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Sermon pour la fête de saint Thomas d’Aquin

7 mars 1985

 

par le père Thomas d’Aquin O.S.B.

 

 

 

Aujourd’hui la sainte Église commémore un humble fils de saint Dominique dont elle a fait son docteur par excellence, son Docteur commun.

Et pourquoi ce titre ?

Parce que la Providence divine a voulu que lui revienne la tâche de réunir et d’achever la doctrine des Pères restée jusque-là quelque peu éparse.

« Saint Thomas, nous dit Léon XIII, recueillit leurs doctrines comme les membres dispersés d’un même corps ; il les réunit, les classa dans un ordre admirable et les enrichit tellement qu’on le considère à juste titre comme le défenseur spécial et l’honneur de l’Église » (Æterni Patris).

Il est donc le docteur de l’Église par excellence, le docteur de tous les chrétiens, le Docteur commun parce qu’il est l’expression la plus parfaite et la plus haute de la pensée commune de tous les docteurs.

Le pape Jean XXII lors de la béatification de saint Thomas a dit de lui qu’il avait éclairé l’Église plus que tous les autres docteurs et que, dans l’étude de ses ouvrages, on profite davantage en une seule année que toute la vie dans les ouvrages des autres.

Saint Pie X rapportant ces paroles ajoute que l’expérience a bien montré comme étaient vraies les paroles de son prédécesseur.

Sa philosophie non moins que sa théologie a reçu la recommandation de l’Église, à tel point que saint Pie X nous dit que si l’on s’écarte des principes de sa philosophie, on retire, par-là même, les bases et les fondements de toute science des choses naturelles et divines, et on arrive, ajoute-t-il, à ce résultat que les élèves de théologie ne perçoivent même plus la signification des mots par lesquels les dogmes divinement révélés sont proposés par le magistère de l’Église [1].

C’est pourquoi le droit canon lui-même prescrit qu’on enseigne la philosophie et la théologie selon « la méthode, la doctrine et les principes de saint Thomas [2]. »

 

 

Mais comment cet homme a-t-il pu réaliser une telle œuvre ? Comment a-t-il pu posséder une telle sagesse ?

Nous pouvons énumérer plusieurs raisons : ses dons naturels, le moment de l’histoire où la Providence a voulu qu’il naquît, les maîtres qu’il a eus, les livres qu’il a lus.

Tout cela, en effet, peut expliquer sa science, mais cela n’explique pas la sagesse avec laquelle il a pénétré les plus grands mystères de notre foi.

Et quelle est la raison de cette sagesse ?

La raison de cette sagesse nous la trouvons dans le premier mot de l’épître d’aujourd’hui.

« Optavi » , « J’ai choisi. »

Et qu’est-ce qu’il a choisi ?

Il a choisi Dieu. Il a choisi la Sagesse incréée. Et c’est parce qu’il était uni à Dieu qu’il a pu le connaître si bien et toutes choses en lui.

« Qui adhère à Dieu est un seul esprit avec lui », nous dit saint Paul ; et saint Thomas expliquant ce passage nous dit :

« Ainsi la sagesse a sa cause dans la volonté, c’est-à-dire dans la charité, bien qu’elle ait son siège dans l’intelligence [3]. »

De même qu’un enfant que son père prend dans ses bras voit tout d’en haut et par rapport à son père, de même l’âme qui s’unit à Dieu par la charité voit tout d’en haut et par rapport à Lui, et c’est là la sagesse.

C’est donc dans la charité qu’il faut chercher la cause de la sagesse de saint Thomas. Cette sagesse, en lui, s’est exprimée selon le mode de celui qui l’a reçue, c’est-à-dire qu’elle s’est exprimée par la contemplation et le savoir philosophique et théologique. Cette même sagesse s’est exprimée autrement chez d’autres saints.

Personne ne peut dire qui est plus sage, un saint Thomas ou une sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Dieu seul le sait. La sagesse de sainte Thérèse s’est exprimée autrement.

« Quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur » (ce qui est reçu est reçu selon le mode de celui qui le reçoit), selon le lumineux adage scolastique.

C’est de l’union d’une très haute charité jointe à la fois à une aptitude et à un labeur métaphysique sans égal qu’est née cette œuvre que la Providence a voulu confier à saint Thomas et qui fait l’honneur de l’Église.

 

Dans la collecte d’aujourd’hui, nous demandons à Dieu de nous faire la grâce de comprendre ce qu’il a enseigné et d’imiter ce qu’il a pratiqué.

Il est important pour nous, il est important pour l’Église que nous puissions comprendre sa doctrine.

Pie XI dans son encyclique Studiorum ducem dit que, de même que les habitants d’Égypte et des alentours allaient vers le patriarche Joseph pour avoir du blé pendant les sept ans de famine de l’Égypte, de même lui, le pape, nous dit Ite ad Thomam. Allez à Thomas recevoir le pain de la doctrine.

Cette nourriture forte vous gardera, vous protégera et vous guidera afin qu’à votre tour vous puissiez garder, protéger et guider les âmes qui vous seront confiées.

Et que l’amour de la doctrine nous fasse aimer ce qu’il a pratiqué, c’est-à-dire l’amour de cette sagesse qui n’est autre que Dieu Lui-même.

 

Nous obtiendrons cette sagesse infailliblement si, au désir, nous ajoutons la prière et la pénitence et si, par dessus tout, nous ajoutons une grande dévotion à la très sainte Vierge, Mère et Trône de la Sagesse.

Qu’elle daigne bénir et couronner tous nos efforts.

Ainsi soit-il.

 




[1] — Motu proprio Doctor Angelis 1914.

[2] — Canon 1366 a.2.

[3] — dans le texte : « ... bien qu’elle soit essentiellement dans l’intelligence, dont l’acte est de juger. » II-II, q.45, a.1, ad 2 et a.2.

Informations

L'auteur

Né à Rio de Janeiro en 1954, Miguel Ferreira da Costa a été disciple de Gustavo Corçao (1896-1978) avant recevoir l'habit bénédictin au monastère bénédictin de Bédouin, en France (1974), avec le nom de "frère Thomas d'Aquin". 

Il a fondé en 1987 le monastère de la Sainte Croix (Santa Cruz) au Brésil. 

Il a été sacré évêque le 19 mars 2016. 

Voir la présentation de Dom Thomas d'Aquin dans Le Sel de la terre 96.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 4

p. 185-187

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