Fernando Vidal-Ribas Torres
officier auxiliaire de cavalerie (1912-1936)
par le Père Muñoz
Nous extrayons cet émouvant récit du martyre de Fernando Vidal-Ribas Torres, tué par les communistes espagnols en 1936, du bulletin du Révérend père Muñoz : l’Oasis de Jesús Sacerdote, numéro 105, avril-juin 2001 [1].
Le Sel de la terre.
Enfance et jeunesse
FERNANDO naquit à Barcelone au sein d’une famille chrétienne. Ses parents Emilio Vidal-Ribas Güell y Maria Torres Gener, étaient par tradition familiale dans l’industrie catalane. Le nom Vidal-Ribas était très connu à Barcelone. Ils eurent dix enfants. Fernando aimait ses parents et ses neuf frères et sœurs avec une vraie tendresse, comme nous le verrons plus loin dans ses lettres ; il apprit au foyer les vertus chrétiennes et patriotiques, qui étaient alors l’apanage des bonnes familles espagnoles.
Encore enfant, il se fit membre d’une congrégation mariale et apprit à aimer la Vierge Marie avec une vraie dévotion, qui ne le quitta pas jusqu’à sa mort. Les derniers jours de mai 1936 (2 mois avant la persécution communiste et le soulèvement national), Fernando suivit, dans une complète retraite, les exercices spirituels de saint Ignace, d’où il sortit plus catholique et plus Espagnol que jamais. Depuis lors, son expression favorite était « avec Dieu » ; elle fut comme une devise de sa vie. La lutte et la guerre pour l’Espagne étaient une lutte qui se menait « avec Dieu ». Dieu était le souverain capitaine et le généralissime ; tous les autres n’étaient que ses soldats qui se battaient « avec lui ».
La persécution
Le 18 juillet au soir, Fernando sort dans la rue avec ses compagnons du Régiment de Barcelone, « pour défendre la religion et l’Espagne, pour l’Espagne ». Le jour suivant, il tombe blessé et sans connaissance, sans pouvoir fuir ni se défendre ; il est fait prisonnier et il passe quelques semaines à l’hôpital. On l’incarcère sur l’« Uruguay » que les rouges avaient transformé en prison flottante, dans le port de Barcelone.
Le 14 octobre 1936, il est jugé avec trois autres compagnons par le tribunal populaire et condamné à mort. On se donnait ainsi une apparence de légalité devant l’opinion publique de Barcelone. En réalité, les trois autres virent leur peine commuée en détention perpétuelle ; mais Fernando était sur la « liste noire » et devait être exécuté.
La sentence demeura donc ferme, sans appel et sans espoir. L’exécution fut annoncée pour l’aube du 16 octobre. Il lui restait une journée à vivre ; journée qui coïncidait avec la fête de sainte Thérèse de Jésus. Ce ne fut pas une journée d’angoisse ni d’abattement, mais de joie et d’espérance du ciel ; ce fut le plus beau jour de sa vie.
Ses parents, pressés par la persécution, s’étaient absentés de Barcelone depuis un certain temps. Seule était restée sa sœur Marie, qui, prévenue, parvint, après de laborieuses démarches, à voir son frère Fernando et à lui faire ses adieux. Marie pensait le trouver triste, abattu et ayant besoin de consolation et d’encouragement. Mais c’est tout le contraire qui arriva. Il était joyeux. La mort était pour lui un bonheur, la vraie libération pour aller à Dieu. « Marie, dit-il à sa sœur, si ces malheureux savaient la faveur qu’ils vont me faire demain, ils seraient capables, pour m’ennuyer, de ne pas me tuer. »
Quand Marie lui dit que ses quatre frères étaient à la guerre, se battant pour l’Espagne, il fut rempli de joie. Lui mourait et ses frères combattaient pour Dieu et pour l’Espagne. « Dis aux garçons – demanda-t-il à sa sœur – de ne pas chercher à venger ma mort ; qu’ils fassent pour l’Espagne tout ce qu’ils pourront ; moi, je lui ai tout donné. » Fernando embrassa sa sœur et lui donna un dernier baiser pour elle et pour ses parents absents.
Les deux lettres
Quand Marie s’en alla, il prit la plume et écrivit ces deux belles lettres, pleines de foi chrétienne et d’amour de l’Espagne, l âchant la bride aux sentiments qui régnaient au plus profond de son âme. Leur lecture pourrait nous servir de méditation.
Première lettre, à ses parents
Barcelone, 15 octobre 1936, à bord du Vapeur « Uruguay »
Très chers parents,
Quand cette lettre vous parviendra, vous saurez déjà que le 14, j’ai été jugé par un tribunal populaire et condamné à mort. La faute dont on m’accuse est d’être allé défendre l’Espagne et la religion. Et moi, pour mon Espagne et mon Dieu, je donne volontiers ma vie, avec une vraie fierté, car, en ce moment plus que jamais, je comprends que la vie n’appartient pas à l’homme, mais à Dieu. J’ai prié Dieu que sa volonté se fasse ; elle a été telle. Que Dieu soit loué et règne en Espagne.
Je suis sûr que les instants les plus heureux de ma vie sont ceux que je vis. C’est la conscience pure et en connaissance de cause que je meurs pour ma patrie. J’attends avec anxiété le moment où Dieu voudra me placer à ses côtés. N’accueillez pas ma mort avec tristesse, mais avec joie ; Dieu le veut et l’Espagne a besoin de mon sang. Du haut du ciel, je veillerai sur vous tous.
Pardonnez-moi les mauvais moments que j’ai pu vous faire passer, les chagrins causés, mes fautes, tout. Et de même que Dieu m’a donné la vie et que ce jour-là, la joie régnait entre vous et que vous rendiez grâces à Dieu, réjouissez-vous aujourd’hui, car telle est sa sainte volonté.
Je vous remercie infiniment pour l’éducation religieuse que vous m’avez donnée. C’est à elle que je dois de mourir en vrai chrétien. Pensez beaucoup à Dieu ; faites en sorte que mes frères pensent à lui et Dieu vous accordera de vivre et de mourir en vrais chrétiens.
Je vous embrasse pour la dernière fois, avec plus d’amour que jamais. Votre fils qui meurt avec Dieu et pour l’Espagne.
Fernando. Vive l’Espagne !
Mon affection et mes meilleurs souvenirs à tous mes oncles et tantes, cousins et autres parents. Lisez-leur cette lettre. Adieu.
Fernando.
Deuxième lettre, à ses frères et sœurs
Très chers frères et sœurs,
Quand je vous ai vus pour la dernière fois, le 19 juillet, je ne croyais pas que ce serait la dernière fois, mais Dieu l’a voulu ainsi. Que sa volonté soit faite.
Je suis allé défendre la religion et l’Espagne, et c’est pour l’Espagne et pour Dieu que je meurs, fier de mourir pour l’Espagne et rendant grâces à Dieu qui m’a permis de mourir en vrai chrétien.
Ne vous affligez pas de ma mort ; en ces jours, j’ai prié Dieu que sa volonté se fasse, que s’accomplisse le meilleur, et mourir pour l’Espagne et avec Dieu, voilà sa volonté et ma plus grande fierté. Ne croyez pas que, quittant ce monde, je vous abandonne ; depuis l’autre monde, je veillerai sur vous et demanderai à Dieu qu’il vous protège. Pardonnez-moi si je vous ai nui en quelque chose en ce monde. Moi, je n’ai rien à vous pardonner, puisque vous n’avez rien fait contre moi. Soyez affectueux avec Papa et Maman et pensez qu’ils font tout pour votre bien. Et souvenez-vous que c’est à eux que je dois de pouvoir mourir avec Dieu et pour l’Espagne. Rappelez-vous les bons moments que nous avons passés ensemble.
Alphonse et Laure, inculquez à Hugues la sainte crainte de Dieu et l’amour de l’Espagne. Alphonse, Antoine, Isabelle, Guillaume, Louis, Xavier, Jacques, Laure, soyez catholiques et Espagnols. Votre frère qui meurt avec Dieu et pour l’Espagne et qui vous embrasse fort.
Fernando. Vive l’Espagne !
Sa mort
Il ne lui restait que quelques heures. Personne ne sait ce qui se passa. Ce qui est sûr, c’est que cette nuit-là, au dernier moment, l’« Uruguay » reçut l’ordre de suspendre l’exécution. Il semblait que les rouges avaient entendu Fernando : « S’ils savaient la faveur qu’ils vont me faire demain, ils seraient capables de ne pas me tuer. » Les jours passèrent et Fernando ne recevait pas l’annonce de son exécution. Le tourment de l’incertitude était affreux. Une lueur d’espérance naquit en son âme. Serait-il libéré ou sa peine serait-elle commuée en détention perpétuelle, comme pour ses trois compagnons ?
Le 22 octobre, il revit sa sœur Marie. Elle était effondrée et en larmes. Fernando la reçut sereinement, comme toujours. Enfin, elle lui dit qu’ils le tueraient le lendemain. « Maintenant, dit Fernando avec un calme surprenant, cela va me coûter un peu plus, parce que je commençais à avoir quelques espérances. Mais peu importe : j’aurai ainsi davantage de mérites à offrir à Dieu. » Et ce jour-là, veille de sa mort, Dieu lui accorda une consolation et une joie immenses : incognito, une personne lui apporta en cachette le saint viatique. Fernando était fou de joie. Communier le dernier jour de sa vie ! S’unir à Dieu et mourir dans ses bras ! C’était un cadeau avec lequel la Vierge le récompensait de ses derniers exercices spirituels de mai. Sa mère du ciel ne voulait pas que ce jeune homme pur et généreux fît le voyage jusqu’au ciel tout seul, mais en compagnie de Dieu.
Le matin du 23 octobre, ils l’emmenèrent à Montjuich où ils le fusillèrent. Personne ne connaît ses dernières paroles, mais comme Jésus dit que « la langue parle de l’abondance du cœur » (Mt 12, 34), ce furent certainement celles-ci : « Avec Dieu et pour l’Espagne ! ». Il avait 24 ans.
[1] — Lista de Correos, 08130 Argentona (Barcelona), Espagne.
Informations
L'auteur
Le révérend père Pedro de la Inmaculada Muñoz Iranzo fut ordonné prêtre le 31 mai 1952, au cours de la plus grande cérémonie d’ordination sacerdotale de tous les temps : 819 diacres, en grande partie espagnols, furent ordonnés prêtres par 21 évêques sur 21 autels répartis dans un grand stade, à l’occasion du 35e Congrès eucharistique.
De tous ces prêtres, seul le père Muñoz resta fidèle à la messe de son ordination.
Le numéro

p. 105-108
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