Le rosaire et l’islam
par le frère Thomas Esser O.P.
Le grand secours que le ciel nous a donné face à l’islam, c’est le saint rosaire. L’histoire en témoigne et il est juste de rappeler ces souvenirs aujourd’hui où nous subissons à nouveau ses menaces.
Thomas Esser, né le 7 avril 1850 à Aix-la-Chapelle, entra en 1878 dans l’Ordre des frères prêcheurs, étant déjà prêtre et ayant participé à la lutte du catholicisme contre le kulturkampf. Après une douzaine d’années d’enseignement, en particulier à Fribourg, il devint secrétaire de la congrégation de l’Index, fonction qu’il exerça pendant le temps fort et la liquidation du modernisme (1900-1917). Son influence ne fut pas négligeable dans plus d’un épisode et dans les orientations générales du pontificat de saint Pie X. En plus de quelques articles ou écrits de piété mariale, le Père Esser a publié l’Introductio in S. Theologiam dogmaticam ad mentem S. Thomæ de C. Schaezler, 1882 [1].
Le Sel de la terre.
*
Cantemos al Señor, que en la llanura
venció del ancho mar al Trace fiero ;
Tú, Dios de las batallas, Tú eres diestra
salud y gloria nostra
Fernando de Herrera [2]
L’ÉGLISE a vu s’élever contre elle, dans le cours des siècles, bien des adversaires, mais elle en a peu trouvé qui aient eu pour le christianisme une haine aussi acharnée que les sectateurs du faux prophète Mahomet, les disciples de l’islam. Ils prirent la place de ces empereurs romains qui persécutaient par le fer et par le feu la religion chrétienne, et qui s’efforçaient de l’anéantir entièrement [3]. Les mahométans, eux aussi, essayèrent dans maints combats sanglants de refouler la croix devant le croissant et de faire disparaître le christianisme de la surface du globe.
Lorsque la Terre promise de l’ancienne Alliance, devenue la Terre sainte depuis que Notre-Seigneur l’eut sanctifiée par la trace de ses pas, fut tombée entre leurs mains impies, un long cri de douleur retentit dans tous les pays chrétiens :
Et sepolcro di Cristo è in man’ de’ cani.
Le tombeau du Christ est entre les mains des chiens [4]. (Pétrarque.)
Ce cri de douleur perça tous les cœurs des chrétiens, et avec un enthousiasme héroïque, tous, même les femmes et les enfants, se levèrent pour aller reconquérir au profit du nom chrétien ce morceau de terre plus précieux que tous les trésors. Ces expéditions guerrières au Saint-Sépulcre, que l’on a appelées les Croisades, étaient réellement une démonstration magnifique de la foi qui animait les peuples, même lorsqu’elle ne réussissait pas à pénétrer entièrement et à transformer leur vie. Elles eurent les conséquences les plus étendues, jusque dans les siècles postérieurs, sur toute la vie intellectuelle, politique et industrielle de l’Occident, quoiqu’elles n’aient pas atteint le but même qu’elles se proposaient, c’est-à-dire de fonder d’une manière durable le pouvoir du christianisme dans la Terre sainte. Les mahométans reprirent le dessus, et les peuples chrétiens, renonçant à leur attaque hardie contre le boulevard des ennemis de la croix, durent s’en tenir à une défensive humiliante.
Ce furent surtout les turcs mahométans, les principaux représentants depuis lors du principe de la haine au christianisme, qui portèrent tout d’abord leurs ravages en Hongrie et en Autriche. Depuis la victoire de Nicopolis, remportée sur le roi Sigismond en 1379 jusqu’à la paix de Szegedin en 1444, ce ne fut qu’une suite de combats plus ou moins heureux. Après la conquête de Constantinople et la destruction de l’Empire grec (1453), ils fondirent sur la Hongrie avec une nouvelle violence, mais cette fois, grâce à la protection de Marie, on réussit à leur infliger dès la première rencontre une défaite décisive. C’était le lendemain de la fête de Notre-Dame des Neiges, que le vaillant général Hunyady (1456) et le saint franciscain Jean de Capistran, qui, la croix à la main, commandait une des ailes de l’armée, les battirent à Belgrade. Ils laissèrent 80 000 morts sur le terrain. A partir de 1463, les combats que les Turcs livrèrent aux Vénitiens restèrent sans résultats ; après seize ans de guerre, ils conclurent la paix avec eux en 1479. Leur attaque sur Rhodes en 1480 échoua entièrement. Les chevaliers de saint Jean remportèrent sur les assiégeants une brillante victoire, que le grand maître de l’Ordre Pierre d’Aubusson, aussi bien que les historiens de l’Ordre, attribuèrent unanimement à l’intervention de la puissante Reine des cieux, Notre-Dame des Victoires [5]. Les combats réitérés avec la Hongrie et la république de Venise qui remplirent tout le règne de Bajazet II (1481-1512), restèrent sans événements marquants. Mais son petit-fils, Soliman II, remporta sur les puissances chrétiennes des succès très importants. En 1521 il conquit Belgrade, en 1522 Rhodes, en 1526 il gagna la bataille de Mohács et soumit la Hongrie jusqu’à Bude. En 1529, il parut même devant Vienne et osa l’assiéger. En 1552 il arracha le Banat à la Hongrie, et en 1562 la maison de Habsbourg dut renoncer à ses prétentions sur la Transylvanie. Quelques années plus tard, Selim II, son successeur, attaqua, sans l’ombre même d’un prétexte, l’île de Chypre, dont les vins lui plaisaient. Pour satisfaire plus à l’aise son goût pour le vin, il fallut que cette île fût aussi enlevée aux Vénitiens. Venise n’était pas en état de se mesurer encore une fois avec toutes les forces des Turcs ; la lutte eût été trop inégale. Elle s’adressa aux puissances européennes pour avoir du secours ; mais ce fut en vain. Chacune avait ses propres intérêts, et quelques-unes peut-être n’étaient même pas fâchées de voir humiliée la fière Venise. Pour le moment, avant que le danger ne les atteignît directement, elles pouvaient ne pas voir que leurs propres intérêts étaient en jeu au plus haut point dans cette question. Un seul homme y voyait mieux. Son regard portait assez loin pour mesurer toute l’étendue du péril. Seul aussi, il avait assez de désintéressement pour courir au secours, autant que ses forces le lui permettaient, et de plus, malgré son âge avancé, il avait encore assez d’enthousiasme juvénile pour se déterminer à une nouvelle Croisade. Cet homme, c’était le pape. Seul, par sa puissance morale, le pape possédait l’autorité nécessaire pour réunir dans une action commune au moins les princes qui y étaient le plus intéressés. De plus, sa sainteté donnait précisément à Pie V la prudence, la patience et la force requises pour une telle entreprise.
La préparation de Lépante
En effet, par ses efforts infatigables, il réussit enfin à mener à bonne fin une telle ligue. Conclue le 19 mai, elle fut signée et jurée par les puissances alliées le 25 et publiée le 27 [6]. Le premier article de la convention portait : « Sa Sainteté le pape Pie V, Philippe II, roi d’Espagne, et la République de Venise déclarent la guerre aux Turcs, pour reconquérir tous les territoires et toutes les villes qu’ils ont enlevés aux chrétiens, sans excepter Tunis, Alger et Tripoli. » Les forces à réunir pour cet effet devaient monter à 200 galères, 100 vaisseaux de transport, 50 000 hommes d’infanterie Italiens, Espagnols et Allemands, et 4 500 hommes de cavalerie. Le pape désigna comme commandant en chef Don Juan d’Autriche, fils de l’empereur Charles-Quint, et frère du roi Philippe II d’Espagne. Peu à peu la flotte se réunit dans le port de Messine, les Vénitiens sous le commandement de l’amiral Veniero, les Pontificaux, sous celui de Marc-Antonio Colonna, qui devait en même temps, comme lieutenant-général, commander en chef en l’absence de Don Juan, et les Espagnols, sous le commandement de Luis de Requesens, commandant général de Castille. Aussitôt Don Juan partit de Madrid, et après avoir fait un pèlerinage à Montserrat, il se rendit en toute hâte à Naples. Là, ce beau jeune homme de vingt-quatre ans fut reçu avec un véritable enthousiasme. A l’église de Santa Chiara, le cardinal Granvelle, légat du pape, lui remit le bâton de commandement et le drapeau de la ligue envoyé par le pape : un de ses côtés représentait le Christ en croix ; l’autre portait les armes apostoliques, entre celles d’Espagne et celles de Venise, et au-dessous celles du commandant en chef. Immédiatement après, Don Juan partit pour Messine.
Dans sa précipitation il avait même dû renoncer à la consolation de demander personnellement la bénédiction du pape. En revanche, il avait envoyé à Rome le comte de Cariglio, par qui le Saint-Père lui fit promettre une victoire certaine. A Messine, le généralissime fut reçu avec un enthousiasme inexprimable, surtout par les volontaires, qui étaient accourus au nombre de 2 000 pour combattre sous un tel général. Entre autres, on y remarquait le prince Alexandre Farnèse, duc de Parme, le duc d’Urbino, Pompeo Colonna, duc de Sagarola, avec son frère Prosper, Paul Orsini, duc de Bracciano, accompagné de deux de ses frères, Vincent Cibo, marquis de Carrara, et beaucoup d’autres membres des plus anciennes familles aristocratiques d’Italie, de France, d’Espagne et du Portugal. Quelques troupes auxiliaires d’autres puissances, de la République de Gênes, du duc Emmanuel Philibert de Savoie, de l’ordre de Malte, etc., étaient aussi venues rejoindre la flotte. Avec des éléments si différents, on ne peut pas s’étonner qu’il y eût aussi des opinions très différentes relativement à la conduite à tenir contre l’ennemi. Mais dès que le pape apprit qu’on faisait difficulté de livrer une bataille, il envoya à Messine l’évêque de Penna, Jean-Paul Odescalchi, pour dire à Don Juan et à tous les autres, non seulement de ne pas refuser la bataille à la première occasion qui s’offrirait, mais même de la chercher le plus tôt possible, et de se battre alors de tout cœur, parce que la victoire serait pour les chrétiens [7]. Avec la même assurance il avait dit à Colonna, son général, en lui donnant sa bénédiction : « Allez, au nom de Dieu, combattre les Turcs, je vous assure de sa part que vous remporterez la victoire [8].
La confiance du pape n’était pas sans motifs, ni téméraire, elle reposait sur la conviction qu’il avait de la puissance de la prière. Comme il avait fait célébrer un triduum pour remercier Dieu de ce que la ligue avait réussi à se constituer, il ordonna aussi un jubilé général pour implorer la victoire en faveur des armes de la Ligue, et il accompagna lui-même à pied les processions qui se firent à cette intention dans la ville éternelle [9]. Il plaçait surtout sa confiance en celle dont il est dit qu’elle est terrible comme une armée rangée en bataille, c’est-à-dire en la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu. C’était par la récitation du rosaire qu’il l’invoquait lui-même constamment, et qu’il la faisait invoquer par les autres. D’après le témoignage formel de son biographe, il ne passait pas un seul jour, même étant pape, et même lorsqu’il était surchargé d’affaires, sans réciter cette pieuse prière du rosaire [10]. Déjà en 1566 (16 juin) et en 1569 (29 juin), il avait publié deux Bulles : Injunctum nobis et Inter desiderabilia, en faveur du saint rosaire et de sa confrérie. Mais il voulut encore, par une troisième bulle (Consueverunt Rom. Pontifices, 17 septembre 1569), dans laquelle il accordait à cette dévotion de nouvelles et très riches indulgences, se rendre favorable la Reine du très saint rosaire au milieu des difficultés de cette situation critique.
De même qu’autrefois la pieuse prière du rosaire, ou du psautier de Marie, introduite par saint Dominique et répandue partout par ses disciples, enflamma les fidèles d’un nouveau zèle et les changea tout d’un coup en d’autres hommes, de même qu’elle dissipa les ténèbres de l’erreur et qu’elle ramena la lumière de la foi catholique… ainsi, dit le pape, nous aussi, qui voyons l’Église militante que Dieu nous a confiée, attaquée de notre temps par tant d’erreurs et de guerres, ébranlée et affligée par les mauvaises mœurs des hommes, nous élevons nos yeux pleins de larmes, mais aussi pleins d’espérance, vers cette sainte montagne d’où nous vient le secours, et nous exhortons affectueusement dans le Seigneur tous les fidèles à faire de même,
c’est-à-dire à réciter le saint rosaire et à se faire inscrire dans sa confrérie. C’est pourquoi aussi le pape prit soin que, dans cette croisade contre les Turcs, chaque soldat fût muni d’un chapelet, et leur ordonna de le réciter [11]. On vit, principalement pendant le triduum qui fut célébré pour les soldats avant le départ de Messine, combien ces mâles guerriers eurent à cœur d’obéir à cette recommandation de leur père. Tous, pendant ces trois jours, purifièrent leur conscience de leurs péchés, et firent la sainte communion, et ils tâchèrent aussi de gagner les larges indulgences que le pape avait accordées à tous ceux qui prenaient part à cette expédition. Le jour de la Nativité de la très sainte Vierge, ils firent des processions, et toute l’armée fit preuve, soit en public, soit en particulier, d’une piété admirable. On pouvait les voir prier, les uns dans leurs livres de prières, les autres sur leurs chapelets, et invoquer avec ferveur la protection de Dieu et de la très sainte Vierge [12]. Une circonstance qui contribua beaucoup à développer cet esprit religieux, c’est que le pape lui-même avait choisi des prêtres de différents ordres religieux pour accompagner la flotte et maintenir la discipline de l’armée.
Tout était donc préparé pour une rencontre prochaine avec l’ennemi, lorsque survint une nouvelle qui, tout en répandant le deuil dans les cœurs, les remplit en même temps d’une ardeur plus grande encore pour le combat. C’était la nouvelle de la chute de Famagosta, la dernière place forte de l’île de Chypre. Déjà, le 9 septembre 1570, Nicosia, la capitale de l’île, située dans l’intérieur, avait dû capituler, après une défense héroïque. La capitulation fut suivie d’un affreux massacre, dont vingt mille hommes furent victimes. Ensuite toute l’armée turque, laissant seulement une faible garnison à Nicosia, s’était dirigée vers Famagosta, ville maritime entourée de retranchements considérables. Le blocus avait commencé dès le 19 septembre. La garnison n’était composée que de sept mille hommes, commandés par Marc-Antonio Bragadino. Mais ce noble vénitien sut communiquer à cette poignée d’hommes, ainsi qu’aux habitants de la ville, quelque chose de l’héroïsme que lui inspirait son zèle enflammé pour la religion de la croix. Il fit ériger, sur la place principale de la ville, un autel sur lequel on célébra la sainte messe en présence de toute la population, et les habitants de Famagosta non seulement assistèrent au saint sacrifice, mais ils y prirent encore part d’une manière plus parfaite en faisant la sainte communion. Bragadino fit ensuite une allocution enflammée, pour les engager à sacrifier tout ce qu’ils avaient, et leur fortune et leur sang, pour le salut de leur patrie. Lui-même fit ce serment avec ses frères d’armes, et tous, même les femmes et les enfants, enthousiasmés, le jurèrent avec eux. En effet, il réussit à soutenir le siège pendant onze longs mois, et à repousser héroïquement les assauts. De la part des habitants, comme de la part des soldats, il y eut pendant ces jours terribles des preuves d’héroïsme vraiment admirables, mais il était impossible à la longue de résister à une masse de deux cent mille combattants. Ce siège avait coûté jusque-là au moins quatre-vingt mille hommes à l’ennemi, mais les défenseurs avaient aussi été réduits à une poignée, et les survivants n’avaient plus ni munitions, ni provisions. On manquait de tout, et les soldats épuisés, affamés, pouvaient à peine porter leurs armes. Avec cela les remparts étaient tombés l’un après l’autre ; les tours ébranlées, les murailles, continuellement bombardées, étaient trouées par les boulets, et on pouvait presque franchir les fossés par-dessus les nombreuses couches de cadavres. La capitulation était inévitable, et l’on s’y décida, d’autant plus facilement que Mustapha Pascha offrait les conditions les plus favorables. Ce fut le 14 août que Bragadino rendit les clefs de la ville. Les vainqueurs, parjures, violèrent les conditions convenues. Pendant que la suite du noble Bragadino était passée sous ses yeux au fil de l’épée, il fut traité lui-même de la manière la plus barbare, mis à la torture et enfin écorché vif. Le noble guerrier endura cette mort affreuse avec l’héroïsme et la douceur d’un martyr, en priant pour ses ennemis. La ville de Venise lui éleva un monument dans l’église des Dominicains, S. Giovanni e Paolo [13].
La bataille de Lépante
Voilà les nouvelles des Turcs, qui arrivèrent à la flotte chrétienne quelques jours après qu’ils eurent quitté Messine pour prendre le large. Le 16 septembre 1571 on avait hissé les voiles, et dix jours après, Don Juan avait appris, près de Corfou, que la flotte turque se trouvait dans le golfe de Lépante. Se souvenant de la recommandation du pape, le général résolut aussitôt de marcher contre l’ennemi et de lui livrer bataille. A Commeniza, il passa une grande revue, et c’est là que la triste nouvelle de la chute de Famagosta vint enflammer encore l’ardeur des vaillants croisés. Un vent favorable poussait les bâtiments dans le golfe ; ils y entrèrent toutes voiles déployées, et leurs drapeaux flottants. C’était un champ de bataille mémorable – le même où, seize siècles auparavant (à Actium), Octave-Auguste et Marc-Antoine s’étaient disputé la souveraineté de Rome. Aussitôt Don Juan range sa flotte en ordre de bataille. Doria commande l’aile droite, Agostino Barbarigo, vénitien, commande l’aile gauche, à la place de Veniero tombé en disgrâce ; et lui-même prend le commandement du centre.
Cette ligne de bataille a cinq milles d’étendue. La flotte turque, composée de 300 voiles avec 120 000 hommes de troupes, prend des dispositions semblables. Ali-Pacha commande le centre, Sirokko, vice-roi d’Égypte, l’aile droite et Uluch-Ali, l’aile gauche. Don Juan parcourt encore une fois toute la ligne, pour exhorter les siens à combattre pour la croix ; l’amiral turc anime aussi les siens par ses promesses, soit les soldats mahométans, soit les esclaves chrétiens des galères. En attendant, les deux flottes se sont rapprochées. Il est une heure après midi le 7 octobre 1571. Le soleil inonde d’un flot de lumière ce spectacle grandiose. Chrétiens et Musulmans sont debout, l’arme au poing, sur le pont. Dans les deux flottes, règne une attente solennelle et pleine d’angoisse. A un signal donné, les soldats chrétiens, Don Juan à leur tête, « tombent à genoux et invoquent à haute voix le Dieu tout-puissant, et comme Pie V le leur a ordonné, ils saluent la très sainte Vierge, mère du Christ, qui à ce titre est toute-puissante auprès de son Fils [14] ». Puis ils se relèvent, pleins de confiance dans le secours du ciel. Un coup de canon tiré en l’air par le vaisseau de l’amiral turc rompt l’imposant silence. C’est un défi à l’adresse du général chrétien. Don Juan répond par un boulet d’un fort calibre. C’est ainsi que s’ouvre le combat d’artillerie. De tous les côtés, les bâtiments vomissent la mort, et les détonations des lourdes pièces de canon retentissent comme des coups de tonnerre sur les plages voisines de Népacto (Naupactus) et de Missolonghi, de Patras et d’Azio (Actium), et des îles Curzolari (Échinades). Cependant les vaisseaux se rapprochent toujours de plus en plus. Les combattants s’atteignent déjà avec leurs mousquets, et maintenant c’est un feu meurtrier de peloton qui commence. D’abord le vent est contraire aux chrétiens ; mais tout à coup il se tourne et chasse du côté des Turcs les épais nuages de fumée produite par la poudre. Les Turcs cherchent tout d’abord à l’emporter sur les ailes extérieures de la flotte chrétienne, et un instant la fortune les favorise. A l’aile gauche, huit galères vénitiennes sombrent dans les premières heures ; mais bientôt Barbarigo reprend le dessus, et force les agresseurs à se tenir sur la défensive. Contre Doria, qui a remarqué tout de suite le danger, les Turcs ne gagnent même pas cet avantage. Pendant ce temps, Don Juan, avec le centre, va droit au vaisseau amiral turc. Maintenant on commence de tous les côtés à s’aborder et bientôt 530 vaisseaux se trouvent bord à bord. On combat vaisseau contre vaisseau, homme contre homme. On ne peut, dans cette mêlée, recourir qu’à l’arme blanche. Le sang coule à flots dans la mer et la teint en rouge à plusieurs milles de distance. Deux fois Don Juan est repoussé par le vaisseau ennemi ; il attaque une troisième fois, et en reste le maître. Cinq cents janissaires, qui le défendent, sont tués ; Ali-Pacha lui-même succombe en combattant vaillamment. Don Juan, l’épée d’une main et tenant de l’autre la bannière que le pape lui a remise, occupe le pont. Il arrache aussitôt le croissant, et arbore à la place l’étendard de la croix en criant : « Victoire ! victoire ! » Et le cri de triomphe « victoire ! » se répète tout le long de la ligne de bataille [15].
La victoire est décidée. Le centre de l’ennemi est percé, l’aile droite s’enfuit et l’aile gauche elle-même cherche aussi son salut dans la fuite, dès qu’elle voit le centre des chrétiens s’avancer contre elle. Uluch-Ali s’échappe avec 40 vaisseaux seulement ; tous les autres sont pris, brûlés ou coulés bas [16]. En un peu plus de quatre heures, il y eut 40 000 Turcs tués, huit mille faits prisonniers, et douze mille captifs, enchaînés aux bancs des rameurs turcs, délivrés. La perte des chrétiens monta seulement à 15 galères, un peu moins de 8 000 hommes tués et presque autant de blessés. Ce fut là la plus grande bataille navale des temps modernes et, – si l’on met à part la bataille de Salamine (480 avant Jésus-Christ), entre les flottes beaucoup plus considérables de Xerxès et de Thémistocle, – la plus grande sans contredit de tous les temps. Même, à Salamine, les pertes du côté des vaincus furent, proportionnellement à leur nombre, beaucoup moindres qu’à Lépante, et la victoire elle-même fut bien moins décisive. Des historiens protestants eux-mêmes, tels que Ranke, ne peuvent s’empêcher de reconnaître, dans la victoire de Lépante, quelque chose de miraculeux. Ce fut, dit Miguel de Cervantès Saavedra, l’illustre auteur de Don Quijote de la Mancha, la plus belle journée qu’aient vue les siècles (la mas alta ocasion que vieron los siglos pasados, los presentes, ni esperan de ver los venideros [17]. Cervantès était lui-même du nombre des combattants et il reçut plusieurs blessures, qui le privèrent dès lors de l’usage de son bras gauche.
La journée de Lépante brisa l’orgueil des Musulmans et montra au monde que la flotte turque n’était pas invincible. Les Turcs eux-mêmes perdirent la confiance qu’ils avaient de ne pouvoir être vaincus ; de ce jour date le déclin de leur puissance. Le cardinal Newman dit dans son livre intitulé Les Turcs dans leurs rapports historiques avec les Chrétiens :
Je m’appuie sur des autorités protestantes [18], lorsque je dis que le sultan en recevant la nouvelle de cette bataille (de Lépante) resta trois jours sans boire ni manger, qu’il ne voulut même pas se montrer en public ni admettre personne auprès de lui ; que depuis la victoire de Timur (Tamerlan) sur Bajazet, un siècle et demi auparavant, il n’y eut pas de plus terrible coup porté à la puissance des Osmanlis, que ce fut même le point d’arrêt dans l’histoire musulmane, et que, si les sultans furent encore heureux dans quelques-unes de leurs campagnes dans la suite, néanmoins leur puissance alla toujours en déclinant depuis, tellement qu’ils perdirent dès lors le prestige de leur nom et la confiance qu’ils avaient en eux-mêmes, et que les victoires qui furent plus tard remportées sur eux ne furent qu’un complément et comme un contrecoup de la bataille de Lépante.
La victoire de Lépante
est due au saint rosaire
Ce que disait Judas Machabée, avant sa victoire sur Apollonius et Seron, en présence d’un ennemi bien plus considérable, on doit le dire aussi de cette victoire mémorable de Lépante : « Ce n’est pas de la grandeur de l’armée que dépend la victoire, mais c’est du ciel que vient le succès » (1 M 3, 79). C’était surtout le pape qui (comme le dit Muret), semblable à un autre Moïse, avait, par ses mains élevées dans la prière, décidé la victoire. Aussi son général lui écrivait, le jour même de la bataille : « Il a plu à la grande bonté et à la miséricorde de Dieu d’exaucer les saintes et ardentes prières de Votre Sainteté [19]. » C’est par ces paroles que Marcantonio Colonna rendait compte de la victoire à saint Pie V. Le roi du Portugal exprimait la même conviction, dans la lettre où il témoignait au pape sa joie de la victoire [20]. Et ce n’était pas là seulement l’opinion flatteuse de quelques courtisans, c’était réellement l’opinion générale.
Nous avons déjà dit plus haut quel empressement le pape avait mis à appeler sur l’issue de la campagne le secours divin, surtout par l’intercession de la Reine du saint rosaire. Dans cette intention, sans avoir égard à son grand âge, il s’était imposé, à ce que rapportent ses biographes, beaucoup de jeûnes, de veilles fatigantes, et il avait versé beaucoup de larmes dans la prière. Il avait encore redoublé ces pieux exercices lorsque la flotte fut sur le point de rencontrer l’ennemi. Pendant ces jours, il chargea aussi les couvents et les collèges de la ville éternelle de faire alternativement des heures de prières, pour implorer un succès favorable, de sorte qu’il n’y eût pas d’interruption dans les assauts livrés dans ce but à la divine miséricorde. Lui-même, la veille de la bataille, passa la nuit en prière, et il continua encore cette prière tout le jour. Dans l’après-midi, il était en train de traiter quelques affaires avec son trésorier, Barthélemy Buzzotti, lorsque tout à coup il s’interrompit, ouvrit la fenêtre et leva les yeux vers le ciel. Après être resté quelques instants dans cette position, il ferma la fenêtre, regarda Buzzotti tout pensif et lui dit : « Maintenant ce n’est plus le temps de s’occuper d’affaires, allez rendre grâces à Dieu, car notre flotte vient de se rencontrer avec la flotte turque, et, à cette heure, elle a remporté la victoire. » Rempli d’admiration, Buzzotti s’éloigna aussitôt. Arrivé à la porte il se retourna encore une fois, et vit le pape à genoux devant le petit autel de sa chambre et rendant grâces à Dieu, les mains jointes [21].
Le messager de l’heureuse nouvelle fut ballotté sur la mer pendant tout un mois, tandis que le courrier parti pour Venise parvenait à Rome, dès le 21 octobre. Arrivé au milieu de la nuit, il se rendit immédiatement au Vatican. Pie V se leva aussitôt, ou plutôt, comme le dit son biographe, il sauta de son lit et courut tout joyeux dans sa chapelle, pour remercier Dieu de la confirmation de la première nouvelle qu’il avait miraculeusement reçue. Il fit aussi éveiller tous ceux qui appartenaient à la famille pontificale, et leur fit également rendre grâces à Dieu. Dès le point du jour, il reçut avec la joie la plus vive tous les cardinaux qui accouraient pour lui offrir leurs félicitations.
Après avoir échangé ensemble leurs démonstrations joyeuses, il se rendit avec eux à la basilique Saint-Pierre pour y rendre aussi publiquement à Dieu l’action de grâces qui lui était due. Dans les autres basiliques de Rome, on fit des processions solennelles auxquelles le pape assista en personne. Partout ce fut une fête publique. La République de Venise crut devoir une partie de sa reconnaissance à sainte Justine, vierge et martyre, patronne de Venise conjointement avec saint Marc, évangéliste. C’était, en effet, le jour de sa fête qu’avait eu lieu la bataille, et dans ce but elle prescrivit de célébrer chaque année en son honneur l’anniversaire du 7 octobre. On fit aussi graver trois médailles, en souvenir de la protection de cette sainte [22]. Tolède rendit également grâces au pape saint Marc, dont la fête coïncidait avec le jour de la bataille, et à qui elle crut devoir, pour cela, attribuer une partie du succès. Néanmoins, de même que les soldats les plus braves qui avaient pris part à cette bataille, et qui peut-être y avaient versé leur sang par plus d’une blessure, durent en toute justice céder à leurs chefs l’honneur du triomphe, de même les autres saints, qui pouvaient avoir contribué par leur intercession à la victoire, durent en laisser l’honneur à leur reine, sans que pour cela la gloire qui leur revenait à juste titre en fût diminuée [23]. C’est à Marie surtout que l’on attribua la victoire.
Un peu avant la bataille, Don Juan avait fait vœu de faire un pèlerinage à Lorette, s’il en sortait sain et sauf et victorieux. Et il tint aussi sa promesse, dès que les circonstances le lui permirent. Au plus fort de l’hiver, sans s’inquiéter des rigueurs de la saison, il partit de Naples. Lorsqu’il aperçut de loin le temple qui élève ses voûtes au-dessus de la petite maison de la sainte Famille, il se découvrit pour saluer Marie, et il ne se recouvrit plus malgré le mauvais temps et la pluie. Dans la Santa Casa, il fit une confession générale, et témoigna aussi par ses actes, de la manière la plus édifiante, sa vénération et sa reconnaissance envers la très sainte Vierge. Il attribua à sa protection la faveur d’être sorti sain et sauf et victorieux de la bataille : cujus præsidio se incolumem credebat esse [24]. C’est aussi à ce même pèlerinage que s’était rendue l’épouse de Marcantonio Colonna, née princesse Orsini, dès que son mari avait mis à la voile, comme amiral de la flotte du pape. Elle ne doutait pas, dit l’historien de ce saint lieu, que Dieu n’eût pitié d’elle et de son mari, si elle s’adressait à lui par l’intercession de sa très sainte Mère [25]. Aussi passa-t-elle toute la nuit dans la Santa Casa, absorbée dans une prière fervente, comme si elle eût voulu, en quelque sorte, contraindre Dieu par ses instances à lui accorder le secours qu’elle demandait par l’intercession de Marie. C’est aussi pour cela qu’après la victoire il y eut à Lorette, où déjà le pape avait fait établir la confrérie du Saint-Rosaire [26], des actions de grâces spéciales.
Mais ce ne fut pas seulement à Lorette, ce fut dans tous les sanctuaires consacrés à Marie. Ces sanctuaires se seraient même presque disputés sur la part plus ou moins grande qu’avait eue à la victoire l’invocation de leurs images miraculeuses [27]. Dans le célèbre sanctuaire de la Madonna della Quercia (c’est-à-dire « du Chêne »), au couvent des dominicains près de Viterbe, on ne sait quelle main suspendit un ex-voto avec cette inscription : Victoriam ad Lepantum impetravit Domina a Quercu et Rosario [28]. « Notre-Dame du Chêne et du Rosaire a obtenu la victoire de Lépante » En réalité, Marie avait été assaillie de tous les côtés, principalement par le rosaire, et c’était en tout cas une coïncidence merveilleuse que la bataille eût été justement décidée à l’heure où les confréries du rosaire faisaient leurs dévotions et leurs processions de règle.
Le 7 octobre tombait cette année-là le premier dimanche du mois, et de tout temps le premier dimanche de chaque mois avait été consacré par les confréries aux dévotions du rosaire. Comment le pape aurait-il pu, lui aussi, ne pas attribuer publiquement, et même officiellement, cette victoire à la très sainte Vierge ? C’est ce qu’il fit, sans cependant tout d’abord faire mention expresse du rosaire. « Afin que le peuple chrétien, rapporte son biographe, gardât éternellement le souvenir reconnaissant d’un si grand bienfait de la miséricorde divine, il ordonna, pour la gloire de Dieu et l’honneur de la très sainte Vierge Marie, sa mère, par l’intercession et le secours de laquelle il confessait, avant tout, avoir remporté une telle victoire, que dorénavant le 7 octobre fût toujours fêté solennellement dans l’Église catholique, en mémoire de Notre-Dame de la Victoire (Santa Maria de Victoria) [29] ». De plus il ajouta aux litanies de la sainte Vierge un nouveau titre d’honneur, en même temps qu’un nouveau motif de confiance pour les fidèles celui de « Secours des Chrétiens ».
Cependant le pape ne put pas passer entièrement sous silence la part qu’il reconnaissait au rosaire dans cette victoire. A Martorell, petite ville de Catalogne, dans le diocèse de Barcelone, il y avait, depuis de longues années, à l’église paroissiale de Notre-Dame, une confrérie du Saint-Rosaire, sans qu’on pût y trouver de diplôme d’érection. Depuis quelque temps, les membres avaient commencé à bâtir dans cette église une magnifique chapelle, sous le titre de Notre-Dame du Rosaire, ce qui avait donné à la confrérie un nouvel essor. Le général espagnol Luis de Requesens, qui avait combattu si vaillamment à Lépante, à la tête de sa flotte, portait un intérêt tout particulier à cette chapelle : non seulement parce qu’il possédait la seigneurie de Martorell, mais aussi parce qu’il avait une dévotion toute spéciale pour Notre-Dame du saint Rosaire, et, par là même, pour cette nouvelle chapelle qui s’élevait en son honneur, comme souvenir perpétuel d’une telle victoire. Les égards dus à un homme de ce mérite [30], qui avait eu une large part à la victoire, déterminèrent le pape à accorder à cette chapelle du Rosaire des avantages spirituels tout particuliers [31]. Pie V était, en effet, fermement persuadé que cette victoire à jamais mémorable avait été obtenue par les mérites et l’intercession de la très sainte Vierge [32]. Afin donc que la très sainte Vierge reçût à perpétuité, dans cette chapelle, l’action de grâces qui lui était due, pour nous avoir obtenu une telle victoire, il confirma la confrérie du rosaire qui subsistait dans cette église, avec tous ses privilèges et toutes ses indulgences, et en souvenir de la victoire susdite, il transporta au 7 octobre la fête de la confrérie, que, jusque-là, les confrères célébraient le deuxième dimanche de mai ; il lui donna le titre de « Fête de Notre-Dame du Rosaire », et il accorda pour cette fête une des faveurs les plus larges que puisse accorder l’Église. A tous les fidèles, en effet, qui, après avoir reçu les sacrements de pénitence et d’eucharistie, visiteraient ce jour-là, sincèrement repentants, la dite chapelle du Rosaire à partir des vêpres de la veille jusqu’au coucher du soleil du jour de la fête, et qui y prieraient, en mémoire de cette grande victoire, pour l’exaltation de l’Église catholique et l’extirpation des hérésies, il accordait une indulgence plénière pour chaque fois qu’ils feraient cela (quoties id fecerint toties plenariam omnium peccatorum suorum indulgentiam et remissionem misericorditer in Domino concedimus et perpetuo elargimur). – C’est là l’origine de l’indulgence toties quoties, encore subsistante à présent [33], le jour de la fête du Saint-Rosaire. Elle fut étendue à toutes les confréries par le Bref Pastoris æterni de Grégoire XIII, le 5 mai 1582 [34], Bref qui décidait que toutes les indulgences qui avaient été accordées jusque-là à une confrérie quelconque ou à un des membres de cette confrérie, ou qui devaient encore être accordées dans l’avenir, serait étendues à toutes les autres confréries et à tous leurs membres. (…)
Dans cette circonstance il est fort possible, comme le remarque un des biographes de saint Pie V, que la modestie seule du pape ait été cause qu’il ne fit pas mention du rosaire en instituant la fête de Notre-Dame de la Victoire, afin de ne pas avoir l’air d’en faire honneur à l’Ordre auquel il avait appartenu plutôt qu’à la vérité [35]. Mais cet Ordre lui-même devait tenir à revendiquer cet honneur. C’est pourquoi, après la mort de saint Pie V (1572), qui eut lieu bientôt après, le maître général de l’ordre, Séraphin Cavalli, adressa une requête dans ce sens à son successeur, Grégoire XIII, qui y fit droit dès les premiers mois de son règne [36]. Il le pouvait d’autant plus facilement que son saint prédécesseur n’avait pas encore porté de décret relativement à cette fête ; c’était donc à lui et à exécuter et à interpréter sa volonté. Par suite, voulant consacrer, par une fête annuelle, le jour anniversaire de ce grand bienfait de la victoire du 7 octobre, il ordonna que, puisque en ce jour toutes les confréries du rosaire, sur toute la surface de la terre, avaient fait assaut auprès de la très sainte Vierge par leurs processions et leurs prières de règle, ce qui, comme on peut le croire pieusement, n’avait pas peu contribué à la victoire, on célébrerait désormais le premier dimanche du mois d’octobre, dans toutes les églises où se trouve un autel ou une chapelle du Saint-Rosaire, une fête solennelle proprement dite du Saint-Rosaire [37]. Aussitôt les dominicains de Naples commencèrent la construction d’un nouveau couvent, avec une église en l’honneur de Notre-Dame du Saint-Rosaire, et déjà l’année suivante (1574) cette construction commencée fut affiliée à l’Ordre par le Chapitre général de Barcelone [38]. Quelques années plus tard Alessandro Vittoria transforma en chapelle du rosaire et orna magnifiquement une grande chapelle dans l’église des saints Giovanni e Paolo en action de grâce de la victoire de Lépante. Malheureusement ce chef-d’œuvre de l’art a été détruit par le feu le 6 août 1867 [39]. Il semble que saint Pie V ait eu lui-même l’idée de changer le nom de l’église des dominicains à Rome (S. M. sopra Minerva) en celui de Notre-Dame de la Victoire. Du moins Maffei dit (ibid., p. 231) que le pape avait exprimé ce désir dans un consistoire des cardinaux et qu’il ne fut empêché de le réaliser que par sa mort.
Le saint rosaire sauve encore Vienne
Si l’institution de la fête du Rosaire n’avait été que la reconnaissance éclatante de la puissance victorieuse du rosaire contre les pires ennemis du christianisme, l’extension de cette fête à toute l’Église devait aussi être provoquée par de nouveaux succès des armes chrétiennes sur ces mêmes ennemis, par cette même prière à la très sainte Vierge. C’est contre le rosaire que la formidable puissance des Turcs vint se briser sur terre aussi bien que sur mer. Ce que Lépante avait été pour la flotte ottomane, Vienne le fut, un siècle plus tard, pour l’armée turque. Nous passons sous silence les combats incessants des Turcs contre la Hongrie, l’Autriche et Venise, qui remplirent tout ce siècle. Lorsqu’ils soutinrent en Hongrie le rebelle Tököly contre l’empereur, celui-ci dut conclure un traité contre eux avec la Pologne. Là-dessus les Turcs vinrent en 1683, au nombre de 250 000 hommes, mettre le siège devant Vienne. Cette capitale n’avait, en y comprenant ses citoyens armés, que 24 000 hommes à leur opposer. Ravagée de plus par toutes sortes de maladies, la ville était près de succomber, malgré l’héroïque défense du comte Rudiger de Stahremberg ; déjà on se préparait à combattre pied à pied dans les rues contre l’ennemi qui allait y pénétrer, lorsque tout à coup un rayon de joie et d’espérance vint ranimer tous les cœurs. Du haut du Kahlenberg s’élançaient des raquettes : c’était la réponse aux signaux de détresse qu’on avait donnés en lançant du haut de la tour de Saint-Étienne des fusées volantes. L’armée qui allait dégager Vienne était tout proche. Jean Sobieski (né en 1629, roi de Pologne de 1673 à 1696) était venu, avec 25 000 Polonais, se réunir aux impériaux commandés par Charles de Lorraine. Avec eux se trouvaient Georges III, électeur de Saxe, le prince de Waldeck et Maximilien Emmanuel, électeur de Bavière. Toutes leurs troupes réunies montaient à 84 000 hommes. C’était le roi de Pologne qui devait les commander. L’empereur lui envoya un magnifique bâton de maréchal. Pendant la nuit du 11 septembre, les Viennois, dans leur accablement, virent luire sur la chaîne de collines, au nord de la ville, les feux de garde. Un nouveau courage pénétra dans leurs cœurs. Le lendemain devait décider de leur sort. C’était le dimanche dans l’octave de la fête de la Nativité de la très sainte Vierge. De grand matin, le capucin Marco d’Aviano, confesseur et confident de l’empereur Léopold, célébra la sainte messe. Sobieski la servit. Avec tout le brillant cortège de princes qui l’entourait (ils étaient au nombre de trente-trois), il reçut de la main du saint religieux la sainte communion et la bénédiction du pape. « Au nom du Saint-Père, dit Marco d’Aviano aux chefs de l’armée, je vous déclare que la victoire est à vous, si vous vous confiez en Dieu. » Puis il leur fit répéter plusieurs fois les invocations : Jésus, Marie ! Sobieski donna alors l’ordre de combattre en s’écriant : « Dieu est notre secours. »
Le combat fut rude et sanglant, mais la victoire fut décisive. Au déclin du jour, les Turcs se débandèrent et s’enfuirent en désordre. Ils laissèrent un butin immense entre les mains des vainqueurs. C’était le 12 septembre 1683 ; ce jour décida des destinées de toute l’Europe. On appliqua alors à Jean Sobieski les mêmes paroles que saint Pie V avait dites de Don Juan d’Autriche « Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s’appelait Jean. »
Le lendemain Sobieski entra dans la ville et entonna dans l’église de la cour, Saint-Augustin, le Te Deum. Ce Te Deum fut répété, plus solennellement encore et plus joyeusement le lendemain, lorsque l’empereur fit son entrée dans la vaste cathédrale de Saint-Étienne. Une triple salve de coups de canon retentit des murailles de la ville dans tous les pays d’alentour, et les volées solennelles de toutes les cloches y joignirent leurs accords triomphants. C’était à Dieu seul que revenait la gloire. Sa protection avait été visible. « Nous sommes libres, écrivait le marquis Spinola, dans une relation des événements du siège, nous sommes libres par la miséricorde divine et l’intercession de la très sainte Vierge [40]. »
On n’avait pas non plus manqué de prier. Le bienheureux Innocent XI (pape de 1676 à 1689, béatifié en 1956) n’omit aucun moyen en son pouvoir, pour écarter de la Chrétienté le redoutable danger des Turcs. Il employa en particulier toute son influence à unir les puissances chrétiennes et à les pourvoir des moyens matériels nécessaires. Mais il prit encore plus soin de mettre en mouvement ces leviers spirituels qui seuls peuvent donner aux efforts humains la force nécessaire pour conduire au but. Il publia un jubilé, ordonna des prières, conduisit une procession de l’église Santa Maria sopra Minerva à l’église nationale allemande Santa Maria dell’Anima [41], et tant que le danger dura, il pria lui-même jour et nuit avec tant d’ardeur que souvent on trouvait inondé de ses larmes l’endroit où il s’était agenouillé. Aussi, après la victoire, il fit exposer le Saint-Sacrement dans toutes les églises de la ville éternelle, pour rendre grâces à Dieu, et, entouré des cardinaux, il entonna lui-même l’hymne d’action de grâces ; les canons du château Saint-Ange et le son de toutes les cloches répandirent la joie dans la ville et dans tous les pays d’alentour [42]. Mais pour établir un souvenir permanent de cette mémorable victoire, et pour donner à l’action de grâces envers Dieu une expression durable, il institua la fête du Saint-Nom-de-Marie, qui devait être célébrée solennellement chaque année dans toute l’Église, le jour même de la bataille, c’est-à-dire le dimanche dans l’octave de la Nativité de la très sainte Vierge. Cette fête existait déjà auparavant dans différentes parties de l’Église, et elle se célébrait le 17 septembre [43]. Après la victoire de Vienne, dès le 1er octobre, la reine de Pologne, Marie Casimire, fut la première a demander au pape de vouloir bien étendre cette fête aussi à son royaume et à toutes les provinces environnantes [44]. Pour donner plus de poids à sa prière, elle s’adressa également au cardinal Barberini, le priant de s’employer à cette affaire. Celui-ci lui répondit, dès le 20 novembre, que cette affaire était soumise à la congrégation des Rites, et qu’il pouvait lui promettre un heureux succès. En effet, cette fête fut approuvée par la sacrée congrégation dès le 20 novembre de la même année, et approuvée par le pape le 25 novembre, non seulement pour la Pologne, mais pour toute l’Église [45]. L’empereur Léopold exprima au pape toute sa joie de cette fête, et pour qu’elle ne pût pas être renvoyée à un autre jour par d’autres fêtes, il sollicita la nouvelle faveur qu’elle fût élevée dans tout l’empire et dans ses États héréditaires à un rite d’un degré supérieur [46].
Cette faveur fut aussi accordée à l’Autriche, et depuis lors, chaque année, une procession solennelle avec indulgence plénière fut faite ce jour-là à Vienne, au milieu d’une grande affluence du peuple.
Marie avait aussi été invoquée dans cette circonstance. Et de quelle manière ? – Avant de se mettre en campagne, Sobieski avait fait un pèlerinage au célèbre sanctuaire de Szenstochau pour implorer la protection de la très sainte Vierge [47]. Pendant l’action où de si grands intérêts étaient en jeu, le rosaire lui avait tenu fidèle compagnie. Lorsque, à l’occasion du deuxième centenaire de la délivrance de Vienne, on installa dans le nouvel Hôtel de Ville, une exposition historique d’objets se rapportant au siège de Vienne, il s’y trouva entre autres le chapelet de Sobieski. Une dizaine, composée de onze grains de jaspe, ornés chacun de deux petites lames d’or enjolivées et attachés à un anneau de jaspe, finissant par une houppe tressée en fils d’or et de soie et parsemée de perles et de grenats [48].
Charles de Lorraine, en se rendant du Tyrol à Vienne, où l’empereur l’avait appelé, au printemps de 1683, avait passé par Altötting pour y faire ses dévotions, et s’y était recommandé à la protection de Marie pour la campagne qu’il allait entreprendre.
De son côté, le pieux empereur, Léopold Ier (1640-1705), non seulement récitait le rosaire tous les jours, et ne rougissait pas de le montrer publiquement à tout le monde [49], mais encore il introduisit à l’église de la cour, Saint-Augustin, pour les trois derniers dimanches du Carême, un exercice spécial en l’honneur du rosaire, exercice qui se fit très solennellement et pour lequel il fit imprimer des petits livres de dévotion [50]. De plus, il était membre de la confrérie du Rosaire, dans le catalogue de laquelle il s’était inscrit de sa propre main, au couvent des dominicains à Vienne.
A Rome, les carmes déchaussés de l’église de Notre-Dame de la Victoire avaient, sur l’avertissement d’une personne qui était en odeur de sainteté, récité dans l’espace de quinze jours, mille rosaires pour la délivrance de Vienne, et lorsque l’événement eut vérifié ce que cette personne avait positivement annoncé, ils se crurent en droit d’attribuer l’heureux succès à cette prière [51].
Il y eut encore plusieurs autres endroits où le rosaire fut récité assidûment à la même intention. Il nous reste encore des sermons du temps de la guerre des Turcs, en 1683, dans lesquels on exhorte le peuple chrétien à la pénitence et à la prière, et ensuite à la louange et à l’action de grâce [52]. Ces sermons étaient prêchés à Augsbourg, pendant ces jours si terribles pour Vienne. Déjà, dans le second sermon, il est question du rosaire :
Les supérieurs spirituels et temporels avaient, en effet, ordonné, de concert, que les écoliers fussent conduits chaque matin à l’église Saint-Michel, et qu’ils récitassent le rosaire devant le Saint-Sacrement, pour obtenir en faveur de Vienne le secours du ciel. Nous devons faire, disait le prédicateur, ce que les viennois voudraient bien faire, mais ce qu’ils ne peuvent pas faire, à ce qu’il me semble. Ils voudraient bien conduire leurs enfants dans quelque église, mais cela ne se peut guère, dans un pareil trouble et un pareil désordre. On doit garder les enfants à la maison, parce qu’il n’y a plus de sûreté dans les rues, et qu’ils pourraient facilement être atteints et grièvement blessés par les pierres, les bombes ou les balles. Nous, au contraire, nous sommes, grâce à Dieu, préservés de ce danger, et nos chemins et nos rues sont en sûreté ; aussi il ne devrait y avoir ni père, ni mère, qui ne conduisît, ou au moins qui n’envoyât leurs chers enfants là où l’on a annoncé des prières, et où, avec leurs chapelets, ils donneront le fouet à ces chiens de Turcs. Les grandes personnes aussi sont invitées de la manière la plus pressante à réciter le rosaire avec les chers petits innocents, afin d’obtenir la délivrance de la ville de Vienne si cruellement éprouvée.
Très peu de temps après, le prédicateur pouvait déjà, du haut de la chaire, annoncer la victorieuse délivrance de la ville de Vienne.
Ce qui nous réjouit tout particulièrement en cela, c’est que nous voyons, disait-il, et que nous touchons du doigt, pour ainsi dire, que nos faibles et misérables prières n’ont pas été dédaignées par vous, ô Dieu de miséricorde ! Et si nos pauvres prières ont été si favorablement écoutées de Dieu, c’est parce que nous les avons unies à celles de sa très sainte Mère, à laquelle l’Enfant Jésus ne peut rien refuser. Nous avons supplié Marie avec des milliers de rosaires, soit dans les églises, soit en dehors, pour qu’elle nous accordât son secours, et à cause de cela elle s’est crue obligée de prier en même temps que nous, et en quelque sorte à l’unisson avec nous. C’est ce qui a rendu notre prière si efficace, et c’est pour cela que nous avons obtenu avec Marie ce que nous avions demandé avec Marie ; elle a même demandé plus que nous n’aurions osé espérer. Nous aurions été contents de la levée du siège, et elle nous a obtenu de plus une magnifique victoire et un immense butin.
Est-ce, en effet, cette fervente récitation du rosaire et ses effets qui déterminèrent l’empereur à faire une démarche auprès du pape ? Nous l’ignorons, mais le fait est qu’il s’adressa au pape Innocent XII (pape de 1691 à 1700), en le priant d’étendre la fête du Rosaire à toute l’Église. Le pape remit aussitôt cette affaire à la congrégation des Rites, mais il mourut avant qu’elle ne fût décidée.
Peterwardein, autre victoire
du rosaire sur l’islam
Il fallut de nouvelles victoires sur les Turcs, obtenues par le saint rosaire, pour réaliser le vœu de l’empereur. A peine, en effet, la puissance musulmane s’était-elle remise des suites de sa défaite de Vienne et de la guerre qui suivit, qu’elle recommença à devenir dangereuse pour la Chrétienté. Les coups qu’elle avait infligés à la république de Venise, surtout en lui enlevant la Morée [53], étaient tellement gros de conséquences, que l’empereur se vit obligé de se lancer de nouveau à leur rencontre, pour les empêcher d’avancer. Son général en chef, cette fois, avait déjà appris, à Vienne, à vaincre les Turcs ; c’était le prince Eugène de Savoie (1663-1736). De la capitale, il se mit en marche le ler juillet 1716, et déjà le 26 du même mois, il se trouvait en présence de l’ennemi à Peterwardein. Son armée, montait à 64 000 hommes, les Turcs en comptaient 200 000. Le 5 août la bataille fut livrée. Elle dura de sept heures jusqu’à midi. Vers midi la victoire était décidée en faveur des impériaux. Le camp ennemi était en leur pouvoir ; ils avaient pris 156 drapeaux, cinq queues de cheval et 472 canons.
Cette brillante victoire du prince Eugène de Savoie, le noble chevalier, eut lieu le jour de la fête de Notre-Dame-des-Neiges, alors que la confrérie du Rosaire faisait une procession spéciale, au milieu d’un grand concours du peuple, pour obtenir de Dieu, par l’intercession de Marie, la protection et la bénédiction de l’armée chrétienne et l’humiliation de l’armée ennemie. Sur le désir formel du pape, ces exercices du rosaire furent aussi continués les jours suivants dans le même but, et le résultat fut que les Turcs, qui, depuis près d’un mois, faisaient des tentatives désespérées pour s’emparer de Corfou (Corcyra) avaient comme disparu. Déjà le 8 août Schulenburg, avec 800 hommes seulement, leur avait fait essuyer un échec sensible, à la suite d’un combat de sept heures ; le lendemain une violente tempête causa à leur flotte de grands dommages. Deux jours après, ils s’embarquèrent dans le plus grand désordre et s’enfuirent, en laissant derrière eux un très riche butin. La nouvelle de la défaite de Peterwardein leur avait fait perdre la tête. Afin que le souvenir de cette grâce ne fût jamais effacé, le pape Clément XI approuva, dès le 3 octobre de la même année 1716, le décret porté par la sacrée congrégation des Rites sous le pape Innocent XII, à la prière de l’empereur Léopold, et étendit la fête du Saint-Rosaire à toute l’Église (sous le rite double majeur) [54]. Dès le dimanche suivant, le pape voulut célébrer cette fête dans l’église des dominicains, à Rome, avec toute la solennité possible, en action de grâces de la victoire obtenue.
La veille et le jour même, il y eut une illumination du palais du Vatican et de la coupole de Saint-Pierre ; on tira les feux d’artifice connus sous le nom de Girandola, et l’on fit éclater tous ces témoignages de joie, où la Rome papale savait si bien autrefois déployer une splendeur unique dans son genre, à l’occasion de solennités ecclésiastiques. Le matin de la fête, les fidèles s’empressèrent dans les églises pour recevoir les sacrements. Le pape, entouré du collège des cardinaux et de toute sa cour, assista à la grand-messe, célébrée par le cardinal d’Adda. Après la messe, il entonna lui-même le Te Deum, et au son des cloches de toute la ville, des canons du château Saint-Ange, il donna sa bénédiction à la foule immense des fidèles pressés sur la place. Le premier dimanche du mois suivant, où se faisait la procession ordinaire de la confrérie, il y eut encore une seconde fête. L’empereur Charles XI avait envoyé au pape quelques drapeaux pris aux Turcs, et un grand étendard de guerre. Le Saint-Père voulut en faire don à Notre-Dame du saint Rosaire dans l’église de sa confrérie. Au jour dit, cet étendard, porté par un officier, fut transporté solennellement à l’église, et remis à la porte du couvent par le sacristain de Sa Sainteté au général de l’Ordre. Sur quoi il fut jeté à terre et trois fois foulé aux pieds par le prieur, qui allait se mettre en procession, portant une petite statue de la sainte Vierge à la main ; c’était une allusion, sans contredit, aux paroles de l’Apocalypse (12, 1) : « Un grand signe parut au ciel : une femme revêtue du soleil, la lune (ici le croissant) sous les pieds. » Ensuite eut lieu la procession, pendant laquelle l’étendard conquis fut porté en triomphe au milieu de la garde suisse. A la fin il fut suspendu dans la chapelle de la Minerve, en souvenir perpétuel de la chose [55].
Assurément ces glorieux triomphes du rosaire sur les Turcs donnent le droit d’appliquer à Notre-Dame de la Victoire ces paroles : « Luna sub pedibus ejus », elle a foulé le croissant sous ses pieds, elle a vaincu définitivement l’ennemi du nom chrétien, fidèle à la promesse qu’elle écraserait la tête du serpent.
C’est le rosaire qui a décidé en faveur des chrétiens les combats du Seigneur, les batailles de la foi. Par ces victoires sur les Turcs, le rosaire a sauvé la civilisation européenne.
[1] — Cet article constitue le chapitre VIII du livre du père Thomas Esser O.P., Le saint Rosaire de la très sainte Vierge, traduit par Amédée Curé, Lyon/Paris, Delhomme et Briguet, 1894, p. 242-277, chapitre intitulé « Le saint rosaire dans ses effets sur l’Église en général. – Notre-Dame de la Victoire. » Les titres et quelques notes sont de la rédaction.
[2] — Poète de Séville (1534-1597) : « Chantons le Seigneur qui, sur la plane étendue / de la vaste mer, a vaincu le Thrace barbare ; / Toi, Dieu des batailles, tu es notre dextre, / notre salut et notre gloire » (extrait d’un poème « à la victoire de Lépante » inspiré du Cantique de Moïse, Ex 15, 1-19). (NDLR.)
[3] — Une des tâches principales de la science chrétienne, en effet, a été dès ce moment de défendre la religion de la croix contre les doctrines du Coran. L’Église a soutenu glorieusement cette lutte en commençant par saint Jean Damascène (756) avec sa Disputatio Saraceni et Christiani, et Pierre le Vénérable († 1458 : Adversus nefandam sectam Saracenorum en quatre livres), jusqu’au cardinal Nicolas de Cusa (dans ses Cribrationum Alcorani en trois livres, Bâle, 1550). Entre les deux une place particulière est due aux efforts de l’école fondée par saint Raymond de Peñafort pour des missions spéciales aux musulmans d’Espagne. Le premier et le plus important service rendu par cette école fut le Pugio fidei adversus Mauros et Judœos du dominicain Raymond Martini. C’est aussi dans le même but que saint Raymond aurait déterminé saint Thomas à composer sa Summa de veritate fidei catholicœ contra Gentiles. (NDLR : Pour la discussion de cette dernière opinion, voir Jean-Pierre Torell O.P., Initiation à saint Thomas d’Aquin, Fribourg/Paris (Cerf), 1993, p. 153 sq.).
[4] — Cette expression vient sans doute du mot de la Bible : « Ne donnez pas aux chiens les choses saintes » (Mt 7, 6). Saint Augustin voit ici dans le chien l’image de ceux qui attaquent la vérité (Canes pro oppugnatoribus veritatis positos non incongrue accipimus [il n’est pas incongru de penser que les chiens sont mis pour les adversaires de la vérité], De Sermone Domini in Monte, l. 2, c. 20, n. 68). Dans le psaume 21 (v. 17) qui se rapporte au Messie, le Sauveur mourant compare les bourreaux qui se sont jetés sur lui avec fureur à une meute de chiens : « Quoniam circumdederunt me canes multi [car de nombreux chiens m’entourent]. » Ce n’était donc pas sans raison qu’on appelait chiens de Turcs ces ennemis furieux de la vérité qui se jetaient sur l’Épouse de Jésus-Christ. Sainte Claire d’Assise ne répétait-elle pas avec le psalmiste, au moment où elle opposait le très Saint-Sacrement aux Sarrasins qui faisaient irruption dans Saint-Damien : « Ne tradas bestiis animas confitentium tibi, ne livrez pas aux bêtes féroces, Seigneur, celles qui confessent votre nom » (Ps 78, 19). C’est ainsi que Muret disait, dans le discours qu’il prononça après la bataille de Lépante : « Pouvons-nous souffrir que le tombeau de Jésus-Christ Notre-Seigneur et notre Dieu, le monument de notre salut, le gage de notre résurrection, soit si longtemps possédé et profané par des chiens impurs ? » Jacques Balde dit dans son unique chanson allemande sur cette bataille (strophe 7) : « Selim le tyran en a fait l’expérience, il y a une soixantaine d’années, lorsqu’il a sombré dans l’abîme de la mer avec sa flotte et son armée. Le chien de Turc a pu se convaincre alors qu’il ne servait à rien d’aboyer et de courir çà et là au milieu de la tempête et des flots. » (Kœrner, Marianischer Liederkrant, Augsburg, 1841, p. 313 sq.)
[5] — Voyez Biagio della Purifazione, Narrazioni sagre delle più insigni Vittorie riportate da’ fedeli per intercessione della St. madre di Dio dagl’ anni 534, sino al 1683, Rome, 1687, p. 230.
[6] — Maffei, Vie de saint Pie V, Venise, 1712, p. 193.
[7] — Gabutius, De Vita et rebus gestis Pii V, Pont. Max., Rome, 1605, p. 163.
[8] — Maffei, ibid., p. 220.
[9] — Gabutius, ibid., p. 138.
[10] — Catena, Vita del gloriosissimo Papa Pio V, Rome, 1586, p. 35. – Gabutius, ibid., p. 200.
[11] — « Che ognuno dicesse sue orationi, ufficio o corona, secondo il gusto delle sue devotioni, (…) havendo per cio mandato (…) per ciascun soldato un grano benedetto per le lor corone (…) E accommodavansi talmente i soldati a questa divota vita (…) ciascuno a sue corone e a sue divotioni attendendo. Que chacun dise ses prières, office ou rosaire, selon le goût de ses dévotions, ayant envoyé pour cela à chaque soldat un grain béni pour son chapelet. Et les soldats s’accomodaient si bien à cette vie dévote que chacun se dévouait à son rosaire et à ses dévotions. » Catena, ibid., p. 190. – Ainsi se trouve aussi confirmé ce qu’ajoute Gabutius (ibid., p. 202), que non seulement le saint pontife accordait des indulgences aux rosaires, mais que souvent il les b énissait lui-même avec une extrême condescendance.
[12] — Gabutius, ibid., p. 165.
[13] — Le dominicain Angelus Calepius, de Nicosie, écrivit une relation en grec sur tout ce qu’il avait vu et enduré pendant le siège et la prise de sa ville natale, et une autre sur les événements de Famagosta. Il composa cette relation avec les communications des principaux prisonniers de cette ville retenus à Constintinople, où il était interné lui-même. Son confrère Étienne de Lusignan, de Famagosta, de l’ancienne famille des rois de Chypre, traduisit cette relation en italien et en français.
Voici les titres de ces deux relations : 1° Vera e fedelissima narrazione del successo dell’ espugnatione e defensione del regno di Cipro e della città di Nicosia ; 2° Vera e fedelissima narrazione dell’ espugnatione e defensione di Famagusta. (Echard, ii, p. 311.)
[14] — Gabutius, ibid., p. 170.
[15] — « Dó el estandante bárbaro abatido, / La Cruz del Redentor fue enarbolada, / Con un triunfo solemne y grande gloria, / Cantando abiertamente la victoria. Là où l’étendard barbare fut abattu, la croix du Rédempteur fut arborée, avec un triomphe solennel et une grande gloire, en chantant ouvertement la victoire. » Alonso de Ercilla y Zuñiga, La Araucana, Canto xxiv.
[16] — Guglielmotti de’Pred., M. A. Colonna alla bataglia di Lepanto, Florence, 1862, p. 235 et 254, auquel sont aussi empruntés les chiffres cités dans le texte, fait monter à 107 le nombre des vaisseaux brûlés ou coulés à fond et à 130 celui des vaisseaux capturés. La plaque de marbre placée sur le tombeau de saint Pie V dans l’église Sainte-Marie-Majeure, à Rome, compte au contraire 180 vaisseaux turcs capturés (Muret parle même de 195, dans le discours déjà cité) et 90 coulés à fond. La même plaque fait mention de 116 grands canons et de 256 petits, pris par les Chrétiens. Elle compte du côté des Turcs 30 000 morts, 10 000 prisonniers et 15 000 esclaves chrétiens remis en liberté. Ces mêmes chiffres se retrouvent dans plus d’un historien. Cependant les documents sur lesquels le père Guglielmotti appuie son calcul, sont tels qu’on ne peut pas désormais s’en écarter. C’est ce dont convient aussi par exemple Millozzi, De pugna navali ad Echinadas Commentarium, Rome, 1879, p. 50 : « Albertus Guglielmottus, clarum Ordinis Dominicani lumen, doctrinæ copia et veritate commendabilis, ex incorruptis monumentis affert… » Les pertes du côté des chrétiens, très exactement indiquées par le père Guglielmotti, montent à 7 656 morts et à 7 784 blessés.
[17] — « On l'appelle communément Miguel de Cervantès Saavedra. Il fut soldat bien des années, et cinq ans et demi captif, pendant lesquels il apprit à avoir patience dans les adversités. A la bataille navale de Lépante, il perdit la main gauche d'un coup d'arquebuse; blessure qui peut sembler laide, mais qu'il tient pour belle, par ce qu'elle fut reçue dans la plus mémorable rencontre qu'aient vue les siècles passés et qu'espèrent voir les siècles à venir, en combattant sous les bannières victorieuses du fils de ce foudre de guerre, Charles Quint, d'heureuse mémoire » (Cervantès, Nouvelles exemplaires, Prologue au lecteur, 1613). Cervantès (1547-1616) est surnommé le « Manchot de Lépante ». (NDLR.)
[18] — « La bataille de Lépante préserva à tout jamais le Sud de l’Europe du danger d’être conquis par les mahométans. » (Alison, l’Europe, ix, 95). – « La bataille navale de Lépante est dans l’histoire de l’empire ottoman l’avant-coureur de la période de décadence, qui commence à Murad III » (De Rammer). – « La puissance ottomane faisait toujours des progrès formidables ; elle dominait la Méditerranée, ses entreprises contre Malte d’abord, puis contre Chypre, montraient combien elle avait à cœur la conquête de ces îles restées libres jusque-là. De la Hongrie et de la Grèce elle menaçait l’Italie. Pie V réussit enfin à faire comprendre ce danger aux princes catholiques ; lors de l’attaque de l’île de Chypre, l’idée lui vint de faire une ligue qu’il proposa aux Vénitiens d’un côté et aux Espagnols de l’autre. “Lorsque j’eus reçu la permission de traiter et que je lui en fis part, dit l’ambassadeur de Venise, il leva les mains au ciel et rendit grâces à Dieu ; il promit d’appliquer à cette affaire tout son esprit et toutes ses pensées”. Il lui en coûta des efforts incroyables. Et c’est ainsi qu’on aboutit à cette glorieuse bataille de Lépante, la plus heureuse que les Chrétiens eussent jamais remportée. Le pape était tellement absorbé dans cette entreprise que le jour même de la bataille, il crut, dans une sorte d’extase, contempler la victoire. Le gain de cette victoire le remplit de confiance en lui-même et lui inspira les projets les plus hardis. Il espéra en quelques années avoir entièrement terrassé les Ottomans. » Ranke, Die Osmanen u. die Spanische Monarchie im 16 u. 17 Jahrh (3 Auflage), Berlin, 1857, I, 375.
[19] — « È piaciuto alla bontà e grande misericordia di Dio esaudire le calde e sante orazioni della Santità Vostra. » Guglielmotti, ibid., p. 243.
[20] — Catena, ibid., p. 269.
[21] — Catena, ibid., p. 194 ; Gabutius, ibid., (l. 5, c. 6).
[22] — Cæsar Campana Aquilanus in Philippo II, partie 3, p. 122.
[23] — Omnes – disait Muret, dans son discours adressé à Colonna dans l’église de Sainte-Marie du Capitole – omnes eo animo huc convenerunt, ut Christo Jesu Victori et victoriarum datori, ut beatissimæ Virgini, ut cæteris cælitibus, quorum auxilio hanc victoriam sine ulla dubitatione acceptam ferre debemus… rite ac pie, ut debent, gratias agant (tous sont venus ici dans l’esprit de rendre grâce comme ils le doivent, selon les règles et avec piété, au Christ Jésus victorieux et qui donne la victoire, à la bienheureuse Vierge et aux autres habitants du ciel, à l’aide desquels nous devons sans aucun doute d’avoir remporté la victoire).
[24] — Horatius Turselinus, Histor. Lauretan, l. 4, c. 24.
[25] — Turselinus, ibid., 4, 21. – C’est pour cela que Colonna lorsqu’il fit son entrée triomphale à Rome, à l’église de Sainte-Marie du Capitole, vers laquelle se dirigeait la procession, offrit à la très sainte Vierge, en faisant allusion à son propre nom, une colonne d’argent sur laquelle figuraient des becs de vaisseaux (Catena, ibid., p. 206). C’est à cette occasion que Muret fit l’allocution mentionnée déjà plusieurs fois.
[26] — Bzovius, Pius V Rom. Pont. (Annales Eccl. tom. ultimus), Rome, 1672, col. 278.
[27] — En 1635 parut à Douai un livre (De victoria navali ad Echinadas ope B. Virginis obtenta), composé par un père de la Trinité, Barthélemy du Puille, et en 1639 une Oratio quodlibetica par Antonin Le Coq, du même Ordre, dans laquelle, à l’exemple de l’espagnol Paul Asnario (De los milagros de la Bienaventurada Virgen de los remedios, Barcelone, 1620, tratt. 2. c. 41), la victoire de Lépante est positivement enlevée à Notre-Dame du Rosaire, et attribuée à l’image miraculeuse d’un sanctuaire de cet Ordre, situé près de Valence, et appelé, à cause des nombreuses guérisons miraculeuses qui s’y opèrent Nuestra Señora de los Remedios. C’est pour les réfuter que le dominicain F.-H. Choquet composa son Triumphus Rosarii a Sede Apostolica decretus sodalitati B. M. V. ob victoriam ipsius precibus partam de potentissima Turcarum classe sub Pio V Pont. Max., Anvers, 1641. Voyez aussi Seguier G. O.P. Palma triumphalis SS. Rosarii de Turcis anno 1571 octobris VII a principibus christianis prælio navali ad Naupactum reportata, Douai, 1665. L’office de Notre-Dame du Remède, qui avait été accordé pendant quelques années aux trinitaires, leur fut enlevé plus tard et expressément défendu. Voyez Benoît XIV. De servorum Dei beatificatione, l. iv, p. ii, c. 31, n. 30.
[28] — S. Choquet, ibid., p. 180 et sq.
[29] — Gabutius, ibid., p. 180.
[30] — « Maxime dum personarum nobilitate generis pollentium, et de Sede Apostolica bene meritarum exposcit devotio… »
[31] — Il fit cela par une bulle spéciale, Salvatoris Domini, du 5 mars 1572 – cinq mois à peine après l’heureux événement. Bullar. Ord. Prœd. V, 295 sq. – Peu après, le pape semble avoir accordé un semblable privilège à la magnifique chapelle de la famille Requesens à Barcelone. Du moins c’est ce que rapporte Don Domingo de Aguirre, dans son Tratado historico-legal del Real Palacio de la ciudad de Barcelona (Vienne en Autriche, 1725), p. 35, où il parle de la part que Don Luis de Requesens avait prise à la bataille de Lépante (en partie d’après Juan Carolo Saraceno). « Sua Santitad…, dit-il, dispuso tambien con especial privilegio y Bulla concedida a favor de Don Luis de Requesens, que la misma fiesta se celebrasse en la Capilla desta Casa de Barcelona, donde fue colocada la misma imagen de la Virgen Santisima, que llevava la galera Real de España en la popa ; cuya invocacion aun tiene oy dia de Nuestra Señora de la Vitoria, y se ganassen en ella las mismas Indulgencias y Jubileos (Sa Sainteté a diposé aussi, avec un privilège spécial et une Bulle concédée en faveur de Don Luis de Requesens, que la même fête se célébrerait en la chapelle de cette maison de Barcelone où fut placée la même image de la très sainte Vierge que portait la galère royale d’Espagne sur sa poupe ; on l’invoque encore aujourd’hui sous le vocable de Notre-Dame de la Victoire, et on y gagne les mêmes indulgences et jubilés) », que dans les églises des dominicains.
[32] — « Cujus (Mariæ) meritis et piis intercessionibus die septima octobris a. D. 1571 victoria nullo unquam tempore oblivioni tradenda contra Turcas fidei catholicæ hostes nobis divinitus parta extitit. »
[33] — L’auteur écrivait avant le Concile Vatican II et les funestes réformes qui le suivirent. (NDLR.)
[34] — Bull. Ord. Præd. V, 409.
[35] — Maffei, ibid., p. 240.
[36] — Dans le chapitre général de l’an 1574, à Barcelone, sous le R. P. maître général Séraphin Cavalli (imprimé à Bologne, typ. Alex. Benacii, 1575), dans lequel on fait part à l’Ordre de l’introduction de la fête du Rosaire, il est dit expressément que le pape a institué cette fête « sur nos prières (ad preces nostras) ».
[37] — Bref Monet Apostolus, 1er avril 1573. Le pape Clément VIII, qui succéda en 1592 à Grégoire XIII, fit insérer la fête du Rosaire dans le martyrologe romain en ces termes : Commemoratio S. Mariæ de Victoria, quam Pius V Pont. Max. ob insignem victoriam a Christianis bello navali, ejusdem Dei Genitricis auxilio hac ipsa die (7 oct.) de Turcis reportatam, quotannis fieri instituit : et Gregorius XIII prima hujus mensis Dominica die annuant solemnitatem Rosarii ejusdem Beatæ Virginis celebrandam, decrevit.
[38] — Baronius, dans ses notes au martyrologe romain à la date du 7 octobre, dit de cette église : « Eo nomine Neapoli nuper erecta est ecclesia, egregium plane divinæ benignitatis monumentum, cum nostra memoria a. s. 1571 fidelium classis… gloriosam ac cunctis sæculis memorabilem de Turcis, christiani nominis infensissimis hostibus, ad Echinades insulas… victoriam reportavit. (Sous le même vocable [c’est-à-dire celui de Marie de la Victoire ; le Chapitre général cité plus haut disait : “sous le titre de la très sainte Vierge, Notre-Dame du Rosaire], à Naples a été construite récemment un église, témoignage tout à fait insigne de la bonté divine, lorsque, de notre temps, en 1571, l’armée chrétienne remporta sur les Turcs, ennemis très hostiles au nom chrétien, une victoire glorieuse et mémorable a tout jamais) »
[39] — Il serait à propos peut-être de citer ici quelques autres productions par lesquelles l’art a célébré cette grande victoire navale. Il était certainement très convenable qu’elle fût immortalisée dans le palais des papes. C’est ce qui eut lieu dans la salle du Vatican où les ambassadeurs des monarques chrétiens étaient reçus en audience, et qui pour cela s’appelle la Sala regia, au moyen de deux fresques de Vasari, dont l’une représente la flotte réunie près de Messine, et l’autre la bataille même. Voyez une belle gravure de cette dernière (par J.-B. de Cavelleriis), dans Ciaconius : Vitæ et res gestæ Pont. Rom. ab Oldoino recogn., Rome, 1677, III, 1023. – Dans son palais des doges, la République de Venise fit peindre en ex-voto par Paul Veronese dans la Sala del Collegio (c’est-à-dire de la Signoria ou des représentants de l’État) où l’on recevait aussi les ambassadeurs étrangers, au-dessus du trône, un tableau représentant le Christ dans la gloire : au bas le doge, S. Veniero, véritable chef de la flotte vénitienne, Venise, la Foi, saint Marc et sainte Justine, et Agostino Barbarigo qui était mort de ses blessures le jour même de la bataille. – Le même maître peignit encore un autre tableau représentant la bataille de Lépante, qui se trouve dans la galerie des tableaux de l’académie (salle xiv, n. 458) à Venise. Le Titien (1477-1576) fit aussi, quoique dans sa quatre-vingt-quatorzième année, le grand tableau : La bataille de Lépante. Dans le lointain on voit la bataille sur mer. A gauche Philippe II offre à Dieu son fils nouveau-né en action de grâces pour la victoire remportée ; un Turc est à ses pieds. La Gloire avec une couronne et une palme descend du ciel. (Dans le Musée royal de Madrid, nº 854). – Sur un semblable tableau dans la chapelle du rosaire à l’église paroissiale de Cavalese dans le Fleimsthal (Tyrol du Sud), voyez Beda Weber : Das Land Tyrol, Innsbruck, 1838, III, 21 et Kirchenschmuck, Blætter des christlichen Kunstvereins der Diœc. Seckau, xiv Jahrg. 1883, p. 80.
[40] — Sauer, Rom u. Wien im Jahr 1683, Vienne, 1883, p. 67.
[41] — Sauer, Rom u. Wien, p. 35 (comparez p. 42), 55.
[42] — Voyez Onno Klopp, Das Jahr 1683 u. der folgende grosse Türkenkrieg, Graz, 1882, p. 329.
[43] — Benoît XIV (De festis, p. II, c. 10, n. 6) dit : le 22 sept., « juxta eorum opinionem qui putant apud Judæos nonnisi quindecim ab ortu elapsis diebus infanti nomen imponi consuevisse » ; mais ceci est une erreur, car dans les Bulles de Clément X du 26 janvier 1617 et du 7 octobre de la même année où il permettait la fête du saint Nom de Marie, et y attachait des indulgences, le 17 septembre est nommé trois fois comme le jour de la fête accordée (Bull. Rom. édit. Luxembourg, vi, 367) et aussi dans un décret de la congrégation des Rites du 17 juin 1684, dans lequel elle éclaircit les doutes qu’on lui avait proposés, par rapport à la célébration de cette fête au jour fixé auparavant dans certains lieux, c’est le 17 septembre cité deux fois comme le jour de la fête. (Voyez ce décret, Ibid., v. vii, p. 57.
[44] — Sauer, Rom u. Wien, p. 83.
[45] — Voyez : Mühlbauer Decreta authentici Congreg. Sacr. Rit., Monachii, 1863, I, 574 (comparez le Supplementum, II, 635). Le 5 février 1684, la congrégation des Rites accorda un office et une messe propres pour cette fête.
[46] — Sauer, Rom u. Wien, p. 118. Pour l’Église entière elle était double majeure, l’empereur désirait la voir élevée au rite double de seconde classe.
[47] — Voyez la lettre de son secrétaire Talenti au cardinal Barberini dans Sauer, Rom u. Wien, p. 24. Le célèbre peintre polonais Jean Matejko a exposé en 1859 un magnifique tableau représentant « Sobieski au sanctuaire de Szenstochau. »
[48] — Une ancienne bande de parchemin atteste la provenance : Rosarium Joannis tertii regis Poloniæ, dum esset Viennæ Austriæ depulso Turco, Anno 1683. Ce rosaire appartient au Prince Nicolas Esterhazy, à Eisenstadt, et il se trouve conservé au château de Forchtenstein. – Voyez le catalogue de l’exposition historique de la ville de Vienne en 1883, p. 63.
[49] — Wagner, Historia Leopoldi Magni, August. Vindel., 1731, l. 48 (II, 794).
[50] — Quindecim mysteria Rosarii B. M. V. gaudiosa, dolorosa et gloriosa brevi paraphrasi proposita, salutaribus documentis explicata et piis affectibus inflammata ; quod christianæ virtutis exercitium, Deo Christo Jesu Virginique gratissimum, in Ecclesia Aulæ Cæsareæ magna S. Augustini Discalc. tribus altimis Quadragesimæ Sabathinis diebus ab Augustiss. imperatore Leopoldo, gloriosiss. memoriæ institutum, et a Sacra Cæs. et Cath. Majestate Carolo VI continuatum, magnis sumptibus proponitur et ad inflammandam populi pietatem solemniter celebratur. – Viennæ ex typogr. Cæs. Imp. aulica. Penes Joanem Bapt. Schænwetter, S. C. et Cath. maj. Aulæ Bibliopolam, s. a. (134 pag.) in-8°. Après la considération de chaque mystère, ce petit livre contient une poésie latine et un sonnet italien qui s’y rapportent.
[51] — Biagio della Purificazione, Narrazioni sagre, p. 411 et sq.
[52] — Par B. Balthasar Knellinger, imprimé à Munich en 1687, réimprimé à Augsbourg en 1745. – Voici le titre exact de ces sermons, qui, comme on le verra, quoique imprimés à Munich, semblent avoir été prêchés à Augsbourg : Predigen zu Zeit des Türkenkrigs anno 1683, in welchen das Cristen-Volk zur Buss, and Andacht, dan auch zu Lob-und Dank-Sprechung auff gemahnt worden von P. Balthasar Knellinger der Gesellschaft Jesu Priestern, und Thum-Predigern in Augspurg. München in Verlegung Johann Hermann von Golda gedrukt bey Sebastian Rauch, 1687, in-4°, 3 vol.
[53] — Nom donné au Péloponnèse après sa conquête par les Latins en 1205. (NDLR.)
[54] — Voir le texte du décret dans le Bullarium Ord. Præd. VI, 508.
[55] — Nous empruntons ces notes à une relation que l’ancien bibliothécaire de la Casanate, le père J. Pie Masetti, a publiée d’après un manuscrit de cette bibliothèque dans : Il Rosario, Memorie Domenicane, Ferrara, 1885 (II), p. 121 sq.
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