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Éditorial

 

« Veilleur, où en est la nuit * ? »

 

 

Confesser la foi dans l’Église en face du modernisme, être heureux d’avoir à souffrir pour rendre un beau témoignage à l’Église trahie de toute part, c’est veiller avec elle dans son agonie ou veiller avec Jésus qui continue dans son Épouse affligée et trahie son agonie du Jardin des oliviers. Dans la mesure où nous serons des veil­leurs fidèles, inaccessibles à la crainte mondaine et au découragement, nous saurons d’expérience que la sainte Église est un mystère de force surnaturelle et de paix di­vine : Urbs Jerusalem beata, dicta pacis visio [1].

Père Roger-Thomas Calmel 

 

IL Y A DIX ANS paraissait le premier numéro de cette revue.

Nous avons voulu, au milieu de cette nuit qui s’étend sur le monde, al­lumer une petite lumière pour aider ceux qui veulent veiller dans l’attente de Notre-Seigneur : « Bienheureux ce serviteur que son maître trouvera veillant » (Mt 24, 46).

Oui, la nuit envahit le monde, peu à peu, depuis que l’Église, établie par Notre-Seigneur comme une lampe sur un chandelier ou comme une ville sur une montagne, s’est laissée envahir par les fumées de Satan qui la cachent aux yeux des hommes.

Ceux que Notre-Seigneur Jésus-Christ avait établis veilleurs sur cette ville, et qui auraient dû empêcher le loup d’entrer, n’ont pas fait leur travail :

 

Cela est nouveau dans l’histoire de l’Église, comme il est nouveau que la révo­lution, doctrine et procédés, ait franchi les murs d’enceinte de la Cité bien-aimée ; ce mur d’enceinte où le pape et les évêques sont établis comme veilleurs, non pas au titre d’un pouvoir « démocratique » noyé et perdu dans la majorité d’une assemblée, mais bien au titre d’un pouvoir personnel, qui leur est conféré pour défendre la Tradition, non pour la dissoudre [2].

 

Or il faut bien constater que depuis que le père Calmel écrivait ces lignes (il y a trente ans), et même depuis dix ans que cette revue existe, les ténèbres n’ont fait que s’épaissir.

Non seulement aucune des erreurs conciliaires (liberté religieuse, faux œcuménisme, nouvelle messe, etc.) n’a été condamnée par la hiérarchie ca­tholique, mais les scandales succèdent aux scandales. Faut-il rappeler, à titre d’exemple, l’encouragement que le pape a donné à la religion musulmane en envoyant un représentant à l’inauguration, à Rome, d’une mosquée plus haute que le Vatican [3], en baisant publiquement le Coran [4], en appelant la protection de saint Jean-Baptiste sur l’islam [5], en faisant venir à Assise des représentants de l’islam pour qu’ils prient pour la paix [6], etc.

Lorsque nous rappelons ces scandales, d’aucuns nous reprochent notre pessimisme. L’aube approche, nous disent-ils, on en voit des signes avant-cou­reurs, comme la reconnaissance officielle accordée par le Vatican à la société saint Jean-Marie Vianney au Brésil [7].

Non, ces lueurs ne sont pas les lueurs de l’aube. En effet, la lumière qui doit resplendir dans l’Église est la lumière de la foi. Or ce n’est pas la foi catho­lique qui est mise en évidence par la réception de cette association dans l’Église conciliaire, au cours d’une cérémonie où l’on exalte la richesse de la diversité (et donc le respect pour la nouvelle messe et les erreurs conciliaires) en se référant explicitement au motu proprio Ecclesia Dei par lequel la Rome conciliaire a pré­tendu excommunier la Tradition et les deux évêques fidèles, Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer [8].

Plutôt qu’aux lueurs de l’aube, ces lumières nous font penser aux feux al­lumés par les naufrageurs sur la côte pour attirer les navires sur les rochers et les piller à leur aise.

 

 

Nos objectifs

 

Alors, sans nous décourager, nous continuons nos objectifs : donner chaque trimestre à nos lecteurs une revue catholique de sciences religieuses et de culture chrétienne, placée sous le patronage de saint Thomas d’Aquin, une réfé­rence dans la situation actuelle de l’Église, une école de spiritualité et de vie chrétienne, et un instrument d’apostolat :

 

— Une revue de sciences religieuses. Il devient pratiquement impossible aujourd’hui de se former à la doctrine catholique thomiste, c’est-à-dire à la doc­trine commune de l’Église : où trouver des études, abordables pour un catholique n’ayant pas fait d’études ecclésiastiques, dans le domaine de la philosophie chré­tienne, de l’apologétique, de la théologie dogmatique et morale ? Or c’est un droit, et parfois même un devoir, pour tout catholique, de scruter le dépôt révélé, avec respect et amour, pour progresser dans l’intelligence de sa foi.

 

— Une source de culture chrétienne. Les principes qui nous sont donnés par la doctrine thomiste ont trouvé leur application dans la civilisation chrétienne. C’est pourquoi Le Sel de la terre veut aussi donner des articles d’his­toire et d’art, ou des recensions de livres et de revues qui permettent d’exercer son jugement sur les réalités terrestres sub specie æternitatis (à la lumière de l’éternité) et ainsi de se préparer à un renouveau de la Chrétienté.

 

— Une référence dans la situation actuelle de l’Église. Comme nous avons déjà eu l’occasion de l’expliquer, la lumière ne peut briller sans chas­ser les ténèbres. Si l’on veut éclairer les intelligences, il est nécessaire de dénon­cer les erreurs, spécialement les erreurs de l’heure présente. Répondant à un vœu exprimé par Mgr Marcel Lefebvre [9], nous nous efforçons de dénoncer ici les er­reurs de l’Église conciliaire, ainsi que les autres erreurs qui peuvent menacer les intelligences catholiques de ce début du XXIe siècle.

 

— Une école de spiritualité et de vie chrétienne. Les paroles que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a données sont « esprit et vie ». Nous ne voulons pas nous adresser simplement à l’intelligence de nos lecteurs, mais aussi nourrir leur âme. Pour cela nous offrons des articles d’Écriture sainte et de spiritualité, ou sur l’état religieux. N’oublions pas que le sel est le condiment qui donne du goût aux aliments. La doctrine thomiste n’est pas simplement une science, elle est aussi une sagesse « goûteuse » qui nous fait savourer les vérités de la foi et qui nourrit la vie intérieure.

 

— Un instrument d’apostolat. Dans ce désert et cette nuit que nous traversons, il nous faut aussi penser à tous ceux qui sont sans lumière, ou peut-être même blessés sur le bord du chemin. Aussi nous voulons faire connaître et aimer les trésors de la vérité catholique à tous ceux qui la cherchent d’un cœur sincère. Nos lecteurs ont pu remarquer que depuis le nº 1, il y a 10 ans, nous avons fait des efforts pour nous mettre à la portée de tout catholique qui veut approfondir sa foi. Récemment, lors d’une émission sur Radio-Courtoisie où l’on parlait du Sel de la terre, un auditeur a téléphoné pour témoigner sa satisfaction de cette revue dont il comprenait la plus grande partie, tout en n’ayant, comme il disait, que son certificat d’étude et son brevet de natation.

 

 

Attendre le retour du jour

 

Nos objectifs sont donc modestes. Dans la crise terrible que traverse la sainte Église et, par voie de conséquence, le monde entier, nous transmettons une petite flamme.

Certes, nous avons l’assurance que cette crise s’achèvera par un triomphe du Cœur Immaculé de Marie, puisque la sainte Vierge l’a promis à Fatima. Mais nous savons aussi que ce triomphe ne viendra que lorsque le pape aura consacré la Russie à ce Cœur Immaculé, à l’heure fixée par Dieu.

En attendant, c’est l’heure des ténèbres, et il serait présomptueux de faire comme saint Pierre qui prétendait empêcher l’arrestation de Jésus avec son glaive. Saint Pierre aurait été mieux inspiré de suivre le conseil de Jésus : « Veillez et priez. »

C’est ce que fit la sainte Vierge, et elle garda la foi, l’espérance et la charité pour toute l’Église. Il nous semble que notre rôle, pour notre revue comme pour tous ceux qui s’efforcent de maintenir la Tradition vivante [10], est de travailler à conserver ce qui peut être conservé de l’ordre chrétien, en attendant le retour du jour. Rôle modeste, certes, mais nécessaire. C’est parce que quelques capitaines français ont résisté fidèlement dans de rares places fortes (Vaucouleurs, Orléans, le Mont-Saint-Michel), que Dieu a pu sauver la France par sainte Jeanne d’Arc. Et c’est aussi parce que beaucoup de ferventes prières ont obtenu cette grâce du ciel.

 

 

Merci

 

Il nous reste à remercier nos lecteurs, sans lesquels cette œuvre serait im­possible. Nous remercions particulièrement ceux qui nous sont fidèles depuis le numéro 1, ceux qui prennent des abonnements de soutien ou bienfaiteurs, et ceux qui font des efforts pour faire connaître la revue autour d’eux. Car le meil­leur moyen d’étendre la diffusion de la revue, c’est le bon zèle de nos lecteurs. A ce sujet, nous proposons à nos abonnés une occasion exceptionnelle de se pro­curer des numéros de propagande (voir à la fin de cet éditorial).

Nous remercions encore tous les collaborateurs : les rédacteurs (prêtres et laïcs), ceux qui se dévouent au secrétariat, à l’expédition des numéros (un gros travail !), à la correction des articles, etc.

Il nous faut aussi, et même avant tout, remercier Dieu sans lequel nous ne pourrions rien faire, et surtout pas une telle œuvre d’enseignement. Nous invi­tons donc tous nos lecteurs à s’unir aux messes qui sont célébrées le premier mercredi de chaque mois pour Le Sel de la terre en l’honneur de saint Thomas d’Aquin, et qui seront spécialement, durant ce temps d’anniversaire, des messes d’action de grâce.

 

 

Deux offres exceptionnelles

à l’occasion du dixième anniversaire du Sel de la terre

 

— Procurez-vous le CD-ROM contenant tous les articles publiés dans les 40 premiers numéros du Sel de la terre, qui doit paraître prochainement.

Ce CD-ROM, utilisable sur PC ou sur Mac, donne tous les articles au format Acrobat (avec le logiciel « Acrobat Reader » permettant de les lire).

Il permet aussi des recherches instantanées pour retrouver une citation ou les articles traitant d’un thème donné, à l’aide d’un système de recherche très simple d’utilisation.

Les abonnés au Sel de la terre bénéficieront d’un tarif spécial.

Ce CD-ROM sera disponible lors de la parution de notre numéro 41 (juin 2002) ou même un peu avant, dès le mois de mai.

 

— Procurez-vous des exemplaires de propagande du Sel de la terre.

Nous proposons à nos abonnés d’acheter au prix de 1 €uro l’exemplaire (port non compris), jusqu’à 25 exemplaires anciens de la revue, pour pouvoir les donner à toute personne intéressée susceptible de s’abonner.

Attention ! Vous ne pouvez pas choisir les numéros, c’est notre secrétariat qui décidera en fonction des stocks surnuméraires qui nous restent.

Pour commander ces numéros de propagande, utiliser le papillon de cou­leur joint à ce numéro.

Cette offre n’est valable que jusqu’à la parution du nº 41 (21 juin 2002) et dans la limite des stocks disponibles.

 




* — Custos, quid de nocte ? (Is 21, 11).

[1] — « Bienheureuse ville de Jérusalem, appelée vision de paix » (tiré de la liturgie de la dédicace). Père Roger-Thomas Calmel, Le Sel de la terre 12 bis, « Jésus est en agonie », p. 143.

[2] — Père Roger-Thomas Calmel, Le Sel de la terre 12 bis, « Sans mauvaise conscience », p. 112.

[3] — Le 11 décembre 1984, la première pierre de la mosquée de Rome est posée. Le Vatican était représenté par le père Marcellon Zago du Secrétariat pour les non-chrétiens qui a déclaré : « Nous sommes très contents qu’à Rome s’ouvre un nouveau lieu de culte. » (Abbé Daniel Le Roux, Pierre m’aimes-tu ?, éd. Fideliter, 1988, p. 123.)

[4] — Le 14 mai 1999. Voir Le Sel de la terre 31, p. 186.

[5] — En mars 2000. Voir Le Sel de la terre 33, p. 198-199.

[6] — Le 24 janvier 2002. A l’heure où dans des pays musulmans comme le Nigeria, 70% des nouveau-nés reçoivent de leurs parents le prénom d’Oussama. « Un communiqué de la plus importante maternité de Kano, la capitale régionale du nord du pays, depuis les attentats du 11 septembre, indique qu'“au moins sept sur dix des nouveaux-nés portent le nom d'Oussama” » (Faits et Documents 124 du 15 au 31 janvier 2002, p. 12).

[7] — L’association de prêtres qui ont recueilli l’héritage de Mgr de Castro Mayer à Campos. Voir dans la partie « Documents » de ce numéro.

[8] — La déclaration conjointe de Mgr Rangel et de l’évêque du lieu, du 14 janvier 2002, citait ce passage du Motu proprio Ecclesia Dei afflicta : « Tous les pasteurs et les autres fidèles doivent aussi avoir une conscience nouvelle non seulement de la légitimité mais aussi de la richesse que représente pour l’Église la diversité des charismes et des traditions de spiritualité et d’apostolat. Cette diversité constitue aussi la beauté de l’unité dans la variété : telle est la symphonie que, sous l’action de l’Esprit-Saint, l’Église terrestre fait monter vers le ciel ».

[9] — Dans une lettre du 7 janvier 1991, il nous écrivait : « […] en attendant que vous puissiez réaliser mon vœu : d’une revue détruisant les erreurs du Concile et de l’Église conciliaire professées de plus en plus ouvertement par le pape et la curie romaine, remettant en lumière la doctrine catholique. Désormais nous avons affaire à des assassins de la foi catholique, sans aucune vergogne ! »

Et nous avons été particulièrement heureux de recevoir un mot d’encouragement du successeur de Mgr Lefebvre à la tête de la Fraternité Saint-Pie X : « En ce début d'année je vous adresse mes vœux de bonne et sainte année. Que l'Enfant-Dieu vous accorde beaucoup de grâces de choix pour vous-même et pour la prospérité de votre bonne revue Sel de la terre ; que sa sainte Mère et saint Joseph vous protègent et vous guident. C'est bien volontiers que je vous bénis » (Lettre de Mgr Bernard Fellay du 14 janvier 2002).

[10] — Non pas que la Tradition évolue avec le monde, comme l’entendent les modernistes et les conciliaires, mais au sens que la Tradition est un héritage qui doit vivre dans le cœur des chrétiens, fussent-ils un « petit reste ».

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 40

p. 4-8

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