quelques rares isolés comme le Dr Ude, l’ensemble des théologiens admettent comme une certitude de fait dûment acquise l’intervention actuelle et universelle de Marie dans la répartition des grâces divines. »

La même année, l’abbé Laurentin écrit (dans : Marie, l’Église et le Sacerdoce, page 77) qu’il va prochainement publier – ce qu’il n’a jamais fait – une Histoire du titre de médiatrice, comportant un dossier de 220 témoignages antérieurs au XVIIe siècle.

 

— 1954 : A Rome, le Congrès international des Congrégations mariales (10 000 congressistes) demande officiellement la définition dogmatique de la médiation universelle.

 

— 1954 (11 octobre) : Le Pape Pie XII promulgue la fête de Marie-Reine (à la suite d’une campagne de pétitions), la fixant au 31 mai dans le calendrier uni­versel. La fête de Marie Médiatrice de toutes grâces, dans le « Propre à certains lieux », est dès lors décalée au jeudi après l’Ascension.

 

— 1959 : Durant la phase antépréparatoire au Concile, près de 500 évêques demandent une nouvelle définition dogmatique mariale, sur une fonction sociale de la très sainte Vierge. 313 d’entre eux précisent qu’ils souhaitent qu’elle porte sur sa médiation universelle. Cependant, 61 autres prélats la jugent inopportune propter separatos (à cause des frères séparés).

 

— 1960 : Trois ans avant de se déclarer un adversaire déterminé et actif de l’emploi du mot « médiatrice » au Concile, le père Rahner écrit dans son livre, Marie, Mère du Seigneur (page 124) : « Le terme de médiatrice n’est pas encore un dogme défini, mais disons-nous bien, d’autre part, que c’est une vérité évi­dente de notre foi »…

 

— 1961 : Dans la nouvelle réforme du missel et du bréviaire romains, la fête de Marie Médiatrice (PAL) est fixée au 8 mai.

 

V — Période moderniste (de Vatican II à nos jours)

 

A la veille du Concile, les circonstances paraissent donc favorables à une définition dogmatique de la médiation universelle de grâces de Notre‑Dame. Malheureusement, le vent avait tourné dans l’Église depuis l’élection de Jean XXIII (qui n’a jamais employé le terme de médiatrice dans ses écrits). Non seulement des « nouveaux théologiens » condamnés par Pie XII furent promus experts au Concile, mais on invita même des protestants à y participer. Au nom de ce faux œcuménisme, on mit donc ce privilège marial trop gênant sous le boisseau, en consentant tout au plus à reconnaître encore à la Mère de Dieu le titre de « médiatrice », mais sans préciser « de toutes grâces ». C’est le statu quo qui demeure jusqu’à nos jours. Du côté des schismatiques orientaux, il semble qu’il y ait une rupture complète entre leur théologie mariale actuelle et la tradi­tion orientale : pour eux la médiation universelle de Notre‑Dame est un « excès de l’Église romaine », une doctrine « contraire à l’enseignement de saint Paul » (un seul médiateur), et « étrangère à l’esprit byzantin » (voir M. Gordillo, Mariologia orientalis, Rome, 1954, page 71).

 

— 1961 (avril) : Un projet de schéma spécialement consacré à la très sainte Vierge Marie, à faire voter ensuite au Concile, est confié à une commission présidée par le cardinal Ottaviani, secrétaire du Saint‑Office. Parmi ses principaux artisans, on trouve Mgr Ciapi et le père Balic O.F.M. Après maintes refontes, il sera enfin prêt en janvier 1962.

 

— 1962 (20 juin) : Lors d’une discussion de la commission centrale du Concile, à propos du schéma sur la Vierge Marie, le cardinal Montini (futur Paul VI) déclare que l’adoption du titre de médiatrice paraît « inopportune et même à condamner (damnosa) », qu’il vaut mieux parler de sa maternité spiri­tuelle, mais non de médiation. Le cardinal Liénart abonda dans ce sens, avec quelques autres prélats « du Rhin ». Malgré cette opposition, la commission tint à maintenir le titre de « médiatrice » pour deux raisons :

1º se taire sur ce point causerait du scandale chez beaucoup de fidèles, comme venant d’un complexe d’infériorité vis-à-vis des protestants ;

2º ne réserver le titre de médiateur qu’à Jésus‑Christ serait comme un aveu implicite que l’Église a erré pendant plusieurs siècles en matière de foi (voir His­toire du concile Vatican II sous la direction de Giuseppe Alberigo, t. I, Paris, Cerf-Peeters, 1997, page 290).

 

— 1963 (janvier) : Après la clôture de la première session du Concile, les experts théologiens conseillers du groupe des évêques d’Allemagne, Suisse et Au­triche, en particulier Rahner et Ratzinger, s’opposent fortement au titre de « médiatrice de toutes grâces » développé dans le schéma : « Si ce texte était adopté, il en résulterait un mal inimaginable au point de vue œcuménique » (voir Le Rhin se jette dans le Tibre, pages 90-91).

 

— 1963 (octobre) : Sous la pression des minimalistes, on fait voter aux pères conciliaires la décision de ne plus traiter de la très sainte Vierge dans le schéma sur l’Église (toujours pour un motif œcuménique). Proposition acceptée par une très faible majorité de 17 voix (1 114 contre 1 097).

 

— 1964 (septembre) : Discussion du schéma sur l’Église, et donc du cha­pitre VIII qui traite de la Vierge Marie. Le schéma initial, jugé trop louangeux pour Notre‑Dame, est remplacé par un autre, rédigé par Mgr Philips, essayant de concilier les deux tendances qui s’opposent vivement à l’occasion des débats. Parmi les rapporteurs hostiles au titre de médiatrice : les cardinaux Béa, Döpfner, Léger, Henriquez, Frings, Alfrink, Mgr Djajasepoetra. Parmi ses défenseurs, inter­viennent les cardinaux Ruffini et Wyzsinski, Mgrs Mingo, Reindero, Hervas, Cam­biaghi, Gawlina.

Finalement, un texte de compromis, inspiré par l’abbé Laurentin et soutenu par Mgr Ancel et le cardinal Ruffini, se résout à inclure, parmi d’autres titres re­connus à Marie, celui de « médiatrice » en se gardant bien de préciser « de toutes grâces », et en ajoutant aussitôt que ces titres ne devraient rien retrancher ni ajou­ter à la dignité et à l’efficacité du Christ « seul médiateur » (Lumen gentium, § 62). Notons enfin que ce texte fut si âprement discuté que, pour en finir, à la réunion de clôture, le cardinal Frings exhorta les Pères à approuver ce schéma de « compromis », en étant disposés à « sacrifier nos idées personnelles, même si elles sont justes… » (Voir Documentation catholique, nº 1433, col. 1254). La pleine unanimité ne fut cependant pas obtenue et, fait inhabituel, un quart des votants n’approuva le texte qu’avec réserve (juxta modum).

 

— 1965 (février) : Un lecteur de L’Ami du clergé se plaint que l’Église ait, semble-t-il, fait marche arrière au Concile sur la doctrine de la médiation univer­selle de Marie. Le père Michel tente de justifier sur ce point Lumen gentium  § 62, par un article de six colonnes concluant ainsi : « Régression au sujet d’une vérité ? Non, mais correction par le magistère d’un sentiment latin donnant une interpré­tation exagérée à certains textes scripturaires ou patristiques » (Ami, 25 février, pages 121-123). Moins de trente ans auparavant, le même théologien, dans la même revue, présentait Notre‑Dame comme la « médiatrice universelle auprès de l’universel médiateur… surtout en obtenant de Dieu un pouvoir universel sur la dispensation des grâces aux hommes » (Ami, 31 octobre 1946, page 61).

 

— 1967 : Dans les Ephemerides mariologicæ (t. 17, pages 5-54), le père Castano C.M.F. publie un article consacré au « problème de la médiation mariale dans le dialogue œcuménique actuel ».

 

— 1978 (juillet) : Mgr A. de Castro-Mayer publie une lettre pastorale de plus de 60 pages sur la Médiation universelle de Marie. Très doctrinal, ce document contient aussi une réfutation de l’objection relative aux grâces sacramentelles. Il se termine par un souhait et une demande de prières pour obtenir la définition dogmatique de cette vérité mariale.

 

— 1980 : A la rue du Bac, Jean‑Paul II s’exclame publiquement devant la célèbre statue du sanctuaire : « Tu [sic] obtiens de Dieu, pour nous, toutes ces grâces que symbolisent ces rayons… » Cependant, s’il l’appelle ailleurs « médiatrice maternelle », ou « notre meilleure médiatrice », il s’est toujours gardé, dans ses déclarations officielles, de reprendre le titre antéconciliaire de « médiatrice de toutes grâces ».

 

— 1982 (31 août) : La « Gospa » de Medjugorge, qui prêche l’œcuménisme le plus libéral (à l’opposé de Notre‑Dame du Laus ou de l’Osier), et qui ne doit pas être la même que celle de la rue du Bac, profite du jour de la fête de Marie médiatrice (dans le calendrier PAL [4] du missel de Paul VI) pour donner ce mes­sage : « Je ne dispose pas de toutes les grâces… »

 

— 1984 : Le père Javelet, professeur à la Faculté de Théologie de Stras­bourg, défend la médiation universelle de Marie dans son livre Marie, la femme médiatrice, puis l’année suivante dans L’Unique rédempteur, Jésus et Marie (Paris, O.E.I.L.).

 

— 1989 : L’encyclopédie Théo affirme que le terme de médiatrice est « légitime, mais sujet à équivoque » (page 901).

 

— 1990 : Dans la revue (charismatique) Feu et lumière, le père Da­niel Lacouture livre un article de six pages en faveur d’une définition dogmatique de « Marie médiatrice de toutes grâces ». Cinq ans plus tard, il publiera un livre spécialement consacré à cette doctrine, qui semble être très en faveur actuelle­ment chez les charismatiques.

 

— 1992 : Le Catéchisme de l’Église catholique reprend le terme de média­trice (nº 969), mais sans préciser « de toutes grâces ».

 

— 1993 : Campagne mondiale de pétitions auprès de Rome, « pour obtenir la définition par le pape de la bienheureuse Vierge Marie comme corédemptrice, médiatrice de toutes grâces et avocate du peuple de Dieu ». A l’origine du mou­vement, l’association Vox Populi Mariæ Mediatrici, basée en Californie, soutenue par l’Université de Steubenville (Ohio-USA). Le professeur Miravalle, un laïc y en­seignant la mariologie, publie à cette occasion un ouvrage de 80 pages, traduit en plusieurs langues et préfacé par le cardinal Ciappi, afin de démontrer le fonde­ment théologique de ces titres marials.

 

— 1995 : Les responsables de la pétition Vox Populi annoncent 4 millions de signatures (dont celle de Mère Thérèsa). 435 évêques, et parmi eux 40 cardinaux, ont signé cette demande collective.

 

— 1996 (août) : Le XIIe Congrès mariologique international, saisi par Rome pour étudier l’opportunité d’une éventuelle définition dogmatique des titres si­gnalés par la pétition, répond à l’unanimité : « Il n’est pas opportun d’abandonner le chemin tracé par le concile Vatican II et de définir un nouveau dogme. » Parmi les membres officiels de ce Congrès se trouvaient des luthériens, des anglicans et des orthodoxes. Trois arguments principaux sont avancés : ces titres (dont celui de médiatrice) « sont ambigus, pas assez approfondis théologiquement, et… sus­citeraient des difficultés œcuméniques » (ORLF, 2475, page 9).

 

— 1996 : Dans la revue Marianum (LVIII, pages 429-446), l’abbé Laurentin tente de justifier théologiquement le refus opposé par le Congrès du mois d’août. Parmi ses autres objections : Marie ne peut être médiatrice ajoutée au « seul Mé­diateur », ni « médiatiser » la grâce sanctifiante, communiquée immédiatement par Dieu. (Voir à ce sujet Le Sel de la terre nº 35, page 213.)

 

— 2000 (mars) : La revue Spes nostra (VII-2, page 9), publiée par les Fran­ciscains conventuels qui s’honorent de perpétuer la spiritualité de saint Maximilien Kolbe, ouvre ses colonnes au pasteur Alain Blanchy, protestant et co-président du groupe des Dombes. Celui-ci nous apprend que Marie étant Mère de Dieu, « ne peut pas être médiatrice, mais matrice ».

 

*

  

 

 

— 51e question : Quelle conclusion peut-on tirer de cet aperçu chronolo­gique sur la doctrine de la médiation universelle de la très sainte Vierge ?

 

Réponse : On peut d’ores et déjà affirmer que cette doctrine :

 

— est traditionnelle (au sens propre du mot) ;

— relève de « l’évolution homogène du dogme » ;

— s’est transmise d’Orient en Occident ;

— est restée quinze siècles sans être contestée ;

— a été enseignée par de grands docteurs de l’Église ;

— s’est répandue aussi dans sa liturgie ;

— appartient au magistère de l’Église enseignante ;

— a été défendue et expliquée par la quasi unanimité des théologiens ca­tholiques jusqu’à Vatican II ;

— s’est vue confirmer lors d’apparitions mariales ;

— a fait l’objet d’importantes pétitions en vue de sa définition dogmatique ;

— a été complètement sabordée lors du dernier concile, essentiellement pour des raisons « œcuméniques » ;

— est considérée depuis lors, chez les théologiens et les mariologues, comme une question disputée non seulement quant au mode, mais aussi quant au fait ;

— mérite donc d’être activement défendue de nos jours, pour l’honneur de Notre-Dame et le salut des âmes, qui lui doivent toute grâce surnaturelle.

 



[1] — Grégoire de Nysse saint († 394), Contra Eunomium, L. 4 (PG 45, 653).

[2] — Brièvement évoqués dans l'article 1 (Le Sel de la terre 20, p. 110-116).

[3] — Pour la petite histoire, c’est cette église qui fut proposée à Mgr Ducaud-Bourget par l’archevêché de Paris en échange de Saint-Nicolas du Chardonnet. (NDLR.)

[4] — Pro aliquibus locis.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 39

p. 144-158

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