Les accords
luthéro-catholiques
Commentaire de la Déclaration commune
par S. Exc. Mgr Bernard Fellay
Nous poursuivons la transcription des conférences données par S. Exc. Mgr Fellay en février 2000, lors de la session de théologie qui réunissait au séminaire de Winona les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X du district des États-Unis.
Dans une première partie, Mgr Fellay a fait un rappel historique de la révolte protestante, pour analyser ensuite la doctrine du concile de Trente sur la justification (voir Le Sel de la terre 38, pages 21 à 37).
Dans le présent article, l’auteur étudie le texte de la Déclaration commune d’octobre 1999 et les rebondissements qui ont précédé sa signature. Il conclut que ces accords luthéro-catholiques sont un événement au moins aussi grave que la réunion d’Assise en 1986. Mgr Fellay avait d’ailleurs écrit une lettre ouverte au pape Jean-Paul II le 27 octobre 1999, quatre jours avant la signature. Nous en avons publié le texte dans Le sel de la terre 33, en joignant les documents mentionnés dans cette lettre.
Un petit épisode, relaté par M. l’abbé Bouchacourt dans Le Chardonnet de décembre 1999, montre combien les conséquences d’un tel œcuménisme sont dramatiques au niveau du catholique moyen :
« Il y a quelques jours, j’étais appelé au chevet d’un grand malade. Comme il se doit, dans un moment si important pour l’éternité, j’ai proposé à cette personne de purifier son âme par une bonne confession. Elle me répondit à la fois surprise et réticente : “Mais, mon père, y suis-je vraiment obligée ? Le pape vient de faire alliance avec les luthériens qui eux, n’ont pas recours à ce sacrement mais se confessent directement à Dieu. Ne pourrais-je pas en faire autant pour éviter ce pénible et difficile exercice ? Le pape ne leur a pas demandé de changer d’attitude par rapport à cette pratique” [1]. »
Le Sel de la terre.
*
LA DÉCLARATION COMMUNE a été signée le 31 octobre 1999. Voyons-en quelques détails avant d’aborder les problèmes majeurs qu’elle pose à la conscience catholique.
Cette Déclaration est une pièce maîtresse de l’œcuménisme actuel.
Préambule
Nous empruntons au cardinal Cassidy quelques rappels historiques sur l’élaboration de la Déclaration commune [2] :
Le dialogue théologique entre catholiques et luthériens, au niveau international, a débuté peu après la clôture du deuxième concile du Vatican, en 1967. [...] D’importantes études furent menées par un certain nombre de dialogues luthériens-catholiques nationaux. [...] En 1994, un groupe de théologiens, nommés respectivement par le conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et par la Fédération luthérienne mondiale, a rédigé une première version d’un projet de Déclaration commune sur la doctrine de la justification. C’est ainsi qu’a commencé un travail de réflexion qui a duré près de quatre ans, au cours desquels cette version a subi deux révisions, en 1996 et en 1997, avant d’être officiellement soumise au Saint-Siège et aux membres de la Fédération luthérienne mondiale pour approbation. Du côté catholique, le projet a été surtout étudié par la Congrégation pour la doctrine de la foi [3] et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens [4].
Depuis 1997, nous avons le texte définitif qui a été proposé aux 124 églises luthériennes (qui l’ont signé) et aux représentants de l’Église catholique.
Le cardinal Cassidy continue en disant :
La Déclaration comporte 44 affirmations communes, qui traitent des vérités fondamentales de la justification. L’accord atteint sur ces points nous permet de dire qu’un haut degré de consensus existe ; par conséquent, là où ce consensus est réalisé, les condamnations prononcées réciproquement au XVIe siècle ne s’appliquent plus au partenaire respectif aujourd’hui.
Un point important à noter est que, dans l’Église catholique, nous avons un magistère, une autorité. Et quand cette autorité a parlé, qu’elle promulgue un dogme, nous devons l’accepter. Mais ici, tout tourne autour de la recherche d’un consensus, de l’agrément du plus grand nombre à une Déclaration. Le travail ne consiste même pas à dire : « J’ai raison, vous avez tort ; vous devez changer ». L’idée de convertir, de changer les idées de l’autre, n’existe pas du tout. La ligne directrice des discussions est de trouver les mots qui rallieront l’adhésion du plus grand nombre.
Ils ont fait beaucoup de bruit autour de cette Déclaration commune, spécialement en disant que les anathèmes sont levés. Mais si l’on regarde le texte lui-même, on voit qu’ils prennent beaucoup de précautions parce qu’ils savent bien qu’ils sont en train de faire quelque chose d’impossible. Ils déclarent qu’ils se sont mis d’accord. De fait, ils ne le sont pas. On constate même que cette Déclaration commune est parfaitement appropriée au point de vue protestant sur la justification, mais pas au point de vue catholique.
1. Le texte de l’accord lui-même *
(élaboré en 1997)
Le titre en est : « Déclaration commune de la Fédération luthérienne mondiale et de l’Église catholique romaine ».
Préambule
1. La doctrine de la justification était centrale pour la réforme luthérienne du XVIe siècle. Elle était considérée comme « le premier article, l’article capital [5] », à la fois « guide et juge pour tous les autres domaines de la doctrine chrétienne [6] ». On y défendait et affirmait l’acception réformatrice et la valeur particulière de la doctrine de la justification face à la théologie et à l’Église catholique romaines de l’époque qui, de leur côté, affirmaient et défendaient une doctrine de la justification aux accents différents.
Vous voyez qu’ils ne vont pas trop loin. Ils disent seulement qu’il y a une différence d’accents entre les deux théologies de la justification.
Du côté de la Réforme, on considérait cette question comme étant le point de cristallisation de toutes les polémiques. Les confessions de foi luthériennes et le concile de Trente de l’Église catholique romaine ont prononcé des condamnations doctrinales.
On a déjà ici une mise à égalité de l’Église catholique et du protestantisme : aussi bien Rome que les confessions luthériennes, sont qualifiées pour condamner, pour statuer en matière de doctrine.
[Ces condamnations doctrinales] restent en vigueur aujourd’hui, et [leurs] conséquences sont séparatrices d’Églises.
Nous y voilà. Le grand problème, pour eux, ce n’est pas la doctrine, c’est la division. Ce qu’ils vont donc essayer de faire, c’est d’enlever ce qui divise. L’important est de faire disparaître les divisions.
2. Pour la tradition luthérienne, la doctrine de la justification a gardé cette fonction particulière. C’est pour cela qu’une place importante lui revint dès le début du dialogue officiel luthéro-catholique.
Puis ils font référence à divers textes qui ont été mis au point avant, et ils diront que le texte actuel n’apporte rien de nouveau mais n’est qu’une nouvelle mise en forme des discussions précédentes :
3. On se référera avant tout aux rapports « L’Évangile et l’Église » (1972) et « Église et justification » (1994) de la Commission internationale catholique/luthérienne, au rapport « La justification par la foi » (1983) du dialogue luthéro/catholique aux États-Unis, et à l’étude « Les anathèmes du XVIe siècle sont-ils encore actuels ? » (1986 pour la version allemande) du groupe de travail œcuménique des théologiens protestants et catholiques en Allemagne.
Vous voyez ici que plusieurs groupes ont travaillé pendant la même période : en Allemagne, aux États-Unis, et aussi cette commission mixte.
Certains de ces rapports de dialogue ont connu une réception officielle. Un exemple important est la réception des conclusions de l’étude sur les anathèmes du XVIe siècle. L’Église évangélique luthérienne unie allemande a, avec d’autres Églises protestantes allemandes, rédigé une prise de position à laquelle a été conférée la plus grande reconnaissance ecclésiale possible (1994).
Cela pose une question : quelle autorité les églises luthériennes ont-elles sur leurs membres ? Nous y reviendrons plus loin, en conclusion de notre partie sur la réponse de l’Église catholique à la Déclaration commune.
4. Tous ces rapports de dialogue et les prises de position qui s’y réfèrent, montrent une orientation et un jugement largement communs dans l’exposé de la doctrine de la justification. Le temps est mûr pour un bilan et une récapitulation des résultats des dialogues à propos de la justification, de telle manière que nos Églises soient informées avec précision et concision des conclusions de ce dialogue, et qu’elles soient en mesure de prendre position de manière autorisée.
Nous allons maintenant avoir une expression qui est comme une devise, et que nous retrouverons dans presque toutes les déclarations qui accompagneront le texte lui-même. Qu’il s’agisse du texte de présentation par le cardinal Cassidy (supra) ou des déclarations protestantes, ils répéteront sans cesse la formule : consensus sur des vérités fondamentales de la doctrine de la justification :
5. Telle est l’intention de la présente Déclaration commune. Elle veut montrer que désormais, sur la base de ce dialogue, les Églises luthériennes signataires et l’Église catholique romaine sont en mesure de défendre une compréhension commune de notre justification par la grâce de Dieu au moyen de la foi en Christ. Cette Déclaration ne contient pas tout ce qui est enseigné dans chacune des Églises à propos de la justification ; elle exprime cependant un consensus sur des vérités fondamentales de la doctrine de la justification et montre que des développements qui demeurent différents ne sont plus susceptibles de provoquer des condamnations doctrinales.
Cette expression consensus sur des vérités fondamentales de la doctrine de la justification se retrouve aux numéros 13, 14, 41, etc. Ils veulent tellement nous en convaincre qu’ils la répètent à satiété.
Quant aux différences qui demeurent après cette Déclaration, elles sont donc mineures et ne tombent plus, pour eux, sous aucune condamnation.
6. Notre Déclaration n’est pas une présentation nouvelle et autonome qui s’ajouterait aux rapports des dialogues et aux documents précédents ; elle ne veut en rien les remplacer. Elle se réfère, comme le montre l’annexe sur ses sources, à ces textes et à leur argumentation.
7. Tout comme les dialogues, cette Déclaration commune est portée par la conviction que le dépassement des condamnations et des questions jusqu’alors controversées ne signifie pas que les séparations et les condamnations soient prises à la légère, ou que le passé de chacune de nos traditions ecclésiales soit désavoué. Elle est cependant portée par la conviction que de nouvelles appréciations adviennent dans l’histoire de nos Églises et y génèrent des évolutions qui non seulement permettent, mais exigent que les questions séparatrices et les condamnations soient vérifiées et examinées sous un angle nouveau.
Notons ici qu’ils avouent une évolution de la théologie de la justification. Est-ce du côté catholique ou du côté protestant ? C’est important à savoir. Nous verrons un peu plus loin que le changement, l’atténuation de la doctrine, vient plutôt du côté catholique, et qu’ils s’appuient pour cela uniquement sur le concile Vatican II.
On retrouve très souvent aujourd’hui dans la théologie catholique moderne le raisonnement suivant : ce qui a été fait par l’Église était bon au temps où elle l’a fait. Nous ne critiquons donc pas la doctrine qu’elle enseignait dans le passé. Mais ce que nous enseignons aujourd’hui est ce qui est bon pour notre temps.
Rappelons-nous à ce propos Mgr Lefebvre parlant au cardinal Ratzinger des condamnations du Syllabus et de Quanta cura. « Mais nous ne sommes plus au temps de Quanta cura ! » répondit le cardinal [7].
Le cardinal Ratzinger dit une chose semblable à propos de la condamnation des modernistes par saint Pie X : l’encyclique Pascendi était bonne pour le début du XXe siècle, mais maintenant c’est un autre temps, d’autres circonstances.
Cette perspective évolutionniste détruit la vérité. Tout est mis sur le plan phénoménologique, sur un niveau existentiel. Et bien sûr, cela détruit l’essence des choses.
1. Le message biblique de la justification
Après le préambule, il y a un premier chapitre (les numéros 8 à 12) que nous allons passer. Ce sont les références scripturaires, surtout de saint Paul.
Il n’y a pas grand chose à y dire, car tout repose sur l’interprétation qu’ils en donnent et qui est exposée dans la suite.
2. La doctrine de la justification
comme problème œcuménique
13. [...] La réception des données des sciences bibliques, de l’histoire de la théologie et de l’histoire des dogmes a permis de parvenir, dans le dialogue œcuménique depuis Vatican II, à un rapprochement significatif à propos de la doctrine de la justification.
Rappelez-vous que cette expression histoire de la théologie, des dogmes, est l’expression typique de la nouvelle théologie pour parler de l’évolution de la doctrine.
Ce rapprochement permet de formuler dans cette Déclaration commune un consensus sur des vérités fondamentales de la doctrine de la justification à la lumière duquel les condamnations doctrinales correspondantes du XVIe siècle ne concernent plus aujourd’hui le partenaire.
Voyons donc maintenant :
3. La compréhension commune de la justification
15. Notre foi commune proclame que la justification est l’œuvre du Dieu trinitaire. Le Père a envoyé son Fils dans le monde en vue du salut du pécheur. L’incarnation, la mort et la résurrection du Christ sont le fondement et le préalable de la justification. De ce fait, justification signifie que Christ lui-même est notre justice, nous participons à cette justice par l’Esprit-Saint et selon la volonté du Père. Nous confessons ensemble : c’est seulement par la grâce, par le moyen de la foi en l’action salvifique du Christ, et non sur la base de notre mérite, que nous sommes acceptés par Dieu et que nous recevons l’Esprit-Saint qui renouvelle nos cœurs, nous habilite et nous appelle à accomplir des œuvres bonnes.
A première vue, ce paragraphe ne semble pas trop mauvais. Sont mentionnées les œuvres bonnes, la réception du Saint-Esprit, donc une sorte d’habitation. On dit que le Saint-Esprit « renouvelle nos cœurs », ce qui peut faire penser qu’il s’agit d’une nouvelle vie. C’est intéressant. Les protestants auraient-ils changé ?
En fait, ce n’est qu’une apparence, car il n’y a aucune précision dans la doctrine. Ils utilisent des mots et expressions suffisamment généraux pour que tout le monde puisse les accepter.
16. Tous les êtres humains sont appelés par Dieu au salut en Christ. Nous sommes justifiés en lui seul lorsque nous recevons ce salut dans la foi. La foi elle-même est don de Dieu par le Saint-Esprit qui agit dans la communauté des croyants par la parole et les sacrements et conduit les croyants vers ce renouvellement de la vie que Dieu parachève dans la vie éternelle.
17. Ensemble, nous sommes convaincus que le message de la justification nous renvoie d’une manière particulière au centre du témoignage néotestamentaire de l’agir salvateur de Dieu en Christ : il nous dit que, pécheurs, nous ne devons notre vie nouvelle qu’à la miséricorde de Dieu qui nous pardonne et fait toute chose nouvelle, une miséricorde que nous ne pouvons que nous laisser offrir et recevoir dans la foi et que nous ne pouvons jamais mériter sous quelque forme que ce soit.
Il y a ici une ambiguïté terrible. Ils ne précisent pas s’il s’agit des premiers pas vers la justification ou si l’on ne peut mériter d’aucune manière. Nous avons vu [8] qu’il y a toute une préparation du côté de l’homme avant l’infusion de la grâce sanctifiante dans son âme. Ces actes préparatoires ne sont pas méritoires, puisque la charité qui est le principe du mérite n’est pas encore présente [elle vient avec la grâce sanctifiante]. Mais une fois que la grâce est infusée, les actes posés deviennent méritoires.
Ainsi nous nous trouvons, à ce point de la Déclaration, sur un terrible champ de bataille, car une imprécision considérable vient d’être posée.
18. Pour ces raisons, la doctrine de la justification, qui reprend et développe ce message, n’est pas seulement une partie de l’enseignement chrétien. Elle se situe dans un lien essentiel à toutes les vérités de la foi qui doivent être considérées dans leur interdépendance interne. Elle est un critère indispensable qui renvoie sans cesse l’ensemble de la doctrine et de la pratique des Églises à Christ. Lorsque les luthériens insistent sur la signification particulière de ce critère, ils ne nient pas l’interrelation et le sens de toutes les vérités de la foi. Lorsque les catholiques se savent redevables de plusieurs critères, ils ne nient pas la fonction spécifique du message de la justification.
Avec ces mots ils ne nient pas, nous n’allons pas très loin : « ne pas nier », cela ne veut pas dire grand chose.
En tous cas, nous avons là un point important : c’est que, pour les protestants, tout tourne autour de la justification. Pour nous catholiques, c’est l’un des points de notre doctrine, mais il n’y a pas que cette question. Il y a le mystère de la Trinité, le mystère de l’incarnation, le mystère de la rédemption, etc. Ce sera d’ailleurs signalé dans la réponse de l’Église catholique à la Déclaration commune [9]
4. Le développement de la compréhension
commune de la justification
Pour rendre la chose plus claire, je vais prendre un commentaire de la Déclaration par les protestants. Il s’agit d’un document du séminaire de théologie luthérienne de Hong Kong [10]. Ainsi, nous saurons ce qu’ils en pensent eux-mêmes.
Il est très intéressant de voir que, même quand ils disent que nous sommes arrivés à un consensus sur de nombreux points, ils insistent sur ceci :
[Faculté de Hong Kong] Pour éviter toute mauvaise compréhension de la Déclaration, nous devons avant toutes choses dire ce que ce document ne fait pas :
1. Il ne nous permet pas encore de surmonter les divisions entre les églises luthériennes et l’Église catholique romaine. Nous ne pouvons pas encore partager la table du Seigneur. Il y a d’importantes questions qui ne sont pas encore réglées.
2. Le document ne dit pas que l’accord sur la justification a été réalisé. Au contraire, il établit clairement qu’un certain nombre de points concernant la doctrine de la justification revêt des interprétations et des approches différentes chez les luthériens et chez les catholiques romains.
Ce que le document dit, c’est qu’une compréhension [commune] des vérités fondamentales [de la justification] a été atteinte, de telle sorte que les différences qui subsistent ne sont plus de nature à diviser les catholiques romains et les luthériens, ne justifient plus la séparation des Églises.
On retrouve toujours la même idée de surmonter les divisions, de relativiser la doctrine pour dire que nous ne faisons qu’un. Il ne faut pas que les différences de doctrine divisent, qu’elles soient occasion de combats.
[Faculté de Hong Kong] Il peut rester d’autres points qui divisent les Églises, mais les condamnations mutuelles de l’époque de la Réforme concernant la doctrine de la justification, ne s’appliquent plus à l’enseignement qui est contenu dans la Déclaration commune. Cela constitue une bonne base pour des discussions ultérieures sur les points qui séparent encore les Églises.
La théologie de ce document est très solide, bien qu’en Allemagne il y ait eu quelques discussions sur le fondement théologique du paragraphe 18. On dit [en Allemagne] que la doctrine de la justification est « une référence indispensable qui sert constamment à orienter tout l’enseignement et la pratique de nos Églises concernant le Christ ». Une appréciation précédente disait que cette doctrine est « la » référence. Il y eut à ce sujet une objection de la Congrégation pour la foi, qui est la commission papale en matière de doctrine. Maintenant, l’on dit clairement que les luthériens insistent sur le fait que cette doctrine est l’unique référence, tandis que les catholiques romains se voient liés par plusieurs critères. Mais il est aussi affirmé que les luthériens ne nient pas la relation mutuelle et l’importance de toutes les vérités de foi, et que les catholiques romains ne nient pas la fonction spéciale du message de la justification.
Il y a une distinction entre le « message de la justification » (le message biblique [11]) et la « doctrine de la justification » (l’explication théologique de ce message). Dans la Déclaration commune, il est dit plus haut que « le message de la justification nous renvoie d’une manière particulière au centre du témoignage néotestamentaire de l’agir salvateur de Dieu en Christ » (par. 17).
Ceci veut dire pour eux que le « message » de la justification est ce que nous trouvons dans la sainte Écriture, et la « doctrine » est le travail postérieur effectué sur cette Révélation.
[Faculté de Hong Kong] Il semble que l’aspect central du message de la justification est reconnu dans le document [commun]. Cependant, à notre point de vue, il serait désirable que les autres critères par lesquels l’Église catholique romaine se voit liée, puissent être affirmés expressément.
Cette dernière phrase semble montrer qu’ils ne voient pas clairement quels sont ces points auxquels l’Église attache de l’importance.
Revenons au texte de la Déclaration commune :
4. 1. L’incapacité et le péché de
la personne humaine face à la justification
Vous allez avoir ici, comme pour chaque point, un premier paragraphe qui est supposé être le consensus, puis un second paragraphe qui explique les points de vue propres luthérien et catholique (ou inversement).
On peut se demander en quoi réside le consensus. Le cardinal Cassidy a bien déclaré : « La Déclaration compte 44 affirmations communes, qui traitent des vérités fondamentales sur la justification. L’accord atteint sur ces points nous permet de dire qu’un haut degré de consensus existe [12] ». Mais, nous allons voir au cours du texte qu’il est vraiment difficile de discerner sur quels points l’accord a vraiment pu se faire.
Nous confessons ensemble que la personne humaine est pour son salut entièrement dépendante de la grâce salvatrice de Dieu. La liberté qui est la sienne face aux personnes et aux choses en ce monde n’est pas une liberté en vue de son salut. Ceci signifie : en tant que pécheur il est placé sous le jugement de Dieu et incapable de se tourner lui-même vers Dieu en vue du salut, voire de mériter sa justification devant Dieu ou d’atteindre son salut par ses propres forces. La justification est opérée par la grâce seule. Parce que les catholiques et les luthériens confessent cela ensemble, on peut dire que :
20. Lorsque les catholiques affirment que, lors de la préparation en vue de la justification et de son acceptation, la personne humaine « coopère » par son approbation à l’agir justifiant de Dieu, ils considèrent pareille approbation personnelle comme étant un effet de la grâce et non une œuvre résultant des forces propres de l’humain.
21. Dans la compréhension luthérienne, la personne humaine est incapable de coopérer à son salut car elle s’oppose en tant que pécheur d’une manière active à Dieu et à son agir salvateur. Les luthériens ne nient pas que la personne humaine puisse refuser l’action de la grâce. Lorsqu’ils affirment qu’elle ne peut que recevoir la justification (mere passive [13]), ils nient par là toute possibilité d’une contribution propre de la personne humaine à sa justification, mais non sa pleine participation personnelle dans la foi, elle-même opérée par la parole de Dieu.
Rappelons-nous que cette expression mere passive est condamnée par l’un des canons du concile de Trente sur la justification [14]. Il y a donc ici une affirmation de la partie luthérienne expressément condamnée par l’Église.
Ils essayent d’échapper à l’anathème par la dernière phrase, mais que veulent-ils dire par « pleine participation » ? Ils ne le précisent pas. Bien plus, « Ils nient [...] toute possibilité d’une contribution propre de la personne humaine à sa justification ».
Où donc est le consensus lorsque le concile de Trente affirme au contraire que « l’homme n’est nullement inactif [15] » ?
Bien sûr, si l’on dit que les deux parties catholique et protestante s’accordent en ceci que Dieu donne la grâce et que, sans la grâce, nous ne pouvons être justifiés, il y a évidemment accord. Mais, dès que l’on en arrive à la réponse que l’homme fait à Dieu, on constate aussitôt une opposition. Comment dire alors que les condamnations prononcées par le concile de Trente ne s’appliquent plus ? Les protestants sont d’ailleurs obligés d’avouer que les divergences fondamentales subsistent :
[Faculté de Hong Kong [16]] Cependant, quelques différences demeurent encore en cette matière. Elles deviennent évidentes lorsqu’on soulève la question de la participation de la personne à sa justification par la grâce. Les catholiques romains parlent encore de « coopération » entre Dieu et l’être humain. Par exemple dans ce qu’on appelle son « petit livre blanc [17] », le pape Jean-Paul II dit clairement que Dieu seul peut sauver un être humain, mais qu’il demande à l’homme de coopérer à son salut. Cette sorte d’insistance résonne certainement de manière étrange et même troublante aux oreilles de nombreux luthériens.
Une fois de plus, où est le consensus ? Le différent ne concerne pas en effet un point mineur.
[Faculté de Hong Kong] La Déclaration commune essaye de dissiper les incompréhensions causées par l’usage catholique du concept de « coopération ». Au paragraphe 20, le consentement personnel, parfois appelé « coopération », est lui-même un effet de la grâce, non une action provenant des capacités innées de l’homme. Un être humain peut coopérer à l’action de Dieu seulement lorsqu’il est sous l’influence de la grâce divine.
Plus loin, au paragraphe 21, la Déclaration met en évidence le problème posé aux protestants par ce concept de coopération : « Dans la compréhension luthérienne, la personne humaine est incapable de coopérer à son salut car elle s’oppose en tant que pécheur d’une manière active à Dieu et à son agir salvateur ». Ceci implique que les luthériens insistent davantage que les catholiques romains sur la nature pécheresse de l’être humain.
C’est leur commentaire et leur manière de surmonter le problème : il s’agit d’une simple question d’insistance. Dans la Déclaration commune, ils parlent d’ailleurs vers la fin des « différences qui subsistent dans le langage, les formes théologiques et les accentuations particulières » (n° 40). Tout est dans le langage, et non dans la réalité des choses.
Maintenant, le point intéressant est que pour essayer de résoudre cette question de la coopération, il vont se servir d’un autre mot : la participation.
[Faculté de Hong Kong] Au paragraphe 21, la Déclaration commune essaye de surmonter le problème en utilisant le mot « participation » qui est un terme luthérien fondamental [18]. Même si les luthériens nient que l’être humain ait quelque possibilité que ce soit de contribuer à son propre salut, ils acceptent qu’un croyant soit pleinement et personnellement impliqué dans sa foi qui est opérée par la parole de Dieu.
Mais que veut dire cette « participation », cette implication ? Ils ne répondent pas à la question :
[Faculté de Hong Kong] Il semble qu’en ce qui concerne la compréhension et l’interprétation de la justification en relation avec le péché, les catholiques romains et les luthériens sont devenus remarquablement plus proches que dans les siècles passés. Les différences qui demeurent, semblent être pour la plupart une question de terminologie. Cependant, on peut encore légitimement se demander si les concepts de « coopération » et « participation » peuvent signifier la même chose. Si la réponse est oui, une compréhension commune semble être possible en cette matière.
C’est vraiment un exploit, un chef-d’œuvre, d’avoir réussi à faire croire qu’on est arrivé à une compréhension commune, alors qu’en fait rien n’a changé.
4. 2. La justification pardonne les péchés et rend juste
En examinant la doctrine catholique exposée par le concile de Trente, nous avons vu clairement que la justification ne consiste pas seulement dans le pardon des péchés. Une nouvelle vie est infusée dans l’âme avec l’organisme surnaturel : grâce, vertus morales infuses, vertus théologales, dons du Saint-Esprit.
Mais pour les protestants, il en est tout autrement. Pour eux, la justification est une simple déclaration du juge divin : « vous êtes acquitté, vous êtes maintenant en règle ». Mais il n’y a aucun changement intérieur dans l’âme [19]. Voyons ce que dit la Déclaration commune :
22. Nous confessons ensemble que, par la grâce, Dieu pardonne son péché à la personne humaine, et que simultanément il la libère en sa vie du pouvoir asservissant du péché en lui offrant la vie nouvelle en Christ. Lorsque la personne humaine a part au Christ dans la foi, Dieu ne lui impute pas son péché et opère en elle, par l’Esprit-Saint, un amour agissant.
Cet amour va-t-il être un amour qui appartient en propre au justifié ou non ? Le justifié va-t-il être un simple réceptacle où se trouve quelqu’un ou quelque chose, mais sans être changé lui-même ? Ou bien le justifié va-t-il participer à la nature et à la vie de ce nouvel être qui est en lui [20] ?
Ces deux aspects de l’agir salvateur de Dieu [pardon et vie nouvelle] ne doivent pas être séparés. Le pardon des péchés et la présence sanctifiante de Dieu sont intrinsèquement liés par le fait que la personne humaine est, dans la foi, unie au Christ qui, dans sa personne, est notre justice (1 Co 1, 30 [21]).
Nous sommes ici devant un problème majeur.
23. Lorsque les luthériens insistent sur le fait que la justice du Christ est notre justice, ils veulent avant tout affirmer que, par la déclaration du pardon, le pécheur reçoit la justice devant Dieu en Christ, et que sa vie n’est renouvelée qu’en relation au Christ. Lorsqu’ils disent que la grâce de Dieu est amour pardonnant (« faveur de Dieu »), ils ne nient pas la régénération de la vie des chrétiens, mais veulent affirmer que la justification demeure libre de toute coopération humaine et ne dépend pas non plus des conséquences régénératrices de la grâce en la personne humaine.
Ici, ils reconnaissent qu’il y a des effets régénérateurs de la vie de l’homme. Mais, ne nous laissons pas tromper. Au temps des réformateurs, ils disaient la même chose. Il ne faut donc pas croire qu’ils sont en train de changer et de se rapprocher de la doctrine catholique.
D’autre part, « ne pas nier » est une chose, qu’affirment-ils précisément ?
24. Lorsque les catholiques affirment que le renouvellement de l’être intérieur est offert au croyant par la réception de la grâce, ils veulent insister sur le fait que la grâce pardonnante de Dieu est toujours liée au don d’une vie nouvelle qui, par l’Esprit-Saint, s’exprime dans un amour agissant ; ce disant, ils ne nient pas que le don divin de la grâce demeure, dans la justification, indépendant de la coopération humaine.
Eux aussi ne nient pas. Nous avons vu que la préparation à l’infusion de la grâce sanctifiante ou habituelle est une coopération de l’homme à la grâce actuelle de Dieu. En tous cas, rien n’est clair dans ce paragraphe qui est supposé présenter la doctrine catholique.
Voyons maintenant le commentaire des protestants sur cette partie de la Déclaration commune :
[Faculté de Hong Kong] La grande question – pour aujourd’hui comme pour le passé – est la suivante : comment faire le lien entre ces deux aspects de la justification [pardon et vie nouvelle] ? La Déclaration commune fait remarquer qu’ils ne peuvent être séparés l’un de l’autre – et la plupart des théologiens aujourd’hui l’admettent. La justification signifie deux choses : que Dieu, comme sujet [de l’action], pardonne le péché, et qu’il donne une nouvelle vie, toujours comme sujet [de l’action]. Christ, comme notre justice, représente deux choses : le rétablissement par Dieu des relations entre Dieu et les hommes, aussi bien que le pouvoir divin de renouveler la vie humaine. Traditionnellement, les luthériens ont tendu à insister sur le premier aspect, les catholiques romains sur le second, différence que la Déclaration commune reconnaît subsister.
Vous voyez, alors que la Déclaration commune donne l’impression que les différences sont surmontées, une fois de plus les protestants disent qu’elles demeurent.
Les protestants acceptent-ils ou non qu’avec la justification il y ait une nouvelle vie, la vie de Dieu, une vie surnaturelle ?
[Faculté de Hong Kong] La Déclaration commune revendique que la différence [qui subsiste] n’est qu’une différence d’accentuation entre les catholiques romains et les luthériens ; que ces insistances différentes, telles qu’elles sont comprises aujourd’hui, ne sont pas contradictoires ; et donc que les condamnations du temps de la Réforme ne subsistent plus. Le point de vue luthérien disant que la justification est un acte divin souverain de réconciliation sans intervention humaine, ne veut pas dire qu’il n’y ait aucune conséquence sur la vie humaine.
De la même manière qu’il reconnaissait la présence divine dans la sainte eucharistie, mais sans transsubstantiation [22], Luther acceptait une sorte d’habitation des personnes divines dans l’âme [23], mais sans participation pour l’homme à la nature et à la vie de Dieu. Le commentaire de la Faculté de Hong Kong ne précisant pas ici quelles conséquences la justification entraîne pour la vie humaine, nous ne sommes guère avancés. Le texte va continuer en reconnaissant que la Déclaration commune pose encore d’autres problèmes :
[Faculté de Hong Kong] La question, cependant, demeure : jusqu’où va le consensus si on le considère dans une perspective plus large ? C’est-à-dire : qu’implique-t-il pour la compréhension du salut (sotériologie) et du jugement final (eschatologie), et par là, de la vie chrétienne encouragée par l’Église ? La Déclaration commune ne parle en effet que de la seule justification. Néanmoins, ce fut en relation avec les conséquences de cette doctrine en sotériologie et en eschatologie, que les problèmes réels se firent jour dans l’histoire de la Réforme à propos des deux accentuations différentes des théologies catholique romaine et protestante.
En effet, nous disons que celui qui n’est pas en état de grâce ne peut être sauvé. Il ne peut aller au ciel s’il n’a pas cette transformation intérieure causée par la grâce. Pour les protestants, une simple déclaration extérieure de la part de Dieu, suffit au salut.
[Faculté de Hong Kong]
Cette question dépasse les limites de la Déclaration commune. Mais néanmoins, sa signification ne se mesure que dans cette perspective.
4. 3. Justification par la grâce par le moyen de la foi
La question, ici, est la suivante : quelle est la place de la foi dans la justification ? Citons la Déclaration commune :
25. Nous confessons ensemble que le pécheur est justifié au moyen de la foi en l’œuvre salvatrice de Dieu en Christ.
Nous voyons que l’objet de la foi est ici bien limité : il s’agit seulement de la foi en l’action salvatrice de Dieu.
Dans la doctrine catholique, la foi ne concerne pas un seul point comme cela. La foi y est l’adhésion de notre intelligence à toute la Révélation [24].
26. Selon la compréhension luthérienne, Dieu justifie le pécheur par la foi seule (sola fide). Dans la foi [protestante], la personne humaine place toute sa confiance en son créateur et sauveur, et est ainsi en communion avec lui. Dieu lui-même provoque cette foi en créant pareille confiance par sa parole créatrice. Parce qu’il est nouvelle création, cet acte divin concerne toutes les dimensions de la personne et conduit cette dernière à une vie dans l’espérance et l’amour. Ainsi, l’enseignement de « la justification par la foi seule » distingue mais ne sépare pas la justification et le renouvellement de la vie qui est une conséquence nécessaire de la justification et sans laquelle il ne saurait y avoir de foi. Il s’agit d’insister sur le fondement qui entraîne pareille régénération. Le renouvellement de la vie naît de l’amour de Dieu offert à la personne humaine dans la justification. Justification et régénération sont liées par le Christ présent dans la foi.
Voyons maintenant le commentaire protestant :
[Faculté de Hong Kong] Au numéro 26, la Déclaration commune formule l’accentuation protestante :
1. Dieu seul amène à la foi ;
2. Le résultat est que la personne est affectée dans toutes ses dimensions, ce qui la conduit à une vie d’espérance et d’amour ;
3. Il y a donc distinction mais non séparation, entre la justification elle-même et le renouvellement de la propre manière de vivre.
Que veulent-ils dire par cette nouvelle dimension de la personne, par cette vie d’espérance et d’amour ? Comme d’habitude, ils ne précisent pas.
Acceptent-ils la grâce sanctifiante, oui ou non ? Acceptent-ils la définition catholique de cette grâce : participation formelle, bien qu’analogique – c’est-à-dire selon une certaine similitude – à la nature de Dieu [25] ?
Bien sûr, nous savons qu’ils n’acceptent rien de cela. Le théologien luthérien Eero Huovinen, “évêque” de Helsinki, dont nous avons déjà parlé [26], l’a dit clairement à la revue Trente Jours [27] : « Quand les luthériens parlaient du fait d’ “être déclaré juste”, leur souci était d’empêcher qu’un changement quelconque survenu dans l’être humain ne soit donné comme étant le fondement de la justification. C’est la raison pour laquelle les luthériens ont eu une attitude critique à l’égard de la théologie médiévale de la grâce habituelle ». Il refuse la définition catholique de la grâce sanctifiante, il refuse que la grâce “habite” dans le juste.
Mais alors, en quoi consiste ce « renouvellement de la propre manière de vivre » ? S’agit-il simplement d’être plus aimable avec son prochain ? En tous cas, on reste au niveau de quelques vertus purement humaines, et non au niveau surnaturel.
Il est très révélateur que dans la Déclaration commune, sans doute pour ne pas heurter les protestants, les catholiques aient mis cette phrase étonnante : « La grâce justifiante ne devient jamais la possession de la personne » (n° 27). Mais la vie de la grâce est-elle oui ou non ma vie ? Si c’est ma vie, je peux dire que c’est ma possession. Et si la grâce est un don de Dieu, ce qui est donné devient mien.
Ou alors, lorsqu’ils entendent que la grâce n’est pas possession de la personne, ils veulent dire qu’elle n’est pas quelque chose de purement humain, de purement naturel ? Ce qui, bien sûr, serait exact puisqu’elle est un accident surnaturel. Mais nous sommes dans l’ambiguïté complète. C’est ce qui leur permet de signer le texte ensemble. Nous sommes loin de la clarté des énoncés du concile de Trente.
Voyons le commentaire protestant :
[Faculté de Hong Kong] L’accentuation luthérienne est très forte lorsqu’il s’agit de distinguer sans séparer [la justification du renouvellement de la vie]. D’un côté, cela maintient la doctrine luthérienne de la justification par la foi seule, sans s’écarter de l’enseignement originel [de la Réforme]. De l’autre, cela montre la compréhension luthérienne d’une vie d’espérance et d’amour purement humains, qui est une nouvelle création de Dieu, et dès lors très significative pour les chrétiens.
