Brèves informations
Les brèves informations de ce numéro tournent toutes autour de Fatima. Nous souhaitons, en effet, faire profiter nos lecteurs de quelques compléments d’informations, communiqués par divers amis de la revue suite aux articles qu’elle a publiés sur Fatima.
Le Sel de la terre.
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The Fatima Crusader
et l’original du troisième secret
L’ARTICLE d’Andrew M. Cesanek paru dans The Fatima Crusader nº 64 de l’été 2000, dont nous avons donné une traduction française dans le numéro 36 de la revue (« Existe-t-il deux originaux du troisième secret de Fatima ? », pages 180 à 200), nous a valu quelques courriers contenant d’intéressantes remarques que nous résumons pour nos lecteurs.
L’article, on s’en souvient, développait l’hypothèse d’une rédaction du troisième secret de Fatima répartie sur deux écrits de sœur Lucie :
– l’un, de quatre pages (plus de 60 lignes), racontant une vision : c’est le texte que le Vatican a publié le 26 juin 2000 ;
– l’autre, qui resterait non publié, d’une vingtaine de lignes seulement, écrit sur une seule page et sous forme de lettre, contenu dans une enveloppe, rapportant des paroles de Notre-Dame et donnant vraisemblablement l’explication authentique de la vision.
L’auteur appuyait son opinion sur divers faits et témoignages, répartis en dix arguments, antérieurs aux informations dévoilées par le Vatican le 26 juin 2000, et contredits par certaines d’entre elles.
Des lecteurs qui avaient connaissance de l’article en anglais nous ont fait remarquer que l’indice sur lequel est fondée l’intuition de A. M. Cesanek ne vaut pas, parce qu’il repose sur une erreur de la version anglaise dont s’est servi l’auteur. La chose, cependant, n’apparaissait pas dans notre propre traduction, car nous avions rétabli les citations selon l’original français des ouvrages cités.
En effet, comme point de départ de son argumentation, l’auteur reproduisait un passage de la lettre du 9 janvier 1944 de sœur Lucie à Mgr da Silva, d’après la version anglaise du livre du frère Michel de la Trinité (The whole truth about Fatima, vol. III, Immaculate Heart Publications, Buffalo, New York, 1990, page 47) : « I have written what you asked me ; God willed to try me a little ; but finally this was indeed His will : [the text] is sealed in an envelope and it is in the notebooks… »
Or, à l’évidence, A. M. Cesanek a compris ainsi ce passage : « J’ai écrit ce que vous m’avez demandé ; Dieu a voulu m’éprouver un peu, mais finalement c’était bien cela sa volonté : [le texte] est cacheté dans une enveloppe et il [le texte, toujours] est dans les cahiers… » Autrement dit, M. Cesanek présuppose que « it », dans le dernier membre de phrase, désigne le texte et non pas l’enveloppe. Il en conclut qu’il y a deux écrits, l’un cacheté dans une enveloppe et l’autre inscrit dans les cahiers.
Mais, selon la version française originale du frère Michel que nous avons reproduite dans notre traduction, la phrase se lit ainsi : « [le texte] est cacheté dans une enveloppe et celle-ci [l’enveloppe] est dans les cahiers [1]… »
Pour en avoir le cœur net, grâce à M. l’abbé Delestre, nous nous sommes reportés à l’original portugais de la lettre en question, que cite la revue Fatima 50, première année, nº 6, du 13 octobre 1967, page 11. La phrase est ainsi rédigée : « está lacrada dentro dum envelope e este dentro dos cadernos… », ce qui veut dire : « c’est caché à l’intérieur d’une enveloppe et celle-ci se trouve à l’intérieur des carnets… » C’est donc bien l’enveloppe contenant le texte qui est glissée dans les cahiers ou carnets.
Cette lettre de sœur Lucie ne peut donc être invoquée en faveur de la thèse d’une double rédaction du secret. Dont acte.
Est-ce à dire que toute la démonstration de l’article de The Fatima Crusader est anéantie ? Il nous paraît exagéré de le soutenir, car si la lettre de sœur Lucie mal comprise est bien au point de départ du raisonnement de A. M. Cesanek, elle est loin de constituer toute son argumentation (comme le montre la traduction française de l’article, qui ne reproduisait pas la mauvaise interprétation de la lettre).
A tout le moins, les faits signalés dans l’article montrent que la publication du texte de la vision, le 26 juin 2000, par le Vatican, n’a pas résolu la question du secret de Fatima, tant s’en faut, et qu’il reste de nombreuses questions sans réponse.
D’ailleurs, qu’il manque des paroles de Notre-Dame, plusieurs commentateurs ont fait remarquer qu’on pouvait l’induire de la phrase qui termine le récit de la deuxième partie du secret, dans le quatrième Mémoire de sœur Lucie, et de la précision ajoutée par la sainte Vierge quant au fait que Lucie et Jacinthe peuvent « le dire à François ». Voici le texte de sœur Lucie :
Au Portugal, se conservera toujours le dogme de la foi, etc. Ceci, ne le dites à personne. A François, vous pouvez le dire [2].
Le « etc. » désigne manifestement quelque chose qui n’est pas révélé dans ce texte (et qui doit normalement être dans la suite logique de cette idée de la foi qui se conservera au Portugal). D’autre part, dans l’injonction ajoutée immédiatement après, « ceci » se rapporte plus vraisemblablement au développement inconnu contenu dans le « etc. » qu’à l’ensemble de la révélation rapportée dans les paragraphes précédents. Et le fait que les deux fillettes peuvent le dire à François (qui voyait tout, mais n’entendait pas) montre qu’il s’agit de paroles et non pas d’une vision. Où trouve-t-on de telles paroles dans la description publiée en juin 2000 ? Nulle part.
Il existe d’ailleurs un témoignage, oublié par A. M. Cesanek, qui prêche sérieusement en faveur d’un double texte et se réfère à cette phrase du quatrième Mémoire. En 1952, le père jésuite Schweigl, professeur à l’Université grégorienne et au Russicum, avait été mandaté par Pie XII auprès de sœur Lucie pour l’interroger au sujet de la consécration de la Russie. A son retour, le jésuite autrichien confia à l’un de ses proches : « Je ne peux rien révéler de ce que j’ai appris à Fatima à propos d’un troisième secret, mais je peux dire qu’il y a deux parties : l’une concerne le pape ; l’autre, logiquement – bien que je ne doive rien dire – devrait être la continuation des paroles : “Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi”. » (Texte cité par frère Michel de la Trinité dans Toute la vérité sur Fatima, tome III , page 476.)
Donc, quoi qu’il en soit de la manière dont a été rédigé le troisième secret, en un ou en deux documents, quoi qu’il en soit également de la manoeuvre exacte par laquelle la révélation de ce troisième secret a été tronquée ou falsifiée, il paraît bien établi que tout n’a pas été dit. Certains vont même jusqu’à penser que le texte publié par le Vatican est un faux, mais cette conclusion ne paraît pas s’imposer.
Cependant, nous ne voulons pas entrer ici dans ce débat d’opinion. Car cette question ne doit pas nous faire oublier l’essentiel, c’est-à-dire le message de Fatima : la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, la récitation du chapelet, les sacrifices pour les pécheurs et en réparation pour les péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie, la pratique des cinq premiers samedis et la prière pour obtenir la consécration de la Russie.
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Le père Gruner, fidèle défenseur de Fatima,
condamné par le Vatican
D |
ANS l’Osservatore Romano en langue française du 25 septembre 2001 (nº 39, page 11), on peut lire cette mise en garde du Préfet de la congrégation pour le Clergé (le cardinal Castrillon Hoyos) à l’encontre du père Gruner. Ce dernier avait annoncé la tenue d’une « Conférence pour la paix dans le monde », traitant de la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie et des demandes de Notre-Dame de Fatima.
Comme le souligne cette mise en garde, le père Gruner, dont les déclarations de sympathie à l’égard de la Fraternité Saint-Pie X sont de plus en plus manifestes, a été frappé d’une suspense a divinis parce qu’il ne veut pas se soumettre aux oukases romains qui cherchent à l’empêcher de parler comme il le fait au sujet de Fatima.
déclaration
Le Saint-Siège a reçu diverses informations relatives à une Conférence pour la paix dans le Monde, qui se tiendra à Rome du 7 au 13 octobre 2001, organisée par le Rév. Nicholas Gruner (Canada).
La Congrégation pour le Clergé, sur mandat de l’Autorité supérieure, tient à préciser que le Rév. Nicholas Gruner fait l’objet d’une suspension a divinis, confirmée par une Sentence définitive du Tribunal Suprême de la Signature apostolique.
Les activités du Rév. Gruner, parmi lesquelles la Conférence susmentionnée, ne jouissent donc pas de l’approbation des Autorités ecclésiastiques légitimes.
Cité du Vatican, 12 septembre 2001.
Dario Card. Castrillon Hoyos,
Préfet de la Congrégation pour le Clergé.
S.Exc. Mgr Csaba Ternyak,
Archevêque titulaire d’Eminenziana, Secrétaire.
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Retour sur le livre :
Fatima – Sœur Lucie témoigne –
Le message authentique
Suite à la recension de l’ouvrage de M. Carlos Evaristo : Fatima – Sœur Lucia témoigne – Le message authentique (Paris, éd. du Chalet, 1999), parue dans notre numéro 35 (pages 64 à 88), M. Paul Chaussée nous a envoyé les réflexions suivantes que nous sommes heureux de porter à la connaissance de nos lecteurs.
Le Sel de la terre.
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C |
ONSIDÉRANT l’importance capitale de l’affaire Fatima, il nous paraît nécessaire de revenir sur la question de la crédibilité de l’ouvrage dont monsieur l’abbé Fabrice Delestre a fait une recension critique dans Le Sel de la Terre 35. Dans la note 3 au bas de la page 87, nous lisons cette justification du traducteur de l’ouvrage : « Le débat […] ne devrait donc pas porter sur l’authenticité des entretiens et de leur retranscription, mais sur les arguments avancés par sœur Lucie [3]. » Cette proposition nous semble devoir appeler le commentaire suivant.
Avant de débattre en profondeur du contenu d’une conversation qui eut lieu dans le passé et dont aucun de nous ne fut témoin, il faut d’abord s’assurer de l’exactitude des propos échangés dans cette conversation. Si l’on prétend analyser le contenu signifiant des arguments attribués à sœur Lucie, et parce que c’est la qualité du témoin qui fait la valeur du témoignage, il est évidemment indispensable de s’assurer que c’est bien sœur Lucie qui a dit telle chose.
On ne conteste pas la réalité des entretiens en question puisque des photos en ont été prises, mais c’est l’authenticité du témoignage qui est en cause. Il faut donc acquérir la certitude que les enregistrements – si enregistrements audio et (ou) vidéo il y a – sont authentiques et qu’ils permettent bien d’identifier la personne qui parle.
Qui a témoigné ?
Ces entretiens ont-ils bien eu lieu avec sœur Lucie ? A l’exception de la Mère prieure du Carmel et peut-être de Carlos Evaristo, aucun des témoins cités ne connaît sœur Lucie (sinon peut-être par des photos) et ne comprend le portugais. Dès lors, qui a témoigné ?
Si certains se scandalisent ici de ce qui leur semble être une suspicion injustifiée, qu’ils veuillent bien considérer objectivement l’importance de cette affaire et quel est son enjeu. C’est d’abord la validation ou la condamnation de toute la politique et de toutes les nouvelles orientations « pastorales » post-conciliaires du Vatican, avec tout ce qu’elles contiennent de contestable et de contesté : la liberté religieuse, le nouvel œcuménisme, la nouvelle messe, le philo-communisme, l’anthropocentrisme de ce qui se confirme de plus en plus être une nouvelle religion dérivée du catholicisme, mais qui n’est plus le catholicisme. L’enjeu, c’est aussi et surtout la vie éternelle d’innombrables âmes pour le salut desquelles Notre‑Dame est venue nous délivrer son message et ses demandes. L’importance des apparitions et des messages de Notre‑Dame de Fatima n’a-t-elle pas été confirmée par l’éclatant, l’inimaginable miracle de la « danse du soleil » le 13 octobre 1917 ? Nous connaissons d’innombrables miracles de guérisons, mais seulement deux miracles solaires : le premier, celui qui eut lieu à la demande de Josué, quelque douze siècles avant notre ère (Js 10, 12-13), et le second qui, en 1917 à Fatima, eut des milliers de témoins [4]. Cette importance, le Malin la connaît autant et même mieux que nous. C’est l’importance de cet enjeu en ce temps d’apostasie générale qui explique l’infiltration de la haute hiérarchie du Vatican par la franc-maçonnerie (par les Rampolla, Villot, etc. Voir les ouvrages d’Epiphanius et de Carlo A. Agnoli). Il explique aussi ces ténébreuses affaires quasiment oubliées : le refus de condamner le communisme par le concile Vatican II, le scandale de la Banco Ambrosiano et des finances du Vatican, l’assassinat du pape Jean‑Paul Ier, le triple assassinat au Vatican du colonel des gardes suisses, de son ordonnance et de son épouse, la complicité dans la fausse datation du saint Suaire de Turin, etc. Tous ces faits témoignent du combat sans merci que se livrent les deux Cités. Dès lors, comment le prodige de Fatima pourrait-il échapper à ce choc de l’enfer et du ciel ? Dans ce combat dantesque, il semble que tous les coups soient permis : tromperies, mensonges, crimes. Les ennemis cachés « dans le sein même et au cœur de l’Église » (saint Pie X, Pascendi Dominici gregis) sont capables de tout.
Nous ne pouvons donc a priori accepter aucune affirmation sans qu’elle n’ait été d’abord vérifiée. Toutefois, n’ayant jusqu’à présent aucun indice d’une substitution de personne, nous acceptons, comme hypothèse de travail et bien que cela ne soit pas absolument certain, l’affirmation que ces entretiens eurent lieu avec sœur Lucie.
Enregistrement ou pas ?
Puisqu’il est certain que ces deux entretiens ont eu lieu le premier en octobre 1992 et le second en octobre 1993, la question suivante est de savoir avec certitude ce qui y fut dit et par qui. En d’autres termes que disent les documents ? Or ici, la surprise est totale : aucun document n’est produit. Selon un fax de M. Evaristo envoyé en novembre 1992, un mois après l’entretien avec sœur Lucie : « Le dialogue n’a pas été retranscrit sur le champ. Aucune note ne fut prise. » Le fax dit : « The dialogue was not recorded (enregistré) at the time » (page 70). Et l’interprète, le père Pacheco le confirme en écrivant : « Sœur Lucie ne permit aucun enregistrement. Malheureusement. » (Même page). La réponse est donc claire : il n’y eut pas d’enregistrement ni même de notes, l’auteur Evaristo et le traducteur Pacheco l’ont écrit. Tout enregistrement présenté aujourd’hui est donc suspect d’avoir été fabriqué a posteriori et d’être faux.
Quant au second entretien (celui d’octobre 1993), il nous confirme le témoignage de M. Evaristo qui, dans la première version portugaise de son livre, écrit : la rencontre « fut enregistrée sur cassette audio et vidéo », en témoigne le cardinal Vidal qui, le 25 juillet 2000, écrit : « As far as I could remember », ce qui signifie : « Pour autant que je puisse m’en souvenir. » Voilà un souvenir plutôt flou, remémoré, il est vrai, sept ans après les faits. Un témoin fiable aurait dit : « Je me souviens très bien avoir vu quelqu’un enregistrer ou filmer… » Ce témoignage n’est donc qu’un indice invitant à chercher la preuve formelle, l’enregistrement vidéo ou audio. Il semble que personne, à ce jour, n’a encore présenté cette preuve formelle. On ne peut donc pas affirmer comme une certitude qu’il y eut un enregistrement des entretiens.
Par ailleurs, si l’on peut enregistrer en secret sur un petit magnétophone, une prise vidéo est toujours évidente car l’opérateur se déplace pour saisir les personnes qui parlent et, dans un parloir de carmel, cela crée un certain trouble qui se remarque et ne s’oublie pas de sitôt.
Et enfin, puisque l’on sait que ce sujet est « brûlant », si ces enregistrements audio et (ou) vidéo existent vraiment, qu’attend l’auteur de l’ouvrage en question pour les présenter publiquement et les faire examiner et transcrire (vision et audition) par un expert neutre et assermenté ? N’est-ce pas ce que M. Evaristo aurait dû faire bien avant de publier, afin de pouvoir présenter le document probant incontestable ? Ne pas avoir pris ces précautions de simple professionnel, c’était s’exposer inévitablement à la suspicion de falsification, d’autant plus que, dans son livre, les contradictions et invraisemblances ne manquent pas, comme l’a montré l’abbé Delestre.
L’absence totale de crédibilité
On doit donc bien en déduire, avec lui, l’absence totale de crédibilité de ce « témoignage ». Cela ne signifie pas que tous les propos attribués à sœur Lucie soient jugés n’être que des inventions, mais il est certain qu’un témoignage perd toute fiabilité dès que l’on y constate des contradictions, des erreurs sinon des mensonges. Chaque assertion doit alors être passée au crible d’une critique rigoureuse mais le témoin a déjà perdu tout crédit. Je pense que l’abbé Delestre a voulu dire qu’ici, comme toujours lorsque la vérité est gênante, et bien qu’il n’y ait pas de preuve formelle de fraude, on trouve une telle accumulation d ’indices de falsification des faits, qu’elle ne peut être le fait du hasard. Dès lors, cette accumulation d’indices prouve la volonté de déformer la vérité.
Quelle est la main cachée ?
Les inspirateurs de telles opérations ne sont pratiquement jamais connus, car ils pratiquent l’art de brouiller les pistes, de ne laisser aucun document compromettant et de disparaître derrière de naïfs comparses. D’où la nécessité d’appliquer l’adage : Is fecit cui prodest, « l’auteur en est le bénéficiaire ».
Dans l’affaire Fatima – consécration de la Russie et divulgation de la troisième partie du secret – alors que tout était si clair au début, il y eut tant d’atermoiements et d’impuissance (sinon de mauvais vouloir) à faire ce que Notre-Dame demandait et qui était si simple, que l’on ne peut que constater, en l’occurrence, que les raisons politiques du Vatican furent plus fortes que la dévotion mariale déclarée.
Certes, la « manipulation » n’est encore qu’une hypothèse de travail, mais, faute de pouvoir interroger librement et honnêtement sœur Lucie, cette hypothèse doit être sérieusement étudiée en scrutant tous les indices, en vérifiant aussi toutes les preuves présentées (les enregistrements) comme fondant l’authenticité et cela, dans le cadre d’une étude globale du « mystère » Fatima. Celui-ci comprenait déjà l’occultation anormale des travaux du père Alonso ; il faut aujourd’hui y ajouter le troisième secret tronqué (ou falsifié ?) et ce « témoignage » de sœur Lucie, témoignage qui survient très et même trop opportunément.
Conclusion : du bon sens !
Pour juger de la « dérive » ou de la « manipulation » de sœur Lucie, il faut d’abord disposer du document authentique (l’enregistrement audio et [ou] vidéo) de l’entretien pour en faire la critique interne, et aussi, dans une critique externe, tenir compte du facteur de l’âge (état mental, mémoire, vivacité d’esprit) de sœur Lucie, ainsi que des grâces que la Vierge Marie lui a promises : « Je ne t’abandonnerai jamais », dit le Mémoire rédigé en 1927.
Quant à la consécration de la Russie, l’évolution du jugement de sœur Lucie de 1984 à 1992-1993 paraît inexplicable et même impossible, car ce n’est pas une question sur laquelle elle aurait pu s’exprimer à la légère. Au contraire, elle a certainement dû la méditer souvent et longuement, dans sa cellule comme devant le Saint-Sacrement. Comment croire qu’en 1984-1985, les grâces et lumières du ciel lui auraient fait défaut au point de lui faire déclarer que la consécration n’avait pas été faite comme il le fallait, mais que ces lumières lui seraient revenues lors d’une apparition en 1992-1993 ? Que voilà une rectification bien opportune pour les censeurs de Notre‑Dame de Fatima !
[Fin des réflexions de M. Paul Chaussée.]
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« La Russie répandra ses erreurs
à travers le monde… A la fin,
mon Cœur Immaculé triomphera… »
Les deux derniers textes présentés ci-dessous nous ont été communiqués par M. l’abbé Fabrice Delestre (Fraternité Saint-Pie X, Prieuré Saint-Jean-Eudes, 1 rue des Prébendes, 14210 Gavrus), pour répondre à la campagne des milieux officiels affirmant que la consécration de La Russie au Cœur Immaculé de Marie, demandée par Notre-Dame de Fatima, a bien été faite par le pape Jean-Paul II en 1984.
Comment se fait-il alors que, malgr é la promesse de la Vierge, la Russie continue de répandre ses erreurs à travers le monde… ?
Et pourquoi avoir attendu 1990 pour changer le texte de la note nº 11 des Mémoires de sœur Lucie, affirmant que la consécration n’était toujours pas faite ?
Le Sel de la terre.
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D |
ANS une entrevue concédée par sœur Lucie à l’historien catholique nord-américain William Thomas Walsh, le 15 juillet 1946, publiée dans l’édition anglaise du livre de cet historien (intitulé Our Lady of Fatima), à propos de la prophétie selon laquelle la Russie répandrait ses erreurs à travers le monde, Lucie observa :
« Si cela est fait [la consécration de la Russie], elle [la très sainte Vierge] convertira la Russie et il y aura la paix. Sinon, les erreurs de la Russie se propageront à travers tous les pays du monde.
— A votre avis, demanda Walsh, cela signifie que tous les pays sans exception seront conquis par le communisme ?
— Oui, répondit la voyante.
— Tous les pays sans exception ? insista Walsh, surpris.
— Oui, tous les pays sans exception, même si c’est pour peu de temps (pour sa déroute totale), avant le triomphe du Cœur Immaculé de Marie. » (Édition anglaise, page 226.)
Ce texte, curieusement, a disparu des éditions récentes de ce livre en d’autres langues !
Tous les théoriciens et grands chefs du communisme, de Marx et Engels à Gorbatchev, ont affirmé que le but du communisme n’était pas la dictature du prolétariat (stalinisme ou castrisme), mais que, de là, on passerait à la propre dissolution de l’État, pour, dans le règne de l’anarchie (nihilisme), ériger ce que l’on appelle le « socialisme autogestionnaire ». La constitution soviétique elle-même établit l’autogestion comme objectif.
La gigantesque misère, à tous les niveaux, engendrée par le communisme, malgré les immenses efforts de l’Occident capitaliste pour soutenir le régime et dissimuler son échec, était irrémédiable et annonçait l’explosion, à l’intérieur du rideau de fer, d’un mécontentement incontrôlable, accumulé par la violente imposition d’un système antinaturel ; explosion préfigurée par les deux explosions de Tchernobyl et de l’arsenal de la flotte soviétique dans la mer Baltique à deux dates significatives : le 25 avril, fête de Notre‑Dame du Bon Conseil, et le 13 mai 1984 : anniversaire de la première apparition de Notre‑Dame à Fatima.
Depuis des années, était préparée, comme issue, une convergence avec l’Occident, mais tel était l’abîme qui séparait les deux systèmes, qu’il était risqué d’abattre subitement le rideau de fer : le contraste provoquerait une telle réaction d’un côté comme de l’autre, qu’elle mettrait en grave péril la révolution mondiale : l’« Ostpolitik » de Casaroli et Kissinger, dénoncée et discréditée, avait déjà produit ses fruits amers ! Comment surmonter l’impasse ?
D’un autre côté, les moyens d’« agitation et propagande » de la révolution rencontrent dans le camp ennemi (la sainte Église catholique), malgré son infiltration, le plus grand obstacle spirituel, moral et psychologique, ratifié et renforcé par le message de Fatima : il faut donc neutraliser ce dernier ! La « théologie de la libération » perd son dynamisme destructeur des années 60-70 et la résistance catholique, perplexe, regarde vers Rome et, pleine d’espérance, vers Fatima.
C’est l’occasion dont le marxisme profite (en laissant à Cuba une réserve pour de futures manœuvres) pour se libérer de l’étatisme – comme il est prévu dans son évolution dialectique –, conjurant la crise qui est sur le point de se produire en son sein. Il en profite aussi pour faire un « saut qualitatif », en accélérant la marche vers une société de type autogestionnaire, et ainsi, sous un nouvel habit (« socialisme rénové »), pour se disséminer dans le monde entier. On monte alors le scénario : est lancée la « perestroïka » en 1985 avec Gorbatchev, qui déclara qu’il ne fut pas le destructeur du communisme, mais qu’il le libéra du cancer de l’étatisme (Entrevue dans l’« Expresso », Équateur, 31 mai 1992). Et, le 9 novembre 1989, se produit la spectaculaire chute du Mur de Berlin au rythme du rock. (Un morceau de ce mur se trouve à Fatima, comme témoin.) Du côté de l’Église conciliaire, on ordonne de dire, à partir de 1989, que la consécration du monde faite par Jean‑Paul II le 25 mars 1984, sans aucune mention de la Russie, était bien celle qu’avait demandée le ciel, même si sœur Lucie soutenait que ce n’était pas celle qu’avait demandée Notre‑Dame.
En conclusion, la consécration étant faite, il n’y a pas à insister davantage : la Russie s’est convertie, le communisme est mort, Fatima est terminé. Dans le monde, il y a beaucoup d’autres apparitions dont il faut s’occuper. Le « Nouvel Ordre Mondial » est la paix promise, etc., etc. Mais l’autogestion s’impose dans les programmes politiques des néocommunistes qui, avec leurs compères « socialistes réformés », sont en train de s’implanter, presque sans obstacle, dans le monde entier. Le catholicisme se dissout en d’innombrables groupuscules de caractère charismatique, sans doctrine fixe et en marge de la hiérarchie institutionnelle, inspirés par de modernes « gourous » plus ou moins illuminés. Le communisme, apparemment en déroute, en réalité métamorphosé, se dissémine dans le monde entier sans grande résistance, confirmant, une fois de plus, les prophéties de Notre‑Dame de Fatima : « La Russie répandra ses erreurs à travers le monde. »
Gardons confiance et prions pour que ce temps soit abrégé et que se fasse rapidement la consécration de la Russie, telle que l’a demandée Notre‑Dame. Alors, la Russie se convertira et le monde aura un certain temps de paix : « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! »
Le changement de la note nº 11
du « troisième Mémoire » de sœur Lucie
Qui a demandé aux hommes d’Église de changer la note nº 11 du troisième Mémoire de sœur Lucie, comme nous le constatons depuis 1990 ? Dans quel but ? Et au bénéfice de qui ?
Le 25 mars 1984, le Pape Jean-Paul II, invitant les évêques à s’unir à lui, a fait une consécration du monde « à Marie, Mère », sans faire la moindre mention de la Russie.
Dans les éditions des années antérieures à 1990 des Mémoires de sœur Lucie, la note nº 11 du troisième Mémoire affirmait ceci :
Les conditions pour la consécration de la Russie et, en conséquence, pour sa conversion telles que Notre‑Dame les a demandées, ont-elles été satisfaites ? Lucie a manifesté l’opinion contraire. Ainsi, nous continuons à souffrir les conséquences du communisme athée qui, dans la main de Dieu, est un châtiment pour punir le monde de ses péchés.
Cette note se trouve encore écrite, par exemple, dans la deuxième édition des Mémoires en langue italienne, publiée en mai 1988, soit plus de quatre ans après la consécration de 1984 ! Puis, brusquement, en 1990, on fait tout changer : cette note disparaît pour être remplacée par la note suivante, que l’on peut lire pour la première fois dans la sixième édition des Mémoires en langue portugaise, publiée en mars 1990 :
Sœur Lucie affirme que la consécration faite par Jean‑Paul II en union avec les évêques, le 25 mars 1984, correspondait à la demande de Notre‑Dame et a été reçue par le ciel. Elle précise qu’une union numérique de tous les évêques n’était pas exigée, une union morale étant suffisante. Les surprenants changements qui ont commencé à se constater dans les pays de l’Est en 1989, seront déjà les premières réponses du ciel quant à la promesse de 1917 : « Le Saint‑Père me consacrera la Russie qui se convertira et il sera concédé au monde un certain temps de paix ».
Que s’est-il donc passé entre mai 1988 et mars 1990 ? M. l’abbé Caillon nous donne la réponse : en 1988, « une consigne arriva de Rome, obligeant tout un chacun à dire et à penser : “La consécration est faite. Le pape ayant fait tout ce qu’il pouvait, le ciel a daigné agréer son geste”. »
Un historien de l’Université de Coïmbra, dans une lettre du 16 janvier 1991, questionna le père Kondor pour savoir à qui sœur Lucie avait déclaré oralement que la consécration de la Russie avait été faite ; et il reçut cette réponse datée du 26 janvier 1991 : « Le bruit court que la personne qui a affirmé pour la première fois et publiquement qu’elle avait entendu sœur Lucie dire que la consécration a été acceptée est une de ses cousines, Maria do Fetal. Elle est institutrice et demeure à la Casa Velha, à Fatima. Comme parente de sœur Lucie, elle a la permission de lui rendre visite. »
Or, cette Maria do Fetal affirma jusqu’en juin 1989 que sœur Lucie disait que la consécration n’était pas faite, avant de présenter soudain, en janvier 1990, un nouveau discours tout à fait au goût des autorités religieuses de Fatima, lesquelles s’étaient faites, depuis 1988, les porte-étendards de la manœuvre visant à neutraliser, dans la mesure du possible, la réalisation du triomphe de l’Église par le Cœur Immaculé de Marie, en faisant croire que la chute du Mur de Berlin, en 1989, était la réponse du ciel à la consécration de 1984 ! C’est d’ailleurs pour illustrer cette chimère que le sanctuaire de Fatima a fait placer près de l’esplanade un morceau du Mur de Berlin !
Il faut bien remarquer que le père Kondor présentait le « témoignage » de cette personne comme étant à l’origine d’« un bruit qui court », et que, par cette nouvelle note, il transformait ce simple « bruit » en l’affirmation d’un « fait incontestable », reproduit comme tel par tous les médias curieusement intéressés à diffuser certaines dérives de l’Église conciliaire.
La manipulation de la pensée de sœur Lucie est donc flagrante. Elle est renforcée par la circulation de prétendues lettres d’elle : en 1989 et 1990, cinq lettres ont été diffusées à Fatima, dans le cadre d’une véritable campagne d’intoxication et de désinformation (dont l’origine semble être certains personnages très haut placés du Vatican), destinée à faire croire à l’opinion publique que la consécration du 25 mars 1984 répondait en tous points à la consécration demandée par Notre‑Dame. Or, certaines de ces lettres contiennent de grossières erreurs sur les événements de Fatima, et la seule critique interne de ces cinq documents suffit à montrer qu’il s’agit de lettres apocryphes : elles ne contiennent pas le moindre élan de dévotion pour le Cœur Immaculé de Marie ; elles développent des thèmes rhétoriques étrangers à sœur Lucie ; enfin, elles sont rédigées dans un esprit absolument contraire au cœur et à l’âme si simples et si dévots de sœur Lucie.
(Voir frère François de Marie des Anges : Fatima, joie intime, événement mondial, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 2e édition revue et corrigée de décembre 1993 ; chapitre 16, pages 374 à 378).
[1] — Frère Michel de la Trinité, Toute la vérité sur Fatima, tome III : Le Troisième secret, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1985, p. 38.
[2] — Mémoires de sœur Lucie, « Quatrième Mémoire », 1ère édition, 1980, p. 173. On sait que, lors de la publication de la troisième partie du secret, en juin 2000, le Vatican ne s’est pas référé au récit de ce quatrième Mémoire mais seulement au troisième qui raconte les mêmes choses, mais omet précisément cette phrase « Au Portugal, etc… ».
[3] — Cette citation tirée du nº 5 de Alètheia a été ajoutée par la rédaction du Sel de la terre à la recension de M. l’abbé Delestre.
[4] — Il faudrait ajouter celui accompli par le prophète Isaïe et relaté en 2 R 20, 8-11. (NDLR.)

