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Bon anniversaire !

 

Une revue thomiste...

 

EN 1893, il y a juste 100 ans, paraissait le premier numéro de la Revue Thomiste. Un numéro de 132 pages avec des articles du père Coconnier O.P. (Le vrai thomiste), du père Gardeil O.P. (L’évolution et les principes de saint Thomas d’Aquin), du père Mandonnet O.P. (Les idées cosmographiques de saint Albert et de saint Thomas et la découverte de l’Amérique), un article sur le socialisme, un autre sur sainte Jeanne d’Arc, des bulletins de géologie et d’archéologie chrétienne etc. Quand on feuillette ce premier numéro, on retrouve l’inspiration qui nous a poussés à entreprendre Le sel de la terre : venir en aide à ceux qui, « n’ayant pas eu jusqu’ici la bonne fortune de pouvoir étudier les œuvres de saint Thomas, désirent pourtant y être initiés et ne voudraient à aucun prix rester étrangers à la pensée de l’illustre docteur sur tous les graves problèmes qui passionnent et tourmentent notre temps. » Et la première page de l’éditorial poursuit en décrivant l’attente des personnes de cette époque : « Léon XIII répète avec une insistance qui commande l’attention que nous devons revenir à saint Thomas, que ses principes peuvent seuls préserver la science humaine de la ruine et lui assurer le vrai progrès, que sa doctrine seule renferme le secret de réconcilier la raison et la foi, et de résoudre les difficultés les plus graves de l’heure présente, soit dans l’ordre théorique, soit dans l’ordre pratique : montrez que le pape a vu juste ; et, par une exposition claire, ample, appropriée à l’état d’esprit de nos contemporains, aidez les penseurs de bonne volonté — et ils sont nombreux — à revenir ou à se maintenir dans le chemin de la vérité... »

Cette attente est toujours celle des personnes lucides de notre époque. La seule différence, mais elle est de taille, c’est que le pape actuel met moins d’insis­tance à répéter que nous devons revenir à saint Thomas, contrairement à ce que certains semblent croire [1].

 

L’éditorial de ce premier numéro de la Revue thomiste énonçait clairement son objectif que nous partageons entièrement : « Le but à atteindre est celui-ci : aider la science à demeurer ou à redevenir chrétienne, aider les savants à rester ou à devenir croyants ; contribuer pour une part, si modeste qu’elle soit, à procurer aux esprits cultivés de notre temps la possession plus certaine et plus large du bien précieux entre tous : la vérité, la vérité sur les réalités les plus hautes, la vérité telle que la donnent la science et la foi réunies. (...) En un mot, faire servir la doctrine, les principes et la méthode du plus grand des philosophes et des théologiens catholiques à conquérir ou à garder à la foi et à l’Église du Christ les esprits éclairés de notre temps. »

Nous partageons aussi le souci des collaborateurs de se rendre acces­sibles : « La revue ne sera pas non plus une publication hérissée de termes et de formules techniques intelligibles seulement pour les initiés. Sans doute nous veillerons à ce que notre langage soit scientifiquement correct ; mais nous ne veillerons pas moins à ce qu’il soit aussi simple que le comportera l’objet de nos travaux. » Et même nous irons sans doute plus loin que ne le fit la Revue thomiste pour rendre la pensée de saint Thomas accessible aux simples fidèles. En effet, « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. » La pensée de saint Thomas peut très bien s’énoncer de façon claire et accessible aux fidèles de bonne volonté. Il serait dommage, aujourd’hui où « il n’y a plus de science de Dieu sur la terre [2] », de réserver la pensée du Docteur commun aux seuls « savants ».

 

Évidemment nous ne prétendons pas posséder le niveau de connaissance des illustres collaborateurs de la Revue thomiste, comme les pères Gardeil ou Garrigou-Lagrange, mais nous espérons, avec la grâce de Dieu, partager leur amour de la vérité et leur attachement à saint Thomas d'Aquin, et nous souhaitons faire partager cet amour et cet attachement à nos lecteurs.

 

... dans un monde qui s’écroule

 

On nous annonce de divers côtés que le monde va connaître prochaine­ment une grave crise. Pour celui qui a un peu lu et médité l’Apocalypse, il n’y a pas lieu de s’étonner. Le monde a abandonné Dieu, Dieu va laisser le monde se débrouiller tout seul...

Pie XII disait que notre monde était à refaire jusque dans ses fonda­tions [3]. Si le monde s’écroule devant nous, il faut que nous soyons capables de lui proposer des fondations solides pour se relever. Autrement dit, il est capital de réfléchir sérieusement sur les principes de l’ordre temporel et de l’ordre surna­turel. On ne relève pas un bâtiment qui menace ruine en ravalant sa façade.

Seule l’Église catholique possède le remède à cette grande crise qui nous menace. Ce remède, c’est Notre Seigneur Jésus-Christ et sa divine grâce, « gratia sanans et elevans [4] ». Lui seul peut guérir la nature humaine détraquée par le péché originel. Il est le seul salut pour les individus comme pour les institutions :

« Non ! — Il faut le rappeler énergiquement dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle où chacun se pose en docteur et en législateur — ; on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie ; on n’édifiera pas la société si l’Église n’en jette les bases et n’en dirige les travaux. Non ! la civilisation n’est plus à inventer, ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est : c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo [5]. »

Mais qui va nous donner aujourd’hui ces principes de l’ordre naturel et de l’ordre chrétien, ces fondements naturels et divins comme dit saint Pie X ? Il ne faut pas, malheureusement, les attendre des autorités romaines actuelles : « Ce serait absurde de vouloir revenir en arrière, retourner à un système de chrétienté politique. Mais il est vrai que nous nous sentons une responsabilité dans ce monde et désirons lui apporter notre contribution de catholiques. Nous ne souhaitons pas imposer le catholicisme à l’Occident, mais nous voulons que les valeurs fondamentales du christianisme et les valeurs libérales dominantes dans le monde d’aujourd’hui puissent se rencontrer et se féconder mutuellement [6]. » Cela ne peut être plus clair : l’église conciliaire a fait siens les principes du libéra­lisme et on lui demanderait en vain les principes d’un ordre social chrétien.

Ces principes nous devons les chercher chez le Docteur commun : « Comme il est le théologien parfait, ainsi que Nous l’avons dit, il donne des règles certaines et des préceptes de vie non seulement aux particuliers, mais aussi à la société familiale et civile, ce qui est l’objet de la morale domestique et de la morale politique. De là ces magnifiques chapitres que l’on trouve dans la deuxième partie de la Somme théologique, sur le régime paternel ou domestique et sur le pouvoir légitime dans la cité ou la nation ; sur le droit naturel et sur le droit des gens ; sur la paix et sur la guerre ; sur la justice et la propriété ; sur les lois et sur l’obéissance ; sur le devoir de veiller au bien des particuliers et à la prospérité publique, et cela aussi bien dans l’ordre surnaturel que dans l’ordre naturel. Si, dans les affaires particulières et publiques et dans les relations des nations entre elles, ces préceptes étaient religieusement et inviolablement obser­vés, ils suffiraient pour établir parmi les hommes cette “paix du Christ dans le règne du Christ” que l’univers entier désire si ardemment. Il faut donc souhaiter que l’on étudie de plus en plus les enseignements de l’Aquinate sur le droit des gens et les lois qui régissent les rapports mutuels des nations, car ces enseigne­ments contiennent les fondements d’une vraie Société des Nations, comme on dit aujourd’hui [7]. »

Tandis que le franc-maçon prend en main son équerre et son compas pour construire un nouvel ordre mondial, moderne Tour de Babel, nous tâche­rons de proposer ici les principes immuables capables de guider ceux qui veulent reconstruire un monde chrétien.

 

Un cadeau d’anniversaire

 

Pas question donc de nous décourager devant l’amoncellement des ruines et les difficultés apparemment insurmontables qui se dressent devant nous ! L’heure n’est pas au découragement, mais au travail. Travail humble et obscur peut-être, mais travail profond, tenace, offert en hommage à la Sainte Trinité de qui nous savons que le succès viendra au jour qu’elle a fixé dans sa sagesse éter­nelle.

Comme témoignage de notre espérance, comme instrument de ce travail de reconstruction, nous proposons à nos lecteurs en ce début d’année un numéro sensiblement plus épais. Ce sera aussi notre manière d’offrir un cadeau d’anniversaire à nos fidèles abonnés de la première heure : en effet, avec ce numéro 4, Le Sel de la terre termine sa première année d’existence. Il est juste de récompenser un peu nos lecteurs, selon nos moyens. Car nous sommes fiers et heureux de sentir le courant d’affectueux encouragements qui a accompagné cette première année. Si une revue comme la nôtre peut vivre et prospérer, c’est que de nombreux catholiques n’ont pas encore plié le genou devant le Baal de la révolution et sont prêts à entreprendre les efforts et les sacrifices nécessaires pour redresser la situation.

 

Nous ne nous contenterons pas de ce modeste cadeau. Nous offrirons aussi à Dieu et à sa Mère de pressantes prières pour tous nos lecteurs qui peinent et qui luttent afin de rester fidèles à leur baptême dans ce monde qui se décompose. Nous prierons spécialement pour eux en la fête de saint Thomas d’Aquin (7 mars) où la sainte messe sera offerte pour la revue, ses collaborateurs, ses lecteurs et leurs familles.

 





[1] — Cf. par exemple la seconde recension de John Senior dans ce numéro

[2] — Os 4/1.

[3] — « C'est tout un monde qu'il faut refaire depuis ses fondations ; de sauvage il faut le rendre humain, d'humain le rendre divin, c'est-à-dire selon le cœur de Dieu. » (Exhortation au peuple de Rome, 10 février 1952).

[4] — Grâce qui guérit et qui élève.

[5] — Saint Pie X : Lettre Notre charge apostolique sur le Sillon, 25 aout 1910.

[6] — Cardinal Joseph Ratzinger, Le Monde, 17 novembre 1992.

[7] — Pie XI, Encyclique Studiorum Ducem, 29 juin 1923.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 4

p. 1-4

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