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Mgr Lefebvre : Le combat de la foi avant Ecône et en marge du Concile

 

Par Son Exc. Mgr Bernard Tissier de Malleraisévêque auxiliaire de la Fraternité Saint-Pie X

 

 

Il s’agit d’un très court extrait du chapitre intitulé « Résistance, 1965-1969 », que son Excellence Mgr Bernard Tissier de Mallerais consacre, dans sa biographie de Mgr Lefebvre à paraître cette année, au combat de la foi mené par l’archevêque en marge de sa congrégation du Saint‑Esprit, dans les années du Concile et du post-concile. L’extrême brièveté du passage est voulue par Mgr Tissier qui désire encourager les lecteurs à recourir au livre dès qu’il paraîtra aux éditions Clovis.

Un des aspects de cette résistance catholique au néomodernisme fut le soutien apporté par l’archevêque de Synnada aux mouvements d’action catholique authentique, avant que la Providence ne le menât à Ecône.

Le Sel de la terre.

 

 

Soutenir les mouvements de laïcs

 

Mgr Lefebvre maintient d’abord son appui aux groupes existants qu’il connaît bien, surtout à la Cité catholique, devenue l’« Office international des œuvres de formation civique et d’action doctrinale selon le droit naturel et chrétien ». L’archevêque est souvent présent aux congrès organisés chaque année [1] par l’Office à Lausanne.

En 1965, l’avocat valaisan Roger Lovey y intervient sur le sujet «  Église, État et information ». En 1966, Mgr Lefebvre, reçu en audience par Paul VI, sollicite du pape une bénédiction sur le congrès qui aura pour thème le rôle des laïcs dans la cité :

— Ce sont, dit le prélat à Paul VI, des gens qui cherchent le règne de Notre‑Seigneur Jésus‑Christ ; voici la liste des intervenants.

— Ah, dit Paul VI, un tel, je ne connais pas ; un tel, je ne connais pas. Ah ! Michel de Saint‑Pierre !… Mais il n’est pas gaulliste, Michel de Saint‑Pierre !

Interloqué, l’archevêque regarde le Saint‑Père : que veut-il dire ? C’est la seule réflexion qu’il ait faite, pour finalement conclure :

— Enfin, c’est très bien, je suis heureux d’être informé… Je peux garder le papier ?

Et il y eut un souhait de succès émis par Radio Vatican, mais de bénédiction de Paul VI, il n’y en eut point [2]

Aussi l’année suivante, le prélat se tourna-t-il vers le cardinal Ruffini, en vue du congrès traitant de « politique et droit naturel ». Le cardinal fut, dans son mot de bénédiction, très louangeux pour Mgr Lefebvre 

Je suis certain, écrivait-il, que sous la conduite de votre Excellence révérendissime dont j’ai toujours admiré la sagesse et l’absolue fidélité au magistère de l’Église romaine, il [le congrès] donnera tous les fruits espérés [3].

C’est par l’Office que Mgr Lefebvre fait la connaissance des Chevaliers de Notre-Dame ; cette Militia Sanctæ Mariæ, fondée en 1945 par le futur moine de Saint‑Wandrille, Dom Gérard Lafond, a été érigée par l’évêque de Chartres, Mgr Roger Michon, ancien confrère de Marcel Lefebvre à Santa Chiara (1922-1928), en ordre de chevalerie, dont les membres, « en vertu de leur adoubement, dirigent leurs efforts vers la réalisation d’une chrétienté prolongeant le règne du Christ dans la cité terrestre et qui soit comme le revêtement de son Corps mystique [4] ». L’ordre s’établira bientôt en Valais et aussi en Suisse alémanique où il prendra le nom de « Marienritter vom Kostbaren Blute ».

Par l’intermédiaire des Chevaliers de Notre-Dame, l’ordre du Rouvre, fondé en 1960 à l’université de Louvain par des étudiants, retrouve la tradition chevaleresque et les premiers chevaliers sont adoubés à Riaumont par Mgr Rupp en 1967. Mgr Lefebvre en adoubera d’autres à Serville, chez le comte de Ribaucourt, le 25 mai 1969. L’un d’eux est l’avocat militaire belge Gérard Wailliez, déjà présent à Rome à la réunion de la presse traditionnelle. L’archevêque rédigera, à l’usage des chevaliers du Rouvre, un « Guide spirituel du chevalier » articulé sur les vertus théologales et cardinales ; le chevalier y est décrit comme « un vrai compagnon d’armes de Notre‑Seigneur, de celle qui est forte comme une armée rangée en bataille, et du chef des armées célestes, l’archange saint Michel [5] ».

Mgr Lefebvre prodigue aussi ses encouragements à divers mouvements de jeunes catholiques qui naissent partout « comme une génération spontanée », et dont il admire l’enthousiasme, écrivant en 1968 :

Nous voyons se lever une jeunesse nouvelle […, des] jeunes passionnés de leur découverte. […] Ils s’aperçoivent que la vraie richesse de leur intelligence et de leur cœur leur a été cachée, alors que c’est elle qui a transformé le monde. Ils découvrent […] la véritable histoire de la civilisation chrétienne et cela, désormais, c’est leur vie, leur vie intérieure, leur vie en société, leur idéal. Ils ne l’abandonneront plus [6].

Bien plus – ajoute l’évêque – dans ce milieu fervent et généreux, germent de nombreuses et excellentes vocations, en un temps où l’on parle de diminution de vocations. Là se trouve le véritable espoir de rénovation de l’Église. 

 

Ces paroles annoncent l’œuvre très prochaine de Mgr Lefebvre au service du sacerdoce catholique et, plus précisément, de la formation sacerdotale.



[1] — Le Xe congrès de la Cité catholique s’était tenu en 1960 à Issy-les-Moulineaux. Les congrès suivants se tinrent en Suisse, d’abord à Sion, en Valais.

[2] — COSPEC 26 B, 10 février 1976.

[3] — Lettre de Palerme, 13 mars 1967.

[4] — Règle des chevaliers de Notre-Dame, 1958, imprimatur de 1965.

[5] — La Croix-Valmer, 6 janvier 1970.

[6] — « Lueurs d’espérance », Rome, 15 août 1968, dans Itinéraires, nº 127, p. 227-228 ; voir aussi « Pour une vraie rénovation de l’Église », dans UEP, p. 81-82.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 40

p. 53-55

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