La situation religieuse actuelle de la Russie
Par Jean-Marc Rulleau et André Gribkov
NDLR : Pour tout chrétien attachant de l’importance à la prédiction de Fatima, la situation présente de la Russie doit présenter un intérêt particulier. Or, dans la confusion actuelle, il est difficile de s’en faire une idée précise. De plus l’histoire religieuse de la Russie est mal connue, alors qu’elle conditionne aujourd’hui encore son état spirituel.
Ce témoignage, qui ne prétend pas être un exposé complet, contribuera à informer nos lecteurs.
La Russie schismatique
LA Russie est une terre de chrétienté. Ce sont les monastères qui occupent la position dominante dans sa vie religieuse. Ils en deviennent les centres et témoignent de sa santé spirituelle.
C’est pourquoi, en vertu de son éloignement et de son orientation vers les idéaux monastiques, la Russie [1], au début, n’accepte pas le schisme de Constantinople (1054), mais à cause de l’influence progressive de l’empire byzantin, elle s’y laisse peu à peu entraîner.
C’est ainsi qu’au XIe siècle les grands princes de Kiev ont beaucoup plus de contacts avec l’Occident catholique qu’avec l’Orient orthodoxe. Ce n’est pas par hasard que toutes les filles de Yaroslav le Sage épousent les rois catholiques de l’Occident : Anna devient en 1052 l’épouse d’Henri Ier et reine de France ; après la mort de son mari, elle exerce la régence lors de la minorité de son fils ; Elisabeth épouse Harold Ier, roi de Norvège, et Anastasie épouse le souverain de Hongrie, André II. Sviatoslav, fils de Yaroslav le Sage, s’allie à Gertrude de Saxe qui reste catholique du rite latin et possède sa propre chapelle à Kiev où l’Office divin sera célébré. La sœur de Yaroslav le Sage devient reine de Pologne. La maison princière de Halitie, même après le schisme, s’unit au roi de Hongrie. L’attitude du peuple russe envers le schisme peut être symbolisée par la conduite d’Anne de France qui, après qu’on lui ait proposé le choix d’être catholique ou orthodoxe, répond : « Je vais prier comme prie tout le peuple français ».
Malheureusement cette tradition disparaît à cause de l’isolement de la Russie pendant l’invasion des Tatars (1223-1380).
Peu à peu les humeurs schismatiques augmentent (avec l’intervention des autorités laïques) et non sans lutte. Le Métropolite Isidore signe les actes du concile de Florence (1439) ; mais les évêques russes ne sont pas unanimes et ce métropolite est déposé. La Russie ne reconnaît donc pas le concile de Florence et, déjà officiellement, prend la route du schisme.
Voilà le premier coup asséné au christianisme en Russie. Deux autres suivent plus tard.
Soumission de l’Église à l’État
À mesure du renforcement de la principauté de Moscou, à partir de 1462, les appétits de certains souverains moscovites pour le pouvoir ecclésiastique augmentent. Déjà affaiblie par Vassili III (1505-1533), l’Église ferme les yeux sur toutes les illégitimités de Jean IV le Terrible. Le temps où le prince Dimitri (1359-1389) n’osait entamer la bataille contre les Tatars (1380) sans la bénédiction de saint Serge de Radonege est bien révolu.
Pendant l’époque des Troubles (1605-1613), l’Église se renforce légèrement après avoir pris la tête de la lutte du peuple russe contre les Polonais. Bien que les Polonais aient proclamé l’instauration du catholicisme de rite latin en Russie comme but final de leur invasion, ils ne sont pas allés plus loin que profaner les sanctuaires nationaux et ce fut la fin des derniers espoirs pour la réunion avec Rome. À titre d’exemple, on peut mentionner qu’ils ont perpétré des orgies dans les églises du Kremlin.
La défaite finale dans la lutte avec les autorités laïques est endurée par l’Église sous le patriarche Nikon (1652-1666). Ce patriarche soutient la primauté des pouvoirs ecclésiastiques sur les autorités laïques, comme saint Grégoire VII. Cette lutte finit par la déposition et l’exil du patriarche. Une confirmation frappante de cette victoire est faite par Pierre Ier le Grand (1689-1725). Il interdit l’élection d’un nouveau patriarche après la mort du patriarche Hadrien (1721). Désormais l’Église est gouvernée par le « Synode Sacré », inclus dans le système des organes officiels de l’État et dirigé par un laïc.
Cette soumission de l’Église à l’État est l’aboutissement logique de l’esprit du schisme byzantin que la Russie a assimilé. Le schisme byzantin identifie l’Empire et la Chrétienté. L’Église et l’Empire sont coextensifs. Deux Romes ont disparu (Rome et Byzance). Moscou est la troisième et il n’y en aura pas de quatrième [2]. Étendre l’orthodoxie et étendre l’empire sont une seule et même œuvre sainte. Et qu’arrivera-t-il si l’empire devient athée ?
Affaiblissement du monachisme
Deux types de monastères s’étaient établis en Russie : les Stoudites (qui correspondent aux Chanoines réguliers, mais qui pouvaient cependant être en possession de certains biens personnels) ; les Stoudites étaient autorisés à bâtir des monastères hors de la ville et avaient la permission d’aller dans la ville ; ils portaient les cheveux et la barbe soigneusement coupés — et les Pauvres Frères (ceux-ci ne possédaient rien en propre et leur Règle présente une similitude avec celle de saint Benoît et de saint Antoine d’Égypte).
Dès le début, la mentalité religieuse russe est enracinée dans la liturgie. L’idéal monastique pénètre même la vie des laïcs. L’esprit liturgique est partie inséparable de la vie russe, imprégnant la culture et la vie de tous les jours. L’axiome latin lex orandi, lex credendi résonne comme lex orandi, lex vivendi.
Vers 1660, le patriarche Nikon entreprend la réforme de la liturgie et, naturellement, du monachisme. Le but officiel de la réforme liturgique est de corriger les fautes dans les livres liturgiques. En réalité il s’agit d’instaurer en Russie une liturgie digne de l’Église dominante. Nikon désire devenir le Pape de l’Orient pour soumettre ensuite Rome à son pouvoir.
La liturgie ne souffre pas de ces réformes. Il n’en est pas de même du monachisme. L’essence de cette réforme monastique est le passage de la règle de Théodore Stoudite à la règle de saint Sabbas de Jérusalem. Si auparavant il y avait en Russie les monastères de règle stoudite et ceux des Pauvres Frères, sous Nikon, ces règles deviennent mixtes ; ce qui amène le monachisme à sa décadence.
C’est Pierre le Grand qui achève cette débâcle. Ce monarque dit souvent que, si quelqu’un ne sait ni fortification, ni géométrie, ni langues étrangères, « il devienne prêtre ou moine... ». Le XVIIe siècle s’écoule sous la devise de laïcisation de toute la vie publique.
Le libéralisme
Une renaissance du monachisme a lieu vers 1850 dans les « poustyn », petits ermitages où les moines vivent selon la règle des Pauvres Frères. Ce sont ces moines qui sont les témoins de la décadence spirituelle de la Russie et qui, vainement, font entendre la voix du ciel.
Parmi eux, saint [3] Théophane l’ermite, évêque de Vladimir, qui, à l’apogée de sa carrière en 1866, se retire dans un ermitage, désirant depuis longtemps déjà la vie monastique. Ecoutons son admonition à ses fidèles de la très ancienne ville de Vladimir [4] :
« Conservez ce qui a été transmis à l’Église par Dieu et ses saints Apôtres, ce qu’une génération de chrétiens transmet à une autre. J’ai besoin de vous le rappeler parce que beaucoup de doctrines fausses pénètrent jusqu’à nous, doctrines séductrices bouleversant les fondements de la foi, brisant le bonheur dans les familles. Pour l’amour de Dieu, prenez garde à ces doctrines. Il y a une pierre par le moyen de laquelle on teste l’or. Que la sainte doctrine soit pour vous cette pierre. Rejetez comme un mal tout ce qui ne s’y accorde pas, quel que soit le titre le couvrant. Cette admonition, je vous prie de l’accepter comme mon dernier testament. »
Qu’est-ce qui caractérise la société de cette époque ? Recourons au témoignage d’un contemporain.
« La société russe d’aujourd’hui — écrit B.N. Cicerin, dans Science et Religion — s’est tournée au désert intellectuel... la logique est devenue un joug superflu, l’habileté à raisonner a passé au domaine des superstitions ; jamais la légèreté et l’ignorance n’ont été exhibées si impudemment. Les conclusions les plus extrêmes des penseurs occidentaux les plus bornés, habituellement incompréhensibles, sont présentées comme le dernier mot de la culture européenne. Un homme cultivé d’aujourd’hui a perdu son équilibre : il ne trouve de point d’appui nulle part. »
L’archevêque orthodoxe Averkii ajoute à ce tableau :
« Athéisme, nihilisme, absence de scrupules, négation des principes moraux et religieux, et, à la fois, on peut le trouver, entraînement hystérique de doctrines fausses et sectaires, spiritisme, occultisme, théosophie, messes noires... »
Tout cela nous démontre que la société russe est gravement malade, qu’elle est infectée d’une maladie difficilement curable, qu’elle souffre d’une crise spirituelle et morale pénible.
Écoutons encore les prédictions de saint Théophane l’ermite :
« L’Europe illuminée nous entraîne. Oui, c’est là que les vilenies païennes, autrefois expulsées du monde, sont restaurées et c’est de là qu’elles viennent chez nous. Après en avoir inhalé les fumées, nous nous tournons comme les fous, hors de nous. Si nous nous remettons, certainement rien de mal ne se passera. Mais sinon, qui sait, peut-être... Dieu nous enverra des maîtres pour qu’ils nous corrigent. Voilà la loi de la Vérité divine : il faut guérir le péché par le moyen qui y a mené. Ce ne sont pas de vains mots, mais c’est la réalité confirmée par la voix de l’Église. Sachez, ô Orthodoxes, qu’on ne peut pas se moquer de Dieu » « Chez nous, on pousse des “Oh !” et des “Ah !”, “Malheur ! malheur !” Et ce malheur est en vue. Mais il ne vient à l’esprit de personne d’obturer la source de ce malheur. Comment la Révolution française s’est-elle déroulée ? D’abord les credos matérialistes se sont répandus. Ils ont ébranlé les convictions chrétiennes et religieuses. L’athéisme général est venu : il n’y a pas de Dieu, l’homme est un tas de boue, après la mort rien ne nous attend. Bien que, semble-t-il, tout le monde puisse piétiner ce tas de boue, on dit toujours : “Non, ne nous touchez “pas ! Donnez-nous la liberté !” Et on la leur a donnée. Et on a commencé à faire les exigences — raisonnables, demi-raisonnables ou folles. Et tout a commencé à marcher sur la tête. » « Qu’est-ce que nous avons chez nous ? Les convictions matérialistes pèsent de plus en plus. Ils n’ont pas saisi le pouvoir, mais ils sont en train de le faire. Incrédulité et amoralité se répandent également. Les exigences de la liberté et l’arbitraire s’expriment librement. À ce qu’il paraît, nous sommes même sur la voie de la révolution. » « Il faut que nous soyions punis ; on a commencé à blasphémer Dieu et ses œuvres visibles. Quelqu’un m’a écrit que dans le journal Sviet [5] on avait imprimé des blasphèmes contre la Mère de Dieu. La Mère de Dieu nous a tourné le dos ; et avec elle, son Fils, Dieu le Père et le Saint-Esprit. Qui est pour nous, si Dieu est contre nous ? ! Hélas ! « Amer, amer est ce qui se passe chez les penseurs. Tous ont perdu la raison. La sainte foi est reléguée au second plan. Et même les théologiens ont perdu les vrais fondements de la théologie orthodoxe, et tout le monde rit... Et Dieu même semble détourner ses yeux de nous et ne nous envoie pas de laboureurs. Dieu ne nous abandonnerait-t-il pas ? Seigneur, prenez pitié de nous ! »
La Révolution
Pendant que le miracle de Fatima s’accomplit, une bacchanale démocratique se déroule en Russie et très vite une bande de radicaux ultra-gauchistes saisit le pouvoir. Des persécutions religieuses maçonniques cachées sont suivies par les persécutions ouvertes des bolcheviques. Plusieurs prêtres et fidèles (pas seulement orthodoxes, mais aussi catholiques) acceptent la couronne du martyre ; plusieurs églises sont profanées ou détruites d’une façon scélérate. La plupart de la population reste calme et indifférente face à ces événements. Le martyre et la trahison marchent main dans la main dans cette danse sanglante.
Ces événements sont considérés du point de vue politique et économique. Mais bien peu se placent au plan spirituel et comprennent que c’est la fin du plus grand empire chrétien.
Les prédictions de saint Théophane l’ermite ne sont pas vaines et se réalisent vingt-trois ans plus tard.
Il semble que le temps des persécutions païennes revient. Les chrétiens sont tués dans les rues pour le simple fait d’être chrétiens. On les sabre et on piétine leurs corps dans la boue. On déchire la peau des prêtres et des moines ; certains sont brûlés vifs ou douchés dehors par un temps glacial pour les faire geler vifs. Les évêques sont aveuglés et noyés. On fait sauter les églises où parfois les lieux d’aisance sont aménagés à l’emplacement de l’autel. Trotski se divertit en fusillant les yeux des icônes. Selon le plan athéiste de cinq ans, vers 1936, même le mot Dieu ne doit plus être prononcé.
Tous les évêques et prêtres catholiques sont alors éliminés. Vers 1941, dans la Russie tourmentée par les bolcheviques, il ne subsiste que deux églises catholiques : Saint-Louis à Moscou et Notre-Dame-de-France à Léningrad. D’ailleurs, au mois de juillet 1941, l’une d’elles sera sans prêtre parce que les bolcheviques annonçent qu’ils ne reconnaissent pas le gouvernement de Vichy qui lui a donné l’immunité diplomatique. Un autre prêtre, à Moscou, est chapelain de l’ambassade américaine. Il ne reste plus de prêtres catholiques d’origine russe en Russie. Les pertes de l’Église orthodoxe sont aussi considérables, selon les diverses évaluations, 60 à 80 % du clergé est éliminé. Vers 1941, à peine une dizaine d’évêques sont encore libres. Tous les monastères sont fermés et profanés.
Selon les lois qui étaient en action jusqu’à présent, on défend au prêtre de baptiser les enfants et d’organiser des écoles paroissiales. L’action charitable de l’Église est aussi interdite.
Et maintenant ?
Vers 1985, les persécutions de l’Église s’estompent peu à peu, les idéaux communistes tombent. On constate un vif intérêt pour la religion. La religion devient une mode.
Mais ce retour vers le spirituel est loin d’être une conversion. Pour la plus grande partie de la population, la religion ne fait pas partie intégrante de la vie. Elle est à la mode, elle évoque pour eux les beaux chants, les riches ornements ou la majesté de la liturgie... mais elle n’est pas leur raison d’être, leur façon de penser, comme elle l’était chez leurs ancêtres. Ceux qui désirent restaurer le zèle religieux sont une petite minorité parmi ceux qui fréquentent les églises. La masse hérite du libéralisme qui a mené la Russie à la Révolution.
Cette mode religieuse convient parfaitement au Dieu de poche [6] des protestants. Une foule aux idées confuses et sans convictions précises envahit les églises. C’est l’Église officielle orthodoxe, appelée aussi « le Patriarcat de Moscou », qui en souffre le plus amèrement. Les fidèles de cette Église m’ont dit plusieurs fois qu’ils étouffaient au milieu d’un fleuve de gens pour qui la religion se confine bien souvent à des rites formels sans aucune conséquence pratique.
Toutes sortes de prédicateurs accourent en Russie de tous les côtés du monde : catholiques modernistes, prédicateurs des sectes protestantes radicales, Mormons, sectateurs de Moon ainsi que les krichnaïtes, bouddhistes, etc. Et certains disposent de fonds considérables.
De plus l’action des modernistes au sein de l’Église orthodoxe est aussi très forte. Le clergé orthodoxe du Patriarcat de Moscou est corrompu par une collaboration de longue haleine avec les bolcheviques. Fruit d’une pratique œcuménique encouragée par le pouvoir bolchevique, la génération montante du clergé orthodoxe a une doctrine très confuse. Les théologiens orthodoxes qui, grâce à la volonté des bolcheviques, ont assisté au Conseil Œcuménique des Églises, se sont trouvés en bonne compagnie. La tête du modernisme orthodoxe, le Père Alexandre, a reçu une « haute distinction officielle » pour « avoir bien mérité de l’orthodoxie... » En ce sens, le temps des persécutions était pour l’Église de Moscou un siècle d’or. Le moderniste est ami, camarade et frère d’un autre moderniste ; la différence confessionnelle ne joue aucun rôle [7].
Cette mode religieuse mène, non pas à la restauration de la vraie vie spirituelle, mais à la formation d’une foi œcuménique.
La seule Église qui ait conservé une pureté extérieure de la doctrine est l’Église Orthodoxe Russe de l’Étranger, une partie de l’Église orthodoxe, qui autrefois avait refusé de reconnaître les bolcheviques comme autorité légale. À cette Église se rattache l’Église orthodoxe des catacombes qui se développe en Russie, malgré les persécutions incessantes du pouvoir. Mais, même au sein de cette Église, mûrissent les courants modernistes qui étaient cachés jusqu’au moment opportun. Le conservatisme de la plupart des membres de cette Église s’explique plutôt par l’opposition politique au Patriarcat de Moscou que par des motifs religieux. On ne peut plus trouver parmi les hiérarques occidentaux de cette Église le zèle de la Russie d’autrefois qui était conservé par leurs prédécesseurs. Pour le clergé actuel, la Russie est un sujet de thèses, pas un sujet d’amour.
Le problème général de l’orthodoxie est qu’elle n’est pas encore apte à affronter les conditions présentes. Elle était formée depuis longtemps comme religion populaire. Le fait que l’orthodoxie ne soit pas la religion de l’élite culturelle était connu depuis longtemps ; mais que l’orthodoxie soit inhabile à produire l’élite est une découverte tout à fait nouvelle. D’un côté, l’orthodoxie veut devenir religion des masses et se trouver à la même place qu’autrefois, mais le nombre considérable de fidèles sans convictions précises menace l’existence même de l’Église ; elle tâche de former une élite, mais on voit naître quelques bâtards énigmatiques. Pour beaucoup de croyants de l’Église orthodoxe, la différence entre un État laïque et un État chrétien est assez vague. Cela charge les mouvements politiques « de droite » d’idées pro-bolcheviques, teintées des couleurs « patriarcales », où l’on peut placer le portrait du tsar à côté d’un drapeau rouge.
Et les catholiques ?
En Russie moscovite les catholiques ont toujours été minoritaires, limités à une certaine élite intellectuelle. Aujourd’hui, disons pour simplifier que leur situation est celle des catholiques d’Occident il y a une trentaine d’années. En 1990, de profonds changements ont lieu. Les prêtres fidèles sont déplacés ou mis à la retraite. On envoie à leur place des modernistes dont le niveau de formation est souvent très bas. Les réformes sont appliquées petit à petit : disposition de l’autel, nouvel ordo en vernaculaire, messes « animées », néocatéchuménat [8], etc. Le clergé moderniste teste les nouveautés d’Occident, évitant de choquer trop brutalement. Une partie notable des fidèles est passée à l’orthodoxie (de l’Église des catacombes). L’autre partie suit le mouvement plus ou moins à contrecœur. Et l ’église Saint-Louis de Moscou est envahie par la même foule hétéroclite que les autres églises. Cette foule ne voit évidemment pas la différence entre la religion moderniste et la Tradition catholique qu’elle n’a jamais connue. De sorte que les vrais fidèles s’en trouveront petit à petit marginalisés.
Ces fidèles ont déjà été informés de l’existence d’une résistance en Occident. Certains commencent à la considérer avec intérêt. De plus la quantité de vrais chrétiens ou d’âmes cherchant véritablement Dieu, mais se tenant à côté de la pratique religieuse, a nettement augmenté. Les forces saines existent donc à l’intérieur de la Russie, mais elles ne sont pas organisées, s’ignorent mutuellement et sont sans pasteurs. C’est sur ces forces saines qu’il faut compter. Des catholiques fidèles, pour la plupart récemment convertis, ont fait appel à la Fraternité Saint-Pie X. Une communauté s’organise et demande vos prières, bien consciente que seule la consécration de la Russie demandée par la Vierge décidera de sa conversion.
[1] — Nous nommons par le terme « Russie » tous les territoires de culture russe, sans prétendre trancher la controverse qui oppose actuellement Russes et Ukrainiens quant aux limites géographiques et aux origines territoriales de leurs pays respectifs.
[2] — C'est le mythe de la « Troisième Rome » qui a pour auteur le moine Philotée.
[3] — Nous gardons ce qualificatif de « saint » à cause de la coutume des catholisques russes de le nommer ainsi, bien que la canonisation ait été faite dans l’Église orthodoxe. Il faudrait un article spécial pour étudier la possibilité de trouver de véritables saints dans le schisme. NDLR
[4] — Citations extraites du livre d'Averkii, Théophane l'ermite ; prophète du châtiment de Dieu au peuple russe.
[5] — « la Lumière ».
[6] — En Russie on appelle ainsi leur type de croyance : Dieu, qui peut toujours être mis dans la poche avec la Bible, pour qu'il ne les empêche pas de faire ce qu'ils veulent.
[7] — Dans le sein du modernisme orthodoxe, on a vu naître la soi–disant « Église Vraie Orthodoxe », professant un culte de la Très Sainte Vierge, perverti selon la mode des modernistes ; on peut trouver dans la doctrine de ce groupe les spéculations charismatiques.
[8] — Ce dernier est un échec et a été abandonné, mais les modernistes ne désarment pas.
Informations
L'auteur
L'abbé Jean-Marc Rulleau a été ordonné prêtre dans la Fraternité sacerdotale Saint Pie X et professeur de théologie au séminaire d'Écône, avant d'embrasser la vie monastique.
Le numéro

p. 146-153
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