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Le chrétien du jour

est anémique

 

 

 

par le père Emmanuel O.S.B.,

curé du Mesnil-Saint-Loup

 

 

 

Nous publions un texte du père Emmanuel, conclusion de son étude « Le chrétien du jour et le chrétien de l’Évangile » parue dans le Bulletin de Notre‑Dame de la Sainte Espérance en 1882. Le style est digne de celui de Louis Veuillot. Ces réflexions sont un excellent diagnostic de la tiédeur spirituelle chez les chrétiens mondains. Notre‑Seigneur nous avertit : « Le royaume des cieux souffre violence et seuls les violents s’en emparent » (Mt 11, 12) : les violents, c’est-à-dire ceux qui, par la prière et les sacrements, s’attachent de toutes leurs forces à se convertir pour se dépouiller du vieil homme et se revêtir de l’homme nouveau.

Notre‑Dame de la Sainte‑Espérance, convertissez-nous !

Le Sel de la terre.

 

*

  

 

 

IL EXISTE une maladie, aujourd’hui trop commune, que nos maîtres en l’art de guérir ont appelée l’anémie : anémie veut dire manque de sang.

Un savant docteur a décrit l’anémie en ces termes :

« Les personnes atteintes d’anémie sont pâles, molles, indolentes ou paresseuses ; leurs chairs sont flasques, couleur de cire…, leurs veines sont flasques et ont perdu cette teinte bleuâtre qui permet de suivre leur trajet sous la peau ; leur pouls est faible, la moindre marche leur procure de l’oppression et des palpitations ; plusieurs ont des syncopes et des vertiges ; tout travail les fatigue ; elles sont sujettes à des migraines ; les jambes enflent ; leurs yeux s’encavent sous l’orbite et sont cernés. »

D’aucuns disent que le remède à cette maladie, c’est le fer.

 

*

 

Nous croyons qu’il existe une maladie semblable pour les âmes : et peut-être en examinant les caractères ci-dessus énoncés de l’anémie, on pourrait, en leur donnant un sens quelque peu mystique, les appliquer tous à l’état spirituel des chrétiens du jour.

Essayons.

Les personnes atteintes d’anémie sont pâles : nos chrétiens aussi, souvent, sont de pâles chrétiens ; au premier coup d’œil on reconnaît en eux les pâles couleurs : il y a faiblesse sur tous les points, manque de sang et d’énergie chrétienne.

 

Ils sont mous, indolents, paresseux : mous, ils manquent d’activité dans le service de Dieu, les œuvres de la foi leur sont à peu près inconnues ; indolents, ils sont sans goût pour le bien ; paresseux, ils ne le font pas, et n’ont aucun souci de ne le faire pas : volontiers ils disent qu’il n’y a rien à faire.

 

Leurs chairs sont flasques : recevant facilement toute sorte d’impressions, et les recevant sans résistance et sans réaction, quelles qu’elles soient, et d’où qu’elles viennent, ils semblent toujours être en attente de la première tentation qui voudra bien s’emparer d’eux et les faire tomber.

 

Chairs flasques, couleur de cire… Si le docteur P. L. avait pu prévoir que nous donnerions à son texte une interprétation mystique, nous l’accuserions presque d’avoir voulu nous faire comparer nos chrétiens aux cierges de nos églises, couleur de cire.

 

Leurs veines sont flasques comme leurs chairs : les vertus, chez eux, sont faibles comme tout le reste, et ne paraissent plus se sentir du beau nom qu’elles portent : car vertu veut dire force, et chez eux les vertus n’apparaissent plus que comme des faiblesses.

 

Leurs veines ont perdu cette teinte bleuâtre qui permet de suivre leur tracé sous la peau : leurs vertus ont perdu ce caractère supérieur, surnaturel, céleste, cette teinte divine qui permet de reconnaître les opérations de la grâce, les énergies surnaturelles sous tous les actes de la vie.

 

Leur pouls est faible : la vie chrétienne s’accuse si pauvrement que l’on est en droit de se demander si c’est la vie ou la mort : ce n’est pas la vie, tout est trop faible ; ce n’est pas la mort, car la faiblesse même accuse encore un reste de vie ; mais ce n’est plus qu’un reste : la déperdition a été grande.

 

La moindre marche leur procure de l’oppression et des palpitations : la moindre chose à faire pour Dieu les effraie : un jour d’abstinence est un supplice, un jour de jeûne exige impérieusement une dispense, autrement c’est l’oppression. On se récrie que les commandements sont un fardeau trop pesant : le cœur manque, les palpitations arrivent, la vie s’en va.

 

Plusieurs ont des syncopes, des vertiges : on a ses nerfs, on se pâme, on va mourir, on meurt… en imagination… ce qui ne tue pas du tout. On a des vertiges, l’idée s’embrouille, la tête tourne, on pourrait bien la perdre… Pas de danger, toutefois.

 

Tout travail les fatigue : en face de si grands périls, on prononce la maxime que Dieu ne commande pas l’impossible, et, comme ce qu’on appelle l’impossible c’est simplement tout, il s’ensuit que l’on ne fait rien du tout.

 

Les migraines ! Une moitié de tête se dit malade, et cela suffit pour que l’autre moitié se mette en grève. Ceci veut dire qu’un certain devoir étant devenu difficile, on se dispense volontiers d’un autre, qui pourtant demeure encore possible. Migraine !

 

Les jambes enflent : fera qui pourra son chemin vers le ciel ; à soi-même on s’est dit que l’on ne pouvait pas et qu’il n’y avait plus qu’à rester en place.

 

Les yeux s’encavent sous l’orbite, ils sont cernés : la vue du chrétien va baissant, il ne sait plus lire dans le livre de la volonté de Dieu ; les yeux sont cernés, par le monde et ses vanités ; ils sont cernés, le chrétien n’y voit plus.

 

*

 

Si le fer est le remède à l’anémie des corps, le remède à l’anémie des âmes, c’est la foi.

Mon Dieu, s’il vous plaît, donnez-nous la foi !

 

 


Informations

L'auteur

Tout le numéro 44 du Sel de la terre est consacré au père Emmanuel André et aux multiples facettes de son activité à Mesnil-Saint-Loup.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 40

p. 102-104

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Vie Spirituelle : Doctrine, Oraison et Perfection Chrétienne

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