Éditorial
De Dignitatis humanæ à Ben Laden
LES ENNEMIS de l’Église accusent celle-ci de provoquer des guerres de religion par son intransigeance. Ce n’est pas vrai, bien sûr, mais le mensonge, à force d’être répété, finit par être cru.
Au concile Vatican II, les évêques, atteints eux aussi par cette propagande, s’écrièrent d’une seule voix (sauf peut-être quelques traditionalistes rétrogrades) : « Plus jamais la guerre [1] ! »
Pour bien supprimer ce qui, disait-on, alimentait les guerres de religion, ils votèrent quasiment d’une seule voix (sauf environ soixante-dix évêques traditionalistes rétrogrades) le fameux décret sur la liberté religieuse (Dignitatis humanæ). Ce fut une belle bataille, se disaient les évêques de la majorité, mais cette fois-ci nous avons gagné la guerre : une ère de paix va se lever pour l’humanité, puisque toutes les religions sont libres et qu’elles n’ont plus de raison de se combattre.
Et pour montrer aux autres religions que la guerre était finie, on les invita à venir prier pour la paix à Assise et ailleurs.
On poursuivit aussi Mgr Lefebvre, ce vieil évêque traditionaliste rétrograde, parce qu’il était contre la liberté religieuse et qu’il disait notamment : « Faites attention aux musulmans. » Il se trouva un tribunal français pour condamner ses propos comme « racistes » [2].
Et puis, un triste mardi de septembre, voici que la réalité refait brutalement son apparition sur les écrans de télévision : la guerre de religion n’est pas finie. Pour les musulmans, elle dure même depuis le jour de leur fondation. Nous sommes en l’an 1422 de l’hégire, c’est-à-dire depuis le début de la conquête du monde par l’islam [3].
Les media essaient de nous faire croire que le responsable de la guerre et des violences n’est pas l’islam, mais l’intégrisme, et que ce dernier se trouve aussi dans la religion catholique. C’est ainsi qu’ils n’hésitent pas à comparer les croisades au djihad (la guerre sainte musulmane) [4] ou l’inquisition à la charia (la loi musulmane) [5]. Le remède serait dans la tolérance et la liberté. Faisons donc, avec les Américains, la guerre pour la liberté, notamment la liberté religieuse.
En réalité, le responsable de toutes ces violences, c’est le diable, et il se sert des péchés des hommes – et, entre autres, des fausses religions – pour faire massacrer les innocents.
Si l’on veut diminuer les violences, le seul moyen est de revenir au Règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Lui seul est le prince de la paix, car, seul, il a effacé le péché.
La doctrine erronée de la liberté religieuse augmente les guerres et les violences. En effet, si on laisse à l’islam la liberté de se propager dans nos pays, on donne, par le fait même, la liberté à Ben Laden et ses comparses de déployer, au nom du Coran, leurs commandos suicides, appelés par eux « martyrs » [6].
En revanche, si l’on avait gardé la doctrine traditionnelle de la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il y aurait aujourd’hui encore des États chrétiens qui pourraient s’opposer efficacement à la montée de l’islam [7].
Les États modernes qui ont tourné le dos à l’enseignement traditionnel de l’Église, n’ont pratiquement pas d’autres moyens à opposer à la violence islamique que les missiles et les bombardements. Mais c’est une erreur : les violences américaines contre l’Iraq (qui ont provoqué à ce jour plus d’un million et demi de morts, dont beaucoup d’enfants) ont exaspéré les populations musulmanes et ont contribué à pousser certains esprits égarés à se tuer pour tuer.
Si l’on continue dans cette voie de la liberté religieuse prônée par le concile Vatican II, il est certain que nous aurons encore à souffrir beaucoup de violences. L’islam, en effet, va continuer à se développer dans nos pays et, quand les musulmans se sentiront suffisamment forts, ils feront ce qu’ils ont toujours fait et ce qu’ils font partout : ils persécuteront les chrétiens par la violence [8].
Nous recommandons à nos lecteurs l’article de ce numéro sur la liberté religieuse au Concile, pour comprendre l’arrière-fond doctrinal de cette question ; également le document sur « Jésus et le Coran » qui montre comment les musulmans profitent de la liberté religieuse qu’on leur accorde pour essayer de détruire notre foi.
[1] — Fait authentique, raconté par Mgr Lefebvre dans une conférence spirituelle. On se souvient que Paul VI, dans son allocution à l’ONU, le 4 octobre 1965, s’était également écrié : « Et ici Notre message atteint son sommet. Négativement d’abord : c’est la parole que vous attendez de Nous et que Nous ne pouvons prononcer sans être conscient de sa gravité et de sa solennité : jamais plus les uns contre les autres, jamais, plus jamais ! » (Jean XXIII–Paul VI, Discours au Concile, Documents conciliaires 6, Paris, Centurion, 1966, p. 327). A son retour à Rome, le 5 octobre, il alla directement dans l’aula conciliaire, où commençait ce jour-là la discussion sur la guerre et la paix, pour déclarer aux Pères du Concile : « Nous avons apporté à l’extraordinaire réunion de l’Organisation des Nations Unies le message de salut et de paix que ce saint Concile Nous avait confié ». Le cardinal Liénart, au nom du Concile, félicita le pape et demanda que le discours prononcé à l’ONU prenne place dans les actes de Vatican II.
[2] — La condamnation fut portée le 25 mars 1991, mais Mgr Lefebvre s’était envolé pour un monde meilleur et il échappa ainsi aux mains de ses ennemis.
[3] — Voir Édouard Pertus, Connaissance élémentaire de l’islam, Supplément au nº 65 de l’AFS (31 rue Rennequin, 75017 Paris), p. 29.
[4] — Voir l’article de Umberto Eco dans Le Monde du 10 octobre 2001, p. 1 et 17. En réalité la croisade n’a rien à voir avec le djihad. Les croisés allaient libérer une terre chrétienne envahie par les musulmans et empêcher les massacres de populations ou autres attentats commis au nom de l’islam. Les musulmans quant à eux pensent avoir le droit de conquérir le monde entier pour y imposer la loi coranique et massacrer les « infidèles ».
[5] — Voir L’Express du 27 septembre 2001, p. 106. On peut difficilement trouver plus de haine et d’ignorance au centimètre carré que dans cet article de Jean-Pierre Dufreigne. En réalité l’inquisition n’a rien à voir avec ce qu’il en décrit là (voir « Défense de l’Inquisition » dans Le Sel de la terre 29, p. 154 et sq., et les articles sur les saint inquisiteurs dans les nº 36 et 37).
[6] — Voir Monde et Vie nº 689 du 27 septembre 2001, p. 9, qui révèle l’existence « sur le réseau internet français d’un site islamique fondamentaliste, installé dans la Creuse, où il était possible peu ou prou de s’engager au sein des mercenaires de l’islam, qui chantait la gloire d’Oussama Ben Laden en reproduisant ses discours et écrits, et donnait des conseils « islamiques » pour mener des opérations terroristes kamikazes, entraîner les femmes et les enfants au djihad (la guerre sainte), ou encore autorisait les musulmans à égorger les prisonniers de guerre roumis. Il aura fallu les attentats aux États-Unis pour que la police se décide enfin à fermer ce site le 14 septembre et interpeller le 21 septembre son responsable, tranquillement installé sur notre bonne terre de France. »
[7] — Sur la manière dont un État catholique peut restreindre la propagande des fausses religions, voir l’article sur la liberté religieuse au Concile dans ce numéro. Par ailleurs, un État catholique aide l’Église dans son activité missionnaire : si la France avait eu un État catholique entre 1830 et 1960, il est vraisemblable qu’une grande partie de l’Afrique du Nord serait aujourd’hui catholique.
[8] — Voir le dossier publié dans Fideliter nº 143, septembre-octobre 2001, p. 17-20.

